Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 08:12

     Les paons, ses superbes oiseaux au plumage métallique (du moins pour le mâle), sont l'objet central de notre histoire. Chacun a en mémoire l'image d'un paon qui tout en se promenant, étale ses plumes comme un éventail coloré sur lequel apparait des ocelles. Le paon fait la roue. Rien de plus beau à tel point que son image a inspiré certains dessins de l'Art Nouveau. Animal courant dans nos fermes jadis, il a disparu notamment en raison de son cri. Car le paon criaille, braille. C'est son gros défaut. On l'entend à la ronde, quand il est contrarié, ce cri caractéristique : Léon. Le dernier qui m'ait abordé réellement, et aussi curieusement, c'était à Niamey au Niger. Il se promenait librement dans la parcelle de la famille MARCHAL. Plusieurs autres, moins volubiles, se promènent de nos jours dans le parc animalier de Pairi-Daiza. A croire que c'est cet animal qui a inspiré la chanson de la publicité Léo !!

      Autre contrariété du paon, c'est DARWIN, l'auteur de la théorie de l'évolution qui a du l'assumer. Son cri ostensible, ses couleurs attirantes et sa lenteur dans son déplacement étaient en incohérence avec sa théorie, basée sur l'adaptation aux conditions de l'environnement. Un tel animal n'aurait pas du survivre, selon lui. Mais aller demander à un tricératops de s'en approcher avec de tels braillements qui lui perforent les tympans. C'était aussi, il est vrai, ne pas savoir que cette bestiole était un plat recherché des Palais et des Princes et donc protégée d'une certaine façon dans les élevages et les basses-cours des fermes d'antan.

     Mais pourquoi ce paon intègre t-il notre histoire liée à notre patronyme ? Tout simplement, par le fait, qu'on le retrouve à la base d'un combat juridique mené par notre célèbre marbrier François-Xavier. Encore lui me direz-vous. Homme de combat, riche, entrepreneur reconnu, il faisait partie, comme on dit de nos jours des People. Tous ses faits et gestes étaient observés, disséqués. La rançon du succès !

    Pour rappel, François-Xavier, fortune déjà bien établie, avait fait bâtir une villa à Créteil en 1860 dans l'ancien domaine du château des Buttes. Il y vivait paisiblement à côté de son voisin RENAUT. Jusqu'à un certain jour qui nous est relaté dans Le XIXème Siècle. Journal républicain du 24/01/1892. Fichtre, voilà que notre célèbre aïeul était aux prises avec ces oiseaux qui ne l'inspiraient pas vraiment

..... Renaut avait sur la lisière des deux propriétés une basse-cour dans laquelle il nourrissait des paons. Pour lui jouer un tour, Parfonry imagina de faire construire une petite maison sur la partie de son terrain confinant à la volière de son ennemi. Les maçons reçurent l'ordre de ne pas ménager la poussière du plâtre. Les malheureux volatiles, aveuglés, ahuris, faillirent périr. Renaut séchait de colère; Parfonry se frottait les mains......

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aux relations les plus cordiales, succéda une terrible inimitié, qui se marqua par d'incessantes tracasseries renouvelées tous les jours. Tous deux se firent une guerre de Mohicans......

Le noir complot tramé par Parfonry contre les paons de Renaut avait échoué. Les paons, remis de leur alerte, se portaient comme des charmes et criaient, c'est le cas de le dire, comme des paons. L'implacable Parfonry s'avisa d'un autre stratagème. Il paraît qu'il était grand ami du maire. Il fit prendre par ce digne magistrat municipal un arrêté en vertu duquel défense était faite aux habitants de Créteil de garder chez eux des paons, le cri de ces bêtes étant de nature à troubler le sommeil des gens paisibles. Les paons étaient donc, par cet ukase, proscrits de tout le territoire de la commune de Créteil .........

      François-Xavier, tout comme Renaut se défendirent bec et ongles,  comme il en est relaté dans un autre journal.  Cris de paons, dans la rubrique Tribunaux, tel est le titre d'un article retrouvé dans La Lanterne du 23/01/1892 (voir ci-dessous). Ils se retrouvèrent successivement devant le juge de paix de Charenton qui déclara illégal l'arrêté du maire, puis devant la troisième chambre, pour demander dix mille francs de dommages-intérêts. A chaque fois, François-Xavier fut débouté, le ministère public ayant conclu à la liberté pour chacun d'avoir des paons chez soi.

      Que s'est-il passé ensuite ? Parfonry a t-il procédé à sa propre justice ? A t-il fait Pan Pan sur les paons ? On espère que non !! Leeeeeo le eeo.  On vient au galot à l'appel de Léo !!, c'est vrai que cela faisait quand même beaucoup de bruit cette publicité. Soyons quand même un peu compatissant vis à vis de notre aïeul !! Un paon, avouez que c'est aussi fondant qu'une gaufrette de Léo sur les doigts !!  Mais plusieurs, cela devient aussi indigeste qu'une tablette de chocolat Côte d'Or. En conclusion, si vous y tenez réellement à ces bêtes, n'en prenez qu'une seule. Elle sera moins contrariée et braillera moins.

     Et qui est ce Monsieur RENAUT qui vivait à côté, avec ses paons ? Sans doute, une autre de ses personnalités qui s'étaient rabattues sur l'ancien domaine du Château des Buttes, loti dès 1859. Il ne fait pas partie de la liste des bienfaiteurs qui est affichée à la mairie de Créteil, contrairement à François-Xavier PARFONRY. On reviendra sur ce point dans un prochain article. 

     Les informations sur ce personnage, qui s'écrirait plutôt RENAULT, m'ont été transmises par Maurice DUPREZ, le gestionnaire du blog : Buttes-Halage Créteil. Ce RENAULT était carossier et propriétaire de ce château des Buttes. Il avait entrepris une importante rénovation de sa demeure en 1889, soit trois années avant ses déboires avec son voisin. A celle-ci était attenant un parc boisé de 40 000 m2 disposant d'un kiosque, d'une pièce d'eau, de grandes serres servant de protection hivernale aux camélias et plantes vertes diverses. L'intérieur de celle-ci présentait un ensemble de pièces disposant d'un luxe apparent avec des balustres et colonnes corinthiennes, un piano "bois de rose" signé Pleyel, de nombreux objets en bronze, etc....Au milieu de cet ensemble, se promenaient donc trois paons, à l'origine de cet article2.

      La relation de ce petit fait divers local démontre que le principe de la séparation des pouvoirs, base fondamentale de notre système démocratique, a parfaitement fonctionné. L'affinité avec le maire n'a pu jouer en sa faveur, ce dernier ayant pris manifestement un arrêté non réglementaire.

1 Maurice DUPREZ  n'a cependant pas retrouvé cet arrêté dans les archives de la ville de Créteil ;

Cet article peut être retrouvé sur le site : http://quartier-buttes-halage.blogspot.fr/2013/12/nuisances-cris-de-paons.html  ;

 

Journal La Lanterne du 23/01/1892. Rubrique Tribunaux : Cris de Paons

Journal La Lanterne du 23/01/1892. Rubrique Tribunaux : Cris de Paons

Partager cet article

Repost 0

commentaires