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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 00:49

   La généalogie c'est finalement l'histoire de la remontée du temps. Et pour remonter ce temps, la mémoire fait nécessairement défaut au-delà d'un certain nombre d'années. Pour contrer cela, il nous reste les archives, les écrits d'un autre temps. Pour quelqu'un comme votre fieldmouse qui n'est pas assoiffé de vieux papiers, de rangées pléthoriques de livres, de textes indéchiffrables, de classements à la numérotation impersonnelle, de dédales de couloirs à choix multiples, de silences de cathédrales, la numérisation accélérée de ces documents,  au cours de ces dernières années, a rendu un fier appui à tous ceux qui perdent patience à appliquer une marche à suivre chronométrée. Pour en arriver à attester que le taux des découvertes, assis sur la chaise de Léon1, atteint le chiffre de 90 %.  Les 10 % restant étant répartis entre les visites extérieures dans les villages (Neerheylissem, Gobertange, Erezée, Parfondruy, Parfouru), les villes (Paris, Créteil) et les archives (Palais royal, Bruxelles, Louvain-la-Neuve). Confortable et rentable à la fois d'avancer dans un tel environnement. Pas besoin d'abonnements à la SNCB et aux Archives du Royaume, tout devient quasiment à portée de main.

   Et le résultat le plus tangible de cette remontée du temps est d'avoir pu réaliser un inventaire des textes et surtout d'en avoir pu retrouver l'apparition la plus lointaine. Inventaire sans doute incomplet mais qui donne désormais la possibilité de réaliser une étude chronologique sur son parcours

     On abordera dans cet article les trois dates capitales permettant d'établir des repères assez précis, quant à la liaison entre le patronyme, le toponyme et notre lignée.

A. Le jour où tout a commencé pour notre patronyme : 7 décembre 1261

Le texte qui suit2 fait référence à une transmission de terre à Nandrin. Un certain Jean de Parfondrive y est mentionné parmi les témoins. Contrairement à ceux qui sont cités avant lui, il ne possède aucun titre. On peut malgré tout émettre la supposition que c'est le même personnage que Johan de Parfondry, lequel apparaîtra comme chevalier dans un autre texte de 1272 faisant également mention de l'abbaye du Val-St-Lambert et du seigneur de Ramet. Ce chevalier est issu d'une lignée portant les titres seigneuriaux de Locreau, de Lexhy et de Dammartin. Ce changement de nom tend à démontrer qu'il a pris possession d'une nouvelle terre, située en rive droite de la Meuse entre Hermalle-sous-Huy et Clermont-sous-Huy, soit à proximité de la localité de Nandrin, citée dans le document. Un dernier point concordant résulte dans son mariage avec une fille du seigneur de Ramet dont le nom est cité également parmi les témoins.

Walthère, doyen du Conseil d’Ouffet, fait savoir que Richard de la Neuville qui tenait en fief de l’évêque de Liège des terres situées à Nandrin, savoir : sept journaux et vingt-cinq verges à Gerarvoie, sept journaux et trente-cinq verges à Saint-Jean-Sart (dépendant d’Outrelouxhe) et neuf bonniers, moins septante verges et demies petites à Tortecosse, a remis ces biens-fonds aux mains de l’évêque, lequel les a rendus à Henri, fils du susdit Rigald et de feue Christine. Henri, après avoir fait relief des mêmes biens devant les hommes féodaux de l’évêque, ci-après désignés, les a remis aussi en mains à celui-ci qui les a transportés au susdit Rigald, lequel les a donnés en lansage au monastère du Val-Saint-Lambert. Ce lansage, que les présentes renouvellent, a eu lieu le 7 déc. 1261.

Hommes féodaux de l’évêque : Jacques de Clermont et Walthère del Wege, chevaliers, Adam dele Ramet, bourgeois et échevin de Liège, Jean (Hanekin) de Parfondrive et Conrad de Nandrin.

Différents termes sont utilisés dans ce texte.

Bonniers, journaux et verges sont des mesures de surface dont les grandeurs variaient en fonction des villes; 

Faire relief : accepter en héritage après en avoir payé les frais ;

Lansage : terme juridique spécifique au pays de Liège qui était une mécanique mise en oeuvre pour lutter contre la déperdition de terres et de revenus. Le nouveau propriétaire du bien rend au vendeur la jouissance du bien vendu contre le paiement annuel et perpétuel d'une redevance, en fait une sorte de bail à rente au tenancier, ancien propriétaire;

Monastère du Val-St-Lambert : il s'agit de l'abbaye cistercienne de Val-St-Lambert, construite en 1202, près de Seraing ; le développement de houillères dans la région liégeoise à partir du XIIème siècle n'est probablement pas étranger à ce transfert de terres vers l'abbaye en pleine extansion ;

Jacques de Clermont : famille des comtes de Clermont occupant le château surplombant la Meuse et à l'origine, par donation de terres, de la fondation de l'abbaye du Val-St-Lambert ;

B. Le jour où tout a commencé pour notre toponyme : 1 juillet 1348

La première mention retrouvée de cette terre à Parfondry est assez tardive même si on peut penser qu'elle appartenait à la lignée des chevaliers depuis la fin du XIIIème siècle. Le premier chevalier Johan ainsi que son fils Jacques de Parfondry ont été enterrés dans la chapelle3. Il est raisonnable de penser que cet autre Johan de Parfondry est un membre de cette lignée des chevaliers. Son témoin Johan de Chantremel en est d'ailleurs un lointain cousin4. Ce terroir de 21 ha deviendra par la suite un hameau de Clermont. En 1841, on y comptait encore 3 habitations. Il a disparu de nos jours, englobé dans l'un des lotissements de la zone.

Sentence débitale touchant la dime de Parfondry, sous Clermont 5

Jean de Coir, abbé de Flône, revendiquait la dime sur le manoir, courte, assize et appendiche, que Johan de Parfondry possédait à Parfondry (Parfonriwe). Les parties, ne parvenant pas à s'entendre, choisirent deux arbitres : Williame de Coir, de Liège, chevalier, et Johan dit de Chantremel, écuyer. Les arbitres décidèrent que Johan de Parfondry devait la demi-dîme, dans son domaine de Parfondry, de tous biens, fruits et autres choses dont on a usage et coutume de payer la dîme au pays de Liège : mais l'abbé de Flône, pour noirir amour entre eux, le dispensa de cette obligation, sa vie durant.

L'an delle Nativiteit nostre Sangnour Jhesus Christ milh ccc et xlviii, le indiction prime, le premier jour del mois de julet 

C. Le jour où tout a commencé pour notre lignée : vers 1755

Le texte suivant6 relate l'arrestation de celui qui a entraîné la modification du mode de fonctionnement de la Justice. Les autorités autrichiennes installées en Belgique, réagirent assez sévèrement en condamnant le Prévot, fonction relevant encore du Moyen-âge. L'année de son arrestation diffère selon les textes retrouvés, oscillant entre 1752 et 1758. Quant à la St-Jean, on a le choix entre le 24 juin (St Jean-Baptiste) et le 27 décembre (St Jean l'Apôtre). Avec une préférence pour la première date, mieux identifiée en milieu rural du fait de sa proximité avec les fêtes du solstice d'été. Ce qui semble également assuré c'est que cet ancêtre était arrivé à Neerheylissem, en provenance de la Principauté de Liège, dans la vague de migrations qui avait suivi le Traité d'Utrecht de 1713 et l'arrivée des autrichiens dans les Pays-Bas méridionaux (Belgique et Luxembourg actuel sauf Principautés de Liège, de Stavelot-Malmédy).

La veille de la St. Jean 175., il fit saisir, sur le cimetière de l'église de Bas-Heylissem, par son lieutenant, accompagné de plusieurs archers, Jean-Pierre Parfondry. Il le représentait comme vagabond, homme sans aveu et complice dans plusieurs vols qualifiés, attribués à un certain Boulois dit Birwar. Parfondry cependant était innocent et, sur la demande de son frère, la cour d'Heylissem avait attesté qu'il était habitant de ce village, et que sa conduite avait toujours été celle d'un homme de probité. Le prévôt général n'en persista pas moins dans son accusation et voulut l'envoyer au gibet aussi bien que Birwar, réellement convaincu de vol. Il allait peut-être subir ce supplice infamant, quand sur un rapport, le gouverneur général7 par décret du 5 janvier 1759, ordonna son élargissement et lui permit d'agir contre le prévôt général….

 

      Ce bref résumé historique, limité à trois dates fondamentales (1261 - 1348 - vers 1755), permet de donner un aperçu assez précis de l'évolution de notre patronyme. Manifestement issu d'un lieu-dit, son apparition remonte au XIIIème siècle dans un endroit situé entre les localités d'Hermalle/s/Huy et de Clermont/s/Huy, en rive droite de la Meuse (actuellement commune d'Engis). Même s'il est indéniable que d'autres lieux-dits ont du être à la base d'autres lignées (not. le long de l'Amblève à Aywaille; le long de l'Aisnes près d'Erezée), la relative proximité géographique entre Hermalle-sous-Huy et Neerheylissem, l'abondance de migrants du pays de Liège vers Neerheylissem au XVIIIème siècle, l'existence d'une présence nombreuse de ce patronyme à Trognée, en rive gauche de la Meuse, plaident pour favoriser cette liaison pour notre lignée. Une recherche par Via Michelin donne un trajet en ligne droite de 43 km entre Hermalle-sous-Huy et Neerheylissem, en passant par Trognée. Tout à fait plausible en quelques 500 années. Des traces et non des preuves, c'est ce qui est le plus utile pour rêver. Même si entretemps la particule s'est évaporée mais de cela j'en ai déjà fait débat dans plusieurs articles.

1 Il s'agit de Léon BERGER, mon oncle, chez qui j'ai repris, à son décès, sa chaise de bureau en bois acajou pourvue d'un accoudoir circulaire enserrant le bas du dos, en souvenir de mes années de travail estival dans son entreprise de négoce de grains et d' aliments pour bétail à Incourt ;

2 Inventaire analytique et chronologique des archives de l'abbaye de Val-St-Lambert, Archives de l'Etat à Liège, Ed. J. Desoer, 1875 ;

3 JALHEAU Charles-François (1791) : Le Miroir des Nobles de Hesbaye, Nouvelle édition augmentée, Impr. J.F. Bassompière, Liège, p. 22-23 ;

4 Jacques de HEMRICOURT : Le Miroir des Nobles de Hesbaye (écrit entre 1353 et  1398) ;

5 Chanoines BENSENS et BARBIER (1893) : Analectes pour servir à l'histoire écclésiastique de la Belgique, 2ème série, T. VIII, Ch. Peeters, Louvain, p. 433 ;

6 Anales de l'Académie d'archéologie de Belgique, XXXIII, 3è série, Tome III, Anvers, Typographie J. PLASKY, 1876, p. 154 ;

7 A savoir Charles de Lorraine ;

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 12:22

     Cet article est écrit à la suite de la lecture d'un document intitulé Quelle famille. Rédigé par Macaline, une grand-mère de cinq enfants, il est destiné à servir de courroie de transmission de la mémoire en guise d'héritage. Cette lecture m'a conduit à rebondir sur ce texte, prenant conscience que je pouvais donner, au travers des articles de ce blog, une lecture plus circonscrite de manière à compléter, je l'espère, l'intérêt des plus jeunes. En donnant en quelque sorte de la consistance à cette phrase de René CHAR

Un poète doit laisser des traces de son passage,

non des preuves

Seules les traces font rêver

      Ils en ont de la chance ces cinq enfants. Pouvoir connaitre leur histoire familiale commune, racontée avec ses mots et illustrée par des photos par leur Mamy. C'est véritablement l'acte créatif qui permet de répondre à toutes ces questions que l'on se pose en avançant dans le temps. Peu apparentes et peu significatives dans la jeunesse, ces questions arrivent progressivement, probablement à partir de la soixantaine, quand l'âge ou l'esprit prend conscience de la faiblesse du corps et du besoin de transmettre. 

    Paloma, Aubin, Antoine, Juliette et Lucien, ce sont d'eux dont on parle. Cinq descendants à la 10ème génération, parmi les treize recensés à ce jour1, du couple formé par Jean-Pierre PARFONDRIJ et Elisabeth LAMBRECHTS, dont l'existence est attestée par l'acte de baptême de leur fils illégitime Jean le 16 avril 1762, le futur Maître-charron de la rue des Charrons situé dans le village de Neerheylissem (Province du Brabant wallon, Belgique).

    Cette histoire racontée, au travers de 28 pages richement documentées, met en lumière le parcours d'un nombre important de personnages, tant masculins que féminins. Car contrairement à la transmission linéaire d'un nom, la chaîne chromosomique qui nous compose est le résultat naturel d'un mélange aléatoire de gènes, de caractères. Tout est partagé, malaxé dans une sorte de cocotte minute qu'on appelle le vagin pour obtenir la naissance de la première cellule, sorte de particule élémentaire, de Boson de Higgs de notre corps (voir articles :  A l'origine, il y a la particule élémentaire ; La particule a obtenu un Prix Nobel ; Quid de la particule )

        A la lecture de ce document, on y apprend  que ces cinq là sont le résultat d'un croisement lointain de deux personnages clefs au départ. Comme l'écrit Macaline à l'entame de son document, " la sauvegarde de la mémoire familiale et historique ne vaut que si elle est partagée ", c'est dans l'adhésion à cette phrase que le cousin éloigné de Belgique se veut être un vulgarisateur en apportant ce petit complément de connaissances, de réflexions, d'histoire.

     Le premier, c'est Jean PARFONRIJ (1762-1803), ce Maître-charron, né autrichien et mort français2 le 24 messidor an 11 à l'âge de 40 ans, sans avoir changé de lieu d'existence. Seule certitude sur son parcours, il est à l'origine de la transformation du nom de cette rue de village. L'importance prise par ce métier de charron, pendant l'une des rares périodes de calme connues à cette époque, a conduit à un changement définitif en cette fin du XVIIIème siècle. Ces charrons étaient devenus l'émanation du dieu Vulcain à cette période de forte croissance. Ils avaient acquis dans leurs forges la maîtrise du feu pour travailler les métaux, pour fabriquer les roues des charrettes, ces engins devenus indispensables au transport. L'histoire cependant aurait pu ne pas avoir existé et s'être terminée plus tôt. Jean-Pierre, le père du Maître-charron, arrêté pour vagabondage, allait être probablement condamné à mort. A cette époque, les déplacements de populations vers des lieux de plus grande prospérité étaient devenus choses fréquentes. Mais la justice relevait encore de la période du Moyen-âge, conduisant à des pratiques de torture et d'exécution capitale. On faisait souvent passer des personnes comme vagabond, sans preuves formelles. Heureusement, suite à l'intervention de parents, l'arrestation de cet ancêtre fut à la base d'une prise de conscience des autorités autrichiennes qui gouvernaient notre pays à cette époque. Une modification de l'organisation de la Justice criminelle s'en suivi. Plusieurs textes retrouvés aux archives en attestent. Jean-Pierre sera finalement déclaré innocent en 1761, soit l'année précédant la naissance de son fils, le futur Maître-charron

    Le second s'appelle Etienne HEUDELET de BIERRE (1770-1857). Général de division, Comte de l'Empire, Pair de France, Grande Croix de la Légion d'Honneur, rien que des titres prestigieux pour celui qui est à l'origine de deux lignées aboutissant, via ses deux filles, à nos cinq jeunes en herbe de nos jours. Et chacune aboutit, via les BASTIDE du LUDE et les GILLET de THOREY, à ces frères et soeurs LASNET de LANTY, parmi lesquels on retrouve Michelle, Granny, leur arrière-grand-mère. Il est vrai que pour avoir combattu dans maintes batailles, sous les ordres de Napoléon, tels Austerlitz, Iéna, Eylau pour ne citer que les plus connues, cela suffit à expliquer les honneurs qui lui ont été rendus. Il a même eu droit, cet Etienne, a être l'un des 660 noms inscrits sur l'Arc de Triomphe (côté est, 17ème colonne). Issu d'une famille de vignerons de Haute-Savoie, il continuera, une fois retraité, à se distinguer sur les terres de son château de Bierre-lès-Saumur. Il y développera une ferme-modèle qui acquerra une réputation nationale pour ses réussites dans le domaine de l'élevage et de l'agriculture. Et cette proximité avec la terre, c'est sans aucun doute la partie cachée de ce personnage que l'on retrouve de nos jours.

      C'est finalement comme une sorte d'incrustation de l'environnement et de la passion qui s'est opérée progressivement non pas dans les gênes mais dans le soma émotif des descendants de ces deux personnages. La roue, symbole du métier de charron, et la herse, symbole des métiers agricoles, ont finalement perdurés. La cohésion familiale, ayant servi à sauver le condamné, a perduré également au travers des siècles et des générations. Et le sabre du militaire n'est point resté en reste, à la vue de tous ceux et celles qui ont appris à résister à l'envahisseur allemand. 

     Paloma, Aubin, Antoine, Juliette et Lucien, ces cinq jeunes de la 10ème génération de PARFONRY, sont désormais le mélange bien réel du parcours de ces deux personnages. Et qui peut expliquer du vécu de chacun de ceux qui en font partie. Instinctivement, même si l'absence d'une transmission orale forte est constatée, l'intérêt manifesté par une grande partie des membres de cette saga pour le terroir et le maniement des outils n'est que la résultante de cette influence des deux personnages à la base de cet arbre généalogique. 

    Voilà vers quoi cette publication de Macaline m'a emmené. Une première réflexion qui n'est sans doute pas la dernière. Car derrière les faits et les actes de chacun, cette lecture nous conduit immanquablement vers d'autres analyses. Pris individuellement, chacun des personnages offre un cachet, une couleur particulière. Le mélange, la juxtaposition de ces courtes biographies engagent à faire nécessairement le parcours qui nous relie à notre histoire. Et attirera la curiosité pour aller jeter son regard vers d'autres aspects de cette formidable histoire de la mémoire familiale.

      Formidable, vous êtes formidables, nous étions formidables .....!!!

 

1 Les autres se prénomment : Céleste, Lilas, Agathe, Zoé, Louis, Martin, Hugo et Charlotte ;

2 Sur le plan historique, il est né en pleine période des Pays-Bas autrichiens (1713-1794), période intermédiaire arrivant après le Duché de Bourgogne (1369-1477), la Maison des Habsbourg (1477-1482), les Pays-Bas espagnols (1482-1713) et avant la période française (1794-1815) ; ensuite entre 1815 et 1830, on est devenu hollandais avant de retrouver, une fois pour toute, le 4 octobre 1830, l'appelation Belgique, donnée par l'empereur romain Auguste en 27 av. J.C. , s'en référant à l'écrit de Jules CESAR dans La Guerre des Gaules ;

Page 4 du document Quelle famille

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 23:26

    Tel le titre de l'émission de Frédéric LOPEZ sur France 2, l'idée m'est venue de sortir quelque peu du cadre habituel de ce blog pour relater un voyage qui s'est déroulé dans un lieu peu aisément accessible et habité par une de ces peuplades méconnues vivant en harmonie avec son milieu.

    Cela se passe fin mai - début juin 2005 en République démocratique du Congo. La Belgique avait renoué depuis quelques temps des liens plus amicaux avec le nouvel ordre, représenté par le Président Joseph KABILA. De nouveaux financements avaient ainsi pu être programmés. Via la FAO1, un projet d'appui à l'horticulture urbaine et périurbaine s'était mis en place, concentré sur les 3 villes de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani. Fer de lance de notre coopération avec la FAO, ce cadre de l'horticulture s'était développé depuis les années 1980 dans plusieurs pays. Evoluant dans son concept, on en était arrivé à s'intéresser à la problématique des périphéries des villes, considérant que ces lieux jouaient un grand rôle dans l'approvisionnement des populations urbaines mais aussi dans la mise en place de ceintures vertes productrices pouvant ralentir l'extension anarchique de nouveaux lotissements. 

   Une mission de suivi, destinée à apprécier de l'évolution des efforts déployés, fut mise en place. Parmi les 3 villes ciblées, le déplacement à Kisangani fut celui présentant le plus d'intérêts. Situé au milieu de la forêt tropicale de l'Afrique centrale, terminus du bief navigable du fleuve Congo depuis Kinshasa, ancien bastion de la rébellion de Patrice LUMUMBA, siège de l'opposition menée par Jean-Pierre BEMBA, ce déplacement à Kisangani, ex-Stanleyville, un des lieux les plus isolés du pays, pouvait être considéré comme une reconnaissance de la stabilité et de la pacification retrouvée de la région.

    Seul moyen pour y arriver dans les délais raisonnables, l'avion s'avérait le plus adéquat. Un vol A-R de la Compagnie Wimbi Dira Airways fut donc réservé. Et ce serait mentir de dire que ce vol ne fut pas l'un des plus mémorables de ma carrière. En premier, ce Mc Donnell Douglas DC9, avion bimoteur mythique, avec escalier intégré et soute à bagages à hauteur d'hommes, permettant d'atterrir et de décoller sur des aéroports mal équipés. Ensuite l'environnement de la forêt tropicale, entouré de ses guirlandes d'éclairs crépitant dans le hublot, assis dans des sièges en cuir si usés mais si espacés qu'ils vous faisaient oublier la compacité d'un vol low cost, enserrant un whisky dans la main pour aider à décompresser, sans oublier la vision des deux pilotes manifestement un peu comprimé dans l'espace de leur cockpit. Que demander de plus pour exalter l'intrépidité, voire l'inconscience du mental à ce moment.

      Quelques années auparavant, en 1992, un vol de la compagnie Air Bissau2 entre Ziguinchor et Bissau, dans le vieux Fokker F27 utilisé précédemment par Yasser ARAFAT, alors chef de l'OLP en exil à Tunis3, m'avait donné le sentiment de vivre un moment d'histoire. Mais ce DC9 dépassait manifestement en intensité cet instant. Et petite cerise sur le gâteau, apprendre peu après que cette compagnie Wimbi Dira Airways était placée sur la liste noire des compagnies interdites de voler au-dessus du sol européen, il me restait comme une impression d'avoir pu profiter pleinement de l'instant. Pas sur que l'Ambassade de Belgique m'aurait permis de monter dans un tel coucou en ayant connaissance d'une telle excommunication.                             

Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R
Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R

Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R

   Le séjour à Kisangani s'est avéré intense à la fois pour voir les réalisations de terrain, rendre visite aux autorités, discuter avec le personnel du projet mais aussi prendre le temps de profiter de l'une des richesses touristiques du pays. Le Congo, ce grand miracle géologique, dispose également d'atouts touristiques indéniables. Pratiquement très peu exploités jusqu'alors, l'arrivée d'un nouveau régime politique laissait espérer d'un développement de ce secteur. Même, un Petit futé spécial RD du Congo4  fut édité en 20065. En y mentionnant comme l'une des priorités de découverte les Pêcheries Wagenia à Kisangani. Déjà aperçus par l'explorateur H.M. STANLEY, remontant en janvier 1877 le fleuve Congo, les Wagenias, ces pêcheurs intrépides, sont reconnus pour leur habilité à installer un échafaudage de perches, plantées entre les roches des rapides du fleuve, en amont de Kisangani. Ces perches sont reliées entre elles par des traverses nouées à l'aide de lianes. Cette géométrie sert de support à des nasses énormes suspendues par la pointe et placées dans les eaux des rapides pour la capture des poissons. Le clou final, en soirée, est le spectacle des pirogues venant ramasser ces nasses au milieu des rapides. 

    Si proche de ce lieu hautement recommandé, il était hors de question de ne pas faire une diversion de quelques instants en intégrant la visite de ce site dans le timing serré de la mission. Timing si restreint que le spectacle des pirogues en soirée ne pu être vu. Dommage, car cette occasion unique ne se représentera plus. A moins que les pêcheurs Wagenias soient choisis dans l'un des prochains épisodes de l'émission Rendez-vous en terre inconnue. Un endroit sans pareil qui démontre de l'importance de recourir à la pêche dans l'alimentation. Je garde également de cette visite le souvenir de la construction d'un débit de boisson reprenant la forme circulaire de la hutte traditionnelle, destiné à l'accueil de futurs touristes ou de futurs techniciens comme moi en mission pouvant apprécier le spectacle de ces nasses remontées sur les pirogues, tout en dégustant une bière Primus. Utopie pouvant détruire un patrimoine ou ouverture permettant de maintenir ce cadre d'activités en ce lieu !! Qui peut me renseigner sur la situation de ces pêcheurs Wagenia de nos jours ?

Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)

Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)

1 FAO : Food and Agriculture Organization of United Nations ; Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture ;

2 Guinée Bissau : petit pays situé en dessous du Sénégal, ancienne colonie portugaise, capitale : Bissau ;

3 Le soutien apporté par ARAFAT à Sadam HUSSEIN lors de l'invasion du Koweit en 1990, avait mis en faillite l'OLP suite au retrait des subventions de plusieurs pays arabes. Arafat avait du se séparer de ce Fokker ; des drapeaux palestiniens restaient cousus à différens endroits de l'avion pour attester de son origine ;

4 Préfacé par Louis MICHEL, Commissaire Européen en charge du Développement et de l'Aide Humanitaire ;

5 Le précédent guide touristique remonte, semble t-il, en 1958 avec la dernière édition  du " Guide du voyageur au Congo belge, Rwanda et Burundi " ;

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 16:16

      Une fois l'effet de surprise assimilé, suite à la découverte des deux lettres P Y dans un renfoncement d'un marbre attenant à la petite porte d'entrée du Carmel (voir article : Un dernier marbre au Carmel-Créteil 1), l'heure de notre entrevue avec la Mère prieure se précisait. Nous furent reçus de manière très courtoise par Hélène, responsable de l'économat. Elle nous apparaitra plus tard comme la seule partie bien visible de cet îlot d'invisibilité de l'Avenue de Ceinture. Pareil à ce qui se passe dans un cabinet médical, dans une étude de notaire, nous attendions que notre tour arrive pour, croyais-je encore,  avoir un entretien à bâtons rompus avant de faire la visite des lieux. 

    Pour tout dire, à ce moment, j'avais en mémoire le visage de Soeur Clotilde, le personnage un peu déluré, exhalté, comique qui intervient dans la série des Gendarmes à Saint-Tropez. Mais aussi celui de Soeur Madeleine, cette jeune nonne pleine de vie, avec qui j'avais arpenté les allées du verger de l'Abbaye bénédictine de Keur Guilaye, près de Dakar, dans les années 1980. De ces deux seules rencontres, je m'étais fait, à vrai dire, une idée assez joyeuse du monde des nonettes recluses. 

   Après quelques minutes d'attente, l'équipe, que nous constituions, reçut l'autorisation d'entrer dans une pièce située en face de l'économat.  Quelques chaises nous y attendaient, sans autre mobilier usuel. On se trouvait dans un parloir. Quoi de plus normal me direz-vous dans un endroit pareil et quand on y est préparé. C'est alors qu'est apparue devant moi une sorte d'oeuvre d'art moderne, faite de deux cadres verticaux constitués d'épais barreaux de métal foncé de 3-4 cm d'épaisseur. Pire qu'un parloir en milieu carcéral. Et de l'autre côté, on entrevoyait une forme qui bougeait quelque peu. Comme les deux cadres étaient décalés l'un par rapport à l'autre, la vision nous était tronquée, imaginant une masse de couleur noire avec quelques carrés blancs. Nous avions de fait devant nous Soeur Marie-Claire de la Passion, Mère prieure du Carmel de Créteil. Un tel tableau, me suis-je dit, aurait pu influencer Picasso pour développer son art déformé des visages qu'on appelera le Cubisme.

   Je ne puis dire que la première vision, une fois assimilée, m'ait apaisé et rendu à ma quiétude. Ce serait mentir. Alors que ce mot de liberté est de nos jours fort usité, de quelle liberté était-il question dans ce monde contemplatif ? Parler sans ressentir l'expression des sentiments de son vis-à-vis, sans voir le mouvement de son corps, sans goûter au plaisir  de la parole, sans renifler le parfum de la pièce, avec les sons étouffés par l'épaisseur des barreaux. Je découvrais la réalité mystique et ésotérique d'un Carmel.

     

Vue arrière de la villa de Créteil avec la colonne de marbre (début XXème et 2013)
Vue arrière de la villa de Créteil avec la colonne de marbre (début XXème et 2013)
Vue arrière de la villa de Créteil avec la colonne de marbre (début XXème et 2013)

Vue arrière de la villa de Créteil avec la colonne de marbre (début XXème et 2013)

     La Mère prieure, bienheureuse de nous entrevoir, commença par souligner combien il est important de refaire l'histoire d'une famille, de retrouver ses racines. Et manifestement contente de pouvoir désormais expliquer l'origine de l'architecture particulière de la maison (voir article : La villa flamande de Créteil). Agnès s'était donnée, il est vrai, un mal de chien pour lui présenter sur deux pages l'intérêt de notre démarche. Soulignant également les efforts entrepris par sa Communauté pour assurer son entretien. Inscrite dans la liste du patrimoine à préserver de la commune de Créteil, cette villa est évidemment assez dispendieuse pour la maintenir en état. Ce qu'apparemment, et vu de l'extérieur, s'est attelé ce Carmel. Si la cheminée a été rabattue, sans doute pour éviter la chute de briques, le ravalement de la façade a été effectué il y a deux années. L'oeil aguerri de Michel constata cependant que les trois ancres qui avaient servi à maintenir la structure autour de la cheminée n'étaient plus en place. Il serait évidemment trop optimiste d'espérer percer le mystère de leurs suppressions. 

       Point question évidemment de nous permettre de passer outre de ce parloir, au risque de rencontrer l'une ou l'autre des 17 soeurs de cette communauté entièrement dévouée à la prière. Devant nous contenter de la description qui en sera faite. On apprendra ainsi qu'un atelier de reliure était installé au 1er étage dans une pièce très claire pourvue de 6 fenêtres. Sans doute l'atelier de peinture de Paul lorsqu'il s'est installé dans cette villa. Les différents étages sont accessibles par un escalier en colimaçon en bois serpentant dans la tourelle que l'on peut voir de l'extérieur. Aucun marbre ne nous a été signalé, ce qui est évidemment surprenant. Seule, la colonne à l'extérieur, que l'on aperçoit sur une ancienne photo, est toujours en place. D'ou provient - elle ? Probablement importée d'un site de fouille (Grêce, Egypte !!) et installée à Créteil par le marbrier.  

    Un dernier détail intéressant nous sera livré avant de quitter le parloir. L'existence de carrières anciennes dans la région de Créteil, comme il en existe des milliers sous la ville de Paris, a laissé comme vestiges la présence de souterrains à certains endroits. L'un d'eux permettait la liaison avec l'extérieur. Il a du être comblé à un moment par les soins du Carmel afin d'éviter toute visite inapropriée, mettant en péril la quiétude et l'isolement de ce lieu. Seul, le Service Technique des Carrières de Paris est autorisé chaque année à passer une inspection pour en évaluer les risques d'effondrement. 

   Dernière petite information, cette villa a été rebaptisée par cette communauté religieuse. Elle s'appelle désormais Nazareth. Ville israélienne d'ou seraient originaires Joseph et Marie, personne parmi nous n'a pensé a demander l'explication de ce choix. Le dogme préservé dans le Prieuré de Sion, qui constitue la trame du Da Vinci Code, serait-il ici de même nature ? Mais plus prosaïquement, le terme "Ancienne propriété Parfonry " qui se perpétuait dans la mémoire de Créteil, ne pouvait être approprié avec une telle occupation des lieux. Un nouveau nom de baptème fut décidé comme choix du nouveau code d'honneur appliqué dans l'enceinte. Heureusement, il nous reste les deux lettres P Y gravées dans le marbre à l'entrée. Ce sera notre secret pour attester que l'histoire familiale s'est prolongée depuis lors non par le Saint-Esprit mais bien par la Vie et dans un esprit sain.

   Laissons le Carmel dans son silence. Bien des questions restent à la suite de cette visite. Pas de photos d'intérieur. Pas de documents anciens. Pour percer finalement tous ces mystères du Carmel, il ne nous reste plus qu'à nous infiltrer dans l'une des équipes du Service des Carrières de Paris, à l'occasion de l'une de leurs visites annuelles de contrôle. Da Vinci Code n'avait pas prévu cette éventualité !!!!. 

PS : Il est de mon recours de dire que la lecture de cet article doit être envisagée dans le seul contexte de la liberté de penser et d'expression. Tout en m'appropriant l'entiereté de son contenu, il va de soi que je n'ai pas outrepassé, au travers de l'humour et de l'anecdote, le cadre informatif, instructif  et malgré tout ludique lié à cette recherche sur la famille. 

Nous avions été très touchés par l'appel téléphonique préalable de la Mère prieure qui a accepté de nous rencontrer. Déçu néanmoins d'être si proche d'une  preuve du parcours familial, nous imaginons désormais la vie de cet aïeul immigré belge, figurant parmi les bienfaiteurs de Créteil. Pour remercier le Carmel d'entretenir cette maison, certains d'entre nous ont apporté des dons à l'occasion de cette visite. Nous sommes convaincus, par ailleurs, que le contenu de cet article s'avèrera intéressant pour s'intégrer dans l'histoire de ce Carmel. Si aucune suite ne peut étre envisagée, il nous restera des traces et non des preuves. Seules les traces font rêver nous a dit le poète René CHAR. En somme, nous sommes devenus des bienheureux, ayant pu profiter de cette rencontre. 

Photo 1 :Françoise et Agnès devant le grillage d'entrée de la chapelle du Carmel Sainte-Thérèse. Photo 2 : Vue sur la villa prise de l'Avenue de Ceinture
Photo 1 :Françoise et Agnès devant le grillage d'entrée de la chapelle du Carmel Sainte-Thérèse. Photo 2 : Vue sur la villa prise de l'Avenue de Ceinture

Photo 1 :Françoise et Agnès devant le grillage d'entrée de la chapelle du Carmel Sainte-Thérèse. Photo 2 : Vue sur la villa prise de l'Avenue de Ceinture

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 16:30

     Henri PAESMANS était le dernier du groupe des quatre qui avait évacué en mai 1940 pour fuir l'avancée de l'armée allemande et dont le périple a déjà été détaillé (voir article : Réfugié dans le Gard). Monsieur le Doyen  ou même le Doyen Henri, comme l'appelaient avec respect et gratitude ses paroissiens, est décédé ce 28 décembre 2014 au presbytère de son village de Nil-St-Vincent où il a achevé sa vie. 

      Le doyen PAESMANS, comme je l'ai déjà mentionné à plusieurs reprises, a été l'élément déclencheur dans ma quête d'entreprendre des recherches sur l'histoire de mon patronyme en général mais surtout sur la famille en particulier. Son parcours spécifique au milieu de cette ribambelle de personnages de cette saga mérite largement d'être présenté et commenté. Cinquante années de pastoralisme dans cette région du Brabant wallon de l'est, qui fut notre terroir, c'est indéniablement un tapis de culture, de connaissances, de rencontres qui nous sont offerts et que l'on ne peut omettre1.

   Henri, Alphonse PAESMANS est né le 1 juin 1923 à Beauvechain. Il est le troisième enfant vivant d'Anna PARFONRY (1884-1973) et de Basile PAESMANS (1885-1956). Il a eu comme parrain son grand -oncle Emile, l'horloger de Bruxelles. Elève doué, sachant déjà lire, il a sauté la première année de primaire. Il n'a de ce fait été au contact de mon grand-père qu'au cours de deux années avant de suivre le cycle supérieur donné par son père. En 1937, il est entré en sixième latine au collège Saint-Albert de Jodoigne pendant que mon père suivait la même section à l'Athénée. Le 12 mai 1940, obéissant aux ordres, il est parti avec son frère aîné Edgard et mon père, en vélo, vers la caserne de Quiévrain pour y être mobilisé (voir article : Réfugié dans le Gard). Au travers d'un petit récit, il a raconté cette escapade dans une lettre envoyée à la suite de la naissance de l'un de mes petits-fils. Voici comme il nous la relate :

A Piétrebais, nous avons récupéré Norbert Lacroix, un ami de collège de mon frère, et nous voilà en route pour l'inconnu. Pas très loin de là, Georges a crié tout à coup : regarde un avion dans le ciel. En même temps la pédale de son vélo a buté contre la bordure de la route et s'est cassée tout net. Mal remise par un marchand de vélo trop pressé, l'engrenage ne tournait plus rond. On a cependant continué avec ce handicap jusqu'à Quiévrain où l'on a trouvé refuge dans une maison abandonnée par ses propriétaires et le soir venu est arrivé le premier bombardement par un avion allemand. Prudemment, nous sommes descendus dans la cave, où Georges, pris de panique, s'est mis à tourner en rond en disant à voix haute son acte de contrition, ce qui ne devait pas lui être habituel, n'étant pas un pilier d'église. Sans demander nos restes, nous sommes partis vers la frontière française qui s'était malheureusement déjà fermée, et nous avons été obligés de dormir à la belle étoile en plein champ par une belle nuit de mai.

    Inscrit au séminaire St-Joseph à Bonheiden-Malines pendant 3 ans puis au Grand séminaire de la rue de Mérode à Malines, il est ordonné prêtre le 28 juillet 1946 à la cathédrale St-Rombaut à Malines. Voulant au départ être missionnaire, la guerre 1940-1945 en aura décidé autrement. On l'a envoyé en mission sur les terres fertiles du Brabant wallon de l'Est dont il était issu, successivement à Neerheylissem, à Noduwez et à Nil-St-Vincent. Il connaissait ce monde rural, constitué de gens de bon sens dont la culture, la sensibilité et le mode d'expression étaient très différents des autres régions parce que leur origine paysanne les faisait entrer dans le changement à un rythme beaucoup plus lentReprochant par ailleurs que les directives pastorales, découlant du concile Vatican II, tenaient peu compte des villages et des mentalités de l'est. 

      Henri PAESMANS a officié en premier lieu comme vicaire à Neerheylissem en date du 9 août, sous la houlette du curé Léon BATAILLE, à qui il devait soumettre son sermon avant de le lire. Paroisse à forte tradition religieuse l'ayant beaucoup marquée, un adage local disait d'ailleurs : Un coup de cloche, tout le monde à l'église, un coup de trompette, tout le monde à la fêteIl racontait volontiers cette histoire :

Des paroissiens mineurs dans les charbonnages liégeois, ayant accompli la pose de nuit, venaient directement de la gare à l'église pour la messe de 7 heures le dimanche. Mal lavés, fatigués, ils s'accroupissaient sous le porche, casquette sur les genoux, et, parfois, tombaient endormis. 

      Quelque mois plus tard, il célèbrera la messe de mariage de mes parents, à Incourt, le 24 mai 1947 (voir article : Le mariage de Georges et Solange). Il restera à Neerheylissem durant 7 années. Sa foi s'y est nourrie à la lecture du Code abrégé de la vie chrétienne du cardinal MERCIER. Le contact avec André De STAERCKE, curé de Piétrain, fut également une heureuse rencontre pour jeter les bases de développement d'une vie pastorale. Et c'est durant cette présence qu'il recensera, dans les archives paroissiales, les informations relatives à la généalogie de notre famille, installée à cet endroit depuis le milieu du XVIIIème siècle. Il récapitula tout cela dans un petit document de synthèse qui fut retrouvé dans les papiers de son cousin germain Georges, mon père.

    Après Neerheylissem, il sera désigné curé dans le village de Noduwez en 1953. Il s'y montrera particulièrement actif, prenant une série d'initiatives qui firent de cette paroisse un lieu d'évangélisation dynamique. Ses parents viendront le rejoindre. J'ai le souvenir de ce grand presbytère que je découvrais à chaque visite de mes grands-parents et parents. Son père Basile et mon grand-père s'étaient en effet partagés pendant de nombreuses années les six classes de l'école communale de Beauvechain. Et cette complicité s'était prolongée après leurs mises à la pension. Une pièce de ce bâtiment avait la particularité de disposer de plusieurs rangées de bandes dessinées, volontiers axées sur l'école de Marcinelle, jugée sans doute moins dérangeantes aux idées catholiques par rapport à l'école de Bruxelles, aux phylactères trop réalistes et trop contemporains. Les héros de JIJE2 y trouvaient manifestement une place préférentielle par rapport à ceux d'HERGE et d'Edgard P. JACOBS. De manière régulière, les familles PARFONRY et PAESMANS se retrouvaient dans ce presbytère. C'est ce qui me permit de découvrir et parcourir avec volupté tous ces témoignages du 9ème art qui restent encore à ce jour l'un des moments les plus créatifs de ma jeunesse. Et en particulier, Les Belles Histoires de l'Oncle Paul 3ces courts récits complets, axés le plus souvent sur des aspects historiques, et qui doivent être à l'origine de mon intérêt pour ce domaine de la science. L'intérêt de cette lecture ne pouvait être finalement qu'un moteur pour les découvertes et les livres. Ce qui ne m'empêchera pas in fine d'avoir une préférence pour l'esprit de plus grande ouverture au monde diffusé dans les aventures de Tintin en négligeant quelque peu les dialogues simples et plus fantaisistes de Spirou et Fantasio, les fers de lance des éditions DUPUIS de Marcinelle. Il est vrai que la présence de toutes ces bandes dessinées, dont l'origine ne m'a toujours pas été expliquée, offrait un contraste avec ce type d'habitation.

    En 1965, Henri rejoindra, avec sa mère, le presbytère de Nil-St-Vincent. Son dynamisme ne fera que croître à partir de ce moment. Il redynamisera pour les hommes la Ligue du Sacré-Coeur et, pour les femmes, la Ligue des Ménagères rurales. Il sera également en charge de deux pastorales, celle de la jeunesse et celle du mariage. Il emmenait les enfants en camp de vacances : deux fois en Autriche avec les filles. Quant aux garçons, ils partaient en vélo dans les Ardennes. Certains en parlent encore de nos jours. Peu après son arrivée à Nil-St-Vincent, je le contactai dans le cadre d'une action spécifique, explicitée ci-après. 

Récemment désigné chef de la patrouille des Antilopes dans l'Unité des scouts d'Auvelais, je me devais d'organiser, ce que l'on appelait à l'époque un " hike ", longue randonnée à pied, en étant capable de suivre un timing et un parcours initialement établi. Pour le coup, j'avais prévu de revenir sur nos terres du Brabant wallon de l'est. A ma demande, Henri me proposa de dormir la première nuit avec ma patrouille dans le local situé sur la Place de l'Eglise de Nil. Le local n'étant pas chauffé, il y eut, durant cette nuit, un froid de canard. Comme on devait se débrouiller avec la seule nourriture contenue dans nos sacs, pas question au petit matin d'aller manger des croissants chez le curé Henri. Dès l'aube, la patrouille se remettait en marche, poursuivant son périple à pied, à travers champs, et à la boussole, jusque Tourinnes-St-Lambert, lieu de notre deuxième nuit. A cet endroit, j'avais également dégoté un abri en demandant conseil auprès de la soeur de ma mère qui y habitait. Marchant, il est vrai, en terrain conquis, j'avais réduit en ce sens, l'hostilité du milieu4. Je ne me souviens plus si ce stratagème avait été perçu par mon chef d'Unité. Ayant mené ma patrouille à bon port et dans les délais, je fus, par la suite, confirmé comme chef de patrouille.

      Henri complètera son action pastorale par des travaux de rénovation de l'église. Un chauffage au mazout par air pulsé sera suivi, six ans plus tard, par le placement, par ses soins, et avec l'aide de jeunes bénévoles, de onze nouveaux vitraux entre 1972 et 1974. Ensuite, grâce à l'aide de généreux donateurs, l'église sera repeinte et de beaux tapis verts seront placés sur les marches du grand autel. Mais son curriculum devait encore évoluer. De 1971 à 2000, il devint Doyen de Walhain, et, même, de 1974 à 1996, Doyen principal pour toute la zone Est du Brabant wallon, résidant toujours à Nil-St-Vincent. En plus, en 1976, il est désigné adjoint d'Henry De RAEDT, vicaire général du Brabant wallon. De 1990 à 1996, il sera également membre de la direction du séminaire diocésain et chargé des stages pastoraux des séminaristes francophones en Brabant wallon. A partir de 1996, ayant la nostalgie du travail en paroisse, il demandera pour redevenir curé de Nil-St-Vincent et Nil-St-Martin. Et c'est à ce poste en 1999 qu'il prendra sa retraite, conservant son environnement et ses habitudes au presbytère de Nil-St-Vincent, où il s'est éteint. Il sera promu Chevalier de l'Ordre de la Couronne le 15 novembre 2000. En 2008, le Père Prosper KANYAMUHANDA, originaire de Mweso dans le Nord-Kivu, le remercie à l'occasion de la célébration de ces 25 ans de sacerdoce, pour l'avoir guidé et soutenu dès son arrivée.

Monsieur le Doyen s'en est allé

   La messe d'enterrement, célébrée ce 2 janvier 2015, réunit non seulement un nombre conséquent de fidèles, mais aussi un parterre de prêtres placés en demi-cercle derrière l'autel. Sous la direction de l'évêque du Brabant wallon Jean-Luc HUDSYN, et du doyen de Walhain, Marcel HAUBEN, une armada de prêtres africains, officiant dans toutes les communes environnantes, consolidaient la géométrie de cet espace. Sans trop savoir pourquoi, cette présence me fit penser au Mémorial Kongolo, érigé près d'ici en souvenir des 20 missionnaires belges exécutés lors des troubles du Congo le 1er janvier 1962 à Kongolo, au Nord du Katanga. La dignité de ces prêtres, pour la plupart congolais, était réelle. Et en leurs noms, le Père KANYAMUHANDA se lança dans un discours largement improvisé duquel ressortait l'appréciation profonde dont bénéficiait le Doyen Henri PAESMANS. Son allusion aux vacances le long de la vallée du Nil, afin de programmer les siennes, restera dans les mémoires. Le Nil étant dans ce cas le petit ruisseau qui traversait le village et qui est resté le seul lieu de villégiature du Doyen durant ses dernières décennies.

     Et parmi tous ces textes préparés et lus, il convient de relever l'éloge appuyé de l'abbé Henri WEBER, ancien aumônier national du Mouvement ouvrier chrétien. Compagnon de route d'Henri PAESMANS, il sera celui qui, en tant que responsable pour l'ouest du Brabant wallon, accompagnera PAESMANS et DE RAEDT pour former l'équipe des Trois Henri qui partait participer chaque vendredi, à Malines, aux réunions du Conseil épiscopal. C'est là qu'Henri PAESMANS montrera sa réelle fonction de dialogue afin de concilier les traditions religieuses de ces villages avec la modernité due à l'arrivée de nouveaux arrivants à partir de 1965, s'installant sur les terres agricoles devenues peu rentables. Allant même par critiquer la rapidité des décisions de Vatican II, qui venaient bousculer des gestes symboliques auxquels les gens des campagnes n'étaient pas préparés.

      De tous ces textes entendus lors de cette messe, ainsi que des commentaires enregistrés à la sortie de l'église, il en ressort indéniablement que le Doyen PAESMANS a marqué de sa présence sa région du Brabant wallon de l'Est. Homme exceptionnel de gentillesse et d'humanité, pour l'un, il avait de l'humour et savait nous faire rire pour un autre. Grand animateur de la communauté, il était toujours à l'écoute et prêt à rendre service. Très grand curé de paroisse, aimé et apprécié,  il avait toujours ce petit sourire qui écoute.  

      Au moment de sa retraite en 1999, il fut toute discrétion. Devenant durant ces quinze années une référence vivante, prête à aider, sans jamais s'imposer, apparaissant même comme un métronome quand il venait prendre son repas de midi dans la famille LANOYE. 

     Sur le plan généalogique, Henri PAESMANS est le fils d'Anna PARFONRY, soeur d'Emile PARFONRY, mon grand-père. Et donc le cousin germain de mon père. Il était le plus jeune des 3 enfants. Au côté d'Edgard, décédé en 2000, vit encore sa soeur Gilberte, âgée de 94 ans. Les familles PAESMANS et PARFONRY ont vécu à Beauvechain, très proches l'une de l'autre, du fait du travail commun d'instituteur à l'école communale. Même si mon grand-père et mon père n'ont jamais été très affectés par ce sentiment religieux, les souvenirs de jeunesse à Beauvechain, d'adolescence, d'exode en 1940, mais aussi les rencontres régulières à Noduwez, de même que les visites fréquentes de mes parents à partir de sa pension, ont créé des liens suffisants pour que les deux familles soient restées si proches. Un témoin de cette époque, Anne-Marie COLLIN, qui fut élevée chez les PAESMANS à Beauvechain, en est aujourd'hui la dernière mémoire. En 2006, c'est en lisant son document de synthèse sur les PARFONRY de Neerheylissem que ce prénom de François-Xavier, né le 3 décembre 1821, est apparu. Ce personnage, inconnu à l'époque, fut à l'origine de nombreuses découvertes et l'un des pions essentiels de développement de cette saga.

    Et pour terminer, je citerai les mots de ma mère lorsque je lui annonçai le décès. En train de jouer aux cartes avec Louis, l'un de ses arrière-petits-enfants, elle déposa son jeu, se leva. Je la senti troublée, se contentant de dire : Henri. Il avait 91 ans. C'était un gentil garçon.

 

1  Sa biographie est principalement une synthèse des documents suivants :

 Interview d'Henri PAESMANS par Renée VANDERHAEGEN pour la revue Pastoralia, 1998 ;

Lettre d'Henri PAESMANS du 20/12/2008 ;

Notice de synthèse rédigée par Henri PAESMANS ;

Homélie rédigée et lue par Henri WEBER à la messe d'enterrement le 2/01/2015 ;

Texte rédigé et lu par Micheline DOSSOGNE à la messe d'enterrement le 2 /01/ 2015 ;

Carnet de condoléances sur l'avis nécrologique inmemoriam.be ;

2 Joseph GILLIN, dit JIJE (1914-1980) : célèbre dessinateur belge de l'école de Marcinelle ; inventa le personnage de Fantasio; auteur des séries : Blondin et Cirage, Jean Valhardy, Jerry Spring, Tanguy et Laverdure ;

3 Comportant plus d'un millier d'histoires publiées entre 1951 et 1969 ;

4 Si je me souviens bien, ce n'était qu'en arrivant dans le village, qu'on devait en principe se mettre à chercher un lieu pour dormir ; C'était une autre époque, on pouvait compter sur les fenils des nombreuses petites fermes et la cigarette ne faisait pas encore partie des risques ;

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 18:19

       Récemment retrouvée, la villa de Créteil, construite par François-Xavier PARFONRY en 1860, a déjà été présentée (voir article : La villa flamande de Créteil). Par la découverte, plus récente, des documents en rapport avec la succession, il est relaté que la propriété s'étendait sur 58 ares 96 ca. Outre une maison de jardinier, une écurie, un jardin, un parc boisé, cette propriété s'orchestrait autour d'une  maison d'habitation constituée d'un rez-de-chaussée et de trois étages. Disposant de nombreuses pièces, d'une salle de billard, l'élément le plus innovant relève sans aucun doute dans l'existence d'un calorifère dans les caves, remplaçant le classique foyer de cheminée. François-Xavier, dont la fortune provenait, pour une bonne part, de la production de cheminées en marbre pour les beaux immeubles haussmanniens, n'avait pas reculé devant ce tout nouveau mode de chauffage et de distribution de la chaleur. Témoignage de la modernité, de l'innovation, ayant caractérisé la vie de ce personnage.

      Vendue peu après le décès de son fils Paul, par la veuve de ce dernier, en 1921, cette propriété a subi plusieurs affectations. Achetée par un certain Louis Victor CHEVALLIER, architecte, elle a abouti de nos jours à être occupée par le Carmel Sainte-Thérèse. Ce qui n'a pas été probablement la meilleure initiative pour assurer la persistance des lieux dans son environnement initial. Installé à Natoye en Belgique en 1901, le Carmel avait fui en cela les vicissitudes de la loi française de cette même année1, contraignante pour les congrégations religieuses. Exilée volontairement comme de nombreuses autres pour échapper à une plus grande transparence, ce fut en définitive un exil fiscal vers la Belgique avant la lettre2.  Mais quelle mouche a piqué ce Carmel de revenir s'installer à Créteil en 1920 dans la rue du Moulin ? Pour finalement en arriver à venir squatter en 1949 la propriété de François-Xavier dans l' Avenue de Ceinture. En peu de temps, une bonne partie du jardin et du parc boisé ont fait place à des constructions destinées à la prière et au recueillement, indispensables pour la quiétude de cet Ordre religieux contemplatif. Comme si le calme d'une promenade dans un sous-bois et les odeurs d'un panel de fleurs ne pouvaient pas fournir un résultat similaire. Une chapelle, un cloitre avec son pré carré d'espace vert ont empiété largement sur le domaine initial. 

      Une configuration nouvelle s'appropriait l'espace du domaine. Ce qui ne nous a pas empêché de reformer la même mission exploratoiree que celle menée dans les murs de Paris en août 2013 (voir articles : Paris 1 à 6). Il fut décidé de retenter l'expérience. Les deux Parfonry, fact house, toujours accompagnés de leur conjoint, reçurent en plus l'appui de Françoise, l'ainée, la parisienne. Tous les cinq se mirent à rêver, quelques 95 années après s'en être éloigné, de pénétrer dans l'enceinte cloîtrée de ce lieu. Et l'approche permit de comprendre précisément l'origine de cet adjectif. Plusieurs tentatives s'avérèrent en effet nécessaires avant d'obtenir un rendez-vous avec la Mère Prieure. Qui fit la sourde oreille avant de réagir à la rédaction, par Agnès, d'une lettre rassemblant le maximum d'informations sur l'historique de cette maison. Ce qui eut comme résultat de provoquer le ressac espéré. Agnès reçut, la veille au soir de son départ, un appel téléphonique de la Mère Prieure, lui fixant un rendez-vous au Carmel pour le lundi 15 décembre à 12 heures 30. Il n'y avait plus qu'à obtempérer. L'ouverture divine tant escomptée avait été transmise à temps en empreintant une voie moderne de communication. Oufti, qu'allait-on y découvrir !!!

Plan des nouvelles constructions du Carmel Sainte-Thérèse de Créteil (La villa située à droite, n'est pas reprise sur cette photo)

Plan des nouvelles constructions du Carmel Sainte-Thérèse de Créteil (La villa située à droite, n'est pas reprise sur cette photo)

      La propriété est toujours entourée, semble t-il, de son mur en pierres d'origine. Par son regard perçant de bibliothécaire, habituée à fouiller dans la pénombre des catacombes des archives, Agnès remarqua de suite l'objet qui permettait de faire le lien avec François-Xavier. Encastrées dans la pierre, indissociable de cet endroit, la petite porte d'entrée donnant accès à la villa, est entourée de deux pièces en marbre griotte rouge (de Belgique !!). Etonnantes, ces deux plaques de marbre percées d'un demi-ballon et fixées à ce repaire de nonettes. Probablement jouant un rôle de support à une manette reliée à un câble qui aurait actionné une sonnette3. Le plus remarquable restait cependant à découvrir. Au fond de la partie incurvée, apparaissent encore très lisiblement les lettres P Y. On ne pouvait avoir une meilleure preuve pour attester d'un lien avec le premier locataire du lieu. P Y, deux lettres sans contrefaçon évidemment pour PARFONRY. Plus subtil et plus clairvoyant que la cheminée retrouvée au musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet, Paris 2), ce sigle nous était visible, tel la découverte du secret d'une chasse aux trésors. Une sorte de Da Vinci Code qui avait conduit les alter ego du Professeur Robert LANGDON et de la cryptologue Sophie NEVEU à suivre une piste qui les aura au final emmenée à une organisation religieuse. Le Carmel Sainte-Thérèse serait-il, dans ce cas, une sorte de Prieuré de Sion, détenteur d'un secret capable de détruire un dogme !!!. Y a -t-il un mystère qui se cache derrière le mur du Carmel ? A suivre ........

 

Porte d'entrée au 71 Avenue de Ceinture et détail de la plaque de marbre avec l'inscription P Y (credit : Roland PARFONRY)
Porte d'entrée au 71 Avenue de Ceinture et détail de la plaque de marbre avec l'inscription P Y (credit : Roland PARFONRY)

Porte d'entrée au 71 Avenue de Ceinture et détail de la plaque de marbre avec l'inscription P Y (credit : Roland PARFONRY)

1  La loi française de 1901 est une loi fixant le droit des associations et liant la liberté d'enseignement des congrégations religieuses à une plus grande transparence sur les recettes et la nécessité de disposer d'un compte financier annuel ; ce qui provoqua un exode en particulier vers la Belgique ;

2 A l'origine, installé rue de Grenelle à Paris, le Carmel Sainte-Thérèse a accueilli à plusieurs reprises des membres de la famille royale jusque la Révolution ;

3 dixit Patrick, le Mac GYVER familial ;

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 10:13

    La Route du Rhum, édition 2014, vient de se terminer ce 3 décembre avec l'arrivée du dernier concurrent. Par sa victoire, en un temps record, Loïc PEYRON a inscrit une nouvelle page de la légende de cette course.

     Le personnage que l'on découvre ci-dessous n'est en rien l'un des concurrents de cette course. Le cadrage, le lieu et la netteté de la photo me semblaient être cependant en lien étroit avec cette aventure maritime moderne. Naviguant dans ses Antilles qu'il connait bien pour y être né, Patrick est un PARFONRY qui ne semble en rien stressé par les déferlantes que l'on retrouvent du côté des Saintes. Kaz la toujou pendan1, pas de galères en perspective, rien que la satisfaction d'être retourné là où sa vie a commencé. Aucun devoir de mémoire à enclencher comme le veut habituellement ce blog. Simplement l'occasion d'un petit clin d'oeil vis à vis de ce chef de bande qui nous apparaît erronément si solitaire. Belle image également du poète qui se cache en lui, du lecteur dont l'esprit des derniers livres abordés, que ce soit :

- Retour à Killybeggs (Sorj CHALANDON), analysant la folie meurtrière de l'IRA en Irlande du Nord,

Quand la lumière décline (Eugen RUGE), relatant l'odyssée étrange d'une famille revenue en RDA,     

Le médecin d'Ispahan (Noah GORDON), faisant découvrir le chemin de la connaissance au contact d'Avicenne,  

- 1Q84 (Haruki MURAKAMI), marchant dans les traces des ornières dévoilées dans le 1984 de Georges ORWELL ; 

peuvent se retrouver dans la phrase de Winston CHURCHILL : Rien n'est plus coûteux que la vengeance.

   Le souci actuel de l'absence de références, de nécessités de devoir recréer de nouveaux modèles, de manque de désir d'apprendre, de réinitier la culture de ses cinq sens n'ont pas de prises sur ce galérien moderne. Un mélange de Mac GYVER, de Jean BART, de Jean-François NICOT, de Philippe LAVIL, de SANTIAGO2 et de Lech WALESA

     Passe ton rhum d'abord, la devise de Paul HIGNARD, ce gamin de Saint-Malo, arrivé à Pointe-à-Pitre, après avoir lutté dans les flots plus de trente jours que le vainqueur, n'est sans doute pas limitée par l'âge. De 7 à 77 ans nous disait-on du temps de nos lectures de TINTIN.

Comme il n'a pas d'argent pour faire le grand voyageur

Il va souvent parler aux habitants de son coeur

Qu'est-ce qu'ils s'racontent, c'est çà qu'il faudrait savoir

Pour avoir comme lui autant d'amour et de regard

Il est libre Pat ! Il est libre Pat !

Y a même qui disent qu'ils l'ont vu voler3

   

      Bon rétablissement Patrick. La photo m'a été transmise par qui tu sais !  J'en ai conclu que j'avais la permission de l'utiliser à bon escient !!  

 

1 Trad. : La maison toujours pimpante (extrait de Maldon, la chanson en créole de Zouk Machine) ;

2 Le pêcheur dans le livre " Le vieil homme et la mer " d'Ernest HEMINGWAY ; 

3 Adaptation de la chanson "Il est libre Max" écrite par Hervé CRISTIANI ;

Un PARF au large des Antilles en avril 2014 (credit : ....)

Un PARF au large des Antilles en avril 2014 (credit : ....)

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 16:54

    Cet article se veut emmener le lecteur dans une réflexion inhabituelle mêlant philosophie, géographie et politique. M'écartant des chemins habituellement abordés autour de la découverte d'une histoire basée sur la recherche de la mémoire d'un patronyme. Voulant d'une certaine façon chercher à démontrer que l'étude du passé doit nous servir pour le futur. Et avoir un jardinier pour cultiver les pensées n'est pas à négliger non plus.

     L'histoire atypique qui va être racontée débute de manière assez imprévisible. A la manière d'un petit film d'espionnage, je fus emmené à côtoyer, dans un restaurant de Bruxelles, un certain John GARANG, un jour de l'année 2001

       Petite restauration, organisée, un peu à l'emporte pièce, par la responsable à l'époque de la Direction Générale de la Coopération au Ministère des Affaires Etrangères, S.E. l'Ambassadeur Cristina FUNES-NOPPEN1. Femme de caractère et de conviction, à la longue carrière d'ambassadrice menée sur les traces de son père, elle avait sollicité un petit nombre de ses collaborateurs pour un déjeuner informel avec John GARANG, le leader, à l'époque, de l'Armée de Libération du Sud - Soudan (SPLA), s'opposant au régime islamiste mis en place à Khartoum. 

      Arrivé par mes propres moyens, sans invitation officielle, l'entrée du restaurant, je le compris quelques instants plus tard, était truffée de gardes du corps. A table, même topo. La personne, placée à mes côtés , ne répondant pas à mes questions, devait très certainement appartenir aussi à ce profil. L'ambiance était néanmoins décontractée. Le but du repas était en fait de faire une présentation des différentes lignes budgétaires, allouées par la Belgique aux PVD, mais aussi de montrer que son expertise était encore bien réelle, quarante années après l'indépendance de ses colonies.  Une façon d'appâter celui qui n'était alors qu'un simple chef de guerre, rassemblant des rebelles animistes et chrétiens.  

      Quelques années plus tard, suite aux accords de paix, John GARANG  fut investi vice-président du Soudan le 9 juillet 2005. Poste qu'il n'occupa pas longtemps, périssant dans un accident d'hélicoptère2 le 30 juillet 2005. Autant l'investissement de proximité mené du côté belge que les espoirs de bénéficier de soutiens financiers étaient anéantis. 

     Oubliant quelque peu cette anecdote de rencontre, mes missions en Afrique (Burkina-Faso, Niger, Maroc, Mali, Sénégal, Rép. Dém. du Congo) se poursuivirent encore quelques années. Jusqu'à celle effectuée au Mali en octobre 2006, pour aller visionner un projet financé, via la FAO, par l'une des lignes budgétaires dont j'avais justement fait la promotion devant John GARANG. Et pour m'apercevoir, in fine, que tous les déplacements de la mission étaient encadrés par l'armée malienne, à la demande expresse de la FAO. Il ne m'en fallu pas beaucoup plus pour comprendre que la région n'était plus sous contrôle des autorités. Je revenais en Belgique avec un sentiment d'inquiétude et de positionnement assez négatif sur le futur. Ce fut ma dernière mission officielle en Afrique, décidant par ailleurs d'arrêter ma carrière en décembre  2008.

     Les années suivantes me donnèrent raison, en commençant en septembre 2010, par l'enlèvement des sept otages français dans la cîté minière d'Arlit au Niger puis par le Printemps arabe (Tunisie, Egypte, Lybie) en 2011, par la nécessité par la France, de mettre en place l'Opération Serval au Mali en janvier 2013pour terminer par l'installation au Proche-Orient d'un Etat islamiste hors-la-Loi depuis juin 2014.

    Un bref résumé de dates qui n'est pas sans marquer d'une certaine cohérence, d'une certaine continuité entre elles. Un choc sociétal dont j'avais été un témoin privilégié à une période encore relativement calme. On venait de passer le millénaire et la pensée attribuée à MALRAUX  " Le XXIème siècle sera religieux où ne sera pas " commençait hélas à hanter les discours. Choc des civilisations, guerre des religions, les mots utilisés sonnent cependant faux, si ce n'est à transmettre la peur.

     La raison profonde, que l'on veuille y croire où pas, est bien celle du manque de terres arables, du manque d'eau pour assurer une production alimentaire suffisante. Le réchauffement climatique, combiné à l'accroissement de populations, n'est plus une bombe à retardement. Nous y sommes arrivés. La hausse du prix des céréales importées a fait sauter la soupape de sécurité, déjà fort tendue par un taux de chômage élevé, une corruption généralisée et un népotisme des dirigeants. Nous qui vivons dans l'excès, n'avons pas  encore conscience de l'existence de ces contraintes.  Et comme l'accès à la nourriture est inégale, la résultante, le salut, est dans la migration ou l'utilisation de méthodes violentes. Et la cessation récente des appuis du Programme alimentaire mondial (PAM) ne viendra que renforcer le couloir de la désillusion3.

    Selon certains économistes, l'ultime effet de cette évolution se retrouvera le jour où les mouvements écologiques croiseront leurs discours avec les mouvements sprituels de nature intégristes qui commencent à prospérer dans toutes les religions4. La protection de la nature s'alliant à la protection de l'âme !! Mais pour aboutir à quelles résolutions ?  La démocratie semble en bout de course tout autour de la Méditerranée et au Proche-Orient. Le manque d'accès à l'eau devient criant5. Le droit à l'alimentation est devenu un droit de l'homme assez difficilement réalisable. Comment arriver à solutionner ce tryptique de réalisations alors que l'on s'en remet de nos jours à de simples slogans. La peur est de toute façon mauvaise conseillère pour répondre à ce genre de situation. Le Maroc est jusqu'à présent le seul pays à avoir amorti la crise de régime. L'une des raisons certainement est d'avoir misé, il y a de cela près de 50 ans sur un plan de relance de l'agriculture6. Bien qu'imparfait, il porte ses fruits de stabilité de nos jours. Mais jusque à quand pourra t-il tenir, au vu de sa croissance démographique et des subventions consenties ? Que se passera t-il si ce charmant pays succombe sous les coups des extrêmes ?

     Le problème est certe complexe. Peu de chances que l'écologie devienne une thématique majeure au Moyen - Orient à court et moyen terme. Mon but n'est pas de trouver l'idée géniale qui apporterait la solution. L'objet de cet article est de montrer le processus de réflexion qui s'est développé suite à la rencontre avec John GARANG. De simple ingénieur agronome, le déjeuner-débat m'a conduit à réfléchir sur l'importance de la géopolitique. Le Sud-Soudan est traversé par le Nil blanc et de nombreux affluents venant de la Kagera au Rwanda7. Un pion essentiel de contrôle des eaux sur ce versant du rift africain se prolongeant entre Khartoum et Le Caire. Quant à l'Etat islamique, il se positionne, avec la Plaine de Ninive, entre les terres fertiles du Tigre et de l'Euphrate. Non loin, Israël accapare le Golan syrien pour sécuriser les eaux du Jourdain. Et les conflits latents pour l'eau en Asie centrale ne nous sommes pas encore parvenus. Et pourquoi ne pas voir, dans la détermination de Boko Haram au Nigéria, la stratégie sous-jacente de contrôler les eaux douces du Lac Tchad, jadis l'un des plus grands lacs d'eau douce8. Entre ces cohérences de situations, la réalité est implacable. Puisse qu'il n'y ait pas de continuité dans les dates !!

     En créant l'Etat du Congo, englobant l'entièreté d'un bassin versant d'un fleuve, la Belgique avait, en son temps, montré la voie. Toute l'attention de Cristina FUNES-NOPPEN pour une région, à priori inhospitalière, m'est ainsi apparue comme l'héritière de cette géopolitique.  Devenu indépendant le 9 juillet 2011, John GARANG n'aura pas eu le temps de devenir le premier Président de ce nouveau pays, bénéficiant de conditions favorables pour la production agricole. Aurait-il eu le feeling, avec ce potentiel, de développer un plan de développement de l'agriculture, ce que peu d'Etats ont entrepris en revanche ?

     Augmenter la superficie des surfaces irriguées est donc crucial lorsqu'il s'agit de nourrir l'humanité (in Bruno PARMENTIER : Nourrir l'humanité, préface d'Edgard PISANI, La Découverte, réédition 2009)

   Favoriser l'investissement au niveau des petits producteurs afin de renforcer les circuits courts (in Olivier de SCHUTTER, Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation, 2014)

     Mais rien ne vous oblige à penser comme moi ...(expression reprise de Pascal de SUTTER, Pensée incorrecte, Le Vif).

1 Cristina FUNES-NOPPEN : Des hommes, des femmes, et des bêtes, Préface de S.S. le Dalai-Lama, Tome 1 et 2, Ed. Persée ;

2 N'ayant pas été revendiqué, la thèse de l'attentat n'est pas celle qui a été avancée officiellement ;

3 Et à partir de ce constat, on arrive à inscrire l'influence marquante, dans la frange sunnite, de prophéties messianiques appelant à déplacer l'épicentre du monde musulman à Damas en vue de la réalisation de la prophétie du Minaret blanc (descente de Jésus ou Isa dans le pays de Cham), avant d'aller délivrer Jérusalem ;

4 A lire, l'article de Jacques ATTALI : Ecologie et spritualité : La rencontre explosive ; Le Vif - L'Express, n° 45 du 7 novembre 2014 ; Extrait : Lorsque ces forces se rejoindront dans ce que j'ai appelé "le double vert", leur idéologie sera d'une force considérable ;

5 La Guerre des six jours en 1967, entre Israël et les pays arabes, est considérée comme la première guerre de l'eau de l'histoire ;

6 Un million d'ha irrigués, 128 barrages construits à ce jour ;

7 Même s'il ne faut pas minimiser la richesse de son sous-sol,  expliquant la forte implication des Etats-Unis dans la résolution des conflits au niveau de cette région ;

8 Partagé entre quatre pays (Nigéria, Tchad, Niger et Cameroun), ce lac, alimenté par le Chari venant de Centre Afrique, est passé en quelques décennies de 26000 km2 à 1500 km2 ; un projet d'acheminer l'eau de la rivière Ubangui, affluent du Congo, est en discussion depuis de nombreuses années ;

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 22:10

      Une petite pépite, en lien avec ce thème central de la découverte de la mémoire sur l'histoire familiale, vient d'apparaître sur le site de vente ebay, en ce mois de décembre.

     Parmi un recueil de 9 thèses ophtalmologiques, présentées entre 1918 et 1930, reliées et publiées par le docteur André HERDELO, on y retrouve la thèse de doctorat en médecine de Jean PARFONRY, petit-fils du marbrier FXP. Présenté en 1928, ce mémoire est intitulé : Traitement chirurgical du strabisme paralytique (112 pages, bibliographie), accompagné d'un envoi de l'auteur signé1.

     Diplômé de la promotion 1924 des Internes en Médecine des Hôpitaux de Paris, le parcours de Jean PARFONRY a déjà été détaillé à plusieurs reprises dans ce blog (voir articles : Jean Parfonry à l'hôpital Lariboisière ; Jean, un oeil de maître ; Jean est cité à l'Ordre de l'Armée). L'importance de ses travaux dans le domaine de l'ophtalmologie a été reconnu. Et on peut penser qu'au vu de la liste des noms des huit autres doctorants, Dr. José P. de CARVALHO, Edward HARTMANN, Gabriel P. SOURDILLE, Dr. Jacques BRUNEAU, Dr. Jean VALDMAN, Paul MICHAUD, Dr. Bernard REVERSE, Gilbert CADILHAC, il n'ait été retenu, dans ce recueil, que ceux qui avaient contribué à valoriser ce domaine de la médecine, en pleine évolution.

  Parmi ces noms, on retrouve ainsi Edward HARTMANN, avec qui Jean PARFONRY collabora en de nombreuses occasions. Et qui fut l'un de ces ophtalmologues estimés et reconnus (voir article : Le cercle des ophtalmologues disparus), notamment en créant le premier centre français de traitements orthoptiques.

      Le recueil de ces 9 thèses est mis en vente directe2, au prix de 149 €, par la librairie La Massenie, située à 11170 Montolieu (Aude), village du Livre et des Arts graphiques. On peut le découvrir à l'adresse suivantehttp://www.befr.ebay.be/itm/9-THESES-OPHTALMOLOGIQUES-1918-1930-RELIEES-ET-DEDICACEES-RARE-/381071357217?pt=FR_GW_Livres_BD_Revues_Livres&hash=item58b99f7521

1 La thèse fut éditée à l'époque par la Librairie Louis Arnette, Paris ;

2 Pour celui où celle qui souhaiterait disposer de ce recueil, il est probable qu'un contact direct avec la librairie La Massenie puisse s'avérer persuasif ;

Thèse de Jean PARFONRY (source : ebay ; credit : Librairie La Massenie - Montolieu)

Thèse de Jean PARFONRY (source : ebay ; credit : Librairie La Massenie - Montolieu)

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 16:22

     Sur le site des Collections du Musée d'Orsay (numéro d'inventaire PHO 1996 5564), on y découvre une photo sur papier albuminé (H : 18 cm ; L : 21,5 cm) représentant un revêtement de cheminée en marbre. Au verso, imprimé au tampon et à l'encre noire, il y est mentionné : Marbrerie PARFONRY sculpture, 62 rue Saint-Sabin Paris n° 119 A. La photo est datée vers 1870.

      Une simple photo qui atteste une nouvelle fois que ce marbrier fait bien partie de la liste de ceux qui ont laissé une trace indélébile de leur savoir-faire. Outre cette confirmation, déjà mentionnée à plusieurs reprises dans ce blog, le commentaire attenant nous apporte une information nouvelle, pouvant s'avérer essentielle. Comme tous les objets inclus dans un inventaire de musée, l'origine de cette photo est précisé. On y apprend qu'elle appartenait au départ au Fonds Alphonse GOSSET1. Faisant partie ensuite de la collection d'un certain Serge GOSSET, ce dernier en a fait un don manuelà l'Etat français en 1986. Il s'en suivra en 1996 une inscription sur l'inventaire photographique du Musée d'Orsay3.

Photo d'un revêtement de cheminée du marbrier FX PARFONRY (credit : Musée d'Orsay)

Photo d'un revêtement de cheminée du marbrier FX PARFONRY (credit : Musée d'Orsay)

      Si le sujet de la photo n'apporte en soi que peu de nouveaux éléments d'information, si ce n'est celui de découvrir un nouveau modèle de cheminée, la mention de GOSSET en est tout autre. Ce nom a déjà été mentionné précédemment, en relation avec Paul PARFONRY, le fils du marbrier (voir article : Paul Parfonry, l'artiste peintre).

      Sur une feuille trouvée dans la propriété de Briou du Lude, il était apparu l'une des toiles du peintre, intitulée Une tasse de thé. Et il était justement fait mention que cette peinture était la propriété de la famille GOSSET. Et sur une carte postale, à caractère publicitaire, représentant ce même tableau, et faisant partie de la collection du Museo de Historia de Madrid, on pouvait lire au dos de la carte Cigarettes St Michel, Gosset - Bruxelles (voir article : Une tasse de thé de Paul à Madrid).

     A deux reprises, ce nom GOSSET était donc déjà apparu au travers de l'histoire familiale. Cette nouvelle découverte ne peut que renforcer non seulement le lien mais aussi notre curiosité. La famille GOSSET a bel et bien été en relation avec la famille PARFONRY à une certaine époque.

     Petit rappel de ce qui est connu sur cette relation. L'histoire des GOSSET commence avec Félicien GOSSET (1844, Arbre - 1920, Bruxelles), installé à Spy, avant de créer à Bruxelles en 1885, une usine de fabrication de cigarettes, les marques Saint-Michel et Zéphyr, bien connues de tout belge d'un certain âge4. L'apparition de la localité de Spy n'était pas si anodine en soi, suite à la découverte d'un grand tableau religieux de Paul PARFONRY dans l'église de cette même localité (voir article : Signature authentifiée à Spy). L'histoire récente de cette famille GOSSET, suite à la dilapidation de l'héritage familial dans les années 1990, et la mort de Roger GOSSET en 1991, le petit-fils de Félicien (voir article : Paul Parfonry, l'artiste peintre), nous avait convaincu de la difficulté de retrouver des traces de nos jours permettant de nous expliquer l'origine de cette liaison entre les deux familles.

     Alphonse GOSSET (1835, Reims-1914, Reims), dont il est question ici, est un grand architecte ayant vécu à Reims, auteur de la plupart des monuments de cette ville (Opéra, bâtiments Champagne Pommery, nombreux hôtels particuliers, châteaux,....). Il a constitué une importante documentation rassemblant des photographies réalisées entre 1860 et 1900, dans le but de nourrir sa pratique d'architecte. Rassemblée, cette collection fut bien transmise au Musée d'Orsay en 1986. Il a également collaboré à l'Encyclopédie d'architecture, entre 1882 et 1888, au même titre que d'autres architectes français, tels Charles NORMAND et Paul SEDILLE, que l'on retrouvent en certaines occasions au contact des PARFONRY (voir articles : Paulo, pas si barbouilleur que çà !! ; Le vase du marbrier a bien existé au Palais royal à Bruxelles). Son fils Pol (1881-1953) est devenu également architecte.

     Quel lien peut-il exister entre ces GOSSET de Reims (Alphonse et son fils Pol) et la famille GOSSET (Félicien et son petit-fils Roger) en Belgique ? Qui est ce Serge GOSSET, auteur de la donation au Musée d'Orsay ? Autant de questions à résoudre. 

  1986, l'année de donation du Fonds Alphonse GOSSET, correspond en fait à l'année d'inauguration du Musée d'Orsay, considéré comme le Musée des Arts du XIXème siècle5. Même s'il existerait 11 personnages au nom de Serge GOSSET en France, la solution d'une partie de l'énigme semble avoir été trouvée au-travers de Généanet6. Serge GOSSET serait en fait un lointain cousin de Roger GOSSET. Albert (1878, Spy - 1946, Forest), le grand-père de Serge, et Camille (1887, Bruxelles-1958, Woluwe St Lambert), le père de Roger, sont deux des fils de Félicien, celui qui est à l'origine des cigarettes Saint Michel et Zéphyr.

      Quant au lien pouvant exister entre les GOSSET de Reims et la famille GOSSET en Belgique, rien n'est précisé dans les arbres généalogiques parcourus. Ce qui ne clarifie non plus le lien entre Alphonse et Serge. On ne peut croire qu'il n'y ait aucun lien de parenté pour autoriser ce transfert au Musée d'Orsay. D'autant que l'on identifie une avenue Alphonse GOSSET dans la commune de Dilbeek, près de Bruxelles, en Belgique. Qui est donc cet Alphonse, célèbre architecte de Reims,  par rapport à Félicien, le fondateur des Tabacs GOSSET à Bruxelles ? C'est ce que l'on appelle " tourner en rond " sans pouvoir disposer de la clef pour en sortir. Et donc de ne pouvoir toujours pas mieux comprendre le lien entre les familles GOSSET et PARFONRY. A moins de trouver la mémoire vive qui puisse nous extraire du cercle !!

1 Le Fonds Alphonse GOSSET comprend une importante documentation personnelle constituée de journaux, dessins, notes diverses, d'estampes et de photographies ;

2 PASQUIER Julie (2013): Adaptation constante de l'indexation de l'image à l'ère numérique : le cas de l'agence photographique de la RMN-GP, Mémoire présenté à l'Université de Bordeaux III, IUT Michel Montaigne ;

3  www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/.... , fiche oeuvre : n°86272 ;

4 Du moins pour ceux qui ont survécu à leurs nocivités (tabac brun sans filtre) ;

5 Le Musée d'Orsay possède la plus importante collection des oeuvres impressionnistes au monde ;

6 Arbre généalogique d'Elise GOSSET ;

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