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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 12:08

    Etant remis des émotions du Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet), les membres de la mission décident d'achever la journée en se rendant dans la rue Saint-Sabin, haut lieu stratégique de la carrière de François-Xavier.

     Sous la conduite d'Agnès qui avait pris résolument l'initiative de nous y conduire, le quatuor, toujours soudé par la bonne ambiance de l'équipe, ne mit que quelques instants pour y parvenir. Ne négligeant pas au passage les endroits incontournables, un arrêt sur la Place des Vosges s'avérait être indispensable. Si caractéristique avec sa dimension carrée, sa pelouse à la chevelure d'un vert lumineux et ses hôtels particuliers quasi similaires, on ne peut regretter que la présence des quatre fontaines ne soit malheureusement pas reliée à notre marbrier familial.  Ce n'est à vrai dire que partie remise pour la suite de notre expédition.

     Nous arrivons assez rapidement dans ce 11ème Arndt., l'un de ces lieux de Paris qui n'a pas été investi en son temps par les travaux gigantesques du baron HAUSSMANN. C'est ce même arrondissement, resté longtemps le plus industrialisé, et par conséquent le plus populaire de Paris qui fut le coeur des mouvements ouvriers et révolutionnaires durant le XIXème siècle. Située finalement à proximité de notre rendez-vous initial de la Place de la Bastille, cette rue Saint-Sabin, ouverte en 1846, est caractérisée par son parcours assez sinueux, présentant notamment sur son tracé un virage à angle droit et des impasses.

      C'est dans ces quartiers que François-Xavier a construit sa carrière. On le retrouve ainsi dès 1848 au sein de la Garde  Nationale, reconnue comme recrutant particulièrement dans cet arrondissement, lors la révolution mettant fin au règne de Louis-Philippe, puis au moment de la Commune de Paris  de mars 1871, où il décide de démissionner de cette même Garde Nationale. Il installe son premier atelier au 89, rue Traversière-Saint-Antoine ensuite au 28, rue Saint-Pierre-Amelot en 1850 avant d'acheter vers 1860 un ancien relais de poste au 62, rue Saint-Sabin. C'est à partir de ce moment qu'il acquiert progressivement la renommée qui lui est reconnue au travers des nombreuses médailles obtenues.

       De cette époque, il ne reste plus hélas, comme seul témoignage de l'activité marbrière, que les deux morceaux de marbre vert, apposés pour recevoir les poignées sur l'une des deux portes d'entrée. Sans certitude sur sa provenance, ce marbre ressemble assez à l'appellation "marbre antique" (serpentine verte incrustée de fibres de calcite blanche), qu'on retrouve dans la vallée  du Guil (Saint Véran, prés du col de l'Izoard) et ayant servi pour les escaliers du Palais Garnier et le socle du tombeau de Napoléon 1er. Par contre, la superbe verrière intérieure, qui donnait la lumière maximale au travail des sculpteurs, a du être enlevée par mesure de sécurité.  L'ancien espace industriel est désormais occupé par une crèche municipale. Avec son oeil aguerri de marin et de constructeur, Michel parviendra toutefois à retrouver dans la partie supérieure du mur, une courbure qui pourrait correspondre avec une forme arrondie de la verrière.

     Peu de choses matérielles ne subsistent donc. Seule la transmission de la mémoire visuelle d'Agnès parvient à restituer la majesté de cette verrière qu'elle a connue et qui n'a  pu être sauvée par une ultime reconnaissance dans le cadre du Patrimoine. Même la mémoire collective (voir article Wikipedia : Rue Saint-Sabin) ne fait référence qu'à l'ancien relais de poste et non à l'une des marbreries les plus célèbres de la seconde moitié du XIXème siècle. Si le matériel didactique fait défaut aujourd'hui, il reste la possibilité à l'historien de la mémoire de  donner à cette visite le cadre historique qui permet de faire le lien avec l'origine belge de François-Xavier.

      Cette rue Saint-Sabin correspond en partie au Chemin de Contrescape qui suivait anciennement le mur d'un fossé d'eau de 30 m de large et de 7 m de profondeur, autour du bastion de la porte Saint-Antoine, situé au pied de la Bastille. De ce fait, son parcours sinueux en est l'explication, suivant les fondations de l'ancienne enceinte érigée par Charles V et renforcée au XVIème siècle.

      En étudiant quelque peu l'histoire de la marbrerie parisienne, on s'aperçoit que cet endroit se situe dans le prolongement de la présence de certaines dynasties de marbriers wallons à l'époque de la construction du château de Versailles. Après une période d'accalmie, résultant d'un oubli pour l'emploi du marbre en France, la première moitié du XIXème siècle est marquée par la redynamisation au niveau de l'emploi du marbre. L'apparition d'une misère noire en Belgique, combinée aux  mesures de protectionnisme prises du côté français pour protéger l’industrie régionale, ouvre le passage du flot des ouvriers belges. Sans compter que les cantons frontaliers de Beaumont et Chimay, grands producteurs de marbre, avaient été rattachés à un département français sous Napoléon. Cet avantage sera supprimé après le Congrès de Vienne de 1815, qui reviendra sur les frontières des anciens Pays-Bas, issues du traité d'Utrecht. Ce qui provoquera le retour des marbriers belges dans le département du Nord, notamment à Cousolre dans l’Avesnois.

     Par la compulsion de différents travaux réalisés ces dernières années, on y découvre que ces marbriers wallons se sont installés à l'origine, dès le XVIIème siècle, à Paris dans un périmètre proche de la Place de la République. Le quartier initial se serait situé entre le Boulevard de la Poissonnière et la rue Bergère (9ème Arndt.). L’un des plus connus, Jérôme DERBAIS, natif de Nivelles vers 1644, naturalisé en 1669, devenu maître sculpteur en 1676, est localisé rue de la Poissonnière à la fin du XVIIème siècle. Il est associé à la construction de plusieurs pièces du château de Versailles. Plus tard, plusieurs d’entre eux (THOMAS, DEQUESNE, POLCHET, MAZZETTY), originaires de Beaumont, près de la frontière française, associés dans un cadre commercial depuis 1807, se sont installés en 1809 à Paris sur un terrain acheté dans la rue des Filles du Calvaire, dans ce même 11ème Arndt. Ils continueront à avoir deux sociétés, l'une à Beaumont, l'autre à Paris (cette situation double est identique pour la société BEAUGRAND et fils)1. En 1820, sous la politique protectionniste mise en place par la Restauration (droit de douane augmenté de 4 à 40 fr par 100 kg), les ateliers de Beaumont furent transportés à Cousolre, du côté français.

    Toutes ces rues se situent non loin des endroits occupés successivement par François-Xavier. Elles s’alignent sur un axe ESE – WNW, entre le 11ème et le 9ème arrondissement, dans le prolongement de ce qui était le quartier des sculpteurs autour de la rue Popincourt (N.B. : Popincourt est l'autre nom administratif donné au 11ème Arndt., bien que non employé). Ce qui confirme bien que notre aïeul doit être arrivé à Paris à la suite d'une filière commerciale en provenance de Belgique. La plupart travaillaient comme ouvriers et peu sont arrivés finalement au statut de chef d'entreprise. Son installation, aux environs de 1840, relativement tardive, atteste qu'il a été probablement le dernier chef d'entreprise, à bénéficier de cette filière. Les autres grands marbriers parisiens de cette période (LOICHEMOLLE, SEGUIN, DERVILLE, ROCLE, MAYBON, ...) n'ont probalement aucune origine belge. Ce qui peut par contre authentifier le maintien du lien de François-Xavier avec la Belgique, résulte dans le fait qu'il utilise de la main d'oeuvre en provenance de ce pays, en lui reconnaissant une formation supérieure dans le dessin (voir article : Déposition de François-Xavier). Comme exemple, un ouvrier contremaître portant le nom de MASQUELIER, ayant été récompensé d'un prix, est manifestement un exemple attestant d'une origine de la région du Hainaut (ndlr : il est attesté dans Généanet qu'un MASQUELIER, né à Courcelles,  a épousé une PARFONDRY de la branche de Forchies-la-Marche en 1854).

1 DUMONT Francis (2007, réimpression) : Aux Marbres de Flandre, Une entreprise industrielle et commerciale sous l'Empire (1807-1817), Ed. : Pierres et Marbres de Wallonie asbl, Naninne ;

 

Agnès devant l'entrée des anciens ateliers de marbrerie de la rue Saint-Sabin. On y remarque encore les deux entrées des chevaux du relais de Poste

Agnès devant l'entrée des anciens ateliers de marbrerie de la rue Saint-Sabin. On y remarque encore les deux entrées des chevaux du relais de Poste

Dernier vestige en marbre

Dernier vestige en marbre

Cour intérieure de la crèche créée à l'emplacement de l'ancienne verrière

Cour intérieure de la crèche créée à l'emplacement de l'ancienne verrière

Détail du marbre (Marbre de la vallée du Guil ou marbre vert de Maurin ???)

Détail du marbre (Marbre de la vallée du Guil ou marbre vert de Maurin ???)

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commentaires

Marie des services funeraires 14/11/2016 11:10

Merci pour toutes ces informations.

nicolas 11/11/2014 20:41

le nom est HEURET Francois Xavier appelé plus souvent Xavier pour plus de précision au sujet de cet homme sur son acte de mariage daté du 1er octobre 1884 son métier était garcon de magasin il logeait au 63 ou 68 rue saint sabin puis sur l'acte de naissance de ses 2 enfants du 31 mars 1886 et 8 novembre 1889 son métier est marbrier et il logeait rue du chemin vert je suppose donc qu'il a trouvé du travail dans une marbrerie rue saint sabin était t-il ouvrier? ou associé avec une personne pourrais je avoir le prénom de monsieur LOICHEMOLLE et si possible certaine date si vous en avez ex naissance origine s'il vous plait beaucoup de loichemolle vivait dans le village de mon ancetre aurait t-il travaillé avec lui parce qu'il le connaissait je vous remercie de m'avoir répondu et de m'aider dans mes recherches je vous demande beaucoup de chose mais se sont des petits indices qui m'aide à avancer merci

nicolas 16/11/2014 17:44

merci beaucoup pour ces précisions

Parfor 13/11/2014 11:04

Petite info complémentaire. Il se pourrait que le H du prénom de LOICHEMOLLE corresponde à Hyppolite (on retrouve cette personne à Nantes comme marbrier avec son fils Charles Antoine.
Pour répondre à vos questions, je n'ai pas cherché pour avoir la liste des ouvriers travaillant pour tel ou tel marbrier. Ce n'est pas impossible selon moi mais je ne puis, comme aide, vous préconiser de vous adresser au Conservatoire des arts et métiers (Cnam) à Paris. Le développement des marbreries sur Paris a été en relation avec la période de modernisation entreprise par HAUSSMANN, avec la construction de nombreux hôtels particuliers. La pièce maîtresse a été l'installation de cheminées en marbre. Les horloges en marbre sont également de cette époque. A ce sujet, il y a un musée du marbre à Rance en Belgique dans lequel on peut voir toute une collection de ces horloges.Ces marbriers travaillaient aussi pour l'exportation. En parcourant les différents articles publiés sur le marbrier François-Xavier PARFONRY, dans ce blog, vous aurez une idée des travaux réalisés.

nicolas 12/11/2014 20:10

Merci comment faire et où chercher pour trouver des traces de mon ancêtres dans cette profession? existe t-il des listes d'ouvriers marbrier? quel travail était réalisé dans ces marbrerie de l'époque? je détient une horloge en marbre qu'il a ramené

Parfor 12/11/2014 14:27

Voici quelques indices pour vous permettre d'avancer. LOICHEMOLLE est apparemment une grande famille de marbriers car on en retrouve à Nantes, au 4 rue Lekain et en 1923 une marbrerie d'art BALOGNY-LOICHEMOLLE dans la rue Amelot à Paris. En ce qui nous concerne, il s'agit d'un H. LOICHEMOLLE qui habitait selon deux sources au 66 et (ou) au 68 de la rue Saint-Sabin, soit bien a proximité de la marbrerie PARFONRY - HUVE frères (qui était au 62). LOICHEMOLLE et PARFONRY ont eu des responsabilités à la Chambre syndicale de la marbrerie à Paris. En tapant ce nom dans le rectangle RECHERCHE ci-dessus, vous trouverai tous les articles qui mentionnent ce nom.

nicolas 08/11/2014 22:13

bonjour en effectuant la généalogie de ma famille une personne a été marbrier de 1885 à 1889 à Paris sans doute dans cette rue et peut etre à cet endroit. existe t-il une liste des marbrier ayant travaillé a paris et tout particulierement à cet endroit? merci

Parfor 10/11/2014 10:04

En réponse, je vous informe que ce marbrier François-Xavier Parfonry était associé durant la période que vous mentionnez aux frères HUVE (Lucien et Albert), originaires de Sablé-sur-Sarthe. La rue Saint-Sabin devait rassembler plusieurs marbreries. Je n'ai relevé que le nom de LOICHEMOLLE mais il devait en avoir plusieurs autres. Quel était le nom de votre ancêtre ? Je pourrais comparer avec tous les noms que j''ai pu relevé au cours de mes recherches.