Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 11:15

     Les peintres ont eu des épouses mais aussi des muses et des modèles pour leur permettre d'exprimer leur art. Du moins, pour ceux qui représentaient sur leur toiles des personnages féminins qui en étaient le sujet central. On ne voit pas par contre de l'utilité pour un peintre paysagiste ou un peintre abstrait d'avoir un modèle en chair et en os dans son atelier. Le cubisme ou le surréalisme préfèrent les formes géométriques à celles généreuses que l'on rencontre dans les toiles de Rubens (Venus devant son miroir, Les trois grâces), Goya (La maja nue) ou Velasquez (La Vénus au Miroir). La relation n'est cependant pas aussi simple. Ainsi Picasso, l'un des grands peintres de ce XXième siècle avait aussi recours à des modèles réels, des muses énergisantes avant de les déformer au travers de sa vision particulière de la représentation.

     Et ce qui est vrai pour un peintre connu comme Picasso l'a été pour bien d'autres peintres. Le modèle dans l'atelier de peintre est apparemment nécessaire à la sérénité et à l'inspiration si ce n'est à la concentration. Si cette relation est bien réelle pourquoi n'en aurait-il pas été de même en cette période de bouleversement artisitique et culturel de la fin du XIXème siècle. L'impressionnisme avait bien balayé les modes habituels de représentation en jouant sur les lumières. Mais les codes, les fondements qui marquent la pérennité de l'art ont la vie dure. 

     C'est la raison pour laquelle on ne doit pas s'étonner que Paul PARFONRY, celui qu'on a qualifié de petit peintre des intérieurs bourgeois du XVIIIème siècle, a eu aussi besoin d'un modèle. A t-elle joué le rôle d'une muse, rien ne peut l'attester.  Il n'y avait probablement pas de miroir dans son atelier de la rue Jouffroy, sans doute un simple paravent qu'il a d'ailleurs représenté sur plusieurs de ses toiles.

     Ce modèle porte même un nom. Elle s'appelle Berthe MADELEINE. On la découvre sur le site1 du peintre Ernest RENOUX 2, dont elle était l'épouse depuis l'année 1895. Il parait même qu'elle était très connue dans le milieu mondain et artistique de l'époque pour sa chevelure d'un superbe blond vénitien3 qui plaisait aux peintres. Rien à voir dans ce cas avec les grâces généreuses qui remplissaient les toiles entre les XVIème et XVIIIème siècles.

     Si Berthe MADELEINE a été juste un modèle et non une muse pour Paul PARFONRY, elle en a néanmoins conservé " un souvenir charmant ", comme elle l'écrit elle-même dans un extrait.

C'est le hasard d'une rencontre, chez, des amis de Georges Cain4, plus tard Conservateur du Musée Carnavalet, qui oriente ma vie parmi les peintres. Le premier, Georges Cain, fit mon portrait, et ensuite beaucoup de ses amis, entre autres Parfonry, peintre amateur dont je devins le modèle habituel. J'ai gardé de lui et de sa femme le plus charmant souvenir. Pour expliquer les liens qui unissaient à cette époque modèles et peintres, je dois préciser que jamais Parfonry ne m'a réglé le montant de séances de pose sans dire " Madame, pour vos pauvres ".

     La délicatesse de Paul et la gentillesse de son épouse ont manifestement impressionné le modèle. C'est sans doute dans cette relation que Berthe est devenue le modèle habituel de Paul PARFONRY. Peut être une sorte de lien affectif, comblant pour Berthe on ne sait quelle absence, quelle bienveillance vis à vis des oppositions de sa famille à l'encontre de ses fréquentations artistiques. 

      L'absence de  références sur la date de mariage de Paul empêche de préciser l'année. Seul indice, l'année de naissance 1894 de Georges, le fils de Paul. La référence à Georges CAIN est  également importante. Ayant été Conservateur du Musée Carnavalet à partir de 1897, on peut également dater cette rencontre avec Paul avant cette période. Ceci confirme malgré tout, une fois de plus, le fait que les familles PARFONRY et CAIN entretenaient des relations étroites depuis François-Xavier, le marbrier.

      Quant à retrouver Berthe dans les peintures de Paul, cela n'est pas difficile. Une simple comparaison avec le portrait réalisé par son époux donne la réponse. Pour la peinture " Une tasse de thé ", la similitude ne fait pas de doute. La personne assise est assurément le modèle du peintre. Il en est de même pour d'autres toiles. Peinte généralement de profil, la ressemblance est assez constance. On se contentera de reprendre la peinture " La visite galante ", sur laquelle le modèle se trouve pratiquement de face. Une manière de s'apercevoir que dans ce cas Paul n'avait pas été uniquement sensibilé par la coiffure vénitienne mais bien par le regard de son modèle. Il est probable que Berthe n'ait pas été le seul modèle de Paul.

     Ernest RENOUX est enterré auprès de sa mère dans le cimetière de Romeny-sur-Marne. Berhe, quant à elle, vécut jusqu'en 1958, la même année que Gabrielle BARBAULT, l'épouse de Paul5. Sa sépulture se trouve non loin de la précédente1. Le couple RENOUX eut un fils, prénommé Marcel.

1 https://sites.google.com/site/julesernestrenoux ; site officiel de Jules Ernest RENOUX ;

2 Jules, Ernest RENOUX (1863-1932), né et décédé à Romeny-sur-Marne, est un peintre de la Belle Epoque. Un musée sur son oeuvre existe à Romeny-sur-Marne ;

3 Blond vénitien : terme originaire de la Renaissance italienne lorsque les femmes s'enduisaient les cheveux d'un mélange de safran et de citron avant de les exposer au soleil (def. Wikipedia); le blond vénitien est le ton le plus clair dans les tons de roux ;

4 Georges CAIN est ce Conservateur du Musée Carnavalet qui enverra une lettre à François-Xavier PARFONRY, le père de Paul, attestant de la réception de la cheminée en marbre qui est désormais installée dans la salle 41 du Musée (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet) ; 

5 Cette similitude dans les dates de décès peut s'avérer être l'une des raisons du manque de transmissions orales au niveau de la génération d'après-guerre, trop jeune pour s'approprier la mémoire familiale. Cette raison peut sans doute être couplée avec l'impact de la guerre 40-45 qui a perturbé les modes de vie ;

Portrait représentant Berthe MADELEINE, réalisé par Ernest RENOUX

Portrait représentant Berthe MADELEINE, réalisé par Ernest RENOUX

Une tasse de thé . Le modèle est manifestement celle de la toile précédente

Une tasse de thé . Le modèle est manifestement celle de la toile précédente

La visite galante

La visite galante

Repost 0
8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 14:21

      Une nouvelle fois, le blog a joué son rôle de lieu de rencontre. Peu après la découverte sur les noms non identifiés du mausolée de Créteil (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés), une autre incertitude a été levée. Toujours en rapport avec cette famille Loge, la transmission de plusieurs photos par Hélène Richard, que je remercie, se trouve à la base de cette nouvelle avancée.

   La famille Loge commence à nous être un peu connue. Au travers d'informations successives (voir articles : Paul est invité à un mariage ; A la recherche de la famille Loge ; Du nouveau sur la famille Loge), on y a détaillé certains aspects de leur parcours les ayant amenés à côtoyer la famille Parfonry. A tout cela vient à présent d'y être incorporée la découverte de la tombe de cette cousine Mary-Cécile Loge dont Paul Parfonry officiait en tant que témoin lors de son mariage en 1911 avec Henri Verne, le futur Conservateur du musée du Louvre.

     Dans le cimetière de Barbizon, une stèle funéraire, située sur le côté droit peu après l'entrée, le long du mur d'enceinte, mentionne la présence de Mary-Cécile Loge et de sa mère Mary Ennis Loge, née Woodruff. Selon les documents administratifs, l'acte de concession a été enregistré le 22 décembre 1921 par la mère et comporte de fait quatre emplacements (n° 116 à 119)S'il y en a bel et bien quatre, les registres n'y ont enregistré que deux sépultures. En premier, celle de la mère décédée en septembre 1941, à l'âge de 85 ans et en second celle de sa fille Mary-Cécile, décédée en avril 1949, à l'âge de 62 ans. Contrairement à ce qui avait été écrit précédemment, Mary-Cécile Loge n'est pas retournée vivre définitivement en Angleterre.

    Toute la question est de déterminer pour qui étaient destinés les deux derniers emplacements. Certainement pas pour Henri Edouard Loge, le mari et le père. Célèbre compositeur de musique et pianiste de talent, ce dernier est en effet décédé en 1912, bien avant l'attribution  de la concession en 1921. On sait par ailleurs qu'il est enterré dans une obscure ville du Pays de Galles. Quelles étaient les intentions de Mary Ennis, la mère, au moment de l'enregistrement de cette concession perpétuelle en 1921 ? A qui étaient destinés les deux autres emplacements ? Bien difficile d'y répondre de nos jours d'autant que Mary-Cécile, divorcée rapidement, n'a très probablement pas eu d'enfant. 

    La stèle funéraire est complétée d'une citation : God is in all and above all1. C'est une phrase, extraite de la Bible, qui est assez couramment utilisée pour souligner que la reconnaissance à cette croyance donne à la vie un témoignage de simplicité et de satisfaction. 

     Reste maintenant à expliquer cette présence à Barbizon. Il était attesté que Mary-Cécile Loge avait habité à un moment donné dans le quartier des Batignolles (17ème Arndt.). Bilingue Français - Anglais, elle exerçait, sous le nom de Marc Loge, le métier de traductrice de livres. Ses dernières traductions remonteraient à 1934, à l'âge de 47 ans. Sa mère, mariée à Paris en 1886,  était probablement venue s'installer dans cette commune à une époque où les peintres pré-impressionnistes de l'école de Barbizon commençaient à être remplacés par les écrivains, les philosophes et les comédiens. Peu après le décès de son mari en 1912, elle a du venir y habiter. L'acte de concession de 1921 en atteste. Et sa fille s'y est sans doute installée au moins après son décès en 1941, sinon plus tôt. D'autres actes à la commune peuvent sans doute contenir certaines informations pertinentes sur cette présence.

     Et c'est probablement au décès de Mary-Cécile Loge, en 1949, que les quelques beaux meubles de cette famille ont atterri chez Georges Parfonry, le petit-fils du marbrier, dans l'immeuble de la rue Jouffroy à Paris. Une sorte de retour vis à vis de l'attention bienveillante apportée au siècle précédent à l'encontre de Joséphine Loge (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés). Mary-Cécile, étant née deux années après le décès de Josèphine, n'a pu la rencontrer. Et le lien familial entre les deux personnes n'a pas encore pu être déterminé. Une autre raison, encore indécelable de nos jours, devait justifier de cet héritage.

     La sépulture est par ailleurs en danger. Un état d'abandon a été constaté en date du 20/09/2011, réitéré par une observation d'absence de travaux en date du 30/01/2012. Le délai des 90 années octroyé à la concession est dépassé. Sa suppression ne serait dès lors plus qu'une question de timing.

     Celle qui devrait faire partie des célébrités de la commune, en tant que traductrice de romans d'Agatha Christie, d'épouse d'un des plus célèbres Conservateurs du Musée du Louvre et fille d'un pianiste et compositeur reconnu, risque dès lors de disparaître définitivement des mémoires. Au - travers des articles parus dans ce blog, n'est-il pas justifié au contraire de conserver un témoignage sur une personne dont la vie mériterait, avant tout, d'être mieux étudiée par les historiens ? Les responsables communaux de Barbizon pourraient en préalabe en discuter avec les associations locales concernées et évaluer ensuite de l'intérêt du maintien de cette sépulture.

 

1 Traduction : Dieu est en tout et par-dessus tout ;

La concession Logé au cimetière de Barbizon (credit : Hélène RICHARD)

La concession Logé au cimetière de Barbizon (credit : Hélène RICHARD)

La plaque funéraire Logé (credit : Hélène RICHARD)

La plaque funéraire Logé (credit : Hélène RICHARD)

Repost 0
30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 19:04

       Les informations et analyses contenues dans cet article pourront être considérées comme un peu indigeste à comprendre par la plupart des lecteurs réguliers de ce blog. La rédaction se différencie assez de ce qui en est généralement relaté, à savoir, la présentation d'un fait divers, d'un fait de société, voire de la découverte d'un indice, d'une photo qui s'en trouve incorporée dans un contexte précis. Rien de tel dans ce cas. La généalogie a repris le dessus momentanément pour répondre à l'une des questions prioritaires non résolues à ce jour.

      Le mausolée de Créteil, monument imposant en soi et centre de convergence de nombreux membres de cette famille Parfonry, gardait sur ses stèles l'une des inconnues les plus tenaces à résoudre. Deux noms y étaient inscrits que rien ne reliaient aux autres personnes qui y sont enterrées. Que venaient faire à cet endroit des noms comme Goossens et Logé.1. Hormis le fait qu'ils portent l'un et l'autre, des noms d'origine belge, quel lien pouvait exister pour qu'ils se retrouvent, tous deux, gravé à cet endroit ?  

      La réponse vient probablement d'être trouvée. Le blog a joué parfaitement son rôle attractif et convivial. Il a réussi à combler mes lacunes en généalogie, mes peurs aussi de me perdre dans le dédale des fiches numérisées ou non des archives. Grâce à l'appui d'Annick CourbeConservatrice du cimetière communal de Créteil, la source intelligente de l'histoire de ce cimetière, des informations essentielles m'ont été transmises. Une fois encore, à la manière d'Hercule Poirot, le rassemblement des indices nouveaux, se mélangeant aux données déjà connues, a apporté sa solution.

     Une certitude en découlait directement. Au vu de la date de décès des deux personnes, 1885 pour Logé et 1888 pour Goossens, ce ne pouvait être que François-Xavier qui avait autorisé la présence de ces deux noms. Cette constatation permettait d'entrevoir une perspective de solution soit au niveau familial, soit en lien avec son entreprise de marbrerie. Comme il en découlera, les deux approches finiront pas se combiner. A cela, venait s'ajouter le fait que Paul Parfonry, le fils de François-Xavier, était déclaré "cousin de la mariée" au mariage d'une dénommée Mary-Cécile Logé en 1911 (voir article : Paul est invité à un mariage), plus connue comme traductrice sous le pseudonyme de Marc Logé (voir articles : A la recherche de la famille Logé ; Du nouveau sur la famille Logé) .

       Les recherches menées dans les archives par la Conservatrice relancent la question sur les inconnus de Créteil. Combinés avec ceux déjà établis, ils doivent nous conduire à trouver l'explication plausible. De manière succincte, on reprend les points essentiels des récentes découvertes sur les deux noms gravés dans la pierre de Créteil.

sur Goossens : il s'agit de Charles, Frédéric Goossens, célibataire, décédé le 29 février 1888 à Paris (10ème Arndt.) à l'âge de 37 ans, fils de Jean-Baptiste Goossens et de Louisa Parfonry ; il est mentionné comme sculpteur sur l'acte de décès ;

sur Logé : n'ayant pas trouvé de traces sur tous les arrondissements de Paris, ni à Créteil, la seule référence avérée est relative a une dame Joséphine Logé, célibataire, née à Anvers et décédée le 30 août 1885 à Paris (9ème Arndt.), à l'âge de 67 ans, fille de sieur Logé (sans prénom) et de Louise Lallemand; elle est mentionnée comme rentière sur l'acte de décès ;

     Comme toujours, à partir de ses quelques éléments, efforçons-nous d'en retirer le maximum de conclusions :

- Si l'année de naissance de Charles Goossens est inscrite sur la stèle (1851), celle de Joséphine Logé (1818) est aisément déduite de ces nouvelles informations ;

- il est indéniable que les liens de Joséphine Logé avec Anvers, son lieu de naissance d'une part, et avec Louise Lallemand d'autre part, ne peuvent qu'attester qu'il s'agit de la personne inscrite sur la stèle; les concordances sont trop nombreuses pour ne pas en être assuré.

- Louise Lallemand n'est autre que la soeur de Jeanne Lallemand, la mère de François-Xavier, née en 1797, et de Ferdinand Lallemand, déclaré comme plafonneur, né en 1803. Louise était leurs ainée, étant née en 1786 à Neerheylissem, tout comme Jeanne et Ferdinand2.

- La ville d'Anvers est de nouveau présente, attestant qu'elle fait intrinsèquement partie de l'environnement de proximité de cette saga.

- Le fils ainé de Ferdinand Lallemand, né le 26/10/1839 à Neerheylisem, a été prénommé François-Xavier2. Peu courant, voire assez peu utilisé à cette époque (voir article : Explication sur le choix de François-Xavier comme prénom), on pourrait y voir, dans ce choix, un certain lien de proximité avec notre marbrier. Ce fils est décédé en 1912 à Sint-Truiden (Saint-Trond), démontrant par là qu'il a du rester vivre en région flamande.

- Compte tenu qu'aucune Louisa Parfonry3 n'est connue et n'a jamais été retrouvée sur un acte d'état civil, une présomption tendait à me laisser croire que Louisa Parfonry, la mère de Charles Goossens, n'était en définitive que Louise Lallemand ; la transformation du prénom de Louise en Louisa pouvant s'expliquer par une influence flamande dans l'écriture, suite à son passage par Anvers. Seul point divergent, elle aurait eu 65 ans à la naissance de Charles GOOSSENS, ce qui est assez peu crédible pour en être sa mère. La découverte en juin 2015 d'un acte de naissance à Anvers au nom de Maria Ludovica PARFONRY apporta la réponse (voir article : Jean se dévoile un peu plus et Ferdinand est bien de la famille - Anvers  2). Soeur cadette de François-Xavier, le lien avec Louisa ne laissait aucun doute. L'année de naissance et la ville d'Anvers répondent aux incertitudes du nom de baptême.

- Sans que l'on puisse établir du type de lien existant entre Joséphine Logé et Mary-Cécile Logé, la mention de cousin présente un début d'explication. Même si, à ce stade, on peut considérer que la relation entre les familles Parfonry et Logé reste assez ténue.

- Etant renseignée comme rentière sur son acte de décès, Joséphine Loge devait avoir hérité de quelqu'un pour bénéficier de cette situation. Le prénom de son père n'ayant hélas pas été mentionné, l'explication reste à découvrir.

- Le nom de Lallemand résonne à plusieurs reprises dans les mariages des Parfonry de Neerheylissem. L'affinité entre ces deux familles est due probablement à l'importance numérique prise par cette famille Lallemand, installée à Neerheylissem depuis le début du 18ème siècle2. Elle constituait un réservoir conséquent de candidates au mariage.

      Sous réserve d'une confirmation par un acte officiel, l'explication du cousinage entre les familles Parfonry et Logé semble avoir été trouvée. Ni plus ni moins qu'un simple cousinage lointain par alliance. Joséphine Logé, renseignée sur une stèle adjacente du cimetière de Créteil, serait de fait ..... la fille de la soeur de la grand-mère paternelle de Paul Parfonry  où si on préfère ..... la fille de la soeur de la mère de François-Xavier (ce qui plus clairement se dit être la cousine germaine de François-Xavier). Assez compliqué à retenir mais assez plausible. Autre inconnue découverte en parallèle, la tombe de Marie-Cécile Logé, la fameuse cousine de Paul, décédée en 1949, a été retrouvée récemment dans le cimetière de Barbizon4(voir article : La tombe de Marie-Cécile Logé est découverte).

      Comme prévu, la présence de Charles Goossens est bien la résultante d'une combinaison entre sa situation familiale et son métier de sculpteur, très certainement dans l'entreprise de la rue Saint-Sabin (voir article : Ce qui reste de l'atelier du marbrier).

       Il est avéré que la ville d'Anvers a bel et bien été le réel lieu d'installation avant d'entreprendre la migration vers la France. C'est probablement dans cette ville que Jean Parfonry aura rencontré Jeanne Lallemand, avant de retourner à Neerheylissem pour se marier. Les données rassemblées sur la généalogie Lallemand2 avaient déjà mis en évidence ce phénomène de déplacement vers Anvers pour de nombreux membres de cette famille, originaires de Neerheylissem.

      Dans la famille Lallemand, le lien entre les soeurs Jeanne et Louise d'une part et les soeurs Amélie et Julienne d'autre part (voir article : Le magasin Delhaize dans la rue des Charrons), n'a pas du être un facteur de rapprochement familial. Il faut remonter à leur arrière-grand-père Jean, marié à Neerheylissem en 1724 pour voir apparaître un ancêtre commun. C'est probablement, à peu de chose près, ce qui a du se passer chez les Parfonry où la lignée française, installée à Anvers en Flandre, s'est peu à peu éloignée de la branche belge résidant en Wallonie. Il faut remonter au grand-père de François-Xavier, né en 1762 à Neerheylissem, pour retrouver un ancêtre commun aux deux lignées, même si l'horloger Emile PARFONRY de Bruxelles avait encore connaissance de l'existence de PARFONRY à Paris en 1930..

 

1 Selon Annick Courbe, ces noms n'étant pas enregistrés dans le registre communal de Créteil, il est probable que ces deux personnes ne soient pas inhumées à cet endroit ; les noms sont gravés, en outre, sur une sorte de stèle bien distincte de celle du grand monument ;

2  DELANDE Jean (1991) : Généalogie des LALMAND de 1687 à 1991, Hélécine, 131 pages,(ronéo) ;

3  Et aucune Louisa PARFONDRY n'est recensée dans la généalogie des PARFONDRY ;

4 Information transmise par Hélène RICHARD qui signale par ailleurs que cette tombe va être enlevée  par la commune pour cause de non entretien ;

Repost 0
27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 19:09

      L'insertion d'une visite aux deux fontaines parisiennes, sorties des ateliers de la rue Saint-Sabin, a donné probablement des idées (voir article : Le calme des fontaines). Considérées désormais comme lieu de rencontre de notre patronyme, il est possible que cet appel ait été diffusé sur la toile. 

     Un peu plus glamour que l'enjambée de la ballustrade de l'une d'entre elles par votre serviteur (voir article : En préalable à l'expédition à Paris), une belle inconnue, au charme certain, a également bravé la circulation du rond-point de la Place François 1er pour profiter de la fraîcheur se dégageant de son marbre. Il fait chaud en été à Paris. Quel plaisir, dès lors, de s'approprier un espace où la sculpture des courbes ne cesse de caresser le regard du passant1.

       L'art de notre aïeul se marie parfaitement avec la plastique de cette visiteuse clandestine. Une telle irruption  l'aurait - il fait rougir ? La fontaine, quant à elle, semble s'être habituée, lançant avec envie, ses jets aquatiques pour attirer de telles naïades. On la remarque, on lui parle, on boit ses paroles, on profite de la lumière de sa matière. Elle est certaine qu'elle n'est pas toute seule. Si elle doit attendre, se dit-elle,  un PARFONRY pour venir l'admirer,  entendre son murmure, le temps risque de la faire oublier. Autant faire valoir son esthétique en attirant par sa beauté, ses courbes, sa blancheur réverbératrice. Manifestement, elle a pris l'habitude de dévoiler ses charmes pour en attirer d'autres. Elle a manifestement une vie trépidante notre fontaine. 

      Dois-je désormais  continuer ce mélange d'art et de sculpture pour améliorer le nombre des visiteurs du blog ? Avec mes seuls mots, est-il possible de lutter contre le choc des photos ? 

1  Les photos ci-jointes ont été trouvées par Louise V. La belle naïade  n'a pas encore dévoilé son nom.

Et hop, ni vu ni connu !!

Et hop, ni vu ni connu !!

Les formes des dessins apparaissent mieux comme cela !!

Les formes des dessins apparaissent mieux comme cela !!

De quelle sculpture parle t-on ?

De quelle sculpture parle t-on ?

Repost 0
23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 07:08

     Un article assez ancien de ce blog avait relaté du passage d'un certain JOHNSON rendant visite au Congo en 1883 à l'explorateur H.M. STANLEY (voir article : L'avis de décès d'Emile Parfonry, le militaire explorateur). Rien dans cet article ne mentionnait l'objet de cette rencontre avec celui qui travaillait directement pour le roi Léopold II en personne. En cette période de tension et de compétition entre les puissances européennes en Afrique, cette rencontre entre deux anglophones (N.B. : STANLEY, gallois de naissance, avait la nationalité américaine) ne pouvait, croyait-on, être placée que sous le signe d'une mission spéciale. La qualité de ce dénommé JOHNSTON n'avait pu être déterminée à ce moment, en raison d'une erreur de transcription de son nom (JOHNSON) dans l'extrait de journal qui faisait précisément l'objet de ce précédent article.

      La découverte récente d'une autre publication relatant spécifiquement des échanges entre H.M. STANLEY et H.H. JOHNSTON permet d'éclaircir les points restés obscurs. Pour s'apercevoir que la personne rendant compte de sa visite à STANLEY au Congo, en cette fin d'année 1882, n'est autre que le  futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON (1858-1927), celui qui, avec Cecil RHODES, fut de ceux qui établiront la ligne directrice de cette entreprise coloniale anglaise, à travers l'expression "From the Cape to Cairo ". Egalement, un des principaux acteurs des expressions "la course à l'Afrique - Scramble for Africa ", marquant cette période de conflits territoriaux intenses que la Conférence de Berlin de 1885 ne pourra pas totalement apaiser. 

      A l'époque de cette rencontre avec STANLEY, JOHNSTON n'en était encore qu'à son premier voyage en Afrique Centrale. A l'âge de 34 ans, il avait débuté par un séjour en Angola y accompagnant un certain Lord MAYO1 pour sa connaissance du portugais et sa passion des langues bantoues. A la suite de ce périple, il arrivera fin 1882 à Vivi au Congo, sur la côte atlantique. Y rencontrant STANLEY, il lui proposera, sur financement personnel, de remonter le fleuve Congo pour y écrire ses impressions d'Afrique, en envoyant régulièrement des lettres à des journaux britanniques, dont le Times2. Persuasif, il obtint l'autorisation de mener une expédition à pied en remontant le fleuve jusqu'au Pool Malebo, accompagné de trois Zanzibarites armés et de onze porteurs.

     Rapidement, JOHNSTON arrivera à Isangila, la station récemment ouverte sur le chemin remontant jusque Léopoldville. Emile PARFONRY y officiait, depuis le 15 novembre 1882, comme responsable chargé de faire signer des traités avec les chefs locaux (voir article : Emile Parfonry au milieu du conflit Stanley - De Brazza). De facto, les deux personnages se rencontreront. C'est cette rencontre qui est relatée au travers de l'extrait repris ci-dessous. Ecrit en français, ce livre contient beaucoup d'extraits de lettres de H.H. JOHNSTON et H.M. STANLEY, écrites en anglais et non traduites.

H.H. Johnston et H.M. Stanley sur le Congo, par Marcel LUWEL; Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer, Bruxelles, 1978

...........Le 11 janvier 1883, Johnston arriva à Isangila après quatre jours de marche et le 5ème de son départ de Vivi. Dans sa lettre au Chef de station de Vivi, il écrit "Je l'aurais facilement atteint en trois si je n'avais eu à lutter contre un mauvais temps qui parfois me jeta dans le désespoir".

........En entamant l'ascension de la colline sur laquelle se trouve Isangila, Johnston note la croix noire et le tertre de la tombe de Paul Nève, pionnier belge mort à la fleur de l'âge. ........ " A broad causeway" conduit à la station où le lieutenant Parfonry commande. Johnston trempé par la pluie et comme il le dit " feeling slightly embarrassed by my disreputable apperrance " se présente à Parfonry occupé dans le magasin du poste. L'officier belge le dirige  dans une chambre de la station, lui procure des vêtements propres et lui prépare un bain chaud. Johnston, à qui un serviteur demande ce qu'il voulait avoir, répond: " a glass of wine ". Parfonry n'en a plus et Johnston se voit obligé de boire " endless cups of hot coffee " lors du " comfortable little repast ". La réception chaleureuse et expéditive du chef de la station d'Isangila, "un homme fort pratique et sans me demander une question remit complètement le voyageur3". Entretemps, ses hommes rentrent l'un après l'autre, lui apprenant ce qu'ils ont perdu en route. ......... Johnston " bonne fourchette s'il en fût " n'oublia pas de signaler à Stanley les qualités du lieutenant Parfonry, chef de la station ; deux fois par jour des légumes frais et quelles salades ! Des radis nouveaux, au petit déjeuner, des pommes de terre frites au diner, des ananas, des papayes et des bananes au dessert " ... so that it is quite rejuvenating to stop here ". Cette lettre est déjà révélatrice d'un Johnston qui apprécie les  avantages dont il a profité..... Le "Royal " l'attendait pour le conduire à Manyanga.......

     JOHNSTON poursuivit sa route jusque Léopoldville qu'il atteignit le 1er avril. Il fera le chemin inverse en quittant Léopoldville le 25  avril pour arriver peu après à Manyanga où il y restera jusqu'au 3 mai. Il sera de retour à Vivi le 24 mai, après être passé à nouveau par Isangila. Il quittera le Congo le 29 mai pour Luanda en Angola avant de repartir vers l'Europe où il rencontrera le roi Léopold II en juillet 1883 (N.B. : Résumé des principales dates repères du parcours de JOHNSTON en 1883)

    Ces quelques dates sont importantes car cela permet de confirmer que H.H. JOHNSTON, en arrivant à Manyanga fin avril sera mis au courant de la mort du lieutenant PARFONRY, décédé le 24 mars, et en conséquence que c'est bien lui qui prendra la lettre avertissant de son décès lors de son retour en Europe.

      Après ce premier périple en Afrique, H.H. JOHNSTON poursuivra une brillante carrière. Disposant de plusieurs cordes à son arc, il était à la fois botaniste, ethnographe, écrivain, dessinateur, peintre, polyglotte et passionné de linguistique bantoue. Mais surtout, il deviendra l'un des administrateurs coloniaux britanniques les plus en vue. C'est lui entr'autre qui règlera le problème des sphères d'influence entre le Portugal et le Royaume-Unis, qui se fera l'avocat de la cause portugaise pour l'attribution de l'embouchure du fleuve Congo, qui critiquera l'aspect commercial de l'exploration du Congo par Léopold II, qui s'efforcera de transférer le Katanga belge sous influence anglaise. Il fait partie de ceux que les britanniques qualifient d' " Empire builders ". Etait-il venu simplement au Congo en simple passionné ou agissait-il déjà comme agent britannique, la question a été évidemment posée ? Il semble que ce premier périple en Afrique Centrale a éveillé sa conscience une fois qu'il comprendra l'intérêt que portera Londres aux récits de son voyage. En 1884, il entreprendra une nouvelle expédition au Kilimanjaro pour la Royal Geographic Society avant de débuter une carrière diplomatique en 1886 au Cameroun.

     La rencontre à Isangila avec le futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON a été sans doute capitale pour notre lieutenant Emile PARFONRY. Doté très certainement d'une personnalité forte, mais montrant un indéniable sens de la convivialité et de la reconnaissance, JOHNSTON a du répercuter auprès de STANLEY les impressions qu'ils avaient ressenties à son égard lors de son court passage à Isangila. Ce qui explique en grande partie l'éloge que portera personnellement H.M. STANLEY sur Emile PARFONRY, en écrivant dans son livre Cinq années au Congo 1879-1884 : One of the most excellent men was the Lieut. Parfonry. He lived long enough to show that in him were contained all the elements that make men greatly esteemed for intrinsic worth, moral bravery, and the indefatigable spirit of capacity .....Autre aspect qui découle de cette rencontre, c'est qu'elle confirme les qualités de cuisinier d'Emile PARFONRY qui étaient déjà apparues dans le livre Sur le haut Congo de Camille COQUILHAT, où on y repère la phrase ".... les trois poules que nous avons achetées en route mijotent dans les marmites. Parfonry est proclamé chef des fourneaux "

 

1  Ce Lord Mayo ne peut être que le fils d'un Gouverneur général et Vice-Roi des Indes de 1869 à 1872, assassiné en poste en 1872 ;

2 JOHNSTON publiera, à partir de toutes ces lettres, un livre en 1884 intitulé "The River Congo " ;

3  Phrase reprise de H.H. JOHNSTON, écrite dans un français hésitant ;

Repost 0
13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 18:03

     Continuant notre chemin de découverte des écritures, après celle de Jean, voici une lettre du marbrier François-Xavier1

      Datée du 6 mars 1889, elle marque le début d'un processus qui conduira à la pose d'une plaque, toujours actuelle de nos jours, dans l'ancienne mairie de Créteil, appelée désormais Maison du Combattant. Il y est question de la prise en charge d'un travail qui a été effectué par la société E. LESTAT § T. PARIZEAUX  (Enseignes et Gravure sur Marbres et Pierres), située au 44 de la rue Saint-Sabin, non loin donc du siège de l'entreprise du marbrier. Ce travail, d'un montant de 11 fr 30 et facturé le 8 juin 1888, a consisté a effectuer une gravure de 39 lettres teintées en rouge.

     Vérification faite, les 39 lettres correspondent précisément au nombre de lettres formant le titre de la plaque visible toujours de nos jours. Il y est inscrit 

                                    COMMUNE DE CRETEIL HOMMAGE A SES BIENFAITEURS

     Voici le texte retranscrit de cette lettre de FX dont l'original est repris au bas de l'article.

Paris, ce 6 mars 89

Monsieur le Maire,

                          Empêche de me rendre demain à la Commission de Bal Je vous prie de m'excuser.

                     Je vous remets ci-inclus la petite notte de gravure que J'ai soldé ; travail exécuté sur le tableau des Bienfaiteurs de la Commune dont Je fais cadeau au Bureau de Bienfaisance. 

              Recevez Monsieur le Maire mes expresses salutations.

                                                          Signé : Francois-Xavier PARFONRY

      De sa lecture, on en retire une première indication. François-Xavier devait être un homme concis, pressé. Certains mots restent ainsi inachevés (Mons.... pour Monsieur; Rec... pour Recevez). Dans la mention de la date, il ne prend pas le temps non plus d'écrire les 4 chiffres de l'année, se contentant de la dizaine et de l'unité, pas conscient que son écriture se perpétuera à travers les siècles. Bien qu'assez peu lisible, il qualifie, si je déchiffre bien, ses salutations avec l'adjectif expresses. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus courant comme appelation, sauf pour un homme pressé. Le terme Bal qui caractère le type de Commission ne semble pas approprié. Cela doit être sans doute un aute mot inachevé ou une abréviation. Le fait qu'il mette à chaque fois une majuscule quand il parle de lui-même (Je), et cela à trois reprises, est très révélateur de sa personnalité. François-Xavier n'avait pas de particule mais il se mettait en scène d'une autre façon. Le texte est écrit de manière horizontale malgré l'absence de lignes, témoignant d'une certaine maitrise de la main. L'orthographe est correcte même si le nombre de mots est faible pour apprécier son niveau. Avec cependant une grossière faute en écrivant note avec deux t ainsi qu'une faute d'accord de passé composé. Limité à quelques phrases courantes, on ne peut dès lors pas se prononcer sur sa facilité d'expression et en conséquence sur son niveau de scolarité. Quant à l'utilisation de ce modèle de lettre pour traiter ce point avec le maire, il est normal qu'il n'ait pas utilisé une à en-tête de sa société. Le papier est toutefois décoré d'une sorte d'écusson sans devise qui ne présente aucun lien avec l'objet de son entreprise. Quelle est la signification de ce dessin ? Il s'agit ni plus ni moins que de son papier à en-tête personnelle dans laquelle on retrouve son monogramme FXP2. La lettre X est visible au premier plan alors que le F et le P se découvrent par la suite en s'appuyant sur les barres du X. Quant à la signature, rien de particulier si ce n'est qu'on note l'absence du tréma sur le y, ce qui n'était pas encore le cas pour la signature de Jean, son père en 1839 (voir article : La lettre écrite par Jean en 1839) .

    Comme déjà mentionné, cette lettre s'inscrit dans une série d'actes précis. Quelques années plus tard, le 12 mars 1893, François-Xavier rédigera un testament olographe, déposé à l'étude du notaire LANQUEST, Bd Haussmann à Paris. Il y fait stipuler notamment qu'il charge son fils Paul d'exécuter certaines dispositions de ses dernières volontés. Force donc à Paul à se plier à cette injonction.

     François-Xavier avait entr'autre décidé de faire don de 1000 fr aux oeuvres de bienfaisance de Créteil. A son décès, le 16 juillet 1898,  cette donation n'avait pas encore été faite. Le Conseil Municipal autorisera le 27 décembre suivant le Bureau de Bienfaisance à recevoir ce leg. Ce qui a vrai dire ne sera pas réalisé dans la foulée, nécessitant un certain nombre d'échanges de courrier entre la Mairie et le notaire. Deux ont été retrouvées dans le dossier. Dans une première, datée du 7 août 1900, le notaire LANQUEST déclare ignorer le fait que l'autorisation préfectorale a été donnée et dans celle du 23 août 1900, il répond qu'il va demander des instructions à M. Paul PARFONRY en ce qui concerne ce don. Il est assez évident que Paul utilise le notaire comme paravent pour en retarder le paiement. Le notaire va même jusqu'à mentionner qu'il déduira du leg les "droits de mutations ", correspondant de nos jours aux droits d'enregistrement. Peu importe les pauvres bénéficiaires du Bureau de Bienfaisance de Créteil. Deux ans après le décés, Paul ne se pressait apparemment pas pour répondre à l'injonction du testament.

      Sans avoir la preuve directe du paiement de ce don, on peut malgré tout être assuré de ne pas y être débiteur de nos jours. Le simple fait que François-Xavier soit inséré parmi la liste des bienfaiteurs de la commune de Créteil doit nous rassurer. Après avoir payé les travaux de gravure et ordonné un leg, la reconnaissance n'en était qu'obligatoire. Et c'est ainsi qu'il se retrouve sur cette plaque, au milieu d'une série de personnages parmi lesquels plusieurs maires de Créteil (Louis GAIDELIN, Octave FLEURY du MESNIL), plusieurs industriels reconnus (Ernest MERCIER, premier patron de la Compagnie française des Pétroles, ancêtre de la Compagnie TOTAL; Adolphe BOULENGER, orfèvre rénommé ; Jean-Denis BORD, célèbre facteur de pianos) et autres (Jean MONFRAY, médecin à Créteil; ASPE-FLEURIMONT, négociant à Paris). La ville de Créteil attirait manifestement à cette période. Depuis 1948, semble t-il, les bienfaiteurs se sont fait très, très discrets. Et pourtant, il y a encore de la place sur la plaque !!

 

1  En remerciant Monsieur Maurice DUPREZ du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil pour avoir retrouvé la trace de cette lettre ainsi que des autres documents mentionnés dans l'article ;

2 Cette information m'a été confirmée par Patrick PARFONRY ;

                                                      

Lettre de François-Xavier Parfonry au Maire de Créteil du 6 mars 1889

Lettre de François-Xavier Parfonry au Maire de Créteil du 6 mars 1889

Plaque commémorative : Hommage de la Commune de Créteil à ses bienfaiteurs

Plaque commémorative : Hommage de la Commune de Créteil à ses bienfaiteurs

Repost 0
11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 18:50

     Après avoir détaillé, au travers de quelques photos,  les maisons qui ont abrité des membres de cette saga, l'idée m'est venue d'activer la même démarche en ce qui concerne les écritures retrouvées. Faire découvrir quelque part le caractère, l'éducation, le style d'une personne au travers, cette fois, d'un geste personnel, d'une trace indélébile, d'une expression du langage.  Sans vouloir être un graphologue averti, la lecture d'une lettre, d'un récit laisse apparaître assez facilement une partie du vécu qui se retrouve derrière cette écriture. 

     L'écriture de nos ancêtres, ce geste personnel, grâce à sa fixation sur le papier qui a traversé le temps, est parfois ce qui nous reste de plus révélateur et de plus objectif, car non déformé par une transmission orale.                             (Pierre RAMAUT coordonnateur de Geneasens, citant la psychothérapeute Marie José SIBILLE)

    La plus ancienne est manifestement une lettre du 23 novembre 1839 de Jean Parfonry, écrite de Bruxelles à l'attention de Monsieur LEYSSENS, son avoué habitant à Anvers. Le sujet de celle-ci est en lien avec une procédure judiciaire ayant déjà été analysée et expliquée précédemment (voir article : Parfonry contre Laruelle en 1839).

      La lettre est lisible et compréhensible à la lecture même si on y trouve des imperfections dans la tournure de certaines phrases. L'écriture est par contre très régulière, homogène, droite sans ratures. Même si c'est parfois un peu confus, les idées se suivent de manière assez logique, ce qui permet d'avoir une vision assez globale de ce dossier judiciiaire. L'orthographe est assez correcte. A l'exception de certains accords de verbe, il n'y a pas trop de fautes (sauf le mot temps mal écrit à deux reprises). C'est surtout au niveau de la structure des phrases que cela manque de précision. De même, les idées se succèdent au travers de phrases accolées mais non séparées par une ponctuation adéquate. Les mots utilisés sont très variés, notamment au niveau de l'emploi des verbes, témoignant d'une bonne connaissance du langage. En définitive, par le contenu de cette lettre, on découvre que Jean disposait d'un certain niveau d'éducation probablement obtenu en ayant fait au moins ses premières années primaires. De par son emploi de domestique, il avait par ailleurs acquis une certaine facilité d'expression, au contact d'une certaine bourgeoisie. Les défauts dans les tournures de phrase résultent très certainement de l'absence courante de rédaction de lettres signifiant que Jean n'a pas exercé dans des emplois commerciaux.

      Cette relecture de la lettre m'a permis de trouver une information capitale qui ne m'était pas apparue lors du premier traitement de ce dossier judiciaire. Dans une phrase, Jean Parfonry fait mention distinctement de son fils (mon fils en remettant les clefs a pris précaution de prendre deux témoins) . Dans ce cas, ll ne peut s'agir que de François-Xavier, qui allait atteindre ses 19 ans. Il était donc bien toujours à Anvers au moment de cette affaire Laruelle. 

      Voici reproduit, aussi semblable que possible à l'originale dans son contenu, avec toutes les fautes et absences de ponctuation, le texte de cette lettre de Jean PARFONRY adressée à son avoué LEIJSSENS.  La lettre originale en provenance des Archives de la Province d'Anvers (Felix Archief) se trouve sous forme de fichier ci-dessous.

Monsieur Leijssens

J'espère que votre bravoure envers moi ne se ralentira pas vu que vous êtes l'homme par excellence qui m'avez tiré tant de fois de l'embarras, et qui vous m'en tirerez encore Cette fois j'en ai la confiction, car vous êtes l'homme qui s'intéresse au sort de Malheureux je suis parti d'Anvers sans avoir eut le plaisir d'aller vous témoignez toutes ma gratitude de ce que vous avez fait pour moi ainsi que mon brave avocat, Monsieur Dumerci que j'espère d'aller voir aussitôt, que je serai rétabli de ma maladie que j'ai gagné sur la Vapeur d'Anvers à Bruxelles.

Cette dame que je vous envoye Monsieur Leijsdens, est une très brave dame qui s'intéresse beaucoup à mon sort elle vous dira de quoi il est question, C'est toujours cette malheureuse affaire Laruelle, les fils est venu il y a quelque tems me demander les payements de six mois, mais vous savez Monsieur Leijsdens que j'avais payé jusqu'au 13 du mois d'août maintenant il réclame un trimestre celui du 15 aout dont vous vous rappelez fort bien les Clef ont été apportée chez l'avoué Brands, le 9 courant, a raison que sur une des citations qu'il m'avait fait, il se disait domicilié chez l'avoué Brants, meir steeg. Brands a jetté les clefs dans la rue disant qu'il n'avait aucune affaire avec Laruelle Maintenant  il trouve un prétexte de dire que les clefs ne lui ont pas été remises, mon fils en remettant les clefs a pris la précaution de prendre deux témoins, je ne suis pas parti comme il voudrais le faire croire, pour me soustraire au payement, car vous savez Mr Leijsdens que l'argent a été toujours prêté jusquà la fin, mais il n'a pas voulu insérer dans sa quittance la note que Monsieur Dumerci m'avait donné, j'espère que poudront faire valoir ses 108 florins que j'ai du payer au peintre, pour son compte vu qu'il avait dit en présence de témoins, en recevant mes neuf mois de loyers qu'il fera repeindre la maison de haut en bas. Vous jugerez s'il est à propos de lever les jugements intervenu entre partie enfin Monsieur Leijsdens je me repose tout à fait sur vous et sur mon avocat. ne prenez pas de mauvaise part que je n'ai pas été chez vous avant de partir, je recevait une lettre de mon propriétaire ici je n'ai eut les tems que de partir. Une fois ici j'ai été pendant huit jours malade à l'auberge sans pouvoir me rendre à mon nouveau domicile, dont je suis maintenant installé, mais malheureusement encore malade sans oser sortir sans les ordres de mon médecin, car mon arrivée ici a été marquée un bien triste commencement.

Et maintenant encore être poursuivi par un homme qui est la cause de ma ruine. J'ai fini ma longue lettre, Monsieur Leijsdens en vous saluant ainsi que mon avocat du fond du coeur et reste votre humble serviteur

                                                                              Signé : J Parfonry

à Monsieur Leijsdens, avoué

rue rempart des tailleurs de pierre

à Anvers

     Disposant d'un niveau d'éducation assez bon selon ce qui découle de cette lettre, cela peut nous aider à interpréter la raison de ce déplacement vers Bruxelles. Le dossier judiciaire une fois réglé, il faudra bien que Jean continue à travailler. Il n'avait à ce moment que 42 ans. L'année 1839 voyait justement le démarrage de la production de locomotives à vapeur à la Société du Renard (correspondant de nos jours à la Place du Jeu de Balle), dans ce quartier des Marolles où s'est installé Jean. De 1839 à 1844, les premières machines du continent européen, sortiront de cette usine, avant de voir la concurrence de Cockerill à Liège, plus proche des matières premières, mettre fin rapidement à cette production1. Ce qui pourrait être la raison de l'installation de Jean dans ce quartier. Le besoin de disposer d'une main d'oeuvre qualifiée peut expliquer le déplacement vers Bruxelles.

 

1 Informations trouvées dans le livre : Estaminets des Marolles, par Pol POSTAL, Cercle d'histoire et d'archéologie "Les Marolles", Bruxelles, 1986 (ndlr : ce livre est visible à la Taverne Le Faucon, 143, Bd. du Midi, Bruxelles ; en remerciant Yves KLEINERMANS de me l'avoir prêté) ;

Lettre de Jean PARFONRY à l'avoué LEYSSENS du 23 novembre 1839 (page 1)

Lettre de Jean PARFONRY à l'avoué LEYSSENS du 23 novembre 1839 (page 2)

Repost 0
9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:30

      Lors d'une discussion, à bâtons rompus, à Briou, Jean-Pierre avait attiré mon attention quant à l'importance à accorder à la question se rapportant aux migrations en lien avec la ville d'Anvers. J'avais conservé en mémoire cette réflexion qui s'est vue confortée progressivement. Tout en ayant déjà relaté le passage de Jean, le père de François-Xavier, à Anvers, au-travers de plusieurs articles de ce blog (voir articles : Parfonry contre Laruelle en 1839 ; L'acte de mariage de Jean et de Jeanne), les éléments d'informations qui accréditent de sa présence restaient malgré tout assez ténus. On peut affirmer néanmoins que le parcours de François-Xavier a débuté dans cette ville.

     Né en 1797, et ayant perdu son père, maître-charron, dès 1803, on peut aisément comprendre que l'adolescence de Jean ne s'est pas déroulée dans la sérénité. Par son mariage en 1821 à Neerheylissem, à l'âge de 24 ans, on apprend également qu'il était déjà domicilié de fait, tout comme sa future épouse, à Anvers, y exerçant comme domestique. Jeanne LALMAND, la mariée, y est déclarée, quant à elle, comme servante. Un certificat signé par le Gouverneur de la Province d'Anvers atteste qu'il a satisfait aux lois sur la milice à ce moment. Fin de l'année 1839, il quittera cette ville pour Bruxelles, y habitant dans la rue Haute. Des deux lettres écrites de sa main, remontant à cette époque, on y reconnait une certaine maitrise de l'orthographe et une écriture lisible.

      Ces quelques indications étaient les seules éléments connus sur celui qui est le point focal de la lignée française, tout comme son frère Emmanuel est celui de la branche restée en Belgique.

     Une étude assez récente, visant à étudier les circuits de migration vers le port d'Anvers durant la période 1760-1860, apporte une nouvelle pierre pour nous aider à mieux cerner ce personnage. Son nom y apparait très explicitement dans une petite phrase. 

WINTER Anne (2009)Migrants and Urban Change : Newcomers to Antwerp, 1760-1860 ; Pickering and Chatto Publishers, 318 pages

p. 277: .....All but one of the thirteen plafonneurs recorded in 1829, in turn, stayed either with Jean  Parfonry, innkeeper from Bas-Helecine or the widowed labourer Aldegonda Sergeant from Jurbise2.

     Comme toujours, dans ce genre de découverte, l'important est de faire parler ces quelques mots retrouvés et noyés dans les explications abondantes accumulées dans un document mélangeant dans son approche les aspects historiques, socio-économiques et sociologiquesDe ce court extrait, on en retient cinq éléments essentiels :

1. Les quelques informations collectées sur Jean Parfonry émanent très certainement de l'une des 20 000 fiches de cartes de résidence3 de tous les migrants, rassemblées dès le début de la période française (1795-1814). L'évolution croissante des flux migratoires pendant cette période est manifeste. Cette base de données, dont le recensement a été poursuivi pendant l'occupation hollandaise (1815-1830), est l'élément fondamental sur lequel sont basées les analyses effectuées par Anne Winter dans sa publication ;

2. L'année 1829 est conforme à ce qu'on l'on connaissait sur la présence de Jean à Anvers. Cette date est en soi une sorte d'assurance pour attester qu'Alexis, le frère cadet de François-Xavier, qui le suivra à Paris plus tard, est bien né à Anvers en 1828. Le bombardement d'Anvers en octobre 1830 par les troupes hollandaises a détruit beaucoup de documents, rendant très aléatoire d'en découvrir son acte de naissance4 ;

3. La référence à Bas-Hélécine et non à Neerheylissem5 ne donne aucune assurance sur le fait que Jean Parfonry soit arrivé pendant la période française, soit avant 1815. Ce terme était déjà repris sur son acte de naissance, étant né en l'an 6 de la République (1797) pendant cette période. Ayant du effectuer son service militaire à Anvers, il y a par contre de fortes probabilités qu'il soit arrivé assez tôt, prabablement vers cette date de 1815, à l'âge de 18 ans.

4. La relevance du métier d'aubergiste qui aurait été exercé par Jean Parfonry à Neerheylissem est un autre indice. Ce qui peut donner un début d'explication sur la présence à son mariage à Neerheylissem en 1821 de Jacques DEBRY, le cabaretier du village. Jean avait peut être été demandé à un ancien collègue, de même âge, de lui servir de témoin.

5. La mention du métier de plafonneur6 n'est peut être pas si anodine quand on sait que Ferdinand, le frère de Jeanne LALMAND, exerçait ce métier. On peut penser que Jean et Jeanne se sont rencontrés à Anvers, où cette dernière pouvait ne pas se trouver isolée sur le plan familial.  

     Pour permettre de mieux comprendre l'extrait ci-dessus, il est nécessaire de donner un résumé sur le contexte historique qui est décliné au travers de toute la publication. La migration vers Anvers est à la fois la combinaison de la marginalisation des petites propriétaires terriens, du déclin de l'industrie rurale, de la disparition assez subite de l'industrie du textile à bas salaire, d'une demande croissante en main d'oeuvre plus diversifiée faisant suite aux travaux d'infrastructure et de développement portuaire initiés par Napoléon et poursuivi pendant la période hollandaise. C'est dans cet environnement nouveau que Jean PARFONRY a décidé de migrer vers Anvers.

      Toute la question désormais est de trouver les références dont la fiche de la carte de résidence remplie lors de l'arrivée à Anvers de Jean PARFONRY. Cela devrait nous donner l'opportunité de rebondir pour encore mieux dévoiler le parcours de notre aïeul. A ce jour, il n'a pas encore été possible de compulser l'entiereté de la publication, ce qui devrait s'avérer être désormais un nouvel objectif. 

     Notre souhait serait d'entrer en contact avec Anne WINTER qui est manifestement la personne pouvant nous donner toutes les sources bibliographiques qui lui ont permis d'introduire cette phrase. 

      Mrs WINTER, if you take note of this article, endeavour to answer it by a comment. Sources bibliographical, which are at the origin of the text of the small sentence which is taken again of your publication, must enable us to look further into our knowledge on the course of our ancestor in Antwerp. I thank you. 

     N.B. : En réponse à cette requête, Mrs WINTER m'a répondu peu après. Elle signale que " la référence à Jean PARFONRY ne vient pas d'une référence directe sur lui-même, mais des cartes de séjour qui étaient accordées à des plafonneurs qui logeaient chez lui pendant l'année 1829. Jean PARFONRY est mentionné dans ces cartes de séjour comme résidant dans la 3ème section, N° 1592 dans la rue Léopold ".

Comme je le pensais, ces cartes de séjour sont absolument indispensables pour approfondir nos connaissances sur Jean PARFONRY, notamment pour découvrir la date de son arrivée à Anvers. A suivre !!!

 

1  Anne WINTER est diplômée en Histoire de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et du London School of Economics ; elle a effectué plusieurs publications  axées sur le problème des migrations  ;

2 Traduction : Tout sauf un des treize plafonneurs enregistrés en 1829, par contre, sont restés soit avec Jean Parfonry, aubergiste de Bas-Hélécine, soit avec Aldegonde Sergeant l'ouvrière veuve de Jurbise.

3 Toutes ces données ont été traitées et analysées à l'aide d'un logiciel de base de données (Access) et de statistiques (SPSS) ;

4  Ce qui doit être le cas également pour le peintre Ferdinand Parfonry pour laquelle l'hypothèse qu'il soit un frère de François-Xavier est assez fortement assurée  (voir articles : Et si Ferdinand était des nôtres ; On a sans doute retrouvé la mère de Ferdinand Parfonry) ;

5 En se basant sur les actes, Jean Parfonry est né à Bas-Hélécine en 197 et s'est marié à Neerheylissem en 1821 ;

6 Le mot "plafonneur" n'a pas été traduit en anglais ; il est vrai que le terme "plasterer of ceilings " manque de charme par rapport à ce néologisme belge ;

Repost 0
3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 18:18

      L'invitation nous avait été faite à l'occasion des premières retrouvailles à Briou durant l'été 20081. Les lignées française et belge des PARFONRY de Neerheylissem s'y étaient ainsi rencontrées après près de 80 années d'oubli.

       Nous y avions côtoyé nos cousins français, les descendants de François-Xavier2, celui qui avait quitté les terres du Nord vers 1840 pour venir faire carrière à Paris. La rencontre, pleine d'émotions, ne pouvait n'être qu'un instant de situation. On sentait de la nécessité de la prolonger. C'est là que Jacques, l'aïeul, celui à qui restait le privilège de perpétuer ce lien retrouvé, nous invita dans son ile d'accueil, celle qui fut l'endroit de ses retrouvailles avec sa future épouse, celle de ses débuts difficiles, celle de sa retraite orchestrée, celle de la parcelle de Gissac, construite à son image de Solognot et à celle de son épouse, liée à ces paysages antillais. 

      C'est ainsi qu'un 18 janvier 2009, nous sommes partis, sacs au dos et valises à la main, à destination de cette parcelle de Gissac, située dans la commune de Sainte-Anne en Guadeloupe. Sans en avoir pris totalement conscience, nous entamions un périple trans-continental, bataillant avec les horaires des trains, des avions et des correspondances. Une sorte de road-movie non pour fuir un mauvais choix de vie mais plutôt pour récupérer un je-ne-sais-quoi d'avenir. Tout en jonglant avec les aléas des transports en commun et un décalage horaire allant à contre-sens de nos habitudes.

     Le détail de cette excursion peu banale est repris ci-après. Les délais sont ceux approximatif pour des parcours normaux.

1. Taxi entre le domicile et la gare de Tamines; durée : 8 minutes

2. Train IR entre Tamines et Bruxelles Midi ; durée : 1h 15

3. Thalys entre Bruxelles Midi et Paris CDG ; durée : 1h 35

4. Bus RATP 350 entre Paris CDG et Paris Nord ; durée : 56 minutes

5. RER B entre Paris Nord et Antony ; durée : 28 minutes

6. Orlyval entre Antony et Orly ; durée : 8 minutes

7. Avion Corsair entre Orly Sud et Pointe-à-Pitre ; durée : 9 heures

8. Taxi Aéroport Guadeloupe-Pôle Caraïbes et Gissac ; durée : 1 heure

     Au cumul, pour l'ensemble du trajet, un total effectif de 14 heures 30 minutes pour parcourir les quelques 7000 km, auquel il convient d'y ajouter les retards, les attentes dans les salles des pas perdus et le long des quais, les liaisons entre les correspondances, la nuit d'hôtel à Rungis et tout ce qui fait le charme de l'imprévu dans un timing au départ bien organisé.

     L'objectif n'était pas de retrouver une maison souvenir d'un temps ancien comme l'ont été celles de Neerheylissem, de Beauvechain et de Créteil. Trop récente pour entrer dans la compilation des objets perdus retrouvés, sa présence pouvait n'être qu'accessoire. 

    L'important n'était finalement que cette boîte aux lettres, à côté de laquelle je me suis plu à me faire photographier. Avec une inscription reprenant un nom propre identique au mien. Même si tout ce chemin n'avait pas été fait pour en arriver à poser devant cette même identité, c'était la parfaite justification de ce voyage. Surfiler pas nécessairement un ancien lien généalogique mais surtout retrouver la mémoire de l'histoire du parcours d'un même nom. Et aussi, pour ouvrir les cadeaux apportés et débouché la bouteille préparée par Jacques pour fêter le lendemain son 85ème anniversaire.

     Cette rencontre avec le cousin Jacques, dans sa parcelle de Gissac, a été manifestement la concrétisation de cette convivialité et des informations accumulées depuis mars 2006. Un séjour qui a permis de gratter et d'ouvrir un certain nombre de cellules souches, enfermées dans les neurones de son cerveau. Un condensé de ce séjour, accompagné de photos, a été édité précédemment dans ce blog afin de faire partager les différents instants de cette rencontre (voir articles : Séjour chez Jacques en Guadeloupe, 1ère à 5ème partie).

     Ce soir, ti punch à ta santé Jacques .....3

1 La première rencontre s'était déroulée le 9 août 2006 en Belgique avec Agnès et Jean-Pierre ;

2 Ce 3 décembre, c'est la date de naissance de François-Xavier ;

3  Article à relire également : La seconde vie de Jacques après Germersheim ;

La boîte aux lettres PARFONRY. Et en bonus le typique coupeur de cannes à sucre pays !! (credit : Martine LEMAIRE)

La boîte aux lettres PARFONRY. Et en bonus le typique coupeur de cannes à sucre pays !! (credit : Martine LEMAIRE)

Repost 0
1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 11:39

      Telle une peinture qui se voudrait conserver le témoignage d'un cadre de vie, celle qui fait l'objet de cet article est manifestement de ce genre. Sans disposer de données précises sur l'étendue de la propriété de la villa de Créteil (voir article : La villa flamande de Créteil), n'ayant à ce jour pas retrouvé de documents notariaux, on ne peut douter qu'elle disposait de terrains adjacents, comme l'avait été la maison de Beauvechain (voir article : La maison de mon enfance). La simple mention, dans le cadre d'un recensement de population, qu'un dénommé Charles GUERBOIS, jardinier de son état, y séjournait en famille, indique clairement de l'existence d'une propriété suffisamment étendue.

     Le tableau dont il est question fait toujours partie du patrimoine familial. Même si la mémoire sur ce lieu de Créteil  avait disparu à ce jour, l'arrière-petit-fils du marbrier en avait néanmoins attesté du lien. Le paysage qui y était représenté était bien l'expression de la propriété de Créteil. Jacques se souvenait qu'il s'y était promené dans sa première enfance, avant qu'il ne soit procédé à la vente par l'épouse de Paul, le fils du marbrier, probablement vers 1930. Ce qui sera confirmé par la suite par M. PISSELET, le fils du dernier garde-champêtre de Créteil, né en 1943. Ce dernier s'est souvenu parfaitement de cette petite construction dans laquelle il se cachait et planquait le martinet auquel il enlevait des lanières. Il y avait un grand et beau poulailler et un clapier 1

    Cette peinture n'a pas un caractère impressionniste marqué comme l'est la peinture intitulée Garçon au rocher, attribuée précisément à Paul (voir article : Enfin une peinture moderne de Paul Parfonry). Elle est plus descriptive, réaliste, coloriant avec assez bien de précision les nuances de ce jardin. La représentation d'une cabane, avec l'alternance de rouge et de jaune, concorde parfaitement avec les briques de la façade de la villa. Par ailleurs, le choix de la couleur et la forme des feuilles est en parfaite harmonie avec le ton vert du feuillage représenté sur l'autre peinture. Comme pour nous autoriser à conclure que ces deux tableaux sont des expressions de ce jardin de Créteil.

      La signature de ce tableau n'est pas suffisamment lisible pour en attribuer la paternité. La seule mention d'une dédicace à l'ami Paul Parfonry  empêche de le considérer également comme l'artisan de ce travail.

     Ce paysage, cette mare, cette cabane, avec semble t-il un toit de chaume, existent-ils encore de nos jours ? Participent t-ils toujours à la quiétude de ce Carmel Sainte-Thérèse qui en a pris possession ? On a manifestement très envie de le savoir. Cela fait partie de notre histoire, de notre mémoire perdue que l'on souhaite combler. Un cadre de vie qui a quand même été le témoin visuel de quatre générations de Parfonry2.

1 propos recueillis par M. Maurice DUPREZ du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil en décembre 2013 ;

2 Hélas, après vérification, il ne reste plus rien de tout cela de nos jours ;

Tableau représentant une vue sur le jardin de la villa de Créteil

Tableau représentant une vue sur le jardin de la villa de Créteil

Repost 0