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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 21:58

       Cet article aurait pu s'intituler " De la mine à l'écriture chez ceux de Forchies-la-Marche ". Comme un témoignage de cette évolution sociale observée. Qu’ils soient artisan, houilleur ou cloutier, les membres de cette branche ont été liés au développement de l’industrie le long de la Sambre depuis leur installation au début du XVIIIème siècle. Le lien sociétal et historique souhaité, au travers de cet article, permettait d'aborder sereinement ce nouvel aspect rencontré par notre patronyme.

     En développant l'histoire de Marcel PARFONDRY (1904-1968), il est apparu qu'un autre moment de notre Histoire prenait le pas sur cette relation avec le développement industriel en bordure de Sambre. Même si les années ont passé, les souvenirs sont toujours là. Même si les plus impliqués ont été exécutés, même si les exécutants ont été condammés par la justice, même si quelques uns se sont cachés, ils nous restent tout le reste. A savoir, la connaissance de faits, l'ambiance dans la famille, le témoignage des anciens, les images des salles obscures, ..... Ce n'était pas pour rien si mon grand-père a toujours refusé de poser son pied sur le sol allemand.

      Nous sommes maintenant près de 70 années plus tard. Le devoir de mémoire reste. Mais, l'évolution est ainsi faite. Cette dernière guerre s'intégrera, comme bien d'autres, dans le parcours livresque des historiens. Elle servira de source d'analyses, d'articles, de références pour les chercheurs. Elle marquera son temps par le fait d'avoir initié la recherche d'une définition du mot génocide. Comme les Croisades, il y a bien longtemps, ont fait apparaître le terme de Guerres saintes. Comme les nombreux conflits au cours de la seconde moitié du XVIème siècle en France qui se sont transformés en Guerres de religion , voire en Massacre (de la St Barthélemy).

     C'est donc dans ce contexte d'insertion historique progressive, selon les buts voulus par ce blog, que l'on doit comprendre l'article qui suit. Une découverte d'une époque pas si ancienne, un aspect du parcours de ce patronyme, un texte qui rassemble ce qui a émergé de nos jours. Innovant, instructif et je l'espère pas dérangeant. S'appuyant  sur une documentation importante pour démontrer de la rigueur et de la neutralité de son contenu.

     La branche de Forchies-la-Marche comprend un nombre incalculable de mineurs. Durant des générations, ils sont descendus dans la terre pendant que d'autres cultivaient leurs terres. Certains, au cours de ces dernières décennies ont pu s’extraire de ce milieu en acquérant un autre statut. C'est là que l'on rencontre Marcel PARFONDRY. Lequel a déjà été présenté dans un article précédemment (voir article : Et aussi le théâtre). Reprenant ce nom de famille, Jean LOUVET, écrivain et auteur de pièces de théâtre, l'avait inséré dans le titre d'une de ces pièces en 1998, intitulée : Madame PARFONDRY est revenue.

      Marcel est lui-même, fils de mineur (Augustin Joseph). Né en 1904, ayant survécu à la grippe espagnole de 1918, contrairement à ses frères et sœurs, cela donne l’opportunité à sa famille, avec l’appui d’un oncle boucher, de le faire entrer à l’école Normale et devenir instituteur. Un début d' histoire, somme toute assez semblable à celle de mon grand-père, dont les mêmes études lui furent payées par son oncle horloger.

      De ces années qui précédent la guerre, on lui découvre plusieurs activités en lien avec le mouvement wallon. On le retrouve au sein de la revue La Bataille wallonne, à laquelle Achille CHAVEE consacre des éditoriaux incendiaires pour une autonomie culturelle et économique de la Wallonie. Comme délégué de cette revue, il devient membre, en 1932, du conseil général lors du troisième congrès de la Concentration wallonne1, organisme de regroupement de toutes les associations wallonnes proches du courant autonomiste. Président de la section de Saint-Vaast de l’Union fédéraliste wallonne (1930) puis de celle de Trivière (1932), Marcel PARFONDRY se montre un défenseur acharné d’une union économique complète entre la France et la Wallonie1bis.

    A l’instar de l’expression déambulée de nos jours, à travers le monde, répétant que Le surréalisme est une histoire belge, l' action reconnue de Marcel sera d’être à la base de la création en mars 1934 du premier groupe surréaliste wallon Rupture à La Louvière2, qui se structura autour d’Achille CHAVEE en associant progressivement Constant MALVA4, Pol BURY5, Fernand DUMONT6, André LORENT et quelques autres. Pour la plupart, de jeunes intellectuels d’extrême gauche qui furent marqués par le ravage de la crise économique et les manifestations réprimées de 1932 et qui trouvèrent par là une sorte d’exutoire et de synthèse entre la poésie et les convictions politiques. Le Manifeste du groupe Rupture, publié en 1935 dans le journal Mauvais Temps, ne laisse aucun doute sur les motivations de ce groupe7. Pour démontrer de cette intransigeance, Marcel appuiera la décision de ceux qui, en janvier 1936, excluront du mouvement surréalisme le compositeur André SOURIS8 pour avoir dirigé, à Bruxelles, un orchestre à l'occasion d' Une messe des Artistes, cérémonie jugée religieuse et mondaine8bis. Dans la foulée, Marcel participera à l'organisation, en octobre 1935, de la première exposition surréaliste dans le Hainaut9 qui présentera des peintures de ... Magritte, Chirico, Dali, Man Ray, Dora Maar, Klee. Rien que du beau monde. Très attaché aux idées d’André BRETON, fondateur du mouvement surréaliste en 1924, avec qui il a probablement correspondu, Marcel PARFONDRY a quelque peu été l’élément le plus présent et le plus attaché du groupe pour défendre le Manifeste. Avec MALVA et LORENT, ils formeront l’aide rigide de ce mouvement. Pour preuve, on le retrouve en janvier 1936, à l’occasion d’un rituel d’initiation, faisant office de baptême du fils d’André LORENT10, tenant en main la photo de Lénine11. Pour des raisons idéologiques, le groupe se perdit dans des débats, entre trotskisme et stalinisme, à l’approche de la guerre, et se disloqua en juin 1939. Démontrant par là de la primauté du contexte politique sur le sens esthétique du mouvement, Marcel ne s'inscrira pas dans la création d’un autre mouvement surréaliste, lancé par A. CHAVEE. Ce qui confirme plus volontiers son lien préférentiel avec les surréalistes de Paris plutôt que ceux de Bruxelles, rassemblés autour de MAGRITTE.

     Par la suite, tout comme une certaine frange issue du prolétariat dans le Hainaut, Marcel participa avec MALVA, au début de la guerre, à l’aventure du seul syndicat autorisé en Belgique par l’occupant, l’Union des Travailleurs manuels et intellectuels (UTMI), en y devenant l’un des rédacteurs de l’organe mensuel Le Travailleur. Cet égarement était de fait orchestré par Henri de MAN12, l’un des belges les plus controversées du début de la guerre. Catalogué comme collaborateur de gauche, sans toutefois verser dans la collaboration active et l’engagement militaire comme Léon DEGRELLE, cet homme politique belge a composé avec l’occupant au cours des deux premières années de guerre avant de se retirer en Suisse. Laissé sous la seule emprise de nationalistes flamands, il est probable que Marcel quittera aussi le navire à ce moment pour se retrouver au sein de la Section wallonne et belge de langue française (SWBLF), créé en mars 194213, dont le porte-parole était Pierre HUBERMONT14, l’un des responsables de la censure en Belgique sous l’occupation. Aucune information sur une quelconque inculpation après la guerre n’a été retrouvée sur Marcel PARFONDRY, contrairement à d’autres (de MAN, MALVA, HUBERMONT,….).

     Retrouvant après-guerre le fil du mouvement surréaliste, il découvrira en 1952 les toiles du peintre Rémy VAN den ABEELE (1918-2006) et décide de l’instruire sur ce mouvement en le présentant en 1953 à Achille CHAVEE. Si avant la guerre, il utilise le surnom de Laurent DERAIVE, il prit plus volontiers par la suite celui d’Hector LABARRE. On le retrouve sous ce dernier nom, répondant, avec beaucoup d’autres15, fin 1958, à la question : Quel est le but dans la vie ! Que faites –vous pour l’atteindre ?16. Il est aussi ‘l’un des signataires d’un article sur le surréalisme en 196117, ainsi que l’un de ceux18 qui fournissent l’une des treizes images rassemblées sur A. CHAVEE lors d'une exposition organisée à l’occasion du 10ème anniversaire de sa mort en 197919. Il participera également sous ce surnom au Musée du soir20, revue dont la parution se serait étalée de 1954 à 1968.

    Si Constant MALVA est sorti de nos jours de sa disgrâce, tout en lui reconnaissant ses lâchetés, ses errements sous l’occupation21, et HUBERMONT qui ne paraît pas conscient de ses choix politiques22, ce n’est pas encore le cas pour Marcel PARFONDRY dont le profil d’écrivain et d’essayiste reste à approfondir. Un récent ouvrage23, dont on a extrait une phrase, a tendance à insérer ce contexte de la collaboration intellectuelle en rapport avec l’origine populaire de ces écrivains prolétariens et de leur défense de l’identité wallonne.

           La collaboration dévore également des gens de gauche comme les écrivains Hubermont et Parfondry dont l’histoire plonge dans les milieux populaires wallons. Ils défendent une identité wallonne à la faveur de l’occupation.

       L'histoire est désormais en marche vers de nouvelles analyses. Même si on ne peut refuter que ce patronyme sonnait bien, pour reprendre l'expression de Jean LOUVET, il serait étonnant qu'il n'y ait pas une autre explication pour avoir repris ce nom dans une pièce de théâtre, considérée par lui comme un peu expérimentale et dont le thème central est la perte du symbolique dans nos sociétés.

       Et, de toutes ces personnes qui ont été au contact de Marcel, seules Achille CHAVEE et Jean LOUVET sont inclus dans la liste des 100 wallons du XXème siècle, éditée par l'Institut Jules DESTREE. Oufti !! Il n'y a pas de situations révisionnistes à craindre.

      De quelle façon peut-on comprendre le parcours de Marcel PARFONDRY ? Eclectique sans doute mais dont le lien fondamental est celui marqué par la misère et la pauvreté ouvrière dans le Hainaut. Héritier de plusieurs générations de travail au contact du fer et du charbon, l'acquisition d'un diplôme lui laissait l'espérance d'en sortir. D'abord aux contacts  de cette gauche prolétarienne, ensuite à la recherche de cette identité wallonne pour finalement espérer un petit quelque chose dans cette ouverture picturale réformatrice, tels ont été ses crédos. Pour ensuite entrevoir cet espoir de renouveau venu d'Allemagne qui devait apporter la solution à la situation de misère des siens, sinon tout au plus un apport alimentaire personnel, voire une promotion sociale. Après avoir tâté toutes ces voies, il semble que Marcel s'en est retourné vers le surréalisme en retrouvant Achille CHAVEE, celui des premières rencontres, celui qui était resté fidèle et cohérent tout au long de ses années. Le seul sans doute qui a su vivre pleinement ses émotions. Marcel a t-il perdu au final ses illusions et les symboles de ses combats ? En avait-il fait part avant de décéder ? Ce qui pourrait expliquer l'insertion dans le titre de la pièce ?

      Au final, cette histoire tend à démontrer que les conflits, qui se sont succédés sur son territoire depuis le partage de l'empire carolingien, ont imprégné ceux qui y habitent, divisés dans leur sentiments d'appartenance. Un sentiment dont la synthèse  a été exprimée dans une phrase du poète Maurice CARÊME24, y soulignant sa double attirance culturelle. 

Brabant de cœur wallon, au visage latin

Mais à l’âme tournée vers le Nord légendaire

       Sur le plan généalogique, Marcel PARFONDRY est un descendant à la 4ème génération d'Antoine (1765-1845), l'un des fils de Mengold PARFONDRY (1711-1771), l'artisan qui est à l'origine de cette lignée, arrivé en provenance de Huy (voir article : Découverte du lieu de naissance de Mengold PARFONDRY) pour fuir plus que probablement les combats des armées de Louis XIV. Marcel est un lointain cousin de Max PARFONDRY (1943-2002), descendant à la 6ème génération de Thomas (1742-1810), un autre fils de Mengold. Auteur, enseignant l'art dramatique au Conservatoire de Liège, comédien, Max est décédé à Paris peu après la dernière représentation de la pièce Rwanda 94 qui, tout au long d'un spectacle de près de 5 heures, retrace la réalité du génocide rwandais. Une façon d'exorciser une histoire familiale sans la connaître peut être !!

 

1 Dont le programme est : l’unilinguisme de la terre wallonne, l’égalité entre la Wallonie et la Flandre dans tous les domaines, la liberté linguistique à Bruxelles, le fédéralisme étant considéré comme un des moyens de réaliser ce programme.
1bis Dans Encyclopédie du Mouvement wallon, t.III, p. 1219 ;Informations transmises par Paul DELFORGE ;
2 Terre de forte implantation communiste à cette époque, l’orientation et l’engagement politique du groupe primait sur les préoccupations esthétiques dans le texte du manifeste rédigé pour l’occasion ; il était question en premier point de » forger une conscience révolutionnaire et de contribuer à une morale prolétarienne» ;
3 Achille CHAVEE (1906-1969) : Avocat, Poète surréaliste belge d’expression française ; engagé dans les Brigades internationales lors de la guerre civile en Espagne ; repris parmi les 100 wallons du XXème siècle ;
4 Constant MALVA (1903-1969) : mineur et écrivain prolétarien ;
5 Pol BURY (1922-2005) : peintre et sculpteur ; membre fondateur du mouvement CoBrA puis du mouvement Art Abstrait ; influencé par les mobiles de Calder, il sera considéré comme le père de la sculpture cinétique (les fontaines de BURY) ;
6 Fernand DUMONT (1906-1945) : 	avocat, poète et écrivain, décéda au camp de concentration de Bergen-Belsen ;
7 Débutant par deux citations de Karl Marx et Lénine, on y trouve la phrase suivante : Est-il nécessaire d’ajouter que si poèmes et proses voisinent dans ce cahier, c’est en dehors de toute préoccupation littéraire ;
8 André SOURIS (1899-1970) : musicien et compositeur de musique de films ;
8bis WANGERMEE Robert (1995) : André Souris et le complexe d'Orphée. Entre surréalisme et musique sérieuse, Mardaga Editions, Liège ;
9 Et seconde dans le monde ;
10 André LORENT : libraire, poète surréaliste, l’un des 4 fondateurs du groupe Rupture ;
11   ROSIER Jean-Marie (mars 1997) : Le Surréalisme de Belgique, un problème d’histoire littéraire ?, Revue Pratiques n°93, (extrait de Cahier du groupe Rupture) ;
12 Henri de MAN (1885-1953) : ancien dirigeant du Parti ouvrier belge (POB), il soutint la capitulation de Léopold III au lieu de l’exil avec le gouvernement à Londres ; il se rebella contre le marxisme aussi en prônant un socialisme de collaboration de classe ;
13 FINCOEUR Michel (2006) : Contribution à l’histoire de l’édition francophone belge sous l’occupation allemande, Doctorat en philo et lettres, ULB, Bruxelles ;
14 HAUSMANN Frank-Rutzer (2004): Dichte, Dichter, tage nicht! Die Europäische Schriftsteller-Vereinigung in Weimar 1941-1948, Druck : Wilhem § Adam, Heusenstamm ;
15 Dont MALVA, SOURIS, Van den ABEELE, CHAVEE, MAGRITTE,…..
16 Situationnistes 1957-1960, Textes et documents ;
17 Surréalisme en Wallonie. Numéro spécial de la revue Savoir et Beauté, 1961, n°2-3, 40 pages (avec Louis SCUTTENAIRE, Fernand DUMONT et André LORENT) ;
18 Dont Pol BURY, Pol VANDROMME, André LORENT,…. ;
19 Exposition organisée par la Bibliothèque Centrale du Hainaut, à La Louvière, sept-octobre 1979 ;
20 Revue internationale de littérature prolétarienne ;
21 Hommage pour le centenaire de la naissance de Constant MALVA, discours de Richard MILLER, Député, 2003 ;
22 Paul DELFORGE, Directeur de recherche à l’Institut Jules DESTREE ;
23 BERG Christian et HALEN Pierre (2000) : Littératures belges de la langue française, Histoire et perspectives (1830-2000), Ed. Le Cri, Bruxelles ;

24 Maurice CARÊME (1899-1978) : poète du Brabant wallon (Wavre); un des 100 wallons du XXème siècle ;

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commentaires

Philippe Grosfils 08/12/2014 11:06

Salut Roland, merci pour l'article.
J'y ai redécouvert avec émotion le nom de Max Parfondry. A l'époque où je voulais m'armer pour exercer le mieux possible ma passion pour le théâtre, j'ai suivi (entre autres) à Spa un stage de mise en scène dirigé par Max... et qui nous faisait travailler dur sur des textes de Bertold Brecht (Grand'peur et Misères du IIIème Reich). Tout se rencontre ...
Amitiés à vous deux, à un de ces jours !

Parfor 08/12/2014 11:56

Même si ce n'était pas le but, très heureux de t'avoir fait revivre tes jeunes années. Je ne connaissais pas Max PARFONDRY. Et comme la génaologie le démontre, il y a plusieurs siècles pendant lesquels nos gènes ont du s'écarter. Je me souviens seulement que le jour de sa mort, plusieurs personnes sont arrivées dans mon bureau à Bruxelles pour me présenter leurs condoléances !!! J'étais au courant de la pièce sur le génocide rwandais mais pas de lui comme acteur. Un article de ce blog explique par ailleurs que PARFONRY découle de PARFONDRY. Jean LOUVET ne m'a toujours pas réellement expliqué pourquoi il a choisi ce nom pour le titre de l'une de ses pièces de théâtre. Bien à vous deux