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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 23:47

    Par un concours de circonstances, traversant la localité de Sambreville entre les entités de Moignelée et de Tamines, mon regard s'est arrêté sur une plaque de rue sur laquelle était mentionné le libellé FOND des RYS.  De quoi attirer ma curiosité évidemment. Cet élément ne faisait pas encore partie du référentiel des lieux en rapport avec notre patronyme (voir article : Ou il est question de lieux-dits). En mal d'articles, il est vrai, depuis quelques temps quant à de nouvelles informations en lien avec les aspects "toponymie et géologie " sur ce blog, l'occasion me semblait opportune de voir ce qui pouvait se dévoiler derrière ce nom de rue.

    Sans grande particularité sur le plan des logements, les seuls éléments qui la caractérisent sont sa déclivité moyenne de l'ordre de 7% et le fait qu'elle se termine en cul de sac. D'une longueur approximative de 300 m, la limite de l'asphalte se prolonge par une bande de terre boisée de quelques 15 m de largeur, parallèle à la Sambre et à son chemin de halage, affluent de la Meuse. 

   Rien de visuel ne laisse apparaître de l'existence actuelle d'un quelconque ry (ruisseau) comme le laisserait croire son appelation. L'observation et l'interprétation des lieux doivent suppléer ce qui doit sans doute être une transformation de paysage à la suite d'une modification du tracé de la rivière dans ce quartier des Bachères, mot dérivant du terme Pas Chère

   Dans la partie inférieure de la rue, la pente s'atténue pour laisser la place à une surface plane sur laquelle se sont installés des arbustes de manière quasi naturelle.  Avant la canalisation de la Sambre, terminée en 1830, de nombreuses zones humides ou inondables bordaient cette rivière. Les travaux, réalisés pendant la période hollandaise (1815-1830), ont assuré un drainage de ces terres et un aménagement des berges. L'existence à cet endroit de deux anciens méandres de la rivière1, comme il en existait dans de nombreux sites, a permis la création de bras isolés, sorte de petit lac entourant un bas-fond humide2, recueillant non seulement les eaux de pluie mais aussi l'eau des quelques sources qui émergeaient sur la pente3. L'emplacement actuel se prête manifestement à une telle configuration ancienne, apportant l'explication de la dénomination de ce quartier. Ceci est confirmé par le Grand Atlas FERRARIS de 1777 qui y fait état de prairies humides drainées et de pâturages. On peut imaginer qu'un sentier menait à l'origine vers ce bas-fond alimenté par de petites sources et ayant donné l'appelation de Fond des Rys, dénomination qui aura été reprise lors de la construction de la route, y évitant d'y adjoindre la notion de rue puisque se référant directement au lieu situé en contre-bas, en bordure de la rivière.

     Le plus significatif est sa localisation ancienne dans une enclave de la Principauté de Liège. Encerclé par les terres du Comté de Namur mais aussi par une petite bande de terre rattachée au duché de Brabant (Abbaye d'Oignies), ce territoire, sous l'Ancien Régime, était totalement isolé que ce soit de son lieu de gouvernance à Liège que des terres de la Thudinie relevant de l'abbaye d'Aulnes. On y retrouve aussi une  forte similitude avec la terre Parfondry, entre Huy et Liège, qui est probablement à l'origine de notre patronyme (voir article : Le site du lieu Parfondry a bien existé). Ce dernier lieu4 offre les mêmes configurations de par sa topographie en pente, sa localisation en bordure de la Meuse et l'existence toujours actuelle d'une bande de terre boisée. Une similitude cependant qui ne peut être expliquée ici par une utilisation à caractère économique, comme ce fut le cas dans le territoire à proximité de Liège (voir article : La reconversion économique des Chevaliers). On se trouve plus volontiers dans une dénomination initiale du terme Fond, ayant pour origine le latin médiéval Fundreda, signifiant Fondrière5, et caractérisant les parties basses des terrains marécageux.  Et non avec le terme Fundus qui s'appliquerait plus volontiers au sol d'une terre considéré comme moyen de production6. L'absence de la mention de la préposition PAR signifie qu'il n'y a aucune notion de déplacement impliquée, telle une rivière, seulement une identification d'un lieu-dit.

      Ce Fond des Rys, situé à l'extrémité de ce quartier des Bachères dans la localité de Moignelée, se retrouve quelque peu isolé de nos jours. Il est pratiquement entouré de bosquets, contrairement au quartier en aval loti sur la quasi totalité. Même si Moignelée constituait une commune à part entière jusqu'en 1977, intégrée désormais comme Tamines à la nouvelle commune de Sambreville, une contrainte urbanistique majeure pouvant découler de la nature marécageuse des sols peut donner l'explication de l'appelation donnée à ce quartier.

    De par sa situation historique en territoire de la Principauté de Liège et sa localisation géographique dans un endroit humide en bas de pente, il est indéniable que ce dernier lieu s'intégre dans la liste des lieux-dits recensés autour de notre patronyme. Même si on doit bien reconnaître que le terme Fond des rys ne découle pas nécessairement d'une seule et même explication pour l'ensemble des appelations.

1 Carte IGN Bruxelles 1948, Tamines (47/5) ;

2 Ces bras de la Sambre isolés sont dénommés "Vieille Sambre" dans la région ;

3 L'emplacement de ces anciens méandres constituent toujours de nos jours la limite géographique entre les communes de Sambreville et d'Aiseau-Presles ; Aucune régularisation de tracè n'a été effectuée après le percement d'un nouveau chenal supprimant ces méandres ;

4 Lieu sur lequel s'est construit un lotissement dénommé Cité des Rys ;

5 FAVRE Léopold (1883-1887) : Glossarium mediae et infinae latinitatis, éd.augmentée, Niort ;

6 Définition du Larousse ;

Inscription à l'entrée du Fond des Rys

Inscription à l'entrée du Fond des Rys

Vues des sections supérieure et inférieure du Fond des Rys
Vues des sections supérieure et inférieure du Fond des Rys

Vues des sections supérieure et inférieure du Fond des Rys

Vue d'ensemble sur la Sambre canalisée et le chemin de halage derrière le petit bois situé dans la prolongation du Fond des Rys

Vue d'ensemble sur la Sambre canalisée et le chemin de halage derrière le petit bois situé dans la prolongation du Fond des Rys

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 08:56

    1914 - 2014, voilà cent années précisément que démarra ce conflit mondial qui provoqua une hécatombe dans les rangs des soldats de toutes les nations engagées. Que de souffrances, d'appels à la mémoire ne viennent nous le rappeler à la vue de tous ces monuments aux morts dans les villages, ces stèles dans les cimetières civils, ces étendues de croix dans les nombreux espaces réservés. En cette année de commémoration, quoi de plus normal de se rappeler certains aspects de cette période. 

     En 1914, les deux fils de Paul, l'artiste peintre, sont en âge d'être réquisitionnés. Georges, né en 1894 et Jean en 1895 partent donc au front. Si l'aventure de Jean  a déjà fait l'objet d'un récit (voir article : Jean est cité à l'ordre de l'armée), rien n'avait encore été relaté sur son frère Georges.

      Son parcours de guerre est relativement très sommaire. Georges a du combattre au début de la guerre comme plusieurs milliers d'autres. Et comme plusieurs milliers d'autres, il sera comptabilisé au nombre des 300 000 prisonniers français, dont 40 000 moururent en captivité. Sa guerre, en tant que soldat, Georges la passera au camp de Meschede, situé à l'Est de Dortmund, en Westphalie. Si son parcours de soldat au front est méconnu, son nom est repris dans la liste n° 38 des prisonniers français, publiée le 15 août 1915 par la Gazette des Ardennes1. Il y est caractérisé, comme chaque prisonnier, de quelques mots abrégés (y compris une erreur dans l'écriture du nom) : Parfoury Georges, Paris, cap., inf 155. Selon la chronologie des combats2, très vraisemblablement dans le 155ème Régiment d'Infanterie, il a du participer à ceux de la Marne, de la forêt d'Argonne puis à la première bataille de Champagne avant d'être fait prisonnier. 

      Ce séjour de Georges est par ailleurs approfondi au travers de deux documents. Le premier, curieusement, nous est présenté sous la forme d'une simple aquarelle reproduisant l'univers carcéral de Georges, à l'intérieur d'un de ses baraquements. Une reconstitution de ce que fut sans doute son cadre de vie. La simplicité des objets, le style relativement maitrisé des formes et des perspectives ne suppriment pas toute l'émotion ressentie en regardant ce tableau. Au milieu de tous ces charniers, de tous ces combats, de tous ces morts, une sorte d'humanité, de chaleur se dégage de cette cellule. Nous faisant oublier la réalité proche. Georges, influencé sans doute par les conseils donnés par son père, a pu lui aussi, faire ressortir le sentiment de l'utile, d'une certaine douceur de vivre. Bien qu'austère au niveau du décor et du mobilier, on n'y ressent nullement un environnement de camp de travail entouré de fils de fer barbelés et de miradors. Son grade d'officier (probablement celui de capitaine) lui aura certainement permis de bénéficier de conditions moins dures. Les quelques 12 m2 approximatifs de sa cellule constituent indéniablement l'expression d'un statut reconnu.

       C'est cette même analyse qui ressort du second document.  Orchestré probablement par les services de propagande allemande,  on y voit Georges, sur une photo3 datée de janvier 1916, assis à gauche, en compagnie de quatre autres prisonniers (maitre d'arme VAN HAULEM, soldat LACROIX, adjudants BAUSCH et PECTOR). Indéniablement, on n'y ressent pas d'insécurité, de privations, de confinement. L'une de ces photos de propagande, comme la plupart de celles que l'on peut visionner de nos jours sur différents sites4, ne montrant qu'un certain regard sur cette ambiance, ayant supporté préalablement la censure allemande. 

       Sa présence à Meschede est également confirmée par la réception de deux lettres adressées aux siens5. Portant le matricule 21555, il y est référencié qu'il a occupé les baraques 44 et 6. 

      Le danger, de rassembler de telles photos sur des sites voulant rendre témoignage de cette période, est réel. Un certain regard, loin de la réalité au final ......Un faux semblant donnant le bon rôle aux prisonniers par rapport à ceux qui sont restés dans les tranchées pendant quatre longues années. Il y eut quand même 1,4 millions de soldats français qui périrent ou furent portés disparus. Soit pratiquement cinq fois plus que de prisonniers.

      Existe t-il un lien entre cette présence de Georges à Meschede et l'apparition de ce tableau de Paul en Allemagne (voir article : Un tableau de Paul en Allemagne) ? Selon ma propre analyse, la présence de Georges dans la Sarre, après 1930, me semble plus plausible. Il est difficile de croire que Georges se promenait avec un tableau de Paul lors de son arrestation par l'armée allemande en 1915. 

 

1 Journal ayant été repris  par la propagande allemande ;

2 J. PRIGENT : Historique du 155ème Régiment d'Infanterie pendant la guerre 1914-1918, Impr. Berger-Levrault, 21 pages, non daté, site http://www.ancestramil.fr/uploads/01_doc/terre/infanterie/1914-1918/155_ri_historique_1914-1918.pdf ;

3 photo transmise par Agnès PARFONRY ;

4 le site : http://hpgrumpe.de/meschede/lager/lager.html, présente des photos de prisonniers en différents endroits de ce camp de Meschede ;

5 lettres visionnées chez Jean-Pierre PARFONRY ;

Aquarelle peinte par Georges PARFONRY au camp de MESCHEDE (credit : Patrick PARFONRY)

Aquarelle peinte par Georges PARFONRY au camp de MESCHEDE (credit : Patrick PARFONRY)

Georges (assis à gauche) au camp de Meschede en janvier 1916

Georges (assis à gauche) au camp de Meschede en janvier 1916

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 10:23

    Comme une habitude qui se manifeste par intermittence, une nouvelle peinture de Paul est réapparue assez singulièrement. Un tableau, dont le thème avait déjà été relaté à plusieurs reprises (voir articles : Paul Parfonry dans la revue "Famille" ; Une tasse de thé de Paul à Madrid ; Le modèle de Paul), a été localisé en Allemagne.

    Présente toujours de nos jours dans la famille DETERMEYER, une autre version de cette représentation de La tasse de thé, s'intitulant La fin du repas1 s'ajoute désormais à la liste des tableaux reconnus de Paul. Achetée selon toute vraisemblance avant 1940 par une grand-mère, selon les informations transmises, elle se retrouve de nos jours accrochée à un mur de la maison familiale des DETERMEYER. La mémoire pour retrouver une trace du parcours de cette peinture entre la France et l'Allemagne semble cependant s'être évaporée à travers les années. Une seule piste peut s'avérer intéressante à suivre. Celle de Georges, le fils de Paul, qui fut prisonnier au camp de Meschede, en Rhénanie-Nord-Westphalie, durant la première guerre mondiale. Par la suite, par sa connaissance acquise de l'allemand, il travaillera pendant quelques années dans la Sarre pour la Compagnie Electro-Comptable2, afin de mécaniser, en utilisant les nouvelles machines à cartes perforées, les fiches de paie des mineurs3. La France avait en effet obtenu, dans le cadre du Traité de Versailles, la propriété des mines de charbon de cette région. Ce statut se prolongera jusque la décision de rattachement à l'Allemagne en date du 13 janvier 1935. Les deux familles ont pu se rencontrer au cours de l'une de ces deux périodes (1914-1918 ; 1930-1935). Simple supposition restant à étayer du côté allemand.

     Cette représentation de cet instant d'échange, partagé par l'intermédiaire d'une tasse de thé, semble avoir été l'un des sujets favoris de Paul. Il parvenait à maitriser avec habilité, toute cette intimité en insérant des personnages au milieu d'intérieurs bourgeois du XVIIIème siècle. Respectant l'harmonie des proportions, les sentiments de douceur, d'affection et de respect ressortent à merveille de ces tableaux dèja visionnés. A remarquer particulièrement dans ce cas-ci, la diagonale qui s'affiche au premier coup d'oeil, reliant d'un trait le regard des deux personnages et le bouquet de fleurs. Celui de la demoiselle hésite d'affronter celui de son chevalier et trouve la parade en le dirigeant plus loin, mettant de ce fait plus en évidence cette petite table-rognon, à l'évidence pas bien utile. 

   Comme à l'accoutumée, Paul insère, dans le décor, du mobilier qui existait réellement dans l'hôtel particulier de la rue Jouffroy. Outre le paravent qu'il affectionnait d'introduire en l'agrémentant de tissus différents, on y retrouve les deux chaises de salon mais surtout la petite table avec sa tablette inférieure en forme de rognon4. Toujours présente de nos jours comme l'atteste la photo ci-jointe5, elle a parcouru le XXème siècle, accompagnant l'histoire de la famille. 

    Le modèle féminin de ce tableau ne ressemble pas au modèle décrit sur la précédente version (voir article : Le modèle de Paul). Si la couleur des cheveux peut se comparer à un blond vénitien, le nez et la pommette du personnage ne ressemblent nullement à ceux de Berthe MADELEINE, authentifiée sur l'autre peinture.

    Plusieurs versions de ce tableau ont été probablement peints par Paul. Dans une boîte en fer, l'une de celles-ci fut retrouvée, reprise sur une photo cartonnée. La demoiselle est cette fois assise, ayant accepté l'invitation de son chevalier. Par contre, le bouquet de fleurs n'est plus aussi frais. Elle n'a d'ailleurs plus l'envie de le regarder.

    La palette des tableaux retrouvés de Paul s'élargit. La liste est sans doute loin d'être close.

1 sur base d'un texte mentionné sur une photo cartonnée, retrouvée dans une boîte en fer ;

2 précédemment dénommée Société internationale de machines comptables (SIMC) puis Société française Hollerith avant de devenir IBM France en 1947 ;

3 selon la littérature, les premières machines à cartes perforées seraient apparues en France au début des années 1930 ;

4 rognon : terme résultant de la forme d'un haricot ou d'un rein de la tablette ;

5 on y remarque, sur la tablette inférieure en forme de rognon, la présence de la boîte en thuya, ramenée récemment d'Essaouira au Maroc par votre fieldmouse ;

La fin du repas :  Une autre version du tableau " La tasse de thé " (credit : Detlef DETERMEYER)

La fin du repas : Une autre version du tableau " La tasse de thé " (credit : Detlef DETERMEYER)

La table-rognon apparaissant sur le tableau (credit : Martine PARFONRY)

La table-rognon apparaissant sur le tableau (credit : Martine PARFONRY)

Une photo d' une autre version de la peinture La fin du repas, sur papier cartonné, réalisée par les studios A. BLOCK, installé au 91 Bd. de Sébastopol à Paris

Une photo d' une autre version de la peinture La fin du repas, sur papier cartonné, réalisée par les studios A. BLOCK, installé au 91 Bd. de Sébastopol à Paris

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 17:59

       Ca y est une fois pour toute. La thèse de doctorat, annoncée depuis quelques temps1, a été soutenue par Joëlle PETIT en ce mercredi 19 mars au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) à Paris. Entérinée par un jury de cinq spécialistes2 de ce domaine si réservé de l'histoire des techniques, deux femmes et trois hommes, un belge et quatre français, qui se devaient d'attester de l'originalité et de l'innovation proposées par Joëlle3, centrée sur la marbrerie tant artisanale qu'industrielle.

      Oser aborder un titre tel que Le Rayonnement des marbriers wallons (1800-1920), la question pouvait sembler surprenante alors que la notion de Marbres de Flandre constituait une référence mieux perçue dans les écrits4 et les souvenirs de nos jours. Cela donnait un peu à cette thèse un parfum de débat régionaliste que les médias et politiques ne manquent pas habituellement d'orchestrer. Avec comme preuve, cette référence explicite à l'origine flamande de François-Xavier PARFONRY dans la lettre assez récente de Jacques PARFONRY, son arrière-petit-fils, écrite en 2006. Mais aussi dans le titre de la thèse repris sur le diplôme symbolique remis, lors de la réception, par la Société des amis du Centre d'histoire des techniques de l'environnement (SACDHTE). Il y a de quoi créer un trouble dans les esprits et devoir rétablir la vérité historique et géographique.

     Présent en tant que soutien aux multiples facettes (la solidarité wallonne, la curiosité thématique, le lien avec ce blog), il fallait aussi vérifier et attester que le nom de PARFONRY y allait bien être cité. J'avais, comme prévu, fait le déplacement très matinal en THALYS, en réservant un billet au départ de la gare de Charleroi. Arrivé assez tôt dans la matinée à la Gare du Nord, l'envie m'est venue de prendre la direction du Centre Georges POMPIDOU. Quoi de plus complémentaire que d'aller visiter ce haut lieu des musées parisiens.  Ce deuxième objectif  pour remplir ma journée avait de quoi booster ma curiosité. Mais arrivé devant ce lieu, reconnu par sa configuration externe particulière, qu'elle ne fut pas ma déception de constater que les visites ne commençaient pas avant 11 heures. Comment imaginer, prévoir cette configuration horaire si tardive. Bardaf, c'est l'embardée comme on dit chez nous. Mon beau programme se trouvait amputé. Il ne me restait plus qu'a patienter.

      La soutenance de thèse a commencé avec un léger retard. Vu le nombre supérieur sans doute escompté de personnes, des sympathisants de Joëlle, le jury parvint à obtenir une autre salle plus large, rendant l'atmosphère plus apaisante, moins oppressante.

      Joëlle était désormais seule devant ses juges, sentant néanmoins le fluide positif d'une assistance non clairsemée venue la soutenir. Brièvement, son parcours mérite d'être notifié en préalable. Sa détermination, sa quête initiatique dans ce domaine si particulier de la marbrerie a débuté lorsqu'elle travaillait en tant que volontaire, comme trésorière du petit musée du marbre de Rance, petite localité de la botte du Hainaut, fleuron ancestral de la production marbrière, ayant déversé ses produits pendant de nombreuses années vers la France en général et le château de Versailles en particulier. Et qui, pour la cause, se trouva longtemps être une enclave française dans ces Pays-Bas instauré depuis l'occupation bourguignonne au XVème siècle. Contaminée singulièrement par un virus trouvé dans le marbre, Joëlle se mit à relancer cette histoire oubliée de l'industrie marbrière. Précédée d'un long parcours scientifique, elle se lança dans cette thèse de doctorat pendant huit années, occupant sans partage cette passion durant tous ses moments de loisirs. Elle débusqua dans les archives ce qui restait de cette exploitation d'un matériau noble. Plusieurs exposés et publications commencèrent à la faire connaitre dans le milieu scientifique. Pour finalement être reconnue, en 2013, d'un prix de l'Académie des sciences, des arts et belles lettres de Dijon5, l'autorisant à présenter en cette journée cette thèse toute personnelle.

      Les membres du jury ne s'y trompèrent pas, lui reconnaissant une belle monographie, faisant de la Wallonie une région marbrière, à part entière, aussi bien qu'une région minière déjà reconnue. La lecture de cette histoire du marbre donna l'occasion aux membres du jury d'exceller dans la terminologie et les citations. Manifestement, ils avaient, chacun et chacune, veillé à décortiquer le document. Ce qui me permit d'en ressortir les abords les plus attrayant.

      Pour un premier juré, cela  donne l'impression qu'il avait une belle oeuvre à faire. Un second y voit un travail héroïque compte tenu des difficultés rencontrées mais débouchant sur un document de grande envergure présentant un ancrage local dans des outils, dans un terroir en partant du matériau brut jusqu'au produit fini. Un autre insiste sur la dimension du geste technique, associée d'ailleurs à  la comparaison avec une cathédrale.

     De nouvelles pistes de recherche furent préconisées, témoignant par là des réelles possibilités entr'ouvertes par cette thèse. La richesse des acteurs est telle qu'elle implique d'être approfondie. Le lien avec les autres secteurs de l'industrie au niveau de l'utilisation des outils de production, les échanges commerciaux - au travers des registres comptables, une meilleure caractérisation de la production marbrière d'origine belge, le lien plus affirmé entre la technique et l'art sur le plan historique, le développement des réseaux de marbriers qui se sont constitués entre la Belgique et la France sont désormais autant de créneaux donnant un grand avenir à ces études sur la marbrerie.

      Quant à notre marbrier PARFONRY, il ne fut pas oublié, loin de là. Joëlle l'a mis sur le même piédestal que d'autres de nos jours plus connus, tels les CANTINI, DERVILLE, SEGUIN. En le faisant ainsi entrer parmi les acteurs incontournables de ce domaine de la marbrerie. M'avouant d'ailleurs, au moment de la réception qui succéda à cette défense, qu'elle avait pris conscience que son rôle est probablement beaucoup plus global que les autres au vu de ses diverses initiatives apparaissant au travers de tous les articles de ce blog. La charge symbolique du marbre, au cours de ce XIXème siècle avait évolué, en faisant  de la cheminée l'objet artistique par excellence de la bourgeoisie émergente. Matériau préparant à la modernité, ses réalisations constituent une mémoire vivante de cette époque. Les  marchés d'exportation, les premiers conflits sociaux, la notion de concurrence, l'implication dans les Expositions universelles, la longueur de son parcours complètent le tableau en faisant de François-Xavier PARFONRY, un acteur incontournable dans ce milieu. Sans omettre le fait que ses acquis sont le résultat de nombreux extraits rassemblés à partir d'une littérature conséquente. Et à ce niveau, Joëlle a relevé dans sa synthèse, sans anicroches, qu'il se montra particulièrement pro-actif au vu de ses prestations et de ses récompenses qui dominent. Au même titre que les marbriers de Rance, installés avant lui en France, il est indéniablement l'un des marbriers témoins de cette relation historique si particulière entre les deux pays. Un domaine que les membres du jury ont estimé comme insuffisamment exprimé au regard du titre annoncé de cette thèse. Déception que j'avais moi-même ressentie dans la présentation et les différentes analyses du jury de thèse. Lui préconisant d'en revoir le titre sous la forme : Des marbriers wallons et leur rayonnement en France afin d'en mieux clarifier son propos. Un problème identitaire, un concept géographique sur lesquels nous pouvons être sur que Joëlle rebondira et en profitera pour relancer sa passion. L'oeuvre de François-Xavier PARFONRY n'est sans doute pas finie d'être approfondie dans le milieu scientifique.

    Au cours de cette même réception, qu'elle ne fut pas ma surprise d'entendre, par l'une des deux voix féminines de ce jury, qu'en découvrant ce blog, elle s'était fortement amusée à la lecture du compte rendu de la visite effectuée au Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet). Comme pour attester finalement que cette relation de faits autour d'un même dénominateur commun finissait par attirer un large public.

P.S. : Dès qu'une version de la thèse sera disponible sur la base de données du Cnam, j'indiquerai le lien pour y parvenir.

 

1 Notamment, par les articles suivants :

- François-Xavier devient un moteur de recherche ;

- François-Xavier, acteur important de l'industrie marbrière au 19ème siècle ;

- François-Xavier n'a pas été le seul marbrier wallon en France ;

2 Jury composé par André GUILLERME (Directeur de thèse), Jean-François BELHOSTE, Robert HALLEUX, Laurence LESTEL et Valérie NEGRE ; 

3 L'objectif de cette thèse est de montrer, par l'étude de deux registres d'archives inédits, que les réseaux commerciaux mis en place au XVIIIème siècle par une famille de marbriers de Rance, en Hainaut belge, perdurent au XIXème siècle à travers une production marbrière spécialisée dans la cheminée monumentale, qui s'est développée grâce à l'évolution des techniques et des transports ;

4 DUMONT Francis : Aux Marbres de Flandre. Une entreprise industrielle et commerciale sous l'Empire (1807-1817), Ed. DESOER, Liège, Réimpression 2007, 90 pages ;

5 Vivre, transmettre, transcrire le geste technique ; ouvrage écrit en collaboration avec le Professeur André GUILLERME et Martine MILLE ;

Diplôme symbolique remis à la suite de la soutenance de thèse (avec l'erreur dans le titre)

Diplôme symbolique remis à la suite de la soutenance de thèse (avec l'erreur dans le titre)

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 16:39

     Précédemment, il avait été fait mention d'une lettre écrite de la main de François-Xavier PARFONRY (voir article : Une petite lettre pour une grande plaque) sur laquelle on y trouvait inscrit son monogramme personnalisé FXP. Notre célèbre marbrier ne s'en laissait pas compter. Il voulait démontrer de son assise dans la société parisienne de cette fin du XIXème siècle. Ce monogramme se lit comme l'expression d'une certaine reconnaissance. Celle obtenue en 1881 par un immigré belge, à qui on avait octroyé la Légion d'honneur (voir article : Le dossier de Chevalier de la Légion d'honneur de François-Xavier PARFONRY)

     On peut comparer cette ascension à celle de Joseph PARFONRY, arrivé à Séville à la fin de ce siècle également, qui se reconnaissait personnellement le droit d'ajouter un titre à rallonge à son nom, puisé dans les terres belges de son origine (voir articles : Jose Parfonry de Hotton ; Joseph Parfonry, le fournisseur de paratonnerres à Séville). Rien à voir par contre avec un autre objet conservé en deux exemplaires dans la famille belge de François-Xavier, et dont l'usage est plus volontiers destiné à un emploi populaire  (voir article : La chope d'Alexis).

      Ce sigle FXP, François-Xavier s'en est servi volontiers pour exprimer cette réussite acquise progressivement durant cette seconde moitié du XIXème siècle. On le retrouve aussi sur son service de table. Comme pour démontrer que l'aristocratie se confondait désormais avec ces nouveaux chefs d'industrie qui avaient réussi à conjuguer l'innovation, la dynamique commerciale et la capacité de gestion d'une entreprise. Ils voulaient aussi faire connaitre leurs puissances, leurs réussites économiques, sans avoir recours à l'une de ces armoiries rassemblées par Charles DHOZIER sur injonction de l'édit de Louis XIV en 1696. Ils en inventeront d'autres, moins héraldiques mais plus personnalisés.

      On retrouve ce sigle FXP sur une soupière faisant partie d'un service de table en porcelaine. Le P et le F s'accolent sur les deux branches du X qui forment l'armature de ce monogramme distinctif.

La soupière avec le monogramme FXP (credit : Patrick PARFONRY)

La soupière avec le monogramme FXP (credit : Patrick PARFONRY)

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 01:13

      A travers ce blog,  plusieurs descriptions ont déjà été relatées, portées par l'un ou l'autre PARFON(D)RY. Que ce soit Jean-Pierre le rescapé de la Justice, Jean le maître-charron, Emile l'horloger, Emile l'instituteur, Alphonse le cycliste, Emile le militaire-explorateur, François-Xavier le marbrier, Paul le peintre, Georges le statisticien, Jean l'ophtalmologue, Jacques la mémoire vive, Georges le colombophile, Joseph l'industriel sévillan, Louis le soldat de la Grande guerre, Diego l'ingénieur militaire, Albert le mécanicien, Lambert le consul de France, Marcel le prolo surréaliste, Max le professeur d'art dramatique, Joseph-Léonard le colonel écrivain, Roland votre fieldmouse et quelques autres, tous ces individus, rassemblés autour d'un même patronyme, ont permis de cerner la société dans sa diversité et son évolution.

     Et voici qu'un petit dernier s'ajoute à la liste. Il s'agit d'Emilio PARFONRY de la branche d'Erezée. Né en 1894 et décédé à Bruxelles en 1969, Emilio fait partie d'une fratrie de six frères et soeurs. Louis,  l'un de ceux-ci, a déjà eu droit à être relaté dans ce blog (voir article : Qui est le fantassin PARFONRY ?). Il est aussi le neveu de ces trois frères qui furent de ceux qui partirent à l'aventure en faisant connaitre à notre patronyme des histoires insolites. Que ce soit Emile aux côtés de STANLEY au Congo, Narcisse dans la forêt amazonienne ou Joseph à Séville, ils ont apporté à cette saga tous les éléments d'une ouverture au monde. Comment ne pas voir d'ailleurs dans ce choix du prénom d'Emilio comme une double référence à deux de ses oncles. A celle d'Emile décédé au Congo en 1883, est venue se superposer l'aventure espagnole de Joseph.

     Emilio, par contre, n'a pas été inspiré de suivre ces exemples. L'époque avait changé et l'ouverture au monde se faisait plus volontiers au travers de la création artistique, apportée par l'éclectisme de l'Art néoclassique. Emilio devint ainsi photographe et son studio, situé chaussée d'Ixelles, à proximité de la Place Fernand Cock à Bruxelles (Ixelles), fut parmi les plus convoités de la capitale belge.

     Le parcours d'Emilio nous revient au travers des quelques photos, en provenance de son studio, que l'on découvre de nos jours sur des sites de vente. Elles font même resurgir de l'oubli quelques personnages d'arrière - cours qui immanquablement risquent de ne pas survivre autrement. Emilio les a, et le terme trouve ici toute son identité, sa réalité, immortalisé. L'étude de ces portraits reste probablement l'une des seules données pour nous permettre de connaître Emilio PARFONRY.

            La première de ces personnes s'appelle Neel DOFF (1858-1942). Née au Pays-Bas, écrivain d'expression francophone, elle est inconnue sans doute de n'importe quel lecteur. La caractéristique de son parcours est d' avoir été parmi les finalistes pour l'attribution du Prix Goncourt en 1911 avec son livre Jours de famine et de détresse. On lui préféra Alphonse de CHATEAUBRIANT (rien à voir avec François-René, le romantique né et enterré à Saint Malo), un écrivain plus connu de nos jours pour avoir été un collaborateur du régime nazy, condamné à mort par contumace. Roman autobiographique, Neel DOFF y décrit son enfance très pauvre au milieu de neuf frères et soeurs. Son oeuvre littéraire dénonce l'autorité masculine de la société du XIXème siècle. Elle s'en sortira en devenant un modèle pour certains peintres belges de renom (Félicien ROPS, James ENSOR) et en suivant les cours du Conservatoire de Bruxelles avant d'épouser l'éditeur Fernand BROUEZ puis l'avocat Georges SERIGIERS. Elle sera également choisie pour servir de visage au personnage de Nele, la compagne de Thyl Ulenspiegel, deux icones de la résistance flamande à l'encontre de l'occupant espagnol au XVIème siècle, immaginés par l'écrivain Charles de COSTER. La sculpture trône de nos jours sur la Place Flagey à Ixelles, non loin de l'endroit où se situait le studio d'Emilio PARFONRY. Neel DOFF habita longtemps au 36 de la rue de Naples à Ixelles, endroit où elle décéda.

      Le deuxième personnage, photographié par Emilio, se nomme Lucien MUSSIERE (1890-1973). Il s'agit d'un comédien belge s'étant illustré dans le vaudeville et l'opérette. Son fait de gloire serait d'avoir été au générique en 1934 du film "Les 4 Mousquetaires " dans lequel les acteurs jouaient avec l'accent bruxellois. Présenté à Paris, c'est ce film qui aurait donné l'occasion à la France profonde de se fabriquer une caricature toujours actuelle de ses voisins belges. Il dédicace son portrait en 1927 à l'attention du compositeur de musique Arthur Van OOST(1870-1942), comme suit : A l'inoubliable compositeur des "Moulins qui chantent" Maitre Van Oost. Très sincérement

      Le troisième personnage est Marc SOMERHAUSEN (1899-1992), né et décédé à Ixelles. Il fut député socialiste et Président du Conseil d'Etat. Son portrait fut réalisé en 1946.

     La dernière photo ne se rapporte pas à un personnage mais plutôt à une représentation symbolique. Celle d'Arlequin qui tiendait au bout de ses doigts une Colombine qu'il aurait volée à un autre personnage de la Commedia del arte, celui de Pierrot.

    Ses quelques photos ne sont qu'un échantillon du travail d'Emilio. En fonction de ces personnages immortalisés dans ses portraits, on peut arriver à cerner quelque peu son profil. Il devait probablement avoir une certaine affinité avec le milieu artistique. Les portraits de Neel DOFF et de Lucien MUSSIERE en attestent. Mais l'idée de la représentation d'Arlequin est probablement la plus personnelle, la plus en rapport avec son mode de réflexion. Emilio était-il un personnage quelque peu farfelu ? Peut-être mais son installation à Ixelles, dans l'un des nouveaux centres d'extension de Bruxelles (quartier Léopold, Avenue Louise, siège social de SOLVAY), avec la présence d'une bourgeoisie aisée auquel se mélangeaient bien volontiers des artistes, ne doit rien du hasard. Emilio a eu le flair, suivant en cela l'expérience de son père Alfred, le brasseur, qui était devenu propriétaire du Trianon, l'un des premiers cafés restaurants du Bois de la Cambre, lieu de promenade par excellence de l'aristocratie bruxelloise.

Neel DOFF (1858-1942)

Neel DOFF (1858-1942)

Lucien MUSSIERE (1890-1973)

Lucien MUSSIERE (1890-1973)

Arlequin et Colombine

Arlequin et Colombine

Marc SOMERHAUSEN

Marc SOMERHAUSEN

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 15:31

      L'année 1940 n'est pas ce qu'il y a de plus joyeux dans les mémoires. Le dernier conflit sur le territoire européen garde toujours des traces et marque encore les esprits de nos jours. C'est pourtant de cette année là que l'on fait référence dans cet article.

      Le 10 mai 1940, pour ceux et celles qui n'en auraient pas entendu parler, la seconde guerre mondiale démarrait. La Belgique, ce petit territoire à qui on avait octroyé un statut de neutralité, pour la remercier d'avoir subi pendant des siècles les conséquences des conflits entre les dynasties européennes, était malgré tout une nouvelle fois envahie par nos voisins de l'est. 

      En conséquence, suite à des ordres en bonne et due forme du gouvernement, la mobilisation pour résister à l'envahisseur fut mise en place. Les jeunes belges valides de 16 à 35 ans devaient rallier, par leurs propres moyens, un centre de rassemblement. Il s'agissait dans ce cas de celui d'Erquelinnes, à la frontière française. Et parmi eux se trouvait Georges, mon père, né en 1920, qui ne pouvait immanquablement y échapper. Il venait de terminer avec fruit ses humanités gréco-latines à l'Athénée de Jodoigne. Muni d'une couverture et de vivres pour deux jours, conformément à l'ordre de réquisition, Georges avait pris le chemin d'Erquelinnes dès le 12 mai, en vélo, en compagnie de ses deux cousins germains Edgard et Henri PAESMANS. Ayant démarré à Beauvechain, ils passèrent au préalable par le village de Piétrebais pour y récupérer Norbert LACROIX, un ami de collège d'Edgard1.

     Le quatuor à vélo aura déjà été confronté à la guerre avant d'atteindre le lieu de rassemblement. Un soir, ayant trouvé refuge dans une maison abandonnée à Quiévrain, ils eurent à subir le bombardement d'avions allemands, se cachant dans la cave2.

     C'ette préparation, un peu à la fleur du fusil,  ne tenait pas compte, il est vrai, des forces adverses. La résistance de l'armée de métier, installée aux frontières, ne fut qu'un fétu de paille (voir article : Aloÿs, tué au premier jour de la guerre 40-45). Il ne fallu en tout et pour tout que 18 jours pour que le char d'assaut venu de l'est n'oblige la petite Belgique à capituler3. De loin insuffisant pour assurer une formation, même rapide, de tous ceux qui avaient été réquisitionnés. Désormais, la question se posait de savoir ce qu'il allait advenir de tous ces soldats potentiels. Les souvenirs de la guerre de 1914 refirent surface avec les exactions et les fusillades de plusieurs centaines de civils par l'armée prussienne4, en représaille aux actions de francs-tireurs faussement propagées, à la résistance inattendue de l'armée belge et à l'engagement de l'armée française5. Le bombardement par l'aviation allemande de Rotterdam le 14 mai, ayant fait 800 morts, accentua le mouvement d'exode, provoquant l'un des principaux déplacements de population de ce XXème siècle. Un véritable cortège de réfugiés, soumis aux bombardements en piqué des Stukas, se dirigea ainsi vers la France pour fuir ce souvenir qui fait encore partie de nos jours de la mémoire collective de la Belgique.

     Aussi, dès le 27 mai, veille de la capitulation, un ordre du gouvernement belge, via l'agence BELGA, fut donné à tous ces mobilisés de quitter le pays. Ils seront, in fine, considérés comme des réfugiés civils en France6. En ce jour de Pentecôte 1940, Georges évacuait, transitant par le village d'Honnelles avant de passer la frontière7.

     Pour se retrouver finalement près du Pont du Gard, cette fois  sans ses cousins qui poursuivront vers Andance dans l'Ardèche. Ayant endommagé son vélo peu avant d'arriver à Erquelinnes2, il est probable que Georges a du se séparer de ses compagnons et prendre un autre moyen de locomotion pour poursuivre son exode. Jusque la fin mai, le réseau des chemins de fer français n'avait pas encore été trop endommagé par l'aviation allemande. De ce séjour, qui ne dura finalement que quelques semaines, Georges s'en rappelait régulièrement. Essentiellement, par le statut spécial qu'il s'était vu recevoir. Sans formation particulière, le rôle d'infirmier, chargé d'administrer des piqûres dans la population des réfugiés, lui avait été octroyé. Il serait plus logique d'affirmer qu'il ait été recruté comme brancardier mais vu la certitude qui ressortait de ses explications, on lui laissera le bénéfice du doute. Il est vrai que, devant l'affluence du nombre, les services hospitaliers locaux devaient être quelque peu surchargés. Une photo, datée du 1 juin 1940, et retrouvée dans le monticule des photos accumulées dans l'une de ses anciennes boites métalliques à biscuits, montre, bel et bien, notre Georges avec un brassard de la Croix-Rouge. Qui reviendra quelques semaines plus tard en Belgique en allant se cacher à la ferme de son oncle à Neerheylissem. Voyant que la situation se stabilisait vis-à vis des civils, Georges reprendra en octobre de la même année les cours à Bruxelles pour obtenir en 1944 son diplôme de Conducteur des Travaux. L'année suivante, fin 1945, il fut cette fois mobiiisé pour de bon et effectuera son service militaire en Allemagne dans la zone d'occupation que les anglais avait octroyée à la Belgique

    Plus de 50 années plus tard, l'occasion me sera donnée de faire le lien avec ce fait d'histoire, l'un des épisodes relevant de la vie de Georges. En 1997, avec son épouse, ils seront reçus par le Bourgmestre de Sambreville Jean POULAIN, à l'occasion de leurs Noces d'Or. Après un discours de circonstance par l'échevin Vincenzo MANISCALCO, un repas en famille s'en suivit dans l'un de ses restaurants de la vallée de la Molignée qu'ils affectionnaient particulièrement. C'est à cette occasion, sur une idée, au départ de mon épouse, que je lui offris en cadeau un séjour de quelques jours, TGV 1ère classe inclus, aux abords du Pont du Gard (Hôtel Le Colombier à Remoulins). Il ne lui restait plus qu'a retrouver le village où son statut de réfugié l'avait conduit en mai 1940. Georges en avait conservé le nom dans sa mémoire. Que je n'ai malheureusement pas pris soin de noter sur le coin d'un calepin. Une autre photo a immortalisé Georges, déambulant dans une ruelle de ce village en se remémorant l'un des faits de vie qui l'ont particulièrement marqué. Il profitera également de ce voyage pour revoir le Pont du Gard et aller visiter Nismes.

 P.S. : Si en regardant l'une des deux photos ci-après, vous reconnaissez l'endroit, n'hésitez pas à me communiquer le nom de ce village !!!

1 Edgard, Henri et Norbert se retrouveront en mai 1947 au mariage de Georges (voir article : La photo de mariage de Georges et Solange) ;

2  Souvenirs d'Henri PAESMANS, transcris dans une lettre rédigée en octobre 2008 ;

3 L'armée belge résista à l'invasion allemande du 10 au 28 mai au matin ;

4 Rien que pour la localité de Tamines, où mes parents ont habité pendant près de 35 ans, on recense  384 civils fusillés  ;

5 En reconnaissance de cette résistance, plusieurs rues, dans diverses localités, furent appelées "Rue des Français " ;

6 GERARD-LIBOIS J. et GOTOVITCH J. (1971) : L'an quarante. La Belgique occupée ; CRISP, Bruxelles ;

7 Et chaque fois que je mange sur la terrasse du restaurant-brasserie "Au Baron" à Gussignies, côté français, j'imagine que c'est par la petite route longeant l'Hogneau que mon père a commencé son périple de réfugié en France ;

      

En juin 1940. Georges est le premier à gauche avec le brassard de la Croix-Rouge

En juin 1940. Georges est le premier à gauche avec le brassard de la Croix-Rouge

En 1997. Georges se promenant dans le village (credit : Solange BERGER)

En 1997. Georges se promenant dans le village (credit : Solange BERGER)

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 11:15

     Les peintres ont eu des épouses mais aussi des muses et des modèles pour leur permettre d'exprimer leur art. Du moins, pour ceux qui représentaient sur leur toiles des personnages féminins qui en étaient le sujet central. On ne voit pas par contre de l'utilité pour un peintre paysagiste ou un peintre abstrait d'avoir un modèle en chair et en os dans son atelier. Le cubisme ou le surréalisme préfèrent les formes géométriques à celles généreuses que l'on rencontre dans les toiles de Rubens (Venus devant son miroir, Les trois grâces), Goya (La maja nue) ou Velasquez (La Vénus au Miroir). La relation n'est cependant pas aussi simple. Ainsi Picasso, l'un des grands peintres de ce XXième siècle avait aussi recours à des modèles réels, des muses énergisantes avant de les déformer au travers de sa vision particulière de la représentation.

     Et ce qui est vrai pour un peintre connu comme Picasso l'a été pour bien d'autres peintres. Le modèle dans l'atelier de peintre est apparemment nécessaire à la sérénité et à l'inspiration si ce n'est à la concentration. Si cette relation est bien réelle pourquoi n'en aurait-il pas été de même en cette période de bouleversement artisitique et culturel de la fin du XIXème siècle. L'impressionnisme avait bien balayé les modes habituels de représentation en jouant sur les lumières. Mais les codes, les fondements qui marquent la pérennité de l'art ont la vie dure. 

     C'est la raison pour laquelle on ne doit pas s'étonner que Paul PARFONRY, celui qu'on a qualifié de petit peintre des intérieurs bourgeois du XVIIIème siècle, a eu aussi besoin d'un modèle. A t-elle joué le rôle d'une muse, rien ne peut l'attester.  Il n'y avait probablement pas de miroir dans son atelier de la rue Jouffroy, sans doute un simple paravent qu'il a d'ailleurs représenté sur plusieurs de ses toiles.

     Ce modèle porte même un nom. Elle s'appelle Berthe MADELEINE. On la découvre sur le site1 du peintre Ernest RENOUX 2, dont elle était l'épouse depuis l'année 1895. Il parait même qu'elle était très connue dans le milieu mondain et artistique de l'époque pour sa chevelure d'un superbe blond vénitien3 qui plaisait aux peintres. Rien à voir dans ce cas avec les grâces généreuses qui remplissaient les toiles entre les XVIème et XVIIIème siècles.

     Si Berthe MADELEINE a été juste un modèle et non une muse pour Paul PARFONRY, elle en a néanmoins conservé " un souvenir charmant ", comme elle l'écrit elle-même dans un extrait.

C'est le hasard d'une rencontre, chez, des amis de Georges Cain4, plus tard Conservateur du Musée Carnavalet, qui oriente ma vie parmi les peintres. Le premier, Georges Cain, fit mon portrait, et ensuite beaucoup de ses amis, entre autres Parfonry, peintre amateur dont je devins le modèle habituel. J'ai gardé de lui et de sa femme le plus charmant souvenir. Pour expliquer les liens qui unissaient à cette époque modèles et peintres, je dois préciser que jamais Parfonry ne m'a réglé le montant de séances de pose sans dire " Madame, pour vos pauvres ".

     La délicatesse de Paul et la gentillesse de son épouse ont manifestement impressionné le modèle. C'est sans doute dans cette relation que Berthe est devenue le modèle habituel de Paul PARFONRY. Peut être une sorte de lien affectif, comblant pour Berthe on ne sait quelle absence, quelle bienveillance vis à vis des oppositions de sa famille à l'encontre de ses fréquentations artistiques. 

      L'absence de  références sur la date de mariage de Paul empêche de préciser l'année. Seul indice, l'année de naissance 1894 de Georges, le fils de Paul. La référence à Georges CAIN est  également importante. Ayant été Conservateur du Musée Carnavalet à partir de 1897, on peut également dater cette rencontre avec Paul avant cette période. Ceci confirme malgré tout, une fois de plus, le fait que les familles PARFONRY et CAIN entretenaient des relations étroites depuis François-Xavier, le marbrier.

      Quant à retrouver Berthe dans les peintures de Paul, cela n'est pas difficile. Une simple comparaison avec le portrait réalisé par son époux donne la réponse. Pour la peinture " Une tasse de thé ", la similitude ne fait pas de doute. La personne assise est assurément le modèle du peintre. Il en est de même pour d'autres toiles. Peinte généralement de profil, la ressemblance est assez constance. On se contentera de reprendre la peinture " La visite galante ", sur laquelle le modèle se trouve pratiquement de face. Une manière de s'apercevoir que dans ce cas Paul n'avait pas été uniquement sensibilé par la coiffure vénitienne mais bien par le regard de son modèle. Il est probable que Berthe n'ait pas été le seul modèle de Paul.

     Ernest RENOUX est enterré auprès de sa mère dans le cimetière de Romeny-sur-Marne. Berhe, quant à elle, vécut jusqu'en 1958, la même année que Gabrielle BARBAULT, l'épouse de Paul5. Sa sépulture se trouve non loin de la précédente1. Le couple RENOUX eut un fils, prénommé Marcel.

1 https://sites.google.com/site/julesernestrenoux ; site officiel de Jules Ernest RENOUX ;

2 Jules, Ernest RENOUX (1863-1932), né et décédé à Romeny-sur-Marne, est un peintre de la Belle Epoque. Un musée sur son oeuvre existe à Romeny-sur-Marne ;

3 Blond vénitien : terme originaire de la Renaissance italienne lorsque les femmes s'enduisaient les cheveux d'un mélange de safran et de citron avant de les exposer au soleil (def. Wikipedia); le blond vénitien est le ton le plus clair dans les tons de roux ;

4 Georges CAIN est ce Conservateur du Musée Carnavalet qui enverra une lettre à François-Xavier PARFONRY, le père de Paul, attestant de la réception de la cheminée en marbre qui est désormais installée dans la salle 41 du Musée (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet) ; 

5 Cette similitude dans les dates de décès peut s'avérer être l'une des raisons du manque de transmissions orales au niveau de la génération d'après-guerre, trop jeune pour s'approprier la mémoire familiale. Cette raison peut sans doute être couplée avec l'impact de la guerre 40-45 qui a perturbé les modes de vie ;

Portrait représentant Berthe MADELEINE, réalisé par Ernest RENOUX

Portrait représentant Berthe MADELEINE, réalisé par Ernest RENOUX

Une tasse de thé . Le modèle est manifestement celle de la toile précédente

Une tasse de thé . Le modèle est manifestement celle de la toile précédente

La visite galante

La visite galante

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 14:21

      Une nouvelle fois, le blog a joué son rôle de lieu de rencontre. Peu après la découverte sur les noms non identifiés du mausolée de Créteil (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés), une autre incertitude a été levée. Toujours en rapport avec cette famille Loge, la transmission de plusieurs photos par Hélène Richard, que je remercie, se trouve à la base de cette nouvelle avancée.

   La famille Loge commence à nous être un peu connue. Au travers d'informations successives (voir articles : Paul est invité à un mariage ; A la recherche de la famille Loge ; Du nouveau sur la famille Loge), on y a détaillé certains aspects de leur parcours les ayant amenés à côtoyer la famille Parfonry. A tout cela vient à présent d'y être incorporée la découverte de la tombe de cette cousine Mary-Cécile Loge dont Paul Parfonry officiait en tant que témoin lors de son mariage en 1911 avec Henri Verne, le futur Conservateur du musée du Louvre.

     Dans le cimetière de Barbizon, une stèle funéraire, située sur le côté droit peu après l'entrée, le long du mur d'enceinte, mentionne la présence de Mary-Cécile Loge et de sa mère Mary Ennis Loge, née Woodruff. Selon les documents administratifs, l'acte de concession a été enregistré le 22 décembre 1921 par la mère et comporte de fait quatre emplacements (n° 116 à 119)S'il y en a bel et bien quatre, les registres n'y ont enregistré que deux sépultures. En premier, celle de la mère décédée en septembre 1941, à l'âge de 85 ans et en second celle de sa fille Mary-Cécile, décédée en avril 1949, à l'âge de 62 ans. Contrairement à ce qui avait été écrit précédemment, Mary-Cécile Loge n'est pas retournée vivre définitivement en Angleterre.

    Toute la question est de déterminer pour qui étaient destinés les deux derniers emplacements. Certainement pas pour Henri Edouard Loge, le mari et le père. Célèbre compositeur de musique et pianiste de talent, ce dernier est en effet décédé en 1912, bien avant l'attribution  de la concession en 1921. On sait par ailleurs qu'il est enterré dans une obscure ville du Pays de Galles. Quelles étaient les intentions de Mary Ennis, la mère, au moment de l'enregistrement de cette concession perpétuelle en 1921 ? A qui étaient destinés les deux autres emplacements ? Bien difficile d'y répondre de nos jours d'autant que Mary-Cécile, divorcée rapidement, n'a très probablement pas eu d'enfant. 

    La stèle funéraire est complétée d'une citation : God is in all and above all1. C'est une phrase, extraite de la Bible, qui est assez couramment utilisée pour souligner que la reconnaissance à cette croyance donne à la vie un témoignage de simplicité et de satisfaction. 

     Reste maintenant à expliquer cette présence à Barbizon. Il était attesté que Mary-Cécile Loge avait habité à un moment donné dans le quartier des Batignolles (17ème Arndt.). Bilingue Français - Anglais, elle exerçait, sous le nom de Marc Loge, le métier de traductrice de livres. Ses dernières traductions remonteraient à 1934, à l'âge de 47 ans. Sa mère, mariée à Paris en 1886,  était probablement venue s'installer dans cette commune à une époque où les peintres pré-impressionnistes de l'école de Barbizon commençaient à être remplacés par les écrivains, les philosophes et les comédiens. Peu après le décès de son mari en 1912, elle a du venir y habiter. L'acte de concession de 1921 en atteste. Et sa fille s'y est sans doute installée au moins après son décès en 1941, sinon plus tôt. D'autres actes à la commune peuvent sans doute contenir certaines informations pertinentes sur cette présence.

     Et c'est probablement au décès de Mary-Cécile Loge, en 1949, que les quelques beaux meubles de cette famille ont atterri chez Georges Parfonry, le petit-fils du marbrier, dans l'immeuble de la rue Jouffroy à Paris. Une sorte de retour vis à vis de l'attention bienveillante apportée au siècle précédent à l'encontre de Joséphine Loge (voir article : Les inconnus de Créteil sont élucidés). Mary-Cécile, étant née deux années après le décès de Josèphine, n'a pu la rencontrer. Et le lien familial entre les deux personnes n'a pas encore pu être déterminé. Une autre raison, encore indécelable de nos jours, devait justifier de cet héritage.

     La sépulture est par ailleurs en danger. Un état d'abandon a été constaté en date du 20/09/2011, réitéré par une observation d'absence de travaux en date du 30/01/2012. Le délai des 90 années octroyé à la concession est dépassé. Sa suppression ne serait dès lors plus qu'une question de timing.

     Celle qui devrait faire partie des célébrités de la commune, en tant que traductrice de romans d'Agatha Christie, d'épouse d'un des plus célèbres Conservateurs du Musée du Louvre et fille d'un pianiste et compositeur reconnu, risque dès lors de disparaître définitivement des mémoires. Au - travers des articles parus dans ce blog, n'est-il pas justifié au contraire de conserver un témoignage sur une personne dont la vie mériterait, avant tout, d'être mieux étudiée par les historiens ? Les responsables communaux de Barbizon pourraient en préalabe en discuter avec les associations locales concernées et évaluer ensuite de l'intérêt du maintien de cette sépulture.

 

1 Traduction : Dieu est en tout et par-dessus tout ;

La concession Logé au cimetière de Barbizon (credit : Hélène RICHARD)

La concession Logé au cimetière de Barbizon (credit : Hélène RICHARD)

La plaque funéraire Logé (credit : Hélène RICHARD)

La plaque funéraire Logé (credit : Hélène RICHARD)

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 19:04

       Les informations et analyses contenues dans cet article pourront être considérées comme un peu indigeste à comprendre par la plupart des lecteurs réguliers de ce blog. La rédaction se différencie assez de ce qui en est généralement relaté, à savoir, la présentation d'un fait divers, d'un fait de société, voire de la découverte d'un indice, d'une photo qui s'en trouve incorporée dans un contexte précis. Rien de tel dans ce cas. La généalogie a repris le dessus momentanément pour répondre à l'une des questions prioritaires non résolues à ce jour.

      Le mausolée de Créteil, monument imposant en soi et centre de convergence de nombreux membres de cette famille Parfonry, gardait sur ses stèles l'une des inconnues les plus tenaces à résoudre. Deux noms y étaient inscrits que rien ne reliaient aux autres personnes qui y sont enterrées. Que venaient faire à cet endroit des noms comme Goossens et Logé.1. Hormis le fait qu'ils portent l'un et l'autre, des noms d'origine belge, quel lien pouvait exister pour qu'ils se retrouvent, tous deux, gravé à cet endroit ?  

      La réponse vient probablement d'être trouvée. Le blog a joué parfaitement son rôle attractif et convivial. Il a réussi à combler mes lacunes en généalogie, mes peurs aussi de me perdre dans le dédale des fiches numérisées ou non des archives. Grâce à l'appui d'Annick CourbeConservatrice du cimetière communal de Créteil, la source intelligente de l'histoire de ce cimetière, des informations essentielles m'ont été transmises. Une fois encore, à la manière d'Hercule Poirot, le rassemblement des indices nouveaux, se mélangeant aux données déjà connues, a apporté sa solution.

     Une certitude en découlait directement. Au vu de la date de décès des deux personnes, 1885 pour Logé et 1888 pour Goossens, ce ne pouvait être que François-Xavier qui avait autorisé la présence de ces deux noms. Cette constatation permettait d'entrevoir une perspective de solution soit au niveau familial, soit en lien avec son entreprise de marbrerie. Comme il en découlera, les deux approches finiront pas se combiner. A cela, venait s'ajouter le fait que Paul Parfonry, le fils de François-Xavier, était déclaré "cousin de la mariée" au mariage d'une dénommée Mary-Cécile Logé en 1911 (voir article : Paul est invité à un mariage), plus connue comme traductrice sous le pseudonyme de Marc Logé (voir articles : A la recherche de la famille Logé ; Du nouveau sur la famille Logé) .

       Les recherches menées dans les archives par la Conservatrice relancent la question sur les inconnus de Créteil. Combinés avec ceux déjà établis, ils doivent nous conduire à trouver l'explication plausible. De manière succincte, on reprend les points essentiels des récentes découvertes sur les deux noms gravés dans la pierre de Créteil.

sur Goossens : il s'agit de Charles, Frédéric Goossens, célibataire, décédé le 29 février 1888 à Paris (10ème Arndt.) à l'âge de 37 ans, fils de Jean-Baptiste Goossens et de Louisa Parfonry ; il est mentionné comme sculpteur sur l'acte de décès ;

sur Logé : n'ayant pas trouvé de traces sur tous les arrondissements de Paris, ni à Créteil, la seule référence avérée est relative a une dame Joséphine Logé, célibataire, née à Anvers et décédée le 30 août 1885 à Paris (9ème Arndt.), à l'âge de 67 ans, fille de sieur Logé (sans prénom) et de Louise Lallemand; elle est mentionnée comme rentière sur l'acte de décès ;

     Comme toujours, à partir de ses quelques éléments, efforçons-nous d'en retirer le maximum de conclusions :

- Si l'année de naissance de Charles Goossens est inscrite sur la stèle (1851), celle de Joséphine Logé (1818) est aisément déduite de ces nouvelles informations ;

- il est indéniable que les liens de Joséphine Logé avec Anvers, son lieu de naissance d'une part, et avec Louise Lallemand d'autre part, ne peuvent qu'attester qu'il s'agit de la personne inscrite sur la stèle; les concordances sont trop nombreuses pour ne pas en être assuré.

- Louise Lallemand n'est autre que la soeur de Jeanne Lallemand, la mère de François-Xavier, née en 1797, et de Ferdinand Lallemand, déclaré comme plafonneur, né en 1803. Louise était leurs ainée, étant née en 1786 à Neerheylissem, tout comme Jeanne et Ferdinand2.

- La ville d'Anvers est de nouveau présente, attestant qu'elle fait intrinsèquement partie de l'environnement de proximité de cette saga.

- Le fils ainé de Ferdinand Lallemand, né le 26/10/1839 à Neerheylisem, a été prénommé François-Xavier2. Peu courant, voire assez peu utilisé à cette époque (voir article : Explication sur le choix de François-Xavier comme prénom), on pourrait y voir, dans ce choix, un certain lien de proximité avec notre marbrier. Ce fils est décédé en 1912 à Sint-Truiden (Saint-Trond), démontrant par là qu'il a du rester vivre en région flamande.

- Compte tenu qu'aucune Louisa Parfonry3 n'est connue et n'a jamais été retrouvée sur un acte d'état civil, une présomption tendait à me laisser croire que Louisa Parfonry, la mère de Charles Goossens, n'était en définitive que Louise Lallemand ; la transformation du prénom de Louise en Louisa pouvant s'expliquer par une influence flamande dans l'écriture, suite à son passage par Anvers. Seul point divergent, elle aurait eu 65 ans à la naissance de Charles GOOSSENS, ce qui est assez peu crédible pour en être sa mère. La découverte en juin 2015 d'un acte de naissance à Anvers au nom de Maria Ludovica PARFONRY apporta la réponse (voir article : Jean se dévoile un peu plus et Ferdinand est bien de la famille - Anvers  2). Soeur cadette de François-Xavier, le lien avec Louisa ne laissait aucun doute. L'année de naissance et la ville d'Anvers répondent aux incertitudes du nom de baptême.

- Sans que l'on puisse établir du type de lien existant entre Joséphine Logé et Mary-Cécile Logé, la mention de cousin présente un début d'explication. Même si, à ce stade, on peut considérer que la relation entre les familles Parfonry et Logé reste assez ténue.

- Etant renseignée comme rentière sur son acte de décès, Joséphine Loge devait avoir hérité de quelqu'un pour bénéficier de cette situation. Le prénom de son père n'ayant hélas pas été mentionné, l'explication reste à découvrir.

- Le nom de Lallemand résonne à plusieurs reprises dans les mariages des Parfonry de Neerheylissem. L'affinité entre ces deux familles est due probablement à l'importance numérique prise par cette famille Lallemand, installée à Neerheylissem depuis le début du 18ème siècle2. Elle constituait un réservoir conséquent de candidates au mariage.

      Sous réserve d'une confirmation par un acte officiel, l'explication du cousinage entre les familles Parfonry et Logé semble avoir été trouvée. Ni plus ni moins qu'un simple cousinage lointain par alliance. Joséphine Logé, renseignée sur une stèle adjacente du cimetière de Créteil, serait de fait ..... la fille de la soeur de la grand-mère paternelle de Paul Parfonry  où si on préfère ..... la fille de la soeur de la mère de François-Xavier (ce qui plus clairement se dit être la cousine germaine de François-Xavier). Assez compliqué à retenir mais assez plausible. Autre inconnue découverte en parallèle, la tombe de Marie-Cécile Logé, la fameuse cousine de Paul, décédée en 1949, a été retrouvée récemment dans le cimetière de Barbizon4(voir article : La tombe de Marie-Cécile Logé est découverte).

      Comme prévu, la présence de Charles Goossens est bien la résultante d'une combinaison entre sa situation familiale et son métier de sculpteur, très certainement dans l'entreprise de la rue Saint-Sabin (voir article : Ce qui reste de l'atelier du marbrier).

       Il est avéré que la ville d'Anvers a bel et bien été le réel lieu d'installation avant d'entreprendre la migration vers la France. C'est probablement dans cette ville que Jean Parfonry aura rencontré Jeanne Lallemand, avant de retourner à Neerheylissem pour se marier. Les données rassemblées sur la généalogie Lallemand2 avaient déjà mis en évidence ce phénomène de déplacement vers Anvers pour de nombreux membres de cette famille, originaires de Neerheylissem.

      Dans la famille Lallemand, le lien entre les soeurs Jeanne et Louise d'une part et les soeurs Amélie et Julienne d'autre part (voir article : Le magasin Delhaize dans la rue des Charrons), n'a pas du être un facteur de rapprochement familial. Il faut remonter à leur arrière-grand-père Jean, marié à Neerheylissem en 1724 pour voir apparaître un ancêtre commun. C'est probablement, à peu de chose près, ce qui a du se passer chez les Parfonry où la lignée française, installée à Anvers en Flandre, s'est peu à peu éloignée de la branche belge résidant en Wallonie. Il faut remonter au grand-père de François-Xavier, né en 1762 à Neerheylissem, pour retrouver un ancêtre commun aux deux lignées, même si l'horloger Emile PARFONRY de Bruxelles avait encore connaissance de l'existence de PARFONRY à Paris en 1930..

 

1 Selon Annick Courbe, ces noms n'étant pas enregistrés dans le registre communal de Créteil, il est probable que ces deux personnes ne soient pas inhumées à cet endroit ; les noms sont gravés, en outre, sur une sorte de stèle bien distincte de celle du grand monument ;

2  DELANDE Jean (1991) : Généalogie des LALMAND de 1687 à 1991, Hélécine, 131 pages,(ronéo) ;

3  Et aucune Louisa PARFONDRY n'est recensée dans la généalogie des PARFONDRY ;

4 Information transmise par Hélène RICHARD qui signale par ailleurs que cette tombe va être enlevée  par la commune pour cause de non entretien ;

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  • : Le blog de PARFONRY
  • : Le cadre directeur de ce blog consiste à réunir ce qui peut être transmis sur un patronyme. La présentation de tous ces personnages n'est finalement qu'une manière de transférer un patronyme. Qu'il soit culturel, social ou historique, ce patronyme ne fait que proposer un film dans lequel les séquences sont des instants de vie. L'environnement, le vécu de chacun a probablement plus d'impact sur ce que nous ressentons. Les gênes se diluent plus vite que le lien avec le mode de vie et les rencontres. Cette vision oblige à élargir le champs d'investigation en déviant de l'aspect purement généalogique. La découverte de nouveaux indices motive et assimile parfois cette recherche à une enquête. L'histoire ne peut être racontée de manière linéaire. Chaque élément, chaque personnage a droit à son histoire dans le récit tout en suivant le dénivelé et les courbes imposés par les aléas de l'Histoire et de la vie. Contrairement au patrimoine, un patronyme se voit contraint de s'adapter aux vicissitudes des évolutions sociales et des guerres. Le contenu des quelques 350 articles de ce blog a été rassemblé dans un livre intitulé "La véritable saga des PARFONRY de Neerheylissem - L'histoire d'un toponyme devenu un patronyme ".
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