Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 02:02

      Toutes les familles ont des secrets de famille comme on le dit communément. Toujours abordés, jamais dévoilés, ils finissent par se faire oublier. A moins que ce secret soit si ancré dans les gênes qu'il finit par s'insérer dans la mémoire, la tradition locale, voire dans le drame social. L'un de ses secrets familiaux avait été dévoilé précédemment. Les quelques mots hésitant prononcés de temps à autre par ma mère avaient finalement trouvé leur cohérence (voir article : Des gênes inavoués du côté maternel).

    Tous les secrets ne sont pas nécessairement reliés à une intervention peu scrupuleuse au niveau de l'hélice de nos chromosomes. D'autres vecteurs peuvent intervenir pour damner le pion aux lignes de transmission qui sont axées sur le lien familial. La question des héritages en est un. En voici un exemple.

    Une phrase énoncée de temps à autre par mon père, Georges, m'était restée en mémoire. Elle disait clairement : On aurait dû hériter d'une maison à Bruxelles. D'un tempérament habituel peu loquace, comme la plupart des personnes de sa génération, cette phrase ne devait pas être anodine. Elle a continué à persister dans un coin de cet hippocampe de mon cerveau qui, paraît-il, est incontournable dans le processus de la mémorisation à long terme. L'énoncé de cette phrase apparaissait être le résultat d'une émotion contenue. Sans autres explications, il est devenu manifeste, au fil du temps, qu'elle découlait d'une situation non souhaitée. Que voulait-elle dire précisément ? Que cachait-elle comme secret familial ? Une phrase qui, une fois explicitée, démontrera que derrière le cocasse et l'imprévu se mélangent un timing indéniable d'actes officiels. 

    Au fil des recherches, les indices se sont déroulés progressivement. La mention de la ville de Bruxelles, seule piste crédible, allait permettre de remonter la pente. La seule personne, au niveau des chromosomes familiaux, qui présentait un lien avec cette ville ne pouvait être que l'horloger Emile PARFONRY. Il avait laissé suffisamment de témoignages pour le voir citer comme personne concernée. Et dans la lettre du 22 janvier 1930, adressée à Narcisse PARFONRY, la seule qu'il nous ait laissée, était énoncée avec précision l'adresse de la maison qui avait du être si convoitée par mon père (voir article :  Une lettre de 1930).  Il y était question de deux habitations au Square Marguerite1.

     L'horloger Emile était l'oncle de l'instituteur Emile, mon grand-père. Il était marié mais n'avait pas d'enfant. De ce fait, la phrase de mon père, probablement dictée par son père, prenait tout son sens. Restait toutefois à éclaircir l'usage du conditionnel passé dans la forme verbale. Manifestement, une situation, mal négociée, avait du gripper le beau rouage de l'espérance, voire de la délivrance. 

    Certaines informations collectées de nos jours dans le hameau de Gobertange, lieu de sa retraite, devaient nous servir à éclaircir tout cela (voir article : Jules cherche à Gobertange). La robustesse de l'horloger semblait être un allié non négligeable. Selon la fille du couple de domestiques qui était à son service2, il avait même fait confectionner un costume, conservé dans le coffre d'une banque, destiné pour le jour de l'enterrement de son épouse. Simple détail prouvant manifestement que l'ambiance entre les deux époux ne devait pas ressembler à un climat de confiance. Il était d'autant rassuré notre horloger que par contrat de mariage de la communauté d'acquêts, reçu à Bruxelles le 7 septembre 1885, il y était stipulé une clause attribuant la totalité de la communauté au dernier survivant3

   Tout cela fut manifestement balayé, suite au décès, sans doute inopiné de l'horloger, en date du 19 septembre 1931. Le timing si bien orchestré se mit à se gripper le plus légalement. Par testament du 30 septembre 19313, soit 11 jours après le décès de son mari, Clémentine DEVOS, sans trop d'état d'âme apparemment, laisse Clément, Rosa et Céline DEVOS, trois de ses neveux et nièces, comme légataires universels. Anna, Henri et Emile PARFONRY, les trois neveux attitrés de l'horloger perdaient ainsi leurs droits. Un document atteste qu'elle leurs transmet, par un acte de licitation4 aux enchères publiques, la belle propriété de campagne, sise à Gobertange, pour une valeur de 60 000 francs5. Il en aura été de même vraisemblablement pour les propriétés du Square Marguerite à Bruxelles. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées. Georges, en tant que fils unique d'Emile l'instituteur, n'aura jamais droit à son espérance. L'expression du remords, du regret dans le choix du conditionnel passé de la phrase de Georges y trouvait sa juste signification.

    Preuve s'il en est que le décès inopiné de l'horloger aura occasionné une brisure intense qu'aucun élément matériel ou souvenir personnel ne viennent contredire. Aucune des montres à gousset de l'horloger, notamment sa célèbre "Boîte du Roi", ne furent retrouvées dans les effets personnels du grand-père. Clémentine DEVOS ne survivra finalement que dix mois à son époux, décédant le 20 juillet 1932. Suffisamment cependant pour que s'installe un secret familial qui n'engendra nullement de drame social, tout au plus permettant, par cet article, de retrouver sa cohérence après quelques 83 années.

 

 1 Le Square Marguerite, avec le Square Marie-Louise et le Square Ambiorix, tous trois installés en enfilade rectiligne, fait partie du quartier des Squares à Bruxelles. Ils s'inscrivent dans l'extension Est de la ville. Constitué au départ d'une vaste esplanade bordée d'arbres avec un kiosque central, le Square Marguerite était entouré de maisons dont seules douze des habitations originelles subsistent de nos jours, remplacées par des immeubles à appartements de 10 étages. Construit entre 1875 et 1880, il était constitué de bâtisses présentant des styles architecturaux très riches, mélanges de néo-renaissance flamande et d'Art nouveau. 

2 Laquelle habite toujours à proximité de la propriété à Gobertange  ;

3 Selon actes transmis par le propriétaire actuel de la maison de l'horloger à Gobertange ;

4 Licitation : Mise en vente aux enchères, à l'amiable ou en vertu d'un jugement, d'un bien en indivision successorale ;

5 Il est difficile d'apprécier de sa valeur de nos jours suite aux dévalutations importantes (surtout périodes 1925-1930 et 1970-1980) ; sur base des données recueillies, ce chiffre équivaudrait à 32 792 €, ce qui n'est pas révélateur de sa vraie valeur pour 1930 ;

 

Partager cet article
Repost0
11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 14:42

    Il a été dit précédemment que toute cette aventure, relatée au travers de ce blog, a démarré peu après le décès de mon père en janvier 2006. La découverte de documents au milieu de ces dizaines de chemises de couleur, reliquat de ce que peut constituer la synthèse apparente d'une vie, en a été le déclic opérationnel. Moins de trois années plus tard, ce blog prenait forme.

      L'émotion et l'insolite se sont mélangés au fil du temps, des rencontres et des découvertes. Ce que l'on sait moins en fait c'est que cela avait été précédé d'une rencontre durant l'hiver 1998/1999 au Sénégal. Une rencontre, qui aurait pu être, si la brise en avait été favorable, le véritable marqueur de cette saga sur ce patronyme.  Cette rencontre aurait du tomber dans l'oubli. C'était sans compter sur ce qui constitue finalement l'armature de cette aventure, à savoir l'opportunité, la curiosité et l'esprit d'à propos. Ce 12 février 2015, lors d'une séance du cycle d'Exploration du Monde, dénommée Les Belges du bout du monde1, je rencontrai, à l'entracte, Adrien JOVENEAU, le présentateur mythique de l'émission éponyme sur La Première, qui réveille les auditeurs chaque dimanche matin depuis 1986.

      Adrien semble bien connaître Aliette PARFONRY. Après l'avoir harponnée parmi tous ces belges du bout du Monde lorsqu'elle travaillait au Sénégal, Aliette est intervenue en direct en septembre 2012 dans son émission du dimanche matin (voir article : La voix d'une Parfonry du bout du monde). De cet échange d'impressions avec Adrien, l'idée m'est venue de développer un article dont la trame s'ébauche précisément autour de cette émission. Et d'en apprendre un peu plus sur cette voyageuse qui ne dépare pas vraiment dans la galerie des portraits des PARFONRY. La séquence débute par une rencontre.

      Nous sommes à ce moment au Sénégal, sur la Petite Côte, un centre touristique de plusieurs hôtels appelé Saly Portudal, situé sur la Côte Atlantique, non loin de M'Bour, à quelques 90 km au sud de Dakar. Deux personnes, aux parcours différents, et portant le même patronyme, vont s'y rencontrer. L'une est belge et la seconde est française. L'une y est arrivée en 1997 de Belgique pour installer et diriger un golf,  Elle se prénomme Aliette et n'a probablement que peu de références sur l'histoire de son nom. Elle sait probablement que son arrière-grand-père Hubert-Narcisse est le frère cadet du militaire dont le nom est repris sur la plaque de la rue principale de la ville de Hotton en Belgique. Cela doit s'arrêter là. L'autre est française. Elle se prénomme Martine et est venue passer des vacances dans ce lieu de villégiature. Elle doit probablement savoir qu'elle est l'arrière-arrière petite-fille du marbrier dont le parcours est l'un des aspects les plus développés dans ce blog. 

    La rencontre se fera sans doute à l'occasion d'une partie de golf, dont est friand Alain JAMIN, le mari de Martine. Le nom inscrit sur la carte du parcours va faire évidemment réagir Aliette. Son nom de famille similaire, si peu fréquent, va l'inciter à prendre contact. Ne trouvant, ni l'une, ni l'autre de points de convergence au niveau de leurs généalogies, l'échange en restera à ce stade. Sauf que Martine en fit part, par la suite, à Jacques, son père, installé en Guadeloupe depuis quelques années. Aliette en fit de même de son côté. Il s'en suivit un échange de courriers durant les mois qui suivirent, espérant  y trouver une filiation généalogique.

      Et précisément, parmi toutes les lettres retrouvées dans une chemise au décès de mon père, se trouvait une photocopie de celle, datée du 23 février 1999, envoyée par Jacques, père de Martine, à Jean, père d'Aliette.

Lettre du 23 février 1999 de Jacques PARFONRY à Jean PARFONRYLettre du 23 février 1999 de Jacques PARFONRY à Jean PARFONRY

Lettre du 23 février 1999 de Jacques PARFONRY à Jean PARFONRY

    De toutes ces lettres, on y apprend notamment qu'un premier contact, entre ce qui deviendront les branches de Neerheylissem et d'Erezée des PARFONRY, avait déjà été opéré plusieurs années auparavant pour des raisons professionnelles. De fait, il existait depuis plusieurs décennies à Bruxelles une entreprise dénommée PARFONRY et LIELENS, spécialisée dans le matériel de robinetterie et de tuyauterie. Crée par Hubert-Narcisse PARFONRY, celui que l'on a déjà mentionné au travers de lettres retrouvées dans les archives du Palais Royal (voir article : Hubert-Narcisse avec le Conseil de discipline) puis plus tard dans la forêt amazonienne (voir articles : Où il est question d'un PARFONRY au Brésil ; Hubert-Narcisse aux prises avec les Indiens), cette entreprise avait fourni du matériel, à la demande de Jean-Pierre, le neveu de Jacques. 

     Au grand regret de Jacques, espérant y trouver la pièce du puzzle qui lui permettrait de retrouver la commune flamande qui est à l'origine de son ancêtre Francois-Xavier, le marbrier d'art, ces lettres n'aboutirent pas à un résultat concret. Pour ma part, les six prénoms de Martine, Aliette, Hubert-Narcisse, Jacques, Jean et Jean-Pierre, tous portés par des PARFONRY, m'étaient, à ce moment, totalement étrangers. Il fallut attendrequelques années pour voir le voile se lever sur l'origine. Chacune de ces personnes prenait progressivement leur place dans cet imbroglio de départ. Et Jacques allait enfin connaître l'explication sur ses origines.

     Aliette continue de nos jours à gamberger en Afrique2. Ses études de marketing et de gestion lui ont permis de prendre la direction d'hôtels, après  avoir prouvé de ses capacités de relance au niveau du golf de Saly au Sénégal. Il s'en suivra la direction du somptueux hôtel Espadon, un quatre étoiles léché par les vagues de l'Atlantique (A. JOVENEAU, 2014) jusqu'en 2007. Gratifiée de cette expérience menée avec succès, on lui propose de relancer, cette fois à Pointe-Noire3, en République du Congo, un ancien hôtel Novotel portant un nom local au prononcé assez bizarre : Mbou Mvou Mvou. Après s'être une nouvelle fois attelée à des travaux gigantesques de rénovation, l'hôtel est désormais aux normes 4 étoiles. Et pour en faciliter la prononciation, il est rebaptisé de nos jours Hôtel Elaïs.

     Aliette fait ainsi partie des quelques 200 belges du bout du monde qui ont été épinglés dans l'un des deux livres publiés par Adrien JOVENEAU, l'un en 2002, l'autre en 2014. La seule par contre qui ait migré vers le Congo Brazza.

     Si vous passez par Pointe-Noire, avec le livre d'Adrien JOVENEAU sous le bras, Aliette vous promet une réduction de 10% sur la chambre4. Par contre, vu la spécificité de la destination, l'achat d'un cadeau BONGO pour un proche n'est pas encore retenu. Adrien s'est souvenu tout de suite d'Aliette qu'il m'a qualifiée de très sympathique. Comme tous les belges rencontrés dans cette émission du bout du monde, elle ne se départit pas de ce côté bonhomme, la marque de fabrique du Belge qui ne se prend pas (trop) au sérieux5. N'ayant pas eu le temps de lui expliquer, dans la cohue des dédicaces organisées lors de l'entracte de la séance d'Exploration du Monde, par quel cheminement j'étais entré en contact avec Aliette, il l'a bien gentiment qualifiée de petite-cousine.  En voilà un qui s'écarte encore plus que moi du cadre rigide qui relève de la généalogie. Mais bon, s'il faut remonter à l'un des chevaliers de PARFONDRY du Moyen-âge pour attester de ce lien, autant utiliser cela comme une trace et non comme une preuve afin de mieux rêver !!

 

1  Les Belges du bout du monde : Emission radio, créée en 1988 par Adrien JOVENEAU ;

Les données ci-dessous sont en grande partie reprises du livre : JOVENEAU Adrien, THIEBAUT Frédérique (2014) : Les Belges du bout du monde, Editions Racine, Bruxelles, 223 pages ;

3 Pointe-Noire est la capitale économique de la République du Congo (capitale Brazzaville) du fait des activités de plusieurs compagnies pétrolières ;

4 On demandera à Aliette si elle fait la même réduction pour les lecteurs de ce blog ;

5 Extrait du post face du livre "Les Belges du bout du monde ,éd. 2014 ";

 

Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU
Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU
Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU

Extrait du livre "Les Belges du bout du monde " et dédicace d'Adrien JOVENEAU

Partager cet article
Repost0
6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 08:34

     Précédemment, il avait été rassemblé les quelques phrases de soutien émises par l'un ou l'autre des personnes concernées directement par les thématiques abordées dans ce blog (voir articles : Des Commentaires bienveillants 1ère et 2ème partie). S'y retrouvaient de la sorte tous ceux et toutes celles qui avaient un lien avec le patronyme porté et désormais supporté avec fierté.

    Conscient que ce genre de support et d'appui, qui étaient formulés au travers des commentaires et des mails,  ne se limitaient pas exclusivement à ce groupe cible, j'ai veillé à extraire l'essence des propos transmis par tous ceux qui avaient transmis leurs émotions. Ce qui suit en est une ultime synthèse de ces attentions, étalées entre 2009 et 2015. Une délicatesse que je vous fais partager. 

    Le premier à s'être manifesté fut Jean DELANDE(+), le responsable du Club de recherches historiques et généalogiques (CRHG) de Neerheylissem. L'ayant rencontré personnellement le 14 décembre 2009, il me fit savoir en réponse, ayant pris connaissance du document provisoire élaboré après déjà près de quatre années de recherche, que ce travail au sujet des PARFONRY est très riche de renseignements. Le fait de pouvoir accumuler autant d'informations sur une famille est assez peu fréquent. Occupant le plus souvent des tâches de journalier, les preuves de leurs présences restaient indécelables et obscures. Cet appui se concrétisa par la reprise de certaines parties dans la revue éditée par le CRHG.

    Au fur et à mesure de la publication d'articles sur le blog, une attention multiple fut constatée.

     Charles MALHERBE, le responsable de GENEAGESVES, manifesta aussitôt de son intérêt en écrivant : Vous bénéficiez d'une grande expérience qui peut être profitable à tous. Un peu plus tard, Marc BRAIBANT, un collaborateur de GENEANET, m'envoya ce mot : Félicitations, je suis admiratif ! C'est vraiment un excellent travail de fond sur votre patronyme que vous avez entrepris. Une autre, Marcelle GRAINDORGE, adepte du même site, y alla du même ton : Bravo pour votre site. C'est génial.

     Et Gabrielle ROUSSEL, mon amie bretonne du Maroc, y alla du même entrain, en affirmant au moment de son affiliation à la newsletter du blog : Ceci dit, c'est un travail impressionnant, tu vas peut-être te découvrir une ascendance quasi royale. Tout comme mon voisin Pierre HENIN, qui y allait d'une logorrhée de son cru : Encore, encore ! Cela commence à devenir intéressant, même très intéressant. Au plaisir de vous lire ! Mais aussi Jacques LARUELLE, un ancien collègue de travail de l'époque de la rue des Petits Carmes à Bruxelles, que j'avais aguiché à aller visionner, et qui mentionnait Ton blog est des plus intéressants. J'ai tout de suite reconnu ta plume toujours aussi bien affutée.

     Ensuite, Maurice DUPREZ, du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil, qui longtemps intrigué par l'architecture de la villa de Créteil, y trouva la réponse dans le blog en le qualifiant d' intéressant et fouillé. Tout comme Hélène RICHARD  qui après la découverte de la tombe des LOGE à Barbizon (voir article : La tombe de Mary-Cécile Loge est découverte), et Annick COURBE, Conservatrice du cimetière de Créteil (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés), s'activèrent à transmettre le maximum de renseignements, ayant pris probablement conscience de l'originalité de la démarche.

     Par la suite, Robert SERVOTTE, un ami d'adolescence de la période du secondaire à l'Athénée de Tamines, se disait convaincu que mon hobby était fort apprécié par les lecteurs. Continuant de voyager, le blog se mit ainsi à traverser les continents. Une jeune agronome marocaine, Ftaima ELAMRAOUI, après avoir lu un article dans lequel il était fait référence à son pays, m'encouragea en me souhaitant une bonne continuation dans mes recherches et mon travail tout en ajoutant à mon attention que c'était un honneur de vous connaître. Plus éloigné, de l'autre côté de l'Atlantique, Carol POULIN, restaurateur d'objets d'arts, vivant au Québec, me félicitait pour l'immense travail sur la recherche des origines de votre ancêtre Parfonry (voir article : Ferdinand réapparaît à deux reprises). En y ajoutant des années de plaisir comme on dit ici, pour souligner tout le travail accompli.

     Et Isabelle WAYS, auprès de qui j'avais pu récupérer une montre de l'horloger PARFONRY (voir article : Le parcours d'une petite montre en or), se disait très touchée en me félicitant vivement pour mes recherches tout en trouvant le texte tout à fait passionnant et sincère, comme vous même, en fait ! Mais aussi Guy FOUCART, élève chez mon grand-père à l'école communale de Beauvechain à la fin des années 40, qui pour marquer simplement de son intérêt, le résuma de la façon la plus explicite comme étant un très bon blog.

     Plus récemment, Marielle FREUDENTHAL, ma collègue des années remontant à l'époque des interviews des JPO1, y trouve, suite au lien transféré sur mon mur Facebook, un excellent moyen d'attirer la curiosité pour aller lire le blog. De son côté, faisant remonter sa fibre de linguiste, Fernand HESSEL, un autre ancien de cette AGCD2 de mes débuts, y relate une recherche fondée, méritoire et couronnée de succès, intéressante pour ceux qui n'appartiennent pas à la lignée. Quant à Quentin DEBRAY, récent propriétaire à la recherche de l'histoire de la maison occupée tout un temps par l'horloger, il se laisse prendre au jeu de l'aventure en me disant Vous m'avez lancé, je poursuivrai !! Au final, très récemment, Paule MARCHAL, rencontrée au côté de Daniel en différents endroits de mon parcours africain, et intéressée à son tour pour aller visionner ce travail, ne put s'empêcher d'en être convaincue : C'est super tes recherches sur ta famille ! Bravo, cela doit être une passion.

    Soit au final une vingtaine de personnes, parmi toutes celles qui suivent les péripéties de cette saga, qui affichent de leurs intérêts pour ce genre inhabituel de démarche au sein de la science parfois assez rigide de la généalogie. Nombre peut être assez restreint mais qui, par leurs régularités, représente la partie émergeante des quelques 34 000 visites comptabilisées et 60 000 pages lues à ce jour. Et qui viennent s'ajouter à ceux et celles qui appartiennent à la première liste directement concernée par le patronyme et le toponyme.  Avec le résultat secondaire de faire apparaître d'anciens individus ayant, à un moment ou à un autre, côtoyé l'un des instants de cette saga. Mais aussi quelques autres qui généralement, par simple réaction de curiosité, ont tenu à apporter leurs réponses à des épisodes encore opaques pour la compréhension de certains faits. 

   Manifestement le poor lonesome cowboy du démarrage a largué les amarres de son ilôt familial pour intensifier les rencontres et les partages. Il ne lui reste plus qu'à choisir le moment de son abordage (et pas celui de son sabordage, mille sabords) !!!

1 JPO : Junior Professionnal Officer, Programme des Nations-Unies destiné à former de jeunes diplomés aux institutions internationales ;

2 AGCD : Administration Générale de la Coopération au Développement : Ancien organisme d'Etat ayant en charge le financement, l'organisation et la supervision des aides de la Belgique à l'égard des PVD ;

Partager cet article
Repost0
4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 12:45

     Attesté par un acte de décès du 28 ventose an 8 de la République française (19 mars 1800), dans lequel Jean PARFONRY, le Maître-charron, est cité comme témoin, la rue des Charrons à Neerheylissem a été indéniablement le lieu d'habitation de notre lignée. Depuis plus de 200 ans, sept générations s'y sont succédées pour y être encore habitée de nos jours.

        Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas dans la maison actuelle que Jean PARFONRY (1762-1803)  a du vivre. N'étant pas encore représentée sur les cartes de l'Atlas FERRARIS, elle a donc été construite après 1775. Cette maison a appartenu au départ à la famille LALMAND. Sur le recensement de 1840, elle porte le numéro 11 et est occupée par cette famille. C'est l'une des 236 maisons recensées dans le village. C'est en fait Henri PARFONRY (1826-1885), le petit-fils du charron qui, en se mariant en 1851 avec Julienne LALMAND (1824-1855), s'y installera et en héritera au décès de son épouse en 1855.

    L'ancienneté de la rue des Charrons est attestée. Avec la rue du Pont de Crimont1 et la rue des Juifs, elles forment le quadrilatère principal du village2, comprenant l'église romane, le château de Flône. La rue de Crimont était l'une des plus importantes car située sur le tronçon reliant les villes de Hannut et de Tirlemont3. Quant à la rue des Juifs, longeant la rivière La Gette, son existence remonte assez loin dans le temps. Son nom est cité en 1456 sous la forme Joedestrate. Elle doit probablement être liée au fait que cette rivière constituait la première barrière naturelle entre la Principauté de Liège et le Duché de Brabant au XVème siècle. On peut supposer qu'il y ait un rapport avec les transactions en argent qui s'opéraient en passant d'un pays à l'autre.

     Quant à la rue des Charrons, avant de s'appeler de la sorte, elle porta d'autres noms. Elle est dénommée à une époque Raymakerstraat, en lien direct avec la famille Raymackers dont la ferme, située rue des Houilles, construite en tuffeau de Linsmeau4, est une des plus anciennes du village existant de nos jours. Elle apparaît à l'emplacement du vieux moulin mentionné dans les textes anciens (Hof van der Nedermolen en 1407). L'écriture flamande, comme encore certaines rues et lieux de Neerheylissem de nos jours5, est un témoignage de l'origine linguistique de ce village6. Le dialecte tirlemontois avec cet accent spécifique que parlait ma grand-mère, a du être le langage usuel avant le changement et la francisation de ses habitants.

      Le second nom attesté de cette rue est en soi déjà plus caractéristique d'une autre évolution. Il s'agit de la rue des Charliers. Apparue vers 1725, soit pendant la période autrichienne, cette dénomoination fait référence à l'un des 32 métiers qui furent reconnus en Principauté de Liège, dès le  XIVème siècle7. Les Charliers regroupaient les charrons mais aussi les ébénistes, les futailliers8 et quelques autres de moindre importance9. La reconnaissance de ces métiers est le résultat de la lutte menée contre le pouvoir féodal des nobles et du prince-évêque de Liège. Ces 32 métiers ont pu ainsi élire de manière démocratique les deux bourgmestres de la ville de Liège, même s'ils se verront progressivement investis en plus grand nombre par la noblesse par rapport aux artisans.  Pour ne citer qu'un exemple, en 1652, la fille de la famille de FONTIGNY, occupant le château de Neerheylissem, se maria avec Ferdinand de BEECKMAN, bourgmestre de Liège en 1654. Outre l'influence renaissante de la particule, la proximité entre Neerheylissem et la Principauté de Liège favorisait certains liens, particulièrement pendant la période autrichienne. 

      Mais cette réminescence de l'Ancien régime a du déplaire aux nouveaux occupants. Il est donc probable que c'est au moment de l'annexion française que la rue prit définitivement son nom actuel. Ayant déjà abrogé l'organisation et les structures de ces métiers, découlant de l'Ancien régime,  ils se devaient également de supprimer l'usage dans le quotidien. Ce qui a été manifestement le prétexte du changement de nom. D'autant que se développait de manière évidente le métier de charron, supplantant les autres formes d'artisanat que rassemblait initialement cette chambre des Charliers. 

     Si ce métier de charron était exercé par plusieurs personnes dans le village, le recensement de 1840, en mentionne la présence de plusieurs dans cette rue. Il est probable que la plus ancienne forge y ait été localisée. Située au croisement de la rue des Charrons et de la ruelle St-Martin, cette forge a appartenu à Nicolas LAMPROYE (1817-1894), nouvel arrivant vers 1835 en provenance du village de Moxhe10. D'autres charrons ont du par conséquent y exercer avant son installation. C'est apparemment la seule forge de la rue ayant pu servir à Jean PARFONRY lorsqu'il y apparait, comme Maître-charron, dans cet acte en 180011.

    N'omettons pas également de relever que ce Nicolas LAMPROYE12, tout comme Henri PARFONRY, le petit-fils de Jean, épouseront deux soeurs de la famille LALMAND13, un autre charron important du village, habitant non loin dans la rue Beekborne. Le métier des charrons devait être, en ces temps là, un milieu de la noblesse de l'outil, sans particule,  au sein duquel on s'efforçait de favoriser les rencontres.

 

1 Appelée désormais rue de Flône ;

2 La longueur et la sinuosité de la rue des Charrons expliquent qu'elle occupe deux côtés de ce quadrilétère ;

3 Comme d'autres éléments de cet article, cette information est extraite du document de Jean DELANDE(1999) : Neerheylissem en 1796 et 1840. Ses maisons , ses rues, ses habitants, 75 pages, ronéo ;

4 Tuffeau de Linsmeau : pierre tendre utilisée pour la construction de plusieurs édifices dans la localité (église, chapelle,....) ;

5  Tels que rue d'Ardevoor, rue Beekborne, chemin de la Pistraat, Elsenbosch, Meysenboom, Misbempd, .... ;

6 Lors de la réforme des communes en 1977, la forme francisée Hélécine a été choisie pour dénommer la nouvelle entité, regroupant Neerheylissem, Opheylissem, Linsmeau (Prov. du Brabant wallon) ;

7 Lien ci-dessous pour voir la liste des 32 métiers ;

8 Futaillier : synonyme de tonnelier ;

9 voir site :  http://www.chokier.com/FILES/INSTITUTIONS/BonsMetiers.html#anchor2 ;

10 Moxhe : village le long de la Méhaigne, affluent en rive gauche de la Meuse, incorporé à la ville de Hannut depuis 1977 ;

11 La forge et la maison ont été démolies vers 1950 ;

12 En premier mariage, il avait épousé en 1837 Julienne DUCHAINE, une fille d'un maréchal ferrand dont la famille résidait dans cette rue des Charrons (n° 26 du recensement de 1840) depuis 1732 ;

13 Jean DELANDE (1991) : Généalogie des LALMAND de 1687 à 1991, 131 pages, ronéo ;

Partager cet article
Repost0
26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 15:21

   Pour terminer la relation de cette seconde expédition1, effectuée sur les traces de François-Xavier PARFONRY à Créteil, ses membres ont rendez-vous avec deux des plus éminents historiens de la ville. Ils auront le plaisir de profiter de la disponibilité, des explications et de l'expérience de ces personnes pour visiter plusieurs endroits historiques de la localité. 

   Après un bon repas, offert par Françoise au Café de la Mairie, où la gourmandise de certains pour les desserts fut particulièrement remarquée, l'heure du rendez-vous se précise. Nos interlocuteurs cristoliens nous attendent, en face, à la Maison du Combattant, Place Henri DUNANT. Ancienne Mairie jusqu'en 1965, ce lieu est désormais le centre des associations actives dans la valorisation du patrimoine de la ville de Créteil. Jean-Marie LEMMEL et Claude LELAURIN, deux de ces animateurs bénévoles, et, comme nous le découvrirons progressivement, artisans touche à tout, nous y reçoivent avec le sourire de ceux qui veulent transmettre leurs connaissances. 

     Cette Maison du Combattant offre un lien important avec notre propre histoire. Paul PARFONRY, le fils du marbrier, du temps où le bâtiment faisait fonction de Mairie, y avait offert un mécanisme d'horlogerie. Un premier article, faisant suite à une visite d'Agnès et de Françoise en 2010, avait déjà mentionné la présence de cette horloge dont l'existence n'est plus avérée de nos jours (voir article : Une horloge à Créteil). Nos deux intrépides exploratrices, qui peuvent se prévaloir d'avoir suivi la formation donnant accès au label " Guide officiel P Y ",  s'étaient promises d'y revenir. 

   Ancien horloger lui-même, Jean-Claude LEMMEL ne se pria pas pour nous expliquer le mécanisme de fonctionnement de l'ancienne horloge de l'église de Créteil qui a retrouvé une nouvelle jeunesse dans le hall d'entrée de cette Maison du Combattant. Navré cependant de ne pas pouvoir nous expliquer ce qu'il est advenu de l'autre horloge, celle offerte en don par Paul. Sa disparition résulte de la suppression du fronton sur rue2 en 1965, dans lequel elle était incorporée, pour permettre la construction d'une avancée vitrée.

   Pour rappel, ce don avait été effectué en 1903. Le mécanisme avait été complété d'un cadran, aiguilles et minuterie fournis par la Maison Henry ROY, horloger mécanicien. Une lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY, adressée au Maire de Créteil, nous renseigne que les pièces du mécanisme ont été stockées au 62 rue Saint Sabin à Paris, à savoir dans les ateliers de la marbrerie qui avait été reprise par les frères HUVE après le décès du marbrier en 1898. L'année 1903 coïncidant avec la période de prospérité de l'horloger Emile PARFONRY, installé à Bruxelles, on peut y percevoir  peut être l'origine de l'horloge !!! Cette horloge fut remontée et entretenue par la Maison PORRET, horloger à Créteil3.

               Lettre de Paul PARFONRY au Maire de Créteil, datée du 6 mai 1903

Monsieur le Maire

Les pièces composant l'horloge que la mairie me fait le très grand plaisir d'accepter sont à votre disposition 62 rue St Sabin.

Le messager qui viendra en prendre livraison fera bien de se munir de caisse ou de papiers nécessaires à l'emballage des dites pièces.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes sentiments les meilleurs et bien dévoués.

                                                    (Signé) Paul Parfonry            

     Pour la première fois, on y découvre l'écriture et le style de Paul. Lisible, précise et assez classique, elle indique d'un bon niveau d'éducation scolaire, probablement meilleur que celui de son père. L'écriture du P est sans aucun doute la forme la plus originale. Une seule faute est observée avec l'usage du mot caisse que l'on verrait mieux au pluriel. Le plus intéressant se retrouve dans sa signature. Confirmant ce qui avait déjà été constaté au niveau de l'évolution de la signature de ses peintures, Paul utilise de nouveau les trémas dans l'écriture du y, revenant à l'usage ancien qui avait été observé chez son père François-Xavier et dans les premières années de son art.

1 Pour rappel, la première expédition s'était déroulée dans les rues de Paris en août 2013; son parcours est relaté au travers des 6 articles qui la font découvrir (voir Paris 1 à 6) ;

2 Les puristes utiliseront le terme "Chien assis" ;

3 A la réflexion, la seule piste pour découvrir ce qu'il est advenu de cette horloge doit être dans la recherche des descendants de cette entreprise d'horlogerie PORRET ;

Lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY au Maire de Créteil

Lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY au Maire de Créteil

A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY
A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY

A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY

   La visite se poursuivit par l'ancienne salle des mariages, décorée de quatre toiles d'Eugène SIMAS (1862-1939), représentant des paysages bucoliques de Créteil. Le second intérêt de cette pièce résulte dans la présence de la plaque reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville. Et parmi ceux-ci, on y retrouve le marbrier François-Xavier PARFONRY, le père de Paul. La présence de cette plaque a déjà été développée précédemment (voir article : Une petite lettre pour une grande plaque). Mais pour la première fois, tout comme la cheminée au Musée Carnavalet, la fontaine de la Place François 1er, le double escalier de la gare Saint Lazare, le marbre de la porte d'entrée de la rue St-Sabin, les échantillons de marbre dans les Réserves des Arts et Métiers, la face incurvée en marbre avec l'inscription P Y de l'Avenue de Ceinture, etc.... cette plaque apparaissait sous les yeux de PARFONRY encore une fois émerveillés par la séquence des traces accumulées. Parmi la liste des bienfaiteurs qui y sont énumérés, on retrouvent ceux de BORD, de BOULENGER et de GAIDELIN dont nous avions aperçu précédemment la chapelle funéraire       (voir article : En pierre de lave de Volvic - Créteil 3).

La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail
La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail

La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail

     Ne ménageant ni de leurs temps ni de leurs explications, nos deux guides du jour nous firent encore découvrir deux autres bâtisses historiques. En premier Le Colombier, dernier vestige de l'ancienne ferme seigneuriale qui ne dût sa survie qu'aux efforts déployés par les défenseurs du patrimoine de Créteil. Pour le sauver, l'ensemble du bâtiment fut déplacé de 45 m, d'une seule masse, en 1972 laissant la place à de nouveaux lotissements. Majestueux et harmonieux par ses dimensions, ce colombier pouvait contenir à l'origine 1500 couples de pigeons. Le parcours se termina par la visite des orgues de l'église Saint-Christophe, où les explications techniques alternèrent avec des airs improvisés, joués par Claude LELAURIN (voir site : http://www.orguesaintchristophecreteil.org/orgue.html ). 

   Dans le soir tombant, l'harmonie des notes sortant de ces embouts annonçait la fin de notre parcours dans les rues de Créteil. Toutes ses portes de l'histoire, de l'art qui nous furent si aimablement ouvertes, nous faisant en quelque sorte regretter la vision austère et peu académique du parloir du Carmel. Cette nouvelle expédition fut malgré tout une belle réussite, très largement ouverte à différents aspects du patrimoine, tant familial qu'historique. Tant de choses découvertes en une seule journée, racontées au  travers de quatre articles (voir articles : Créteil 1 à 4).

     On terminera par une requêtte formulée à la ville de Créteil et aux amis qui défendent son patrimoine. Si François-Xavier PARFONRY apparait dans la liste des bienfaiteurs, sur une plaque un peu oubliée, dans la pénombre de l'ancienne salle des mariages, et si Paul reste un simple donateur obscur, une plus grande reconnaissance est à espérer. Tous deux ne sont pas mentionnés dans la liste des personnalités recensées de Créteil (not : site Wikipedia Créteil). Oubli pour Paul, celui qui a exposé de nombreuses années au Salon des Artistes et qui a honoré le fronton de la Mairie d'une horloge. Et omission tout à fait injustifiée pour François-Xavier, Chevalier de la Légion d'honneur, l'un des marbriers les plus appréciés de sa génération et dont le parcours, retracé au travers de nombreux articles de ce blog, justifie amplement une place plus apparente. Leurs deux prénoms ne dépareraient pas à côté du guitariste des Chaussettes Noires ou de l'acteur de second rôle de la série Les cinq dernières minutes. Au même titre que les BORD, GAIDELIN, BOULENGER et autres, leurs inscriptions dans la liste des personnalités de Créteil doivent s'avérer être désormais une priorité

    Et on finalisera cette rétrospective de la visite à Créteil par la gentille lettre de remerciement envoyée par la Mère prieure du Carmel à Françoise, faisant suite à notre entrevue tronquée derrière le parloir de sa communauté (voir article : Le Carmel conserve tous ses mystères - Créteil 2)

Peut-on espérer une meilleure opportunité à l'avenir pour assouvir notre souhait de visiter ce lieu ? Au même titre que celle qui nous a été donnée récemment de visiter la belle maison occupée par l'horloger Emile PARFONRY, à sa retraite, dans le hameau de Gobertange en Belgique. Les voies du Seigneur sont impénétrables, dit-on. Il paraît que ce n'est pas du tout du fatalisme, tel qu'on l'interprète le plus souvent. Il doit bien voir alors que la patience des hommes n'est pas aussi large que la sagesse divine !!!

Lettre de remerciement de la Mère prieure du Carmel Sainte-Thérèse

Lettre de remerciement de la Mère prieure du Carmel Sainte-Thérèse

Partager cet article
Repost0
22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 17:45

    Un inventaire effectué précédemment (voir article : Ou il est question de lieux-dits) avait répertorié la liste des lieux portant notre patronyme. Assez exhaustif, sans être certain d'être complet, il abordait également la similitude que l'on pouvait y voir avec le toponyme se référant à la géographie du "val " .  

     Les approches successives, documentées principalement par des visites de certains de ces lieux-dits, vont nous faire comprendre progressivement que le rapprochement entre les deux termes n'autorise pas d'en faire un lien. La formation étymologique des Parfondval n'est en rien semblable à celle des Parfondry.  Il en est de même pour leur diversité dans la diffusion du patronyme et dans leur esprit de créativité. 

    Pour l'attester, nous nous basons sur un simple listing des endroits ayant préféré se caractériser par l'adjonction du suffixe val.

    Au niveau des villages, Parfondeval est recensé à cinq reprises en France :

-  dans l'Aisnes (02360), comme étant l'un des plus beaux villages de France; un château de Parfondeval y a existé, rasé en 1802 ;

- dans l'Orne (61400), dans le Parc naturel régional du Perche ;

- en tant que hameau de la commune de Londinières (76660) en Seine maritime

- en tant que hameau de la commune de Laboissière-en-Thelle (60570) dans l'Oise  ;

- en tant que hameau de la commune de Montreuil-sur-Thérain (60134) dans l'Oise ;

    Seule extension extraterritoriale avérée, un certain BOUCHER, un habitant de cette commune de l'Orne, a migré au Canada pour y fonder la ville de Boucherville (Prov. du Québec). Et pour rester dans la postérité, une rue de Parfondeval existe à cet endroit. 

      Au niveau des sites, une valleusec.à d. une dépression de terrain donnant un accès à la mer, est dénommée Parfondval, près de Criel-sur-Mer (76910), entre Dieppe et Le Tréport, en Seine - Maritime. Elle est considérée comme le plus charmant endroit pour apprécier les magnifiques falaises de la Côte d'Albâtre. Un château de Parfondeval a existé non loin à Londinières (76660) dans lequel y a habité un seigneur de Banastre de Parfondeval. Le domaine est toujours visible de nos jours. A l'autre extrémité, une gorge Parfondval, ayant servi pour alimenter l'aqueduc romain approvisionnant la ville de Metz, est localisée dans la commune de Gorze (57680) en Moselle.

     Pour la Belgique, une seule mention est citée au niveau des cartes avec le hameau de Parfonvaux dans la commune de Blégny (4671), près de Liège, auquel est adjoint une rue du même nom.

     Quant au patronyme, il semble que ce nom se soit limité au département de l'Aisnes. Les dernières lignées, recensées dans les arbres généalogiques, le situe dans les communes voisines de Montignies-sur-Crécy et de Monceau-le-Neuf-et-Faucouzy (02270). La dernière personne Marie-Catherine PARFONDEVAL, née en 1756, y est décédée en 1829. Ce qui pourrait indiquer qu'une origine belge de ce patronyme n'est en rien affirmée. Il ne serait plus présent de nos jours, ni en Belgique, ni en France.

    Sur le plan des médailles, le bilan est apparemment tout aussi faible. Pas de Légion d'honneur, ni de médaille de l'ordre de Léopold attribuées alors que chacune des composantes de notre patronyme, que ce soit Parfonry, Parfondry, Parfouru et même de Parfourru et Bordes-Parfondry, en ont été bénéficiaires.

      En définitive, pas de quoi pavoiser pour se comparer à notre patronyme. Manifestement, le nom n'a pas essaimé, se contentant de quelques endroits, restant probablement à l'abri au fond de sa vallée. Pour le dire de manière plus humoristique, un Parfondval est beaucoup plus casanier qu'un Parfondry.

     Par contre, si on relie les différents lieux-dits Parfondeval entre eux, on constate qu'ils suivent le même chemin que celui obtenu pour notre patronyme, comme s'ils avaient évolués au même rythme que ces vikings arrivés en Normandie avant de venir créer la pagaille à Laon et à Liège à la fin du IXème siècle. Il est attesté que certains se sont installés aussi bien dans la région de Laon que dans les environs de Liège (not. Montaigu), en échange d'une conversion au christianisme.

    Ce qui est nouveau dans l'analyse de toutes ces données, c'est que ce terme de Parfondval (toponyme et patronyme) serait plus volontiers originaire de France et non de Belgique. Et donc, dans ce cas, pourrait remonter à une période plus ancienne que la fin du Moyen-âge, période où le toponyme de Parfondry nous est apparu dans les textes dans la région de  Liège en Belgique. La plus ancienne mention de Parfondeval remonte à l'année 11641.

       L'autre hypothèse, déjà envisagée, et pour laquelle nous avons une préférence, ferait remonter ces toponymes à la période romaine, sauf probablement celui de Parfouru, un peu différent suite à une influence plus que probable d'un parler local. 

      Parfondeval serait simplement la contraction de Fundus et vallum, prise ici dans le sens premier de vallée profonde, tandis que Parfondry (de Fundus et rivus) ne se limiterait pas simplement à caractériser un lieu descendant vers une rivière. Il aurait, dans certaines situations, une connotation plus spécifique, liée à un usage économique. L'emploi de Fundus et rivus voulant signifier dans ce cas une terre produisant des ressources dans une partie basse humide. Le préfixe Par serait, quant à lui, relié à Parricus, signifiant Terrain défriché souvent enclos2

    Sauf intervention d'un expert attitré en matière d'étymologie et de dialectologie, on s'en tiendra, une fois pour toute, à ces explications pour apprécier  des origines de ces toponymes. Toutefois, l'homogénéité des lieux, par rapport à cette progression des vikings, est suffisamment interpellante pour qu'on prenne  conscience qu'il doit bien exister une explication. La nature calcaire des sols des régions traversées par ces lignes (Pays de Cau, Nord du Bassin parisien, Champagne, Calestienne) pourrait être un début d'une autre interprétation. Il ne faut pas croire au hasard qui n'est en fait que le résultat de la concordance de rencontres antérieures (voir article : Il était une fois la canne à sucre). Notre seuil d'incompétence ne pourra cependant trouver de réponses scientifiques sur ce point.

 

1  Attestation de propriété de la grange de Parfondeval à l'abbaye de Froidmont, située dans l'Oise (bulle du pape Alexandre III) ;

2 Ce paragraphe se positionne sur base d'interprétations toutes personnelles ; il n'est en rien basé sur une littérature existante, not. les livres d' A. Carnoy, de J. Germain et J. Herbillon, et celui de J.J. Jespers, qui n'apportent aucun élément appréciable d'explication, restant assez vague sur le sujet ;

Partager cet article
Repost0
16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 09:54

    Quoi de plus représentatif du passé qu'une pierre tombale, qu'un caveau, qu'un monument funéraire, qu'un simple monticule de terre surmonté d'une croix annotée ou non. Un lieu où l'on retrouve ses morts pour nous rappeler que nous avons vécu en ce lieu, que nous avons une histoire, que nous poursuivons une lignée. En soi une preuve matérielle de cette mémoire qui est loin de nous reposer, de nous faire rêver. On est vivant quand on se promène dans un cimetière. Le réel, le souvenir proche l'emporte sur la mémoire qui a flanché depuis pas mal de temps. 

    C'est ce réel, ce souvenir proche qui sera le nouvel objectif de l'équipe, une fois évacuées les sentations de découvertes mais aussi d'insatisfaction de la visite du Carmel de l'Avenue de Ceinture à Créteil (voir articles : Un ultime marbre au Carmel - Créteil 1; Le Carmel conserve tous ses mystères - Créteil 2)C'est ce qui s'est sans doute produit quand nous sommes entrés à l'intérieur de ce cimetière de Créteil, haut lieu de la destinée de la famille PARFONRY française. Pour y apercevoir, au milieu de l'allée principale, ce monument funéraire installé par François-Xavier à la suite du décès de son épouse en 1862, âgée d'à peine 28 ans. 

    Et depuis lors, ils y sont presque tous enterrés. On y retrouve ainsi quatre générations de PARFONRY, beau-père et épouses compris. Il y a bien quelques absents, résultant sans doute d'un défaut d'appréciation sur la pérennité de la lignée, envisagée par François-Xavier. Il ne pouvait se douter, au moment de construire ce monument, du potentiel qu'il allait engendrer. Dans sa générosité, il allait aussi mentionner, sur des espèces de rebords externes, deux noms que seule la perspicacité récente fera ressortir de l'oubli (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés).

Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)
Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)

Le monument sépulcral sous différents angles (credit : Roland PARFONRY)

    Cette sépulture est inscrite dans l'Inventaire général du patrimoine culturel de la ville de Créteil et dans la Base de données Mérimée du Ministère de la Culture. La nature des motifs ornementaux, sa masse imposante mais parfaitement profilée, le fait qu'elle soit surmontée d'un mausolée en marbre en sont indéniablement les paramètres de caractérisation. Mais ce que la description officielle ne mentionne pas1, en est aussi révélateur. A plus y regarder et à comparer avec les autres chapelles funéraires de ce lieu, un indice, un détail fait ressortir ce monument des autres. Avançant dans l'allée, notre regard avait bien remarqué les différentes chapelles funéraires d'anciens illustres bienfaiteurs de Créteil. On avait ainsi côtoyé celle de la famille BORD, cet illustre facteur de pianos, de la famille BOULENGER, un orfèvre renommé, de la famille GAIDELIN, maire de la ville, et de la famille RENAULT, ce voisin avec qui François-Xavier était entré en justice pour une querelle de paons (voir article : Les paons à Créteil ont posé quelques problèmes). Même si tout les quatre sont également inscrits dans l'inventaire général du patrimoine culturel de la ville, une particularité toute visuelle les différencie du monument sépulcral de la famille PARFONRY. Une teinte visible dès l'entrée du cimetière. L'aspect foncé de la pierre contrastait dans ce lieu. Une pierre de lave noire qui dévoilait son caractère ponceux et léger à son toucher, associée à une forme élancée surmontée d'un mausolée en marbre. Manifestement, une nouvelle fois, François-Xavier avait fait preuve d'innovation. On retrouvait dans cette construction le souci de finition, le tracé du dessin, de l'harmonie des formes qui la différencie.

   Restait à trouver l'explication, sinon l'origine de cette pierre de lave. Où avait-il été chercher cette pierre qui n'était pas de celles qui faisaient partie de son inventaire d'utilisation, en particulier dans la liste des échantillons retrouvés dans les réserves du Musée National des Arts et Métiers ? (voir article : A Saint-Denis, dans les Réserves des Arts et Métiers - Paris 5). Même les spécialistes qui avaient pris soin de décrire le monument, avant de l'inscrire dans le patrimoine de Créteil et la base Mérimée, n'avaient pas fournis ce renseignement. Question qui trouva rapidement réponse après quelques clics, toujours assis sur la chaise de Léon.

    La pierre de lave noire utilisée pour le monument fénéraire de Créteil provient, sans trop d'incertitude, du Puy de la Nugère, l'un des volcans de la chaîne des Puys dans le Massif Central. Appelée couramment la Pierre de Volvic, elle fut très utilisée dans les environs de Clermont-Ferrand, notamment pour la construction de la Cathédrale de cette ville au XIIIème siècle. Elle finit par arriver à Paris dans les valises du Comte de CHABROL - VOLVIC, nommé préfet de la Seine en 1812. Son caractère quelque peu austère la confina, au départ, aux bordures des trottoirs et aux plaques de rue dans cette époque des travaux résultant des agrandissements du baron HAUSSMANN. Il faut croire que François-Xavier trouva, dans la nature sombre de cette roche volcanique, une façon d'exprimer sa douleur ressentie suite au décès de sa jeune épouse. Lui, le migrant belge, après avoir souffert et travaillé pour démontrer de sa volonté à prendre sa place dans cette société française, venait d'encaisser un pénible revers. La couleur noire et la résistance de la Pierre de Volvic exprimeraient le deuil qu'il venait de subir. 

    De par sa texture, sa dureté et sa forte inertie aux variations de température, cette roche qui protège l'eau du même nom, se prête admirablement à la taille en grande dimension. François-Xavier venait de construire la villa à Créteil et avait pris la direction, depuis peu,  de  la nouvelle association avec LEMAIRE. Il était donc en plein essor et en pleine confiance sur son avenir. Le décès de son épouse l'éprouva durement. Et en réaction, comme il le démontrera à de nombreuses reprises, il se mit une nouvelle fois à innover dans le choix de la pierre et dans la forme du monument funéraire. Tant la couleur que le modèle se détache de tous les autres édifices funéraires que l'on retrouvent dans ce cimetière. François-Xavier, par la symbolique de ce monument, nous transmet indéniablement le côté artistique et émotionnel de sa personnalité. Complémentaire assurément de sa fonction de chef d'entreprise.

     Après les lettres P Y, incrustées dans la courbure du marbre rouge de l'Avenue de Ceinture, la seconde expédition venait une nouvelle fois de remonter la courbe du temps en terminant son parcours, là où en principe tout s'achève. Des preuves et non des traces de cette transmission qui attestent de l'existence. Ce qui restent une fois que les rêves s'évaporent. C'est pourquoi, il faut veiller à éviter cette dilution pour empêcher que les preuves ne s'envolent elles aussi.

1 voir http://www.actuacity.com/creteil_94000/monuments/

L'équipe soudée prend la pose devant le monument sépulcral . De gauche à droite : Agnès, Your fieldmouse, Françoise et Martine (credit : Michel DEYMIER)

L'équipe soudée prend la pose devant le monument sépulcral . De gauche à droite : Agnès, Your fieldmouse, Françoise et Martine (credit : Michel DEYMIER)

Partager cet article
Repost0
7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 00:49

   La généalogie c'est finalement l'histoire de la remontée du temps. Et pour remonter ce temps, la mémoire fait nécessairement défaut au-delà d'un certain nombre d'années. Pour contrer cela, il nous reste les archives, les écrits d'un autre temps. Pour quelqu'un comme votre fieldmouse qui n'est pas assoiffé de vieux papiers, de rangées pléthoriques de livres, de textes indéchiffrables, de classements à la numérotation impersonnelle, de dédales de couloirs à choix multiples, de silences de cathédrales, la numérisation accélérée de ces documents,  au cours de ces dernières années, a rendu un fier appui à tous ceux qui perdent patience à appliquer une marche à suivre chronométrée. Pour en arriver à attester que le taux des découvertes, assis sur la chaise de Léon1, atteint le chiffre de 90 %.  Les 10 % restant étant répartis entre les visites extérieures dans les villages (Neerheylissem, Gobertange, Erezée, Parfondruy, Parfouru), les villes (Paris, Créteil) et les archives (Palais royal, Bruxelles, Louvain-la-Neuve). Confortable et rentable à la fois d'avancer dans un tel environnement. Pas besoin d'abonnements à la SNCB et aux Archives du Royaume, tout devient quasiment à portée de main.

   Et le résultat le plus tangible de cette remontée du temps est d'avoir pu réaliser un inventaire des textes et surtout d'en avoir pu retrouver l'apparition la plus lointaine. Inventaire sans doute incomplet mais qui donne désormais la possibilité de réaliser une étude chronologique sur son parcours

     On abordera dans cet article les trois dates capitales permettant d'établir des repères assez précis, quant à la liaison entre le patronyme, le toponyme et notre lignée.

A. Le jour où tout a commencé pour notre patronyme : 7 décembre 1261

Le texte qui suit2 fait référence à une transmission de terre à Nandrin. Un certain Jean de Parfondrive y est mentionné parmi les témoins. Contrairement à ceux qui sont cités avant lui, il ne possède aucun titre. On peut malgré tout émettre la supposition que c'est le même personnage que Johan de Parfondry, lequel apparaîtra comme chevalier dans un autre texte de 1272 faisant également mention de l'abbaye du Val-St-Lambert et du seigneur de Ramet. Ce chevalier est issu d'une lignée portant les titres seigneuriaux de Locreau, de Lexhy et de Dammartin. Ce changement de nom tend à démontrer qu'il a pris possession d'une nouvelle terre, située en rive droite de la Meuse entre Hermalle-sous-Huy et Clermont-sous-Huy, soit à proximité de la localité de Nandrin, citée dans le document. Un dernier point concordant résulte dans son mariage avec une fille du seigneur de Ramet dont le nom est cité également parmi les témoins.

Walthère, doyen du Conseil d’Ouffet, fait savoir que Richard de la Neuville qui tenait en fief de l’évêque de Liège des terres situées à Nandrin, savoir : sept journaux et vingt-cinq verges à Gerarvoie, sept journaux et trente-cinq verges à Saint-Jean-Sart (dépendant d’Outrelouxhe) et neuf bonniers, moins septante verges et demies petites à Tortecosse, a remis ces biens-fonds aux mains de l’évêque, lequel les a rendus à Henri, fils du susdit Rigald et de feue Christine. Henri, après avoir fait relief des mêmes biens devant les hommes féodaux de l’évêque, ci-après désignés, les a remis aussi en mains à celui-ci qui les a transportés au susdit Rigald, lequel les a donnés en lansage au monastère du Val-Saint-Lambert. Ce lansage, que les présentes renouvellent, a eu lieu le 7 déc. 1261.

Hommes féodaux de l’évêque : Jacques de Clermont et Walthère del Wege, chevaliers, Adam dele Ramet, bourgeois et échevin de Liège, Jean (Hanekin) de Parfondrive et Conrad de Nandrin.

Différents termes sont utilisés dans ce texte.

Bonniers, journaux et verges sont des mesures de surface dont les grandeurs variaient en fonction des villes; 

Faire relief : accepter en héritage après en avoir payé les frais ;

Lansage : terme juridique spécifique au pays de Liège qui était une mécanique mise en oeuvre pour lutter contre la déperdition de terres et de revenus. Le nouveau propriétaire du bien rend au vendeur la jouissance du bien vendu contre le paiement annuel et perpétuel d'une redevance, en fait une sorte de bail à rente au tenancier, ancien propriétaire;

Monastère du Val-St-Lambert : il s'agit de l'abbaye cistercienne de Val-St-Lambert, construite en 1202, près de Seraing ; le développement de houillères dans la région liégeoise à partir du XIIème siècle n'est probablement pas étranger à ce transfert de terres vers l'abbaye en pleine extansion ;

Jacques de Clermont : famille des comtes de Clermont occupant le château surplombant la Meuse et à l'origine, par donation de terres, de la fondation de l'abbaye du Val-St-Lambert ;

B. Le jour où tout a commencé pour notre toponyme : 1 juillet 1348

La première mention retrouvée de cette terre à Parfondry est assez tardive même si on peut penser qu'elle appartenait à la lignée des chevaliers depuis la fin du XIIIème siècle. Le premier chevalier Johan ainsi que son fils Jacques de Parfondry ont été enterrés dans la chapelle3. Il est raisonnable de penser que cet autre Johan de Parfondry est un membre de cette lignée des chevaliers. Son témoin Johan de Chantremel en est d'ailleurs un lointain cousin4. Ce terroir de 21 ha deviendra par la suite un hameau de Clermont. En 1841, on y comptait encore 3 habitations. Il a disparu de nos jours, englobé dans l'un des lotissements de la zone.

Sentence débitale touchant la dime de Parfondry, sous Clermont 5

Jean de Coir, abbé de Flône, revendiquait la dime sur le manoir, courte, assize et appendiche, que Johan de Parfondry possédait à Parfondry (Parfonriwe). Les parties, ne parvenant pas à s'entendre, choisirent deux arbitres : Williame de Coir, de Liège, chevalier, et Johan dit de Chantremel, écuyer. Les arbitres décidèrent que Johan de Parfondry devait la demi-dîme, dans son domaine de Parfondry, de tous biens, fruits et autres choses dont on a usage et coutume de payer la dîme au pays de Liège : mais l'abbé de Flône, pour noirir amour entre eux, le dispensa de cette obligation, sa vie durant.

L'an delle Nativiteit nostre Sangnour Jhesus Christ milh ccc et xlviii, le indiction prime, le premier jour del mois de julet 

C. Le jour où tout a commencé pour notre lignée : vers 1755

Le texte suivant6 relate l'arrestation de celui qui a entraîné la modification du mode de fonctionnement de la Justice. Les autorités autrichiennes installées en Belgique, réagirent assez sévèrement en condamnant le Prévot, fonction relevant encore du Moyen-âge. L'année de son arrestation diffère selon les textes retrouvés, oscillant entre 1752 et 1758. Quant à la St-Jean, on a le choix entre le 24 juin (St Jean-Baptiste) et le 27 décembre (St Jean l'Apôtre). Avec une préférence pour la première date, mieux identifiée en milieu rural du fait de sa proximité avec les fêtes du solstice d'été. Ce qui semble également assuré c'est que cet ancêtre était arrivé à Neerheylissem, en provenance de la Principauté de Liège, dans la vague de migrations qui avait suivi le Traité d'Utrecht de 1713 et l'arrivée des autrichiens dans les Pays-Bas méridionaux (Belgique et Luxembourg actuel sauf Principautés de Liège, de Stavelot-Malmédy).

La veille de la St. Jean 175., il fit saisir, sur le cimetière de l'église de Bas-Heylissem, par son lieutenant, accompagné de plusieurs archers, Jean-Pierre Parfondry. Il le représentait comme vagabond, homme sans aveu et complice dans plusieurs vols qualifiés, attribués à un certain Boulois dit Birwar. Parfondry cependant était innocent et, sur la demande de son frère, la cour d'Heylissem avait attesté qu'il était habitant de ce village, et que sa conduite avait toujours été celle d'un homme de probité. Le prévôt général n'en persista pas moins dans son accusation et voulut l'envoyer au gibet aussi bien que Birwar, réellement convaincu de vol. Il allait peut-être subir ce supplice infamant, quand sur un rapport, le gouverneur général7 par décret du 5 janvier 1759, ordonna son élargissement et lui permit d'agir contre le prévôt général….

 

      Ce bref résumé historique, limité à trois dates fondamentales (1261 - 1348 - vers 1755), permet de donner un aperçu assez précis de l'évolution de notre patronyme. Manifestement issu d'un lieu-dit, son apparition remonte au XIIIème siècle dans un endroit situé entre les localités d'Hermalle/s/Huy et de Clermont/s/Huy, en rive droite de la Meuse (actuellement commune d'Engis). Même s'il est indéniable que d'autres lieux-dits ont du être à la base d'autres lignées (not. le long de l'Amblève à Aywaille; le long de l'Aisnes près d'Erezée), la relative proximité géographique entre Hermalle-sous-Huy et Neerheylissem, l'abondance de migrants du pays de Liège vers Neerheylissem au XVIIIème siècle, l'existence d'une présence nombreuse de ce patronyme à Trognée, en rive gauche de la Meuse, plaident pour favoriser cette liaison pour notre lignée. Une recherche par Via Michelin donne un trajet en ligne droite de 43 km entre Hermalle-sous-Huy et Neerheylissem, en passant par Trognée. Tout à fait plausible en quelques 500 années. Des traces et non des preuves, c'est ce qui est le plus utile pour rêver. Même si entretemps la particule s'est évaporée mais de cela j'en ai déjà fait débat dans plusieurs articles.

1 Il s'agit de Léon BERGER, mon oncle, chez qui j'ai repris, à son décès, sa chaise de bureau en bois acajou pourvue d'un accoudoir circulaire enserrant le bas du dos, en souvenir de mes années de travail estival dans son entreprise de négoce de grains et d' aliments pour bétail à Incourt ;

2 Inventaire analytique et chronologique des archives de l'abbaye de Val-St-Lambert, Archives de l'Etat à Liège, Ed. J. Desoer, 1875 ;

3 JALHEAU Charles-François (1791) : Le Miroir des Nobles de Hesbaye, Nouvelle édition augmentée, Impr. J.F. Bassompière, Liège, p. 22-23 ;

4 Jacques de HEMRICOURT : Le Miroir des Nobles de Hesbaye (écrit entre 1353 et  1398) ;

5 Chanoines BENSENS et BARBIER (1893) : Analectes pour servir à l'histoire écclésiastique de la Belgique, 2ème série, T. VIII, Ch. Peeters, Louvain, p. 433 ;

6 Anales de l'Académie d'archéologie de Belgique, XXXIII, 3è série, Tome III, Anvers, Typographie J. PLASKY, 1876, p. 154 ;

7 A savoir Charles de Lorraine ;

Partager cet article
Repost0
24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 12:22

     Cet article est écrit à la suite de la lecture d'un document intitulé Quelle famille. Rédigé par Macaline, une grand-mère de cinq enfants, il est destiné à servir de courroie de transmission de la mémoire en guise d'héritage. Cette lecture m'a conduit à rebondir sur ce texte, prenant conscience que je pouvais donner, au travers des articles de ce blog, une lecture plus circonscrite de manière à compléter, je l'espère, l'intérêt des plus jeunes. En donnant en quelque sorte de la consistance à cette phrase de René CHAR

Un poète doit laisser des traces de son passage,

non des preuves

Seules les traces font rêver

      Ils en ont de la chance ces cinq enfants. Pouvoir connaitre leur histoire familiale commune, racontée avec ses mots et illustrée par des photos par leur Mamy. C'est véritablement l'acte créatif qui permet de répondre à toutes ces questions que l'on se pose en avançant dans le temps. Peu apparentes et peu significatives dans la jeunesse, ces questions arrivent progressivement, probablement à partir de la soixantaine, quand l'âge ou l'esprit prend conscience de la faiblesse du corps et du besoin de transmettre. 

    Paloma, Aubin, Antoine, Juliette et Lucien, ce sont d'eux dont on parle. Cinq descendants à la 10ème génération, parmi les treize recensés à ce jour1, du couple formé par Jean-Pierre PARFONDRIJ et Elisabeth LAMBRECHTS, dont l'existence est attestée par l'acte de baptême de leur fils illégitime Jean le 16 avril 1762, le futur Maître-charron de la rue des Charrons situé dans le village de Neerheylissem (Province du Brabant wallon, Belgique).

    Cette histoire racontée, au travers de 28 pages richement documentées, met en lumière le parcours d'un nombre important de personnages, tant masculins que féminins. Car contrairement à la transmission linéaire d'un nom, la chaîne chromosomique qui nous compose est le résultat naturel d'un mélange aléatoire de gènes, de caractères. Tout est partagé, malaxé dans une sorte de cocotte minute qu'on appelle le vagin pour obtenir la naissance de la première cellule, sorte de particule élémentaire, de Boson de Higgs de notre corps (voir articles :  A l'origine, il y a la particule élémentaire ; La particule a obtenu un Prix Nobel ; Quid de la particule )

        A la lecture de ce document, on y apprend  que ces cinq là sont le résultat d'un croisement lointain de deux personnages clefs au départ. Comme l'écrit Macaline à l'entame de son document, " la sauvegarde de la mémoire familiale et historique ne vaut que si elle est partagée ", c'est dans l'adhésion à cette phrase que le cousin éloigné de Belgique se veut être un vulgarisateur en apportant ce petit complément de connaissances, de réflexions, d'histoire.

     Le premier, c'est Jean PARFONRIJ (1762-1803), ce Maître-charron, né autrichien et mort français2 le 24 messidor an 11 à l'âge de 40 ans, sans avoir changé de lieu d'existence. Seule certitude sur son parcours, il est à l'origine de la transformation du nom de cette rue de village. L'importance prise par ce métier de charron, pendant l'une des rares périodes de calme connues à cette époque, a conduit à un changement définitif en cette fin du XVIIIème siècle. Ces charrons étaient devenus l'émanation du dieu Vulcain à cette période de forte croissance. Ils avaient acquis dans leurs forges la maîtrise du feu pour travailler les métaux, pour fabriquer les roues des charrettes, ces engins devenus indispensables au transport. L'histoire cependant aurait pu ne pas avoir existé et s'être terminée plus tôt. Jean-Pierre, le père du Maître-charron, arrêté pour vagabondage, allait être probablement condamné à mort. A cette époque, les déplacements de populations vers des lieux de plus grande prospérité étaient devenus choses fréquentes. Mais la justice relevait encore de la période du Moyen-âge, conduisant à des pratiques de torture et d'exécution capitale. On faisait souvent passer des personnes comme vagabond, sans preuves formelles. Heureusement, suite à l'intervention de parents, l'arrestation de cet ancêtre fut à la base d'une prise de conscience des autorités autrichiennes qui gouvernaient notre pays à cette époque. Une modification de l'organisation de la Justice criminelle s'en suivi. Plusieurs textes retrouvés aux archives en attestent. Jean-Pierre sera finalement déclaré innocent en 1761, soit l'année précédant la naissance de son fils, le futur Maître-charron

    Le second s'appelle Etienne HEUDELET de BIERRE (1770-1857). Général de division, Comte de l'Empire, Pair de France, Grande Croix de la Légion d'Honneur, rien que des titres prestigieux pour celui qui est à l'origine de deux lignées aboutissant, via ses deux filles, à nos cinq jeunes en herbe de nos jours. Et chacune aboutit, via les BASTIDE du LUDE et les GILLET de THOREY, à ces frères et soeurs LASNET de LANTY, parmi lesquels on retrouve Michelle, Granny, leur arrière-grand-mère. Il est vrai que pour avoir combattu dans maintes batailles, sous les ordres de Napoléon, tels Austerlitz, Iéna, Eylau pour ne citer que les plus connues, cela suffit à expliquer les honneurs qui lui ont été rendus. Il a même eu droit, cet Etienne, a être l'un des 660 noms inscrits sur l'Arc de Triomphe (côté est, 17ème colonne). Issu d'une famille de vignerons de Haute-Savoie, il continuera, une fois retraité, à se distinguer sur les terres de son château de Bierre-lès-Saumur. Il y développera une ferme-modèle qui acquerra une réputation nationale pour ses réussites dans le domaine de l'élevage et de l'agriculture. Et cette proximité avec la terre, c'est sans aucun doute la partie cachée de ce personnage que l'on retrouve de nos jours.

      C'est finalement comme une sorte d'incrustation de l'environnement et de la passion qui s'est opérée progressivement non pas dans les gênes mais dans le soma émotif des descendants de ces deux personnages. La roue, symbole du métier de charron, et la herse, symbole des métiers agricoles, ont finalement perdurés. La cohésion familiale, ayant servi à sauver le condamné, a perduré également au travers des siècles et des générations. Et le sabre du militaire n'est point resté en reste, à la vue de tous ceux et celles qui ont appris à résister à l'envahisseur allemand. 

     Paloma, Aubin, Antoine, Juliette et Lucien, ces cinq jeunes de la 10ème génération de PARFONRY, sont désormais le mélange bien réel du parcours de ces deux personnages. Et qui peut expliquer du vécu de chacun de ceux qui en font partie. Instinctivement, même si l'absence d'une transmission orale forte est constatée, l'intérêt manifesté par une grande partie des membres de cette saga pour le terroir et le maniement des outils n'est que la résultante de cette influence des deux personnages à la base de cet arbre généalogique. 

    Voilà vers quoi cette publication de Macaline m'a emmené. Une première réflexion qui n'est sans doute pas la dernière. Car derrière les faits et les actes de chacun, cette lecture nous conduit immanquablement vers d'autres analyses. Pris individuellement, chacun des personnages offre un cachet, une couleur particulière. Le mélange, la juxtaposition de ces courtes biographies engagent à faire nécessairement le parcours qui nous relie à notre histoire. Et attirera la curiosité pour aller jeter son regard vers d'autres aspects de cette formidable histoire de la mémoire familiale.

      Formidable, vous êtes formidables, nous étions formidables .....!!!

 

1 Les autres se prénomment : Céleste, Lilas, Agathe, Zoé, Louis, Martin, Hugo et Charlotte ;

2 Sur le plan historique, il est né en pleine période des Pays-Bas autrichiens (1713-1794), période intermédiaire arrivant après le Duché de Bourgogne (1369-1477), la Maison des Habsbourg (1477-1482), les Pays-Bas espagnols (1482-1713) et avant la période française (1794-1815) ; ensuite entre 1815 et 1830, on est devenu hollandais avant de retrouver, une fois pour toute, le 4 octobre 1830, l'appelation Belgique, donnée par l'empereur romain Auguste en 27 av. J.C. , s'en référant à l'écrit de Jules CESAR dans La Guerre des Gaules ;

Page 4 du document Quelle famille

Partager cet article
Repost0
19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 23:26

    Tel le titre de l'émission de Frédéric LOPEZ sur France 2, l'idée m'est venue de sortir quelque peu du cadre habituel de ce blog pour relater un voyage qui s'est déroulé dans un lieu peu aisément accessible et habité par une de ces peuplades méconnues vivant en harmonie avec son milieu.

    Cela se passe fin mai - début juin 2005 en République démocratique du Congo. La Belgique avait renoué depuis quelques temps des liens plus amicaux avec le nouvel ordre, représenté par le Président Joseph KABILA. De nouveaux financements avaient ainsi pu être programmés. Via la FAO1, un projet d'appui à l'horticulture urbaine et périurbaine s'était mis en place, concentré sur les 3 villes de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani. Fer de lance de notre coopération avec la FAO, ce cadre de l'horticulture s'était développé depuis les années 1980 dans plusieurs pays. Evoluant dans son concept, on en était arrivé à s'intéresser à la problématique des périphéries des villes, considérant que ces lieux jouaient un grand rôle dans l'approvisionnement des populations urbaines mais aussi dans la mise en place de ceintures vertes productrices pouvant ralentir l'extension anarchique de nouveaux lotissements. 

   Une mission de suivi, destinée à apprécier de l'évolution des efforts déployés, fut mise en place. Parmi les 3 villes ciblées, le déplacement à Kisangani fut celui présentant le plus d'intérêts. Situé au milieu de la forêt tropicale de l'Afrique centrale, terminus du bief navigable du fleuve Congo depuis Kinshasa, ancien bastion de la rébellion de Patrice LUMUMBA, siège de l'opposition menée par Jean-Pierre BEMBA, ce déplacement à Kisangani, ex-Stanleyville, un des lieux les plus isolés du pays, pouvait être considéré comme une reconnaissance de la stabilité et de la pacification retrouvée de la région.

    Seul moyen pour y arriver dans les délais raisonnables, l'avion s'avérait le plus adéquat. Un vol A-R de la Compagnie Wimbi Dira Airways fut donc réservé. Et ce serait mentir de dire que ce vol ne fut pas l'un des plus mémorables de ma carrière. En premier, ce Mc Donnell Douglas DC9, avion bimoteur mythique, avec escalier intégré et soute à bagages à hauteur d'hommes, permettant d'atterrir et de décoller sur des aéroports mal équipés. Ensuite l'environnement de la forêt tropicale, entouré de ses guirlandes d'éclairs crépitant dans le hublot, assis dans des sièges en cuir si usés mais si espacés qu'ils vous faisaient oublier la compacité d'un vol low cost, enserrant un whisky dans la main pour aider à décompresser, sans oublier la vision des deux pilotes manifestement un peu comprimé dans l'espace de leur cockpit. Que demander de plus pour exalter l'intrépidité, voire l'inconscience du mental à ce moment.

      Quelques années auparavant, en 1992, un vol de la compagnie Air Bissau2 entre Ziguinchor et Bissau, dans le vieux Fokker F27 utilisé précédemment par Yasser ARAFAT, alors chef de l'OLP en exil à Tunis3, m'avait donné le sentiment de vivre un moment d'histoire. Mais ce DC9 dépassait manifestement en intensité cet instant. Et petite cerise sur le gâteau, apprendre peu après que cette compagnie Wimbi Dira Airways était placée sur la liste noire des compagnies interdites de voler au-dessus du sol européen, il me restait comme une impression d'avoir pu profiter pleinement de l'instant. Pas sur que l'Ambassade de Belgique m'aurait permis de monter dans un tel coucou en ayant connaissance d'une telle excommunication.                             

Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R
Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R

Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R

   Le séjour à Kisangani s'est avéré intense à la fois pour voir les réalisations de terrain, rendre visite aux autorités, discuter avec le personnel du projet mais aussi prendre le temps de profiter de l'une des richesses touristiques du pays. Le Congo, ce grand miracle géologique, dispose également d'atouts touristiques indéniables. Pratiquement très peu exploités jusqu'alors, l'arrivée d'un nouveau régime politique laissait espérer d'un développement de ce secteur. Même, un Petit futé spécial RD du Congo4  fut édité en 20065. En y mentionnant comme l'une des priorités de découverte les Pêcheries Wagenia à Kisangani. Déjà aperçus par l'explorateur H.M. STANLEY, remontant en janvier 1877 le fleuve Congo, les Wagenias, ces pêcheurs intrépides, sont reconnus pour leur habilité à installer un échafaudage de perches, plantées entre les roches des rapides du fleuve, en amont de Kisangani. Ces perches sont reliées entre elles par des traverses nouées à l'aide de lianes. Cette géométrie sert de support à des nasses énormes suspendues par la pointe et placées dans les eaux des rapides pour la capture des poissons. Le clou final, en soirée, est le spectacle des pirogues venant ramasser ces nasses au milieu des rapides. 

    Si proche de ce lieu hautement recommandé, il était hors de question de ne pas faire une diversion de quelques instants en intégrant la visite de ce site dans le timing serré de la mission. Timing si restreint que le spectacle des pirogues en soirée ne pu être vu. Dommage, car cette occasion unique ne se représentera plus. A moins que les pêcheurs Wagenias soient choisis dans l'un des prochains épisodes de l'émission Rendez-vous en terre inconnue. Un endroit sans pareil qui démontre de l'importance de recourir à la pêche dans l'alimentation. Je garde également de cette visite le souvenir de la construction d'un débit de boisson reprenant la forme circulaire de la hutte traditionnelle, destiné à l'accueil de futurs touristes ou de futurs techniciens comme moi en mission pouvant apprécier le spectacle de ces nasses remontées sur les pirogues, tout en dégustant une bière Primus. Utopie pouvant détruire un patrimoine ou ouverture permettant de maintenir ce cadre d'activités en ce lieu !! Qui peut me renseigner sur la situation de ces pêcheurs Wagenia de nos jours ?

Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)

Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)

1 FAO : Food and Agriculture Organization of United Nations ; Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture ;

2 Guinée Bissau : petit pays situé en dessous du Sénégal, ancienne colonie portugaise, capitale : Bissau ;

3 Le soutien apporté par ARAFAT à Sadam HUSSEIN lors de l'invasion du Koweit en 1990, avait mis en faillite l'OLP suite au retrait des subventions de plusieurs pays arabes. Arafat avait du se séparer de ce Fokker ; des drapeaux palestiniens restaient cousus à différens endroits de l'avion pour attester de son origine ;

4 Préfacé par Louis MICHEL, Commissaire Européen en charge du Développement et de l'Aide Humanitaire ;

5 Le précédent guide touristique remonte, semble t-il, en 1958 avec la dernière édition  du " Guide du voyageur au Congo belge, Rwanda et Burundi " ;

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de PARFONRY
  • : Le cadre directeur de ce blog consiste à réunir ce qui peut être transmis sur un patronyme. La présentation de tous ces personnages n'est finalement qu'une manière de transférer un patronyme. Qu'il soit culturel, social ou historique, ce patronyme ne fait que proposer un film dans lequel les séquences sont des instants de vie. L'environnement, le vécu de chacun a probablement plus d'impact sur ce que nous ressentons. Les gênes se diluent plus vite que le lien avec le mode de vie et les rencontres. Cette vision oblige à élargir le champs d'investigation en déviant de l'aspect purement généalogique. La découverte de nouveaux indices motive et assimile parfois cette recherche à une enquête. L'histoire ne peut être racontée de manière linéaire. Chaque élément, chaque personnage a droit à son histoire dans le récit tout en suivant le dénivelé et les courbes imposés par les aléas de l'Histoire et de la vie. Contrairement au patrimoine, un patronyme se voit contraint de s'adapter aux vicissitudes des évolutions sociales et des guerres. Le contenu des quelques 350 articles de ce blog a été rassemblé dans un livre intitulé "La véritable saga des PARFONRY de Neerheylissem - L'histoire d'un toponyme devenu un patronyme ".
  • Contact

Recherche

Pages

Liens