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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 14:38

     N'étant pas un généalogiste patenté, récitant de mémoire la date de naissance de l'ancêtre à la dixième génération, mon intérêt pour les salles des archives et pour la compulsion de nombreux actes, avant de trouver l'élément pertinent qui permettrait de remplir une nouvelle case de l'arbre, voire de le faire remonter dans un autre siècle, n'a jamais été ma ligne directrice dans l'élaboration de ce travail. Il est vrai que la numérisation a donné un accès plus direct permettant de travailler le plus confortablement assis sur la chaise de Léon1. A un certain moment cependant, l'ordinateur ne suffit plus pour trouver certaines données manquantes. Soit, on se met à croire que la limite de découvertes nouvelles a été atteinte, soit on attend que cela se dévoile en s'appuyant sur un fait extérieur venant en appui.

     C'est ce qui s'est passé récemment pour contrer mon jugement qui s'était quelque peu bloqué sur l'impossibilité de retrouver d'autres données de la présence de Jean PARFONRY, le père du marbrier, à Anvers avant 1828. Persuadé que le bombardement orchestré par les hollandais en 1830, contri de devoir lâcher cette ville stratégique d'Anvers à la nouvelle Belgique, avait anéanti pas mal de documents antérieurs. C'était sans compter sur la sagacité et l'expérience de ma cousine française. Bibliothécaire à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, Agnès PARFONRY en connait un bout dans ce domaine, lui permettant une meilleure concentration. Par son travail, elle a l'habitude de ce fonctionnement interne des données numérisées, de l'usage de ces appareils de lecture de ces bandes de cellophane et des codes chiffrés qui permettent de trouver le lien entre tout ce matériel mis à notre disposition. 

    Profitant de sa venue en Belgique, avec Michel et Françoise, sa grand-tante parisienne, une visite à Anvers, en bordure de l'Escaut, avait été programmée. La même équipe qui avait convergé vers Créteil en décembre 2014 se trouvait de nouveau rassemblée. Pas évident pour nos cousins français de vouloir visiter cette ville. Ce port a une stature internationale de nos jours grâce notamment aux travaux d'élargissement des bassins entrepris par Napoléon. Venant de Bordeaux, la frustration était visible chez ses cousins, de devoir assumer le choix de celui qui, au final, fut l'un des fossoyeurs non seulement de la puissance française mais surtout de la stagnation de leur port en bordure de la Gironde. L'Escaut, étant plus à portée de canons de l'ennemi anglais, justifiait ce choix stratégique et militaire. Mais attachés néanmoins de revenir sur les traces de celui qui est à l'origine de leur lignée, arrivé probablement dans la foulée des travaux entrepris par Napoléon, ils firent bonne figure, allant même à s'émerveiller sur les joyaux esthétiques de la ville. 

      Certes, pour une première visite, Anvers offre d'autres intérêts historiques majeurs que son port. En deux jours, il était inconcevable de passer outre le Musée Plantin-Moretus, chef d'oeuvre d'un atelier d'imprimerie du XVIème siècle, mais aussi l'architecture en fer et verre de la Gare Centrale avec ses trois étages de voies, complétée par la flânerie le long du Meir, la plus importante artère commerçante de Belgique, sans oublier la nouvelle tour en sable rouge du MAS (Museum aan de stroom - Musée au fil de l'eau) et ses dix niveaux d'espace récemment inaugurés, la Cathédrale avec ses Rubens flambant dans leurs toiles rouges, tout en terminant par le tableau floral de la Grand-Place. Sans élaguer la légende du géant Druoon Antigoon, coupant les mains des bateliers récalcitrants, à l'origine de l'étymologie de la transcription flamande Antwerpen. Cette main (hand en flamand) est d'ailleurs bien présente sur les murs extérieurs du MAS, affichant ainsi du lien de la ville entre son fleuve et le monde2.

     Au milieu de tout cela, il était incongru de ne pas prévoir une diversion vers le bâtiment FelixArchief, contenant les archives de la ville d'Anvers, installées au 6ème étage d'un ancien entrepôt entièrement réaménagé. Un grandiose lieu de mémoires, d'espaces, de quiétude qui fait oublier ces endroits vétustes et poussiéreux qui restent ancrés comme un lien intemporel et immobile. Si le futur s'ouvre à une nouvelle société, le passé et ses papiers dépoussiérés ne reste pas au pied de l'escalier. Le sauvetage de notre Histoire et son embellissement est bel et bien devenu une réalité. Anvers qui a été un carrefour de migration a bien compris le besoin d'un tel lieu pour compléter la pérennité de son rayonnement. 

     Qu'il nous est agréable avant tout de remercier le personnel de ce lieu qui, par sa gentillesse, son attention et son aide, nous a permis, à Agnès et moi-même, de dénicher toutes ces nouvelles apostrophes de l'histoire des PARFONRY de Neerheylissem. J'en citerai deux dont j'ai eu la perspicacité de noter le nom : Melinda BOUTARD et Monique MORBE. Sans oublier la petite stagiaire que l'on voit aux côtés d'Agnès3 sur une des photos, et qui nous a permis de débloquer la situation qui semblait à un moment compromise.

    Venir en Belgique quelques deux cent ans après la chute de l'Empire, alors que le gotha du Nord de l' Europe se réunira ce 18 juin à Waterloo, il y avait une coïncidence audacieuse. Qui n'a pas altéré l'ambiance du séjour. Le choc des confrontations entre le Nord et le Sud de l'Europe, entre les Habsbourg et les Bourbon avait disparu, submergé par la relation affective des deux branches, belge et française, retrouvées de notre arbre familial.

   Les visites se succédèrent au fil d'un circuit alliant tourisme, gastronomie4, architecture, culture et retour aux sources. Successivement, le Brabant wallon de l'est5, Bruxelles, Anvers et Gand animeront et intéresseront le petit groupe tout au long de cinq journées placées sous le signe d'une canicule impromptue et non négociée. Pour terminer par le cimetière de la Belle-Motte à Aiseau, le plus important cimetière français de la bataille de la Sambre qui se déroula du 20 au 22 août 1914. A cet endroit, reposent plus de 4000 soldats, témoins non oubliés de l'avant dernier conflit sur le sol européen. Découvrant les stèles des soldats du 49ème RI, Michel y reconnut de suite l'origine landaise de ce régiment6. Ce sont des copains, ajoutait-il en lisant les noms qui y étaient repris. Troublés cependant par les coups de fusil d'un ball trap dont la proximité peut être jugée de mauvais goût.

     La rencontre se termina sous un soleil de canicule. Avec au final, quelques découvertes intéressantes retrouvées au FélixArchief, permettant de renforcer la présence à Anvers autour de Jean PARFONRY. Lesquelles seront développées dans un prochain article.

 

1   voir article : Les 3 dates clefs pour comprendre ;

2 Antwerpen serait formé à partir des deux termes Hand et Werpen, signifiant "Jeter la main (par dessus le fleuve)", qu'on peut extrapoler de nos jours à l'image d'une ville lançant des ponts avec le monde ;

3 Photo dans le prochain article ;

4  Avec entr'autre L'Entrague à Gembloux, le Faucon sur le Bd du Midi à Bruxelles et Het vermoeide model à Anvers, pour ne citer que les trois restaurants les plus appréciés ;

5 Un prochain article relatera de ce périple sur les terres d'origine du Brabant wallon de l'est ;

6 Ce 49ème RI, à la base constitué à partir de la Légion de la Gironde, est instauré en 1815 par Louis XVIII, afin de réorganiser l'armée française après la défaite de Waterloo ;

 

 

Quelques photos du séjour à Anvers
Quelques photos du séjour à Anvers
Quelques photos du séjour à Anvers
Quelques photos du séjour à Anvers
Quelques photos du séjour à Anvers

Quelques photos du séjour à Anvers

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 15:56

     La notion de souvenir peut avoir plusieurs sens. Celui exprimé dans l'article précédent (voir article : Un souvenir pour faire progresser la science) faisait état de la survivance dans la mémoire d'une sensation, d'une impression, d'un évènement passés (Déf. Larousse). Rien de bien matériel par rapport à l'objet qui rappelle la mémoire de quelqu'un. Cet objet peut être par exemple une lettre. Plusieurs exemples de souvenirs détaillés sur la base d'une lettre ont déjà permis de remonter le temps1. Ce sera encore le cas avec cette lettre retrouvée récemment chez Françoise, l'arrière petite-fille du marbrier.

     Ecrite par François-Xavier PARFONRY, sur du papier reprenant son monogramme FXP, déjà présenté précédemment (voir article : Une petite lettre pour une grande plaque), elle est datée du 10 avril 1897, soit à peine 15 mois avant son décès. Il écrit à son beau-père Jean-François LEDOUX, âgé de 93 ans, qui habite dans la villa Les Buttes de Créteil, chez le marbrier qui s'y est installé depuis 18602. Les éléments qui y sont mentionnés nous apportent des indications sur cette période encore peu connue de sa vie. C'est une heureuse découverte permettant de mieux connaître la personnalité de notre marbrier. L'encre ayant perdu de son intensité, il en a été reproduit le texte écrit de sa main.

Lettre de François-Xavier PARFONRY envoyée de Dax le 10 avril 1897Lettre de François-Xavier PARFONRY envoyée de Dax le 10 avril 1897

Lettre de François-Xavier PARFONRY envoyée de Dax le 10 avril 1897

     Monogramme                                                         Dax 10 Avril 97

        de  FXP

      Votre petite lettre du 5 m'a fait grand plaisir mon Bon papa Doux. J'espère que ces quelques lignes vous trouveront en bonne santé ainsi que les habitants de la rue Jouffroy.

      Ici nous avons un temps affreux qui nous confine à la chambre ce qui n'est pas d'une gaieté folle. C'est à peine si on a le coeur de se rendre à l'établissement pour subir son traitement.

     Enfin, il faut se résigner en espérant du temps meilleur. J'en arriverai demain à ma sixième appliquation et après avoir pendant deux jours subi deux douches car j'alternai d'abord 4 jours d'appliquation et 2 jours de douche et ainsi de suite jusqu'à la fin du mois.

     Vos arbres en fruits sont-ils bien ravagés, et espérer vous quelques fruits ?

     J'aspire a être rentré à Créteil et j'espère que j'y trouverai bien installé Paul et sa smala.

      C'est égal on à peine à croire de faire pareil voyage pour trouver le soleil du midi et n'avoir que pluies vents et tempêtes. C'est une vraie déception.

       Je me trouve très bien dans la maison de M. Gallin. Nous avons deux grandes et belles chambres bien meublées et une bonne cuisine pas chère.

      Vous verrez probablement Gabrielle et Paul dimanche. Vous leur ferai mille et mille amitiés de ma part. J'espère que nos chers bébés vont bien. Il me tarde de les revoir.

     Voilà mon cher Papa tout ce que j'ai à vous dire pour le moment. En vous souhaitant une bonne santé, car je porte un toast à à tous les repas.

      Recevez à nouveau mes sentiments affectueux

 

Agathe se rappelle à                                                (Signature )

votre bon souvenir

    Commentaires sur la lettre3

     François-Xavier est à ce moment en cure à Dax dans le Département des Landes. C'est une station thermale qui avait pris de l'essor à la suite de la construction de la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux-Dax-Irun durant le Second Empire. Les vertus des sources thermales de Dax sont réputées soigner les rhumatismes et l'arthrose, des pathologies courantes du grand âge. Rappelons que François-Xavier avait à ce moment 76 ans, ce qui était particulièrement très âgé à l'époque. Selon les informations compulsées, il avait du se dissocier progressivement de ses activités professionnelles de marbrier à partir de 1895. Cette même année 1897, il avait offert des échantillons de marbre d'Algérie et de Corse au Musée des Arts et Métiers (voir article : A Saint-Denis, dans les Réserves des Arts et Métiers - Paris 5), de même qu'une cheminée en marbre au Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet - Paris 2).

     Sur le plan local, il mentionne, à plusieurs reprises, des conditions météorologiques déplorables à cette période (un temps affreux; pluies, vents et tempêtes; c'est une vraie déception). Ce qui est confirmé par les quelques données météo retrouvées. La température moyenne en France en avril 1897 a été de 6.7°, soit bien inférieure à la norme de 8.4°. Les pluies ont également été fréquentes. On renseigne un orage le 1er avril et une pluviométrie de 32 mm à Biarritz, station la plus proche, pour la journée du 8 avril, très certainement la journée dont il fait référence dans sa lettre en la qualifiant de temps affreux qui nous confine à la chambre. Cette même année, il y a eu de la neige à Paris le 6 avril. Et l'allusion, dans sa lettre, aux arbres à fruits ravagés, probablement mentionnés par son correspondant, est sans conteste la résultante de cette froideur à Paris. Manifestement, FXP espérait trouver du meilleur temps. Il y fait à deux reprises une allusion (ce n'est pas d'une gaité folle; c'est une vraie déception). S'ennuyant un peu, il répond d'ailleurs rapidement à la lettre de son beau-père.

    Cet échange de lettres indique qu'ils étaient toujours restés en contact, bien après le décès de Françoise, survenu assez tôt en janvier 1862. Il lui attribue d'ailleurs le petit nom affectueux de mon Bon papa Doux, pouvant rappeler celui utilisé par son épouse défunte pour appeler son père. Il se peut d'ailleurs qu'il s'agit d'un jeu de mots sur leur patronyme LEDOUX. Peut-être a t-il retrouvé aussi chez ce beau-père une affection paternelle qu'il n'avait pas rencontrée lors de son enfance ?

     FXP demande à son beau-père de saluer les habitants de la rue Jouffroy à Paris (17ème Arndt.). Ou y habitent Paul avec sa famille, logé dans un des appartements de cet immeuble, là où encore aujourd'hui demeure Michel, un autre arrière petit-fils du marbrier. Tout celai dénote manifestement d'un attachement indéfectible du gendre à son beau-père. Jean-François LEDOUX, qui décèdera en 18984 comme FXP, est enterré à Créteil dans le caveau familial. Une nouvelle preuve est ainsi apportée. FXP agit en chef de famille et assure à tous ses proches une protection fournissant logement ou travail. Pour rappel, il a donné du travail dans la marbrerie à son frère Alexis et fournit des services à des personnes proches (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés). Son fils Paul, sans autre moyen de subsistances que ses peintures, a pu, quant à lui, bénéficier des maisons de la rue Jouffroy et de l'Avenue de Ceinture pour y résider avec sa famille.

     N'ayant pas choisi pour son séjour à Dax l'un des grands hôtels qui se sont construits à l'époque comme Les Baignots, premier établissement thermal de France par son importance et la qualité de ses services, on en déduit que FXP mène un mode de vie économe. Il reconnait néanmoins être bien installé dans la maison de M. GALLIN (je me trouve bien) et disposer d'une bonne cuisine pas chère. Les origines modestes de son enfance à Anvers expliquent sans doute son choix. Il doit se déplacer pour avoir ses applications de boues thermales et de douches térébenthenées qui étaient à l'époque les potions offertes aux curistes. Peut-on espérer retrouver de nos jours cette maison ou a résidé FXP en 1897 ?

     FXP évoque la présence coutumière de son destinataire à Créteil, à la villa de l'Avenue de Ceinture. Il va voir Paul et sa smala, à savoir Gabrielle, son épouse, et les deux bébés que sont Georges et Jean, nés respectivement en 1894 et 1895. Une autre preuve du lien resté proche. L'utilisation du possessif dans l'expression  nos chers bébés place François-Xavier et son beau-père sur une même ligne de filiation paternelle.

    Au bas de la lettre, apparaît le prénom d'Agathe. Qui d'ailleurs se rappelle au bon souvenir du destinataire. Il s'agit en conséquence d'une connaissance commune. Qui est-elle ? Une employée, une amie, une aimée ....!!. Vu que l'on mentionne la présence de deux grandes et belles chambres dans la maison occupée à Dax, on peut raisonnablement convenir qu'il doit s'agir soit d'une gouvernante, d'une infirmière ou d'une cuisinière. 

    Sur le plan du style de la lettre, même s'il est assez simple, on dénote un vocabulaire assez diversifié et des tournures de phrases variables et très bien équilibrées. Indéniablement, une meilleure connaissance de la langue française que celle de l'horloger Emile PARFONRY (voir article : Une lettre de 1930). Une seule faute d'orthographe est relevée à deux reprises dans l'écriture appliquation, confondant manifestement entre le substantif (application) et le verbe (appliquer). Le plus étonnant est probablement l'usage de l'expression  (un toast à à tous les repas). Il s'agit ni plus ni moins d'un mot wallon (vô = vous)5, utilisé couramment encore de nos jours. Cela confirme indéniablement que les deux personnages entretenaient des liens depuis un certain temps, ce qui avait permis à FXP de faire passer des expressions rapportées de sa Belgique natale. Dernière petite remarque, elle concerne sa signature qui ne comporte plus de tréma sur le y. On a déjà relevé précédemment que FXP avait abandonné cette forme depuis de nombreuses années.

    Cette lettre apporte dans sa teneur quelques éléments d'informations complémentaires sur FXP. Elle nous le fait découvrir pour la première fois dans sa sphère privée, familiale. En premier lieu, le lien étroit maintenu avec son beau-père. Ayant pleuré ensemble une fille et épouse disparue très prématurément, ils sont restés solidaires jusque la fin, en mourrant la même année. FXP a du souffrir de rhumatisme à la fin de sa vie, le contraignant à suivre une cure thermale bien loin de Paris. Il reste néanmoins à l'écart des mondanités de la ville de Dax. Contrairement à la lettre expresse décrite précédemment, le style grammatical de celle-ci démontre d'un assez bon niveau, venant compléter ses connaissances dans le dessin. Ce qui lui aura permis de devenir un capitaine d'industrie efficace pour l'époque. Cette lettre confirme le caractère rassembleur du marbrier, aimant s'entourer. Son exil à Dax affecte cependant son moral, aggravé quelque peu par les mauvaises conditions météos et sa santé délicate. 

1 De nombreux articles de ce blog sont basés sur l'existence d'une ou plusieurs lettres découvertes. En voici quelques-unes classées par ordre chronologique, de la plus ancienne à la plus récente :

a. Un décret de Marie-Thérèse d'Autriche; b. Une lettre écrite par Jean en 1839 ; c. L'échec de François-Xavier en Egypte ; d. Une petite lettre pour une grande plaque; e. Hubert-Narcisse devant le conseil de discipline; f. Une lettre de 1930; g. Lettre de voeux d'Espagne ;

2 La villa de Créteil, Avenue de Ceinture, est occupée de nos jours par des Carmélites ;

3 Les commentaires reprennent les éléments apportés par Agnès PARFONRY (mail du 24 novembre 2014) auxquels j'ai associé certaines données complémentaires ;

4 Jean-François LEDOUX est né en 1804. Il est décédé à l'âge de 94 ans ; 

5 Exemples : Vo nel savi nén ? : Vous ne le savez -pas ? ; Si vo jasé un pô wallon : Si vous parlez un peu wallon ;

 

 

 

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 20:04

     Certaines photos vous donnent l'impression que votre mémoire s'étend au-delà de vos souvenirs. Pour moi, le film de ma mémoire démarre quand j'ai trois ans1.

     La distinction, opérée par Marc LAVOINE, entre la mémoire et le souvenir, a engendré un besoin d'aller vérifier cette constatation. Cette simple phrase de son dernier livre avait réussi à m'interpeller. A une époque où les recherches sur le fonctionnement du cerveau avancent à grands pas, il y avait comme une réflexion fondamentale qui se dégageait de cette phrase. Y avait-il nécessairement besoin d'une photo pour faire revivre des souvenirs ? L'âge de trois ans est - il le point ultime de retour en arrière pour les faire revivre ? Le rappel de certains faits de ma tendre enfance va me permettre d'y apporter des réponses.

     Vivre dans la bourgade rurale de Beauvechain dans les années 50, comptant quelques cinq mille habitants sur 1263 ha, c'était sans doute vivre à la campagne, au calme, dans une ambiance feutrée. La majorité de mon cadre de vivre se limitait à un quadrilatère de rues et de sentiers ne faisant pas plus de trois km de périmètre. La gendarmerie, l'église Saint-Sulpice, le cimetière, l'école communale, la maison communale, le notaire VANGOIDSENHOVEN, le docteur LIESSE, le pharmacien BOSMANS, l'épicerie Chez Juliette, le café VAN DIJK, la librairie La Maison blanche, la coiffeuse Jeanne, la maison de mon ami Jean-Pierre BRIKE, le monument aux morts, le voisinage de la famille POFFE, les vestiges de l'hospice NELIS, les vaches des quelques fermes proches, tout était attenant à ce parcours. Un calme qui n'était dérangé que par les avions de la base aérienne présente sur ce bout de terre. 

    Construite et occupée par les allemands pendant la seconde guerre, la base aérienne de Beauvechain était devenue le siège du 1er Wing de chasse de l'armée de l'air belge, reconstitué à partir des pilotes ayant combattu au sein de la Royal Air Force pendant la guerre. La quiétude du village n'était, à vrai dire, pas vraiment perturbée par ces avions à réaction passant le mur du son. Mais bien plus par les morts de pilotes intervenant lors de séances d'entraînement, voire lors de certaines participations, tel le feuilleton  Les Chevaliers du ciel2. Beaucoup de ces pilotes, qui avaient survécus à la Bataille d'Angleterre, se faisaient ainsi rappeler en temps de paix. Sur fond de Guerre froide et de Guerre de Corée, la base de Beauvechain était devenue un pion important de l'apprentissage au maniement de ces avions. Force d'ailleurs de constater que tous ces pilotes ont du s'adapter à de fréquents changements d'appareils. Du Mosquito au Spitfire, puis au Météor F4 et F8, avant de recevoir successivement le Hawker Hunter, l'Avro CF, le Thunderstreak, le F-10 Starfighter avant de terminer par le F-16, ils devaient assurer en somme les derniers rodages en conditions extrêmes de ces nouveaux modèles. Tâches qui provoqueront un nombre important de dégâts et de pertes humaines. Celles-ci furent si nombreuses qu'il fut finalement attribué le nom d'un de ces pilotes à cette base aérienne. Le Lieutenant-Colonel Charles ROMAN, le chef d'escadrille, un ancien de la RAF3, se tua en vol de nuit sur Météor, ainsi que son navigateur, le 25 novembre 1954.

    Ces accidents d'avion faisaient parties de la vie du village. Cela revenait régulièrement dans les nouvelles. Tous ne tombaient pas nécessairement à proximité. Quant cela arrivait, j'accompagnais la famille. J'ai le souvenir de trois d'entre eux, tous mortels4.

Le premier, probablement le plus ancien souvenir enregistré dans les neurones, est celui du Lieutenant Roger DELELIENNE. Rentrant de mission avec le moteur droit coupé de son Météor F4, il s'écrase sur une maison du hameau de La Bruyère le 15 février 1951. Je n'avais pas encore deux ans (exactement 22 mois et 16 jours) et malgré ce jeune âge, j'ai encore la vision de cette maison totalement détruite de laquelle s'échappait encore de la fumée. Et surtout des quelques cochons rescapés que l'on sortait d'un hangar. Ayant échappé à l'accident d'avion; ils n'eurent probablement pas une seconde chance pour éviter l'abattoir.

Le second fut celui du Sous-Lieutenant Jean Mathi DUCKX. Parti en vrille, après un accrochage en plein ciel, son Météor F4  s'écrase dans un champ à Opvelp, au Nord de Beauvechain. Cela s'est passé le 2 février 1952, peu avant d'atteindre ma troisième année (exactement 34 mois et deux jours). J'ai encore la vision des débris de cet avion et du camion de pompier à proximité de la ferme située dans le hameau de La Misère.

     Ma présence à un si jeune âge sur les lieux de ces deux accidents est à l'envi assez étonnante. Et a chaque fois en plein mois de février. Il est vrai qu'avec toute l'huile de foie de morue que l'on me faisait avaler, j'étais paré pour résister au froid. On m'emmenait comme si on voulait me faire vivre des faits semblables à ceux rencontrés lors de la guerre qui venait à peine de se terminer. Mélangé probablement à de la curiosité, il y avait manifestement un besoin de me faire participer à une ambiance. A chaque fois, le monde se pressait pour aller voir. Il y a du monde sur les photos de mes souvenirs. Et pourquoi finalement n'était-ce pas l'expression d'une soupape qui venait de s'ouvrir, osant finalement aller découvrir librement sans la présence de l'occupant. L'émotion de ces gens du village, qui avaient vécu les derniers moments de la guerre à proximité d'une base pilonnée par les avions anglais, était probablement si forte que je devais partager leurs émois. Il m'en est resté des traces plus de soixante années plus tard. La photo était bien là mais ce n'était pas celle en noir et blanc sur du papier aux bords festonnés. Elle avait bien été imprimée mais dans un de ces neurones de mon subconscient. Et l'émotion ressentie à ce moment avait été si intense que ce n'était pas vers l'âge de 4 à 5 ans que tout cela s'était déroulé comme je l'ai toujours supposé mais bien plus tôt. Une recherche récente plus pointue des dates a ainsi confirmé que ces souvenirs remontent bien avant l'âge de trois ans. La photo n'était pas nécessaire pour venir récupérer de la mémoire. Un pas important sur la connaissance de ce cerveau vient d'être effectué. Une preuve indéniable qu'une émotion intense peut être enregistrée très tôt dans notre hippocampe. La science, j'ose le croire, vient de faire un grand pas !!! Même que, grâce à de fines électrodes envoyant un courant continu de quelques volts, on pourrait me stimuler des micro-secousses permettant d'activer les neurones de mon hippocampe. Et ainsi retrouver d'autres mémoires perdues plus anciennes5

Quant au troisième accident d'avion, il est celui qui m'a affecté le plus directement. Le 27 septembre 1960, le Lieutenant-Colonel Robert REMACLE, rentrant de mission avec les moteurs coupés par manque de carburant, ne survit pas à l'éjection accidentelle du siège éjectable lors de l'atterrissage. J'avais à ce moment onze ans (a cet âge, les mois n'ont plus aucune importance). Et cette fois, le déplacement ne se fera pas sur le lieu du crash mais bien pour assister à l'enterrement de ce pilote dans le village de Piétrain. Sa fille Christine était en effet dans ma classe à l'Athénée de Jodoigne. 

      Elève dans une classe mixte, Christine REMACLE est restée dans mon souvenir comme une fille assez réservée, qui recevait, je ne sais pour quelle raison, le soutien et le réconfort régulièrement de l'institutrice pour la motiver. Comme si un lien existait entre les deux familles. En définitive, une fille beaucoup plus sympathique et plus attirante que les trois filles qui me précédaient dans le classement (voir article :  Emile, l'instituteur, au travers des deux guerres scolaires). Probablement aussi un peu moins concurrente, m'évitant ainsi de rétrograder d'une place supplémentaire. Dans ce cas, indéniablement ce n'est pas le même type d' émotion qui a favorisé la mémorisation de cet instant. La conjonction de plusieurs éléments matériels y ont contribué. En lieu et place d'aller voir l'avion accidenté, je m'étais déplacé pour l'enterrement. La vision de la maison d'habitation, perchée au-dessus d'un talus, m'est également restée ancrée. Sans oublier sans aucun doute, le caractère légèrement énigmatique de Christine. Quelques jours plus tard, je quittai définitivement cette région rurale du Brabant wallon de l'est, emmené dans le déménagement de mes parents pour la région industrielle de la Basse-Sambre. Je ne reverrai plus jamais Christine REMACLE. Dans le mot émotion, ne retrouve t-on pas le mot émoi !!! Dans ce cas particulier, il est à craindre que je ne puisse aider la science.

 

1 Marc LAVOINE : L'homme qui ment, Ed Fayard,2015, 190 pages ;

2 Le 2 septembre 1968, le Capitaine F. JACOBS se tue lors du tournage d'un épisode de cette série française ;

3 Distinguished Flying Cross, Distinguished Service Order, Squadron leader à la RAF ;

4 Les données techniques, les dates et les noms sur ces accidents sont repris du site sur l'histoire du 1 Wing, alimenté par Serge BONFOND  (www.sergebonfond.be) ;

5 Cette idée est adaptée des explications données par Gabriel KEYNE, le docteur faux pianiste jazzy, à Alice SCHÄFER, la capitaine de police atteinte d'Alzheimer, dans le livre Central Park de Guillaume MUSSO ;

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 02:02

      Toutes les familles ont des secrets de famille comme on le dit communément. Toujours abordés, jamais dévoilés, ils finissent par se faire oublier. A moins que ce secret soit si ancré dans les gênes qu'il finit par s'insérer dans la mémoire, la tradition locale, voire dans le drame social. L'un de ses secrets familiaux avait été dévoilé précédemment. Les quelques mots hésitant prononcés de temps à autre par ma mère avaient finalement trouvé leur cohérence (voir article : Des gênes inavoués du côté maternel).

    Tous les secrets ne sont pas nécessairement reliés à une intervention peu scrupuleuse au niveau de l'hélice de nos chromosomes. D'autres vecteurs peuvent intervenir pour damner le pion aux lignes de transmission qui sont axées sur le lien familial. La question des héritages en est un. En voici un exemple.

    Une phrase énoncée de temps à autre par mon père, Georges, m'était restée en mémoire. Elle disait clairement : On aurait dû hériter d'une maison à Bruxelles. D'un tempérament habituel peu loquace, comme la plupart des personnes de sa génération, cette phrase ne devait pas être anodine. Elle a continué à persister dans un coin de cet hippocampe de mon cerveau qui, paraît-il, est incontournable dans le processus de la mémorisation à long terme. L'énoncé de cette phrase apparaissait être le résultat d'une émotion contenue. Sans autres explications, il est devenu manifeste, au fil du temps, qu'elle découlait d'une situation non souhaitée. Que voulait-elle dire précisément ? Que cachait-elle comme secret familial ? Une phrase qui, une fois explicitée, démontrera que derrière le cocasse et l'imprévu se mélangent un timing indéniable d'actes officiels. 

    Au fil des recherches, les indices se sont déroulés progressivement. La mention de la ville de Bruxelles, seule piste crédible, allait permettre de remonter la pente. La seule personne, au niveau des chromosomes familiaux, qui présentait un lien avec cette ville ne pouvait être que l'horloger Emile PARFONRY. Il avait laissé suffisamment de témoignages pour le voir citer comme personne concernée. Et dans la lettre du 22 janvier 1930, adressée à Narcisse PARFONRY, la seule qu'il nous ait laissée, était énoncée avec précision l'adresse de la maison qui avait du être si convoitée par mon père (voir article :  Une lettre de 1930).  Il y était question de deux habitations au Square Marguerite1.

     L'horloger Emile était l'oncle de l'instituteur Emile, mon grand-père. Il était marié mais n'avait pas d'enfant. De ce fait, la phrase de mon père, probablement dictée par son père, prenait tout son sens. Restait toutefois à éclaircir l'usage du conditionnel passé dans la forme verbale. Manifestement, une situation, mal négociée, avait du gripper le beau rouage de l'espérance, voire de la délivrance. 

    Certaines informations collectées de nos jours dans le hameau de Gobertange, lieu de sa retraite, devaient nous servir à éclaircir tout cela (voir article : Jules cherche à Gobertange). La robustesse de l'horloger semblait être un allié non négligeable. Selon la fille du couple de domestiques qui était à son service2, il avait même fait confectionner un costume, conservé dans le coffre d'une banque, destiné pour le jour de l'enterrement de son épouse. Simple détail prouvant manifestement que l'ambiance entre les deux époux ne devait pas ressembler à un climat de confiance. Il était d'autant rassuré notre horloger que par contrat de mariage de la communauté d'acquêts, reçu à Bruxelles le 7 septembre 1885, il y était stipulé une clause attribuant la totalité de la communauté au dernier survivant3

   Tout cela fut manifestement balayé, suite au décès, sans doute inopiné de l'horloger, en date du 19 septembre 1931. Le timing si bien orchestré se mit à se gripper le plus légalement. Par testament du 30 septembre 19313, soit 11 jours après le décès de son mari, Clémentine DEVOS, sans trop d'état d'âme apparemment, laisse Clément, Rosa et Céline DEVOS, trois de ses neveux et nièces comme légataires universels. Anna, Henri et Emile PARFONRY, les trois neveux attitrés de l'horloger perdaient ainsi leurs droits. Un document atteste qu'elle leurs transmet, par un acte de licitation4 aux enchères publiques, la belle propriété de campagne, sise à Gobertange, pour une valeur de 60 000 francs5. Il en aura été de même vraisemblablement pour les propriétés du Square Marguerite à Bruxelles. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées. Georges, en tant que fils unique d'Emile l'instituteur, n'aura jamais droit à son espérance. L'expression du remords, du regret dans le choix du conditionnel passé de la phrase de Georges y trouvait sa juste signification.

    Preuve s'il en est que le décès inopiné de l'horloger aura occasionné une brisure intense qu'aucun élément matériel ou souvenir personnel ne viennent contredire. Aucune des montres à gousset de l'horloger, notamment sa célèbre "Boîte du Roi", ne furent retrouvées dans les effets personnels du grand-père. Clémentine DEVOS ne survivra finalement que dix mois à son époux, décédant le 20 juillet 1932. Suffisamment cependant pour que s'installe un secret familial qui n'engendra nullement de drame social, tout au plus permettant, par cet article, de retrouver sa cohérence après quelques 83 années.

 

 1 Le Square Marguerite, avec le Square Marie-Louise et le Square Ambiorix, tous trois installés en enfilade rectiligne, fait partie du quartier des Squares à Bruxelles. Ils s'inscrivent dans l'extension Est de la ville. Constitué au départ d'une vaste esplanade bordée d'arbres avec un kiosque central, le Square Marguerite était entouré de maisons dont seules douze des habitations originelles subsistent de nos jours, remplacées par des immeubles à appartements de 10 étages. Construit entre 1875 et 1880, il était constitué de bâtisses présentant des styles architecturaux très riches, mélanges de néo-renaissance flamande et d'Art nouveau. 

2 Laquelle habite toujours à proximité de la propriété à Gobertange  ;

3 Selon actes transmis par le propriétaire actuel de la maison de l'horloger à Gobertange ;

4 Licitation : Mise en vente aux enchères, à l'amiable ou en vertu d'un jugement, d'un bien en indivision successorale ;

5 Il est difficile d'apprécier de sa valeur de nos jours suite aux dévalutations importantes (surtout périodes 1925-1930 et 1970-1980) ; sur base des données recueillies, ce chiffre équivaudrait à 32 792 €, ce qui n'est pas révélateur de sa vraie valeur pour 1930 ;

 

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 14:42

    Il a été dit précédemment que toute cette aventure, relatée au travers de ce blog, a démarré peu après le décès de mon père en janvier 2006. La découverte de documents au milieu de ces dizaines de chemises de couleur, reliquat de ce que peut constituer la synthèse apparente d'une vie, en a été le déclic opérationnel. Moins de trois années plus tard, ce blog prenait forme.

      L'émotion et l'insolite se sont mélangés au fil du temps, des rencontres et des découvertes. Ce que l'on sait moins en fait c'est que cela avait été précédé d'une rencontre durant l'hiver 1998/1999 au Sénégal. Une rencontre, qui aurait pu être, si la brise en avait été favorable, le véritable marqueur de cette saga sur ce patronyme.  Cette rencontre aurait du tomber dans l'oubli. C'était sans compter sur ce qui constitue finalement l'armature de cette aventure, à savoir l'opportunité, la curiosité et l'esprit d'à propos. Ce 12 février 2015, lors d'une séance du cycle d'Exploration du Monde, dénommée Les Belges du bout du monde1, je rencontrai, à l'entracte, Adrien JOVENEAU, le présentateur mythique de l'émission éponyme sur La Première, qui réveille les auditeurs chaque dimanche matin depuis 1986.

      Adrien semble bien connaître Aliette PARFONRY. Après l'avoir harponnée parmi tous ces belges du bout du Monde lorsqu'elle travaillait au Sénégal, Aliette est intervenue en direct en septembre 2012 dans son émission du dimanche matin (voir article : La voix d'une Parfonry du bout du monde). De cet échange d'impressions avec Adrien, l'idée m'est venue de développer un article dont la trame s'ébauche précisément autour de cette émission. Et d'en apprendre un peu plus sur cette voyageuse qui ne dépare pas vraiment dans la galerie des portraits des PARFONRY. La séquence débute par une rencontre.

      Nous sommes à ce moment au Sénégal, sur la Petite Côte, un centre touristique de plusieurs hôtels appelé Saly Portudal, situé sur la Côte Atlantique, non loin de M'Bour, à quelques 90 km au sud de Dakar. Deux personnes, aux parcours différents, et portant le même patronyme, vont s'y rencontrer. L'une est belge et la seconde est française. L'une y est arrivée en 1997 de Belgique pour installer et diriger un golf,  Elle se prénomme Aliette et n'a probablement que peu de références sur l'histoire de son nom. Elle sait probablement que son arrière-grand-père Hubert-Narcisse est le frère cadet du militaire dont le nom est repris sur la plaque de la rue principale de la ville de Hotton en Belgique. Cela doit s'arrêter là. L'autre est française. Elle se prénomme Martine et est venue passer des vacances dans ce lieu de villégiature. Elle doit probablement savoir qu'elle est l'arrière-arrière petite-fille du marbrier dont le parcours est l'un des aspects les plus développés dans ce blog. 

    La rencontre se fera sans doute à l'occasion d'une partie de golf, dont est friand Alain JAMIN, le mari de Martine. Le nom inscrit sur la carte du parcours va faire évidemment réagir Aliette. Son nom de famille similaire, si peu fréquent, va l'inciter à prendre contact. Ne trouvant, ni l'une, ni l'autre de points de convergence au niveau de leurs généalogies, l'échange en restera à ce stade. Sauf que Martine en fit part, par la suite, à Jacques, son père, installé en Guadeloupe depuis quelques années. Aliette en fit de même de son côté. Il s'en suivit un échange de courriers durant les mois qui suivirent, espérant  y trouver une filiation généalogique.

      Et précisément, parmi toutes les lettres retrouvées dans une chemise au décès de mon père, se trouvait une photocopie de celle, datée du 23 février 1999, envoyée par Jacques, père de Martine, à Jean, père d'Aliette.

Lettre du 23 février 1999 de Jacques PARFONRY à Jean PARFONRYLettre du 23 février 1999 de Jacques PARFONRY à Jean PARFONRY

Lettre du 23 février 1999 de Jacques PARFONRY à Jean PARFONRY

    De toutes ces lettres, on y apprend notamment qu'un premier contact, entre ce qui deviendront les branches de Neerheylissem et d'Erezée des PARFONRY, avait déjà été opéré plusieurs années auparavant pour des raisons professionnelles. De fait, il existait depuis plusieurs décennies à Bruxelles une entreprise dénommée PARFONRY et LIELENS, spécialisée dans le matériel de robinetterie et de tuyauterie. Crée par Hubert-Narcisse PARFONRY, celui que l'on a déjà mentionné au travers de lettres retrouvées dans les archives du Palais Royal (voir article : Hubert-Narcisse avec le Conseil de discipline) puis plus tard dans la forêt amazonienne (voir articles : Où il est question d'un PARFONRY au Brésil ; Hubert-Narcisse aux prises avec les Indiens), cette entreprise avait fourni du matériel, à la demande de Jean-Pierre, le neveu de Jacques. 

     Au grand regret de Jacques, espérant y trouver la pièce du puzzle qui lui permettrait de retrouver la commune flamande qui est à l'origine de son ancêtre Francois-Xavier, le marbrier d'art, ces lettres n'aboutirent pas à un résultat concret. Pour ma part, les six prénoms de Martine, Aliette, Hubert-Narcisse, Jacques, Jean et Jean-Pierre, tous portés par des PARFONRY, m'étaient, à ce moment, totalement étrangers. Il fallut attendrequelques années pour voir le voile se lever sur l'origine. Chacune de ces personnes prenait progressivement leur place dans cet imbroglio de départ. Et Jacques allait enfin connaître l'explication sur ses origines.

     Aliette continue de nos jours à gamberger en Afrique2. Ses études de marketing et de gestion lui ont permis de prendre la direction d'hôtels, après  avoir prouvé de ses capacités de relance au niveau du golf de Saly au Sénégal. Il s'en suivra la direction du somptueux hôtel Espadon, un quatre étoiles léché par les vagues de l'Atlantique (A. JOVENEAU, 2014) jusqu'en 2007. Gratifiée de cette expérience menée avec succès, on lui propose de relancer, cette fois à Pointe-Noire3, en République du Congo, un ancien hôtel Novotel portant un nom local au prononcé assez bizarre : Mbou Mvou Mvou. Après s'être une nouvelle fois attelée à des travaux gigantesques de rénovation, l'hôtel est désormais aux normes 4 étoiles. Et pour en faciliter la prononciation, il est rebaptisé de nos jours Hôtel Elaïs.

     Aliette fait ainsi partie des quelques 200 belges du bout du monde qui ont été épinglés dans l'un des deux livres publiés par Adrien JOVENEAU, l'un en 2002, l'autre en 2014. La seule par contre qui ait migré vers le Congo Brazza.

     Si vous passez par Pointe-Noire, avec le livre d'Adrien JOVENEAU sous le bras, Aliette vous promet une réduction de 10% sur la chambre4. Par contre, vu la spécificité de la destination, l'achat d'un cadeau BONGO pour un proche n'est pas encore retenu. Adrien s'est souvenu tout de suite d'Aliette qu'il m'a qualifiée de très sympathique. Comme tous les belges rencontrés dans cette émission du bout du monde, elle ne se départit pas de ce côté bonhomme, la marque de fabrique du Belge qui ne se prend pas (trop) au sérieux5. N'ayant pas eu le temps de lui expliquer, dans la cohue des dédicaces organisées lors de l'entracte de la séance d'Exploration du Monde, par quel cheminement j'étais entré en contact avec Aliette, il l'a bien gentiment qualifiée de petite-cousine.  En voilà un qui s'écarte encore plus que moi du cadre rigide qui relève de la généalogie. Mais bon, s'il faut remonter à l'un des chevaliers de PARFONDRY du Moyen-âge pour attester de ce lien, autant utiliser cela comme une trace et non comme une preuve afin de mieux rêver !!

 

1  Les Belges du bout du monde : Emission radio, créée en 1988 par Adrien JOVENEAU ;

Les données ci-dessous sont en grande partie reprises du livre : JOVENEAU Adrien, THIEBAUT Frédérique (2014) : Les Belges du bout du monde, Editions Racine, Bruxelles, 223 pages ;

3 Pointe-Noire est la capitale économique de la République du Congo (capitale Brazzaville) du fait des activités de plusieurs compagnies pétrolières ;

4 On demandera à Aliette si elle fait la même réduction pour les lecteurs de ce blog ;

5 Extrait du post face du livre "Les Belges du bout du monde ,éd. 2014 ";

 

Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU
Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU
Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU

Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 08:34

     Précédemment, il avait été rassemblé les quelques phrases de soutien émises par l'un ou l'autre des personnes concernées directement par les thématiques abordées dans ce blog (voir articles : Des Commentaires bienveillants 1ère et 2ème partie). S'y retrouvaient de la sorte tous ceux et toutes celles qui avaient un lien avec le patronyme porté et désormais supporté avec fierté.

    Conscient que ce genre de support et d'appui, qui étaient formulés au travers des commentaires et des mails,  ne se limitaient pas exclusivement à ce groupe cible, j'ai veillé à extraire l'essence des propos transmis par tous ceux qui avaient transmis leurs émotions. Ce qui suit en est une ultime synthèse de ces attentions, étalées entre 2009 et 2015. Une délicatesse que je vous fais partager. 

    Le premier à s'être manifesté fut Jean DELANDE(+), le responsable du Club de recherches historiques et généalogiques (CRHG) de Neerheylissem. L'ayant rencontré personnellement le 14 décembre 2009, il me fit savoir en réponse, ayant pris connaissance du document provisoire élaboré après déjà près de quatre années de recherche, que ce travail au sujet des PARFONRY est très riche de renseignements. Le fait de pouvoir accumuler autant d'informations sur une famille est assez peu fréquent. Occupant le plus souvent des tâches de journalier, les preuves de leurs présences restaient indécelables et obscures. Cet appui se concrétisa par la reprise de certaines parties dans la revue éditée par le CRHG.

    Au fur et à mesure de la publication d'articles sur le blog, une attention multiple fut constatée.

     Charles MALHERBE, le responsable de GENEAGESVES, manifesta aussitôt de son intérêt en écrivant : Vous bénéficiez d'une grande expérience qui peut être profitable à tous. Un peu plus tard, Marc BRAIBANT, un collaborateur de GENEANET, m'envoya ce mot : Félicitations, je suis admiratif ! C'est vraiment un excellent travail de fond sur votre patronyme que vous avez entrepris. Une autre, Marcelle GRAINDORGE, adepte du même site, y alla du même ton : Bravo pour votre site. C'est génial.

     Et Gabrielle ROUSSEL, mon amie bretonne du Maroc, y alla du même entrain, en affirmant au moment de son affiliation à la newsletter du blog : Ceci dit, c'est un travail impressionnant, tu vas peut-être te découvrir une ascendance quasi royale. Tout comme mon voisin Pierre HENIN, qui y allait d'une logorrhée de son cru : Encore, encore ! Cela commence à devenir intéressant, même très intéressant. Au plaisir de vous lire ! Mais aussi Jacques LARUELLE, un ancien collègue de travail de l'époque de la rue des Petits Carmes à Bruxelles, que j'avais aguiché à aller visionner, et qui mentionnait Ton blog est des plus intéressants. J'ai tout de suite reconnu ta plume toujours aussi bien affutée.

     Ensuite, Maurice DUPREZ, du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil, qui longtemps intrigué par l'architecture de la villa de Créteil, y trouva la réponse dans le blog en le qualifiant d' intéressant et fouillé. Tout comme Hélène RICHARD  qui après la découverte de la tombe des LOGE à Barbizon (voir article : La tombe de Mary-Cécile Loge est découverte), et Annick COURBE, Conservatrice du cimetière de Créteil (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés), s'activèrent à transmettre le maximum de renseignements, ayant pris probablement conscience de l'originalité de la démarche.

     Par la suite, Robert SERVOTTE, un ami d'adolescence de la période du secondaire à l'Athénée de Tamines, se disait convaincu que mon hobby était fort apprécié par les lecteurs. Continuant de voyager, le blog se mit ainsi à traverser les continents. Une jeune agronome marocaine, Ftaima ELAMRAOUI, après avoir lu un article dans lequel il était fait référence à son pays, m'encouragea en me souhaitant une bonne continuation dans mes recherches et mon travail tout en ajoutant à mon attention que c'était un honneur de vous connaître. Plus éloigné, de l'autre côté de l'Atlantique, Carol POULIN, restaurateur d'objets d'arts, vivant au Québec, me félicitait pour l'immense travail sur la recherche des origines de votre ancêtre Parfonry (voir article : Ferdinand réapparaît à deux reprises). En y ajoutant des années de plaisir comme on dit ici, pour souligner tout le travail accompli.

     Et Isabelle WAYS, auprès de qui j'avais pu récupérer une montre de l'horloger PARFONRY (voir article : Le parcours d'une petite montre en or), se disait très touchée en me félicitant vivement pour mes recherches tout en trouvant le texte tout à fait passionnant et sincère, comme vous même, en fait ! Mais aussi Guy FOUCART, élève chez mon grand-père à l'école communale de Beauvechain à la fin des années 40, qui pour marquer simplement de son intérêt, le résuma de la façon la plus explicite comme étant un très bon blog.

     Plus récemment, Marielle FREUDENTHAL, ma collègue des années remontant à l'époque des interviews des JPO1, y trouve, suite au lien transféré sur mon mur Facebook, un excellent moyen d'attirer la curiosité pour aller lire le blog. De son côté, faisant remonter sa fibre de linguiste, Fernand HESSEL, un autre ancien de cette AGCD2 de mes débuts, y relate une recherche fondée, méritoire et couronnée de succès, intéressante pour ceux qui n'appartiennent pas à la lignée. Quant à Quentin DEBRAY, récent propriétaire à la recherche de l'histoire de la maison occupée tout un temps par l'horloger, il se laisse prendre au jeu de l'aventure en me disant Vous m'avez lancé, je poursuivrai !! Au final, très récemment, Paule MARCHAL, rencontrée au côté de Daniel en différents endroits de mon parcours africain, et intéressée à son tour pour aller visionner ce travail, ne put s'empêcher d'en être convaincue : C'est super tes recherches sur ta famille ! Bravo, cela doit être une passion.

    Soit au final une vingtaine de personnes, parmi toutes celles qui suivent les péripéties de cette saga, qui affichent de leurs intérêts pour ce genre inhabituel de démarche au sein de la science parfois assez rigide de la généalogie. Nombre peut être assez restreint mais qui, par leurs régularités, représente la partie émergeante des quelques 34 000 visites comptabilisées et 60 000 pages lues à ce jour. Et qui viennent s'ajouter à ceux et celles qui appartiennent à la première liste directement concernée par le patronyme et le toponyme.  Avec le résultat secondaire de faire apparaître d'anciens individus ayant, à un moment ou à un autre, côtoyé l'un des instants de cette saga. Mais aussi quelques autres qui généralement, par simple réaction de curiosité, ont tenu à apporter leurs réponses à des épisodes encore opaques pour la compréhension de certains faits. 

   Manifestement le poor lonesome cowboy du démarrage a largué les amarres de son ilôt familial pour intensifier les rencontres et les partages. Il ne lui reste plus qu'à choisir le moment de son abordage (et pas celui de son sabordage, mille sabords) !!!

1 JPO : Junior Professionnal Officer, Programme des Nations-Unies destiné à former de jeunes diplomés aux institutions internationales ;

2 AGCD : Administration Générale de la Coopération au Développement : Ancien organisme d'Etat ayant en charge le financement, l'organisation et la supervision des aides de la Belgique à l'égard des PVD ;

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 12:45

     Attesté par un acte de décès du 28 ventose an 8 de la République française (19 mars 1800), dans lequel Jean PARFONRY, le Maître-charron, est cité comme témoin, la rue des Charrons à Neerheylissem a été indéniablement le lieu d'habitation de notre lignée. Depuis plus de 200 ans, sept générations s'y sont succédées pour y être encore habitée de nos jours.

        Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas dans la maison actuelle que Jean PARFONRY (1762-1803)  a du vivre. N'étant pas encore représentée sur les cartes de l'Atlas FERRARIS, elle a donc été construite après 1775. Cette maison a appartenu au départ à la famille LALMAND. Sur le recensement de 1840, elle porte le numéro 11 et est occupée par cette famille. C'est l'une des 236 maisons recensées dans le village. C'est en fait Henri PARFONRY (1826-1885), le petit-fils du charron qui, en se mariant en 1851 avec Julienne LALMAND (1824-1855), s'y installera et en héritera au décès de son épouse en 1855.

    L'ancienneté de la rue des Charrons est attestée. Avec la rue du Pont de Crimont1 et la rue des Juifs, elles forment le quadrilatère principal du village2, comprenant l'église romane, le château de Flône. La rue de Crimont était l'une des plus importantes car située sur le tronçon reliant les villes de Hannut et de Tirlemont3. Quant à la rue des Juifs, longeant la rivière La Gette, son existence remonte assez loin dans le temps. Son nom est cité en 1456 sous la forme Joedestrate. Elle doit probablement être liée au fait que cette rivière constituait la première barrière naturelle entre la Principauté de Liège et le Duché de Brabant au XVème siècle. On peut supposer qu'il y ait un rapport avec les transactions en argent qui s'opéraient en passant d'un pays à l'autre.

     Quant à la rue des Charrons, avant de s'appeler de la sorte, elle porta d'autres noms. Elle est dénommée à une époque Raymakerstraat, en lien direct avec la famille Raymackers dont la ferme, située rue des Houilles, construite en tuffeau de Linsmeau4, est une des plus anciennes du village existant de nos jours. Elle apparaît à l'emplacement du vieux moulin mentionné dans les textes anciens (Hof van der Nedermolen en 1407). L'écriture flamande, comme encore certaines rues et lieux de Neerheylissem de nos jours5, est un témoignage de l'origine linguistique de ce village6. Le dialecte tirlemontois avec cet accent spécifique que parlait ma grand-mère, a du être le langage usuel avant le changement et la francisation de ses habitants.

      Le second nom attesté de cette rue est en soi déjà plus caractéristique d'une autre évolution. Il s'agit de la rue des Charliers. Apparue vers 1725, soit pendant la période autrichienne, cette dénomoination fait référence à l'un des 32 métiers qui furent reconnus en Principauté de Liège, dès le  XIVème siècle7. Les Charliers regroupaient les charrons mais aussi les ébénistes, les futailliers8 et quelques autres de moindre importance9. La reconnaissance de ces métiers est le résultat de la lutte menée contre le pouvoir féodal des nobles et du prince-évêque de Liège. Ces 32 métiers ont pu ainsi élire de manière démocratique les deux bourgmestres de la ville de Liège, même s'ils se verront progressivement investis en plus grand nombre par la noblesse par rapport aux artisans.  Pour ne citer qu'un exemple, en 1652, la fille de la famille de FONTIGNY, occupant le château de Neerheylissem, se maria avec Ferdinand de BEECKMAN, bourgmestre de Liège en 1654. Outre l'influence renaissante de la particule, la proximité entre Neerheylissem et la Principauté de Liège favorisait certains liens, particulièrement pendant la période autrichienne. 

      Mais cette réminescence de l'Ancien régime a du déplaire aux nouveaux occupants. Il est donc probable que c'est au moment de l'annexion française que la rue prit définitivement son nom actuel. Ayant déjà abrogé l'organisation et les structures de ces métiers, découlant de l'Ancien régime,  ils se devaient également de supprimer l'usage dans le quotidien. Ce qui a été manifestement le prétexte du changement de nom. D'autant que se développait de manière évidente le métier de charron, supplantant les autres formes d'artisanat que rassemblait initialement cette chambre des Charliers. 

     Si ce métier de charron était exercé par plusieurs personnes dans le village, le recensement de 1840, en mentionne la présence de plusieurs dans cette rue. Il est probable que la plus ancienne forge y ait été localisée. Située au croisement de la rue des Charrons et de la ruelle St-Martin, cette forge a appartenu à Nicolas LAMPROYE (1817-1894), nouvel arrivant vers 1835 en provenance du village de Moxhe10. D'autres charrons ont du par conséquent y exercer avant son installation. C'est apparemment la seule forge de la rue ayant pu servir à Jean PARFONRY lorsqu'il y apparait, comme Maître-charron, dans cet acte en 180011.

    N'omettons pas également de relever que ce Nicolas LAMPROYE12, tout comme Henri PARFONRY, le petit-fils de Jean, épouseront deux soeurs de la famille LALMAND13, un autre charron important du village, habitant non loin dans la rue Beekborne. Le métier des charrons devait être, en ces temps là, un milieu de la noblesse de l'outil, sans particule,  au sein duquel on s'efforçait de favoriser les rencontres.

 

1 Appelée désormais rue de Flône ;

2 La longueur et la sinuosité de la rue des Charrons expliquent qu'elle occupe deux côtés de ce quadrilétère ;

3 Comme d'autres éléments de cet article, cette information est extraite du document de Jean DELANDE(1999) : Neerheylissem en 1796 et 1840. Ses maisons , ses rues, ses habitants, 75 pages, ronéo ;

4 Tuffeau de Linsmeau : pierre tendre utilisée pour la construction de plusieurs édifices dans la localité (église, chapelle,....) ;

5  Tels que rue d'Ardevoor, rue Beekborne, chemin de la Pistraat, Elsenbosch, Meysenboom, Misbempd, .... ;

6 Lors de la réforme des communes en 1977, la forme francisée Hélécine a été choisie pour dénommer la nouvelle entité, regroupant Neerheylissem, Opheylissem, Linsmeau (Prov. du Brabant wallon) ;

7 Lien ci-dessous pour voir la liste des 32 métiers ;

8 Futaillier : synonyme de tonnelier ;

9 voir site :  http://www.chokier.com/FILES/INSTITUTIONS/BonsMetiers.html#anchor2 ;

10 Moxhe : village le long de la Méhaigne, affluent en rive gauche de la Meuse, incorporé à la ville de Hannut depuis 1977 ;

11 La forge et la maison ont été démolies vers 1950 ;

12 En premier mariage, il avait épousé en 1837 Julienne DUCHAINE, une fille d'un maréchal ferrand dont la famille résidait dans cette rue des Charrons (n° 26 du recensement de 1840) depuis 1732 ;

13 Jean DELANDE (1991) : Généalogie des LALMAND de 1687 à 1991, 131 pages, ronéo ;

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 15:21

   Pour terminer la relation de cette seconde expédition1, effectuée sur les traces de François-Xavier PARFONRY à Créteil, ses membres ont rendez-vous avec deux des plus éminents historiens de la ville. Ils auront le plaisir de profiter de la disponibilité, des explications et de l'expérience de ces personnes pour visiter plusieurs endroits historiques de la localité. 

   Après un bon repas, offert par Françoise au Café de la Mairie, où la gourmandise de certains pour les desserts fut particulièrement remarquée, l'heure du rendez-vous se précise. Nos interlocuteurs cristoliens nous attendent, en face, à la Maison du Combattant, Place Henri DUNANT. Ancienne Mairie jusqu'en 1965, ce lieu est désormais le centre des associations actives dans la valorisation du patrimoine de la ville de Créteil. Jean-Marie LEMMEL et Claude LELAURIN, deux de ces animateurs bénévoles, et, comme nous le découvrirons progressivement, artisans touche à tout, nous y reçoivent avec le sourire de ceux qui veulent transmettre leurs connaissances. 

     Cette Maison du Combattant offre un lien important avec notre propre histoire. Paul PARFONRY, le fils du marbrier, du temps où le bâtiment faisait fonction de Mairie, y avait offert un mécanisme d'horlogerie. Un premier article, faisant suite à une visite d'Agnès et de Françoise en 2010, avait déjà mentionné la présence de cette horloge dont l'existence n'est plus avérée de nos jours (voir article : Une horloge à Créteil). Nos deux intrépides exploratrices, qui peuvent se prévaloir d'avoir suivi la formation donnant accès au label " Guide officiel P Y ",  s'étaient promises d'y revenir. 

   Ancien horloger lui-même, Jean-Claude LEMMEL ne se pria pas pour nous expliquer le mécanisme de fonctionnement de l'ancienne horloge de l'église de Créteil qui a retrouvé une nouvelle jeunesse dans le hall d'entrée de cette Maison du Combattant. Navré cependant de ne pas pouvoir nous expliquer ce qu'il est advenu de l'autre horloge, celle offerte en don par Paul. Sa disparition résulte de la suppression du fronton sur rue2 en 1965, dans lequel elle était incorporée, pour permettre la construction d'une avancée vitrée.

   Pour rappel, ce don avait été effectué en 1903. Le mécanisme avait été complété d'un cadran, aiguilles et minuterie fournis par la Maison Henry ROY, horloger mécanicien. Une lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY, adressée au Maire de Créteil, nous renseigne que les pièces du mécanisme ont été stockées au 62 rue Saint Sabin à Paris, à savoir dans les ateliers de la marbrerie qui avait été reprise par les frères HUVE après le décès du marbrier en 1898. L'année 1903 coïncidant avec la période de prospérité de l'horloger Emile PARFONRY, installé à Bruxelles, on peut y percevoir  peut être l'origine de l'horloge !!! Cette horloge fut remontée et entretenue par la Maison PORRET, horloger à Créteil3.

               Lettre de Paul PARFONRY au Maire de Créteil, datée du 6 mai 1903

Monsieur le Maire

Les pièces composant l'horloge que la mairie me fait le très grand plaisir d'accepter sont à votre disposition 62 rue St Sabin.

Le messager qui viendra en prendre livraison fera bien de se munir de caisse ou de papiers nécessaires à l'emballage des dites pièces.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes sentiments les meilleurs et bien dévoués.

                                                    (Signé) Paul Parfonry            

     Pour la première fois, on y découvre l'écriture et le style de Paul. Lisible, précise et assez classique, elle indique d'un bon niveau d'éducation scolaire, probablement meilleur que celui de son père. L'écriture du P est sans aucun doute la forme la plus originale. Une seule faute est observée avec l'usage du mot caisse que l'on verrait mieux au pluriel. Le plus intéressant se retrouve dans sa signature. Confirmant ce qui avait déjà été constaté au niveau de l'évolution de la signature de ses peintures, Paul utilise de nouveau les trémas dans l'écriture du y, revenant à l'usage ancien qui avait été observé chez son père François-Xavier et dans les premières années de son art.

1 Pour rappel, la première expédition s'était déroulée dans les rues de Paris en août 2013; son parcours est relaté au travers des 6 articles qui la font découvrir (voir Paris 1 à 6) ;

2 Les puristes utiliseront le terme "Chien assis" ;

3 A la réflexion, la seule piste pour découvrir ce qu'il est advenu de cette horloge doit être dans la recherche des descendants de cette entreprise d'horlogerie PORRET ;

Lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY au Maire de Créteil

Lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY au Maire de Créteil

A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY
A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY

A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY

   La visite se poursuivit par l'ancienne salle des mariages, décorée de quatre toiles d'Eugène SIMAS (1862-1939), représentant des paysages bucoliques de Créteil. Le second intérêt de cette pièce résulte dans la présence de la plaque reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville. Et parmi ceux-ci, on y retrouve le marbrier François-Xavier PARFONRY, le père de Paul. La présence de cette plaque a déjà été développée précédemment (voir article : Une petite lettre pour une grande plaque). Mais pour la première fois, tout comme la cheminée au Musée Carnavalet, la fontaine de la Place François 1er, le double escalier de la gare Saint Lazare, le marbre de la porte d'entrée de la rue St-Sabin, les échantillons de marbre dans les Réserves des Arts et Métiers, la face incurvée en marbre avec l'inscription P Y de l'Avenue de Ceinture, etc.... cette plaque apparaissait sous les yeux de PARFONRY encore une fois émerveillés par la séquence des traces accumulées. Parmi la liste des bienfaiteurs qui y sont énumérés, on retrouvent ceux de BORD, de BOULENGER et de GAIDELIN dont nous avions aperçu précédemment la chapelle funéraire       (voir article : En pierre de lave de Volvic - Créteil 3).

La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail
La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail

La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail

     Ne ménageant ni de leurs temps ni de leurs explications, nos deux guides du jour nous firent encore découvrir deux autres bâtisses historiques. En premier Le Colombier, dernier vestige de l'ancienne ferme seigneuriale qui ne dût sa survie qu'aux efforts déployés par les défenseurs du patrimoine de Créteil. Pour le sauver, l'ensemble du bâtiment fut déplacé de 45 m, d'une seule masse, en 1972 laissant la place à de nouveaux lotissements. Majestueux et harmonieux par ses dimensions, ce colombier pouvait contenir à l'origine 1500 couples de pigeons. Le parcours se termina par la visite des orgues de l'église Saint-Christophe, où les explications techniques alternèrent avec des airs improvisés, joués par Claude LELAURIN (voir site : http://www.orguesaintchristophecreteil.org/orgue.html ). 

   Dans le soir tombant, l'harmonie des notes sortant de ces embouts annonçait la fin de notre parcours dans les rues de Créteil. Toutes ses portes de l'histoire, de l'art qui nous furent si aimablement ouvertes, nous faisant en quelque sorte regretter la vision austère et peu académique du parloir du Carmel. Cette nouvelle expédition fut malgré tout une belle réussite, très largement ouverte à différents aspects du patrimoine, tant familial qu'historique. Tant de choses découvertes en une seule journée, racontées au  travers de quatre articles (voir articles : Créteil 1 à 4).

     On terminera par une requêtte formulée à la ville de Créteil et aux amis qui défendent son patrimoine. Si François-Xavier PARFONRY apparait dans la liste des bienfaiteurs, sur une plaque un peu oubliée, dans la pénombre de l'ancienne salle des mariages, et si Paul reste un simple donateur obscur, une plus grande reconnaissance est à espérer. Tous deux ne sont pas mentionnés dans la liste des personnalités recensées de Créteil (not : site Wikipedia Créteil). Oubli pour Paul, celui qui a exposé de nombreuses années au Salon des Artistes et qui a honoré le fronton de la Mairie d'une horloge. Et omission tout à fait injustifiée pour François-Xavier, Chevalier de la Légion d'honneur, l'un des marbriers les plus appréciés de sa génération et dont le parcours, retracé au travers de nombreux articles de ce blog, justifie amplement une place plus apparente. Leurs deux prénoms ne dépareraient pas à côté du guitariste des Chaussettes Noires ou de l'acteur de second rôle de la série Les cinq dernières minutes. Au même titre que les BORD, GAIDELIN, BOULENGER et autres, leurs inscriptions dans la liste des personnalités de Créteil doivent s'avérer être désormais une priorité

    Et on finalisera cette rétrospective de la visite à Créteil par la gentille lettre de remerciement envoyée par la Mère prieure du Carmel à Françoise, faisant suite à notre entrevue tronquée derrière le parloir de sa communauté (voir article : Le Carmel conserve tous ses mystères - Créteil 2)

Peut-on espérer une meilleure opportunité à l'avenir pour assouvir notre souhait de visiter ce lieu ? Au même titre que celle qui nous a été donnée récemment de visiter la belle maison occupée par l'horloger Emile PARFONRY, à sa retraite, dans le hameau de Gobertange en Belgique. Les voies du Seigneur sont impénétrables, dit-on. Il paraît que ce n'est pas du tout du fatalisme, tel qu'on l'interprète le plus souvent. Il doit bien voir alors que la patience des hommes n'est pas aussi large que la sagesse divine !!!

Lettre de remerciement de la Mère prieure du Carmel Sainte-Thérèse

Lettre de remerciement de la Mère prieure du Carmel Sainte-Thérèse

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 17:45

    Un inventaire effectué précédemment (voir article : Ou il est question de lieux-dits) avait répertorié la liste des lieux portant notre patronyme. Assez exhaustif, sans être certain d'être complet, il abordait également la similitude que l'on pouvait y voir avec le toponyme se référant à la géographie du "val " .  

     Les approches successives, documentées principalement par des visites de certains de ces lieux-dits, vont nous faire comprendre progressivement que le rapprochement entre les deux termes n'autorise pas d'en faire un lien. La formation étymologique des Parfondval n'est en rien semblable à celle des Parfondry.  Il en est de même pour leur diversité dans la diffusion du patronyme et dans leur esprit de créativité. 

    Pour l'attester, nous nous basons sur un simple listing des endroits ayant préféré se caractériser par l'adjonction du suffixe val.

    Au niveau des villages, Parfondeval est recensé à cinq reprises en France :

-  dans l'Aisnes (02360), comme étant l'un des plus beaux villages de France; un château de Parfondeval y a existé, rasé en 1802 ;

- dans l'Orne (61400), dans le Parc naturel régional du Perche ;

- en tant que hameau de la commune de Londinières (76660) en Seine maritime

- en tant que hameau de la commune de Laboissière-en-Thelle (60570) dans l'Oise  ;

- en tant que hameau de la commune de Montreuil-sur-Thérain (60134) dans l'Oise ;

    Seule extension extraterritoriale avérée, un certain BOUCHER, un habitant de cette commune de l'Orne, a migré au Canada pour y fonder la ville de Boucherville (Prov. du Québec). Et pour rester dans la postérité, une rue de Parfondeval existe à cet endroit. 

      Au niveau des sites, une valleusec.à d. une dépression de terrain donnant un accès à la mer, est dénommée Parfondval, près de Criel-sur-Mer (76910), entre Dieppe et Le Tréport, en Seine - Maritime. Elle est considérée comme le plus charmant endroit pour apprécier les magnifiques falaises de la Côte d'Albâtre. Un château de Parfondeval a existé non loin à Londinières (76660) dans lequel y a habité un seigneur de Banastre de Parfondeval. Le domaine est toujours visible de nos jours. A l'autre extrémité, une gorge Parfondval, ayant servi pour alimenter l'aqueduc romain approvisionnant la ville de Metz, est localisée dans la commune de Gorze (57680) en Moselle.

     Pour la Belgique, une seule mention est citée au niveau des cartes avec le hameau de Parfonvaux dans la commune de Blégny (4671), près de Liège, auquel est adjoint une rue du même nom.

     Quant au patronyme, il semble que ce nom se soit limité au département de l'Aisnes. Les dernières lignées, recensées dans les arbres généalogiques, le situe dans les communes voisines de Montignies-sur-Crécy et de Monceau-le-Neuf-et-Faucouzy (02270). La dernière personne Marie-Catherine PARFONDEVAL, née en 1756, y est décédée en 1829. Ce qui pourrait indiquer qu'une origine belge de ce patronyme n'est en rien affirmée. Il ne serait plus présent de nos jours, ni en Belgique, ni en France.

    Sur le plan des médailles, le bilan est apparemment tout aussi faible. Pas de Légion d'honneur, ni de médaille de l'ordre de Léopold attribuées alors que chacune des composantes de notre patronyme, que ce soit Parfonry, Parfondry, Parfouru et même de Parfourru et Bordes-Parfondry, en ont été bénéficiaires.

      En définitive, pas de quoi pavoiser pour se comparer à notre patronyme. Manifestement, le nom n'a pas essaimé, se contentant de quelques endroits, restant probablement à l'abri au fond de sa vallée. Pour le dire de manière plus humoristique, un Parfondval est beaucoup plus casanier qu'un Parfondry.

     Par contre, si on relie les différents lieux-dits Parfondeval entre eux, on constate qu'ils suivent le même chemin que celui obtenu pour notre patronyme, comme s'ils avaient évolués au même rythme que ces vikings arrivés en Normandie avant de venir créer la pagaille à Laon et à Liège à la fin du IXème siècle. Il est attesté que certains se sont installés aussi bien dans la région de Laon que dans les environs de Liège (not. Montaigu), en échange d'une conversion au christianisme.

    Ce qui est nouveau dans l'analyse de toutes ces données, c'est que ce terme de Parfondval (toponyme et patronyme) serait plus volontiers originaire de France et non de Belgique. Et donc, dans ce cas, pourrait remonter à une période plus ancienne que la fin du Moyen-âge, période où le toponyme de Parfondry nous est apparu dans les textes dans la région de  Liège en Belgique. La plus ancienne mention de Parfondeval remonte à l'année 11641.

       L'autre hypothèse, déjà envisagée, et pour laquelle nous avons une préférence, ferait remonter ces toponymes à la période romaine, sauf probablement celui de Parfouru, un peu différent suite à une influence plus que probable d'un parler local. 

      Parfondeval serait simplement la contraction de Fundus et vallum, prise ici dans le sens premier de vallée profonde, tandis que Parfondry (de Fundus et rivus) ne se limiterait pas simplement à caractériser un lieu descendant vers une rivière. Il aurait, dans certaines situations, une connotation plus spécifique, liée à un usage économique. L'emploi de Fundus et rivus voulant signifier dans ce cas une terre produisant des ressources dans une partie basse humide. Le préfixe Par serait, quant à lui, relié à Parricus, signifiant Terrain défriché souvent enclos2

    Sauf intervention d'un expert attitré en matière d'étymologie et de dialectologie, on s'en tiendra, une fois pour toute, à ces explications pour apprécier  des origines de ces toponymes. Toutefois, l'homogénéité des lieux, par rapport à cette progression des vikings, est suffisamment interpellante pour qu'on prenne  conscience qu'il doit bien exister une explication. La nature calcaire des sols des régions traversées par ces lignes (Pays de Cau, Nord du Bassin parisien, Champagne, Calestienne) pourrait être un début d'une autre interprétation. Il ne faut pas croire au hasard qui n'est en fait que le résultat de la concordance de rencontres antérieures (voir article : Il était une fois la canne à sucre). Notre seuil d'incompétence ne pourra cependant trouver de réponses scientifiques sur ce point.

 

1  Attestation de propriété de la grange de Parfondeval à l'abbaye de Froidmont, située dans l'Oise (bulle du pape Alexandre III) ;

2 Ce paragraphe se positionne sur base d'interprétations toutes personnelles ; il n'est en rien basé sur une littérature existante, not. les livres d' A. Carnoy, de J. Germain et J. Herbillon, et celui de J.J. Jespers, qui n'apportent aucun élément appréciable d'explication, restant assez vague sur le sujet ;

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 09:54

    Quoi de plus représentatif du passé qu'une pierre tombale, qu'un caveau, qu'un monument funéraire, qu'un simple monticule de terre surmonté d'une croix annotée ou non. Un lieu où l'on retrouve ses morts pour nous rappeler que nous avons vécu en ce lieu, que nous avons une histoire, que nous poursuivons une lignée. En soi une preuve matérielle de cette mémoire qui est loin de nous reposer, de nous faire rêver. On est vivant quand on se promène dans un cimetière. Le réel, le souvenir proche l'emporte sur la mémoire qui a flanché depuis pas mal de temps. 

    C'est ce réel, ce souvenir proche qui sera le nouvel objectif de l'équipe, une fois évacuées les sentations de découvertes mais aussi d'insatisfaction de la visite du Carmel de l'Avenue de Ceinture à Créteil (voir articles : Un ultime marbre au Carmel - Créteil 1; Le Carmel conserve tous ses mystères - Créteil 2)C'est ce qui s'est sans doute produit quand nous sommes entrés à l'intérieur de ce cimetière de Créteil, haut lieu de la destinée de la famille PARFONRY française. Pour y apercevoir, au milieu de l'allée principale, ce monument funéraire installé par François-Xavier à la suite du décès de son épouse en 1862, âgée d'à peine 28 ans. 

    Et depuis lors, ils y sont presque tous enterrés. On y retrouve ainsi quatre générations de PARFONRY, beau-père et épouses compris. Il y a bien quelques absents, résultant sans doute d'un défaut d'appréciation sur la pérennité de la lignée, envisagée par François-Xavier. Il ne pouvait se douter, au moment de construire ce monument, du potentiel qu'il allait engendrer. Dans sa générosité, il allait aussi mentionner, sur des espèces de rebords externes, deux noms que seule la perspicacité récente fera ressortir de l'oubli (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés).

Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)
Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)

Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)

    Cette sépulture est inscrite dans l'Inventaire général du patrimoine culturel de la ville de Créteil et dans la Base de données Mérimée du Ministère de la Culture. La nature des motifs ornementaux, sa masse imposante mais parfaitement profilée, le fait qu'elle soit surmontée d'un mausolée en marbre en sont indéniablement les paramètres de caractérisation. Mais ce que la description officielle ne mentionne pas1, en est aussi révélateur. A plus y regarder et à comparer avec les autres chapelles funéraires de ce lieu, un indice, un détail fait ressortir ce monument des autres. Avançant dans l'allée, notre regard avait bien remarqué les différentes chapelles funéraires d'anciens illustres bienfaiteurs de Créteil. On avait ainsi côtoyé celle de la famille BORD, cet illustre facteur de pianos, de la famille BOULENGER, un orfèvre renommé, de la famille GAIDELIN, maire de la ville, et de la famille RENAULT, ce voisin avec qui François-Xavier était entré en justice pour une querelle de paons (voir article : Les paons à Créteil ont posé quelques problèmes). Même si tout les quatre sont également inscrits dans l'inventaire général du patrimoine culturel de la ville, une particularité toute visuelle les différencie du monument sépulcral de la famille PARFONRY. Une teinte visible dès l'entrée du cimetière. L'aspect foncé de la pierre contrastait dans ce lieu. Une pierre de lave noire qui dévoilait son caractère ponceux et léger à son toucher, associée à une forme élancée surmontée d'un mausolée en marbre. Manifestement, une nouvelle fois, François-Xavier avait fait preuve d'innovation. On retrouvait dans cette construction le souci de finition, le tracé du dessin, de l'harmonie des formes qui la différencie.

   Restait à trouver l'explication, sinon l'origine de cette pierre de lave. Où avait-il été chercher cette pierre qui n'était pas de celles qui faisaient partie de son inventaire d'utilisation, en particulier dans la liste des échantillons retrouvés dans les réserves du Musée National des Arts et Métiers ? (voir article : A Saint-Denis, dans les Réserves des Arts et Métiers - Paris 5). Même les spécialistes qui avaient pris soin de décrire le monument, avant de l'inscrire dans le patrimoine de Créteil et la base Mérimée, n'avaient pas fournis ce renseignement. Question qui trouva rapidement réponse après quelques clics, toujours assis sur la chaise de Léon.

    La pierre de lave noire utilisée pour le monument fénéraire de Créteil provient, sans trop d'incertitude, du Puy de la Nugère, l'un des volcans de la chaîne des Puys dans le Massif Central. Appelée couramment la Pierre de Volvic, elle fut très utilisée dans les environs de Clermont-Ferrand, notamment pour la construction de la Cathédrale de cette ville au XIIIème siècle. Elle finit par arriver à Paris dans les valises du Comte de CHABROL - VOLVIC, nommé préfet de la Seine en 1812. Son caractère quelque peu austère la confina, au départ, aux bordures des trottoirs et aux plaques de rue dans cette époque des travaux résultant des agrandissements du baron HAUSSMANN. Il faut croire que François-Xavier trouva, dans la nature sombre de cette roche volcanique, une façon d'exprimer sa douleur ressentie suite au décès de sa jeune épouse. Lui, le migrant belge, après avoir souffert et travaillé pour démontrer de sa volonté à prendre sa place dans cette société française, venait d'encaisser un pénible revers. La couleur noire et la résistance de la Pierre de Volvic exprimeraient le deuil qu'il venait de subir. 

    De par sa texture, sa dureté et sa forte inertie aux variations de température, cette roche qui protège l'eau du même nom, se prête admirablement à la taille en grande dimension. François-Xavier venait de construire la villa à Créteil et avait pris la direction, depuis peu,  de  la nouvelle association avec LEMAIRE. Il était donc en plein essor et en pleine confiance sur son avenir. Le décès de son épouse l'éprouva durement. Et en réaction, comme il le démontrera à de nombreuses reprises, il se mit une nouvelle fois à innover dans le choix de la pierre et dans la forme du monument funéraire. Tant la couleur que le modèle se détache de tous les autres édifices funéraires que l'on retrouvent dans ce cimetière. François-Xavier, par la symbolique de ce monument, nous transmet indéniablement le côté artistique et émotionnel de sa personnalité. Complémentaire assurément de sa fonction de chef d'entreprise.

     Après les lettres P Y, incrustées dans la courbure du marbre rouge de l'Avenue de Ceinture, la seconde expédition venait une nouvelle fois de remonter la courbe du temps en terminant son parcours, là où en principe tout s'achève. Des preuves et non des traces de cette transmission qui attestent de l'existence. Ce qui restent une fois que les rêves s'évaporent. C'est pourquoi, il faut veiller à éviter cette dilution pour empêcher que les preuves ne s'envolent elles aussi.

1 voir http://www.actuacity.com/creteil_94000/monuments/

L'équipe soudée prend la pose devant le monument sépulcral . De gauche à droite : Agnès, Your fieldmouse, Françoise et Martine (credit : Michel DEYMIER)

L'équipe soudée prend la pose devant le monument sépulcral . De gauche à droite : Agnès, Your fieldmouse, Françoise et Martine (credit : Michel DEYMIER)

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