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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 09:00

       On aurait pu donner à cet article un titre du genre : Le Wisconsin aurait pu être la destination finale. Mais, cela aurait atténué quelque peu le sens souhaité. Il sera malgré tout question de cet Etat américain quand sera abordé l'une des conséquences possibles de ce qui est le fait principal de l'article.

       Dans un dossier précédent (voir article : Les derniers prénoms PARFONDRY. Appel à témoins), il avait été fait allusion à une phrase de l'écrivain Hervé Bazin, exprimant la forte probabilité de devoir assumer de l'existence de croisements non déclarés dans n'importe quelle famille. Cette quasi évidence, non confortée évidemment par des calculs statistiques de tests ADN, se devait d'être attestée par un exemple quasi factuel. Si c'est aussi fréquent qu'on le dit, il serait normal que les secrets de famille en regorgent. Bien difficile cependant de les faire resurgir ces secrets qui, même après plusieurs générations, sont tus et finalement appelés à sortir de la mémoire. Par bonheur, Votre Poor lonesome cowboy, Your fieldmouse est parvenu à sauver l'un de ses secrets. Pour montrer au final, non pas une histoire familiale mais ce que fut l'existence dans les lambris feutrés des maisons patriciennes de nos campagnes.

      Il y a quelques années, j'avais demandé à ma mère, née Solange Berger, de mettre sur papier les quelques souvenirs qu'il lui restait de son jeune temps. De quoi, approvisionner une sorte de document de synthèse que j'avais souhaité rédiger sur son histoire familiale en me limitant toutefois à la période couvrant le XXème siècle1. Rien que des souvenirs de sa jeunesse heureuse remontaient à la surface. Quelques mots par contre sur cette origine incertaine qu'elle osait parfois énoncer avec beaucoup de discrétion. En parler par bribes de phrases passait encore mais l'écrire clairement était manifestement encore trop hasardeux. D'autant que, selon mon appréciation, elle n'en connaissait que quelques lignes imparfaites, étant l'une des plus jeunes des enfants Berger de sa génération.

       J'avais transmis cette information à un de ces lointains petits-cousins qui, pris du même virus que moi, s'était lancé dans l'aventure de faire revivre l'histoire des BERGER d'Orbais, en reculant plus loin dans le temps par rapport à l'objectif que je m'étais imparti. Alex Berger, un des derniers vrais BERGER de cette lignée, a ainsi donné plus de corps à cette simple indication que je lui avais transmise.

      Au sein de son arbre remontant à l'année 1758, apparaît le couple Adolphe Berger (Orbais, 1856-Orbais, 1935) et Rosine Lengelé (Bienne-lez-Happart, 1861 - Orbais, 1934), marié le 17 décembre 1880, lesquels sont les grands-parents du côté paternel de ma mère. L'installation de ce couple à Odenge, hameau du village d'Orbais, est intimement lié avec l'arrivée d'une autre famille très connue, en la personne du sénateur Hippolyte Trémouroux et son épouse Marie-Catherine Pieret dans leur propriété de Petite Odenge.

       Hippolyte Trémouroux (Perwez, 1803 - Orbais, 1888) n'est pas n'importe qui. Procureur du Roi et échevin à Nivelles, il a aussi été député puis sénateur libéral. C'était également un grand industriel, cofondateur de la S.A. des mines du Luxembourg et des forges de Sarrebrück ainsi que de la S.A. des Hauts fourneaux de La Providence à Marchienne-au-Pont. Sans oublier qu'il disposait de grandes propriétés à Orbais2 dans le Brabant wallon, autour de sa maison de maître, située au hameau d'Odenge. Il a eu deux enfants, Mathilde et Hippolyte, qui n'auront aucun des deux de descendance.

      Le décor de la famille Trémouroux étant planté, voilà ce que nous en rapporte Alex Berger dans son article4, publié récemment dans Le Souvenir Perwézien, revue d'histoire locale reprenant des données se rapportant à la commune de Perwez et environs (Bt wallon de l'est), dont Orbais constitue l'une des sections.

Le 17 décembre 1880, Adolphe Berger fils s’était uni à la jeune couturière Rosine Lengelé, dont l’histoire est intimement liée à celle de la famille Trémouroux. Il faut pour cela remonter à sa maman, Rosine Durieux.

Cette dernière est née le 19 octobre 1833 dans la commune hennuyère de Bienne-lez-Happart (près de Lobbes). Elle est le second des huit enfants des journaliers Adrien Durieux et Victoire Pourbaix ....

D’après les registres de population, Rosine Durieux est arrivée à Orbais en octobre 1863, accompagnant de Bruxelles ses maîtres de l’époque, Hyppolite Trémouroux fils (Nivelles 1829 – Neuilly 1914) et son épouse Aline Amand dans la demeure de la Petite Odenge. Elle y est alors renseignée comme gouvernante. Nous ne savons pas grand-chose de la période bruxelloise de Rosine Durieux si ce n’est l’accouchement d’une fille à Bienne-lez-Happart le 9 février 1861, inscrite à l’Etat civil sous le nom et le prénom de sa mère. La tradition familiale a attribué la paternité de cette enfant à Hippolyte Trémouroux fils.

Rosine Durieux ne restera que peu de temps à Orbais. Elle se marie à Charleroi le 4 juin 1864 avec l’Orbaisien Jacques Lengelé (né le 14 juin 1831, il est le fils du tailleur et journalier Charles Lengelé et de Marie Agnès Vase), union au cours de laquelle ce dernier adopta la petite fille sans père qui sera dès lors connue sous le nom de Rosine Lengelé. Ils résideront près de six ans à Charleroi, servant comme domestique et cocher auprès d’une famille bourgeoise, avant de revenir à Orbais en février 1870, après la naissance, le 10 décembre 1869, d’un petit Gustave Lengelé. Ils reprendront du service auprès de la maison Trémouroux en tant que cuisinière et domestique, postes qu’ils occuperont jusqu’au décès du sénateur le 16 mai 1888. Il semble néanmoins qu’ils aient attendus qu’Hippolyte Trémouroux fils quitte le domicile de ses parents en août 1879 pour y réélire domicile avec Gustave. Au cours de toute cette période, la jeune Rosine Lengelé vivait probablement à Bienne-Lez-Happart auprès de sa famille maternelle puisque nous ne retrouvons sa trace ni à Charleroi, ni à Orbais avant son mariage avec Adolphe Berger fils le 17 décembre 1880.

      C'est précisément de ce fils prénommé également Hippolyte (Nivelles, 1829-Paris, 1914) qu'il est question. Agé de 59 ans à la mort de son père, il semble s'être débarrassé très vite de son héritage en léguant la majeure partie de sa fortune à la commune d'Orbais, à savoir un total de 300 ha, afin d'y créer un hospice et un hôpital. Ce geste lui vaudra d'avoir son buste dans la cour du home Trémouroux de nos jours. La rue reliant justement le village d'Orbais au hameau d'Odenge porte désormais son nom. A partir de 1888, on le retrouve résidant à Paris. Il s'y maria à deux reprises, tout en conservant, paraît-il, un pied à terre à la rue du Musée à Bruxelles. Derrière cette face recto du personnage, il existe cependant une face verso. C'est ce côté obscur qui va nous intéresser.

      Ce que l'on peut retenir de cette histoire racontée par Alex Berger, c'est que le fils Trémouroux avait 32 ans à la naissance de Rosine en 1861. Et le nom de Bienne-lez-Happart faisait partie précisément des quelques mots prononcés par ma mère en rapport avec cette histoire. Il fallait bien qu'il ait quelque peu marqué les esprits pour que ce nom de village, situé à quelques 70 km d'Orbais, en dehors du cercle de villégiature pour l'époque, soit resté gravé dans sa mémoire. Quant à Trémouroux fils, n'ayant pas repris d'activités politiques, on ne connait point son occupation officielle à cette période. Reconnu comme grand voyageur, sa présence est seulement constatée entre 1876 et 1877 où on l'a retrouvé comme correspondant en Algérie. Par la suite, il aurait encouragé les efforts de Léopold II dans son entreprise de colonisation5. Ce qui signifierait concrètement qu'il aurait financé certaines actions du monarque belge.

      Manifestement, en cette année 1861, le fils n'aurait pas suivi les directives de son père, homme par ailleurs très cultivé6, à cheval sur les principes, pour lequel la bibliographie officielle retient l'énoncé suivant : Retiré de la vie privée, il a rapporté au foyer de la famille la conscience d'un bon citoyen, une vie pure et une réputation sans tâches. C'est le plus bel héritage qu'on puisse laisser à ses enfants7.

      La bâtardise n'a vraiment pas besoin de tant d'éloges pour se déjouer des conseils paternels. Elle n'a pas besoin de dix générations pour laisser ses gênes usurper la carte des chromosomes. Comment hésiter à ne pas croire à cet accident de parcours, alors que l'allusion est à peine voilée dans les propos de l'historien Joseph Tordoir, qui habite comme par hasard, la maison attenante de celle des Berger à Incourt. Lesquels, pour la bonne compréhension, constituent l'une des sous-branches descendant du couple Adolphe Berger - Rosine Lengelé installé à Orbais. Selon l'historien, il eut une vie galante assez intéressante et connu une vie tumultueuse à Paris. Il aurait par ailleurs eu une descendance naturelle non répertoriée3 .

      De plus, la notoriété du fils Trémouroux n'avait apparemment pas souffert de ses frasques, à son décès à Paris en 1914. Transportée au château familial d'Odenge, en Belgique, le deuil de la dépouille du fils Trémouroux était conduit par le Comte de Terves, MM. Tremouroux, Armand de Ceves, A. d'Ermeton, de Gourcy-Serainchamps, Mathieu de Malvoisin, de la Rocheblain, le comte Guyau, MM. de Burlet, etc ....8.

      Beaucoup d'aristocratie de dernière génération qui venait probablement se rappeler des instants passés dans les lambris feutrés des demeures patriciennes des parents. Et sur laquelle j'éviterai de m'appesantir de trop, n'ayant trouvé que quelques références notoires.

Le Comte Pierre Gabriel Léonce de Terves (1840-1916) est le mari de Mathilde, la soeur du défunt. Mariés en 1875, ils  habitaient l'imposant château de la Beuvrière, près d'Angers, propriété de la famille des comtes de Terves depuis 1765. Citée dans un article de la Société horticole d'Angers en 1908, Mathilde aurait développé les cultures florales du château. La même année cependant, le château dut être vendu suite à des spéculations désastreuses. 

Le Comte Adolphe de Gourcy-Serainchamps (1857-1915) est issu d'une famille nobiliaire belge, ayant occupé le magnifique château de Leignon, près de Ciney ;

Le Comte Guyau est probablement le fils du Comte Eugène Guyot (1803-1868), administrateur civil de la ville d'Alger de 1838 à 1847, grande figure de la colonisation en Algérie ;

Quant à M. de Burlet, c'est un membre d'une grande famille de la bourgeoisie belge, installée à Perwez, occupant une fonction notariale sans interruption depuis 18529.

      Au final, je laisse le soin, aux lecteurs de cet article, de visionner les  photos jointes pour se faire une idée du lien potentiel non reconnu. Par chance, les photos des Trémouroux père et fils existent, ce qui permet de comparer certains détails du visage de Rosine Lengelé. Un bandeau reprenant  les trois têtes s'avère très éloquent. On ne peut nier une ressemblance dans les traits. La vérité semble évidente. Rosine Lengele est le parfait témoignage de ce qui se passait autrefois dans les campagnes. De manière plus prosaïque, il y a (aurait !!) des gênes inavoués des Trémouroux d'Orbais au sein de toute la descendance des 6 enfants, des 20 petits-enfants,, des 23 arrière-petits-enfants10 et des 42 arrière-arrière-petits-enfants du couple Adolphe Berger - Rosine Lengelé.

       Qui auraient pu se retrouver sur les terres du Wisconsin11. Eventualité qui demande un petit retour dans l'histoire. Pour rappel, suite à de mauvaises récoltes successives de pomme de terre, créant une situation de famine dans les campagnes, plusieurs milliers de petits agriculteurs et d'artisans de la Hesbaye (incluant le Brabant wallon de l'Est avec les villages de Neerheylissem, Beauvechain, Orbais, Incourt,....) émigrèrent vers le Wisconsin, près de Green Bey, dans les années 1845/1855, y créant même des villages portant des noms de la région d'Orbais (Walhain, Rosière, Grand-Leez). En 1975, un journaliste de la télévision ira retrouver des descendants dont les plus anciens parlaient encore le dialecte wallon de nos campagnes. Et en 2012, un livre intitulé,  "Les Wallons du Wisconsin, nos cousins d'Amérique "  écrit par Françoise LEMPEREUR et Xavier ISTASSE a été édité en français et en anglais, témoignant de l'importance de ce fait d'actualité.

      Cette migration fut le cas pour une autre fille d'Orbais12, approchée d'un peu trop près également par le fils Trémouroux et qui, comme une sorte de dédommagement, lui paya le voyage13. C'était les moeurs de l'époque, paraissent dire certains. Rosine Durieux, ayant eu la chance de rencontrer le brave Jacques Lengele qui en adoptant sa fille, lui permit de ne pas suivre le même chemin. En 1861, date de sa naissance, le couloir de migration vers le Wisconsin s'était, il est vrai, déjà quelque peu raréfié.

       Rosine Lengelé reste dans le souvenir de ma mère comme une femme très gentille, très intelligente, très catholique, venant parfois sermonner son fils  Jean Berger14 de ne pas aller à la messe et de lire le journal La Dernière Heure, celui qui ne défendait pas ostentiblement ses convictions religieuses.

      Cette histoire n'est pas sans rappeler celle d'une autre Rosine, une Parfondry de la branche de Forchies-la-Marche, partie aussi pour les Etats-Unis avec son fils en 1902 (voir article : Une Rosine Parfondry aux Etats-Unis).

      Quant à la descendance des Trémouroux d'Orbais, existante de nos jours, elle doit probablement remonter aux frères du sénateur. De quoi éviter d'en poursuivre les clichés et les comparaisons hasardeuses.

1 PARFONRY Roland (2011) : Ainsi était ..... la maison BERGER d'Incourt, 30 pages, ronéo ;

2 Orbais : village situé au milieu des plus belles terres agricoles du Brabant wallon, disposant d'un important réseau hydrographique, et qui fut occupé, sous l'ancien régime, par de nombreuses familles aristocratiques, dont la famille d'Arenberg, ....

3 Les voyages d'Isidore-Hippolyte Trémouroux, Le Soir, 25 octobre 1994 ;

4 BERGER Alex (2013) : La famille BERGER à Orbais, Le Souvenir Perwézien , n°111 sept.2013, p. 5 à 15 ;

5 Le Soir (ibidem) ;

6 Hippolyte TREMOUROUX  père a passé une thése en latin en 1826 à l'Université de Louvain ;

7  BOCHART : Extrait de Biographie des membres des deux chambres législatives, Bruxelles, 1858 ;

8 Le Gaulois, 16 février 1914 ;

9 Les deux familles de BURLET et TREMOUROUX sont associées dans le nom de la maison de repos d'Orbais ;

10 Incluant donc votre fieldmouse ;

11 Trois frères BERGER (Barthélémy, Adrien et Ferdinand), cousins d'Adolphe, partirent ainsi pour le Wisconsin ;

12 dénommée VANDERMEUSEN ;

13 Information transmise par Joseph TORDOIR ;

14 Jean BERGER, un des six enfants de Rosine LENGELE, est le père de ma mère  et mon parrain ;

              Hippolyte Trémouroux père

Hippolyte Trémouroux père

                Hippolyte Trémouroux fils

Hippolyte Trémouroux fils

           Rosine Lengelé - Adolphe Berger

Rosine Lengelé - Adolphe Berger

Rosine LENGELE entre TREMOUROUX père et fils. Pour mieux comparer la filiation.

Rosine LENGELE entre TREMOUROUX père et fils. Pour mieux comparer la filiation.

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