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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 20:04
Acte de décès de Constance PARFONRY

Acte de décès de Constance PARFONRY

    Il semble désormais que l'on connaisse de mieux en mieux tous ces PARFONRY de la branche de Neerheylissem. Qu'ils se prénomment Jean-Pierre, Jean, François-Xavier, Paul, Ferdinand, Emile (2), Georges (2), Jacques,....., ils apparaissent régulièrement à la lecture des nombreux articles de ce blog. Les recherches entreprises, depuis plusieurs années, font croire que tout a été dit et écrit sur cette famille. Tout ou presque sans aucun doute, de ce qui est possible. Il faut espérer cependant qu'il restera des recoins non explorés qui s'ouvriront à notre connaissance soit pour satisfaire notre curiosité, soit pour témoigner sur l'évolution de la société, soit pour maintenir l'attractivité de ce blog. C'est de l'une de ces zones d'ombre qu'il sera question ici. Pour la première fois, une femme PARFONRY de naissance, avec Constance comme prénom, nous a laissé un témoignage. 

   Constance PARFONRY est la soeur cadette d' Emmanuel et de Jean, ceux qui sont à l'origine de la lignée belge pour le premier, de la lignée française pour le second. Apparue dans les actes de baptême à Neerheylissem, elle y est née un 17 décembre 1801.

    Des différents actes retrouvés1, on peut retracer quelque peu une partie de son parcours. Première surprise, elle s'est mariée le 23 septembre 1832 dans l'église anglicane Saint Mary the Virgin de Douvres, dans le Kent. Le mari est un certain Thomas Georgius BROWNE, né le 5 février 1802 à Spott en Ecosse (région d'East Lothian, située sur la côte Est)

    Peu de temps après, on les retrouvent en Belgique à Ostende, habitant 23 Kerkstraat. Dans les actes, on y lit la mention d'un fils portant le même prénom que le père, décédé le 23 mars 1833, à l'âge de 2 mois et 12 jours. Le père y exerçait le métier d'handelsbediende (trad. littérale : employé commercial). Déclaré six mois après le mariage des parents, on se retrouve dans une situation similaire à celle de Jean PARFONRY et Jeanne LALLEMAND qui s'étaient également mariés trois mois avant la naissance de François-Xavier. 

     Pratiquement une année plus tard, le 11 avril 1834, le couple déclare le décès, à l'âge de 8 jours, d'un deuxième enfant, prénommé Charlotte Julie. Et deuxième surprise, ils se trouvent cette fois à Anvers. Le père y exerçait le métier de commis négociant, signification quasi identique au métier déclaré à Ostende. Par cette découverte, on apprend donc que Constance se trouvait à Anvers au même moment que Jean, son frère aîné. Elle y a donc manifestement connu François-Xavier ainsi que les deux frères (Alexis, Paul Ferdinand) et la soeur (Maria Ludovica) de ce dernier. A ses deux enfants décédés en bas âge, on peut y ajouter, pour la même période, les trois enfants mort-nés de Jean, successivement en janvier 1833, février 1834 et février 1837. 

    Cet énoncé funeste nous apporte une vision très réelle de la situation socio-économique dans laquelle se trouvait la famille PARFONRY à cette période. A la base, on se rappellera le décès de leur père, le maître charron en 1803 à l'âge de 41 ans. Des cinq enfants de ce dernier, deux décèderont en bas-âge (Marie-Christine en 1793 et Gabriel en 1800). Seuls Emmanuel, Jean et Constance survivront, âgés respectivement de 8, 6 et 2 ans au moment du décès de leur père. Une situation loin d'être favorable pour démarrer dans la vie. Avec une différence marquante pour Jean et Constance par rapport à celle d'Emmanuel, resté quant à lui à Neerheylissem. Même si un des 5 enfants de ce dernier mourra aussi en bas-âge (Marie-Thérèse, âgée de 4 ans), les 4 autres (Henri, Joséphine, Florentine et Julie) se marieront et resteront dans le voisinage proche de Neerheylissem, signifiant par là que les conditions de vie étaient plus acceptables. 

     Une telle différence repose sur des faits historiques. Faisant suite à la croissance enregistrée pendant la période française (1795-1815) et la période hollandaise (1815-1830), avec en particulier l'extension et le libre accès du port d'Anvers, la jeune Belgique, au moment de son indépendance, dut faire face à une nouvelle fermeture de l'Escaut2 par les Hollandais, furieux d'en avoir été éjectés manu militari3. Et en particulier frustrés de ne pouvoir bénéficier des investissements réalisés dans le domaine fluvial4. Le trafic maritime à Anvers, devenu supérieur à celui de Rotterdam, avec 1028 navires enregistrés en 1829, était redescendu à 398 en 18315. Avec, comme résultat, l'existence d'une situation économique catastrophique en Flandre6, alors que, pendant ce temps, le sud du pays bénéficiait d'un début de croissance résultant de la présence d'une nouvelle industrie, installée le long du sillon Sambre et Meuse7. La crise dans le monde agricole, faisant suite à de mauvaises récoltes en Hesbaye, avec la conséquence d'une migration importante vers le Wisconsin, ne surviendra qu'un peu plus tard.

   Du parcours décrit de Constance, on peut en déduire qu'il est évident qu'elle ait envisagé de migrer. Son mariage à Douvres l'atteste. Mariée dans une église anglicane, elle s'était probablement convertie. Pour quelle raison est-elle revenue à Ostende en 1833, puis à Anvers en 1834, alors que la situation économique se détériorait ? L'origine écossaise et le secteur d'activités de son époux en sont probablement l'explication. Croyant encore bénéficier d'une situation favorable, ils sont revenus dans les Flandres. Et manifestement, ils y resteront sans qu'on en connaisse plus. Le mari, Thomas Georges BROWNE est décédé à Courtrai le 19 octobre 1851, à l'âge de 48 ans. Quant à Constance, elle est décédée à Tournai, rue Saint Jean, le 9 juillet 1869. Agée de 67 ans, sans profession, elle.devait habiter seule car son décès fut déclaré par deux voisins, tous deux lieutenants au 5ème Régiment de ligne8. Les villes de Courtrai et Tournai étant distantes l'une de l'autre de 35 km, on peut penser que les époux sont restés proches jusqu'au décès du mari, 18 années plus tôt.

     Il y a peu de chances de retrouver dans d'autres documents des informations sur la vie de Constance. A t-elle perpétué des contacts avec François-Xavier, son neveu parti à Paris, et avec la descendance d'Emmanuel restée à Neerheylissem ? Les souvenirs, s'il y en a eu, se sont évanouis à jamais. Seul élément pertinent, Constance a été la seule à unir deux fleuves, anticipant ce que Bernard PIVOT considérera comme une quasi normalité près de deux siècles plus tard.

 

1 Site familysearch.org ;

2 La particularité d'Anvers est d'être un port intérieur, en bordure de l'Escaut ; l'embouchure du fleuve sur la Mer du Nord est située en aval, en traversant sur son parcours le territoire des Pays-Bas ;

3 Le 27 octobre 1830, l'armée hollandaise, sous l'impulsion de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, bombarda Anvers comme dernière représaille ;

4 Avec la canalisation de plusieurs voies d'eau et le percement de nombreux canaux ;

5 Wikipedia : Anvers ;

6 Avec la réduction du commerce avec les colonies, la fermeture aux marchés hollandais et indonésiens et la quasi fermeture de l'industrie textile gantoise ;

7 La réouverture du port d'Anvers ne se fera qu'en 1863 ;

8 Cette présence de militaires s'expliquant par la proximité de la Caserne Saint Jean ;

    

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 12:06

   Quoi de plus naturel en somme de découvrir une nouvelle montre de l'horloger Emile PARFONRY de Bruxelles. Plusieurs articles de ce blog en avaient déjà relatés l'existence (voir articles : Emile, l'horloger et la Boîte du Roi ; Le parcours d'une petite montre en or ; Avec le double portrait de Léopold II ; Encore une montre de l'horloger ; .....). Un modèle cette fois encore différent des précédentes découvertes. Retrouvée via le site eBay, il s'agit dans ce cas d'un cadran de 32 mm de diamètre, en émail, avec des aiguilles en or. Et particularité supplémentaire, à l'intérieur, outre le nom et l'adresse, on peut y lire : Médaille d'or Paris 1889.

  Obtenue lors de l'Exposition Universelle de Paris de 1889, celle qui fêtait le centenaire de la Révolution et marquée par la construction de la Tour Eiffel, cette médaille est totalement inédite, en raison de sa date d'obtention. C'est en effet le modèle de montre le plus ancien retrouvé de l'horloger Emile PARFONRY. Celles détaillées jusqu'à ce jour ne remontent pas avant 1900.

    Autre particularité, selon les éléments apportant certaines explications sur cette Exposition, la Belgique n'était pas représentée par un Commissaire officiel. Un différent entre Léopold II et le France existait à cette période concernant une querelle de délimitation frontalière entre les deux Congo, via les explorateurs H.M. STANLEY et P. SARVORGNAN De BRAZZA (voir article : Emile PARFONRY au milieu du conflit STANLEY-De BRAZZA). Malgré ce déni, la Belgique était bien présente officieusement sur une superficie totale de 13 000 m2. En évidence la partie industrielle était assez prédominante avec le textile, l'armurerie, la verrerie, Solvay, la marbrerie, les produits alimentaires, l'installation complète d'un puits de mine et un plan complet du port d'Anvers. Mais pas vraiment de stand dédié à l'horlogerie.

   Mais ou donc pouvait avoir exposé notre horloger. Attesté comme Magasin suisse, pour certains de ces produits, il est naturel de penser que c'est dans le pavillon de ce pays qu'il était présent probablement. Avec ses 6500 m2, la Suisse présentait entr'autre 160 exposants en horlogerie, avec des modèles inconnus jusqu'à ce jour. Un indice qui tend à indiquer que notre horloger entretenait des relations avec des fabricants de ce pays, bien avant qu'il n'utilise dans le mécanisme de ses montres, le célèbre brevet MOERI 7547, déposé seulement en 1893.

    Détail insolite, un début de concentration commence à se faire remarquer sur la provenance des objets retrouvés au niveau de la famille PARFONRY.

   Cette dernière montre provient d'un magasin d'antiquités installé à Pirmasens, en Rhénanie Palatinat. Précédemment, un tableau (voir article : Une peinture de Paul en Allemagne) avait déjà été retrouvé dans le länder de Rhénanie du Nord - Westphalie. Outre le fait que ces deux lands sont situés à proximité des frontières franco-belge, comment ne pas y voir un lien avec le lieu dans lequel Georges PARFONRY a été enfermé pendant la guerre 14-18 (voir article : Georges, prisonnier à Meschede). Le camp de Meschede se situe dans ce même länder. Par la suite, de par sa connaissance de l'allemand, il a ouvert, après la guerre 40-45, l'agence IBM de Düsseldorf, la capitale de ce land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Telle une enquête policière, les coïncidences constatées s'avèrent assez troublantes pour que l'on n'y décèle une piste de cohérences.

 

La montre ayant obtenu la Médaille d'or à Paris en 1889
La montre ayant obtenu la Médaille d'or à Paris en 1889

La montre ayant obtenu la Médaille d'or à Paris en 1889

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 18:20
Les livres Quelle famille.2 ! sont prêts à être envoyés

Les livres Quelle famille.2 ! sont prêts à être envoyés

      Après une première version restreinte en nombre de pages (voir article : Une vraie histoire de famille expliquée), en voici une seconde beaucoup plus consistante de 108 pages. Quelle famille. 2 ! tel est son titre1. Un beau bébé qui pèse 750 gr et mesure le format A4. Macaline, la dynamique Mamy de Saint-Savin a remis le couvert. Avec l'appui d'Agnès cette fois, pour fédérer et motiver, elles ont peaufiné une édition beaucoup plus personnelle, dont le caractère plus social, plus humaniste et plus moderne transcende par rapport à la précédente. S'appesantant à la fois sur l'histoire familiale de toutes ces épouses de diverses conditions mais aussi sur cette huitième génération de Parfonry, la nôtre, qui en constitue désormais le socle, elles se sont attelées à la sauvegarde de la mémoire familiale et historique. La collaboration de chacun a été demandée afin de rendre sa lecture plus vivante, plus actuelle, plus instructive.

    Moins imprégnée toutefois de la période de l'Ancien Régime, on y découvre l'histoire d'une famille française traversant les courants artistiques, les guerres, l'évolution des moeurs, se réappropriant les mémoires, les souvenirs et les nouveaux liens actuels. Chacune des branches qui s'y est associée a manifestement emmené des éléments instructifs et constructifs à ce parcours.

    Après avoir lu avec attention ce document, les maîtres-mots qui en ressortent sont indéniablement : passion, travail, amour, loisir, mouvement, rénovation, patriotisme. Difficile de les classer selon un ordre de priorité car tout est un peu à l'excès dans cette famille. Mais les explications détaillées ci-dessous me semblent présenter une progression en relation avec ces excès.

  Passion dans la recherche de toutes ses choses de la vie qui agrémentent le quotidien, que ce soit dans la conquête du Cervin, dans l'écriture de livres de cuisine, dans l'observation de la nature et de la forêt solognote en particulier, dans le militantisme syndical et politique, dans les traversées à la voile, sous les jupes des filles.

   Travail, parfois par nécessité pour obtenir le consentement du futur beau-père, mais surtout par ce besoin de se tester, d'apprendre, de prendre des responsabilités pour résoudre la quadrature du cercle de la recherche d'un certain bien - être.

  Amour  d'autrui, de son autre mais surtout amour dans les rencontres, dans l'amitié consolidée. Le document foisonne ainsi de ces listes de noms qui sont désormais imprégnés à jamais dans le souvenir.

   Loisirs de vacances le plus souvent partagés en famille ou avec des amis. L'une de ces constances qui continue à perdurer de nos jours. L'étranger avant tout. On va en Chine bien avant tout le monde, on crée une liaison régulière avec l'île Rodrigues et avec Pointe-à-Pitre. On se balade en Russie et en Arménie et on visite l'Uruguay comme voyage de noces. Pour les séjours nationaux, la mer reste non pas la priorité mais quasiment l'obsession. Ils y sont sans arrêt dès le plus jeune âge, que ce soit dans la bleue, sur un voilier, aux bords des océans ou en plongée. 

    Rénovation, ou plutôt, dans leurs cas, l'envie perpétuelle d'avoir un chantier de gros travaux. S'en référer à des vies non conformistes en somme. Vous leur donnez un terrain, quelques murs en pierres et quelques outils, ils sont ivres de joies. Et ils vous invitent en même temps à venir passer quelques jours de détente au milieu des gravats. 

   Mouvement, c'est à dire les changements perpétuels de résidence, la condition pour satisfaire plus aisément le critère précédent. Des gens qui ont la bougeotte comme on dit chez nous. La Poste a eu du mal à les suivre. Ils sont probablement fichés comme faisant partie des gens du voyage. Avec par dessus tout une championne de ce style qui n'en a peut être pas fini après 26 déménagements.

    Patriotisme, y incluant un engagement véritable pour la défendre, cette patrie, cette nation française. Une liste de combattants, de médaillés sans pareils, pour les deux guerres (et même celle de 1870 si on remonte l'arbre des belles-filles). Que ce soit en 14-18 et en 40-452, ils ont reçu de nos jours, tous ces Parfonry, un héritage unique leur permettant ce choix de liberté qu'ils insufflent à merveille.  

     Cette famille PARFONRY de France s'est définitivement détachée de la période des particules, retrouvant sa propre particule élémentaire, toute imprégnée de savoir-faire, de créativité, de joies, de souffrances. S'attachant malgré tout à conserver quelques mobiliers, peintures, objet artisanal, mouchoir brodé pour assurer ce partage de cet héritage. Avec comme petit rappel, à la source François-Xavier, ce migrant belge, marbrier d'art, déjà agrafé d'une Légion d'honneur en 1881, qui jette les bases de ce parcours hors norme. Ses descendants ne cessent de se fondre dans les moeurs de ce pays qu'il apprivoise rapidement. Y apparaissent bien volontiers, par mariages, des particules de terroir non aristocratiques, des artistes peintres, des écrivains, des acteurs, des photographes, des artisans bref toutes ces professions qui permettent le transfert des idées en sortant des conventions. De ce cadre de rencontres, est né cette envie de ne pas décevoir, de s'intégrer à cette France, quitte à oublier le nom de ce petit village du Brabant wallon d'où ils sont partis. Ne le retrouvant par bonheur que bien plus tard (2006) grâce à ce lointain cousin, ce poor lonesome cowboy, resté hélas, bien seul, en Belgique. 

     Et de cette Belgique qui les a vu partir, force est de constater que les références sont presqu'énigmatiques dans les souvenirs. Un seul ose citer Adamo dans la liste de ses chanteurs préférés. Même Brel, qui a chanté ce plat pays qui fut le leurs, n'a pas droit à une seule mention. Seuls points communs finalement de souvenirs, on relève le disco de Travolta, la chanteuse Patty Smith, Venise, Camaret, les Peugeots 203 et 404 des parents, la pluie sur les carreaux, les crêpes bretonnes et in fine la Guadeloupe. Trop peu de choses, en somme. On aurait pu envisager qu'ils fassent référence à des chansons comme Le ciel, le soleil et la mer (Sacha Distel), La Mer (Charles Trenet), La bande à Jojo (Joe Dassin), Place des Grands hommes (Patrick Bruel), Belle-île-en-mer (Laurent Voulzy), Il est libre Max (Hervé Cristiani), Mrs Robinson (Simon and Garfunkel), Hey Jude (The Beatles), I can't stand myself (James Brown). Rien de tout cela. 

    Ils ne connaissent pas non plus la Mer du Nord, ni Pairi Daiza, ne situent plus bien Waterloo, ne savent pas que Mons est capitale européenne de la culture en 2015, sont étonnés qu'on puisse relier deux villes belges importantes en moins d'une heure. Et ne se rendent jamais au Luxembourg, ce pays que chaque belge ne manque pas d'aller visiter au moins une fois par an. 

     Pourquoi un tel décalage ? Manifestement, ils ont bien apprécié, pour certains, Mai 68, l'élection de Mitterand à la Présidence en 1981 et probablement, sans le mentionner, le Programme commun avec ce gugusse de Marchais. Les implants laissés par les générations antérieures ont du quelque peu s'estomper dans les gaz lacrymogènes, la loi Badinter et le main dans la main Mitterand - Kohl. Même si on lit qu'un des leurs, le dernier représentant des bonnes manières d'avant le yéyé, le babyboum, s'est fait appeler Faon Louis XV chez les scouts. Avec un tel qualificatif, habituellement attribué en adéquation avec le caractère, on ne peut qu'être rassuré d'y retrouver l'alliance entre la nature et la Patrie qu'elle soit qualifiée de Fille aînée de l'Eglise ou d'Etat laïc peu importe.

       Le document comporte pas moins de 700 photos, excusez du peu. Forcément, pour 108 pages, la littérature en prend pour son grade, elle qui a perdu de sa superbe, de son identité de nos jours, via l'usage des SMS. En définitive moins de textes, moins de phrases à la construction classique. Surtout des flashes, des moments de vie, les temps forts de la vie de chacun, des rencontres (nombreuses), des préférences, des ambiances à la pelle, bref une liste importante de petites choses que le lecteur est prié de remettre en place selon sa vision, son recul sur cette extraordinaire histoire familiale. L'essentiel de ce support est de transmettre cette histoire, comme si on prenait le temps de ré-écouter une conversation interrompue3.

    Une histoire qui ne peut être racontée de manière linéaire. Comme les mythes grecs, tels les épopées d’Homère ou d’Hérodote, elle opère par boucles de telle sorte que chaque élément, chaque personnage a droit à une histoire dans le récit. Au lecteur à trier selon son parti pris entre tous ces personnages retravaillés au travers d'un oeil de boeuf laissant filtrer la lumière des combles du grenier. Chacun a transmis, via sa lucarne, ce qu'il considérait comme perméable. Selon le poète, les traces sont suffisantes. En estimant que cet article n'a pas déséquilibré la mise à nu qui de toute façon est limitée aux visions personnelles.

   Au final, une famille française assez éloignée de l'image traditionnelle du français moyen, béret sur la tête et baguette dans la main. Une vraie famille française, parfaitement en symbiose avec son vécu. Fait-elle partie de ces familles qui, comme les qualifie Bernard PIVOT, doivent Etre nées de deux fleuves. Procéder de l'un et de l'autre par ses gênes4 ? Pas évident d'aller dans cette direction quand on habite sur les bords du Cosson, de la Garonnevoire là où il n'y a pas de fleuves. Les traces des sillons qui se sont creusés restent toujours assez fermes. Seul, un nom basque, bien isolé dans la séquence de tous ceux énumérés, y apparaît comme un nouveau marqueur. L'indivision de Briou et la présence dans la rue Jouffroy sont dans la continuité du chemin tracé par les aînés. Et si la première photo floutée du livre nous montre la maison de la rue des Charrons à Neerheylissem, le long du Geer, sous-affluent de l'Escaut, la dernière, de même nature, fait référence à la propriété de Briou, le long du Cosson, sous-affluent de la Loire. Entre les deux, via Anvers et Paris, quelques 250 années que nous détaillent ce livre sans avoir réellement répondu au constat de l'écrivain. 

     Plus éloquent et représentatif de l'évolution de la société, les alliances ne sont plus aussi durables. Si la huitième génération en a vu l'apparition, la suivante, la neuvième, en poursuit le schéma, sans être malgré tout à un niveau que les statistiques affolent.

     Famille ravie toutefois d'avoir pu faire revivre la dernière fibre qui la reliait à son origine. De revoir ce petit village à la consonance flamande que Jacques était le dernier à connaître. Un échange de lettres, une rencontre à Briou et quelques dizaines de ti-punch plus tard à Gissac, l'osmose se créait. Caroline et Agnès n'ont pas omis, je les en remercie, d'insérer en première et dernière page quelques photos de ces rencontres franco-belges de part et d'autre de la frontière. Elles font indéniablement partie de ce patrimoine. J'ai même droit à une première biographie succincte.

   Retour non sur la Terre promise mais sur les terres de ce rescapé de la justice du Moyen-âge. Celle qui aurait pu empêcher que cette belle histoire de famille ne se réalise. Il est le père du maître charron dont la profession a donné son nom à la rue de ce village de Neerheylissem. 

   Et le livre se termine, tout naturellement, par quelques recettes, riches d'odeurs mais surtout d'images rappelant des moments intenses d'émotion, de partage comme le souhaite l'introduction.

  A ta santé Jacques !! Damoiseau ou Bologne, comme on veut. Je n'en ferai pas une maladie.

  A quand le Tome 3 !! 6 . Reste à rédiger un pitch afin d' intéresser un scénariste, un producteur pour mettre en forme cette épopée inédite. 

 

1 L'édition de ce livre coïncide avec les 7 années de création de ce blog ;

2 Plusieurs articles du blog reprennent ces faits d'armes des deux guerres ;

3 Cette phrase m'a été soufflée dans l'oreille par Caroline ;

4 Bernard PIVOT : Les mots de ma vie, Albin Michel, 2011 ;

5 PIVOT ajoute même cette phrase "N'être que de la Garonne ou du Nil limite l'horizon et l'ambition" . Il y en a qui vont s'obliger à devoir réagir sur cette phrase ;

6 Des commandes, via ce blog, peuvent être faites pour le Tome 2 qui devrait être réédité, vu la demande ;

 

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 12:58

   S'il y a bien un coin de vie qu'il est difficile d'aborder, c'est bien celui de l'adolescence. La période la plus secrète, la plus personnelle, la moins professionnelle, la moins résiduelle, la plus cachée ne laissait, jusqu'à l'apparition des réseaux sociaux, que bien peu d'espace dans les bibliothèques et dans les souvenirs familiaux.

  C'est donc une énorme surprise que de retrouver une simple photo jaunie qui ouvre à notre connaissance cette période de l'adolescence d'un des personnages de cette saga. Loin d'être un inconnu pour moi car il s'agit de Georges, mon père. Nous l'avions récemment retrouvé, via son menu de communion solennelle, à l'entrée de cette période qui favorise, dit-on, la prolifération des boutons (voir article : Un menu de communion très copieux)

    Sur cette photo, on découvre un personnage féminin, grande et mince, d'un style vestimentaire qu'on peut qualifier de chic et bon genre. Elle est photographiée devant un monument imposant difficilement identifiable. Sur les quatre côtés de la photo, on peut y lire ce qui doit être le mois et l'année de la prise de vue. Nous sommes en juillet 1937 mais pas nécessairement de ce côté de la Mer du Nord. La date se lit et se prononce plutôt July One thousand nine hundred and thirty seven. Car première surprise, on se trouve vraisemblablement devant une personne qui réside sur l'autre rive de la Manche, quelque part dans le Royaume de sa Gracieuse Majesté britannique.

   Qui est-elle ? Comment cette photo s'est-elle retrouvée parmi l'une de ces boîtes à biscuits en fer dans lesquels mes parents en avaient rassemblés pèle mêle plusieurs dizaines couvrant une partie importante de leur vie respective et commune. Cette photo a du d'ailleurs échapper à ma perspicacité, ayant fouiné à plusieurs reprises dans ces boîtes au cours de ces dernières années. La confondant indéniablement avec la série des photos que ma mère avait rassemblées sur ses amies d'adolescence. 

    C'est à la lecture du verso qu'une autre surprise vint s'ajouter. Ecrit à l'encre, dans le coin supérieur gauche, en oblique, on peut découvrir l'intitulé suivant :

               Elizabeth Cundy   Age 15      1937

              To a Dear Friend    Georges Parfonry

    En 1937, âgé de 16 ans, Georges suivait les cours de l'Athénée de Jodoigne, section gréco-latine. Voilà finalement tout ce que l'on pouvait dire sur lui. 

   En découvrant le verso de cette photo, la question qui en découlait, par rapport à mon travail de mémoire, s'avérait simple. Y avait-il un inconvénient, une indiscrétion, un obstacle à la faire paraître sur ce blog ? Ce n'était pas une amie d'adolescence de ma maman. Y avait-il une attitude irrévérencieuse de montrer cette information ? 

    Nullement selon moi. Georges, comme tous les adolescents, aime se faire des amis et amies. Tout au plus, peut - on parler d'un flirt de vacances, d'une rencontre imprégnée d'émotions. En somme rien de bien disparate par rapport à n'importe quel adolescent. La seule différence, c'est que Georges nous a laissé, non des preuves, mais une trace de cette période de sa vie. Trace qui fait partie intégrante d'une vie normale mais qui reste malgré tout assez rare à découvrir. Ce qui rend par conséquent cette photo très forte, très parlante en tant que témoignage assez unique de cette période de l'adolescence peu avant la guerre. Un rapport manifeste avec le contexte sociétal de ce blog, l'une des charnières dans le descriptif des articles. 

Photo et message d'Elizabeth CUNDY de juillet 1937Photo et message d'Elizabeth CUNDY de juillet 1937

Photo et message d'Elizabeth CUNDY de juillet 1937

    Les seules questions académiques que l'on peut se poser sont au nombre de trois.

1. Qui est cette Elizabeth CUNDY ?

On retrouve ce prénom et ce nom dans certains arbres généalogiques sans véritablement pouvoir faire un lien. Il est toujours présent de nos jours. Si elle vit encore, elle devrait avoir 93 ans.

2. Devant quel monument, Elizabeth CUNDY, est-elle photographiée ?

Dans un premier temps, et vu la version anglaise de la date, on peut imaginer qu'elle a été prise en Angleterre. Comme alternative, et j'enclin à la privilégier, on pourrait envisager que Georges ait pris lui-même cette photo (Bruxelles !!) qui aurait été développée par la suite en Angleterre. 

3. Quelle circonstance est à la base de cette rencontre ?

Sachant que Georges n'a jamais mis les pieds en Angleterre et que son maniement de la langue anglaise était certainement très inférieur à celui du néerlandais (plus exactement du patois flamand de la région de Tirlemont), l'opportunité qu'il ait été un Dear Friend est assez étonnante1. Les explications, qui seraient apportées sur cette dernière question, nous sembleraient les plus constructives pour permettre de cerner d'un peu plus près Georges.

   Le seul lien explicatif, à ce jour, réside dans son affection qu'il portait à son professeur Michel BRIQUENEER (voir article : L'influence de l'école moyenne de Jodoigne). Avant d'enseigner le grec et le latin à l'Athénée de Jodoigne, cette personne était avant tout membre de la War Resisters' International , organisation pacifique dont le secrétariat est basé à Londres. De plus le nouveau Président, désigné en cette année 1937, est précisément un anglais répondant au nom de Georges LANSBURY, originaire du comté du Suffolk, et ancien leader du Labour Party. Lien, à vrai dire, assez ténu entre Georges et Elizabeth CUNDY, la piste me semble toutefois plausible. 

Des réponses aux trois questions sont attendues sur la base des maigres indices énoncés. Y a t-il encore quelqu'un qui connait ou a connu cette Elizabeth CUNDY ?

   Extrapolant le cadre et la période de cette photo, une simple réflexion m'amène à me dire que les seules traces de mon adolescence risquent d'être confinées uniquement dans ma mémoire et donc destinées à ne pas être transmises. Si c'est le cas, doit-on se résoudre à laisser flou cet espace de libertés ? Car toute initiative d'écriture de ma part ne serait que pure vanité. Pourquoi s'efforcer de transmettre des soi-disantes preuves alors que l'environnement n'a pas jugé utile de laisser des traces ? Du moins, c'est ce que j'en ressens.

  Par contre, avec le développement des réseaux sociaux, les traces risquent de ne plus être des moments inédits assez ponctuels mais plutôt des tranches répétitives qui s'accumulent comme des preuves parfois un peu gênantes. 

 

1 Pour Georges, la langue anglaise se résumait dans l'expression : Tu écris caoutchouc et tu prononces Elastic (ou l'inverse) ;

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 18:44

     A l'occasion du récent périple de nos cousins français, un circuit a été organisé dans le Brabant wallon de l'est, terre de nos aventures généalogiques. Le parcours prévoyait de passer en préalable par le village de Spy. Non pour aller visiter le tout nouveau et sympathique Musée dédié à l'Homme de Spy, ce contemporain de l'Homme de Neandertal qui aurait pu et du prendre sa place dans la séquence de l'évolution, mais bien, comme cela avait été entrepris lors de visites antérieures (voir article : L'odyssée nordique de Pat et Caro), pour voir le seul tableau à caractère religieux de Paul PARFONRY, une copie d'une peinture de RUBENS, qui est présent à l'intérieur de cette église de village (voir article : Signature authentifiée à Spy). 

     Malheureusement, le bâtiment est de nos jours interdit en raison d'un risque de chutes de pierres. Un contact préalable avec la Fabrique d'Eglise n'a pu aider pour nous permettre d'y accéder. Pour m'apaiser, il m'a été dit que l'endroit où se situe le tableau n'est pas celui qui présente le plus d'inquiétudes. Le problème, est sans équivoque, celui de trouver les fonds pour permettre de remédier à la situation. Patience et longueur de temps, en souhaitant pouvoir revoir un jour ce tableau.

      Quittant Spy pour rejoindre Gembloux et son ancienne abbaye bénédictine au sein de laquelle s'est installé avec élégance la Faculté des Sciences Agronomiques depuis 1860, l'idée m'est venue de passer par Mazy. Déjà mentionné précédemment (voir article : François-Xavier est venu à Mazy), ce village est connu pour sa production de marbre noir. Lucien, un des frères HUVE qui étaient associés à François-Xavier PARFONRY, s'y est marié le 21 juillet 1891 avec Cécile DEJAIFFE, la fille de l'une des plus importantes marbreries de l'endroit1. Appartenant à cette famille DEJAIFFE depuis 1866, cette marbrerie produisait du marbre noir (ou marbre de Golzinne), l'un des plus recherchés pour des pièces de décoration de qualité supérieure. François-Xavier avait utilisé ce marbre noir pour une cheminée présentée lors de l'Exposition Universelle de Paris de 1867 (voir article : François-Xavier PARFONRY : lien possible avec la Belgique). Compte tenu des dates, il en fut sans aucun doute l'un des premiers clients. 

     Le long de la voie de chemin de fer Gembloux - Tamines, apparaît encore de nos jours les vestiges de cette carrière DEJAIFFE, restée en activité jusque les années 1990. Au-dessus du bâtiment, on peut encore y lire l'inscription MARBRES DEJAIFFE FRERES MARBRES. Résilience probable de la vision de notre ancêtre, arrivant de Paris pour choisir ses marbres, je n'ai pas manqué d'en prendre un cliché pour l'introduire dans la liste des lieux appartenant à l'histoire de la famille.

     Poursuivant notre chemin, quelques dizaines de minutes plus tard, nous arrivons à Gembloux où, comme à mon habitude, je ne manque pas de faire visiter les magnifiques lieux de cette Faculté où j'ai suivi les cours. En se promenant dans les spacieux jardins et espaces verts, on découvre comme par magie, une stèle triangulaire en marbre noir de Mazy. Offerte par la S.A. de MERBES-SPRIMONT, laquelle a succédé à la famille DEJAIFFE, elle a été installée à l'occasion des 150 ans de présence de la Faculté des Sciences Agronomiques2 dans cet endroit (1860-2010) et du 22ème TELEVIE (1989-2010), organisation caritative3  levant des fonds pour la recherche contre le cancer, la leucémie, et dont la cheville ouvrière est Arsène BURNY, professeur à cette même Faculté. En 1972, j'ai eu la chance de faire partie de la première fournée d'étudiants à qui il donnait son nouveau cours de biologie moléculaire, inédit à l'époque. Outre une méthode d'enseignement plus interactive, il apportait ce renouveau dans la connaissance des cellules, découlant notamment des recherches de WATSON et CRICK sur la structure hélicoïdale des chromosomes. Sa présentation du Cycle de KREBSm'est restée longtemps comme un moment intense de l'étude de cette nouvelle science de la vie. Avec au final l'un de ces professeurs passionnants que l'on garde en mémoire et qui donnent la gourmandise de connaissances. Comparativement, jamais une intégrale, un sinus, un cosinus ne m'ont donné l'envie de jongler, de rêver avec les mathématiques. En plus, tout en étant ingénieur, aucune de ces formules ne m'ont été d'un quelconque secours dans la vie, ni selon moi à formuler un quelconque jugement5

    Réalisant que cette pierre était l'expression visuelle de sa passion pour remonter le chemin de ces aïeux, Agnès donna un doux baiser sur ce marbre noir de Mazy. Comme tel, l'émotion dans ce geste est, aux côtés de la poésie accessible et de l'expression artistique, l'un des trois visages de la passion. Ce qui ne fut pas, comme le confirme la photo, ma réaction, ni celle de Michel. Mais depuis le best-seller de John GRAY, on sait désormais que les hommes viennent de Mars et les femmes de Venus !!!

Le circuit du Marbre Noir de Mazy passe par la Faculté Agronomique de Gembloux (credit : Martine LEMAIRE)
Le circuit du Marbre Noir de Mazy passe par la Faculté Agronomique de Gembloux (credit : Martine LEMAIRE)
Le circuit du Marbre Noir de Mazy passe par la Faculté Agronomique de Gembloux (credit : Martine LEMAIRE)

Le circuit du Marbre Noir de Mazy passe par la Faculté Agronomique de Gembloux (credit : Martine LEMAIRE)

      Préférant finalement revivre l'émotion de l'un des derniers moments de mes études dans cette Faculté, je fis une diversion en m'asseyant sur une de ces travées en bois de l'Auditoire de la Chaire de Pédologie6, à l'endroit ou, début du mois de septembre 1973, s'y trouvaient assis les trois professeurs émérites qui étaient chargés de juger de ma thèse de fin d'études. Il y avait Frédéric HENDRICKX, professeur de phytotechnie tropicale, un ancien de l'INEAC7, Victor TONNARD, professeur de géologie, minéralogie et géomorphologie, Pierre DAGNELIE, professeur de statistique appliquée et pionnier en Europe dans ce domaine, trois valeurs sures dans leur domaine d'enseignement et d'expériences. Sans oublier le passionné Paul MATHIEU, l'assistant pédologue qui m'avait proposé le thème de cette thèse, réalisée en Belgique, bien loin des conditions climatiques qui encadraient l'orientation tropicale de mon choix de spécialisation. La défense de mon Etude du milieu physique et agricole de la région herbagère liégeoise. Contribution à une détermination des classes d'aptitude des sols pour la culture du maïs fourrage dans le secteur Spa-Verviers, titre de ma thèse8, fut probablement suffisamment convainquante et passionnante pour que l'on me délivre, avec distinction, le sésame pour travailler en Afrique.

     Et pour nous démontrer que le hasard n'existe pas, la découverte de l'existence d'une publication intitulé Le Marbre noir de Mazy ,  rédigée par Victor TONNARD précisément, pourrait nous faire imaginer que la boucle est bouclée. Elle serait disponible à l'Office Gembloutois du Tourisme. A moins qu'à sa lecture, on y apprenne que d'autres traces restent à retrouver !! Pour continuer avec passion à alimenter le blog.

 

1 Acte transmis aimablement par M. Philippe JOSIS du Groupe Gembloux Généalogie ;

2 Désormais dénommée Gembloux Agro-Bio Tech ;

3 Equivalent au TELETHON en France

4 Cycle de KREBS : cycle important du métabolisme des glucides de tous les organismes vivants aboutissant, à partir d'acide citrique, à libérer de l'énergie dans les cellules et du CO2 ;

5 Les quelques idées émises font suite à la lecture d'un article sur le philosophe Vincent CESPEDES " La jeunesse européenne traverse une crise de la passion ", Le Vif-L'Express, n° 3341 du 17 au 30 juillet 2015 ;

La nouvelle dénomination de Pédologie est Sciences de la Terre ;

7 INEAC : Institut National des Etudes Agronomiques du Congo belge ; cet institut a été l'organisme de recherche reconnu mondialement pour ses travaux sur les cultures tropicales ;

8 L'option qui m'avait été proposée consistait à effectuer un travail de recherche fondamentale dans une serre tropicale de la Faculté, ce qui ne m'emballait pas vraiment ;

 

Dans l'auditoire de Pédologie à la Faculté des Sciences Agronomiques de Gembloux en juin 2015 (credit : Martine LEMAIRE)

Dans l'auditoire de Pédologie à la Faculté des Sciences Agronomiques de Gembloux en juin 2015 (credit : Martine LEMAIRE)

Acte de mariage de Lucien HUVE avec Cécile DEJAIFFE du 21 juillet 1891 à Mazy

Acte de mariage de Lucien HUVE avec Cécile DEJAIFFE du 21 juillet 1891 à Mazy

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 12:39

  La nourriture reste un des éléments privilégiés de la convivialité. Depuis la nuit des temps, le partage autour d'un bon repas a toujours servi de lieu de réjouissances. Si le repas de Noël constitue de nos jours l'un des moments phares de ce partage de nourriture, d'autres occasions remplissent ce rôle d'affuter nos sens du goût, de la vue, de l'odorat, voire du toucher. Seule l'ouïe ne semble pas être conviée à ce partage.

    Même si beaucoup de ces repas rassemblent en petit nombre des membres proches d'une famille, ils coïncident le plus souvent, pour une échelle d'invités plus importante, à une fête religieuse. Force est de constater que l'héritage des philosophes grecs, pérennisé au travers du siècle des Lumières, ne s'est pas beaucoup appesanti sur ce genre de bonheur terrestre. Promouvant les connaissances et luttant contre l'obscurantisme, ils ont laissé en quelque sorte la voie libre aux célébrations festives lors des sacrements divins. 

   De ma jeunesse passée dans ce Brabant wallon de l'est, terre de nos aventures généalogiques, le souvenir du repas de la Pentecôte, le jour de la procession à Sainte Ragenufle1 dans le village d'Incourt, dans la famille de ma maman, est ainsi resté comme un héritage. L'un de ces instants où la notion de repas ne se limite pas à un simple casse-croûte. Le credo de favoriser ce qui est facile et rapide, ayant donné de nos jours le turbo aux barbecues et autres fondues, ne faisait pas encore partie du vocabulaire de nos aïeux. Un repas familial devait être non pas copieux mais très copieux. Quitte, vu les longues périodes en position assise, à alimenter les débats dans les domaines que n'ont pas manqué de reproduire Les Chevaliers du fiel dans leur Repas de famille. Hélas, aucune photo, aucun document ne permet aujourd'hui de donner une représentation de ces journées. 

    La découverte d'un menu de communion solennelle, celui de mon père en mai 1931, soit quelque vingt années avant les agapes de la Pentecôte, apporte malgré tout les éléments constitutifs d'un tel repas. Sa lecture nous permet de se replonger dans ce monde du terroir qui n'a plus de prises sur notre rythme de vie.

Menu pour la  Communion Solennelle de Georges PARFONRY en mai 1931 Menu pour la  Communion Solennelle de Georges PARFONRY en mai 1931

Menu pour la Communion Solennelle de Georges PARFONRY en mai 1931

    Un tel repas, comportant plusieurs plats consistant à base de viandes, ne pouvait s'étaler que durant de nombreuses heures. Débutant vers midi, peu après la messe de communion, il se poursuivait généralement jusque minuit. Interrompu cependant en son milieu pour permettre aux hommes des fermes d'aller traire leurs vaches et aux femmes, du moins pour certaines, d'aller changer de robe. 

    La lecture du menu peut être source d'interrogations de nos jours. Aussi, grâce à l'une de mes dernières invitées sur ce blog, l'énoncé des différentes strates du menu est devenu un peu plus explicatif. La fille des restaurateurs du château d'Agimont, devenu manoir, possède l'expérience de ces repas. Elle a vu ses parents gérer l'un de ces lieux de la gastronomie pendant plusieurs décennies. Pour la petite histoire, ce château a été occupé entre 1931 et 1939 par le Comte de Paris et sa famille2. Situé sur un piton rocheux avec vue imprenable sur la France, il permettait de suppléer à la loi d'exil qui l'empêchait de revenir sur le sol français3.

    Décomposé en une dizaine de plats, allant du hors d'oeuvre jusqu'au café corsé, la première surprise réside dans l'absence d'apéritif. Pas question de trainer avec ce genre de gâterie. Inutile de perdre du temps à faire connaissance entre les invités, étant de la même famille, voire du même village. Et aussi parce que la faim devait tenailler les estomacs. La première traite des vaches avait eu lieu très tôt et on se présentait avec dans le corps un maigre petit-déjeuner. Une fois l'hostie ingurgitée, le repas démarrait presqu'aussitôt avec en enfilade trois entrées successives. 

    Après un Hors d'oeuvres variés, pour caler les estomacs, en fait composé uniquement de légumes, on proposait dans la foulée une Crème d'Argenteuil élaborée à partir d'un bouillon préparé avec la partie fibreuse des asperges, et bonifiée avec des jaunes d'oeufs et de la crème fraîche. Et on terminait par des Barquettes Saint Georges, appellation un peu plus élaborée des Bouchées à la Reine, agrémentée du prénom du communiant du jour, comme une attention prodiguée vis à vis de ce plat qu'il devait apprécier. Et qui explique pourquoi je n'ai pas eu d'autre choix d'insérer cette préparation dans la liste de mes menus préférés par la suite. 

   Après ce trio de prima piatti, on passait au premier plat sérieux, ou on retrouve la trilogie Viande - Pomme de terre - Légumes. Un bon morceau de boeuf du terroir (Coeur de filet de Boeuf rôti), associé avec un ensemble de légumes du jardin (Bouquetière) et des pommes de terre sautées à la poêle (Pommes fondantes). De quoi rassasier tous les convives avant de leur servir un petit régal apprécié déjà en son temps à la Cour du Roi de France. Après la partie fibreuse des asperges utilisée en début de repas, il était urgent de s'inquiéter de la partie fondante de celles-ci, les succulentes pointes. Mélangées sans modération avec du beurre, des jaunes d'oeufs, du jus de citron, un tel accord de saveurs se transformait en portant la dénomination d'Asperges Pompadour4Et comme si cela ne suffisait pas, la première phase copieuse de ce repas se terminait par une Langue de boeuf associée à une sauce tomate améliorée d'épices et de madère, plus finement appelée de Tortue.

    A ce stade, les meuglements des vaches se faisaient entendre dans chaque ferme du village. L'interruption du repas s'imposait pour permettre le déroulement de la deuxième traite manuelle de la journée. Bien repus, remplis d'informations échangées relevant à la fois de politique, d'histoire d'héritage, de religion, d'éducation des enfants, .... nos fermiers s'éclipsaient pour s'occuper de leur patrimoine. 

    Revenant en début de soirée pour avaler la troisième viande de la journée. On quittait cette fois l'étable pour s'approprier de la fine fleur de la basse-cour, une Dinde truffée, servie froide. L'un de ces volatiles à la viande blanche qui glougloutent à longueur de journée, cette fois associé à une simple Salade sauce mayonnaise. de quoi compenser l'absence d'acides gras saturés de cette viande. Après cette dernière passe viandeuse, il était judicieux de penser aux desserts. Précédé d'Ananas au Kirsch, sorte de Trou normand décalé qui ne disait pas encore son nom, la panoplie sucrée était présentée sur les tables. Gâteaux - Fruits - Dessert, dans leurs variations les plus étendues, de quoi montrer qu'on n'avait pas lésiné pour ouvrir les cordons de la bourse. Tout cela était présenté sur des plats en porcelaine. Ayant eu l'effet dilatateur escompté, les joues rougies de plaisir, chacun des convives se servait à sa guise, en encourageant bien évidemment ses voisins à reprendre des forces. 

   Afin de permettre de poursuivre les conversations, voire de renforcer certaines affinités ou de conclure un achat, cette mise en bouche sucrée finale s'achevait par un Moka, un café corsé dont le nom faisait encore référence à cette ville du Yémen qui fut le plus ancien port d'exportation du café.

    Georges n'avait pas encore onze ans. Il entrait cependant à cet instant dans le monde de l'adolescence. La houpette de sa coiffure n'était pas constituée de cheveux rebelles. Etudiée pour la circonstance, cette coiffure avait du être un thème de discussion tout au long de la journée. Le fils de l'instituteur avait du profiter de ce repas copieux pour écouter tous ces adultes. L'ouïe finalement faisait bien partie de ce partage. La transmission de la vie, des réussites comme des soucis, s'était incrustée comme des traces indélébiles  dans son esprit. Il en retiendra l'essentiel sans pouvoir le dévoiler. S'est - il souvenu du nom du doyen De DENTENEER qui avait officié lors de cette messe ?  Le même rite initiatique qui m'interpelera quelques trente années plus tard, sans la houpette cependant. Le pari de la vie en somme.

   

 

1 La Fontaine Sainte Ragenufle, édifiée en 1953, a la particularité d'être le seul point d'eau potable en Brabant wallon ;

2 Ce château avait été offert à l'occasion du mariage du Comte de Paris avec Isabelle d'Orléans-Bragance, par Jean d'Orléans, duc de Guise, père du marié, et le prince Pierre d'Orléans-Bragance, père de la mariée ;

3 Loi abolie en 1950 ;

4 Ce plat est appelé de nos jours Asperges à la flamande, ayant perdu depuis bien longtemps déjà l'adjonction d'une pincée de macis (noix de muscade en lamelles) et le suc de verjus muscat (vinaigre constitué à partir de raisons non murs) ;

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 14:05

    Le séjour à Anvers impliquait indéniablement un passage par le bâtiment des FélixArchief1. Situé dans l'un de ces anciens entrepôts qui n'avaient plus leurs utilités depuis le passage à la containérisation à outrance et à la mécanisation du transbordement des marchandises, l'une des innovations les plus marquantes de cette mondialisation, l'un des étages de ce lieu est désormais affecté à la collecte des archives municipales. L'espace est totalement ouvert, lumineux, capitonné et numérisé. 

     Si Anne WINTER (voir article : La présence à Anvers se dévoile petit à petit) était parvenue à retrouver Jean PARFONRY dans le dédale des fiches de renseignements collectées tout au long de la période française puis hollandaise, il y avait indéniablement de l'espoir de trouver d'autres éléments sur ce personnage.

    Pour Agnès, l'obstacle de la langue n'était pas réellement un problème. L'anglais étant la seule langue commune réellement perçue par tous les interlocuteurs, dans un phrasé cohérent et compréhensible, elle est parvenue à peaufiner sa recherche, surfant sur les bases déjà connues. Palliant à mon désarroi, ne sachant en fait quelle piste suivre. Tant l'usage du matériel que la compréhension des codes chiffrés m'apparaissaient abstraits et obscurs. Mes quelques rudiments de néerlandais permettaient néanmoins de déchiffrer le titre des colonnes apparaissant dans les documents archivés. Une fois la méthode d'archivage appréhendée, et une bonne demi-journée plus tard, la compulsion des données faisait ressortir de nouveaux éléments sur la présence de Jean PARFONRY et de sa famille à Anvers. 

  Avec au final, un recueil de nouvelles informations non négligeables, que l'on peut reprendre en plusieurs points. Petit rappel nécessaire : Jean est né  le 07/12/1797 et son épouse Jeanne Lallemand le 28/10/1797, tous deux à Neerheylissem.

1. Par un jeu assez astucieux de chiffres, correspondant en fait à des adresses précises, avec numéro et nom de rues2, il a été possible de remonter le parcours de Jean PARFONRY entre 1828 et 1823. Cinq années gagnées sur le temps. Jean (Johannes) est repéré successivement :

- Fiche n° 1548 section 3 : à 26 ans, au 20 Hopland (Centre ville, // au Meir); il y est inscrit le 25 novembre 1823 et y habite avec son épouse Johanna (Jeanne) Lallemand et probablement son fils Paul-Ferdinand (écriture illisible); il exerce la profession de Knecht  (domestique, garçon de café);

- Fiche n° 1436 section 4 : à 27 ans, au 10 ruelle au Vent (pas trouvé de concordance de nos jours) ; il y est inscrit  le 14 octobre 1825 avec son épouse Jeanne, trois enfants (Paul-Ferdinand, Maria Ludovica et Alexis-Joseph) ainsi que son beau-frère Ferdinand Lallemand, âgé de 25 ans; ce dernier est mentionné comme Metselaer (maçon), quand à Jean, il est cette fois  Tapper (Cabaretier)3 ;

- Fiche n° 2719 section 4 : à 30 ans, au 12 rue de la Montagne (probablement de nos jours Bergstraat, près du Musée Plantin-Moretus, Centre ville); il y est inscrit le 29 août 1828 en compagnie de son épouse  et des quatre enfants, à savoir les trois déjà énoncés et pour la première fois François-Xavier ; âgé de 7 ans, à ce moment, cela est confirmé par sa date de naissance en 1821; ce qui permet aussi de disposer d'une information essentielle sur Paul-Ferdinand, âgé de 5 ans ; 

- Fiche n°1592 section 3 : au 3 rue Léopold (probablement Leopoldstraat dans le Centre ville de nos jours); suite à une recherche effectuée précédemment (voir article : La présence à Anvers se dévoile petit à petit), cette présence dans cette rue y avait été mentionnée en 1829, indiquant que Jean n'a guère occupé longtemps la maison précédente ;

2. Cette recherche a permis de retrouver les endroits d'habitation de Jean PARFONRY en remontant jusqu'en 1823. Or, manifestement d'autres indices font manifestement croire qu'il y était déjà en 1821 et probablement bien avant. Le temps nécessaire pour comprendre la mécanique de ces archives anversoises n'a pas permis d'en extraire tout le potentiel qui y est accumulé et caché. 

3. En première analyse de tous ces changements d'adresse, apparaît de manière claire ce prénom de Ferdinand qui nous titillait depuis un certain temps (voir articles : Un autre peintre Parfonry; Et si Ferdinand était des nôtres;  On a sans doute retrouvé la mère de Ferdinand Parfonry; Après Paul, voici une toile de Ferdinand; Ferdinand réapparaît à deux reprises). Ce Ferdinand, qui est précédé du prénom de Paul, n'est pas un inconnu. On a ici la preuve évidente qu'il est ce frère de François-Xavier que nous avions pressenti. La concordance des dates et les lieux qui avaient servi à argumenter son lien familial sont ici démontrées. Sa date de naissance est également retrouvée dans les registres. Il est né un 29 novembre 182.. Malheureusement, le pliage empêche de lire le dernier chiffre sur le document scanné.  Selon son âge déclaré en août 1828 (5 ans), cela devrait situer sa naissance en 1823, soit un peu plus d'une année  après François-Xavier.

4. Et ce n'est pas fini au niveau de la fratrie de François-Xavier. On y relate également une Maria Ludovica, née un 02 février 182(avec le même phénomène de pliure empêchant de lire le dernier chiffre). Qui n'est de fait pas totalement une nouvelle venue au niveau de notre recherche. Il avait été question précédemment (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés) d'une Louisa Parfonry, mariée à un certain Goossens, dont le fils Charles Goossens (1851-1888) se trouvait inscrit sur l'une des pierres extérieures du monument funéraire de Créteil. Il y a bien concordance par rapport à  l'année de naissance de son fils. Maria Ludovica4 s'est appelée Louisa très certainement par la suite. Mentionnée dans aucun document jusqu'à présent, cette soeur de François-Xavier intègre définitivement la saga. Si Goossens, sculpteur et neveu de François-Xavier est mentionné à Créteil, cela donne toute liberté pour se dire que pour l'autre nom inscrit, Joséphine Loge en l'occurrence, il doit exister le même genre de relation. Par contre, rien n'est mentionné sur le lieu de décès de cette Louisa Parfonry.

5. Les métiers exercés par Jean au cours de son séjour à Anvers évoluent dans le même contexte. Que ce soit celui de garçon de café puis de cabaretier, ils attestent que Jean était arrivé à Anvers non comme un travailleur de bâtiment ou pour occuper une charge de domestique de maison, voire une charge commerciale. Ce qui est, en somme, en cohérence avec le choix du témoin pour le baptême de son fils François-Xavier en décembre 1821 à Neerheylissem, lui-même désigné comme cabaretier dans ce village. Et pourquoi ne pas extrapoler la raison de son départ d'Anvers en 1839 pour le quartier des Marolles à Bruxelles (voir article : Parfonry contre Laruelle) en lien avec le développement de débits de boissons, résultant d'un alcoolisme accentué parmi la classe ouvrière.

6. Dans la foulée de toutes ses découvertes, l'acte de naissance d'Alexis-Joseph, longtemps resté inconnu, a été mis à jour5. Il est bien né à Anvers le 21 juin 1828, ce qui éteint la suspicion avec l'année 1823, apparue dans un document et devant être accréditée comme une forme d'écriture défectueuse hésitante entre le 3 et le 8. L'année 1828 inscrite sur le monument de Créteil est bel et bien le bon chiffre.

7. Comme bien d'autres personnages de cette saga, le premier prénom enregistré n'est pas toujours celui qui est resté. L'exemple de Paul-Ferdinand est sans doute le plus flagrant. Il permet néanmoins d'expliquer l'origine de l'attribution du prénom Paul au fils de François-Xavier, né en 1857. Ferdinand devait avoir à ce moment 34 ans et des lettres attestent  qu'il vivait toujours en 1867. C'est à cette date qu'il rencontre le futur roi Léopold II dans la cathédrale d'Anvers, reproduisant la célèbre toile de Rubens La descente de Croix qui a été retrouvée dans l'église de Ciplet (voir article : Une visite dans le village de Ciplet s'imposait). Quelle raison a donc François-Xavier pour transmettre ce prénom de Paul bien plus tôt ? Le décryptage d'un mystère en soulève finalement un autre.

8. Un autre mystère est celui de la présence de François-Xavier résidant avec ses parents à partir de 1828 seulement, à la rue de la Montagne. Ou était-il depuis sa naissance en décembre 1821 ? Nouveau mystère.

9. Jean a fait enregistrer, successivement en janvier 1833, février 1834 et février 1837, trois enfants mort-nés à Anvers. Manifestement, les conditions de vie de la famille ne devaient pas être favorables. On peut envisager une certaine dégradation sur le plan économique pouvant expliquer ses ennuis de paiements de loyers et la nécessité de migrer vers Bruxelles en 1839 (voir article : Parfonry contre Laruelle).

     En conclusion, cette virée dans les bâtiments FelixArchief d'Anvers a permis de consolider un peu plus le socle de la lignée tout en répondant à certaines énigmes qui avaient été proposées à notre sagacité. La généalogie a ainsi répondu à nos points d'interrogation. Et sur le plan de cette recherche de la mémoire et de son intégration dans le contexte historique, le parcours de Jean PARFONRY se dévoile un peu plus. Cinq petites années, entre 1823 et 1828, qui affinent son séjour à Anvers en révélant ses lieux d'habitation et ses métiers. Tout n'est pas finalisé cependant car sa présence à Anvers est avérée dès 1821 et sans doute avant. Est-il arrivé pendant la période française, avant 1815 ou après la défaite de Waterloo ? Dans quel régiment a t-il fait son service militaire ? A t-il combattu à Waterloo ?

     Sur un autre plan, il est confirmé que François-Xavier, l'aîné, a été un support pour sa fratrie. Pour son frère Alexis et sa soeur Maria-Ludovica que l'on relie à la période professionnelle parisienne. Pour l'autre frère Paul-Ferdinand, la question n'est pas résolue, d'autant que l'on a découvert que ses lieux de séjour coïncident plus avec la commune de décès de leur mère à St-Josse-ten-Noodde à Bruxelles (voir article : On a sans doute retrouvé la mère de Ferdinand Parfonry)

   On peut se poser toutes ses questions et chercher progressivement à les résoudre. L'année du premier enregistrement à Anvers, de même que le lieu et la période de son service militaire semblent accessibles. Agnès, je te sens motivée pour y trouver les réponses !!

 

1 Felix Archief : Oude Leeuwenrui, 29 - 2000 Antwerpen ;

2 Référence : Ville d'Anvers  - Tableau de Concordance des anciens et nouveaux Numéros des maisons, Stad Antwerpen, Archief, 6 sept. 1856 ; Tienjarige tafels of geboorten 1823-1832 ; Registre des populations, 1815-1829 et 1830-1846; 

3 Dans certains actes de naissance de ces enfants, on le mentionne comme Herbergier, ce qui donne une  signification plus large en introduisant l'aspect d'hébergement ;

4  Maria Ludovica se traduit par Marie-Louise, prénom de plusieurs personnes de haut rang à cette période, notamment Marie Louise d'Orléans, fille du roi de France Louis-Philippe, et mariée à Léopold 1er de Belgique ;

5 Antwerpen. Registre des naissances 1828-1829, n° 1234, image 151/570 ;

Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers
Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers
Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers
Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers

Agnès en pleine activité dans les locaux de la FelixArchief à Anvers

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 14:38

     N'étant pas un généalogiste patenté, récitant de mémoire la date de naissance de l'ancêtre à la dixième génération, mon intérêt pour les salles des archives et pour la compulsion de nombreux actes, avant de trouver l'élément pertinent qui permettrait de remplir une nouvelle case de l'arbre, voire de le faire remonter dans un autre siècle, n'a jamais été ma ligne directrice dans l'élaboration de ce travail. Il est vrai que la numérisation a donné un accès plus direct permettant de travailler le plus confortablement assis sur la chaise de Léon1. A un certain moment cependant, l'ordinateur ne suffit plus pour trouver certaines données manquantes. Soit, on se met à croire que la limite de découvertes nouvelles a été atteinte, soit on attend que cela se dévoile en s'appuyant sur un fait extérieur venant en appui.

     C'est ce qui s'est passé récemment pour contrer mon jugement qui s'était quelque peu bloqué sur l'impossibilité de retrouver d'autres données de la présence de Jean PARFONRY, le père du marbrier, à Anvers avant 1828. Persuadé que le bombardement orchestré par les hollandais en 1830, contri de devoir lâcher cette ville stratégique d'Anvers à la nouvelle Belgique, avait anéanti pas mal de documents antérieurs. C'était sans compter sur la sagacité et l'expérience de ma cousine française. Bibliothécaire à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, Agnès PARFONRY en connait un bout dans ce domaine, lui permettant une meilleure concentration. Par son travail, elle a l'habitude de ce fonctionnement interne des données numérisées, de l'usage de ces appareils de lecture, de ces bandes de cellophane et des codes chiffrés qui permettent de trouver le lien entre tout ce matériel mis à notre disposition. 

    Profitant de sa venue en Belgique, avec Michel et Françoise, sa grand-tante parisienne, une visite à Anvers, en bordure de l'Escaut, avait été programmée. La même équipe qui avait convergé vers Créteil en décembre 2014 se trouvait de nouveau rassemblée. Pas évident pour nos cousins français de vouloir visiter cette ville. Ce port a une stature internationale de nos jours grâce notamment aux travaux d'élargissement des bassins entrepris par Napoléon. Venant de Bordeaux, la frustration était visible chez ses cousins, de devoir assumer le choix de celui qui, au final, fut l'un des fossoyeurs non seulement de la puissance française mais surtout de la stagnation de leur port en bordure de la Gironde. L'Escaut, étant plus à portée de canons de l'ennemi anglais, justifiait ce choix stratégique et militaire. Mais attachés néanmoins de revenir sur les traces de celui qui est à l'origine de leur lignée, arrivée probablement dans la foulée des travaux entrepris par Napoléon, ils firent bonne figure, allant même à s'émerveiller sur les joyaux esthétiques de la ville. 

      Certes, pour une première visite, Anvers offre d'autres intérêts historiques majeurs que son port. En deux jours, il était inconcevable de passer outre le Musée Plantin-Moretus, chef d'oeuvre d'un atelier d'imprimerie du XVIème siècle, mais aussi l'architecture en fer et verre de la Gare Centrale avec ses trois étages de voies, complétée par la flânerie le long du Meir, la plus importante artère commerçante de Belgique, sans oublier la nouvelle tour en sable rouge du MAS (Museum aan de stroom - Musée au fil de l'eau) et ses dix niveaux d'espace récemment inaugurés, la Cathédrale avec ses Rubens flambant dans leurs toiles rouges, tout en terminant par le tableau floral de la Grand-Place. Sans élaguer la légende du géant Druoon Antigoon, coupant les mains des bateliers récalcitrants, à l'origine de l'étymologie de la transcription flamande Antwerpen. Cette main (hand en flamand) est d'ailleurs bien présente sur les murs extérieurs du MAS, affichant ainsi du lien de la ville entre son fleuve et le monde2.

     Au milieu de tout cela, il était incongru de ne pas prévoir une diversion vers le bâtiment FelixArchief, contenant les archives de la ville d'Anvers, installées au 6ème étage d'un ancien entrepôt entièrement réaménagé. Un grandiose lieu de mémoires, d'espaces, de quiétude qui fait oublier ces endroits vétustes et poussiéreux qui restent ancrés comme un lien intemporel et immobile. Si le futur s'ouvre à une nouvelle société, le passé et ses papiers dépoussiérés ne reste pas au pied de l'escalier. Le sauvetage de notre Histoire et son embellissement est bel et bien devenu une réalité. Anvers qui a été un carrefour de migration a bien compris le besoin d'un tel lieu pour compléter la pérennité de son rayonnement. 

     Qu'il nous est agréable avant tout de remercier le personnel de ce lieu qui, par sa gentillesse, son attention et son aide, nous a permis, à Agnès et moi-même, de dénicher toutes ces nouvelles apostrophes de l'histoire des PARFONRY de Neerheylissem. J'en citerai deux dont j'ai eu la perspicacité de noter le nom : Melinda BOUTARD et Monique MORBE. Sans oublier la petite stagiaire que l'on voit aux côtés d'Agnès3 sur une des photos, et qui nous a permis de débloquer la situation qui semblait à un moment compromise.

    Venir en Belgique quelques deux cent ans après la chute de l'Empire, alors que le gotha du Nord de l' Europe se réunira ce 18 juin à Waterloo, il y avait une coïncidence audacieuse. Qui n'a pas altéré l'ambiance du séjour. Le choc des confrontations entre le Nord et le Sud de l'Europe, entre les Habsbourg et les Bourbon avait disparu, submergé par la relation affective des deux branches, belge et française, retrouvées de notre arbre familial.

   Les visites se succédèrent au fil d'un circuit alliant tourisme, gastronomie4, architecture, culture et retour aux sources. Successivement, le Brabant wallon de l'est5, Bruxelles, Anvers et Gand animeront et intéresseront le petit groupe tout au long de cinq journées placées sous le signe d'une canicule impromptue et non négociée. Pour terminer par le cimetière de la Belle-Motte à Aiseau, le plus important cimetière français de la bataille de la Sambre qui se déroula du 20 au 22 août 1914. A cet endroit, reposent plus de 4000 soldats, témoins non oubliés de l'avant dernier conflit sur le sol européen. Découvrant les stèles des soldats du 49ème RI, Michel y reconnut de suite l'origine landaise de ce régiment6. Ce sont des copains, ajoutait-il en lisant les noms qui y étaient repris. Troublés cependant par les coups de fusil d'un ball trap dont la proximité peut être jugée de mauvais goût.

     La rencontre se termina sous un soleil de canicule. Avec au final, quelques découvertes intéressantes retrouvées au FélixArchief, permettant de renforcer la présence à Anvers autour de Jean PARFONRY. Lesquelles seront développées dans un prochain article.

 

1   voir article : Les 3 dates clefs pour comprendre ;

2 Antwerpen serait formé à partir des deux termes Hand et Werpen, signifiant "Jeter la main (par dessus le fleuve)", qu'on peut extrapoler de nos jours à l'image d'une ville lançant des ponts avec le monde ;

3 Photo dans le prochain article ;

4  Avec entr'autre L'Entrague à Gembloux, le Faucon sur le Bd du Midi à Bruxelles et Het vermoeide model à Anvers, pour ne citer que les trois restaurants les plus appréciés ;

5 Un prochain article relatera de ce périple sur les terres d'origine du Brabant wallon de l'est ;

6 Ce 49ème RI, à la base constitué à partir de la Légion de la Gironde, est instauré en 1815 par Louis XVIII, afin de réorganiser l'armée française après la défaite de Waterloo ;

 

 

Quelques photos du séjour à Anvers
Quelques photos du séjour à Anvers
Quelques photos du séjour à Anvers
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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 15:56

     La notion de souvenir peut avoir plusieurs sens. Celui exprimé dans l'article précédent (voir article : Un souvenir pour faire progresser la science) faisait état de la survivance dans la mémoire d'une sensation, d'une impression, d'un évènement passés (Déf. Larousse). Rien de bien matériel par rapport à l'objet qui rappelle la mémoire de quelqu'un. Cet objet peut être par exemple une lettre. Plusieurs exemples de souvenirs détaillés sur la base d'une lettre ont déjà permis de remonter le temps1. Ce sera encore le cas avec cette lettre retrouvée récemment chez Françoise, l'arrière petite-fille du marbrier.

     Ecrite par François-Xavier PARFONRY, sur du papier reprenant son monogramme FXP, déjà présenté précédemment (voir article : Une petite lettre pour une grande plaque), elle est datée du 10 avril 1897, soit à peine 15 mois avant son décès. Il écrit à son beau-père Jean-François LEDOUX, âgé de 93 ans, qui habite dans la villa Les Buttes de Créteil, chez le marbrier qui s'y est installé depuis 18602. Les éléments qui y sont mentionnés nous apportent des indications sur cette période encore peu connue de sa vie. C'est une heureuse découverte permettant de mieux connaître la personnalité de notre marbrier. L'encre ayant perdu de son intensité, il en a été reproduit le texte écrit de sa main.

Lettre de François-Xavier PARFONRY envoyée de Dax le 10 avril 1897Lettre de François-Xavier PARFONRY envoyée de Dax le 10 avril 1897

Lettre de François-Xavier PARFONRY envoyée de Dax le 10 avril 1897

     Monogramme                                                         Dax 10 Avril 97

        de  FXP

      Votre petite lettre du 5 m'a fait grand plaisir mon Bon papa Doux. J'espère que ces quelques lignes vous trouveront en bonne santé ainsi que les habitants de la rue Jouffroy.

      Ici nous avons un temps affreux qui nous confine à la chambre ce qui n'est pas d'une gaieté folle. C'est à peine si on a le coeur de se rendre à l'établissement pour subir son traitement.

     Enfin, il faut se résigner en espérant du temps meilleur. J'en arriverai demain à ma sixième appliquation et après avoir pendant deux jours subi deux douches car j'alternai d'abord 4 jours d'appliquation et 2 jours de douche et ainsi de suite jusqu'à la fin du mois.

     Vos arbres en fruits sont-ils bien ravagés, et espérer vous quelques fruits ?

     J'aspire a être rentré à Créteil et j'espère que j'y trouverai bien installé Paul et sa smala.

      C'est égal on à peine à croire de faire pareil voyage pour trouver le soleil du midi et n'avoir que pluies vents et tempêtes. C'est une vraie déception.

       Je me trouve très bien dans la maison de M. Gallin. Nous avons deux grandes et belles chambres bien meublées et une bonne cuisine pas chère.

      Vous verrez probablement Gabrielle et Paul dimanche. Vous leur ferai mille et mille amitiés de ma part. J'espère que nos chers bébés vont bien. Il me tarde de les revoir.

     Voilà mon cher Papa tout ce que j'ai à vous dire pour le moment. En vous souhaitant une bonne santé, car je porte un toast à à tous les repas.

      Recevez à nouveau mes sentiments affectueux

 

Agathe se rappelle à                                                (Signature )

votre bon souvenir

    Commentaires sur la lettre3

     François-Xavier est à ce moment en cure à Dax dans le Département des Landes. C'est une station thermale qui avait pris de l'essor à la suite de la construction de la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux-Dax-Irun durant le Second Empire. Les vertus des sources thermales de Dax sont réputées soigner les rhumatismes et l'arthrose, des pathologies courantes du grand âge. Rappelons que François-Xavier avait à ce moment 76 ans, ce qui était particulièrement très âgé à l'époque. Selon les informations compulsées, il avait du se dissocier progressivement de ses activités professionnelles de marbrier à partir de 1895. Cette même année 1897, il avait offert des échantillons de marbre d'Algérie et de Corse au Musée des Arts et Métiers (voir article : A Saint-Denis, dans les Réserves des Arts et Métiers - Paris 5), de même qu'une cheminée en marbre au Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet - Paris 2).

     Sur le plan local, il mentionne, à plusieurs reprises, des conditions météorologiques déplorables à cette période (un temps affreux; pluies, vents et tempêtes; c'est une vraie déception). Ce qui est confirmé par les quelques données météo retrouvées. La température moyenne en France en avril 1897 a été de 6.7°, soit bien inférieure à la norme de 8.4°. Les pluies ont également été fréquentes. On renseigne un orage le 1er avril et une pluviométrie de 32 mm à Biarritz, station la plus proche, pour la journée du 8 avril, très certainement la journée dont il fait référence dans sa lettre en la qualifiant de temps affreux qui nous confine à la chambre. Cette même année, il y a eu de la neige à Paris le 6 avril. Et l'allusion, dans sa lettre, aux arbres à fruits ravagés, probablement mentionnés par son correspondant, est sans conteste la résultante de cette froideur à Paris. Manifestement, FXP espérait trouver du meilleur temps. Il y fait à deux reprises une allusion (ce n'est pas d'une gaité folle; c'est une vraie déception). S'ennuyant un peu, il répond d'ailleurs rapidement à la lettre de son beau-père.

    Cet échange de lettres indique qu'ils étaient toujours restés en contact, bien après le décès de Françoise, survenu assez tôt en janvier 1862. Il lui attribue d'ailleurs le petit nom affectueux de mon Bon papa Doux, pouvant rappeler celui utilisé par son épouse défunte pour appeler son père. Il se peut d'ailleurs qu'il s'agit d'un jeu de mots sur leur patronyme LEDOUX. Peut-être a t-il retrouvé aussi chez ce beau-père une affection paternelle qu'il n'avait pas rencontrée lors de son enfance ?

     FXP demande à son beau-père de saluer les habitants de la rue Jouffroy à Paris (17ème Arndt.). Ou y habitent Paul avec sa famille, logé dans un des appartements de cet immeuble, là où encore aujourd'hui demeure Michel, un autre arrière petit-fils du marbrier. Tout celai dénote manifestement d'un attachement indéfectible du gendre à son beau-père. Jean-François LEDOUX, qui décèdera en 18984 comme FXP, est enterré à Créteil dans le caveau familial. Une nouvelle preuve est ainsi apportée. FXP agit en chef de famille et assure à tous ses proches une protection fournissant logement ou travail. Pour rappel, il a donné du travail dans la marbrerie à son frère Alexis et fournit des services à des personnes proches (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés). Son fils Paul, sans autre moyen de subsistances que ses peintures, a pu, quant à lui, bénéficier des maisons de la rue Jouffroy et de l'Avenue de Ceinture pour y résider avec sa famille.

     N'ayant pas choisi pour son séjour à Dax l'un des grands hôtels qui se sont construits à l'époque comme Les Baignots, premier établissement thermal de France par son importance et la qualité de ses services, on en déduit que FXP mène un mode de vie économe. Il reconnait néanmoins être bien installé dans la maison de M. GALLIN (je me trouve bien) et disposer d'une bonne cuisine pas chère. Les origines modestes de son enfance à Anvers expliquent sans doute son choix. Il doit se déplacer pour avoir ses applications de boues thermales et de douches térébenthenées qui étaient à l'époque les potions offertes aux curistes. Peut-on espérer retrouver de nos jours cette maison ou a résidé FXP en 1897 ?

     FXP évoque la présence coutumière de son destinataire à Créteil, à la villa de l'Avenue de Ceinture. Il va voir Paul et sa smala, à savoir Gabrielle, son épouse, et les deux bébés que sont Georges et Jean, nés respectivement en 1894 et 1895. Une autre preuve du lien resté proche. L'utilisation du possessif dans l'expression  nos chers bébés place François-Xavier et son beau-père sur une même ligne de filiation paternelle.

    Au bas de la lettre, apparaît le prénom d'Agathe. Qui d'ailleurs se rappelle au bon souvenir du destinataire. Il s'agit en conséquence d'une connaissance commune. Qui est-elle ? Une employée, une amie, une aimée ....!!. Vu que l'on mentionne la présence de deux grandes et belles chambres dans la maison occupée à Dax, on peut raisonnablement convenir qu'il doit s'agir soit d'une gouvernante, d'une infirmière ou d'une cuisinière. 

    Sur le plan du style de la lettre, même s'il est assez simple, on dénote un vocabulaire assez diversifié et des tournures de phrases variables et très bien équilibrées. Indéniablement, une meilleure connaissance de la langue française que celle de l'horloger Emile PARFONRY (voir article : Une lettre de 1930). Une seule faute d'orthographe est relevée à deux reprises dans l'écriture appliquation, confondant manifestement entre le substantif (application) et le verbe (appliquer). Le plus étonnant est probablement l'usage de l'expression  (un toast à à tous les repas). Il s'agit ni plus ni moins d'un mot wallon (vô = vous)5, utilisé couramment encore de nos jours. Cela confirme indéniablement que les deux personnages entretenaient des liens depuis un certain temps, ce qui avait permis à FXP de faire passer des expressions rapportées de sa Belgique natale. Dernière petite remarque, elle concerne sa signature qui ne comporte plus de tréma sur le y. On a déjà relevé précédemment que FXP avait abandonné cette forme depuis de nombreuses années.

    Cette lettre apporte dans sa teneur quelques éléments d'informations complémentaires sur FXP. Elle nous le fait découvrir pour la première fois dans sa sphère privée, familiale. En premier lieu, le lien étroit maintenu avec son beau-père. Ayant pleuré ensemble une fille et épouse disparue très prématurément, ils sont restés solidaires jusque la fin, en mourrant la même année. FXP a du souffrir de rhumatisme à la fin de sa vie, le contraignant à suivre une cure thermale bien loin de Paris. Il reste néanmoins à l'écart des mondanités de la ville de Dax. Contrairement à la lettre expresse décrite précédemment, le style grammatical de celle-ci démontre d'un assez bon niveau, venant compléter ses connaissances dans le dessin. Ce qui lui aura permis de devenir un capitaine d'industrie efficace pour l'époque. Cette lettre confirme le caractère rassembleur du marbrier, aimant s'entourer. Son exil à Dax affecte cependant son moral, aggravé quelque peu par les mauvaises conditions météos et sa santé délicate. 

1 De nombreux articles de ce blog sont basés sur l'existence d'une ou plusieurs lettres découvertes. En voici quelques-unes classées par ordre chronologique, de la plus ancienne à la plus récente :

a. Un décret de Marie-Thérèse d'Autriche; b. Une lettre écrite par Jean en 1839 ; c. L'échec de François-Xavier en Egypte ; d. Une petite lettre pour une grande plaque; e. Hubert-Narcisse devant le conseil de discipline; f. Une lettre de 1930; g. Lettre de voeux d'Espagne ;

2 La villa de Créteil, Avenue de Ceinture, est occupée de nos jours par des Carmélites ;

3 Les commentaires reprennent les éléments apportés par Agnès PARFONRY (mail du 24 novembre 2014) auxquels j'ai associé certaines données complémentaires ;

4 Jean-François LEDOUX est né en 1804. Il est décédé à l'âge de 94 ans ; 

5 Exemples : Vo nel savi nén ? : Vous ne le savez -pas ? ; Si vo jasé un pô wallon : Si vous parlez un peu wallon ;

 

 

 

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 20:04

     Certaines photos vous donnent l'impression que votre mémoire s'étend au-delà de vos souvenirs. Pour moi, le film de ma mémoire démarre quand j'ai trois ans1.

     La distinction, opérée par Marc LAVOINE, entre la mémoire et le souvenir, a engendré un besoin d'aller vérifier cette constatation. Cette simple phrase de son dernier livre avait réussi à m'interpeller. A une époque où les recherches sur le fonctionnement du cerveau avancent à grands pas, il y avait comme une réflexion fondamentale qui se dégageait de cette phrase. Y avait-il nécessairement besoin d'une photo pour faire revivre des souvenirs ? L'âge de trois ans est - il le point ultime de retour en arrière pour les faire revivre ? Le rappel de certains faits de ma tendre enfance va me permettre d'y apporter des réponses.

     Vivre dans la bourgade rurale de Beauvechain dans les années 50, comptant quelques cinq mille habitants sur 1263 ha, c'était sans doute vivre à la campagne, au calme, dans une ambiance feutrée. La majorité de mon cadre de vivre se limitait à un quadrilatère de rues et de sentiers ne faisant pas plus de trois km de périmètre. La gendarmerie, l'église Saint-Sulpice, le cimetière, l'école communale, la maison communale, le notaire VANGOIDSENHOVEN, le docteur LIESSE, le pharmacien BOSMANS, l'épicerie Chez Juliette, le café VAN DIJK, la librairie La Maison blanche, la coiffeuse Jeanne, la maison de mon ami Jean-Pierre BRIKE, le monument aux morts, le voisinage de la famille POFFE, les vestiges de l'hospice NELIS, les vaches des quelques fermes proches, tout était attenant à ce parcours. Un calme qui n'était dérangé que par les avions de la base aérienne présente sur ce bout de terre. 

    Construite et occupée par les allemands pendant la seconde guerre, la base aérienne de Beauvechain était devenue le siège du 1er Wing de chasse de l'armée de l'air belge, reconstitué à partir des pilotes ayant combattu au sein de la Royal Air Force pendant la guerre. La quiétude du village n'était, à vrai dire, pas vraiment perturbée par ces avions à réaction passant le mur du son. Mais bien plus par les morts de pilotes intervenant lors de séances d'entraînement, voire lors de certaines participations, tel le feuilleton  Les Chevaliers du ciel2. Beaucoup de ces pilotes, qui avaient survécus à la Bataille d'Angleterre, se faisaient ainsi rappeler en temps de paix. Sur fond de Guerre froide et de Guerre de Corée, la base de Beauvechain était devenue un pion important de l'apprentissage au maniement de ces avions. Force d'ailleurs de constater que tous ces pilotes ont du s'adapter à de fréquents changements d'appareils. Du Mosquito au Spitfire, puis au Météor F4 et F8, avant de recevoir successivement le Hawker Hunter, l'Avro CF, le Thunderstreak, le F-10 Starfighter avant de terminer par le F-16, ils devaient assurer en somme les derniers rodages en conditions extrêmes de ces nouveaux modèles. Tâches qui provoqueront un nombre important de dégâts et de pertes humaines. Celles-ci furent si nombreuses qu'il fut finalement attribué le nom d'un de ces pilotes à cette base aérienne. Le Lieutenant-Colonel Charles ROMAN, le chef d'escadrille, un ancien de la RAF3, se tua en vol de nuit sur Météor, ainsi que son navigateur, le 25 novembre 1954.

    Ces accidents d'avion faisaient parties de la vie du village. Cela revenait régulièrement dans les nouvelles. Tous ne tombaient pas nécessairement à proximité. Quant cela arrivait, j'accompagnais la famille. J'ai le souvenir de trois d'entre eux, tous mortels4.

Le premier, probablement le plus ancien souvenir enregistré dans les neurones, est celui du Lieutenant Roger DELELIENNE. Rentrant de mission avec le moteur droit coupé de son Météor F4, il s'écrase sur une maison du hameau de La Bruyère le 15 février 1951. Je n'avais pas encore deux ans (exactement 22 mois et 16 jours) et malgré ce jeune âge, j'ai encore la vision de cette maison totalement détruite de laquelle s'échappait encore de la fumée. Et surtout des quelques cochons rescapés que l'on sortait d'un hangar. Ayant échappé à l'accident d'avion; ils n'eurent probablement pas une seconde chance pour éviter l'abattoir.

Le second fut celui du Sous-Lieutenant Jean Mathi DUCKX. Parti en vrille, après un accrochage en plein ciel, son Météor F4  s'écrase dans un champ à Opvelp, au Nord de Beauvechain. Cela s'est passé le 2 février 1952, peu avant d'atteindre ma troisième année (exactement 34 mois et deux jours). J'ai encore la vision des débris de cet avion et du camion de pompier à proximité de la ferme située dans le hameau de La Misère.

     Ma présence à un si jeune âge sur les lieux de ces deux accidents est à l'envi assez étonnante. Et a chaque fois en plein mois de février. Il est vrai qu'avec toute l'huile de foie de morue que l'on me faisait avaler, j'étais paré pour résister au froid. On m'emmenait comme si on voulait me faire vivre des faits semblables à ceux rencontrés lors de la guerre qui venait à peine de se terminer. Mélangé probablement à de la curiosité, il y avait manifestement un besoin de me faire participer à une ambiance. A chaque fois, le monde se pressait pour aller voir. Il y a du monde sur les photos de mes souvenirs. Et pourquoi finalement n'était-ce pas l'expression d'une soupape qui venait de s'ouvrir, osant finalement aller découvrir librement sans la présence de l'occupant. L'émotion de ces gens du village, qui avaient vécu les derniers moments de la guerre à proximité d'une base pilonnée par les avions anglais, était probablement si forte que je devais partager leurs émois. Il m'en est resté des traces plus de soixante années plus tard. La photo était bien là mais ce n'était pas celle en noir et blanc sur du papier aux bords festonnés. Elle avait bien été imprimée mais dans un de ces neurones de mon subconscient. Et l'émotion ressentie à ce moment avait été si intense que ce n'était pas vers l'âge de 4 à 5 ans que tout cela s'était déroulé comme je l'ai toujours supposé mais bien plus tôt. Une recherche récente plus pointue des dates a ainsi confirmé que ces souvenirs remontent bien avant l'âge de trois ans. La photo n'était pas nécessaire pour venir récupérer de la mémoire. Un pas important sur la connaissance de ce cerveau vient d'être effectué. Une preuve indéniable qu'une émotion intense peut être enregistrée très tôt dans notre hippocampe. La science, j'ose le croire, vient de faire un grand pas !!! Même que, grâce à de fines électrodes envoyant un courant continu de quelques volts, on pourrait me stimuler des micro-secousses permettant d'activer les neurones de mon hippocampe. Et ainsi retrouver d'autres mémoires perdues plus anciennes5

Quant au troisième accident d'avion, il est celui qui m'a affecté le plus directement. Le 27 septembre 1960, le Lieutenant-Colonel Robert REMACLE, rentrant de mission avec les moteurs coupés par manque de carburant, ne survit pas à l'éjection accidentelle du siège éjectable lors de l'atterrissage. J'avais à ce moment onze ans (a cet âge, les mois n'ont plus aucune importance). Et cette fois, le déplacement ne se fera pas sur le lieu du crash mais bien pour assister à l'enterrement de ce pilote dans le village de Piétrain. Sa fille Christine était en effet dans ma classe à l'Athénée de Jodoigne. 

      Elève dans une classe mixte, Christine REMACLE est restée dans mon souvenir comme une fille assez réservée, qui recevait, je ne sais pour quelle raison, le soutien et le réconfort régulièrement de l'institutrice pour la motiver. Comme si un lien existait entre les deux familles. En définitive, une fille beaucoup plus sympathique et plus attirante que les trois filles qui me précédaient dans le classement (voir article :  Emile, l'instituteur, au travers des deux guerres scolaires). Probablement aussi un peu moins concurrente, m'évitant ainsi de rétrograder d'une place supplémentaire. Dans ce cas, indéniablement ce n'est pas le même type d' émotion qui a favorisé la mémorisation de cet instant. La conjonction de plusieurs éléments matériels y ont contribué. En lieu et place d'aller voir l'avion accidenté, je m'étais déplacé pour l'enterrement. La vision de la maison d'habitation, perchée au-dessus d'un talus, m'est également restée ancrée. Sans oublier sans aucun doute, le caractère légèrement énigmatique de Christine. Quelques jours plus tard, je quittai définitivement cette région rurale du Brabant wallon de l'est, emmené dans le déménagement de mes parents pour la région industrielle de la Basse-Sambre. Je ne reverrai plus jamais Christine REMACLE. Dans le mot émotion, ne retrouve t-on pas le mot émoi !!! Dans ce cas particulier, il est à craindre que je ne puisse aider la science.

 

1 Marc LAVOINE : L'homme qui ment, Ed Fayard,2015, 190 pages ;

2 Le 2 septembre 1968, le Capitaine F. JACOBS se tue lors du tournage d'un épisode de cette série française ;

3 Distinguished Flying Cross, Distinguished Service Order, Squadron leader à la RAF ;

4 Les données techniques, les dates et les noms sur ces accidents sont repris du site sur l'histoire du 1 Wing, alimenté par Serge BONFOND  (www.sergebonfond.be) ;

5 Cette idée est adaptée des explications données par Gabriel KEYNE, le docteur faux pianiste jazzy, à Alice SCHÄFER, la capitaine de police atteinte d'Alzheimer, dans le livre Central Park de Guillaume MUSSO ;

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Présentation

  • : Le blog de PARFONRY
  • : Le cadre directeur de ce blog consiste à réunir ce qui peut être transmis sur un patronyme. La présentation de tous ces personnages n'est finalement qu'une manière de transférer un patronyme. Qu'il soit culturel, social ou historique, ce patronyme ne fait que proposer un film dans lequel les séquences sont des instants de vie. L'environnement, le vécu de chacun a probablement plus d'impact sur ce que nous ressentons. Les gênes se diluent plus vite que le lien avec le mode de vie et les rencontres. Cette vision oblige à élargir le champs d'investigation en déviant de l'aspect purement généalogique. La découverte de nouveaux indices motive et assimile parfois cette recherche à une enquête. L'histoire ne peut être racontée de manière linéaire. Chaque élément, chaque personnage a droit à son histoire dans le récit tout en suivant le dénivelé et les courbes imposés par les aléas de l'Histoire et de la vie. Contrairement au patrimoine, un patronyme se voit contraint de s'adapter aux vicissitudes des évolutions sociales et des guerres. Le contenu des quelques 350 articles de ce blog a été rassemblé dans un livre intitulé "La véritable saga des PARFONRY de Neerheylissem - L'histoire d'un toponyme devenu un patronyme ".
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