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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 22:06

        Après la cheminée du Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet. Paris 2), après l'atelier de la rue Saint-Sabin (voir article : Ce qui reste de l'atelier du marbrier. Paris 3), notre mission exploratoire à Paris avait, comme nouvel objectif, d'atteindre ces fontaines jumelles déjà repérées au travers de documents (voir article : Les belles fontaines de la Place de la Madeleine). Pour ce programme, l'équipe a été rejointe, du moins pour une partie du circuit, par Louise, l'une des filles d'Agnès. De la jeunesse à qui transmettre tout ce savoir, cette relation quasi charnelle avec le marbre d'un ancêtre, pour montrer que le côté inter générationnel n'est pas oublié dans cette aventure. Louise nous sera  d'un grand secours pour nous faire découvrir le modernisme et l'animation hors des sentiers du Paris touristique.

      La difficulté n'était pas de les retrouver. Il était attesté que les deux fontaines, initialement installées sur la Place de la Madeleine, avaient du déguerpir suite à l'intensité croissante de la circulation. Au risque de voir des voitures emboutir leur joli marbre, elles avaient trouvé, non pas la solitude d'un parc, d'une place publique dans un lieu éloigné de la capitale, mais deux endroits particulièrement charmant, dégageant une sensation apaisante et surtout de recherche d'harmonie dans les formes, favorisée par un environnement verdoyant et par une architecture néo-classique exubérante. On ne pouvait trouver de situation aussi idéale, au milieu de ces artères trépidantes, regorgeant du luxe de la capitale française. Deux points sur la carte qu'il conviendra désormais de parcourir, de sentir, de contourner, de photographier, voire d'enjamber mais surtout de mémoriser comme lieu de rencontre.

     La première s'est retrouvée dans le 7ème Arndt., dans le périmètre du square Santiago du Chili, non loin des Invalides, le long de la rue de Grenelle. A l'écart du buste d'Antoine de Saint-Exupéry qui prête en quelque sorte son amour du continent sud-américain pour justifier de sa présence,  on décèle un petit espace triangulaire, dénommé Place Salvador Allende, histoire de ne pas perturber non plus la leçon de géographie souhaitée de ce lieu. En son milieu, notre fontaine joue toute la journée avec les ombres des arbres. Elle se délecte, paraît-il, des rheu qui émanent des poussettes promenées par les nombreuses nounous du quartier.

    Quant à la seconde, elle s'est montrée moins timide. Elle ne s'est pas cachée sous la frondaison de quelques arbres où à l'abri des circuits de passage traditionnels. Elle a choisi le 8ème Arndt., le plus chic, le plus lumineux, le plus huppé.  Elle est visible, surtout le soir, au milieu de la Place François 1er où son éclairage fait reluire l'esthétique des formes de son marbre. De vraies dentelles qui se voient dès que vous quittez l'avenue Georges V pour descendre la rue François 1er.. Dommage pour les magasins de haute couture qui se rassemblent sur son parcours (Versace, Givenchy, Zadig et Voltaire,....). On ne retient plus que les courbures de ses croisillons, la finesse des têtes de lion, le dessin des visages de femmes, les festons de la colonne cylindrique. Soeur jumelle de la première, elle est resplendissante au milieu de ce rond-point, de cette Place François 1er décorée des plus beaux balcons de Paris. Située à un jet d'eau de Europe n°1 et de RTL, elle doit surement agrémenter les promenades des animateurs de ces deux stations de radio.

       Une ébauche de quiproquo, voire de doute est apparu en raison de la situation de cette Place François 1er. Se trouvant à l'intersection de la rue Jean GOUJON, célèbre sculpteur du XVIème siècle, elle peut laisser croire dans l’existence d’un lien avec l’auteur de la célèbre Fontaine des Innocents, installée aux Halles (1er Arndt.). Même si c'est la seule fontaine qui serait attribuée à ce dernier, la crainte d'y voir dans ce cas son empreinte a été perçue. Le recours à certaines dates de référence dément toutefois cette ambigüité.

       La Place de la Madeleine, lieu d’implantation initiale de ces deux fontaines, ne date que de 1815. De création plus récente, la rue François 1er n’a été tracée qu’à la suite d’une ordonnance du 4 mai 1861. Et le Square Santiago du Chili n'a été installé, quant à lui, qu'en 1865. De plus, c'est sous l'autorité de Gabriel DAVIOUD, architecte influent de la période haussmannienne que l’installation des fontaines s’est opérée. On s’en tiendra donc aux références trouvées qui ne font aucune mention d’une création superposée à une œuvre ancienne.

      Comme la cheminée du Musée Carnavalet, ses deux fontaines se sont faites belles à l'arrivée de la mission. Approchant mon oreille de leurs têtes de lion, j'ai perçu un mouvement ténu mais bien perceptible de l'eau dans la vasque. Le marbre de chacune s'était mis à frissonner. Je les ai entendus réagir à notre présence. Moins ronchonnes que la cheminée, recluse dans sa salle aux odeurs de parquet ciré, elles m'ont assuré qu'elles bénéficiaient toutes les deux d'un cadre idéal, admirées et reconnues comme parmi les fontaines les plus charmantes de Paris. C'est ce qu'elles m'avaient exprimées chacune peu avant que la photographe ne me prenne en flagrant délit (voir article :  En préalable à l'expédition à Paris . Paris 1).  Nous leur avons promis à toutes deux que tout lecteur de ce blog serait invité à les inclure dans leur promenade. Et que pour n'importe quel PARFONRY, elles seraient désormais leurs points de rendez-vous.

      La relation de cette journée pourrait s'arrêter ici si on s'en tient à nos objectifs de départ. Ce serait toutefois oublier l'importance apportée par Louise. Après avoir poliment suivi et observé, ce qui peut être considéré pour elle comme une occupation du troisième âge, Louise, à l'approche de la pénombre nocturne, s'est proposée de nous faire découvrir un quartier hors du Paris touristique.  Et elle a eu de l'imagination la petite !! Pour y aller, pourquoi ne pas prendre une de ces Autolib électrique que l'on observe désormais, parquée un peu partout dans Paris. Et hop, une immersion dans le modernisme écologique et on s'y engouffre tous les cinq, même si le règlement la limite à quatre. Peu importe. Louise, au volant, pour la première fois dans Paris, paraît-il, se débrouille comme un chef. Après quelques hésitations de parcours, l'obligation de trouver une autre station Autolib, un petit oubli de fermeture des phares, nous marchons dans le 10ème Arndt., traversant le canal Saint-Martin sur une passerelle séculaire.  Alors que l'on croyait retourner dans notre siècle actuel, voilà que François-Xavier refait surface. Il est fichtrement partout à Paris ce bonhomme. Nous sommes en bordure du canal, sur ce quai de Jemmapes, celui qui a vu partir en pièces détachées ce fameux escalier de marbre que l'on retrouve à Saint-Pétersbourg au Palais Youssoupoff (voir article : De Paris à Saint-Pétersbourg : le début d'une grande carrière). Ma remarque ne semble plus attirer l'attention de mes partenaires. Ils doivent avoir l'esprit un peu fatigué et l'estomac dans les talons, après cette journée intense. Et ce canal Saint-Martin, si grouillant d'activités en ce XIXème siècle, est, de nos jours, le rendez-vous de la jeunesse, celle qui est avide d'échanger, de discuter, de sourire, de rigoler, de prendre du temps. Mes comparses sont happés par l'ambiance du lieu. Nous rencontrons la France inquiète, ingénieuse, réformatrice, cette nouvelle génération du futur. Totalement anachronique de la foule rencontrée précédemment. Et puis mentionnons aussi ce restaurant Le Petit Cambodge1situé entre le canal et l'hôpital Saint-Louis, choisi par Louise, pour terminer la soirée. Un endroit branché, assez dépouillé, aux saveurs du terroir de là-bas. A découvrir tout comme ce quartier de Paris. On avait retrouvé toute la réalité de la vie. Merci Louise de nous y avoir amenés pour nous changer les idées ! Et bien entendu, on est reparti dans une Auto lib pour aller nous reposer de cette journée.

 

1 C'est ce restaurant Le Petit Cambodge qui , avec le bar Le Carillon, sera l'une des cibles des attentats terroristes du vendredi 13 novembre 2015 à Paris (15 morts);     

De superbes balcons pour regarder la fontaine de la Place François 1er

De superbes balcons pour regarder la fontaine de la Place François 1er

Eclairage nocturne de la fontaine de la Place François 1er

Eclairage nocturne de la fontaine de la Place François 1er

La fontaine jumelle de la Place Salvador Allende au Square Santiago du Chili

La fontaine jumelle de la Place Salvador Allende au Square Santiago du Chili

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