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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 10:33

      C'était une période ensoleillée comme les éphémérides du mois d'août le caractérisent. Tous les critères étaient au beau fixe. Envisagée depuis plusieurs mois, l'expédition formatée par une équipe aguerrie était prête. Le but avoué, en ce mois d'août, était de partir à la recherche de preuves méconnues sur la présence du marbrier François-Xavier PARFONRY à Paris.

      Pour cela, deux PARFONRY, pur sang,  se sont transformés en Rouletabille pour faire revivre les recoins de la mémoire. Associés dans la démarche, Agnès, de la lignée française et votre fieldmouse, de la dynastie belge, étaient convaincus que c'était le moment idéal. Leurs expériences respectives, en tant que fouineurs avérés, vont, pour la première fois, être associées. Pour ce faire, ils sont accompagnés de l'expertise de leur conjoint respectif. Avec Martine L., la photographe tout terrain, vedette de plusieurs sites photos sur le net, et Michel D., grand connaisseur de l'histoire de France et logisticien confirmé, ce quatuor au top est arrivé à Paris en ce lundi 19 août 2013. Le matériel pour mener à bien cette expédition est des plus limités. Outre le NIKON D3.100 double objectif, on se limite à une carte détaillée des rues de Paris, au plan des différents réseaux de transports parisiens, à l'impression des quelques cinquante pages rassemblées sur Francois-Xavier, à la liste des lieux attestés dans la bibliographie et aux tickets de métro achetés en série.

      Rendez-vous est pris sur la Place de l'Opéra Bastille, situé entre le vieux quartier du Marais et l'ancien quartier des artisans, dans le 11ème, là où François -Xavier avait installé ses ateliers de fabrication, dans la rue Traversière Saint-Antoine puis dans la rue Saint Sabin. Devant la Colonne de Juillet, haut lieu de mémoire de cette France révolutionnaire de 1830 qui peinait à sortir de son empreinte monarchique, le premier objectif de l'expédition se voyait décidé, au regard de la proximité des lieux sur la carte. La mission se devait d'atteindre le Musée Carnavalet.

     Le but était clair. Celui de découvrir cette cheminée offerte par François-Xavier sous forme de don à ce nouveau musée, spécialement orchestré autour de l'histoire de Paris. Sur base d'une lettre de remerciements de Georges CAIN, Conservateur de ce musée à l'époque, datée du 19 décembre 1897, son existence était attestée. Voici le texte de cette lettre, conservée par Jean-Pierre, le frère d'Agnès.

                Monsieur,

Vous avez eu la généreuse pensée d’offrir au Musée, une cheminée Louis XIV en marbre. Je suis heureux de vous annoncer que ce précieux don vient de prendre place dans une des salles du Musée Carnavalet.

Au nom de la Ville de Paris, j’ai l’honneur de vous adresser mes remerciements pour cette libéralité, et, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

                                                                             Signé : Georges CAIN

      Plusieurs lettres et mails, envoyés précédemment, étaient restés sans réponses. Une ignorance qui ne pouvait perdurer. Il fallait trouver cette cheminée. L'indice était crédible. Restait à dénicher la salle dont il est question dans la lettre. Avait-on conservé cette cheminée comme témoignage du passé marbrier des artisans parisiens ?

      Le temps, la persévérance, la connaissance de l'histoire de ce marbrier, la bibliographie répertoriée se sont avérés nécessaires pour arriver au but. Rien n'est simple dans ce genre de mission exploratoire. Il a fallu pas moins de huit stations, un petit chemin de croix, pour la retrouver. En voilà la relation.

1. Arrivée devant l'entrée du Musée Carnavalet, au numéro 19. Pour apprendre, par une gentille antillaise, que le Musée était fermé ce jour. Pardi, vouloir visiter un musée un lundi, vous n'y pensez pas ! Un peu vexé de ne pas avoir intégré les horaires d'ouverture dans notre programme, nous lui sortons de mémoire le comment et le pourquoi de notre présence. On ne pouvait abandonner de sitôt. En un minimum de temps, nous faisons comprendre à cette brave gardienne que nous sommes en mission de la plus haute importance. On ne sait si cela l'a convaincue ou si c'était pour nous débarrasser de notre quatuor encombrant, mais nous voilà réorientés vers un autre numéro dans la même rue.

2. Au numéro 23, nous sommes accueillis cette fois par un agent de sécurité en tee-shirt rouge très reconnaissable. Refus de nous faire entrer comme précédemment. Cette fois, le discours ayant été répété, nous l'encadrons en le sermonnant quasiment sur l'intérêt stratégique de notre démarche. Le convainquant de nous donner accès au bureau de réception, dans lequel nous trouvons notre troisième interlocutrice.

3. Rebelote. Cette fois, seuls Agnès et moi-même entrons dans le bureau, laissant nos deux comparses dialoguer sagement avec la sécurité. De nouveau le discours de circonstance, en insistant sur la lettre de 1897 du Conservateur. Première impression assez mitigée. On reformule notre démarche en accentuant cette fois sur l'importance de la carrière du marbrier. Des dates, des lieux, des titres, des photos s'accumulent devant les yeux de la réceptionniste. Voyant qu'elle ne pourra pas se débarrasser de nous, elle finit par téléphoner au Conservateur de garde en ce jour de fermeture.

4. Le Conservateur se fait attendre. L'inquiétude de ne pas le voir apparaître nous stresse quelque peu. Finalement, il traverse la cour intérieure. Il croit trouver dans nos deux experts attitrés les bonnes personnes. Il n'en faut pas plus pour Michel de lui glisser quelques mots explicatifs dans l'oreille pour qu'il soit au parfum lorsqu'il arrive près de nous deux. On ressort une nouvelle fois la grosse artillerie qu'on commence  à connaitre par coeur. Sa première réponse est négative. Il n'y a pas d'archives de cette période qui pourrait nous faire remonter à la cheminée. Cette fois, nous prenons conscience que la phase commando de notre mission doit être déclenchée. Des actes, des gestes, de l'action pour un résultat. On entoure au mieux le Conservateur. En alternance, on maintient la pression. Les explications fusent, les pages sur François-Xavier sont déroulées une à une, le nom PARFONRY est martelé en espérant faire réagir un ultime recoin de ses neurones, les lettres restées sans réponse lui sont rabattues comme ultime argument.

5. Finalement, il abdique. A t-il perçu la fougue, l'intérêt émotionnel, l'émerveillement, la passion dans nos explications ? Sans aucun doute. Un déclic a du se provoquer  à son niveau. Il nous quitte quelques instants, nous demandant d'attendre. L'inquiétude et l'optimisme se mélangent dans nos regards échangés avec Agnès. Que peut-il maintenant se passer ? On a abattu quasiment toutes nos cartouches. La réussite de la première partie de la mission dépend de cette prochaine ouverture de porte.

6. M. BRUSON Jean-Marie, c'est le nom du Conservateur, arrive. Il brandit une petite fiche cartonnée à la main, ternie par le temps. En spécialiste des archives, nous comprenons tout de suite que c'est un sésame important. Elle a été retrouvée dans les tiroirs répertoriant la liste des donateurs au Musée. Sur celle-ci, le nom PARFONRY est écrit avec les références suffisantes pour attester de la présence toujours effective de la cheminée. Sourires, joies font de nouveau surface. Comme pour une partie de belote, nous avions remporté le dernier pli, le dix de der. On avait réussi à retrouver la trace de la cheminée, après quelques cent quinze années d'oubli, d'indifférence. On veut la voir, la toucher.

7. Poussant la gentillesse jusqu'à neutraliser les alarmes des différentes pièces à notre passage, M. BRUSON nous entraine, tous les quatre, dans un dédale de couloirs, de salles, d'escaliers. Le mobilier du tout Paris défile devant nos yeux sans que l'on s'y attarde ni que l'on y apporte un quelconque regard. Le but est tout proche. Rien d'autre ne peut attirer notre attention.

8. On arrive finalement dans une pièce assez sombre, les volets étant fermés en ce jour de repos des visites. Elle est là, au fond de la salle. Avec son âtre baillant, elle semble nous dire : Enfin, vous êtes là !! Cela fait plus de cent ans que je vous attends. Vous n'avez - pas oublié ma médaille d'or, j'espère !!. Comme pour nous excuser, nous l'avons regardée, palpée, admirée, contemplée pendant de nombreuses minutes. La finition de la plaque au fond de l'âtre est superbe. Nous ne pouvions lui dire qu'il y avait peu d'espoir de retrouver sa médaille. De marbre, elle ne pouvait évidemment répondre à nos commentaires. Elle qui a été exposée et obtenu une médaille d'or à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris, se trouvait oubliée. Son âtre restait froid depuis trop longtemps pour qu'il puisse éclairer les quelques mètres carrés sur lesquels nous restions confinés. Elle se savait condamnée à rester indéfiniment dans la salle 41 - LIESVILLE de ce musée.  Prenant conscience cependant que la photographe de la mission se préparait, elle a un mouvement d'orgueil. Elle s'est sentie à nouveau contemplée, admirée comme au bon vieux temps de l'Exposition universelle. Ayant eu enfin la reconnaissance des siens, elle s'est faite dès lors toute belle pour poser pour l'éternité.

9. L'euphorie passée et les photos réalisées, nous quittons à rebour la salle 41, en la regardant jusqu'au dernier entrebaillement de la porte qui se referme. N'oubliant pas de sortir nos GSM pour avertir, tel un cri de Victoire, les autres membres de cette famille d'avoir retrouvé la cheminée de François-Xavier.

     Reste à espérer que ce premier succès de cette mission se prolongera avec la rédaction d'une fiche signalétique complète de cette cheminée. La référence au style Louis XIV, attestée dans la lettre, doit recevoir une confirmation de la part de Madame Marie-Laure DESCHAMPS, la responsable Mobilier de ce Musée Carnavalet. Ce sera la dixième station de notre chemin. Et pourquoi pas, comme une onzième station, prenant le recul nécessaire pour une visite complète de ce Musée, en choissisant de préférence les heures d'ouverture. N'oubliant pas malgré tout d'aller revoir, à la lueur du jour, cette cheminée patrimoniale dans la salle 41-LIESVILLE.

     La suite de cette mission d'exploration sur les traces de François-Xavier PARFONRY sera détaillée prochainement.

La cheminée de notre aîeul est retrouvée. Cela valait bien la peine de déguster une bonne bière .... belge pour nos deux têtes chercheuses chevronnées
La cheminée de notre aîeul est retrouvée. Cela valait bien la peine de déguster une bonne bière .... belge pour nos deux têtes chercheuses chevronnées

La cheminée de notre aîeul est retrouvée. Cela valait bien la peine de déguster une bonne bière .... belge pour nos deux têtes chercheuses chevronnées

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