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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 08:23

     Nouvel endroit bien insolite pour notre patronyme. Pas vraiment ce qu'on pouvait entrevoir depuis que nos recherches l'avaient plus volontiers localisé dans des bas-fonds ou sur des cours d'eau dans des zones boisées. Dans le cadre des endroits recensant ce nom, une phrase avait cependant été repérée depuis plusieurs années. Parmi les différents lieux et sites cités, on y trouvait mention d'une fosse de charbonnage Parfondry. Voici l'extrait qui s'y rapporte :

Fosse de charbonnage au nom de Parfondry aurait existé, à gauche du chemin reliant Châtelet à Pont-de-Loup en 1791, entre la piedsente du chemin allant au faubourg de Châtelet et la grande prée, près de la chapelle de Saint-Clet.

(N.B. : prée = prairie ; piedsente = sentier pour piétons)

    Les deux localités mentionnées, à savoir Châtelet et Pont-de-Loup, se situent le long de la Sambre, en rive droite, entre Charleroi et Sambreville. Et comme une nouvelle preuve à l'édifice, ces deux localités faisaient parties d'une extension du territoire de la Principauté de Liège, confirmant le lien avéré entre notre patronyme, l'histoire et la géographie. Par ailleurs, un détour par cette Tour Romane de Pont-de-Loup1, entourée de ces tombes de mineurs, est un témoignage assez unique de  l'importance de cette activité  industrielle dans le secteur.

      Si la chapelle Saint-Clet2 est bel et bien encore indiquée sur la carte FERRARIS de 1777, et non la fosse de charbonnage, son emplacement restait cependant une inconnue de nos jours. Une nouvelle enquête se profilait donc pour donner du corps à ces éléments ayant surnagé aux siècles.

      Plusieurs passages dans la localité de Pont-de-Loup n'avaient pas permis de la situer. Or cet indice était essentiel pour espérer mettre une localisation plus précise sur cette fosse de charbonnage. Et ce n'était pas la découverte de la potale de la rue de Stalingrad, à côté de cette rue Saint-Clet qui allait m'apporter une solution. Ni les inscriptions faisant référence à un certain Léopold GRENIER, ni la date de 1905 ne me donnaient d'indications sur ce que je cherchais2

       L'arrière-petit-fils de ce dernier, sortant en voiture de la maison attenante à la potale, m'expliqua que les indications avaient été effectuées en reconnaissance du fait que son arrière-grand-père Léopold avait survécu en 1905 à un grave accident qui lui avait écrasé les jambes.  A l'arrière de la maison, on trouve encore les vestiges d'un ancien terril3, témoignage d'une certaine activité minière dans le secteur. Manifestement la configuration des lieux commençait quelque peu à correspondre,  même si cette potale ne semblait pas ressembler par son architecture à la chapelle recherchée.

      Sur indication du conducteur, j'allais visionner le site http://www.vieux-chatelet.be (Société Royale d'Histoire "Le Vieux Châtelet). En le parcourant (charbonnages ----->Carabinier ----> Puits n°1), on y trouve un aperçu historique sur les concessions accordées à plusieurs sociétés de charbonnage. On y découvre en particulier la présence de la Compagnie de Pont-de-Loup Sud avec " une concession remontant au 4 novembre 1773 accordée par Guillaume STAINIER de Pont-de-Loup pour le terrage des veines de houille située entre le bois du chapitre Saint Lambert et la ville de Châtelet "Ce renseignement venait en quelque sorte corroborer le texte initial en localisant bien la concession à la limite de Châtelet et Pont-de-Loup. 

       Poursuivant le fil de mon enquête, un contact fut pris avec André VANDENBROECK, le Président de la  Société Royale d'Histoire Le Vieux Châtelet. Qui m'envoya de facto les informations4 donnant de la consistance aux questionnements de mon enquête. 

- le Parfondry  (aussi appelé ruisseau de Saint-Clet) était un petit ruisseau au cours fort tortueux, entouré de terres portant le même nom et apparaissant pour la première fois en 1574 (sous le nom Parfonrieu), puis en 1585 (..... une terre a parfondry joindant de weve et de vent et de schorcevent a Jean Henry et de bize a François Watty et al voye cherial de Ponderloup a Chastelet .....5) , en 1657 (une pièce de terre dessus parfonry) et en 1725 (des terres de parfonry)6. Reportant ces indications sur la carte, le lieu-dit en question devait se situer entre la rue de la Limite et l'intersection des rues du Campinaire et des Lorrains, soit toujours sur Pont-de-Loup, à la limite Nord de la localité de Châtelet, correspondant au quartier Champ Saint-Clet de nos jours. Le ruisseau quant à lui configurait ce qu'est devenu plus tard la rue de la Limite.

- la fosse de charbonnage de Parfondry, comme c'était le plus souvent le cas jusqu'au XVIIIème siècle, était une veine de houille d'une dizaine de mètres de profondeur, exploitée de manière familiale7. Egalement appelée du nom de son propriétaire, la veine DOSQUET, elle sera reprise, comme de nombreuses autres veines dans le puits n° 1 de la Compagnie des Charbonnages de Pont-de-Loup Sud, au lieu-dit "champ de la machine", au dessus de Parfonry, entre les rues de la Limite et de la Blanchisserie.

- la Chapelle Saint-Clet  remonte à 1489. Située le long du ruisseau de Parfonry, elle était considérée comme borne entre Pont-de-Loup et Châtelet. Il ne reste aucun vestige de la chapelle, ni d'ailleurs du ruisseau.

      Parmi les trois puits recensés pour cette Compagnie de Pont-de-Loup Sud, le puits n° 1 nous intéresse plus spécialement. Situé rue Auguste Scohy, il disposait " de trois étages d'extraction (-137 m, -183 m et -291 m) et d'un chemin de fer de type "Decauville" le reliant au puits n°2, situé rue du Campinaire.  Abandonné dès 1880, il fut aménagé pour recevoir des écuries hébergeant les chevaux de mines, les réserves d'avoine et un petit atelier équipé d'une forge "La petite fosse individuelle et familiale qui existait encore en 1791 s'était profondément modifiée au passage de l'ère industrielle. 

      La proximité de La Sambre, affluent de la Meuse, la déclivité de la rue et la localisation de prairies à proximité, laisse croire à un même environnement que celui décrit récemment dans la localité de Moignelée et situé non loin de là en aval de la rivière (voir article : Le Fond des Rys à Moignelée). Le nom de cette fosse, qui a donc bel et bien existé, est en lien direct avec son environnement géographique. Il ne reste rien de nos jours pour trouver trace de cette rivière, de cette terre et de cette fosse de charbonnage. Les surfaces commerciales et les lotissements qui s'y sont implantés ont modifié fortement le terroir initial. Du niveau familial d'extraction à celui du puits n°1 sur trois étages d'extraction, on peut aisément appréhender l'évolution industrielle du lieu. En parcourant la rue de la Limite, affectée d'une déclivité certaine et délimitée par des talus, on doit imaginer ce que devait être l'espace il y a de cela 250 années. Le caractère tortueux de la rivière y est encore apparent de nos jours. Si son abandon depuis 1880 n'a pas laissé de traces dans le paysage, le nouveau nom donné à l'endroit, "le champ de la machine",  offre cependant une possibilité de résilience dans les mémoires. Une nouvelle foi, les réponses m'ont été apportées par des historiens qui se passionnent pour l'histoire locale.

      La configuration de ce dernier lieu présente les mêmes similitudes au niveau de l'environnement que ceux déjà détaillés dans des précédents articles (voir articles : Le Fond des Rys à Moignelée, Un petit détour par Parfouru-sur-Odon, Une virée automnale à Parfondruy, ........). Attestant assurément d'une définition plus élaborée que celle donnée à notre patronyme dans les dictionnaires détaillant les noms de lieux. Se limitant dans ce cas à Ruisseau profond,  il est plus évident de s'en référer, au vu de la réalité, à un nom de domaine, à un site, à une terre pouvant être considérée comme moyen de production. La référence à  Près du ruisseau à forte pente  par laquelle on englobe les terres attenantes à une rivière à forte déclivité semble plus appropriée. 

      

1 La Tour Romane à Pont-de-Loup est un vestige de l'ancienne église paroissiale Saint-Clet qui dépendait de la cathédrale Saint-Lambert à Liège ;

2 Saint Clet fut le troisième pape après Saint Pierre et Saint Lin ; aucun lien évidemment avec l'expression populaire bruxelloise : Quel klette, ce pei !

3 Ce terril est toujours mentionné sur la carte IGM 1:20 000 Tamines (47/5) de 1948 ;

4 Les renseignements collectés ci-dessous sont issus de différentes sources :

- Jean-Luc FAUCONNIER : Toponymie de Châtelet, Annuaire Vieux Châtelet ; - Marie-Claire LEBOUTTE : Mémoire de fin de Licence, 1970, Toponymie de la commune de Pont-de-Loup ; - Richard et André VANDENBROECK : Dépouillement des archives anciennes de Châtelet, concernant Pont-de-Loup ;- Alex SIMON : Châtelet, ville d'eaux, Annuaire Vieux Châtelet ;

5 Weve = Est ; Vent = Sud ; Schorcevent = Ouest ; Bize = Nord ;

6 Toutes ces dates sont postérieures à l'apparition la plus ancienne de ce nom (voir articles : Le site du lieu de Parfondry a bien existé ; La terre de Parfondry a bien existé ) ;

7 Ces veines de houille étaient appelées " Cayat " et leur exploitant " Parchonnier " ;

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 15:29

      Ferdinand, qui apparait de manière aléatoire et épisodique dans ce blog, y devient finalement bien présent. On le croyait peintre occasionnel, moins prolifique que Paul, son supposé neveu (voir les 2 articles : Un autre peintre PARFONRY ; Après Paul, voici une toile de Ferdinand). Deux découvertes récentes tendent à démontrer le contraire. Ferdinand commence à concurrencer Paul au nombre des toiles répertoriées

      La première peinture, intitulée : Scène d'intérieur, a été mise en vente à l'Hôtel des Ventes Mosans à Liège le 21 mars 2013 (lot 163). C'est un tableau de 53 x 40 cm, signé en bas à gauche et daté de 1860. Estimé entre 300 et 500€, sa vente nous a été confirmée à cette occasion. Le décor est manifestement d'inspiration hollandaise du XVIIème siècle. Sur la table, on découvre un jeu de cartes étalé en demi-cercle.

    L'histoire de la seconde peinture est un peu plus surprenante. Elle nous a été signalée récemment, via ce blog,  dans la Province du Québec au Canada. D'une dimension de 40 x 60 cm, elle a été achetée, il y a de cela environ 5 ans, par Gaëtan GARIEPY,  charpentier et menuisier mais aussi récupérateur de beaux objets pouvant s'inscrire dans la décoration de sa maison1. Le problème de l'attribution de cette peinture se posait car la signature était difficilement lisiible2. Nécessitant une restauration, elle est alors passée dans les mains de Carol POULIN, un des restaurateurs d'oeuvre d'art les plus connus, résidant à Saint Agustin de-Desmares au Québec. C'est manifestement à cette occasion, selon Gaëtan GARIEPY, que la signature est apparue en diagonale dans le coin inférieur gauche. Etant difficilement lisible, l'attribution de cette peinture reste toutefois incertaine. Selon Carol POULIN, tout n'est pas très clair sur le nom3.

     Quant au thème représenté, il peut se rapporter éventuellement au tableau "The lecturer of the young page " présenté lors de l'exposition de Dublin en 1865 par ce même Ferdinand PARFONRY. Même si Carol POULIN lui  en donne une autre appelation : L'enfant et l'oiseau.

   Manifestement Ferdinand reste, au même titre que Paul, un peintre toujours présent de nos jours sur le marché de l'art. Sous toute logique, ces deux personnages ont du se rencontrer. Il n'en reste probablement hélas aucune trace.

1 Article journal Le Soleil du 27 juin 2007 ;

2 L'aggrandissement de la partie représentant la signature n'est pas vraiment concluante ;

3 Carol POULIN m' a répondu, ce 2 septembre, en me signalant que son travail est purement technique et qu'il ne s'attarde pas sur l'origine lors des restaurations ; 

Tableau intitulé : Scène d'intérieur

Tableau intitulé : Scène d'intérieur

Autre tableau attribué à Ferdinand PARFONRY

Autre tableau attribué à Ferdinand PARFONRY

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 17:15

     Il y a des circonstances dans la vie où on a l"impression de revivre une situation rencontrée plusieurs années auparavant. Phénomène qui le plus souvent peut finalement passer inaperçu car n'étant pas considéré comme relevant pour témoigner de l'avancement du temps et expliquer l'évolution des choses (ou même l'inverse). Deux photos ci-dessous vont servir à justifier cette réflexion1.

      Cette sensation de remonter les années, de revivre un instant, j'ai la nette certitude de l'avoir vécue à une occasion. Cet instant, renouvelé à trente années d'intervalle, n'est pas le résultat d'un phénomène fortuit, d'un moment non orchestré, bref du hasard. C'est le sentiment d'un indéniable chemin d'opportunités ressenties à la suite de la combinaison de différents facteurs déclencheurs. Pour souligner que le hasard n'est en rien le facteur aléatoire de ce genre de situations. 

       Le hasard n'existe pas. Celui qui croit le retrouver dans le numéro gagnant de son billet doit savoir qu'il n'est, pour le commun des mortels, que le fruit de coïncidences qui ont précédé sa réalisation, et pour le scientifique, que notre incapacité à comprendre un degré d'ordre supérieur2. Au lecteur, au scientifique à mettre simplement de l'ordre dans ses idées pour arriver au constat qu'il n'existe pas. Le hasard n'est que la mesure de notre ignorance,  martelait à tout bout de champs le mathématicien Henri POINCARE. C'est en se référant à cela que nous allons tenter de faire le lien entre les deux photos de cet article.

     La première remonte à l'année 1979. Jeune ingénieur agronome arrivé en juin 19763 à l'Office Régional de Mise en Valeur (ORMVA) du Loukkos (voir article : La conséquence d'un attentat au Maroc !), vaste périmètre irrigué établi dans le N-E du Maroc, on me charge de développer et superviser un programme d'expérimentations d'assez grande envergure puisque comprenant à la fois les céréales, les cultures fourrragères, le maraîchage, les cultures d'exportation sous serres, les cultures sucrières (betteraves et canne à sucre), bref de quoi devoir répondre au programme d'assolement défini pour obtenir le prêt auprès de la banque allemande de développement FkW (Kreditanstalt für Wiederaufbau - Institut de Crédit pour la Reconstruction). Rapidement, il devint évident que l'élément clef de la justification de ce financement résidait dans l'implantation de la culture de la canne à sucre sur la bande côtière sableuse du R'Mel, en bordure de l'Océan Atlantique. De Larache à Moulay-Bousselham, en passant par El Aouamra, Barga, Lala Mimouna, cette culture était prévue pour occuper 75 % de la surface agricole et venir compléter les surfaces déjà installées dans deux autres ORMVA (ceux du Gharb et de la Moulouya). Elle devait, par ailleurs approvisionner en aval une nouvelle industrie sucrière, la SUNABEL, installée à Ksar-el-Kebir et contribuer à la réduction des importations de sucre. Mis rapidement en exécution, le programme d'essais se développa en parallèle aux travaux d'infrastructure (barrage sur l'oued El Makhazine, déboisemant, nivellement, réseaux d'irrigation, constructions de multiples tours de mise en pression). Il fallait disposer de suffisamment de données chiffrées pour étayer l'ultime accord sur ce financement. Ce qui fut le cas au moment de démarrer les premières plantations en 1981. Les résultats obtenus au niveau de la Station expérimentale de Mise en Valeur Agricole (SEMVA) de Ghedira et de son annexe de Sakh-Sokh confirmaient les prévisions des fiches économiques initiales4. Mon rapport final5 comportera cependant un certain nombre de bémols sur la réussite de l'opération (concurrence des cultures maraîchères sous contrat, augmentation des rendements de l'arachide en irrigué, besoins en eaux d'irrigation conséquents, nécessité d'une main d'oeuvre abondante, risques de gelées), allant même jusqu'à énoncer "que l'on doive considérer les conditions d'établissement de la culture comme asssez marginales ".

      De récentes visites au cours de ces dernières années dans ce périmètre du Loukkos ont confirmé ce constat. Il n'y a plus de canne à sucre de nos jours dans cette plaine du R'Mel. Le maraîchage (haricot vert et surtout la fraise ) ainsi que l'arachide ont conquis l'espace. Des techniciens et développeurs audacieux, tels Gilbert BINTEIN et Philippe PENSIVY (société SOPRAM à LARACHE) pour la production de haricots de conserve, Omer ROUSSEL (groupement INSTRUPA-GOPA) pour l'intensification de l'arachide, mais tout particulièrement Virgilio AGUSTI, producteur de fraises (SOPRAG à El Aouamra), ont permis de façonner un nouveau profil de producteurs maraîchers de nos jours. Avec une valorisation économique à l'irrigation de 7,95 DH/m3 contre 0,95 DH/m3 pour la canne à sucre, et des marges brutes de 66 000 DH/ha contre 5 000 DH/ha pour la canne à sucre, on comprend aisément les raisons qui ont permis à la fraise de devenir la principale culture6

      Au final, l'essentiel pour le Maroc aura été d'obtenir le financement escompté à la fois pour la concrétisation du périmètre irrigué que de l'usine sucrière7. Il en est résulté une stabilisation de main d'oeuvre et de propriétaires terriens qui ont orienté au mieux les spéculations adéquates. Si vous y regardez bien, la fraise du Loukkos se retrouve sur les étalages de plusieurs grandes surfaces en Europe de nos jours. La région a désormais une renommée internationale grâce à sa production de fruits rouges exportés8. Au final, je n'ai été qu'un ingénieur permettant de donner l'aval sur un cadre prévisionnel d'orientations quelques peu biaisées au départ mais justifiées pour ceux qui envisageaient une prospection à plus long terme. En visionnant sur Google Earth les paysages actuels de cette région du Loukkos, entre Larache et Moulay Bousselham9, le lecteur comprendra que les investissements hydro-agricoles réalisés, il y a de cela plus de trente années, ont atteint les objectifs productifs, sociaux et économiques.

     Reste cette photo-souvenir réalisée par Jean CHAPELLE, mon collègue pédologue belge, chargé par le Directeur, Othman LAHLOU, de pérenniser les différentes étapes de l'avancement des actions menées pour la mise en valeur de ce périmètre irrigué du Loukkos. Une photo ou la satisfaction et la passion ne laissaient pas encore entrevoir le revers de la démarche. 

   La seconde photo est arrivée bien plus tard. Toujours avec en arrière-plan la canne à sucre, le contexte est totalement différent. Retraité récemment, mon travail d'historien de la mémoire familale m'avait amené à rencontrer nos très anciens cousins de France. Nous fûmes ainsi invités avec mon épouse, à parcourir la Guadeloupe (voir articles : Séjour chez Jacques en Guadeloupe, 5 parties), territoire ou la canne à sucre est liée étroitement à la période esclavagiste. La photo prise quelques trente années auparavant était restée dans le fond d'une boîte dans une armoire. Les années et surtout les activités diverses dans d'autres pays avaient effacé cet instant. Ce n'est qu'après plusieurs circuits touristiques sur l'aile droite du papillon que l'envie de faire une photo dans la canne est venue. A la vision de ces hautes tiges, le souvenir de mes jeunes années au Loukkos refaisait surface. Pour revivre, l'espace de quelques secondes, les sensations anciennes. Et reprendre presque instinctivement la même pose.

      Comment dès lors expliquer cette similitude dans la position pour les deux photos. Hasard, destin, fatalité, certainement pas. Tout au plus on peut parler d' instinct, de coïncidence. Je me réfèrerais plus volontiers à la mémoire des sens et des émotions qui s'étaient insérés quelque part dans un repli d'un lobe. Les facteurs déclencheurs ce sont eux dans ce cas. La vue de cet alignement, le toucher d'une feuille, l'odeur de poussière brûlante, le goût sucré d'un bâton de canne, le crissement des feuilles dans le vent ont réanimé les cellules adéquates. 

Quand il y a de l'ordre, il y a de l'information

Et quand il y a de l'information, il n'y a pas de hasard

    Voilà ce qu'écrivait Alan TURING (1912-1954), celui qui est considéré comme le père de l'informatique, et qui est parvenu à déchiffrer le code ENIGMA, utilisé par l'armée allemande pour protéger leurs transmissions pendant la guerre 40-45. Il y avait manifestement de l'ordre dans les cellules de mes neurones pour expliquer la réplique de la pose à trente années d'intervalle.

      Quant au poète Paul ELUARD (1895-1952), il reprend la phrase de TURING en employant une forme plus chaude, plus apaisante : Il n' y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous.           

 

1 Les idées reprises dans cet article font suite à la lecture du livre : La fin du Hasard, Igor et Grichka BOGDANOV, Ed. Grasset, 2013 ;

2  Jean GUITTON, Dieu et la science, Ed. Grasset, 1991 ;

3 En provenance de l'Office Régional de Mise en Valeur de la Moulouya à Berkane ou j'avais travaillé sur la vulgarisation des cultures betteravières d'avril 1975 à octobre 1976 ;

4 90 T/ha pour une canne vierge de deux ans et 65 T/ha pour une canne de repousse de 12 mois ;

5 PARFONRY Roland : Rapport final d'activités 1er juin 1976 - 31 mai 1983 ; ORMVAL - Service Productions Agricoles - Bureau des études, Bibliothèque ORMVAL, Ksar-el-Kebir (ronéo) ;

6 S. FEGROUCH, Hommes, Terre et Eaux n° 141, décembre 2008, Casablanca ;

7 L'usine est restée alimentée par la production betteravière développée sur les sols plus lourds de la plaine et des collines jusqu'en 2010 ;

8 Le premier au Maroc à avoir introduit et développé la fraise pour l'exportation dans le Loukkos (ferme de Sakh-Sokh à El Aouamra), dès 1976, fut mon ami espagnol Virgilio AGUSTI, disparu en janvier 2014 ; 

9  La dernière mise à jour est du 23 octobre 2014 ;

Devant une parcelle de canne à sucre en 1979 au Maroc (credit : Jean CHAPELLE)

Devant une parcelle de canne à sucre en 1979 au Maroc (credit : Jean CHAPELLE)

Devant une parcelle de canne à sucre en 2009 en Guadeloupe (credit : Martine LEMAIRE)

Devant une parcelle de canne à sucre en 2009 en Guadeloupe (credit : Martine LEMAIRE)

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 23:47

    Par un concours de circonstances, traversant la localité de Sambreville entre les entités de Moignelée et de Tamines, mon regard s'est arrêté sur une plaque de rue sur laquelle était mentionné le libellé FOND des RYS.  De quoi attirer ma curiosité évidemment. Cet élément ne faisait pas encore partie du référentiel des lieux en rapport avec notre patronyme (voir article : Ou il est question de lieux-dits). En mal d'articles, il est vrai, depuis quelques temps quant à de nouvelles informations en lien avec les aspects "toponymie et géologie " sur ce blog, l'occasion me semblait opportune de voir ce qui pouvait se dévoiler derrière ce nom de rue.

    Sans grande particularité sur le plan des logements, les seuls éléments qui la caractérisent sont sa déclivité moyenne de l'ordre de 7% et le fait qu'elle se termine en cul de sac. D'une longueur approximative de 300 m, la limite de l'asphalte se prolonge par une bande de terre boisée de quelques 15 m de largeur, parallèle à la Sambre et à son chemin de halage, affluent de la Meuse. 

   Rien de visuel ne laisse apparaître de l'existence actuelle d'un quelconque ry (ruisseau) comme le laisserait croire son appelation. L'observation et l'interprétation des lieux doivent suppléer ce qui doit sans doute être une transformation de paysage à la suite d'une modification du tracé de la rivière dans ce quartier des Bachères, mot dérivant du terme Pas Chère

   Dans la partie inférieure de la rue, la pente s'atténue pour laisser la place à une surface plane sur laquelle se sont installés des arbustes de manière quasi naturelle.  Avant la canalisation de la Sambre, terminée en 1830, de nombreuses zones humides ou inondables bordaient cette rivière. Les travaux, réalisés pendant la période hollandaise (1815-1830), ont assuré un drainage de ces terres et un aménagement des berges. L'existence à cet endroit de deux anciens méandres de la rivière1, comme il en existait dans de nombreux sites, a permis la création de bras isolés, sorte de petit lac entourant un bas-fond humide2, recueillant non seulement les eaux de pluie mais aussi l'eau des quelques sources qui émergeaient sur la pente3. L'emplacement actuel se prête manifestement à une telle configuration ancienne, apportant l'explication de la dénomination de ce quartier. Ceci est confirmé par le Grand Atlas FERRARIS de 1777 qui y fait état de prairies humides drainées et de pâturages. On peut imaginer qu'un sentier menait à l'origine vers ce bas-fond alimenté par de petites sources et ayant donné l'appelation de Fond des Rys, dénomination qui aura été reprise lors de la construction de la route, y évitant d'y adjoindre la notion de rue puisque se référant directement au lieu situé en contre-bas, en bordure de la rivière.

     Le plus significatif est sa localisation ancienne dans une enclave de la Principauté de Liège. Encerclé par les terres du Comté de Namur mais aussi par une petite bande de terre rattachée au duché de Brabant (Abbaye d'Oignies), ce territoire, sous l'Ancien Régime, était totalement isolé que ce soit de son lieu de gouvernance à Liège que des terres de la Thudinie relevant de l'abbaye d'Aulnes. On y retrouve aussi une  forte similitude avec la terre Parfondry, entre Huy et Liège, qui est probablement à l'origine de notre patronyme (voir article : Le site du lieu Parfondry a bien existé). Ce dernier lieu4 offre les mêmes configurations de par sa topographie en pente, sa localisation en bordure de la Meuse et l'existence toujours actuelle d'une bande de terre boisée. Une similitude cependant qui ne peut être expliquée ici par une utilisation à caractère économique, comme ce fut le cas dans le territoire à proximité de Liège (voir article : La reconversion économique des Chevaliers). On se trouve plus volontiers dans une dénomination initiale du terme Fond, ayant pour origine le latin médiéval Fundreda, signifiant Fondrière5, et caractérisant les parties basses des terrains marécageux.  Et non avec le terme Fundus qui s'appliquerait plus volontiers au sol d'une terre considéré comme moyen de production6. L'absence de la mention de la préposition PAR signifie qu'il n'y a aucune notion de déplacement impliquée, telle une rivière, seulement une identification d'un lieu-dit.

      Ce Fond des Rys, situé à l'extrémité de ce quartier des Bachères dans la localité de Moignelée, se retrouve quelque peu isolé de nos jours. Il est pratiquement entouré de bosquets, contrairement au quartier en aval loti sur la quasi totalité. Même si Moignelée constituait une commune à part entière jusqu'en 1977, intégrée désormais comme Tamines à la nouvelle commune de Sambreville, une contrainte urbanistique majeure pouvant découler de la nature marécageuse des sols peut donner l'explication de l'appelation donnée à ce quartier.

    De par sa situation historique en territoire de la Principauté de Liège et sa localisation géographique dans un endroit humide en bas de pente, il est indéniable que ce dernier lieu s'intégre dans la liste des lieux-dits recensés autour de notre patronyme. Même si on doit bien reconnaître que le terme Fond des rys ne découle pas nécessairement d'une seule et même explication pour l'ensemble des appelations.

1 Carte IGN Bruxelles 1948, Tamines (47/5) ;

2 Ces bras de la Sambre isolés sont dénommés "Vieille Sambre" dans la région ;

3 L'emplacement de ces anciens méandres constituent toujours de nos jours la limite géographique entre les communes de Sambreville et d'Aiseau-Presles ; Aucune régularisation de tracè n'a été effectuée après le percement d'un nouveau chenal supprimant ces méandres ;

4 Lieu sur lequel s'est construit un lotissement dénommé Cité des Rys ;

5 FAVRE Léopold (1883-1887) : Glossarium mediae et infinae latinitatis, éd.augmentée, Niort ;

6 Définition du Larousse ;

Inscription à l'entrée du Fond des Rys

Inscription à l'entrée du Fond des Rys

Vues des sections supérieure et inférieure du Fond des Rys
Vues des sections supérieure et inférieure du Fond des Rys

Vues des sections supérieure et inférieure du Fond des Rys

Vue d'ensemble sur la Sambre canalisée et le chemin de halage derrière le petit bois situé dans la prolongation du Fond des Rys

Vue d'ensemble sur la Sambre canalisée et le chemin de halage derrière le petit bois situé dans la prolongation du Fond des Rys

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 08:56

    1914 - 2014, voilà cent années précisément que démarra ce conflit mondial qui provoqua une hécatombe dans les rangs des soldats de toutes les nations engagées. Que de souffrances, d'appels à la mémoire ne viennent nous le rappeler à la vue de tous ces monuments aux morts dans les villages, ces stèles dans les cimetières civils, ces étendues de croix dans les nombreux espaces réservés. En cette année de commémoration, quoi de plus normal de se rappeler certains aspects de cette période. 

     En 1914, les deux fils de Paul, l'artiste peintre, sont en âge d'être réquisitionnés. Georges, né en 1894 et Jean en 1895 partent donc au front. Si l'aventure de Jean  a déjà fait l'objet d'un récit (voir article : Jean est cité à l'ordre de l'armée), rien n'avait encore été relaté sur son frère Georges.

      Son parcours de guerre est relativement très sommaire. Georges a du combattre au début de la guerre comme plusieurs milliers d'autres. Et comme plusieurs milliers d'autres, il sera comptabilisé au nombre des 300 000 prisonniers français, dont 40 000 moururent en captivité. Sa guerre, en tant que soldat, Georges la passera au camp de Meschede, situé à l'Est de Dortmund, en Westphalie. Si son parcours de soldat au front est méconnu, son nom est repris dans la liste n° 38 des prisonniers français, publiée le 15 août 1915 par la Gazette des Ardennes1. Il y est caractérisé, comme chaque prisonnier, de quelques mots abrégés (y compris une erreur dans l'écriture du nom) : Parfoury Georges, Paris, cap., inf 155. Selon la chronologie des combats2, très vraisemblablement dans le 155ème Régiment d'Infanterie, il a du participer à ceux de la Marne, de la forêt d'Argonne puis à la première bataille de Champagne avant d'être fait prisonnier. 

      Ce séjour de Georges est par ailleurs approfondi au travers de deux documents. Le premier, curieusement, nous est présenté sous la forme d'une simple aquarelle reproduisant l'univers carcéral de Georges, à l'intérieur d'un de ses baraquements. Une reconstitution de ce que fut sans doute son cadre de vie. La simplicité des objets, le style relativement maitrisé des formes et des perspectives ne suppriment pas toute l'émotion ressentie en regardant ce tableau. Au milieu de tous ces charniers, de tous ces combats, de tous ces morts, une sorte d'humanité, de chaleur se dégage de cette cellule. Nous faisant oublier la réalité proche. Georges, influencé sans doute par les conseils donnés par son père, a pu lui aussi, faire ressortir le sentiment de l'utile, d'une certaine douceur de vivre. Bien qu'austère au niveau du décor et du mobilier, on n'y ressent nullement un environnement de camp de travail entouré de fils de fer barbelés et de miradors. Son grade d'officier (probablement celui de capitaine) lui aura certainement permis de bénéficier de conditions moins dures. Les quelques 12 m2 approximatifs de sa cellule constituent indéniablement l'expression d'un statut reconnu.

       C'est cette même analyse qui ressort du second document.  Orchestré probablement par les services de propagande allemande,  on y voit Georges, sur une photo3 datée de janvier 1916, assis à gauche, en compagnie de quatre autres prisonniers (maitre d'arme VAN HAULEM, soldat LACROIX, adjudants BAUSCH et PECTOR). Indéniablement, on n'y ressent pas d'insécurité, de privations, de confinement. L'une de ces photos de propagande, comme la plupart de celles que l'on peut visionner de nos jours sur différents sites4, ne montrant qu'un certain regard sur cette ambiance, ayant supporté préalablement la censure allemande. 

       Sa présence à Meschede est également confirmée par la réception de deux lettres adressées aux siens5. Portant le matricule 21555, il y est référencié qu'il a occupé les baraques 44 et 6. 

      Le danger, de rassembler de telles photos sur des sites voulant rendre témoignage de cette période, est réel. Un certain regard, loin de la réalité au final ......Un faux semblant donnant le bon rôle aux prisonniers par rapport à ceux qui sont restés dans les tranchées pendant quatre longues années. Il y eut quand même 1,4 millions de soldats français qui périrent ou furent portés disparus. Soit pratiquement cinq fois plus que de prisonniers.

      Existe t-il un lien entre cette présence de Georges à Meschede et l'apparition de ce tableau de Paul en Allemagne (voir article : Un tableau de Paul en Allemagne) ? Selon ma propre analyse, la présence de Georges dans la Sarre, après 1930, me semble plus plausible. Il est difficile de croire que Georges se promenait avec un tableau de Paul lors de son arrestation par l'armée allemande en 1915. 

 

1 Journal ayant été repris  par la propagande allemande ;

2 J. PRIGENT : Historique du 155ème Régiment d'Infanterie pendant la guerre 1914-1918, Impr. Berger-Levrault, 21 pages, non daté, site http://www.ancestramil.fr/uploads/01_doc/terre/infanterie/1914-1918/155_ri_historique_1914-1918.pdf ;

3 photo transmise par Agnès PARFONRY ;

4 le site : http://hpgrumpe.de/meschede/lager/lager.html, présente des photos de prisonniers en différents endroits de ce camp de Meschede ;

5 lettres visionnées chez Jean-Pierre PARFONRY ;

Aquarelle peinte par Georges PARFONRY au camp de MESCHEDE (credit : Patrick PARFONRY)

Aquarelle peinte par Georges PARFONRY au camp de MESCHEDE (credit : Patrick PARFONRY)

Georges (assis à gauche) au camp de Meschede en janvier 1916

Georges (assis à gauche) au camp de Meschede en janvier 1916

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 10:23

    Comme une habitude qui se manifeste par intermittence, une nouvelle peinture de Paul est réapparue assez singulièrement. Un tableau, dont le thème avait déjà été relaté à plusieurs reprises (voir articles : Paul Parfonry dans la revue "Famille" ; Une tasse de thé de Paul à Madrid ; Le modèle de Paul), a été localisé en Allemagne.

    Présente toujours de nos jours dans la famille DETERMEYER, une autre version de cette représentation de La tasse de thé, s'intitulant La fin du repas1 s'ajoute désormais à la liste des tableaux reconnus de Paul. Achetée selon toute vraisemblance avant 1940 par une grand-mère, selon les informations transmises, elle se retrouve de nos jours accrochée à un mur de la maison familiale des DETERMEYER. La mémoire pour retrouver une trace du parcours de cette peinture entre la France et l'Allemagne semble cependant s'être évaporée à travers les années. Une seule piste peut s'avérer intéressante à suivre. Celle de Georges, le fils de Paul, qui fut prisonnier au camp de Meschede, en Rhénanie-Nord-Westphalie, durant la première guerre mondiale. Par la suite, par sa connaissance acquise de l'allemand, il travaillera pendant quelques années dans la Sarre pour la Compagnie Electro-Comptable2, afin de mécaniser, en utilisant les nouvelles machines à cartes perforées, les fiches de paie des mineurs3. La France avait en effet obtenu, dans le cadre du Traité de Versailles, la propriété des mines de charbon de cette région. Ce statut se prolongera jusque la décision de rattachement à l'Allemagne en date du 13 janvier 1935. Les deux familles ont pu se rencontrer au cours de l'une de ces deux périodes (1914-1918 ; 1930-1935). Simple supposition restant à étayer du côté allemand.

     Cette représentation de cet instant d'échange, partagé par l'intermédiaire d'une tasse de thé, semble avoir été l'un des sujets favoris de Paul. Il parvenait à maitriser avec habilité, toute cette intimité en insérant des personnages au milieu d'intérieurs bourgeois du XVIIIème siècle. Respectant l'harmonie des proportions, les sentiments de douceur, d'affection et de respect ressortent à merveille de ces tableaux dèja visionnés. A remarquer particulièrement dans ce cas-ci, la diagonale qui s'affiche au premier coup d'oeil, reliant d'un trait le regard des deux personnages et le bouquet de fleurs. Celui de la demoiselle hésite d'affronter celui de son chevalier et trouve la parade en le dirigeant plus loin, mettant de ce fait plus en évidence cette petite table-rognon, à l'évidence pas bien utile. 

   Comme à l'accoutumée, Paul insère, dans le décor, du mobilier qui existait réellement dans l'hôtel particulier de la rue Jouffroy. Outre le paravent qu'il affectionnait d'introduire en l'agrémentant de tissus différents, on y retrouve les deux chaises de salon mais surtout la petite table avec sa tablette inférieure en forme de rognon4. Toujours présente de nos jours comme l'atteste la photo ci-jointe5, elle a parcouru le XXème siècle, accompagnant l'histoire de la famille. 

    Le modèle féminin de ce tableau ne ressemble pas au modèle décrit sur la précédente version (voir article : Le modèle de Paul). Si la couleur des cheveux peut se comparer à un blond vénitien, le nez et la pommette du personnage ne ressemblent nullement à ceux de Berthe MADELEINE, authentifiée sur l'autre peinture.

    Plusieurs versions de ce tableau ont été probablement peints par Paul. Dans une boîte en fer, l'une de celles-ci fut retrouvée, reprise sur une photo cartonnée. La demoiselle est cette fois assise, ayant accepté l'invitation de son chevalier. Par contre, le bouquet de fleurs n'est plus aussi frais. Elle n'a d'ailleurs plus l'envie de le regarder.

    La palette des tableaux retrouvés de Paul s'élargit. La liste est sans doute loin d'être close.

1 sur base d'un texte mentionné sur une photo cartonnée, retrouvée dans une boîte en fer ;

2 précédemment dénommée Société internationale de machines comptables (SIMC) puis Société française Hollerith avant de devenir IBM France en 1947 ;

3 selon la littérature, les premières machines à cartes perforées seraient apparues en France au début des années 1930 ;

4 rognon : terme résultant de la forme d'un haricot ou d'un rein de la tablette ;

5 on y remarque, sur la tablette inférieure en forme de rognon, la présence de la boîte en thuya, ramenée récemment d'Essaouira au Maroc par votre fieldmouse ;

La fin du repas :  Une autre version du tableau " La tasse de thé " (credit : Detlef DETERMEYER)

La fin du repas : Une autre version du tableau " La tasse de thé " (credit : Detlef DETERMEYER)

La table-rognon apparaissant sur le tableau (credit : Martine PARFONRY)

La table-rognon apparaissant sur le tableau (credit : Martine PARFONRY)

Une photo d' une autre version de la peinture La fin du repas, sur papier cartonné, réalisée par les studios A. BLOCK, installé au 91 Bd. de Sébastopol à Paris

Une photo d' une autre version de la peinture La fin du repas, sur papier cartonné, réalisée par les studios A. BLOCK, installé au 91 Bd. de Sébastopol à Paris

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 17:59

       Ca y est une fois pour toute. La thèse de doctorat, annoncée depuis quelques temps1, a été soutenue par Joëlle PETIT en ce mercredi 19 mars au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) à Paris. Entérinée par un jury de cinq spécialistes2 de ce domaine si réservé de l'histoire des techniques, deux femmes et trois hommes, un belge et quatre français, qui se devaient d'attester de l'originalité et de l'innovation proposées par Joëlle3, centrée sur la marbrerie tant artisanale qu'industrielle.

      Oser aborder un titre tel que Le Rayonnement des marbriers wallons (1800-1920), la question pouvait sembler surprenante alors que la notion de Marbres de Flandre constituait une référence mieux perçue dans les écrits4 et les souvenirs de nos jours. Cela donnait un peu à cette thèse un parfum de débat régionaliste que les médias et politiques ne manquent pas habituellement d'orchestrer. Avec comme preuve, cette référence explicite à l'origine flamande de François-Xavier PARFONRY dans la lettre assez récente de Jacques PARFONRY, son arrière-petit-fils, écrite en 2006. Mais aussi dans le titre de la thèse repris sur le diplôme symbolique remis, lors de la réception, par la Société des amis du Centre d'histoire des techniques de l'environnement (SACDHTE). Il y a de quoi créer un trouble dans les esprits et devoir rétablir la vérité historique et géographique.

     Présent en tant que soutien aux multiples facettes (la solidarité wallonne, la curiosité thématique, le lien avec ce blog), il fallait aussi vérifier et attester que le nom de PARFONRY y allait bien être cité. J'avais, comme prévu, fait le déplacement très matinal en THALYS, en réservant un billet au départ de la gare de Charleroi. Arrivé assez tôt dans la matinée à la Gare du Nord, l'envie m'est venue de prendre la direction du Centre Georges POMPIDOU. Quoi de plus complémentaire que d'aller visiter ce haut lieu des musées parisiens.  Ce deuxième objectif  pour remplir ma journée avait de quoi booster ma curiosité. Mais arrivé devant ce lieu, reconnu par sa configuration externe particulière, qu'elle ne fut pas ma déception de constater que les visites ne commençaient pas avant 11 heures. Comment imaginer, prévoir cette configuration horaire si tardive. Bardaf, c'est l'embardée comme on dit chez nous. Mon beau programme se trouvait amputé. Il ne me restait plus qu'a patienter.

      La soutenance de thèse a commencé avec un léger retard. Vu le nombre supérieur sans doute escompté de personnes, des sympathisants de Joëlle, le jury parvint à obtenir une autre salle plus large, rendant l'atmosphère plus apaisante, moins oppressante.

      Joëlle était désormais seule devant ses juges, sentant néanmoins le fluide positif d'une assistance non clairsemée venue la soutenir. Brièvement, son parcours mérite d'être notifié en préalable. Sa détermination, sa quête initiatique dans ce domaine si particulier de la marbrerie a débuté lorsqu'elle travaillait en tant que volontaire, comme trésorière du petit musée du marbre de Rance, petite localité de la botte du Hainaut, fleuron ancestral de la production marbrière, ayant déversé ses produits pendant de nombreuses années vers la France en général et le château de Versailles en particulier. Et qui, pour la cause, se trouva longtemps être une enclave française dans ces Pays-Bas instauré depuis l'occupation bourguignonne au XVème siècle. Contaminée singulièrement par un virus trouvé dans le marbre, Joëlle se mit à relancer cette histoire oubliée de l'industrie marbrière. Précédée d'un long parcours scientifique, elle se lança dans cette thèse de doctorat pendant huit années, occupant sans partage cette passion durant tous ses moments de loisirs. Elle débusqua dans les archives ce qui restait de cette exploitation d'un matériau noble. Plusieurs exposés et publications commencèrent à la faire connaitre dans le milieu scientifique. Pour finalement être reconnue, en 2013, d'un prix de l'Académie des sciences, des arts et belles lettres de Dijon5, l'autorisant à présenter en cette journée cette thèse toute personnelle.

      Les membres du jury ne s'y trompèrent pas, lui reconnaissant une belle monographie, faisant de la Wallonie une région marbrière, à part entière, aussi bien qu'une région minière déjà reconnue. La lecture de cette histoire du marbre donna l'occasion aux membres du jury d'exceller dans la terminologie et les citations. Manifestement, ils avaient, chacun et chacune, veillé à décortiquer le document. Ce qui me permit d'en ressortir les abords les plus attrayant.

      Pour un premier juré, cela  donne l'impression qu'il avait une belle oeuvre à faire. Un second y voit un travail héroïque compte tenu des difficultés rencontrées mais débouchant sur un document de grande envergure présentant un ancrage local dans des outils, dans un terroir en partant du matériau brut jusqu'au produit fini. Un autre insiste sur la dimension du geste technique, associée d'ailleurs à  la comparaison avec une cathédrale.

     De nouvelles pistes de recherche furent préconisées, témoignant par là des réelles possibilités entr'ouvertes par cette thèse. La richesse des acteurs est telle qu'elle implique d'être approfondie. Le lien avec les autres secteurs de l'industrie au niveau de l'utilisation des outils de production, les échanges commerciaux - au travers des registres comptables, une meilleure caractérisation de la production marbrière d'origine belge, le lien plus affirmé entre la technique et l'art sur le plan historique, le développement des réseaux de marbriers qui se sont constitués entre la Belgique et la France sont désormais autant de créneaux donnant un grand avenir à ces études sur la marbrerie.

      Quant à notre marbrier PARFONRY, il ne fut pas oublié, loin de là. Joëlle l'a mis sur le même piédestal que d'autres de nos jours plus connus, tels les CANTINI, DERVILLE, SEGUIN. En le faisant ainsi entrer parmi les acteurs incontournables de ce domaine de la marbrerie. M'avouant d'ailleurs, au moment de la réception qui succéda à cette défense, qu'elle avait pris conscience que son rôle est probablement beaucoup plus global que les autres au vu de ses diverses initiatives apparaissant au travers de tous les articles de ce blog. La charge symbolique du marbre, au cours de ce XIXème siècle avait évolué, en faisant  de la cheminée l'objet artistique par excellence de la bourgeoisie émergente. Matériau préparant à la modernité, ses réalisations constituent une mémoire vivante de cette époque. Les  marchés d'exportation, les premiers conflits sociaux, la notion de concurrence, l'implication dans les Expositions universelles, la longueur de son parcours complètent le tableau en faisant de François-Xavier PARFONRY, un acteur incontournable dans ce milieu. Sans omettre le fait que ses acquis sont le résultat de nombreux extraits rassemblés à partir d'une littérature conséquente. Et à ce niveau, Joëlle a relevé dans sa synthèse, sans anicroches, qu'il se montra particulièrement pro-actif au vu de ses prestations et de ses récompenses qui dominent. Au même titre que les marbriers de Rance, installés avant lui en France, il est indéniablement l'un des marbriers témoins de cette relation historique si particulière entre les deux pays. Un domaine que les membres du jury ont estimé comme insuffisamment exprimé au regard du titre annoncé de cette thèse. Déception que j'avais moi-même ressentie dans la présentation et les différentes analyses du jury de thèse. Lui préconisant d'en revoir le titre sous la forme : Des marbriers wallons et leur rayonnement en France afin d'en mieux clarifier son propos. Un problème identitaire, un concept géographique sur lesquels nous pouvons être sur que Joëlle rebondira et en profitera pour relancer sa passion. L'oeuvre de François-Xavier PARFONRY n'est sans doute pas finie d'être approfondie dans le milieu scientifique.

    Au cours de cette même réception, qu'elle ne fut pas ma surprise d'entendre, par l'une des deux voix féminines de ce jury, qu'en découvrant ce blog, elle s'était fortement amusée à la lecture du compte rendu de la visite effectuée au Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet). Comme pour attester finalement que cette relation de faits autour d'un même dénominateur commun finissait par attirer un large public.

P.S. : Dès qu'une version de la thèse sera disponible sur la base de données du Cnam, j'indiquerai le lien pour y parvenir.

 

1 Notamment, par les articles suivants :

- François-Xavier devient un moteur de recherche ;

- François-Xavier, acteur important de l'industrie marbrière au 19ème siècle ;

- François-Xavier n'a pas été le seul marbrier wallon en France ;

2 Jury composé par André GUILLERME (Directeur de thèse), Jean-François BELHOSTE, Robert HALLEUX, Laurence LESTEL et Valérie NEGRE ; 

3 L'objectif de cette thèse est de montrer, par l'étude de deux registres d'archives inédits, que les réseaux commerciaux mis en place au XVIIIème siècle par une famille de marbriers de Rance, en Hainaut belge, perdurent au XIXème siècle à travers une production marbrière spécialisée dans la cheminée monumentale, qui s'est développée grâce à l'évolution des techniques et des transports ;

4 DUMONT Francis : Aux Marbres de Flandre. Une entreprise industrielle et commerciale sous l'Empire (1807-1817), Ed. DESOER, Liège, Réimpression 2007, 90 pages ;

5 Vivre, transmettre, transcrire le geste technique ; ouvrage écrit en collaboration avec le Professeur André GUILLERME et Martine MILLE ;

Diplôme symbolique remis à la suite de la soutenance de thèse (avec l'erreur dans le titre)

Diplôme symbolique remis à la suite de la soutenance de thèse (avec l'erreur dans le titre)

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 16:39

     Précédemment, il avait été fait mention d'une lettre écrite de la main de François-Xavier PARFONRY (voir article : Une petite lettre pour une grande plaque) sur laquelle on y trouvait inscrit son monogramme personnalisé FXP. Notre célèbre marbrier ne s'en laissait pas compter. Il voulait démontrer de son assise dans la société parisienne de cette fin du XIXème siècle. Ce monogramme se lit comme l'expression d'une certaine reconnaissance. Celle obtenue en 1881 par un immigré belge, à qui on avait octroyé la Légion d'honneur (voir article : Le dossier de Chevalier de la Légion d'honneur de François-Xavier PARFONRY)

     On peut comparer cette ascension à celle de Joseph PARFONRY, arrivé à Séville à la fin de ce siècle également, qui se reconnaissait personnellement le droit d'ajouter un titre à rallonge à son nom, puisé dans les terres belges de son origine (voir articles : Jose Parfonry de Hotton ; Joseph Parfonry, le fournisseur de paratonnerres à Séville). Rien à voir par contre avec un autre objet conservé en deux exemplaires dans la famille belge de François-Xavier, et dont l'usage est plus volontiers destiné à un emploi populaire  (voir article : La chope d'Alexis).

      Ce sigle FXP, François-Xavier s'en est servi volontiers pour exprimer cette réussite acquise progressivement durant cette seconde moitié du XIXème siècle. On le retrouve aussi sur son service de table. Comme pour démontrer que l'aristocratie se confondait désormais avec ces nouveaux chefs d'industrie qui avaient réussi à conjuguer l'innovation, la dynamique commerciale et la capacité de gestion d'une entreprise. Ils voulaient aussi faire connaitre leurs puissances, leurs réussites économiques, sans avoir recours à l'une de ces armoiries rassemblées par Charles DHOZIER sur injonction de l'édit de Louis XIV en 1696. Ils en inventeront d'autres, moins héraldiques mais plus personnalisés.

      On retrouve ce sigle FXP sur une soupière faisant partie d'un service de table en porcelaine. Le P et le F s'accolent sur les deux branches du X qui forment l'armature de ce monogramme distinctif.

La soupière avec le monogramme FXP (credit : Patrick PARFONRY)

La soupière avec le monogramme FXP (credit : Patrick PARFONRY)

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 01:13

      A travers ce blog,  plusieurs descriptions ont déjà été relatées, portées par l'un ou l'autre PARFON(D)RY. Que ce soit Jean-Pierre le rescapé de la Justice, Jean le maître-charron, Emile l'horloger, Emile l'instituteur, Alphonse le cycliste, Emile le militaire-explorateur, François-Xavier le marbrier, Paul le peintre, Georges le statisticien, Jean l'ophtalmologue, Jacques la mémoire vive, Georges le colombophile, Joseph l'industriel sévillan, Louis le soldat de la Grande guerre, Diego l'ingénieur militaire, Albert le mécanicien, Lambert le consul de France, Marcel le prolo surréaliste, Max le professeur d'art dramatique, Joseph-Léonard le colonel écrivain, Roland votre fieldmouse et quelques autres, tous ces individus, rassemblés autour d'un même patronyme, ont permis de cerner la société dans sa diversité et son évolution.

     Et voici qu'un petit dernier s'ajoute à la liste. Il s'agit d'Emilio PARFONRY de la branche d'Erezée. Né en 1894 et décédé à Bruxelles en 1969, Emilio fait partie d'une fratrie de six frères et soeurs. Louis,  l'un de ceux-ci, a déjà eu droit à être relaté dans ce blog (voir article : Qui est le fantassin PARFONRY ?). Il est aussi le neveu de ces trois frères qui furent de ceux qui partirent à l'aventure en faisant connaitre à notre patronyme des histoires insolites. Que ce soit Emile aux côtés de STANLEY au Congo, Narcisse dans la forêt amazonienne ou Joseph à Séville, ils ont apporté à cette saga tous les éléments d'une ouverture au monde. Comment ne pas voir d'ailleurs dans ce choix du prénom d'Emilio comme une double référence à deux de ses oncles. A celle d'Emile décédé au Congo en 1883, est venue se superposer l'aventure espagnole de Joseph.

     Emilio, par contre, n'a pas été inspiré de suivre ces exemples. L'époque avait changé et l'ouverture au monde se faisait plus volontiers au travers de la création artistique, apportée par l'éclectisme de l'Art néoclassique. Emilio devint ainsi photographe et son studio, situé chaussée d'Ixelles, à proximité de la Place Fernand Cock à Bruxelles (Ixelles), fut parmi les plus convoités de la capitale belge.

     Le parcours d'Emilio nous revient au travers des quelques photos, en provenance de son studio, que l'on découvre de nos jours sur des sites de vente. Elles font même resurgir de l'oubli quelques personnages d'arrière - cours qui immanquablement risquent de ne pas survivre autrement. Emilio les a, et le terme trouve ici toute son identité, sa réalité, immortalisé. L'étude de ces portraits reste probablement l'une des seules données pour nous permettre de connaître Emilio PARFONRY.

            La première de ces personnes s'appelle Neel DOFF (1858-1942). Née au Pays-Bas, écrivain d'expression francophone, elle est inconnue sans doute de n'importe quel lecteur. La caractéristique de son parcours est d' avoir été parmi les finalistes pour l'attribution du Prix Goncourt en 1911 avec son livre Jours de famine et de détresse. On lui préféra Alphonse de CHATEAUBRIANT (rien à voir avec François-René, le romantique né et enterré à Saint Malo), un écrivain plus connu de nos jours pour avoir été un collaborateur du régime nazy, condamné à mort par contumace. Roman autobiographique, Neel DOFF y décrit son enfance très pauvre au milieu de neuf frères et soeurs. Son oeuvre littéraire dénonce l'autorité masculine de la société du XIXème siècle. Elle s'en sortira en devenant un modèle pour certains peintres belges de renom (Félicien ROPS, James ENSOR) et en suivant les cours du Conservatoire de Bruxelles avant d'épouser l'éditeur Fernand BROUEZ puis l'avocat Georges SERIGIERS. Elle sera également choisie pour servir de visage au personnage de Nele, la compagne de Thyl Ulenspiegel, deux icones de la résistance flamande à l'encontre de l'occupant espagnol au XVIème siècle, immaginés par l'écrivain Charles de COSTER. La sculpture trône de nos jours sur la Place Flagey à Ixelles, non loin de l'endroit où se situait le studio d'Emilio PARFONRY. Neel DOFF habita longtemps au 36 de la rue de Naples à Ixelles, endroit où elle décéda.

      Le deuxième personnage, photographié par Emilio, se nomme Lucien MUSSIERE (1890-1973). Il s'agit d'un comédien belge s'étant illustré dans le vaudeville et l'opérette. Son fait de gloire serait d'avoir été au générique en 1934 du film "Les 4 Mousquetaires " dans lequel les acteurs jouaient avec l'accent bruxellois. Présenté à Paris, c'est ce film qui aurait donné l'occasion à la France profonde de se fabriquer une caricature toujours actuelle de ses voisins belges. Il dédicace son portrait en 1927 à l'attention du compositeur de musique Arthur Van OOST(1870-1942), comme suit : A l'inoubliable compositeur des "Moulins qui chantent" Maitre Van Oost. Très sincérement

      Le troisième personnage est Marc SOMERHAUSEN (1899-1992), né et décédé à Ixelles. Il fut député socialiste et Président du Conseil d'Etat. Son portrait fut réalisé en 1946.

     La dernière photo ne se rapporte pas à un personnage mais plutôt à une représentation symbolique. Celle d'Arlequin qui tiendait au bout de ses doigts une Colombine qu'il aurait volée à un autre personnage de la Commedia del arte, celui de Pierrot.

    Ses quelques photos ne sont qu'un échantillon du travail d'Emilio. En fonction de ces personnages immortalisés dans ses portraits, on peut arriver à cerner quelque peu son profil. Il devait probablement avoir une certaine affinité avec le milieu artistique. Les portraits de Neel DOFF et de Lucien MUSSIERE en attestent. Mais l'idée de la représentation d'Arlequin est probablement la plus personnelle, la plus en rapport avec son mode de réflexion. Emilio était-il un personnage quelque peu farfelu ? Peut-être mais son installation à Ixelles, dans l'un des nouveaux centres d'extension de Bruxelles (quartier Léopold, Avenue Louise, siège social de SOLVAY), avec la présence d'une bourgeoisie aisée auquel se mélangeaient bien volontiers des artistes, ne doit rien du hasard. Emilio a eu le flair, suivant en cela l'expérience de son père Alfred, le brasseur, qui était devenu propriétaire du Trianon, l'un des premiers cafés restaurants du Bois de la Cambre, lieu de promenade par excellence de l'aristocratie bruxelloise.

Neel DOFF (1858-1942)

Neel DOFF (1858-1942)

Lucien MUSSIERE (1890-1973)

Lucien MUSSIERE (1890-1973)

Arlequin et Colombine

Arlequin et Colombine

Marc SOMERHAUSEN

Marc SOMERHAUSEN

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 15:31

      L'année 1940 n'est pas ce qu'il y a de plus joyeux dans les mémoires. Le dernier conflit sur le territoire européen garde toujours des traces et marque encore les esprits de nos jours. C'est pourtant de cette année là que l'on fait référence dans cet article.

      Le 10 mai 1940, pour ceux et celles qui n'en auraient pas entendu parler, la seconde guerre mondiale démarrait. La Belgique, ce petit territoire à qui on avait octroyé un statut de neutralité, pour la remercier d'avoir subi pendant des siècles les conséquences des conflits entre les dynasties européennes, était malgré tout une nouvelle fois envahie par nos voisins de l'est. 

      En conséquence, suite à des ordres en bonne et due forme du gouvernement, la mobilisation pour résister à l'envahisseur fut mise en place. Les jeunes belges valides de 16 à 35 ans devaient rallier, par leurs propres moyens, un centre de rassemblement. Il s'agissait dans ce cas de celui d'Erquelinnes, à la frontière française. Et parmi eux se trouvait Georges, mon père, né en 1920, qui ne pouvait immanquablement y échapper. Il venait de terminer avec fruit ses humanités gréco-latines à l'Athénée de Jodoigne. Muni d'une couverture et de vivres pour deux jours, conformément à l'ordre de réquisition, Georges avait pris le chemin d'Erquelinnes dès le 12 mai, en vélo, en compagnie de ses deux cousins germains Edgard et Henri PAESMANS. Ayant démarré à Beauvechain, ils passèrent au préalable par le village de Piétrebais pour y récupérer Norbert LACROIX, un ami de collège d'Edgard1.

     Le quatuor à vélo aura déjà été confronté à la guerre avant d'atteindre le lieu de rassemblement. Un soir, ayant trouvé refuge dans une maison abandonnée à Quiévrain, ils eurent à subir le bombardement d'avions allemands, se cachant dans la cave2.

     C'ette préparation, un peu à la fleur du fusil,  ne tenait pas compte, il est vrai, des forces adverses. La résistance de l'armée de métier, installée aux frontières, ne fut qu'un fétu de paille (voir article : Aloÿs, tué au premier jour de la guerre 40-45). Il ne fallu en tout et pour tout que 18 jours pour que le char d'assaut venu de l'est n'oblige la petite Belgique à capituler3. De loin insuffisant pour assurer une formation, même rapide, de tous ceux qui avaient été réquisitionnés. Désormais, la question se posait de savoir ce qu'il allait advenir de tous ces soldats potentiels. Les souvenirs de la guerre de 1914 refirent surface avec les exactions et les fusillades de plusieurs centaines de civils par l'armée prussienne4, en représaille aux actions de francs-tireurs faussement propagées, à la résistance inattendue de l'armée belge et à l'engagement de l'armée française5. Le bombardement par l'aviation allemande de Rotterdam le 14 mai, ayant fait 800 morts, accentua le mouvement d'exode, provoquant l'un des principaux déplacements de population de ce XXème siècle. Un véritable cortège de réfugiés, soumis aux bombardements en piqué des Stukas, se dirigea ainsi vers la France pour fuir ce souvenir qui fait encore partie de nos jours de la mémoire collective de la Belgique.

     Aussi, dès le 27 mai, veille de la capitulation, un ordre du gouvernement belge, via l'agence BELGA, fut donné à tous ces mobilisés de quitter le pays. Ils seront, in fine, considérés comme des réfugiés civils en France6. En ce jour de Pentecôte 1940, Georges évacuait, transitant par le village d'Honnelles avant de passer la frontière7.

     Pour se retrouver finalement près du Pont du Gard, cette fois  sans ses cousins qui poursuivront vers Andance dans l'Ardèche. Ayant endommagé son vélo peu avant d'arriver à Erquelinnes2, il est probable que Georges a du se séparer de ses compagnons et prendre un autre moyen de locomotion pour poursuivre son exode. Jusque la fin mai, le réseau des chemins de fer français n'avait pas encore été trop endommagé par l'aviation allemande. De ce séjour, qui ne dura finalement que quelques semaines, Georges s'en rappelait régulièrement. Essentiellement, par le statut spécial qu'il s'était vu recevoir. Sans formation particulière, le rôle d'infirmier, chargé d'administrer des piqûres dans la population des réfugiés, lui avait été octroyé. Il serait plus logique d'affirmer qu'il ait été recruté comme brancardier mais vu la certitude qui ressortait de ses explications, on lui laissera le bénéfice du doute. Il est vrai que, devant l'affluence du nombre, les services hospitaliers locaux devaient être quelque peu surchargés. Une photo, datée du 1 juin 1940, et retrouvée dans le monticule des photos accumulées dans l'une de ses anciennes boites métalliques à biscuits, montre, bel et bien, notre Georges avec un brassard de la Croix-Rouge. Qui reviendra quelques semaines plus tard en Belgique en allant se cacher à la ferme de son oncle à Neerheylissem. Voyant que la situation se stabilisait vis-à vis des civils, Georges reprendra en octobre de la même année les cours à Bruxelles pour obtenir en 1944 son diplôme de Conducteur des Travaux. L'année suivante, fin 1945, il fut cette fois mobiiisé pour de bon et effectuera son service militaire en Allemagne dans la zone d'occupation que les anglais avait octroyée à la Belgique

    Plus de 50 années plus tard, l'occasion me sera donnée de faire le lien avec ce fait d'histoire, l'un des épisodes relevant de la vie de Georges. En 1997, avec son épouse, ils seront reçus par le Bourgmestre de Sambreville Jean POULAIN, à l'occasion de leurs Noces d'Or. Après un discours de circonstance par l'échevin Vincenzo MANISCALCO, un repas en famille s'en suivit dans l'un de ses restaurants de la vallée de la Molignée qu'ils affectionnaient particulièrement. C'est à cette occasion, sur une idée, au départ de mon épouse, que je lui offris en cadeau un séjour de quelques jours, TGV 1ère classe inclus, aux abords du Pont du Gard (Hôtel Le Colombier à Remoulins). Il ne lui restait plus qu'a retrouver le village où son statut de réfugié l'avait conduit en mai 1940. Georges en avait conservé le nom dans sa mémoire. Que je n'ai malheureusement pas pris soin de noter sur le coin d'un calepin. Une autre photo a immortalisé Georges, déambulant dans une ruelle de ce village en se remémorant l'un des faits de vie qui l'ont particulièrement marqué. Il profitera également de ce voyage pour revoir le Pont du Gard et aller visiter Nismes.

 P.S. : Si en regardant l'une des deux photos ci-après, vous reconnaissez l'endroit, n'hésitez pas à me communiquer le nom de ce village !!!

1 Edgard, Henri et Norbert se retrouveront en mai 1947 au mariage de Georges (voir article : La photo de mariage de Georges et Solange) ;

2  Souvenirs d'Henri PAESMANS, transcris dans une lettre rédigée en octobre 2008 ;

3 L'armée belge résista à l'invasion allemande du 10 au 28 mai au matin ;

4 Rien que pour la localité de Tamines, où mes parents ont habité pendant près de 35 ans, on recense  384 civils fusillés  ;

5 En reconnaissance de cette résistance, plusieurs rues, dans diverses localités, furent appelées "Rue des Français " ;

6 GERARD-LIBOIS J. et GOTOVITCH J. (1971) : L'an quarante. La Belgique occupée ; CRISP, Bruxelles ;

7 Et chaque fois que je mange sur la terrasse du restaurant-brasserie "Au Baron" à Gussignies, côté français, j'imagine que c'est par la petite route longeant l'Hogneau que mon père a commencé son périple de réfugié en France ;

      

En juin 1940. Georges est le premier à gauche avec le brassard de la Croix-Rouge

En juin 1940. Georges est le premier à gauche avec le brassard de la Croix-Rouge

En 1997. Georges se promenant dans le village (credit : Solange BERGER)

En 1997. Georges se promenant dans le village (credit : Solange BERGER)

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