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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 15:48

       La lignée des chevaliers de PARFONDRY (ou de PARFONDRIEU, voir de PARFONRIWE) est attestée aux abords de la localité de Saint-Séverin en Condroz, à partir de 1261 jusque l'année 1398 en ligne directe1. Durant cette période, on a pu y enregistrer  cinq générations de chevaliers. Originaire de la région de Comblain, cette lignée descend de la famille de LEXHY qui comptait en son sein la fine fleur des chevaliers de Hesbaye à cette époque. Sa branche ainée a certes conquis sa réputation par les armes avant de donner une série successive de trois commandeurs de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem aux environs de 1363 jusqu'en 1411, en s'octroyant une présence passagère sur l'île de Rhodes, lieu de refuge de cette confrérie religieuse après avoir été évincée de Saint-Jean d'Acre (voir article : Des chevaliers de Parfondry à la Commanderie de Chantraine )

        Des documents attestent également que deux de ces chevaliers, à savoir le premier de la lignée et son fils, ont été enterrés dans la chapelle du lieu Parfondry, en bordure de Meuse, ce qui ne laisse bien sur aucune équivoque sur le lien que cette famille avait avec ce lieu (voir article : D'autres sépultures de la lignée des chevaliers de Parfondrieu ). Ce lieu n'était probablement pas un fief, dans le sens moyenâgeux du terme, mais un lieu d'implantation et sans doute d'habitation. Des documents de 1340 et 1380 font référence à des actes de redevance et de cession de biens au sein de membres de cette famille (voir article : La terre de Parfondry a bien existé ).

         Le début du XIVème siècle marque le début de la suppression de la chevalerie. Une nouvelle ère, plus axée sur le travail et non sur les guerres voyait le jour. C'est ainsi que les branches cadettes ont du s'adapter à l'évolution de leur temps.

     Quelques dates2 résument cette période de transition entre la chevalerie et le développement d'une activité économique, donnant naissance à une bourgeoisie.

1269 : premier soulèvement important liégeois contre l'autorité épiscopale;

1288 : Première mention d'un métier (union d'artisans) au sein de la Principauté de Liège, celui des tanneurs ;

1313 : La Paix d'Angleur décide que nul ne pourra faire partie du Conseil de la Cité (Liège en l'occurence) s'il  n'est pas préalablement  inscrit dans l'un des 25 métiers ;

1316 : La Paix de Fexhe introduit le partage du pouvoir à l'intérieur de la Principauté de Liège, entre le prince et le  pays ;

 1298 à 1325 : guerre des Awans et des Awirs, qui a eu comme résultat de décimer la chevalerie hesbignonne et condruzienne et marqua le début de son déclin ; le peuple de Liège arracha de multiples libertés au Prince-évêque qui avait perdu la force de la noblesse comme alliée; cette guerre contribua à assurer la suprématie de la bourgeoisie

1330 : reconnaissance officielle des métiers (qui culmineront au nombre de 32) ;

1333 : début d'extraction du charbon à Berleur, près de LIège;

1382 : les 32 métiers élisent les deux bourgmestres et la totalité des jurés (conseillers) ;

     L'un des principaux secteurs en développement fut sans aucun doute l'extraction minière. SI celle de la houille prenait son essor qu'elle pérennisera jusqu'à une date récente, d'autres minerais furent également convoités, tels le zinc et le plomb, comme l'atteste l'extrait qui suit.

De nombreux gisements de zinc et plomb ont été exploités le long de la Meuse, de Namur (Vedrin) jusque Liège (Engis). Le gisement de Landenne a l'avantage d'être encore aujourd'hui "visitable"; ce qui n'est malheureusement plus le cas pour la majorité des autres gisements mosans.(Source : Le site des minéraux belges) ;

      Le lieu de Parfondry était situé en rive droite de la Meuse, en amont de la localité d'Engis, et en face de l'abbaye de Flône. C'est particulièrement cette situation qui permet de connaitre avec un peu plus de détails le type d'activités opérées par cette famille, relevant de ces chevaliers et commandeurs.  L'extrait suivant fait ainsi référence à Henri de Gueldre qui fut Prince-évêque de Liège de 1247 à 1274. Ce Prince-évêque, un peu trop autoritaire, a été obligé de revoir sa copie face à la détermination de ses ouailles. C'est lui qui est à l'origine de la première révolte importante de 1269 des liégeois. Et précisément, dans l'extrait suivant, daté de 1269, il est fait référence à cette abbaye de Flône, située sur la localité d'Amay, dont on restitue les mines de plomb. Abbaye, située en rive gauche mais qui possédait par ailleurs des terres de part et d'autre de la Meuse comme l'atteste l'existence de plusieurs fermes en rive droite (not. ferme de Hottine).

Le 30 avril 1269, Henri, évêque de Liège, restitue à l'abbaye de Flône les mines de plomb et la gestion de la ville de Flone qu'il avait fait saisir indument (Source : .........) ;

      Grâce à cette information essentielle, on peut, sans détour, la relier à l'extrait suivant qui se rapporte à des mines de plomb et d'argent entre Huy et Amay. La personne dont il est fait mention, Ameil de Parfonriwe, est en fait l'arrière-petit-fils du premier de la lignée. Mais aussi le fils d'Aely de Parfondry, l'une des branches cadettes. Et phénomène très marquant les quatre enfants de cet Aely, bien que mariée avec un certain Bauduin d'Achou, qualifié de bourgeois3 de Liège, conserveront le patronyme de la mère. Deux explications concourantes peuvent en être apportées. L'importance acquise par cette famille pourrait en être la raison majeure, associée au décès précoce du mari en 1349. Par ailleurs, cet Ameil de Parfondrieu se mariera avec une fille de la famille illustre du seigneur du château de Geneppe4 (qui était très probablement une lointaine cousine). Il a bien été renseigné comme résidant à Flémalle, dans la banlieue liégeoise, comme le confirme l'extrait ci-après.  On peut situer ce document, en fonction de la généalogie, dans la seconde moitié du XIVème siècle.

Amele de Parfonriwe, manant5 à Flémale, prend en emphytéose, avec consorts, les mines de plomb et d'argent situées des deux côtés de la Meuse, entre Huy et Amay (Source : Jacques de HEMRICOURT) ;

      Son frère ainé, Jean de Parfondrieu deviendra, quant à lui Secrétaire du Tribunal des XII lignages et de la ville de Liège, fonction qu'il exercera pendant quarante années.  Cette institution fut créée au terme de la guerre des Awans et des Awirs. Elle était chargée de régler les différents entre les nobles, évitant dorénavant le recours systématique aux armes de guerre.

Jean de Parfondrieu apparaît comme clerc, secrétaire de la Cité en 1368. Il exerçait encore cette fonction en 1375, au témoignage du chroniqueur de 1403, qui le qualifie d’homme sage et éloquent. Comme secrétaire du tribunal des XII, il doit avoir succédé à Goffin de Hemricourt, nommé le premier à cet office, et avoir précédé Jacques de Hemricourt, lui-même, qui en était investi en 1384.(Source : Sylv. BALAU, chanoine (1913) : Chroniques liégeoises, vol. 2, pp 203 et 206) ;

     Le dernier extrait, datant de 1349,  est à mettre en relation avec tous les précédents. On ne peut préciser avec certitude à qui fait référence ce Jean de Parfonriwe. Il doit s'agir du frère aîné d'Aely. On y découvre l'octroi de l'exploitation de la houille et du charbon qui doit probablement se situer à proximité du lieu de démarrage de l'extraction en 1333 à Berleur, au vu du nom qui est associé à son beau-frère.  N'étant pas parvenu à préciser l'emplacement de cette " voie de Riwalpont ", on ne dispose que de ce renseignement pour le supposer.

29 mars 1349 : Le chapitre de Saint-Lambert concède à Baudouin del Berleur et à Jean de Parfonriwe, son soroige6, les ouvrages de houille et de charbon « delle grande voine condist de Riwalpont…. » (Source : HAYEZ F. : Cartulaire de l'église Saint-Lambert de Liège, Vol. 6, p. 100, note 524 en bas de page; 1933)

    On peut penser que c'est cette lignée, issue d'Aely de Parfondry, qui s'est perpétuée principalement dans les environs de Liège en continuant à exploiter le sol et le sous-sol.  Deux de ses fils sont décédés sans héritiers. Outre Jean qui était secrétaire du tribunal des XII lignages, il y avait Baudouin qui exerçait le métier non moins important de cangeur7. Ce métier exercé par une famille locale est en soi une confirmation de la faible présence prise par les banquiers lombards à Liège à une période où ils jouissaient d'une grande influence dans les contrées avoisinantes8. Quant à sa fille ainée, Marie de Parfondrieu, elle s'est mariée avec Guillaume d'Abée dont la descendance porte ce dernier nom. De là à conclure que la descendance d'Ameil de Parfondrieu, le quatrième enfant, est à mettre en relation avec le Baron Jacques de Parfondry au début du XIXème siècle, dont la lignée ascendante est attestée à partir de 1600 (voir article : Les Parfondry ont bien eu une particule), il y a un creux de deux siècles qu'aucun généalogiste ne comblera aussi facilement. Toutefois, avec la mention de l'extrait suivant, se rapportant à cette famille de Parfondry, on peut envisager, avec une certaine ouverture d'esprit, la continuité in tempore de la lignée. 

 " ...qu' après avoir subi les grands bouleversements dès le 15ème siècle, cette famille aurait été de nouveau à la base de l'industrie dans le courant du 19ème siècle. Leur blason aurait été rendu plus moderne par la suite"  (source, THIRY L. :Histoire ancienne de la Seigneurie et Commune d'Aywaille, 1ère édition, Tome II, 1936),

      L'allusion dans ce texte au XVème siècle, fait implicitement référence à l'occupation de la Principauté de Liège par le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, entre 1467 et 1477. Durant cette période, il mit à sac la ville de Liège (incendiée pendant 7 semaines), organisa le pillage de la Hesbaye et la destruction de toutes les forges dans la région de Franchimont9, avant de décéder à la bataille de Nancy en 1477 devant l'armée lorraine et les Confédérés suisses10 Une réorganisation profonde de la société liégeoise en résulta. On retrouvera peu après des personnes portant ce patronyme, ayant migré vers la ville de Huy, et occupant des fonctions officielles. Le Moyen âge se terminait également aussi en 1492 dans la Principauté de Liège.

      N'ayant pas encore eu accès au livre de L. THIRY pour étudier le contexte de ce passage, il est difficile d'avancer avec une plus grande certitude. Le village de Yernée pour lequel ce baron a été bourgmestre est situé non loin de ce lieu-dit Parfondry qui aurait été la propriété de cette famille dès la fin du XIIIème siècle. On travaille donc dans un espace géographique pas plus grand qu'un mouchoir de poche. Ce qui laisse toutes nos chances à la résolution de cette énigme non pas uniquement sur le plan de la généalogie mais surtout de la diffusion géographique du patronyme.
     
En définitive, cette recherche a permis de relier en cascades un certain nombre d'informations éparses permettant de pallier à l'absence et aux incertitudes des données généalogiques.
 
1 Jacques de HEMRICOURT : Le Miroir des Nobles de Hesbaye ;
2 Histoire de la Principauté de Liège ( http://perso.infonie.be/liege06/16seize.htm#1 ) ;
3 Les bourgeois au Moyen-âge rassemblaient les commerçants, les changeurs, les banquiers, les maitres artisans et les paysans enrichis;
4 A savoir Jean de Dammartin, d'Awans, de Lexhy, de Waroux, d'Hognoul, de Maillet, dit de Geneppe, Seigneur du château de Geneppe ;
5 Manant : Au Moyen âge, ce mot signifiait un riche paysan propriétaire, habitant d’un village ou d’un bourg ;
6 Soroige : beau-frère; provient du latin " sororius ", utilisé dans le dialecte wallon de nos jours " sorodje " ;
7 Le cangeur (où changeur) est celui qui faisait le change des monnaies permettant de faciliter le commerce des produits à travers différentes villes ayant différentes monnaies ; pour information le changeur avait une petite table pour déposer ses sacs de différentes monnaies, traduit par banca en Italien, ce qui est à l'origine du mot "banque " ;
8 C. TIHON : Aperçu sur l'établissement des Lombards dans les Pays-bas au XIIème et XIVème siècles, Revue belge de philologie et d'histoire, Vol. 39, 1961;
9 En réaction à l'attaque des 600 franchimontois en 1468 et avec l'assentiment du roi de France Louis XI ;
10 Si la Lorraine avait sauvé son indépendance momentanément et la Suisse son intégrité  définitive, c'est à partir de cette date de 1477 que la France et les Habsbourg entrèrent en conflit perpétuel pendant près de trois siècles sur le territoire européen ;
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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 20:39

     Voici la retranscription intrinsèque, en respectant les ponctuations, du plus ancien acte de mariage recensé à ce jour au niveau de la lignée des Parfonry de Neerheylissem. Il date de 1821 et concerne Jean Parfonry, le père de François-Xavier, le marbrier installé à Paris, et Jeanne Lalmand. La Belgique était à ce moment sous le régime hollandais de Guillaume d'Orange depuis 1815. Il ne restait plus que neuf années avant qu'elle ne trouve son indépendance, acquise après près de deux mille ans d'occupations diverses (romaine, mérovingienne, carolingienne, Saint-Empire romain germanique, bourguignonne, espagnole, autrichienne, française et hollandaise).

      Sa longueur le rend un peu rébarbatif à la lecture. Néanmoins, en y regardant de plus près, on parvient à en retirer, au travers de toutes ces lignes, quelques éléments permettant de retranscrire ceux-ci au sein de toute la saga des Parfonry de Neerheylissem. On arrive ainsi à consolider pierre par pierre, détail après détail, cette histoire familiale. C'est ce qui sera plus volontiers analysé à la suite de ce document.

 

      L'an mil huit cent vingt un, le septième jour du mois de septembre à dix heures du matin par devant nous M. R.J.Lowet, Mayeur Officier de l'Etat civil de la commune de Neerheylissem 2e canton de la ville de Tirlemont, province du brabant méridional sont comparus Jean Parfonrij né le septième jour du mois de décembre l'an mil sept cent nonante sept à Nerheylissem profession de domestique, ayant son domicile de droit en cette commune et de fait en la ville d'Anvers, fils de feu Jean pierre parfonry et de feue Marie Joseph Vanderlinden ses père et mère décédés en cette commune et demoiselle Jeanne Lalmand, née en cette commune le dix septième jour du mois de mars, l'an mil sept cent nonante sept en cette commune, profession de servante ayant son domicile de droit en cette commune et de fait en la ville d'Anvers, fille de Jean pierre Lalmand âgé de soixante ans, profession de journalier, domicilié en cette commune ci présent et consentant et de Agnès du Chesne et Elisabeth Lefevre lesquels nous ont requis de procéder à la délibération du mariage projeté entr'eux et dont les publications ont été faites devant la principale porte de notre maison commune les dimanches huit et quinze du mois de juillet dernier, pareilles publications ont été également faites à la ville d'Anvers les dimanches douze et dix neuf du mois d'août dernier, comme il est constaté par le certificat délivré par monsieur l'échevin délégué pour les fonctions de l'état civil de la sus ville d'Anvers en date le vingt un du mois d'aout en suivant, l'époux a justifié par le certificat délivré par son Excellence le gouverneur de la province en date le trente juin dernier sous le N0 8390 avoir satisfait aux lois sur la milice nationale, aucune opposition au dit mariage ne nous ayant été signifiée faisant droit à leur réquisition après avoir donné lecture de toutes les pièces ci-dessus mentionnées et du chapitre six du Code civil intitulé du mariage avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme. Chacun d'eux ayant répondu séparément et affirmativement, déclarons au nom de la loi que Jean Parfonry et demoiselle Jeanne Lalmand sont unis par mariage. De quoi avons dressé acte en présence de Jean pierre Lalmand, âgé de soixante ans, profession de journalier, père de l'époux, de Jacques Debry, âgé de vingt quatre ans, profession de cabaretier, de propert Collet, âgé de cinquante un ans, profession de garde champêtre et de Pierre Lurquin, âgé de soixante ans, profession de journalier, tous quatre domiciliés en cette commune, lesquels après qu'il leur en a été ainsi donné lecture l'ont signé avec nous et les parties contractantes à l'exception de Jean pierre Lalmand et pierre Lurquin qui ont déclaré ne savoir écrire

    De ce très long acte de mariage, on peut en extraire les quelques points suivants :

1. En cette commune

La mention la plus couramment citée est assurément " en cette commune " témoignant par là que tous les individus énumérés sont de cette commune de Neerheylissem. En 1821, date de ce mariage, on vivait encore en cercle fermé au sein de son village

2. R.J. Lowet

R.J. Lowet qui officie en tant qu'officier d'Etat civil est  Robert Lowet (1755-1823), médecin et bourgmestre. Issu du village d'Attenhoven (commune actuelle de Landen, contiguë à Neerheylissem), lui et sa descendance deviendront les propriétaires les plus importants du village de Neerheylissem, avec en particulier le château de Flône et tous les biens qui l'entourent.

3. Canton de Tirlemont

A l'époque de ce mariage, Neerheylissem est localisé dans le canton de justice de paix1 de Tirlemont. Cette situation était toujours vérifiée en 19342. Le Brabant méridional dont il est question est à opposer au Brabant septentrionnal, situé de nos jours dans les Pays-Bas (Eindhoven, Bréda). Ces deux Brabants, relevant anciennement du duché de Brabant, sont séparés depuis 1579 (Traité de Westphalie). De nos jours, ce Brabant méridional a été scindé en deux sur la base de la frontière linguistique. Neerheylissem est intégré au canton francophone de Jodoigne. Le transfert de la justice de paix s'est effectué assez tardivement.

Dans les années 1950, ce lien avec la ville de Tirlemont était toujours réel. Pour les communes aux environs de Jodoigne, l'attrait de la journée du marché, poumon économique d'une région, était toujours porté vers Tirlemont. La Place du Marché à Tirlemont, qui par ailleurs mérite d'être vue de part l'utilisation de la pierre blanche de Gobertange, similaire à la Grand-Place de Bruxelles, a été un lieu d'attrait important pendant longtemps. C'est aussi l'une des plus grandes places du pays.

Plusieurs exemples récents dans la famille attestent de ce lien avec Tirlemont.

Mon grand-père Emile, l'instituteur a épousé une fille de Tirlemont en 1919. Mon père Georges, peu après la guerre, a rencontré sa future épouse dans un bal à Tirlemont. Mon oncle Adolphe Berger, frère de ma mère, s'est installé dans un commerce de draps et tissus à Tirlemont, après y avoir épousé une personne du cru. Moi-même, je suis né à Tirlemont, seule entité régionale disposant, après la seconde guerre mondiale, d'une infrastruture hospitalière. Sans oublier que c'est à Tirlemont que s'est décidé le choix de ma carrière au début de l'année 1975 (voir article : La conséquence d'un attentat au Maroc !)

4. Ecriture

L'écriture des noms n'est pas encore formellement assurée. Ainsi, le nom de famille de Jean, le marié, s'écrit une première fois avec le ij (Parfonrij) puis avec le y (Parfonry).

Quant à la mariée, son nom de Lalmand présente déjà une évolution dans l'écriture par rapport aux premiers de la lignée, s'écrivant L'Alman. Et qui évoluera plus tard sous la forme de Lallemand. Il n'y a donc aucune origine allemande attestée dans ce nom de famille contrairement à ce que l'écriture actuelle pourrait faire croire.

Il en est de même de celui d'Agnès du Chesnes, dont le nom de famille sera par la suite définitivement repris sous l'écriture Duchaine.

5. Témoins

Si la mariée dispose de son père comme témoin, aucun autre des témoins ne présente un lien familial avec le marié. Même si la famille Parfonry était peu nombreuse, Jean avait à sa disposition son frère ainé Emmanuel (1795-1879), âgé à ce moment de 26 ans. Son absence laisse à penser qu'il pouvait exister un conflit entre les deux frères. Peut-on en déduire que les descendances des deux frères se trouveront en phase de conflit ou de dispersion à partir de cet instant, pouvant expliquer l'absence de preuves réelles de relations jusqu'au moment des retrouvailles entre les deux lignées au début du XXIème siècle ?

Le témoin principal du marié est en fait Proper Collet (1767-1839). On le découvre déjà à ce titre pour confirmer l'acte de naissance du marié le 18 frimaire an 6 (soit  le 7 décembre 1797) ainsi que sur l'acte de naissance de son frère Gabriel en mai 1800. Prosper Collet habitait dans la rue des Charrons, dans une maison attenante à celle des Parfonry (les n° 9 et 11 du recensement de 1840). Et particularité significative, les deux maisons sont toujours occupées de nos jours par leurs descendants. En ligne directe pour les Parfonry et indirecte pour Collet, suite au mariage de sa petite-fille avec François - Xavier Claes, le receveur communal. Cette maison porte toujours de nos jours l'appelation  " a mon Collette ", en référence au premier habitant du lieu, tandis que celle des Parfonry  se dénomme " a mon Tchitchi ", appelation plus récente remontant à Alexis Parfonry (1853-1924), mon arrière-grand-père.

On retrouve certaines informations pour les autres témoins.  Pierre Lurquin (1762-1851), habitait également dans cette même rue des Charrons (n° 19 du recensement de 1840) . Il est déclaré non plus comme journalier mais comme cultivateur en 1840. Quant à Jacques Debry (1792-1880), il exerçait son métier de cabaratier dans un café situé 7 rue de Léau (recensement de 1840)considéré comme "particulièrement pittoresque avec terrasse".3

6. Généalogie de la mariée

L'information la plus curieuse relève du fait que la mariée est mentionnée comme la fille de deux personnes : Agnès du Chesnes (Duchaine) et Elizabeth Lefevre.  Selon l'arbre généalogique, la première est de fait sa grand-mère et la seconde est bien sa mère.

Agnès Duchaine, la grand-mère, née en 1735, s'est mariée en 1760 à Jean Lalmand (1731-1781). Elle est la fille ainée du maréchal-ferrand Jean-Jacques Duchaine qui fut le premier d'une lignée de quatre Duchaine à  pratiquer ce métier à Neerheylissem. Agnès est en outre décédée le 11 décembre 1820, soit neuf mois avant la date du mariage, à l'âge de 86 ans.

Quant à Elisabeth Lefevre (1758-1828), la mère effective de Jeanne, ele s'est mariée en 1784 avec Jean-Pierre Lalmand (1761-1834). Jeanne, la future épouse, née en 1797, est le septième enfant de ce couple.

Pour quelle raison fait-on mention sur l'acte de mariage de la grand-mère déjà décédée ? On pourrait penser à un oubli du rédacteur pensant globaliser la présence des deux femmes, en omettant le décès de la grand-mère. Mais cela ne correspond pas précisément alors que l'on prend un soin important à mentionner chaque date et âge des contractants et des témoins.  On constate qu'il n'est manifestement pas fait mention de leurs dates de naissance et âges à toutes les deux, contrairement aux autres personnes.  Curieuse façon de retranscrire un acte officiel !! Faut-il croire que l'époque était à la galanterie pour ne pas dévoiler l'âge de ces dames !! Il y a bien une explication plus logique, mais laquelle ......

7. Instruction

On relève que deux des témoins dont le père de la mariée sont analphabètes. Ils exercent tous deux le métier de journalier, métier ne nécessitant pas à l'époque de formation scolaire. Il en découle que la mariée Jeanne est probablement issue d'un milieu défavorisé. Elle descend de fait de lignées cadettes, durant plusieurs générations, par rapport à celle ayant bénéficié du métier de charron. Septième d'une fratrie de huit, seul son frère cadet Ferdinand aurait acquis un métier, celui de plafonneur4.

Le mari, Jean Parfonry,  est reconnu comme domestique. Il devait dès lors travailler pour une famille à Anvers, son domicile de fait.

8. Localisation

Les futurs époux sont domiciliés de fait à Anvers à la date de leur mariage. Or, curieusement, leur premier enfant, François-Xavier naitra le 3 décembre de la même année à Neerheylissem, soit trois mois après la date du mariage. Celui-ci a du être quelque peu organisé dans la hâte, afin de donner à cet enfant une légitimité, contrairement à son grand-père, le maitre-charron, qui avait été reconnu comme illégitime, lors de sa naissance en 1762. Mais, pourquoi la mariée est-elle restée à Neerheylissem ? Par sécurité - meilleur environnement familial - enfant non désiré - rupture avec le père ? Plusieurs pistes se présentent. Laquelle est la bonne ?

9. Milice

Jean avait satisfait aux lois sur la milice. Attesté par le gouverneur de la Province d'Anvers, cela signifierait qu'il a effectué son service militaire dans cette province. Indiquant par là qu'il avait quitté Neerheylissem depuis quelques temps déjà.

10. Après

Si on sait, avec précision que le marié déclarera par la suite d'autres enfants dans la ville d'Anvers, y attestant de son retour, rien n'est certain sur le parcours de Jeanne Lalmand, la mariée. Elle décède à Bruxelles en 1877.

11. Découverte récente

Une trace de l'existence d'un dossier sur Jean Parfonry vient d'être décelée récemment. Il se trouve dans l' "Inventaris van het archief Dumercy (1809-1860)"5, conservé aux archives de la Province d'Anvers (Felix Archief). Le dossier date de 1839 et concerne une affaire dénommée : Parfoury contre Laruelle. C'est l'erreur dans l'écriture qui a empêché que l'on découvre l'existence de ce document plus tôt.

Manifestement, cette découverte nous ouvre une piste intéressante pour découvrir ce personnage de Jean Parfonry, dont on ne connait pratiquement rien sur son existence, même pas sa date et son lieu de décès. Père du marbrier François-Xavier Parfonry, installé à Paris en 1840, soit une année après ce dossier, on pourrait peut être y découvrir des informations intéressantes. Cette date de 1839 confirme de toute façon que Jean Parfonry était toujours à Anvers, dix-huit années après son mariage. Il était âgé à ce moment de 42 ans.

Un déplacement à Anvers devra s'en suivre pour découvrir le contenu de ce dossier.

  NB : merci à Agnès Parfonry pour m'avoir transmis par mail une copie de cet acte de mariage

1 Canton de justice de paix (ou canton judiciaire) : En Belgique, ce type de canton est constitué d'un ensemble de communes relevant d'un même Juge de paix; c'est la première échelle de la structure de la Justice avant le Tribunal de 1ère instance, la Cour d'Appel, la cour de Cassation et le Conseil d'Etat ;

2 Eugène de SEYN (1934) : Dictionnaire historique et géographique des communes belges, Tome II, A. Bieleveld, Bruxelles ;

3 Ces informations sur les témoins sont extraites de deux livres :

DELANDE Jean (1999) : Neerheylissem en 1796 et 1840. Ses maisons, ses rues, ses habitants ; ronéo ;

Van ORLE Robert (1978) : Les cahiers d'Hélécine. Numéro spécial. "Hélécine" images du passé, éd. Goyens, Neerheylissem

4 DELANDE Jean (1991) : Généalogie des LALMAND de 1687 à 1991, CRHG Hélécine;

5 Jean Matthias DUMERCY (1815-1853) fut un avocat ayant exercé à Anvers de 1838 à 1853 ;

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 17:03

      L'épisode du départ raté pour le Congo - Zaïre en 1973 (voir article : Plus de laissez-passer pour le Congo !) a provoqué un certain émoi dans mon entourage. Qu'allait-il advenir de mes velléités africaines après cette rupture imprévisible de contrat ? Avec mon diplôme d'agronome tropical pour principal bagage intellectuel et économique, il me fallait rebondir. Faire en sorte que ce parchemin me permette de poursuivre le chemin de ces anciens qui m'avaient transmis tout leur savoir. C'est cette recherche d'un nouveau départ qui fait l'objet de cet article. Avec toujours comme toile de fond cette relation avec des faits politiques externes qui ne cessent finalement de provoquer le destin.

    Une fois les malles récupérées au port d'Anvers, suite à ce départ contrarié, les joies d'un congé prolongé sans solde apparaissaient comme une crainte certaine. De petits contrats en missions de courtes durées me permirent d'arriver en fin d'année 1974.  Avec à la clef un passage par la Raffinerie de Tirlemont et la Société européenne des semences (SES)1 pour me permettre de développer une formation dans ce secteur agricole en expansion. Jusqu'à ce jour où le Directeur des Services Agronomiques de la Raffinerie tirlemontoise, Monsieur Ernest LOUMAYE2, un ancien de Gembloux, me rencontrant dans un couloir, me pose subitement cette question : Serais - tu intéressé par un travail au Maroc ?

     Voilà comment cette aventure marocaine à commencé pour moi. Une simple question a suffi pour me permettre de vivre une aventure professionnelle et humaine durant onze années. Mais pour bien la comprendre, il est impératif de la remettre, une fois encore, dans le contexte politique du moment. Pour s'apercevoir que la vie peut être influencée par le résultat de faits annexes et de rencontres imprévues. Et ce qu'on appelle trop souvent de hasard, n'est en fait que l'expression de ces faits et rencontres qu'il reste à concrétiser sans trop connaitre le contexte qui en provoque le déclic et le passage de proximité.

      Tout débute le 10 juillet 1971 au Palais royal de Skhirat, près de Rabat. HASSAN II,  le roi du Maroc, y organise une réception à l'occasion de son 42ème anniversaire. Cette journée fut marquée par un attentat cherchant à tuer le roi. Dans la lignée des coups d'Etats pacifiques perpétrés par Nasser en 1952 et Kadhafi en 1969 au détriment du roi Farouk en Egypte et du roi Idriss en Lybie, une partie de l'armée marocaine s'était mise à comploter en voulant cette fois éliminer le Roi. Organisée par les officiers de l'école des cadets, l'intensité de l'attaque provoquera le décès d'une centaine de personnes. Par chance, Hassan II eut, comme toute la famille royale, la vie sauve. Mais parmi toutes ces victimes on épinglera celle de Marcel DUPRET, l'ambassadeur de Belgique. Présent non par hasard vu son statut diplomatique, il n'aura pas la chance d'en réchapper3.

     En dehors de la répression au sein de l'armée qui fut sévère4, le roi devait veiller à rester le leader en conservant ses bonnes relations diplomatiques. La mort d'un ambassadeur méritait quelques égards à l'encontre de son pays. C'est ce que gèrera le Baron Roland d'ANETHAN, le nouvel ambassadeur de Belgique, nommé à titre extraordinaire et plénipotentiaire. En réponse aux fusils, la Belgique envoyait du gros calibre.

      Il convenait de faire reconnaître l'incapacité d'un pays de ne pas avoir pu protéger un représentant officiel d'un autre pays, invité à une réception officielle. La diplomatie prenait le pas après quelques temps sur les condoléances. Certains dossiers furent activés. C'est ainsi qu'une convention pour éviter la double imposition fut signée à Rabat le 4 mai 1972. Et dans la foulée, une autre convention spécifique mettait à disposition du Maroc 30 ingénieurs agronomes belges au sein du Ministère de l'Agriculture et de la Réforme agraire (MARA)5.

      Cette dernière convention n'était cependant pas le fruit d'un accord improvisé. Elle s'intégrait dans le cadre du plan de relance de l'agriculture marocaine qui visait à atteindre le million d'ha en irrigué. Principalement soutenu par la création de neuf grands périmètres irrigués, les Offices de Mise en Valeur Agricole (ORMVA) du Loukkos, de la Moulouya, du Gharb, du Tadla, des Doukkala, du Haouz, du Souss-Massa, d'Ouarzazate, du Tafilalt et la construction de nombreux barrages, ce programme était destiné à stabiliser les populations dans les campagnes, à augmenter le revenu, à accroitre la sécurité alimentaire nationale et à augmenter les productions. L'effort était tout particulièrement orienté pour promouvoir les cultures sucrières (betteraves et canne à sucre), pour valoriser les plantations d'agrumes, héritées de la période du Protectorat6, et pour intensifier le maraîchage, en particulier en primeurs pour l'exportation. Un véritable programme de développement agricole qu'on ne rencontre pas, hélas, très souvent. Une aubaine, une réelle opportunité pour un agronome lui permettant d'appréhender tout le contexte de la problématique au niveau du paysan, de l'administration et de la chaîne industrielle en aval de la production.

      C'est pourquoi, à l'exception de quelques planqués dans les Ministères à Rabat, la plupart de ces trente agronomes se retrouveront dans différents ORMVA. J'avais bien évidemment répondu favorablement à la requête de LOUMAYE. Mais quel était en fait le lien entre cette convention belgo-marocaine et LOUMAYE, travaillant pour la Raffinerie tirlemontoise ? En fait, l'un de ses 30 postes était destiné à assurer la promotion et la vulgarisation des cultures sucrières au sein du périmètre irrigué de la Moulouya7, considéré avec sa plaine des Triffas8, comme disposant de l'une des zones les plus fertiles du Maroc. Et l'élément clef prévu dans le cadre des aménagements agricoles  de ce périmètre reposait sur le développement de deux cultures sucrières récemment introduites : la betterave sucrière et la canne à sucre. Avec comme corollaire, la construction d'une usine, par la Raffinerie tirlemontoise, la SUCRAFOR, destinée à traiter ces productions et qui s'était érigée près de la localité de Zaio, dans la plaine du Zebra, au beau milieu de ce périmètre irrigué. Le poste qui m'était échu consistait donc à répondre au souhait de développement de ces deux cultures auprès des agriculteurs afin d'assurer un rapide approvisionnement de la sucrerie.

       Arrivé au Maroc via Rabat pour y remplir quelques formalités, je débarquai fin mars 1975 à la gare d'Oujda, réceptionné par Clément MATHIEU, pédologue de formation, l'un de ces trente belges déjà opérationnels à Berkane, siège de l'ORMVA de la Moulouya. Peu de temps après, je faisais la connaissance des deux autres belges y travaillant dans le domaine du génie rural : Jan Van LOOIJ et Pierre MARCHAL. De fait, il était temps d'en profiter. Selon certains, j'aurais été l'un des derniers à bénéficier du cadre de cette convention spécifique. Les postes avaient déjà été pourvus pour la quasi totalité.

       Le plus cocasse fut probablement ma première rencontre avec Monsieur ALAMI, le Directeur. Ce dernier avait manifestement pris connaissance de mon CV, qui était à ce moment, il est vrai, peu fourni. Il me gratifia de manière humoristique du titre de " touriste", allusion à ma période de trois mois au Ministère du Tourisme en Algérie en 1974, y travaillant pour un bureau d'études belge9. Mais aussi, allusion non détournée, pour dire qu'il n'appréciait pas mon affectation, non en raison de ses doutes sur ma capacité à répondre à la description de l'emploi mais bien parce que mon arrivée ne répondait pas à une demande de sa part. Il estimait, avec son chef du Service agricole, que les ingénieurs et techniciens marocains avaient la capacité d'effectuer le travail10. Ma formation à Gembloux allait de ce côté m'aider à répondre à ce défi. Sans oublier la gentillesse de mon chef de Bureau, Monsieur TOULALI, ingénieur marocain hispanophone, lequel avait compris la relative difficulté d'intégration qui m'attendait.

      Pour la première fois, je disposais d'un contrat d'une durée suffisante pour me permettre un peu plus de stabilité. Les emplois offerts dans ce type de coopération entre deux pays couvraient des périodes de deux ans. Ce qui n'empêchera pas de demander une mutation après une période de quinze mois11, trouvant un meilleur cadre de travail au service d'Othman LAHLOU, le dynamique Directeur du nouveau ORMVA du Loukkos, situé sur la côte atlantique, où je retrouvai Jean CHAPELLE et Rodney WATTEEUW. Au final, je renouvèlerai cinq fois, en arpentant, après la Moulouya  les terres de deux autres ORMVA, successivement celles du Loukkos avant de terminer dans le Tadla avec Jan Van LOOIJ, Luc CORLIER, André DEFLANDRE et André SERVAIS. Avec le temps, la convention commençait à se tarir dans les actes. Un dégraissage progressif avait débuté. Après cette dernière prolongation, il était temps de penser à d'autres horizons. Le 21 juillet 1985 précisément, je quittai définitivement le Maroc sur le plan professionnel, après avoir partagé un dernier repas avec mon ami espagnol Virgilio, dans sa propriété de Sakh Sokh, au milieu du périmètre irrigué du  Loukkos, là ou j'avais passé la plus grande partie de ma période de travail au Maroc. J'y reviendrai par la suite à de nombreuses reprises. 

      En conclusion, l'attentat de Skhirat de juillet 1971 a eu, sans conteste, un impact majeur au niveau de ma carrière. Les connaissances acquises progressivement me permettront de réaliser un parcours continu dans le domaine du développement rural jusqu'au jour de ma retraite à la fin de l'année 2008. Avoir entrevu 34 années plus tôt, la chance qui passait, non comme une étoile filante mais bien comme une heureuse sensation d'en profiter, c'est ce que l'on ne peut qualifier de hasard. 

 

Question subsidiaire

Pouvait - on envisager de reconstituer la liste complète de ces trente ingénieurs agronomes belges ayant travaillé dans le cadre de cette convention belgo -marocaine ?

Avec l'aide de Jan Van LOOIJ, le travail de collecte a pu être fait en grande partie.

En premier, ceux travaillant au MARA (Ministère de l'Agriculture et de la Réforme Agraire) à Rabat : BURHIN Yves (qui était par ailleurs le coordonateur de ce groupe assurant le lien avec l'ambassade) ; BAAR Michel, SPOIDEN Guy (+), VERMEULEN Rik, ROSSEELS Réginald, HAGHEDOOREN Léo, SANNEN Marc;

et au Centre des Expérimentations d'Hydraulique Agricole : CORLIER Luc, DAGNELIES Eric

puis pour les différents ORMVA

ORMVA de la MOULOUYA (Berkane) : Van LOOIJ Jan, MARCHAL Pierre, MATTHIEU Clément, BOISSACQ Alain, SMIDT Pierre, PARFONRY Roland (partim);

ORMVA du TADLA (Fquih ben Salah): DARDENNE Jacques, GERARD Thierry (+), De JAEGER Marc ;

ORMVA du LOUKKOS (Ksar el Kebir) : CHAPELLE Jean, WATTEUW Rodney (+), PARFONRY Roland (partim);

ORMVA du SOUSS-MASSA (Agadir) : LAUTER Clément ;

ORMVA du HAOUZ ( Marrakech) : GAMBART ... ;

ORMVA du GHARB (Kenitra) : PUISSANT Philippe, BOURGE Jean-Jacques, MAES Raymond ;

Il y avait aussi quelques agronomes spécialisés en foresterie, mais je ne pense pas qu'il faisait partie de la même Convention de Coopération  : Van HONSEBROECK Edmond, TASSE Francis, QUESTIENNE Philippe, ...... ;

 

1 Société européenne des semences (SES) : à l'époque, une des principales sociétés de sélection et de multiplication de semences de betteraves  dont la célèbre variété TRIBEL ;

2 LOUMAYE Ernest (1925-2011) est un ancien de la Brigade Piron et a été l'un des membres fondateurs de la création du Parc Naturel des vallées de la Burdinale et de la Méhaigne ;

3 HASSAN II aura encore la barakka de sortir vivant d'une seconde tentative d'attentat le 16 août 1972 lorsque son Boeing, revenant d'une visite en France, sera mitraillé par des avions de chasse de l'armée marocaine ;

4 Dix militaires hauts gradés furent envoyés illico au peloton d'exécution ;

5 Convention qui ne sera signée à Rabat que le 19 octobre 1976 ;

6 Le Protectorat est le régime politique instauré par le traité franco-marocain signé par le sultan Moulay Hafid  à Fés et qui perdura de 1912 à 1956 ;

7 L'ORMVA de la Moulouya a été créé par décret en 1966 ; situé à l'Est du Maroc, à proximité de la frontière algérienne, sa superficie en grande et moyenne hydraulique atteint 76100 ha ;

8 La Plaine des Triffas est la composante principale de l'ORMVA de la Moulouya avec 36 000 ha ; elle a été aménagée par les colons français dès le début du Protectorat, afin de promouvoir en particulier les agrumes ;

9 Pour le bureau d'études STONDU NV qui avait obtenu un contrat pour les aménagements extérieurs du nouvel hôtel El Aurassi à Alger en cours de construction ;

10 Avec le recul, il apparait probable que ce serait la Raffinerie tirlemontoise, elle-même, qui aurait demandé l'ouverture de ce poste dans le cadre de la convention belgo-marocaine, suite à la rupture de contrat assignée à son propre agent de vulgarisation, Monsieur WYAUX ; ce qui expliquerait la question que m'avait  posée Ernest LOUMAYE et surtout la réaction du Directeur de l'Office de la Moulouya ;  on ne pouvait  mieux démarrer dans un tel poto - poto ;

11 C'est pendant cette période de 15 mois que j'aurai l'occasion de  suivre les évènements de la Marche Verte, lancée le 6/11/1975 par Hassan II , pour lui permettre de conquérir la région du Sahara occidental occupée par les espagnols ;

 

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 08:47

      Parmi les nombreuses pièces d’art sorties des ateliers du marbrier François-Xavier PARFONRY, on relève, dans un livre écrit par Jules MESNARD, un grand critique d'art de l'époque, les deux fontaines jumelles, œuvres de l’architecte Gabriel DAVIOUD1 et du sculpteur François Théophile MURGUET, installées en 1865 sur la place de la Madeleine à Paris.

MESNARD Jules : Les Merveilles de l'Exposition universelle de 1867, Arts - Industrie, Tome second, Imp. Générale Ch. Lahure, Paris
 ….La cheminée Renaissance en marbre noir ainsi que la précédente vient des ateliers de MM. Parfonry et Lemaire. Elle est remarquable de dessin et de sculpture. ....Il n’en pouvait être autrement des œuvres sorties de cette maison qui à l’Exposition universelle a obtenu de la façon la plus honorable la médaille d’or de l’industrie marbrière. Quoique exposant pour la première fois, cet établissement qui jouit à juste titre d’une haute réputation, est connu pour avoir exécuté pour la ville de PARIS les fontaines de la place de la Madeleine (M. Davioud, architecte) ;
 

     Cette place de la Madeleine porte le nom de l'église qui s'y trouve en son centre. On peut se poser la question s'il existait une raison d'installer ces fontaines jumelles à cet endroit. Historiquement l'une des maisons de cette Place a été le lieu de réunion  des députés de l'opposition en 1848, ayant abouti au renversement de la monarchie de Louis-Philippe et à la proclamation de la deuxième République. Elle a également été le lieu du premier regroupement, dans la journée du 22 février 1848, entre les étudiants et les ouvriers, ayant conduit à ce qui fut appelé les journées révolutionnaires du 22 au 25 février 1848. Et circonstance majeure durant cette période révolutionnaire, le rôle de la Garde Nationale " se posant en arbitre entre l'armée et le peuple en protégeant les ouvriers " a été l'élément déclencheur de cette révolution, en ne prenant pas parti pour le roi.

 

      Ce dernier fait n'est pas sans rappeler la lettre de François-Xavier qui écrivait au Ministre de la Justice le 20 juillet 1867, pour se défendre vis à vis de sa condamnation à deux mois de prison, dont voici un extrait :

 

                      .... J'ai agi avec jeunesse et obstination, sans vouloir porter la moindre atteinte aux principes d'ordre et d'autorité que j'avais défendu au péril de ma vie, dans les rangs de la Garde Nationale aux jours difficiles que la France a eu à traverser.....  

 

      Cette lettre, écrite peu avant d'obtenir son décret impérial de domiciliation, et avant la guerre franco-prussienne de 1870, fait très certainement référence à ces évènements de 1848 au cours desquels la Garde Nationale a soutenu le soulèvement du peuple de Paris.

 

      Manifestement, le positionnement de ces deux fontaines sur la Place de la Madeleine doit se décrire en lien avec les évènements de 1848. La Place de la Madeleine méritait qu'on lui offre un décor visuel reposant, à l'image des vasques d'eau et des festons de ces fontaines.  La quiétude des regards dans ce Paris soumis à la révolution haussmannienne devait succéder à l'agressivité des cris révolutionnaires du peuple. Et François-Xavier y trouvait quant à lui probablement, en supervisant la finition dans son atelier,  le souvenir des évènements de février 1848 qui lui auront permis de transpercer les ukases de ceux qui lui avaient refusés pendant plusieurs années d'être considéré comme un citoyen français. Pour rappel, sa demande d'admission à domicile est déjà actée dans une lettre du 2 mars 1864 du Ministre de la Justice au Préfet de la Seine.

 

       Les deux fontaines ont été hélas déplacées par la suite. Même si la Place de la Madeleine était devenue l'une des places les plus huppées de Paris, on ne peut croire que le simple accroissement de circulation puisse expliquer ce transfert. Le symbole  qu'elles continuaient à représenter ne faisait plus partie du nouveau contexte politique et sociologique de ce huitième arrondissement. On pouvait craindre qu'elles ne restent un lieu de rassemblement d'une nouvelle révolution. Il fallait briser le mythe. C'est ce qui s'est sans doute opéré dans les années suivantes en les remplaçant par deux autres symboles forts.

 

       En 1903, l'une des fontaines fut transférée sur le square de la Place Santiago du Chili (7ème Arndt.) pour faire place à une statue de Jules SIMON2, un des allocataires de cette Place de la Madeleine qui, en tant que Ministre de l'Instruction publique dans le premier gouvernement d'Auguste THIERS en septembre 1870, avait déposé le projet d'enseignement primaire obligatoire. La seconde fontaine suivra le mouvement en 1909, remplacée cette fois par un monument à Victorien SARDOU3, qui venait de décéder et dont le talent d'auteur de comédies sociales (Madame Sans gênes) se devait d'être honoré par une oeuvre d'art. Exit donc la fontaine de François-Xavier qui était déjà, quarante années plus tard, d'un autre temps et qui se retrouvera désormais Place François 1er (8ème Arndt.)4, enjolivant de nos jours la promenade des animateurs des Grosses têtes sur RTL. Un nouveau message était transmis. Le savoir et la culture remplaçaient l'art de la pierre et la pensée subversive.

 

                                               Fontaine Place Santiago du Chili (7ème Arndt. Paris)

 

Fontaine-Chili.jpg

                                               Fontaine Place François 1er (8ème Arndt. Paris)

   Le bassin est large et circulaire avec un piédouche de marbre blanc soutenant la vasque. Le piédouche est constitué de quatre griffons ailés et élégants. La vasque est ornée d'une petite galerie des croisillons et de douze têtes des lions qui distribuent l’eau dans le bassin. Une colonne cylindrique et évasée en haut s’élève du centre de la vasque. Elle est décorée de quatre visages des femmes 5

(voir site http://www.visites-guidees.net/article-fontaine-place-francois-1er-97128671.html pour visionner d'autres photos de cette belle fontaine)

    Sur un autre site, cette fontaine est considérée comme faisant partie de la catégorie des " fontaines les plus charmantes de Paris ".

 Fontaine-Francois-1er.jpg

 

1 Gabriel DAVIOUD (1823-1881) : important architecte parisien de la période haussmannienne; créateur de nombreux monuments, en particulier de nombreuses fontaines à Paris ;

2 Jules SIMON (1814-1896) : philosophe et homme politique qui habita cette Place de la Madeleine ;

3 Victorien SARDOU (1831-1908) : auteur dramatique ;

4 Article Wikipedia : Place de la Madeleine ;

5 Extrait du livre : Les fontaines de Paris : l'eau pour le plaisir; Paris 2008, p. 241,274 de Marie Hélène LEVADE et Hugues MARCOUYEAU ;

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 17:51

      La présence de Joseph PARFONRY à Séville remonte au plus tard à l'année 1896. On l'avait déjà découvert dans un document pour avoir installé l'un de ses paratonnerres à l'église paroissiale de Santiago Apostol de Bollulos. Cette date se trouve corroborée par sa proposition d'installation, approuvée l'année suivante en 1897, pour l'église paroissiale de Notre-Dame de l'Ascension, dans la localité de Zalamea la Real.  

Iglesia parroquial de Nuestra Señora de la Asunción 

Es, sin duda, el edificio más emblemático del casco urbano, junto con su torre. No consta la fecha de su construcción......El Terremoto de Lisboa de 1775 hizo estragos en todos los edificios elevados de la provincia y la torre y la iglesia quedaron gravemente dañadas; se iniciaron las obras de reconstrucción en los años siguientes, elevando la torre hasta la altura actual y terminando en un chapitel octogonal decorado con azulejos......Don Juan PARFONRY presenta un proyecto para colocar un pararrayos en la torre por 200 pesetas. El Ayuntamiento lo aprueba el 25 de julio de 1897 y, suponemos que en esos días se colocó. Anecdóticamente mencionaremos, por último, el izado de la campana mayor, en 1954, tanto por existir suficiente documentación fotográfica del evento como por estar aún grabado en la memoria de muchos zalameños setentones.

       Il est évident que le développement de son entreprise a profité de ce besoin de placer ce type de matériel sur des églises, considérées sans aucun doute à cette époque comme les seuls points hauts aptes à capter la foudre. Ce fut aussi le cas pour l'église majeur de San Pedro de Huelva.

     On ne connait pas précisément le niveau de formation de ce Joseph PARFONRY1. Manifestement, il a du avoir le sens des affaires et du marketing comme on le dit de nos jours. Une carte postale publicitaire, qui a déjà été mise sur ce blog (voir autre article : Jose PARFONRY de HOTTON) démontrait de son sens commercial. Une seconde lecture de cette carte nous fait découvrir de fait qu'il était fournisseur (Proveedor en espagnol) de plusieurs archidiocèses (Séville, Grenade) et diocèses (Cordoue, Malaga et Jaën), soit la quasi totalité de l'Andalousie. Et en priorité dans la liste, il mentionne qu'il est avant tout fournisseur de S.A.R. Infante D. Antonio de Orléans.   

Rect ParfSeville[1]

      Qui est ce personnage qui semble disposer d'un certain prestige et d'une lignée montrant nettement des accointances avec la royauté française. La possession du titre d'infant en Espagne signifie qu'il fait partie de la famille royale tout en n'étant pas héritier au trône. Ce dernier porte en effet le titre de Prince des Asturies.

La complexité de la question royale en Espagne ne permet pas dans un simple article d'expliquer comment ce personnage est relié précisément à la couronne espagnole. L'origine remonte d'une certaine façon à la guerre de succession d'Espagne, qui avait vu l'installation du petit-fils de Louis XIV sur le trône d'Espagne sous le nom de Philippe V. Il en était résulté au final le partage du pouvoir entre les Bourbons de France et les Habsbourg d'Autriche dont les querelles avaient provoqués des guerres ininterrompues en Europe depuis la fin du Moyen-âge. Pour mémoire, le roi Juan Carlos actuel est toujours un descendant de cette lignée des Bourbons de France.

Le fait est qu'à un moment donné, il y eut une querelle entre deux branches des Bourbons françaises et espagnoles. C'est ce qu'on a appelé la fronde des carlistes, ceux-ci se disant descendant de Charles de Bourbon (1788-1855), frère cadet de Ferdinand VII (1764-1833). Ce dernier avait abrogé la loi salique avant sa mort, permettant à sa fille Isabelle II (1830-1904) de monter sur le trône à l'âge de 3 ans, en lieu et place de son frère cadet. La tension extrême entre les deux branches a été occasionnée précisément par le père de D. Antonio de Orléans qui finança lui-même la révolution contre Isabelle II. Vaincue, cette branche dut s'exiler à partir de 1868 avant d'être autorisée à revenir en 1875. Tout cela se terminant par une sorte de réconciliation entre les Orléans et les Bourbons suite au mariage en 1878 d'Alphonse XII (un Bourbon), fils d'Isabelle II, avec Mercédes d'Orléans, une soeur de Don Antonio d'Orléans.

N.B. : C'est un peu compliqué, je l'avoue, et pourtant je m'efforce de résumer au mieux.

Don Antonio d'Orléans (1866, Séville - 1930, Paris) retrouvera dès lors son titre d'Infant et retournera vivre à Séville au Palais de San Telmo, à partir de 1875, lequel avait été acquis par son père en 1844. Il épousera en 1886 la fille de la reine Isabelle II ce qui lui permettra de conserver une certaine influence à la Cour d'Espagne. Mais suite à son mode de vie volage et dépensier, sa mère, Marie Louise d'Orléans, se verra obligée de céder le Palais de San Telmo à l'archidiocèse de Séville en 1897.

       Ce fut pratiquement la fin de cette lignée historique2. L'infant Don Antonio d'Orléans avait un sacré pédigrée. Outre son mariage avec la fille d'Isabelle II, dont il divorcera en 1890, il n'était rien d'autre, par son père, que le petit-fils du dernier roi de France Louis Philippe, et par sa mère, petit-fils de Ferdinand VII d'Espagne et de Marie-Christine Bourbon, princesse des Deux-Siciles. Un fameux recueil de particules qui n'a pas résisté aux vices de la vie. Il décèdera à Paris dans la pauvreté. Mais apparemment, cet aspect volage aura été l'apanage à plusieurs reprises et encore de nos jours au sein de la lignée royale espagnole officielle des Bourbons. 

       La simple mention de ces quelques fournisseurs importants sur la carte postale publicitaire, démontre que Joseph PARFONRY avait su s'intégrer dans le microcosme de cette époque à Séville. L'appui de l'infant D. Antonio d'Orléans, laisse à conclure qu'il est arrivé bien avant 1896, seules dates de référence connues. Ce dernier devait déjà avoir pas mal de soucis financiers et ne constituait sans doute plus une référence sur le plan commercial à ce moment. Il nous reste donc un intervalle entre 1875, date de son retour à Séville, et 1896.

     Toutes ces données peuvent nous permettre de déterminer avec une certaine assurance l'arrivée de Joseph PARFONRY à Séville. On ne connait pas précisément sa date de naissance. Selon les données de l'arbre généalogique des PARFONRY d'Erezée, il serait né en 1860, entre les naissances de ses frères Hubert Narcisse (17/01/1859) et Jacques (30/11/1861). Son arrivée à Séville peut dès lors être estimée à partir de 1880, soit peu après le retour de l'infant D. Antonio d'Orléans, revenu vers 1875 d'exil. Ce qui justifierait à ce moment le titre de fournisseur qui lui est donné.

      A remarquer une fois de plus cette proximité des PARFONRY avec les familles royales d'Europe. Après Emile l'horloger à Bruxelles, Emile le militaire - explorateur au Congo, Hubert Narcisse dans le Mato Grosso, Joseph est le quatrième à manifester de ce lien.

      Sur la carte postale publicitaire, Joseph s'était d'ailleurs affublé d'une particule, en y ajoutant sa ville de naissance (Hotton). Comme quoi, cette recherche de particule a finalement été une quête inassouvie tout au long de cette saga des PARFONRY. Mais une vie sans particules, au final, n'est pas si insignifiante que cela. A voir ce que l'on a pu découvrir sur tous ces personnages transitant par ce blog, oeuvrant au développement économique, social et familial, on ne peut qu'en être rassuré.

1 Joseph PARFONRY est répertorié dans les textes de prénoms différents : José, Juan ;

2 A noter que son fils Adolphe d'Orléans (1886-1975), aviateur de renom, a porté aussi le titre d'infant ; par sa carrière militaire, il fut nommé général de division par Franco; il fut en outre en Espagne le représentant non officiel du Comte de Barcelone (Juan de Bourbon), père de Juan Carlos, pendant la période franquiste ; 

 

 

 

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 11:12

     Voici déjà quelques articles où le nom de François-Xavier Parfonry, le marbrier parisien, n'a plus été cité. Même si les nouveautés à son sujet commencent à se tarir, il reste l'un des personnages clefs de ce blog. Il est toujours présent dans nos fiches, attendant un moment opportun pour réapparaître. C'est ce qui est le cas cette fois, après avoir écouté la dernière émission " Un jour, un destin", sur France 2, présentée par Laurent Delahousse. Il y a été fait mention du Palais Branly1 à Paris, l'un de ces endroits relevant de la République française de nos jours. L'indication de ce Palais Branly résultait de la présence de la " seconde famille " du Président Mitterrand dans l'un des trente appartements de fonction qui constituent l'une de ces affectations. 

      L'histoire de ce Palais, qui est désormais depuis 2002 inscrit dans la liste des monuments historiques, remonte en réalité à Napoléon III. Construit en 1861 pour y recevoir les écuries de la Maison de l'Empereur, il fut dénommé à l'origine Palais de l'Alma, du nom du célèbre pont sur la Seine qui le dévisage. Quelques années plus tard, après la brève guerre franco-prussienne (du 19/07/1870 au 29/01/1871) et la fin peu glorieuse de la dynastie bonapartiste2, il fut décidé de réaffecter ce bâtiment. Cette guerre avait, il est vrai, inexorablement conduit au déclin de la cavalerie en Europe, se montrant désormais peu efficace dans ses charges contre l'utilisation des nouveaux armements.

      En 1888, les lieux sont en partie affectés au bureau de la météorologie et au service de la statistique. Des travaux de rénovation y furent donc effectués. Et qui dit rénovation à cette époque, implique impérativement l'installation de marbres, considérés comme l'un des joyaux de la décoration. Et le marbre, c'était incontestablement l'affaire de François-Xavier, notre marbrier. Encore fallait-il l'attester, le prouver. Ce qui l'a été suite à une récente découverte.

      Dans Bulletin des lois de la République française, XIIe série, 1er semestre 1891, Tome 42, Paris, on y découvre tout un chapitre relatif aux Travaux d'installation du bureau central météorologique dans les dépendances de l'hôtel des écuries de l'Alma. Et notre brave marbrier y est relaté parmi les créanciers, pour l'exercice de l'année 1888. Il y dispose encore pour ses travaux d'une créance de 122,73 francs.

      Cette petite trace d'une intervention de François-Xavier, après 1871, dans des bâtiments ayant été érigés sous Napoléon III, est une confirmation comme quoi il n'avait pas été mis à l'écart des commandes décidées par les nouvelles autorités de la jeune Troisième République. Il est bon de rappeler que sa carrière de marbrier avait démarré avec l'installation du socle en marbre de Carrare de la statue de Joséphine de Beauharnais à Fort-de-France en Martinique en 1856, suite à une commande de ce même Napoléon III. Son décret de naturalisation, obtenu en septembre 1871, était non pas le reflet de son lien avec Napoléon III mais bel et bien  le résultat de sa démission de la Garde Nationale, et donc de son opposition à la rebellion de la Commune de Paris, en mars de la même année.

    

     Voici donc une nouvelle étape d'un futur city trip parisien qui serait organisé sur les traces de François-Xavier. Ce parcours se consolide progressivement. Encore que dans ce cas, il faudrait très certainement disposer d'une autorisation pour arpenter l'un de ces décors officiels de la République.

      De nos jours, outre la trentaine d'appartements de fonction, ce Palais du quai Branly abrite depuis 1947 l'Office de la Météorologie Nationale et depuis 1952 le Conseil supérieur de la magistrature. On y trouve également le dépôt de tous les cadeaux reçus par les Présidents de la République, à  l'exception de ceux reçus par Jacques CHIRAC qui a préféré les transférer dans sa circonscription de Corrèze.

 

1 A ne pas confondre avec le Musée BRANLY qui se trouve à côté ;

2 Napoléon III fut fait prisonnier par les prussiens à la bataille de Sedan ;

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:56

     Qui veut appréhender l'histoire de la Belgique et comprendre les facteurs relationnels qui subsistent après 180 années d'indépendance doit impérativement prendre en considération les trois clefs qui constituent son assise sociétale. Aux deux premières qui sont pour toute personne étrangère les plus perceptibles, à savoir la confrontation sur le plan politique entre la droite et la gauche d'une part et surtout le conflit linguistique wallons/flamands d'autre part, s'y ajoute un phénomène qui peut paraître similaire à ce qui a existé dans d'autres pays, en particulier en France. Mais qui s'est trouvé quelque peu exacerbé dans notre pays par suite de développement de courants politiques antagonistes sur le rôle et la présence de l'état au niveau local. C'est la question de la guerre scolaire entre les réseaux, résultant d'un conflit idéologique qui trouve ses racines une fois de plus au moment de l'indépendance de 1830. C'est cette dernière clef qui va être abordée dans la suite de cet article.

     Comme un hasard bien affuté, la carrière d'instituteur d'Emile PARFONRY s'est étalée entre les "deux guerres scolaires " qui ont émaillé l'histoire de la Belgique. Pour rappel, il a enseigné entre 1914 et 1949 dans la seule commune de Beauvechain, située dans le canton de Jodoigne, dans ce Brabant wallon de l'Est dont est originaire la lignée.

     Diplômé de l'Ecole Normale de Malonne le 1 août 1914, il sera nommé à l' école libre adoptée de Beauvechain pour y enseigner dès la rentrée de septembre. Un bien curieux nom qui est donné à une école primaire.  Un retour en arrière de quelques dizaines d'années s'avère nécessaire pour en comprendre le sens. Et surtout pour mettre en exergue ce fameux "compromis à la belge " qui reste la clef de voute de toute la dynamique jusqu'à ce jour.

     Tout débute lors de l'Indépendance de la Belgique en 1830. Par manque de budget, tout l'enseignement primaire et secondaire se développa sous la houlette des institutions religieuses catholiques. L'enseignement n'étant pas obligatoire à ce moment (loi NOTHOMB). Une première brèche à cette organisation fut instauré en 1846 quand fut décidé la création de 10 athénées et de 50 écoles moyennes avec cours de religion facultatif et droit de regard de l'Etat sur la désignation des religieux. Le coup de grâce arriva un peu plus tard, en 1879, par un gouvernement d'obédience libérale et laïque, qui créa un nouveau ministère de l'Instruction publique. Il fut instauré la loi appelée " loi de malheur " par les catholiques (loi Van HUMBEECK). Cette loi prévoyait que chaque commune devait posséder une école primaire laïque et neutre, sans cours de religion. La réaction des instances religieuses fut des plus véhémentes, allant jusqu'à refuser l'extrême-onction aux instituteurs et parents d'élèves qui choisissaient l'école officielle. L'ambassadeur auprès du Saint-Siège fut même rappelé. Et en réaction, il fut ordonné aux curés des paroisses d'ouvrir une école libre. Toute cette période de tension, entre 1879 et 1884, fut dénommée par la suite " Première guerre scolaire ".

    Vu les tensions, mais aussi suite à l'intervention du roi Léopold II et aux nouvelles élections qui avaient quelque peu modifiés l'équilibre entre les partis, cette loi de malheur fut abrogée en 1884 par une autre (loi JACOBS). Il y était stipulé que chaque commune devait avoir au moins une école, soit officielle, soit libre adoptée. Une demande d'un minimum de 20 parents était nécessaire pour en créer et y donner un cours de religion.

    Voici donc qu'apparaît cette notion d' école libre adoptée pour laquelle avait été recruté Emile, l'instituteur. Cette adjonction du terme adoptée permettait, à la demande du clergé, de recevoir des subventions communales si cela s'avérait nécessaire. Historiquement1, cette école avait été, bel et bien, créée en 1879, en réaction avec la loi de malheur. Le doyen de l'époque, Constant JACOBS, loue, le 21 mai 1879, l'ancienne ferme DECOSSEAUX-GAUTHIER, rue de l'Eglise, à son nouvel acquéreur, l'avocat JACOBS de Louvain. Elle sera connue plus tard sous le nom de Patronage. On y fait aménager la grange en classes pour une école libre pour garçons. C'est donc dans ces bâtiments qu' Emile fonctionnera dès 1914 (voir l'article : Les photos de classe d'Emile PARFONRY, l'instituteur).

    Cette situation perdura jusqu'en 1920, date à laquelle, il fut constaté un manque de salubrité dans les locaux scolaires, sur la base d'un rapport de l'architecte provincial dénonçant l'état des bâtiments qui " devraient être reconstruits dans un bref délai2 ".  Combiné à une "omission" de la part du curé MONSIEURS de demander l'octroi des subsides, il s'en suivit une réaction en chaîne.  Au Conseil communal du 07 février 1921, il y fut décidé que " Les locaux de l'ancienne école adoptée des garçons ne sont plus convenables du point de vue de l'hygiène3 ".  Cette école deviendra désormais communale. De nouveaux locaux furent affectés dans l'ancien Hospice NELIS, rue de la Station, vers 1925/1926, le temps de procéder à des aménagements pour deux classes et deux ménages d'instituteurs. Cette date est en quelque sorte le happy end de la Première guerre scolaire pour Emile PARFONRY.

     Emile, parti à la pension en 1949, ne connaitra pas non plus la seconde guerre scolaire qui se déroula de 1950 à 1959. Les discussions portèrent pendant tout ce temps sur le montant des subsides octroyés à l'enseignement libre. Selon la majorité, les subsides croissent (HARMEL, catholique) ou décroissent (VANACKER, libéral - COLLARD, socialiste). Après plusieurs manifestations à Bruxelles, et des yoyos politiques, un Pacte Scolaire fut finalement entériné le 29 mai 1959 entre les trois grands partis. Toujours ce fameux compromis à la belge !!!.  Il y était reconnu au final le choix libre des parents au niveau scolaire et la gratuité dans l'enseignement obligatoire, quelque soit le réseau. L'Etat prenant à charge tous les enseignants.

     Mais apparemment, cela n'a pas du satisfaire Emile, mon grand-père. Car, calfeutré jusqu'alors sur les bancs en bois de l'école communale de Beauvechain, devant y entamer ma cinquième année primaire, on m'inscrit sans coup férir, et moins encore en me demandant mon avis, à l'Athénée de Jodoigne4 pour cette rentrée scolaire de septembre 1959. Athénée qui n'était de fait que le résultat évolutif de l'une des 50 écoles moyennes décrétées en 1846 et confirmée par une loi organique de 18505. Je n'ai pas d'explications très précises sur cette décision de transfert mais plus que probablement qu' Emile était entré en conflit, en tant qu'ancien échevin libéral, avec la nouvelle institutrice, voire avec le nouveau bourgmestre qui était sorti des élections de 1958. Emile était aussi devenu un vrai défenseur du service public, en lui reconnaissant la réussite de donner à quiconque l'opportunité de suivre un enseignement gratuit de qualité. Il est vrai aussi que je n'ai pas été le premier élève à quitter ces locaux. André MACAU et Francis LEBRUN avaient franchi le cap l'année précédente et étudiaient déjà à l'Athénée de Jodoigne.

      Désormais, j'allais prendre le bus matin et soir pour me retrouver dans une classe mixte de ... 37 élèves (et dire qu'on trouve cela trop élevé de nos jours). Mais Madame STAELS, la maîtresse, avait manifestement cette autorité nécessaire pour diriger cette troupe. Auréolé de ma position de premier de classe (sur 5 à 6 élèves) dans la modeste école communale de Beauvechain, je me suis vu rétrograder en fin d'année à une quatrième place, avec la consolation d'avoir été devancé uniquement par .... trois filles6. Si Marie ALBERT7, Micheline LECLERCQ ou Viviane BENOIT lisent cet article, elles devraient se reconnaitre8. Francis LEBRUN, le deuxième garçon, était neuvième, et André MACAU en 6ème primaire était classé septième sur 26, témoignant par là du bon niveau d'enseignement de l'école communale de Beauvechain. Mais aussi la satisfaction d'obtenir vraisemblablement un meilleur résultat, si on avait été logé dans la même classe, qu'un certain Louis MICHEL, futur bourgmestre de Jodoigne, Ministre des Affaires étrangères et Commissaire européen9. Mais de cela, je ne m'en aperçus que très récemment lorsque je me suis mis à rassembler les documents me permettant de reconstituer l'histoire familiale. Je fis très brièvement la rentrée scolaire de 6ème primaire en septembre 1960, dans la classe de Monsieur MARTEAU, un instituteur sévère et exigeant qui me rappelait ce qu'avait du être mon grand-père. Mon père, ayant reçu son préavis, avait trouvé un travail dans une autre région. C'est ainsi que peu de temps après, je débarquai à l'Athénée de Tamines, où j'y poursuivrai tout mon cycle d'humanités.

     Manifestement, Emile l'instituteur m'avait aiguillonné dans la bonne direction. En me lançant dans un autre registre de compétences, il avait veillé à m'éviter la somnolence et la facilité qu'entretenait la petite école communale de Beauvechain. Après les bonnes bases solides des trois années primaires de l'instituteur Jacques RIGUELLE, celui qui était passé par les fourches caudines d'Emile dans les années 1930, il était temps de me donner une autre vision et un autre défi. Il était passé outre des deux guerres scolaires mais pas des deux guerres mondiales. Le monde évoluait. Emile, l'instituteur, qui lisait assidument son journal Le Soir, l'avait probablement compris.

      En 1959, il a pu y lire entr'autres que Castro a pris le pouvoir à Cuba, que la révolte au Tibet a été réprimée, que les premières émeutes à Léopoldville ont été sanglantes, que le Traité de l'Antarctique est signé, que le Marché Commun entre en vigueur, que le premier congrès arabe du pétrole se réunit au Caire, que .......

 

1 Ces données sont reprises du mémo de synthèse rédigé par Henry PAESMANS sur la famille PARFONRY de Neerheylissem ;

2 Registre des délibérations du Conseil communal, n°1413, 2 avril 1919 ;

3 Registre des délibérations du Conseil communal, n°1480, 7 février 1921 ;

4 L'Athénée de Jodoigne, succédant à l'école moyenne créée en 1850, avait été officialisé par l'Arrêté du Régent du 27 août 1947;

5 VERDICKT Marc (1993) : Athénée Royal : 150 ans à Jodoigne, Imprimerie Genicot, Jodoigne ;

6 Sans parler des quatre autres filles qui me suivaient ;

7 Il se peut que Marie ALBERT soit de la famille de Jules ALBERT, fils d'un vétérinaire de Longueville, qui fut le premier éléve sortant de Jodoigne à réussir une année universitaire en 1931, et d'Henri ALBERT (professeur - élève ??), décédé au cours de la seconde guerre mondiale (ndlr : informations recoupées du livre de Marc VERDICKT) ;

8 Athénée Royal Jodoigne. Palmarès Année scolaire 1959-1960 ;

9 Au palmarés de l'Athénée de Jodoigne, on retrouve aussi à un moment donné un certain Jacky ICKX ;

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 15:24

      Un généalogiste ne se permet pas de mentionner des dates relevant de moins de 100 années, non par simple respect déontologique mais aussi pour satisfaire au droit de propriété intellectuelle qui ne permet pas de répertorier les individus les plus récents. D'un autre côté, un historien de la mémoire familiale dispose d'une plus grande liberté quand il relate des faits de vie en les intégrant au contexte de l'histoire, de l'évolution de la société. D'autant plus quand il se met en scène pour témoigner d'une période de l'histoire de la fin du XXème siècle.

      La récente émission " Les Belges du bout du monde " de ce 30 septembre 2012, consacrée à une compatriote et néanmoins homonyme, m'a juste rappelé  ma propre carrière africaine. La simple mention du mot "Elaeis" dans son CV, nom de l'hôtel qu'elle dirige à Pointe- Noire,  me faisait me remémorer non seulement des souvenirs mais aussi m'amenait à une réflexion sur le pourquoi et le comment de ce parcours africain. Une réflexion qui me semble appropriée et justifiée dans le cadre de ces articles qui se veulent instructifs. Et une façon de relater, au hasard d'un écrit, un moment de vie en adéquation avec les modifications géopolitiques qui étaient en train de s'opérer.

      Chronologiquement, cette histoire débute au début de septembre de l'année 1973. Au palmarès de la Faculté des Sciences Agronomiques de l'Etat à Gembloux, il est mentionné que Roland PARFONRY y a obtenu son diplôme d'Ingénieur agronome, orientation des régions tropicales et subtropicales, avec distinction. Dans la foulée de ce qui se déroulait habituellement depuis de nombreuses années, la possession d'un tel diplôme ouvrait le sésame pour une carrière Outre-mer sans difficultés. Héritage de cette colonie au milieu de l'Afrique, à cheval sur l'Equateur, qui continuait semble t-il, 13 années après l'accès aux indépendances, à absorber le consortium des scientifiques ayant bénéficié des cours des anciens de l'INEAC1.

      Une convocation dans les bureaux de la Société de Cultures au Congo, filiale d'UNILEVER, à Bruxelles, un interview quasi factuel avec Georges GODDING2, l'un des administrateurs, ancien de Gembloux de surcroit, un rapide contrôle médical, la panoplie des vaccins, l'achat de matériel et de vêtements au magasin des Colonies près de la Gare Centrale à Bruxelles, la préparation des malles, l'envoi de celles-ci  au port d'Anvers, un mariage organisé dans la foulée, et tout cela aboutissait à signer un contrat en date du 31 octobre 19733. J'étais désormais attendu dans les plantations de Binga, près de Lisala, situées au N.O. du pays, dans la province de  l'Equateur. Contrat dont bénéficiaient également mes deux collègues belges de la même section (Sylvain MORAS et Jean NANGNIOT). Contrat dont ne bénéficiaient pas par contre mes deux collègues étrangers, l'un en provenance d’Haïti, l'autre du Rwanda. Comme un relent d'apartheid qui subsistait après plus d'un siècle de colonialisme et de gestion patriarcale.

      J'allais pouvoir extérioriser les connaissances acquises au contact de tous ces anciens de l'INEAC, revenus, au lendemain de l'indépendance du 30 juin 1960, enseigner dans la prestigieuse école de Gembloux, autour du Professeur Ernest STOFFELS (1899-1973). Et parmi ces derniers, il y avait un vieux briscard, l'un de ces personnages qui, sans le dire, nous faisait comprendre qu'il avait avalé la vie, une sorte de mélange entre Haroun TAZIEFF, Théodore MONOD et Indiana JONES. Quelqu'un qu'on ne peut oublier à travers sa prestance, ses connaissances, son bagout, sa prose assez crue. Il s'agissait de Monsieur VANDERWEYEN Roger, celui qui fut le premier, semble t-il, à percer le mystère de la sélection de l’Elaeis guineensis, le palmier à huile africain. Voilà donc ce fameux Elaeis qui a servi de déclic pour écrire cet article. Dans son cours ronéotypé sur cette plante, qu'il donnait à Gembloux, VANDERWEYEN mentionne (p. 37) qu'il fait part de cette découverte dans le Rapport annuel de 1939 de la Division du palmier à Huile de l'INEAC. La guerre qui en suivra perturbera la publication officielle de l'étude dont le document ronéotypé4 se trouve de nos jours à la Chaire d'enseignement de l'ancienne unité de Phytotechnie tropicale à Gembloux. L'attribution de cette découverte rejaillira sur un certain BEIRNAERT, qui aurait tout simplement repris un résumé des conclusions du rapport précédent. Rendons donc à César ce qui lui appartient, selon la célèbre formule. Parmi ces quelques faits de gloire, il nous avait raconté qu'il avait demandé au roi Léopold III, lors d'une de ses visites en Indonésie 5, de conserver dans sa poche les graines de palmier que lui auraient montrés les chercheurs hollandais. Le protocole empêchant bien évidemment de redemander les graines, considérées à l'époque, comme un vrai trésor de guerre6.

      Quant à mon parcours taillé sur mesure, renouvelé de manière précise comme la roue du moulin à eau actionnant l'engrenage du concassage des céréales, il allait dorénavant devoir subir l'insertion de la petite pierre imprévisible qui grippait une si belle mécanique. Le Congo était dirigé depuis 1965 par le Général Mobutu. Celui-ci avait entamé un recours à l'authenticité dès l'année 1971, qui présageait à une plus grande main mise sur le pays. C'est ce qui arriva justement en cette fin d'année 1973. Les mesures de privatisation aboutirent à nationaliser tous les secteurs dont celui des plantations, en particulier celles de la Province de l'Equateur, proche de son fief de Gbadolite. Le sillon, scrupuleusement entretenu depuis la signature du traité de Vivi le 13 juin 188o (voir article : Emile PARFONRY, au milieu du conflit STANLEY-De BRAZZA), par les premiers pionniers faisant signer des concessions commerciales aux chefs indigènes, via le Comité d'Etudes du Congo, se voyait englué par l'arrivée d'un autre rapport de force. La belle mécanique, devenue un peu rouillée, n'avait pu résister aux multiples incertitudes de pouvoir ni aux nouvelles initiatives de changement de régime dans différents pays.

      Après la Conférence des non alignés de Bandung en 1955, après la nationalisation du canal de Suez par Nasser en 1956, après le discours de Dakar du Général de Gaulle d'août 1958, après la vague des indépendances des années 1960, après le coup d'Etat de Kadhafi en 19697, Mobutu se voulait être dans la lignée du renouveau africain. Mais surtout, il profilait son personnage de chef absolu en s'implantant dans la période la plus tendue de la guerre froide. Il creusait un nouveau sillon pour s'accaparer les richesses de son pays. Exit les programmes de modernisation de l'agriculture. La focalisation allait se porter sur ces matières minérales qui constituent le soubassement sur lequel le Congo est outrageusement installé.

      Avec un contrat devenu caduque, sur lequel pourtant le mot Congo avait systématiquement fait place au mot Zaïre, l'aventure était stoppée net avec comme simple compensation deux mois d'indemnités. J'étais arrivé au moment ou le " Congo de papa " prenait eau. Le souvenir de la lecture dans ma jeunesse de " Tintin au Congo " prenait une autre dimension. Tintin, le blanc, n'était plus vénéré, comme dans la bande dessinée. Il ne me restait plus qu'à chercher à rebondir sur ce nouvel état des lieux.

       Au final, d'avril 1974, date de mon premier engagement réel, à fin 2008, date de ma prise de pension, toute ma carrière fut orientée vers le continent africain. De nouveau, le parcours fut semé de quelques embuches car manifestement le monde  avait commencé à changer. Mais cela est une toute autre histoire encore trop récente. 

 

1 L'Institut pour l'Etude agronomique du Congo belge (INEAC) fut créé en 1933. Il fut considéré dans les années 1950 comme le meilleur institut de recherche agronomique sous les tropiques. L'INEAC s'appuyait sur un réseau de stations dont les principales étaient Yangambi, Gandajika, Mulungu, Mvuazi.

2 Georges GODDING (1916-2004) a été diplômé de Gembloux en 1940; il est le fils de l'avocat anversois Robert GODDING (1883-1953), qui fut  Sénateur, Ministre des Colonies (1945-1947), Président de l'INEAC et déjà Administrateur de la S.A de Cultures au Congo belge ;

3 Il fallait que je sois marié officiellement pour que mon épouse puisse suivre ; J'ai évidemment conservé ce contrat ;

VANDERWEYEN R. : Etude comparative des types "tenera" et "dura", in Rapport annuel 1939 de la Division du Palmier à huile, IIè partie, pp. 6-27, ronéotypé, Yangambi, 1940 ;

5 Léopold III effectua deux visites dans ce qui était appelé Indes néerlandaises, à savoir en 1929 et en 1932 ;

6 La sélection massale réalisée en Indonésie par les hollandais depuis le XIXème siècle avait permis d'obtenir une variété de palmier plus homogéne, avec une coque régulière et moins stérile à la fécondation (dénommée dura ) ; ce n'est que quelques années plus tard que la compréhension de l'hérédité du caractère controlant l'épaisseur de la coque fut  découvert par VANDERWEYEN à Yangambi ;

7 Chacune de ces étapes historiques mériterait un paragraphe explicatif complémentaire; il est demandé au lecteur d'en rechercher les informations via les moteurs de recherche habituels ;

    

   

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 09:51

     Certains et certaines d'entre vous ont déjà rencontré Aliette PARFONRY. Elle travaillait au Sénégal, à la fin des années 1990 - début 2000, au complexe touristique de la Petite Côte à Saly, près de M'Bour. Depuis lors, elle a changé de pays tout en restant toujours dans la gestion hôtellière. De nos jours, elle dirige le prestigieux hôtel Elaïs à Pointe - Noire au Congo Brazza.

     Cette présence lointaine depuis plusieurs années et notamment sa réussite professionnelle a du attirer l'attention des producteurs ainsi que de l'animateur de l'émission de radio " Les Belges du bout du monde ". Précédemment, nous avions déjà entendu des voix de belges de la région d'Afrique centrale, tels que le Congo voisin (RDC) et le Burundi. Adrien JOVENEAU, son animateur dynamique, a aussi organisé en parallèle avec son autre émission " Le beau vélo du RAVEL" des trips en vélo dans certains de ces pays, dont la RDC et le Burundi.

      Et dans la continuité de ces émissions, il nous est proposé ce dimanche d'en entendre une autre, en provenance cette fois de la République du Congo (Brazza). Et à travers les découvertes et les voix, notre attention sera portée par la participation d'Aliette. Elle deviendra pour un jour " The Voice " de notre patronyme.

      Si vous voulez écouter Aliette, elle sera, en compagnie de la chanteuse belgo-congolaise Sissy MANENGA, dans l'émission qui passera ce dimanche 30 septembre sur la Radio Première de la RTBF (Radio Télévision francophone belge) à 9heures 15, ou si vous préférez, sur votre PC via le site ;

http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.rtbf.be%2Fradio%2Fliveradio%2Flapremiere&h=-AQGl3j57

Mais aussi en podcastant, via :

http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.rtbf.be%2Flapremiere%2Fpodcast&h=HAQGu6JwV

(ndlr : sites prélevés dans les messages de l'adresse Facebook d'Aliette)

 

     Pour rappeler quelques points de son ascendance, Aliette est la descendante de Hubert Narcisse PARFONRY, l'un des trois frères PARFONRY de la branche d'Erezée qui ont crapahuter à travers le monde à la fin du XIXème - début du XXème siècle. Après un séjour comme Directeur d'exploitation d'une plantation de caoutchouc dans le Mato Grosso au Brésil, il est revenu en Belgique ou il a développé l'entreprise PARFONRY-LIELENS, spécialisée en matériel de tuyauteries et robinetteries. Son frère Emile a accompagné STANLEY le long du fleuve Congo et l'autre frère Joseph s'est installé à Séville où existe encore de nos jours une descendance.

      Plusieurs articles dans ce blog racontent les aventures de ces trois personnages. Aliette n'est qu'en somme, que dans la continuité de ses ancêtres.

 

     Bonne écoute ce dimanche

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 11:00

      De toutes les découvertes effectuées sur notre patronyme, on en était arrivé presque à la conclusion qu'en dehors de son pays d'origine, il n'avait évolué que dans les pays situés au sud. La France en priorité mais aussi l'Espagne et plus récemment la Suisse avaient vu apparaître des migrants le portant. L'extension de nos recherches à des noms se rapprochant de l'écriture définitive nous avait déjà conduits à étendre nos investigations. C'est en suivant ce principe que l'on peut avoir parfois une autre perspective.

     Il semblerait qu'une tentative de déplacement vers le Nord se soit malgré tout opérée. Une étude des différents documents et sites de généalogie, en particulier celui de la famille KARSSEN, démontrerait d'une présence ancienne aux Pays-Bas.

    Tout cela a pu débuter avec un certain Joannes PARFORI, baptisé à Borgloon en 1671 dans le Limbourg belge. Cet enfant, déclaré comme le fils de PARFORI Engelbertus et de MOERS Maria, porte un nom de famille qui ressemble, à s'en méprendre, à notre patronyme.

     La mention de la ville de Borgloon est une indication majeure pouvant s'intégrer dans le cadre plus global de nos démarches. Au Moyen-âge, Borgloon n'était rien d'autre que le chef-lieu du comté de Looz, lequel était un fief de l'église de Liège depuis 1190. Annexé définitivement en 1362 par le Prince-évêque Englebert de la MARCK, son intégration à la Principauté de Liège permit d'accroître la superficie de celle-ci, tout particulièrement vers le Nord. Borgloon devenait de la sorte l'une des 23 "Bonnes Villes" de la Principauté, ayant le droit d'envoyer des représentants au Tiers Etat et pouvant s'entourer d'un mur d'enceinte. Manifestement, le lien du nom PARFORI avec la région liégeoise est établi, pouvant constituer un indicateur de confiance et de cohérence majeur avec notre patronyme.

     Sur le plan historique, la situation  de la ville de Borgloon permet de comprendre ce qui a pu s'en suivre. En intégrant le comté de Looz dans sa juridiction, le territoire de la Principauté s'étirait vers le Nord et permettait, tout en coupant les Pays-Bas espagnols en deux parties, de créer un vaste couloir continu reliant la France à la Hollande. La Principauté de Liège, héritière de ces terres convoitées de Basse-Lotharingie, et malgré son statut d'Etat indépendant, devenait le lieu de passage des armées étrangères et le centre de conflits majeurs. La ville de Borgloon fut ainsi pillée à de nombreuses reprises. Cette disposition allait ainsi être utilisée par Louis XIV lorsqu'il lui prit l'envie, comme à son habitude, de déclarer cette fois la guerre à la Hollandeen 1672. Les troupes françaises, pour le malheur de ses habitants, traversèrent la Principauté2 et y établirent à cette occasion un cantonnement à Borgloon lors de la bataille de Maastricht en juin 1673. Joannes PARFORI avait à ce moment deux ans.

     On peut imaginer, tout comme ce fut le cas probablement pour les parents de Mengold PARFONDRY, originaires de Huy (voir article : Découverte du lieu de naissance de Mengold PARFONDRY), qui se déplacèrent dans le Hainaut à Forchies-la-Marche, au début du XVIIIème siècle, qu'il en a été de même pour les parents de Joannes PARFORI. Ces derniers ont préféré fuir les pillages et les guerres et se diriger, non pas vers le Sud mais cette fois vers le Nord.

     Sans disposer d'un lien généalogique attesté, on retrouve par la suite la trace d'une lignée de trois générations de PARFORI, installée au milieu des Pays-Bas. On a successivement le couple Charles PARFORI, marié à Janna Josepha HENRIETTE, lesquels assistent en 1830 au mariage de leur fils Charles Joseph PARFORI, né vers 1808 à La Haye, avec Evertjen KARSSEN,  dans la commune d'Hardewijck. Ce dernier couple aura deux enfants, successivement Karel Joseph PARFORI, né le 10/08/1828 à Hardewijck, puis Alijda PARFORI. Née en 1833 à Soerabaya, il est indéniable que l'on a la preuve par cette information que cette famille a une nouvelle fois émigré. Soerabaya est située en Indonésie sur l'île de Java. A partir de 1743, elle devint un important centre portuaire et commercial pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Statut qu'elle continuera à bénéficier jusqu'au moment de son invasion par les japonais lors de la seconde guerre mondiale. Alijda se mariera en 1861 avec un certain Anthonin PAPEGAAIJ dans la commune de Middelburg, ce qui indique qu'elle était entretemps revenue au Pays-Bas. Il n'y aurait plus à ce jour de personnes portant ce nom dans ce pays.

     En conclusion, cette rapide évocation d'une présence potentielle de notre patronyme au nord de son centre d'origine accentue la théorie des déplacements de familles qui se sont opérés dans nos contrées depuis plusieurs siècles. C'est une constance observée qui s'est quelque peu atténuée après la seconde guerre mondiale pendant la période qui est désormais qualifiée des Trente glorieuses. Ce phénomène avait quelque peu été occulté et évacué de nos pensées. Comme simple chiffre explicite, on mentionnera que pendant la période de pouvoir de Napoléon III, on estime qu'entre 40 et 45 000 belges résidaient dans la ville de Paris.

   

1 Guerre de Hollande  qui se termina par le Traité de Nimègue entérinant entr'autre la reprise par la France de quelques places fortes (Cassel, Bailleul, Cambrai, Bavay, Valenciennes,...) et la restitution d'autres (Charleroi, Binche, Courtrai,...) à l'Espagne ;

2 Voir à ce sujet la carte reprise dans Wikipedia : Guerre de Hollande, qui permet de comprendre l'importance stratégique de la position de la Principauté de Liège ;

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  • : Le blog de PARFONRY
  • : Le cadre directeur de ce blog consiste à réunir ce qui peut être transmis sur un patronyme. La présentation de tous ces personnages n'est finalement qu'une manière de transférer un patronyme. Qu'il soit culturel, social ou historique, ce patronyme ne fait que proposer un film dans lequel les séquences sont des instants de vie. L'environnement, le vécu de chacun a probablement plus d'impact sur ce que nous ressentons. Les gênes se diluent plus vite que le lien avec le mode de vie et les rencontres. Cette vision oblige à élargir le champs d'investigation en déviant de l'aspect purement généalogique. La découverte de nouveaux indices motive et assimile parfois cette recherche à une enquête. L'histoire ne peut être racontée de manière linéaire. Chaque élément, chaque personnage a droit à son histoire dans le récit tout en suivant le dénivelé et les courbes imposés par les aléas de l'Histoire et de la vie. Contrairement au patrimoine, un patronyme se voit contraint de s'adapter aux vicissitudes des évolutions sociales et des guerres. Le contenu des quelques 350 articles de ce blog a été rassemblé dans un livre intitulé "La véritable saga des PARFONRY de Neerheylissem - L'histoire d'un toponyme devenu un patronyme ".
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