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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 19:46

     On découvre ici l'une de ces photos très anciennes qui n'appartiennent plus uniquement à la mémoire mais bien à l'expression artistique d'une époque. Cette photo cartonnée a été prise en mars 1892. C'est probablement celle qui nous permet de remonter le plus dans le temps de notre mémoire personnelle. Cette mémoire qui, selon Milan KUNDERA, photographie et ne filme pas. 

    Cette photo nous montre le visage de Jules LANCELLE, né en 1846. Sa mort, à l'âge de 46 ans, est intervenue à la suite d'un accident de travail. Il serait tombé d'une échelle, d'un toit selon les dire qui nous sont parvenus. C'est l'un de mes quatre arrière - grands - pères (voir article : Se rappeler de ses arrière-grands-parents en ce 2 novembre). Il dirigeait une entreprise de tailleurs de pierre à Tirlemont. Sa fille cadette, Julienne, ma grand-mère, qui naîtra quelques mois plus tard, ne le connaîtra jamais. 

     Retrouvé en même temps que la photo, les faire - part de décès nous en apprennent également un peu plus sur les moeurs de l'époque. La différence essentielle réside dans la multiplicité des services funèbres. Ceux-ci, au nombre de six, s'étalent entre le 14 mars et le 8 mai, soit sur 55 jours. Répartie entre quatre services religieux (Eglises Saint-Germain, Rév. Pères Dominicains, Frères Cellites et Saint Pierre à Grimde) et deux organisés par des sociétés (Sociétés La Fraternité et De Snelle Duif), la mort avait à cette époque un aspect marqué par les commémorations et le recueillement. On refaisait le chemin par lequel le défunt avait l'habitude de passer.

   La photo prise sur son lit est en soi expressive. Il y a comme une manifestation esthétique de la vie dans cette pose, ce regard. Comme le disait Thomas de QUINCEY1, la violence n'est qu'une occasion potentielle pour le style de s'exprimer2. Manifestement le style l'emporte d'autant que la partie émotionnelle, celle qui permettrait de relier à la souffrance, n'existe plus. Le temps a effacé l'empathie. Le lien génétique s'est estompé pour ne laisser que la photo souvenir que l'on peut désormais réintroduire dans son contexte sociétal.

Photo et faire - part de décès de Jules LANCELLE (1846 - 1892) et de Victorienne GUILLAUME(1847-1915)
Photo et faire - part de décès de Jules LANCELLE (1846 - 1892) et de Victorienne GUILLAUME(1847-1915)
Photo et faire - part de décès de Jules LANCELLE (1846 - 1892) et de Victorienne GUILLAUME(1847-1915)

Photo et faire - part de décès de Jules LANCELLE (1846 - 1892) et de Victorienne GUILLAUME(1847-1915)

     Les lieux des services funèbres sont en étroite relation avec la vie du défunt et de sa famille. La principale observation qui en découle réside dans le fait que ce dernier ne dépendait pas de la paroisse de l'Eglise Notre - Dame - du - Lac (Onze-Lieve-Vrouw-Poelkerk), qui se trouve sur la Grand - Place de Tirlemont (Grote Markt van Tienen). La première célébration religieuse s'est en effet déroulée dans l'église Saint - Germain, située en dehors du centre-ville, sur la Veemarkt (Marché aux bestiaux). Elle sera suivie de deux services en lien avec des congrégations religieuses, celle des Dominicains ensuite celle des frères Alexiens (ou Cellites), affilié à la règle de Saint Augustin et prenant en charge les malades mentaux. Il s'en suivra un service à l'église Saint-Pierre à Grimde, cet ancien hameau qui est désormais englobé dans les extensions de la célèbre Raffinerie tirlemontoise, entreprise emblématique de la ville.

     Les deux derniers services religieux sont par contre plus éloquents. Organisés par deux sociétés, très probablement liées aux activités extra-professionnelles du défunt, elles permettent d'en connaître un peu plus sur lui. Si celle dénommée La Fraternité doit mettre l'accent sur l'entraide à l'encontre de personnes en situation précaire, la seconde De Snelle Duif (traduction : Le Pigeon rapide) est en rapport avec le loisir qu'il devait pratiquer, celui de colombophile. Localisé dans un café portant le même nom, installé dans la Bostsestraat (traduction : rue de Bost), nous sommes en cette deuxième moitié du XIXème siècle, en plein développement de ce loisir3. Loisir qui, comme on l'a déjà développé, arrivera dans ma famille par la suite (voir article : Ils ont été des coulonneux).

    Les lieux, le nombre des services religieux et la nature des sociétés attestent de l'environnement dans lequel devait baigner Jules LANCELLE. Tous situés en dehors du centre-ville, dans la banlieue sud, ils sont des indices pertinents d'un cadre de vie coexistant avec un milieu populaire. 

    Quant au choix de l'imprimeur de la photo du défunt, LINSKENS et GRAFE, celui-ci s'est porté sur le plus connu de la ville. Pour rester sans doute en adéquation avec la notoriété de l'entreprise que dirigeait Jules LANCELLE. De nos jours, on peut encore retrouver ce type de photos de cet imprimeur sur des sites de vente.

    A la lecture des faire-part de décès du couple LANCELLE - GUILLAUME, on y apprend qu'ils étaient tous deux originaires de Beauvechain. Y trouvant, dans cette origine, l'explication de l'utilisation du français, et non du flamand. Tirlemont était, à cette époque, la ville de référence pour les populations environnantes des cantons francophones de Jodoigne et Hannut. Depuis sa création en 1836, la Raffinerie Tirlemontoise - RT était devenue un pôle d'attraction économique pour l'ensemble des villages de cette Hesbaye disposant des meilleures terres agricoles du pays4.

     En recherchant des éléments sur la généalogie de Jules LANCELLE, on découvre5 qu'il a été le seul de cette famille a ne pas avoir fait partie des centaines d'habitants de Beauvechain à migrer vers les terres du Wisconsin. Parmi toutes ces personnes, on recense ses grands-parents (Jacques LANCELLE et  Catherine DURDU), son père Noël avec sa deuxième épouse (Joséphine QUOITOT), auxquels se joignirent les frères (Simon et Guillaume) et les soeurs (Célestine, Marie Joséphine et Marie Octavie) de ce dernier. Sans oublier Nicolas, le propre frère de Jules qui fit également partie du contingent qui arriva à Red River Towship vers 1870. Un lieu se nommant Misere Road existe de nos jours en bordure du lac Michigan6, en référence avec l'un des hameaux de Beauvechain, dénommé La Misère. Jules, on ne sait pourquoi, n'accompagnera pas le reste de la famille. Le fait qu'il s'était marié peu avant en 1868, doit être un début d'explication. Aucun GUILLAUME n'est mentionné dans la liste des départs, indication probable d'une meilleure assise financière de cette famille. Jules quittera cependant Beauvechain pour aller chercher du travail à Tirlemont.

    On retrouvera cette commune de Beauvechain quelques années plus tard lorsque Emile, l'instituteur, s'y installera en 1914 pour y exercer son métier. Peu de temps après, il rencontrera Julienne LANCELLE, la fille cadette de ce couple7, très probablement chez Marthe GUILLAUME, la couturière chez qui il venait se faire confectionner ses costumes. Et qui me donne, in fine, l'explication des affinités ayant existé entre les familles PARFONRY et GUILLAUME. Chaque fois que je me promenais avec mon grand-père dans le village, il s'arrêtait devant la maison GUILLAUME, située dans la rue du Monty, pour échanger quelques paroles. Je n'avais jamais saisi l'explication de cette préférence.

    L'analyse des éléments en rapport avec la photo du défunt me donnait l'explication d'une interrogation remontant à l'enfance. Elle est dorénavant photographiée dans la mémoire de notre histoire pas seulement pour le lien généalogique mais surtout pour les différentes clefs qu'elle a permis d'ouvrir. L'histoire de ces wallons du Wisconsin refait aussi surface pour rappeler l'un des épisodes importants de l'histoire de notre terre d'origine.

 

1 Thomas de QUINCEY ( 1785-1859 ) : écrivain anglais (dont : De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts) ;

2 Cité par Adam THIRLWELL dans son interview par Ysaline PARISIS (suppl. FOCUS Le Vif du 12 février 2016) ;

3 Si ce sport est attesté dès le fin du XVIIIème siècle dans la région liégeoise, l'importance du rôle des pigeons lors du siège de Paris en 1870 par l'armée prussienne constitua un catalyseur pour son développement ;

Petit rappel : mes parents se sont rencontrés dans un bal à Tirlemont en 1946 ;

5 DUCAT Jean (2000) : Brabançons du Nouveau Monde : contribution à l'étude de l'émigration de Belgique méridionale vers les Amériques au 19ème siècle ;

6 A proximité de lieux comme Namur, Brussels, Rosières autres endroits témoignant d'une origine belge de ces migrants ;

7 Julienne avait deux frères qui reprendront l'entreprise comme tailleurs de pierre et une soeur ainée Marie Josèphine ;

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 11:23

     Dans l'énoncé des différents articles relatant la vie de certains personnages ayant porté notre patronyme, le prénom Emile est apparu à trois reprises. Leurs parcours détaillés ont attiré l'attention et leurs destinées se sont ainsi retrouvées dans des revues à diffusion locale.

     Il a été fait mention, à plusieurs reprises, de l'horloger, celui qui réalisa la désormais renommée Boîte du roi , cette montre à gousset avec la représentation du roi Léopold II sur le cadran. Cette particularité fut développée dans un article de la revue UURologisch Nieuws d'août 2012, intitulé  Parfonry, een Brussels uurwerkmaker ... 1, et rédigé par Eddy FRAITURE.

     Il fut question aussi de l'instituteur de Beauvechain, mon grand-père. Celui qui est resté attaché à son école pendant 37 années et qui nous a légué toute une série de photos de classe. Les articles reprenant son parcours dans ce blog ont créé un intérêt au niveau de la revue locale Le Bulletin du Centre culturel de la vallée de la Néthen. Il s'en est suivi trois articles successifs sur les instituteurs de ce village, rédigés par l'historien du village Thierry BERTRAND (+). Et le premier, publié en 2008 (numéro 155), est intitulé Emile Parfonry et l'école des garçons de Beauvechain 1914 - 1950.

     A ces deux Emile de la branche des PARFONRY de Neerheylissem est venue s'y ajouter récemment une troisième personne à cet inventaire. Laquelle n'avait néanmoins pas attendu nos recherches pour qu'il soit présent dans la littérature. Militaire au Congo au temps de l'explorateur H.M. STANLEY, le parcours de cet Emile se retrouvait déjà dans plusieurs ouvrages importants de cette période coloniale, si emblématique de notre pays. Même si Hotton, sa ville de naissance, lui a dédié son nom à la rue principale, son histoire était cependant tombée dans l'oubli depuis plusieurs décennies. La faisant redécouvrir dans ce blog, les détails qui en ressortaient ont attiré l'attention d'un de ces anciens qui s'efforcent de faire revivre le passé de notre colonie. Fernand HESSEL qui est aussi, pour la circonstance, un ancien collègue de travail, remontant à la période de la DGD au SPF Affaires Etrangères, a eu une carrière centrée sur le secteur de l'éducation, et consacrée principalement au Congo. Il contribue de nos jours, par de nombreux articles, à la publication de l'excellente revue Mémoires du Congo et du Ruanda-Urundi  (abréviation : MdC) qui s'efforce de redynamiser les connaissances sur ces pays. Dans le numéro 36 de décembre 20152, un article, intitulé Un pionnier de chez nous, a été consacré à ce militaire. Sur un plan d'appréciation personnelle, ce dernier numéro comporte également deux autres articles très instructifs, l'un intitulé Le pagne dans tous ses états et surtout Ishango, il y a 20 000 ans au Congo. Ce dernier article nous rappelle l'histoire de ces os, découverts en 1950, et présentant des traits symétriques incisés. Les scientifiques avancent l'idée qu'il s'agit du plus vieil objet d'aide au calcul. On y apprend aussi que ce bâton d'Ishango  fera partie de la prochaine mission en apesanteur ou, reprenant la symbolique de l'os se transformant en engin spatial dans le film l'Odyssée de l'espace, il abandonnera sa capsule et sera lancé dans l'infini. Superbe message sur le lien entre les connaissances anciennes et actuelles.

 

Revue Mémoires du Congo n°36 (page de couverture et article  Un pionnier de chez nous)
Revue Mémoires du Congo n°36 (page de couverture et article  Un pionnier de chez nous)

Revue Mémoires du Congo n°36 (page de couverture et article Un pionnier de chez nous)

      L'article de la revue MdC retrace la brève carrière du sous-lieutenant Emile PARFONRY, issu de la branche d'Erezée. De sa naissance en 1857 à son décès en mars 1883, on y relate brièvement son parcours. Marqué essentiellement par son séjour de huit mois au Congo, celui-ci est matérialisé au travers du nom donné à la rue principale de sa ville de naissance mais surtout par l'évocation élogieuse que lui a adressée l'explorateur H.M. STANLEY dans son livre3  et reprise au milieu de l'article. Non mentionné, par manque de place probablement, sa rencontre à Isangila, ou il officiait comme chef de station, avec le futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON, cet anglais qui deviendra plus tard l'un des concepteurs, avec Cecil RHODES, de la stratégie d'expansion coloniale avec les expressions  From the Cape to Cairo et Scramble for Africa (voir article : Une rencontre à Isangila le long du fleuve Congo). Reste à espérer qu'un jour on puisse retrouver sa tombe au cimetière de Manyanga4, là ou furent enterrés les premiers expatriés durant cette période5.

    Dans un autre article de ce numéro, intitulé La conquête de la DOA (Deutsch Ostafrika), est rassemblée l'historique de la guerre menée en 1916 par la Force Publique contre les possessions allemandes en Afrique Orientale. On y trouve à plusieurs reprises, la mention du colonel MOLITOR, celui qui reprendra le Rwanda et sera donc à la base du transfert de cette colonie dans le giron de la Belgique. Or, ce nom n'est pas inconnu dans notre propre histoire.

   Dans la lettre du 22 janvier 1930 écrite par l'horloger Emile PARFONRY et adressée à Narcisse PARFONRY, l'un des frères de ce militaire, il est fait mention de ce nom (J'ai causé plusieurs fois chez M. Molitor, cantine de la Cambre, avec feu votre frère Emile Parfonry alors sous-officier, je conserve sa photo). S'agit-il de la même personne ? Aucune certitude. Si on interprète les paroles, ces discussions ont eu lieu avant le départ du militaire Emile PARFONRY pour le Congo, en 1882, soit au moins 48 années plus tôt. L'horloger était âgé à ce moment de 30 ans et le militaire de 25 ans. Quant à Philippe MOLITOR, né en 18696, devenu par la suite général, il n'était âgé que de 13 ans. Les dates ne présentent pas une réelle concordance pouvant valider la rencontre entre les deux militaires. Même si l'origine luxembourgeoise (MOLITOR est natif de Villance, commune de Libin, près de Mirwart) et son début de carrière à l'Ecole militaire  (sous-lieutenant en 1889) apportent un début de similitude avec la biographie d'Emile, le militaire. Et tous deux bénéficient d'avoir une rue à leur nom dans leur commune de naissance7.

 

1 Traduction : Parfonry, un horloger bruxellois ... ;

2  memoiresducongo.be/wp-content/uploads/2016/03/MDC-36.pdf ;

3  STANLEY H-M (1885) : Cinq années au Congo, Bruxelles, ING ;

4 A ne pas confondre avec le cimetière des pionniers de Ngaliema, à Kinshasa ;

5 Il fut probablement l'un des derniers à être enterré à Manyenga car la première inhumation à Ngaliéna , celle du lieutenant Grang, eut lieu le 11 avril, soit quelques jours après le décès d'Emile Parfonry ;

6 Source : Acad. Roy. Sc d'Outre-Mer. Biographie Belge d'Outre-Mer, T VII-C, 1989, col. 301-306;

7 Une rue Général MOLITOR existe dans le village de Villance, lieu de naissance de Philippe MOLITOR ;

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 16:58
Coupes gagnées par Georges, le colombophile, en fin de carrière

Coupes gagnées par Georges, le colombophile, en fin de carrière

Médailles à titre de reconnaissance de la R.F.C.B (Royale Fédération Colombophile Belge) à Emile (François) PARFONRY (à gauche) et à Georges PARFONRY (à droite)

Médailles à titre de reconnaissance de la R.F.C.B (Royale Fédération Colombophile Belge) à Emile (François) PARFONRY (à gauche) et à Georges PARFONRY (à droite)

      Les articles de ce blog mélangent, de façon aléatoire, les personnages, les siècles, les lieux, au gré des découvertes mais aussi des sensations de celui qui les rédigent. Un aspect de sujets fourre-tout sans hiérarchie, découlant de la méthode de travail utilisée.

    La récente édition du livre Quelle famille.2 ! (voir article : De Neerheylissem à Briou, une famille bien française), faisant suite à une précédente moins importante (voir article : Une vraie histoire de famille expliquée), est en soi la preuve qu'une certaine maturité dans les idées, sur le parcours de ces personnages, sur l'histoire de ce patronyme, sur la géographie de ces lieux est en train d'être atteinte. Après avoir fermenté durant sept années, au travers de plus de 300 articles, le chemin de la finition, de la compréhension, de la délivrance apparaît. Les découvertes ne se feront plus avec la même intensité. Les clefs semblent être désormais suffisantes pour tirer la chevillette et faire tomber la bobinette de cette maison, remplie d'histoires. 

  Raconter la vie des personnes qui nous ont précédés constitue un acte de transmission permettant de découvrir le contexte sociétal et de sauvegarder la mémoire familiale et historique. Du moins, certains aspects de cette mémoire. Ceux qui finalement sont restés encrés dans nos souvenirs. 

   Dans la biographie qui m'a été concoctée dans ce livre, il est précisément mentionné que je suis issu d'une lignée de colombophiles. Quoi de plus normal dès lors que de rebondir sur ce rapport avec un sport populaire, popularisé par la bande dessinée Le Vieux Bleu1 et par l'expression Les convoyeurs attendent2sans oublier de rappeler de l'importance accordée aux pigeons lors des guerres. De plus, la Belgique, et la région liégeoise en particulier, est considérée comme le berceau de ce sport.

   L'histoire a débuté peu après 1945. Proche de sa retraite, Emile, l'instituteur, y trouvait une occupation pour utiliser son futur temps libre. Il fut un colombophile passionné tout au long de sa vie, fréquentant le café Poisman puis le café Renaissance où étaient réalisés les enlogements. Passion qui résulte très certainement de l'un de ses amusements favoris au cours de sa jeunesse. Cela constituait à peindre la carapace des hannetons et à les lächer un peu plus loin afin d'observer leurs retours3. Le nombre de volières dans lesquelles il élevait  ses nouveaux bleus n'a jamais cessé de rythmer sa passion. Il s'activera à réaliser manuellement les classements des concours sur de grandes feuilles, comportant de nombreuses colonnes de chiffres. 

     Jusqu'en 1995, soit durant un demi-siècle, les pigeons ont ainsi rythmé la vie familiale, que ce soit à Beauvechain, puis dans une maison à Auvelais, choisie parce qu'elle disposait d'un pigeonnier dans le grenier, avant de terminer dans la nouvelle habitation à Tamines, là ou impérativement le pigeonnier fut construit en premier pour permettre une acclimatation rapide des volatiles. Georges,  le fils, peu motivé au départ semble t-il, pour s'impliquer, a finalement relevé le défi, allant jusqu'à devenir Président de la Société colombophile (voir article : Georges, le colombophile).

    Je ne sais si cela a été une chance pour moi. Vivre pratiquement jusque l'âge de mes 24 ans au contact des sensations ressenties, d'un mode de vie ciselé par les concours, des expressions formulées autour de ce sport, n'a jamais été perçu comme une obligation pour en poursuivre sur une 3ème génération. Pensez - donc, les vacances étaient quelque chose d'inconcevables dans ce milieu. Et le repos du dimanche était carrément utopique vu que les lâchers pouvaient se faire très tôt. Espérer que j'apporte une aide quelconque, alors que je devais, sans trop le faire paraître, gérer ma courte nuit de sommeil, devenait trop héroïque. Sans compter, mes absences pour aller prendre l'apéro avec les copains et copines au Café Caméo des Alloux, profitant d'une heure du repas incertaine, compte tenu d'un timing élastique d'arrivée des pigeons. Honnêtement, je crois que, pendant toutes ces années, j'ai du approcher moins de dix fois un pigeon dans son colombier. Remerciant donc mon père de ne m'avoir à aucun moment forcé la main. 

      Un sport, héritier en quelque sorte de ce droit seigneurial octroyé aux propriétaires de ces châteaux-fermes, autorisés à disposer d'un colombier au-dessus de l'entrée principale. Les colombophiles avaient conservé cette prestance, cet air faussement aristocratique, qui faisaient oublier leurs tabliers de travail, le raclement journalier des fientes. Le nombre de bonniers était remplacé par le nombre de pigeons pour attester de l'importance de l'élevage. La séquence du dimanche matin, entre avril et octobre, aurait pu servir de sujet pour un sketch. Dès l'aurore, les communiqués colombophiles, diffusés, par la radio nationale, d'heure en heure, ne laissaient aucune place à la conversation. Je mémorisais de la sorte toute une série de localités inconnues, réparties sur des lignes de vol que les pigeons devaient en principe suivre. Cette litanie de noms de localités constituait en quelque sorte la seule ouverture sur le monde de tout ce petit microcosme. Dans un jargon austère pour le profane, une speakerine lisait des notes très codées, du genre4: Momignies, couvert, 25 km/heure, W à SW, Bogaert à partir de 7h 30, Transcona à partir de 8 heures5

     Sport reposant sur le sens d'orientation des volatiles, la capacité de développer un palmarès honnête ne dépend pas vraiment de cette seule aptitude naturelle. Le bonus pour faire partie de l'élite est régi par trois axes essentiels. Le premier est basé sur la monogamie du pigeon et la participation active du colombophile à sa vie amoureuse. En complément de l'accouplement obligatoire en matière de sélection, le veuvage est l'un des termes les plus prisés dans cet environnement. Il consiste à séparer le couple pendant la semaine avant de présenter la femelle au mâle quelques minutes. En espérant que l'émoi contracté favorisera un retour rapide de ce dernier. Le deuxième axe repose sur la nourriture. Un colombophile averti ne se contente pas vraiment des graines de céréales et des mélanges vendus dans le commerce. Il ajoute, sans complexe, comme potion magique, des décoctions de toutes sortes, mais aussi quelques graines de chanvre (il kiffe le pigeon) pour stimuler l'ardeur de son protégé. Et pour compléter ce tableau, le pigeon se verra empêcher, au retour d'un vol d'entrainement quasi journalier, de se poser, quitte à tournoyer un certain temps afin de favoriser sa musculature. Au final donc, beaucoup de similitudes dans la préparation entre le pigeon et un coureur cycliste pour en arriver au plus haut niveau. Même en connaissant de mémoire l'ascension du Mont Ventoux, un coureur comme Richard VIRENQUE n'aurait pas été assuré d'arriver le premier. Il en est de même chez les coulonneux.

   Le plus décevant finalement, ce sont tous ces termes spécifiques à ce sport populaire qui n'ont pas obtenus un droit d'asile dans les dictionnaires. Que ce soit coulonneux6, pigeonniste, constateur7, enlogement8, clapettes9,...., tous sont ignorés. Contrairement à certains termes de golf tels que fairway, par, tee, putt,... sport bénéficiant d'une plus grande bienveillance malgré sa terminologie typiquement anglaise d'origine. Comme pour signifier que, malgré son expansion internationale10, le caractère populaire et peu avenant de la colombophilie ne peut rivaliser avec la technique, le charisme avoué des meilleurs golfeurs et la spirale ascendante de ces pratiquants.

    De toute cette époque, il n'a été conservé que deux coupes et deux médailles11. Le reste est parti dans les oublis des déménagements. Hélas, aucun des résultats de ces concours, publiés sur des feuilles très larges, nous sont parvenus. Probablement les deux dernières coupes attribuées à Georges, venant couronner un loisir assumé avec dévouement et passion. On peut y lire successivement :  

     Prix du dévouement. Conseil sportif Sambreville 94 12

    Champion de vitesse et de Demi Fond. Champion général.

      De toute cette époque, il ne nous reste que quelques photos. Pour compléter l'article et en montrer des moments de vie, elles sont ajoutées ci-dessous. 

photo 1 : Emile, l'instituteur, à Beauvechain, tenant un pigeon de la manière la plus conventionnelle, les pattes maintenues entre l'index et le majeur (avec le pigeonnier en arrière plan); vers 1953 ;

photo 2 : Georges, à Tamines, rentrant dans le colombier pour aller constater un pigeon revenant d'un concours; vers 1980 ; (n.b. : les clapettes sont bien visibles, au-dessus,  à chacune des entrées du pigeonnier);

photo 3 : présence insolite de pigeons en bordure de la pelouse, au pied du pigeonnier ;

photo 4 : autre présence insolite et rare de trois générations; Georges à gauche (tête uniquement), Roland (avec le poignet et un bras cassés suite à un accident de voiture dans les gorges du Zaïer au Maroc) et François ; été 1985 ;

photo 5 : réunion de colombophiles à l'abbaye de Brogne (St Gérard) ; Georges, Président de la Société L'Indépendante de Tamines, et son épouse à gauche, en face : Jean WIART, Président provincial de Namur ; vers 1990 ;

 

1 WALTHERY François et CAUVIN RAOUL, Le Vieux Bleu, Marcinelle, Ed. Dupuis, 1980, 48 pp. ;

2 Les convoyeurs attendent : film de Benoit MARIAGE avec Benoit POELVOORDE et Bouli LANNERS (1999) ;

Cette pratique est similaire à celle utilisée avant la découverte de la bague de caoutchouc en 1888; les pigeons étaient marqués par des tâches de couleur ;

4 Extrait du livre Les convoyeurs attendent, de Françoise LEMPEREUR, éditions DUCULOT et RTBF, 1990, 195 pp. ;

5 Ce qui signifie : A Momignies, lieu du lâcher, le temps est couvert avec des vents de 25 km/h, de direction W à S-W; (vu que la ligne de vol présente une météo correcte), le convoyeur Bogaert lâche ses pigeons à partir de 7h30 et le convoyeur Transcona à partir de 8h. ;

6 Coulonneux : Mot, originaire du wallon, désignant le colombophile ;

7 Constateur : Appareil permettant de contrôler l'heure d'arrivée du pigeon  en introduisant la bague plastique placée sur la patte dans une capsule métallique ;

8 Enlogement : Local généralement situé à l'arrière d'un café, où l'on emmène les pigeons pour le concours en les mettant dans des paniers après avoir misé une somme d'argent ;

9 Clapettes : Système de tiges métalliques permettant au pigeon d'entrer dans le pigeonnier sans pouvoir en sortir ; 

10 Le Japon et Taiwan furent pendant de nombreuses années des acheteurs importants de pigeons belges ;

11 Les deux médailles portent la même mention sur les deux faces (LA R.F.C.B. A TITRE DE RECONNAISSANCE A ......., sur l'une et une empreinte d'une personne debout sur un socle avec un pigeon posé sur sa main droite, sur l'autre face) ;

12 Georges PARFONRY (1920-2006) s'est retiré des concours de manière définitive en 1995, lorsqu'il s'est installé, avec son épouse, dans un appartement  à Auvelais ;

   

Ils ont été des coulonneux
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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 12:06

   Quoi de plus naturel en somme de découvrir une nouvelle montre de l'horloger Emile PARFONRY de Bruxelles. Plusieurs articles de ce blog en avaient déjà relatés l'existence (voir articles : Emile, l'horloger et la Boîte du Roi ; Le parcours d'une petite montre en or ; Avec le double portrait de Léopold II ; Encore une montre de l'horloger ; .....). Un modèle cette fois encore différent des précédentes découvertes. Retrouvée via le site eBay, il s'agit dans ce cas d'un cadran de 32 mm de diamètre, en émail, avec des aiguilles en or. Et particularité supplémentaire, à l'intérieur, outre le nom et l'adresse, on peut y lire : Médaille d'or Paris 1889.

  Obtenue lors de l'Exposition Universelle de Paris de 1889, celle qui fêtait le centenaire de la Révolution et marquée par la construction de la Tour Eiffel, cette médaille est totalement inédite, en raison de sa date d'obtention. C'est en effet le modèle de montre le plus ancien retrouvé de l'horloger Emile PARFONRY. Celles détaillées jusqu'à ce jour ne remontent pas avant 1900.

    Autre particularité, selon les éléments apportant certaines explications sur cette Exposition, la Belgique n'était pas représentée par un Commissaire officiel. Un différent entre Léopold II et le France existait à cette période concernant une querelle de délimitation frontalière entre les deux Congo, via les explorateurs H.M. STANLEY et P. SARVORGNAN De BRAZZA (voir article : Emile PARFONRY au milieu du conflit STANLEY-De BRAZZA). Malgré ce déni, la Belgique était bien présente officieusement sur une superficie totale de 13 000 m2. En évidence la partie industrielle était assez prédominante avec le textile, l'armurerie, la verrerie, Solvay, la marbrerie, les produits alimentaires, l'installation complète d'un puits de mine et un plan complet du port d'Anvers. Mais pas vraiment de stand dédié à l'horlogerie.

   Mais ou donc pouvait avoir exposé notre horloger. Attesté comme Magasin suisse, pour certains de ces produits, il est naturel de penser que c'est dans le pavillon de ce pays qu'il était présent probablement. Avec ses 6500 m2, la Suisse présentait entr'autre 160 exposants en horlogerie, avec des modèles inconnus jusqu'à ce jour. Un indice qui tend à indiquer que notre horloger entretenait des relations avec des fabricants de ce pays, bien avant qu'il n'utilise dans le mécanisme de ses montres, le célèbre brevet MOERI 7547, déposé seulement en 1893.

    Détail insolite, un début de concentration commence à se faire remarquer sur la provenance des objets retrouvés au niveau de la famille PARFONRY.

   Cette dernière montre provient d'un magasin d'antiquités installé à Pirmasens, en Rhénanie Palatinat. Précédemment, un tableau (voir article : Une peinture de Paul en Allemagne) avait déjà été retrouvé dans le länder de Rhénanie du Nord - Westphalie. Outre le fait que ces deux lands sont situés à proximité des frontières franco-belge, comment ne pas y voir un lien avec le lieu dans lequel Georges PARFONRY a été enfermé pendant la guerre 14-18 (voir article : Georges, prisonnier à Meschede). Le camp de Meschede se situe dans ce même länder. Par la suite, de par sa connaissance de l'allemand, il a ouvert, après la guerre 40-45, l'agence IBM de Düsseldorf, la capitale de ce land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Telle une enquête policière, les coïncidences constatées s'avèrent assez troublantes pour que l'on n'y décèle une piste de cohérences.

 

La montre ayant obtenu la Médaille d'or à Paris en 1889
La montre ayant obtenu la Médaille d'or à Paris en 1889

La montre ayant obtenu la Médaille d'or à Paris en 1889

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 17:58

      On aurait pu intituler cet article Un long dimanche de fiançailles. Mais la photo, reprise ci-dessous, est indéniablement le reflet d'une certaine époque. Et c'est à partir de ce qu'elle exprime que l'on en a choisi l'angle d'interprétation. Même si elle peut se définir comme étant une photo de famille, le caractère qui en ressort est marqué par le positionnement et la personnalité des personnes qui y sont représentées. Ni photo de groupe, montrant des individus en symbiose avec le moment, ni photo souvenir témoignant d'un bref instant de rencontre, elle n'en reste néanmoins expressive et interrogative. On y ressent une certaine ambiance, un lien certain entre les personnages. Ambiance et lien que l'on va chercher à faire apparaitre, à interpréter. Mais surtout, photo d'un autre temps, représentative d'un monde rural, retranché sur ses principes, qui n'avait pas encore rejoint le monde galopant des paillettes et de la citoyenneté. 

    La répartition et le regard des personnages en sont indéniablement les aspects majeurs qui en ressortent. Pas besoin de mots, de phrases pour comprendre que cette photo laisse apparaître la force de caractère, la fierté, l'autorité patriarcale des deux personnes posant à l'avant plan. Dès la première manipulation, on est confronté à ce sentiment de domination transmis par ces deux regards. Ils sont manifestement les personnages sur lesquels se focalisent directement notre attention. Attention qui finalement en arrive à découvrir l'autre sentiment exprimé dans la photo. Hommes et femmes sont isolés, séparés par les marches de l'escalier. Non comme une coïncidence mais assurément comme une volonté de reproduire un modèle de société.

     Qui sont-ils, tous ces personnages ? Trois hommes et cinq femmes renfermés dans leurs devoirs et leurs obéissances. Observons bien la photo avant de les définir.

Tout se trouve dans les regards sur cette photo

    Prise le jour des fiançailles, sur le perron de la maison des parents de la future mariée, à Incourt, la photo se compose de deux groupes de personnes. Ou on n'y retrouve pas vraiment une expression de joies, de satisfactions, d'union. Tout répond indéniablement à certains codes encore en vigueur. 

     A l'avant plan, Jean BERGER (1885-1962), le père de la fiancée, le patriarche à la tête d'une fratrie de six enfants1, le chef d'entreprise en plein essor du développement d'un négoce de grains et d'aliments pour bétail, démarré en  l'année 19272. Un personnage autoritaire, fier, séduisant, joueur en Bourse, bon vivant et entrepreneur. Et qui pour moi, outre le fait qu'il ait été mon parrain, a représenté cette force, cette rudesse et ce caractère taiseux qui marquaient généralement les gens des campagnes habitués aux durs labeurs. 

    Un peu en retrait, Emile PARFONRY (1895-1987), le père du fiancé, l'instituteur à l'aube de sa retraite. Un personnage autoritaire, instruit, défenseur de la fonction publique, cultivant son jardin, colombophile passionné et peu dépensier. Et qui pour moi a représenté cette recherche de connaissances, ce côté strict, ce repli identitaire qui marquaient généralement les nouvelles instances émergeantes dans les villages.

   En somme, rien ne rassemble ces deux grands-pères, ces deux chefs de famille. Deux personnages hiérachisés par une simple photo. L'autorité de l'entrepreneur, main dans la poche, veste ouverte,  prévalait par rapport à l'autorité de l'instituteur, renfermé à l'intérieur de son habit. Tout est résumé dans la pose et les regards qui transpercent au travers du papier de la photo. Le premier se devait de marquer de sa prestance et de son territoire.

      Et derrière, à l'abri du trois-pièces boutonné de l'instituteur, Georges PARFONRY (1920-2006), le fils unique, le fiancé, le futur marié, l'ex réfugié du Gard (voir article : Réfugié dans le Gard), le futur Président associatif (voir article : Georges, le colombophile), mon père. Qui, tout en montrant une déférence aux anciens, n'en affiche néanmoins une certaine désinvolture3. Loin du regard profond et perçant, pour ne pas dire tueur des deux autres personnages, le changement de génération est réel. L'héritier, le gendre envisageait, à ce moment, de ne pas reproduire  l'attitude de ses aînés. 

     Au fond de la photo, sur la dernière marche, compactée dans un espace restreint, un groupe de cinq femmes qui attendent probablement l'accord pour se disloquer, une fois la prise introduite dans le boitier. De gauche à droite, on découvre :

Rosa HENNE (1895-1956), la belle-soeur de Jean BERGER, épouse de Georges BERGER (1895-1970), appelée tante Rosa d'Orbais ;

Marthe HUYNEN, épouse d'Adolphe BERGER (1917-2000), le frère de Solange, et donc future belle-soeur, celle qui est à la base de la rencontre dans un bal à Tirlemont, entre les deux fiancés du jour ;

Marthe BERGER (1920-1978), fille de Fernand BERGER (1892-1958), le frère de Jean BERGER ;

Solange BERGER, née en 1924, la petite fiancée du jour, ma mère ;

Julienne LANCELLE (1892-1984), épouse d'Emile PARFONRY, mère de Georges, ma marraine ;

    Une absente remarquée, Maria DELEUSE (1886-1961), la mère de la fiancée, l'épouse du personnage à l'avant-plan. Comme pour bien signifier que c'est sur lui que se focalise l'image de la famille. Pour preuve, au moment de me choisir un parrain, on aurait pu se reposer sur un des trois frères aînés de Solange. Mais, cette éventualité n'était pas encore envisageable, en cela confirmé par un choix similaire pour ma marraine. A bien regarder, même dans ce groupe de femmes, on peut y trouver une hiérarchie. La petite fiancée, celle qui aurait du se retrouver à l'avant-plan, auprès de son futur époux, afin d' authentifier pour les générations futures l'instant, est reléguée à l'arrière-plan aux côtés de sa belle-soeur. Le léger sourire qui l'anime est cependant comme le miroir de celui affiché par son fiancé. Une façon de représenter la joie qui les réunit au milieu de tous ces regards figés et peu accueillants, façonnés par la position sociale. Manifestement, si l'on ne m'avait pas donné d'explications sur le sujet de cette photo, rien ne laissait présager que l'on assistait à l'une des premières rencontres entre les deux familles BERGER et PARFONRY4.

     Quant à préciser le moment, on ne peut que s'en référer à la date du mariage qui suivra (24 mai 1947) (voir article : Le mariage de Georges et Solange) et à l'habillement : probablement début du printemps 1947 ?

    Il m'a fallu, il est vrai, un certain temps avant de décrypter les attitudes et faire revivre le moment au travers de sa date de prise de vue. N'ayant entrevu pendant longtemps que la présence de mes deux grands-pères et de mon père, rassemblés dans un instant unique, l'analyse des attitudes, des regards, la ségrégation n'étaient pas ce qui m'avait apostrophé. Tout cela m'est apparu après n'avoir retenu que quelques dizaines de photos5 parmi toutes celles qui s'aggloméraient dans des boîtes en fer. La multitude avait supprimé la finesse de la description6. Par ce tri, considéré au départ comme un peu aléatoire, il n'avait en fait été conservé que les photos les plus marquantes, celles que mon regard avait perçu et connecté aux neurones. L'expressivité, l'esthétique et l'instantané avaient servi à nourrir mes filtres. Et en dernière analyse, de donner une fenêtre pour me faire comprendre, d'une certaine façon, l'une des raisons de mon choix de carrière à l'étranger. Etait-il envisageable de vouloir fuir ces regards, cette autorité, cet esprit dominateur ? Poser la question c'est probablement et partiellement y donner une réponse !!7

Sans compter les deux premiers fils morts en bas-âge ;

2 Le Plan Marshall, instauré après la guerre 1940-1945, avait mis l'une de ses priorités sur le développement de l'agriculture ;

3 Agnès PARFONRY lui voit " un petit air détaché et coquin " ;

4 Rencontre qui n'a pas du se réaliser souvent, selon mes propres connaissances ;

5 Choix effectué afin de présenter, sur un panneau, un éventail de photos à l'occasion de la journée organisée, en mai 2014, pour fêter les 90 ans de ma maman, la petite fiancée de la photo ;

6 La photo originale étant assez petite, c'est après l'avoir scannée et aggrandie que les détails au niveau de l'expressivité des personnages sont apparus ;

7 L'autre partie de la réponse à la question est explicitée dans l'article : Les dictionnaires du grand-père

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 11:36

    Jusqu'à ce jour, tous les exemplaires décelés du modèle Boîte du Roi de l'horloger Emile PARFONRY ne comportaient qu'un seul portrait de Léopold II sur le cadran extérieur. L'exemplaire en notre possession suffisait à satisfaire notre souci de mémoire, se contentant de suivre les ventes de ce modèle afin d'en inventorier les pièces encore existantes.

    On peut dès lors qualifier d'incroyable, de surprenante cette récente découverte1 d'un modèle similaire mais comprenant, non pas un, mais deux portaits de Léopold II. Outre celui classique sur le cadran externe, un deuxième, plus grand, se découvre sur le couvercle interne incorporé entre le cadran et le mécanisme d'horlogerie. 

   Le cadre et le lieu de la réception de ce modèle apportèrent le cachet complémentaire inhabituel. Précédé de plusieurs échanges de mails, un rendez-vous fut pris, le jeudi 11 septembre à 11 heures, sous la statue du soldat, sur la place de Ham-sur-Heure. Après quelques minutes d'attente, l'Opel Astra de François Van GEEL pointa son capot noir. Comme pour un script d'un film d'espionnage, le transfert aurait pu se faire de manière discrète sous le regard inopérant du soldat. Un bistrot proche donna heureusement l'opportunité de rendre la transmission progressive et instructive, de manière à apprécier mais surtout de permettre que cet instant ne soit ni fugace, ni malhabile pour donner plus de consistance à ce passage de témoin. Porté par l'intérêt actuel sur les objets militaires, ce modèle fut découvert à l'occasion d'une de ces bourses d'échange rassemblant ce qui se rapporte à ce domaine. Ce modèle Boite du ROI était effectivement attribué lors de concours de tir au cours desquels participaient des militaires.

     Son diamètre de 5.3 cm lui donne indéniablement une autre prestance. Et oh surprise, une pression sur le remontoir supérieur permet d'ouvrir le boitier, en faisant apparaître subtilement le second portrait. Pour le reste, rien n'est dissemblable au modèle classique. Le texte habituel  E. PARFONRY  Fabricant Bte du ROI  Concours 190   Prix remporté par  est bien mentionné en demi cercle. Mais, ayant du laisser la place au second portrait, il se retrouve sur la face interne du cadran inférieur. Sans l'année précise et le nom du gagnant, c'est indéniablement l'un de ces modèles préparés en un certain nombre d'exemplaires mais qui ne furent jamais attribués. Et attestant de la même finition, le mécanisme d'horlogerie, qui fonctionne toujours, porte également la mention de MOERI'S PATENT 7547/280 NON MAGNETIC, confirmant bien, par le brevet, la référence à la Suisse liée à cette maison d'horlogerie (Voir article : Le magasin suisse de l'horloger PARFONRY)

Avec le double portrait de Léopold II
Avec le double portrait de Léopold II
Avec le double portrait de Léopold II

     Ce nouveau modèle donne encore plus de consistance à la qualité intrinsèque de notre horloger familial qui avait déjà obtenu une médaille d'or lors de l'Exposition Universelle de 1889 à Paris (voir article : L'horloger Emile PARFONRY est reconnu parmi les siens). Il est logique de penser qu'il fut réalisé pour attirer la convoitise du Souverain dans le choix de son fournisseur. Cette proximité avec le Palais Royal, quant à la délivrance de cette création Boîte du ROI, ne s'est pas pérénnisée sur la durée. 

      Agé de 52 ans au moment de la cession de son magasin de la rue de Namur à la Maison ROSSEELS (1906 probablement), cela nous semble assez précoce et peu explicite. Si ce n'est le début des déboires de Léopold II à la suite de la publication du rapport du diplomate anglais Roger CASEMENT, en décembre 1903, relatant les exactions commises sur la population locale au Congo afin d'intensifier la production d'hévéas. Il s'en suivra un rapport d'une commission parlementaire en Belgique qui confirmera bien en 1905 les abus. Et en 1908, Léopold II cédait son domaine privé, qu'était l'Etat Indépendant du Congo, à la Belgique. Il se peut que cette cession de son horlogerie de la rue de Namur puisse être expliquée par les débats politiques mettant en cause le roi Léopold II. Manifestement, le nombre d'exemplaires réalisés prévoyait un usage plus important ce qui expliquerait la relative présence de montres non attribuées circulant de nos jours.

    Sur base de l'agencement des différents indices et dates rassemblés, cette présence de l'horloger dans la Cour du Palais pourrait être aussi la résultante de la contribution des deux frères PARFONRY (Emile et Narcisse) de la branche d'Erezée aux visées expansionnistes et colonisatrices de Léopold II. Installé dans la rue de Namur, à proximité du siège de la Société " Etat indépendant du Congo " qui gérait les financements octroyés par le roi Léopold II pour couvrir les frais de l'explorateur H.N. STANLEY, il serait assez incongru de ne pas y voir de liens. En se rappelant aussi que le décés en 1883 du lieutenant Emile PARFONRY au Congo, eut pour effet d'avoir une certaine indulgence vis à vis de son frère Narcisse2. Qui se retrouva par la suite aux confins du Brésil et de la Bolivie pour gérer une exploitation d'hévéas, confiée à une société anversoise mais pilotée au travers de l'appétit colonial de Léopold II. Le contenu des quatre lettres écrites en 1884 et 1885, découvertes dans les Archives au Palais Royal, sont assez explicites à cet égard (voir article : Hubert-Narcisse PARFONRY devant le Conseil de discipline). Narcisse revint en Belgique en 1903, soit peu avant que l'horloger ne crée probablement son modèle " Boîte du ROI". Une certaine logique dans la succession des dates est indéniable. Même si aucuns liens familiaux n'ont été trouvés, à ce jour, entre les PARFONRY des branches d'Erezée et de Neerheylissem, le patronyme commun et le choix de l'horloger peuvent être perçus comme une retombée de la promesse de protection accordée par le roi Léopold II à la famille du militaire, décédé au Congo.

     Un grand merci à François Van GEEL qui a compris qu'il ne s'agissait pas d'un simple échange d'une pièce entre collectionneurs. Sans cela, il n'est pas certain que l'on aurait pu aboutir à patienter au pied du soldat.

 

1 Découverte effectuée via le site de vente 2ememain.be ;

2 Rappelons la phrase écrite par Narcisse PARFONRY dans sa lettre du 22 octobre 1884, adressée au roi Léopold II, faisant référence au décès de son frère militaire en mars 1883 au Congo : Vous avez daigné, Sire, promettre votre haute protection à sa famille et à ses frères qui comme lui, servent sous le drapeau belge ;

 

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 16:59

     Habitué à découvrir des modèles de montres à gousset pour hommes de l'horloger Emile PARFONRY, la surprise n'en fut que plus importante pour ce dernier exemplaire retrouvé. Contrairement aux autres pièces présentant un couvercle de métal argenté de dimension raisonnable, celle-ci était une petite montre en or 18 carats de quelques 2,7 cm de diamètre, marquée du numéro 5721. Le mécanisme interne d'horlogerie ne comporte aucune référence quant à un brevet de fabrication.

      Tout en venant s'ajouter aux quelques exemplaires dèjà récupérés, le parcours de ce modèle en ajoute avant tout à l'intérêt. Même partielle, la description ouvre la possibilité de certaines pistes de suivi sur base de ce que nous en a relaté la personne qui nous a proposé d'entrer en possession de cet objet.

      " Cette montre a été au départ la propriété d'un haut gradé militaire d'origine allemande, répondant au nom de WEICKERT. Il a épousé une belge et ont habité à Uccle (Bruxelles). Leur fille Marie-Louise, née vers 1930, a reçu cette montre en héritage. Restée célibataire, elle a finalement transmis, avant sa mort en 2010, cet objet à une de ses amies. Toujours vivante, c'est par l'intermédiaire de sa fille Isabelle WAYS que cette montre a intégré la collection rassemblée de l'horloger ".

    Que retenir de cette transmission de mémoire ? Le seul élément déterminant de ce parcours est le nom de ce militaire allemand. Sa présence à Bruxelles ne semble pas résulter de la période de la première guerre mondiale. Il a probablement du arriver, au vu de l'année de naissance de sa fille, après 1920. Aucun détail supplémentaire n'a pu m'être fourni par Mme Renée WAYS-DAMIEN, l'amie de la fille de ce WEICKERT. 

    Seule piste intéressante pouvant être retenue, en rapport avec les éléments déjà relevés, la naturalisation ordinaire en 1939, d'un dénommé WEICKERT Ludwig-Conrad, né à Nürnberg (Nuremberg) le 25 août 1878, et habitant la Belgique depuis 1925. Il est mentionné comme Agent commercial  à Uccle. Ayant satisfait aux obligations sur la milice dans son pays d'origine, son mariage avec une belge et la naissance d'une fille sont également repris dans la justification pour l'obtention de cette naturalisation1.  Agé donc à ce moment de 61 ans, les dates, la nationalité et la présence à Uccle ne laissent que peu de doutes sur le lien avec le militaire allemand. Seul élément non concordant, la référence au satut d'agent commercial ne confirme pas totalement de l'identité d'un seul et même personnage. Ayant des carrières plus courtes, il se peut que ce militaire allemand, arrivé en Belgique à l'âge de 47 ans, ait officié comme agent commercial après sa mise à la pension. Sans être assuré de ce critère, la piste est néanmoins cohérente et crédible. Ce Ludwig-Conrad WEICKERT est bel et bien celui qui est entré en possession de cette montre.

      Arrivé à Bruxelles en 1925, WEICKERT n'a pu acheter ce modèle de montre directement dans le magasin de l'horloger, installé dans la rue de Namur à Bruxelles2. Il est par contre très probable qu'elle ait été acquise pour l'offrir en cadeau à son épouse. Deux éventualités peuvent être dans ce cas envisagées. Soit, la montre s'est retrouvée après 1918 en Allemagne, ramenée par un soldat allemand et récupérée par ce WEICKERT. Soit, ce même WEICKERT a acheté directement à Bruxelles cette montre dans un magasin spécialisé, peu après son installation en Belgique. Autre possibilité, WEICKERT lui-même, serait entré en possession de cette montre pendant la guerre 14-18. Ayant 36 ans en 1914, il aurait pu faire partie de l'armée allemande qui a envahi la Belgique. Ce qui reste malgré tout à être confirmé.

     Pour la première fois, l'action de se réapproprier une montre de l'horloger Emile PARFONRY s'est vu consolider par la connaissance partielle de son parcours. Une manière de combler notre curiosité sur un objet marqué non seulement de notre patronyme mais aussi de notre histoire familiale. Et complétant cette satisfaction modeste, la consistance en or du boitier n'en confère que plus de valeur. Le prix fixé, après un échange de mails, est bien en rapport avec la valeur marchande et symbolique de ce modèle.

 

1 Projets de Loi présentés par la Commission des Naturalisations, Chambre des Représentants, session extraordinaire 1939, n°130 et 131  (Liste n° 14) ;

2 Ce magasin de l'horloger PARFONRY  a été cédé à un autre horloger (Maison ROSSEELS) vers 1906 ;

 

      

La montre en or E. PARFONRY BRUXELLES avec la mention 18 K et son numéro.La montre en or E. PARFONRY BRUXELLES avec la mention 18 K et son numéro.

La montre en or E. PARFONRY BRUXELLES avec la mention 18 K et son numéro.

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 07:08

     Un article assez ancien de ce blog avait relaté du passage d'un certain JOHNSON rendant visite au Congo en 1883 à l'explorateur H.M. STANLEY (voir article : L'avis de décès d'Emile Parfonry, le militaire explorateur). Rien dans cet article ne mentionnait l'objet de cette rencontre avec celui qui travaillait directement pour le roi Léopold II en personne. En cette période de tension et de compétition entre les puissances européennes en Afrique, cette rencontre entre deux anglophones (N.B. : STANLEY, gallois de naissance, avait la nationalité américaine) ne pouvait, croyait-on, être placée que sous le signe d'une mission spéciale. La qualité de ce dénommé JOHNSTON n'avait pu être déterminée à ce moment, en raison d'une erreur de transcription de son nom (JOHNSON) dans l'extrait de journal qui faisait précisément l'objet de ce précédent article.

      La découverte récente d'une autre publication relatant spécifiquement des échanges entre H.M. STANLEY et H.H. JOHNSTON permet d'éclaircir les points restés obscurs. Pour s'apercevoir que la personne rendant compte de sa visite à STANLEY au Congo, en cette fin d'année 1882, n'est autre que le  futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON (1858-1927), celui qui, avec Cecil RHODES, fut de ceux qui établiront la ligne directrice de cette entreprise coloniale anglaise, à travers l'expression "From the Cape to Cairo ". Egalement, un des principaux acteurs des expressions "la course à l'Afrique - Scramble for Africa ", marquant cette période de conflits territoriaux intenses que la Conférence de Berlin de 1885 ne pourra pas totalement apaiser. 

      A l'époque de cette rencontre avec STANLEY, JOHNSTON n'en était encore qu'à son premier voyage en Afrique Centrale. A l'âge de 34 ans, il avait débuté par un séjour en Angola y accompagnant un certain Lord MAYO1 pour sa connaissance du portugais et sa passion des langues bantoues. A la suite de ce périple, il arrivera fin 1882 à Vivi au Congo, sur la côte atlantique. Y rencontrant STANLEY, il lui proposera, sur financement personnel, de remonter le fleuve Congo pour y écrire ses impressions d'Afrique, en envoyant régulièrement des lettres à des journaux britanniques, dont le Times2. Persuasif, il obtint l'autorisation de mener une expédition à pied en remontant le fleuve jusqu'au Pool Malebo, accompagné de trois Zanzibarites armés et de onze porteurs.

     Rapidement, JOHNSTON arrivera à Isangila, la station récemment ouverte sur le chemin remontant jusque Léopoldville. Emile PARFONRY y officiait, depuis le 15 novembre 1882, comme responsable chargé de faire signer des traités avec les chefs locaux (voir article : Emile Parfonry au milieu du conflit Stanley - De Brazza). De facto, les deux personnages se rencontreront. C'est cette rencontre qui est relatée au travers de l'extrait repris ci-dessous. Ecrit en français, ce livre contient beaucoup d'extraits de lettres de H.H. JOHNSTON et H.M. STANLEY, écrites en anglais et non traduites.

H.H. Johnston et H.M. Stanley sur le Congo, par Marcel LUWEL; Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer, Bruxelles, 1978

...........Le 11 janvier 1883, Johnston arriva à Isangila après quatre jours de marche et le 5ème de son départ de Vivi. Dans sa lettre au Chef de station de Vivi, il écrit "Je l'aurais facilement atteint en trois si je n'avais eu à lutter contre un mauvais temps qui parfois me jeta dans le désespoir".

........En entamant l'ascension de la colline sur laquelle se trouve Isangila, Johnston note la croix noire et le tertre de la tombe de Paul Nève, pionnier belge mort à la fleur de l'âge. ........ " A broad causeway" conduit à la station où le lieutenant Parfonry commande. Johnston trempé par la pluie et comme il le dit " feeling slightly embarrassed by my disreputable apperrance " se présente à Parfonry occupé dans le magasin du poste. L'officier belge le dirige  dans une chambre de la station, lui procure des vêtements propres et lui prépare un bain chaud. Johnston, à qui un serviteur demande ce qu'il voulait avoir, répond: " a glass of wine ". Parfonry n'en a plus et Johnston se voit obligé de boire " endless cups of hot coffee " lors du " comfortable little repast ". La réception chaleureuse et expéditive du chef de la station d'Isangila, "un homme fort pratique et sans me demander une question remit complètement le voyageur3". Entretemps, ses hommes rentrent l'un après l'autre, lui apprenant ce qu'ils ont perdu en route. ......... Johnston " bonne fourchette s'il en fût " n'oublia pas de signaler à Stanley les qualités du lieutenant Parfonry, chef de la station ; deux fois par jour des légumes frais et quelles salades ! Des radis nouveaux, au petit déjeuner, des pommes de terre frites au diner, des ananas, des papayes et des bananes au dessert " ... so that it is quite rejuvenating to stop here ". Cette lettre est déjà révélatrice d'un Johnston qui apprécie les  avantages dont il a profité..... Le "Royal " l'attendait pour le conduire à Manyanga.......

     JOHNSTON poursuivit sa route jusque Léopoldville qu'il atteignit le 1er avril. Il fera le chemin inverse en quittant Léopoldville le 25  avril pour arriver peu après à Manyanga où il y restera jusqu'au 3 mai. Il sera de retour à Vivi le 24 mai, après être passé à nouveau par Isangila. Il quittera le Congo le 29 mai pour Luanda en Angola avant de repartir vers l'Europe où il rencontrera le roi Léopold II en juillet 1883 (N.B. : Résumé des principales dates repères du parcours de JOHNSTON en 1883)

    Ces quelques dates sont importantes car cela permet de confirmer que H.H. JOHNSTON, en arrivant à Manyanga fin avril sera mis au courant de la mort du lieutenant PARFONRY, décédé le 24 mars, et en conséquence que c'est bien lui qui prendra la lettre avertissant de son décès lors de son retour en Europe.

      Après ce premier périple en Afrique, H.H. JOHNSTON poursuivra une brillante carrière. Disposant de plusieurs cordes à son arc, il était à la fois botaniste, ethnographe, écrivain, dessinateur, peintre, polyglotte et passionné de linguistique bantoue. Mais surtout, il deviendra l'un des administrateurs coloniaux britanniques les plus en vue. C'est lui entr'autre qui règlera le problème des sphères d'influence entre le Portugal et le Royaume-Unis, qui se fera l'avocat de la cause portugaise pour l'attribution de l'embouchure du fleuve Congo, qui critiquera l'aspect commercial de l'exploration du Congo par Léopold II, qui s'efforcera de transférer le Katanga belge sous influence anglaise. Il fait partie de ceux que les britanniques qualifient d' " Empire builders ". Etait-il venu simplement au Congo en simple passionné ou agissait-il déjà comme agent britannique, la question a été évidemment posée ? Il semble que ce premier périple en Afrique Centrale a éveillé sa conscience une fois qu'il comprendra l'intérêt que portera Londres aux récits de son voyage. En 1884, il entreprendra une nouvelle expédition au Kilimanjaro pour la Royal Geographic Society avant de débuter une carrière diplomatique en 1886 au Cameroun.

     La rencontre à Isangila avec le futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON a été sans doute capitale pour notre lieutenant Emile PARFONRY. Doté très certainement d'une personnalité forte, mais montrant un indéniable sens de la convivialité et de la reconnaissance, JOHNSTON a du répercuter auprès de STANLEY les impressions qu'ils avaient ressenties à son égard lors de son court passage à Isangila. Ce qui explique en grande partie l'éloge que portera personnellement H.M. STANLEY sur Emile PARFONRY, en écrivant dans son livre Cinq années au Congo 1879-1884 : One of the most excellent men was the Lieut. Parfonry. He lived long enough to show that in him were contained all the elements that make men greatly esteemed for intrinsic worth, moral bravery, and the indefatigable spirit of capacity .....Autre aspect qui découle de cette rencontre, c'est qu'elle confirme les qualités de cuisinier d'Emile PARFONRY qui étaient déjà apparues dans le livre Sur le haut Congo de Camille COQUILHAT, où on y repère la phrase ".... les trois poules que nous avons achetées en route mijotent dans les marmites. Parfonry est proclamé chef des fourneaux "

 

1  Ce Lord Mayo ne peut être que le fils d'un Gouverneur général et Vice-Roi des Indes de 1869 à 1872, assassiné en poste en 1872 ;

2 JOHNSTON publiera, à partir de toutes ces lettres, un livre en 1884 intitulé "The River Congo " ;

3  Phrase reprise de H.H. JOHNSTON, écrite dans un français hésitant ;

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 14:15

     C'était le 14 juin 2013. Le temps n'était pas trop moche. On avait connu pire en cette année où il était plus fréquent de sortir ses habits de protection que les protections solaires. Les BBQ étaient d'ailleurs toujours remisés dans leurs pénates d'hiver. Une préparation assez minutieuse devait me permettre de répartir les quelques rencontres qui allaient agrémenter cette journée. Un retour aux sources, comme on le dit en pareille occasion. Beauvechain, lieu d'installation de mon grand-père en 1914, est situé à 23 km de Neerheylissem.

     Ce devait être vers le mois d'octobre 1960. A l'âge de onze ans, je quittais définitivement le village de mon enfance, suivant par là mes parents. Mon père, licencié quelques mois plus tôt, des Ateliers Belges Réunis (ABR) de Leuven, avait déniché un nouveau job dans la région industrielle de la Basse-Sambre. Aux ateliers HMS d'Auvelais. Tout allait devenir différent, sinon enrichissant.

     Un premier retour avait bien été réalisé en 2008. Dans l'ancien site du patronage, j'avais rencontré, par hasard, Thierry Bertrand. Il s'en était suivi trois articles sur les instituteurs de Beauvechain, dans le Bulletin du Centre culturel de la vallée de la Néthen (Emile Parfonry, Basile Paesmans, Jacques Riguelle). Malheureusement, suite à son décès peu après, le contact fut rompu.

      Désireux de parfaire la période de vie de la présence des Parfonry à Beauvechain entre 1914 et 1960, j'ai réactivé récemment la démarche. Par des échanges de mails avec André Gyre, un répertoire d'adresses et de numéros de téléphone me fut transmis. Il ne restait plus qu'à organiser tout cela. Quelques coups de téléphone, quelques mails allaient jeter les bases de cette journée. Mais aussi pas mal d'imprévus et de rencontres enrichissantes qui permirent de récolter le maximum d'indices.

     Première étape à mon arrivée : la maison communale. Comme pour sentir le vent, l'ambiance dans ce village. Sur la place, le tilleul planté en 1860 n'existait plus. Les locaux de l'administration étaient ouverts. Je devais être le premier visiteur de la journée. Sans vouloir à tout prix découvrir et quémander des informations. Plutôt sensibiliser à ma démarche, présenter l'originalité de mes recherches, montrer les vieilles photos de classe. Donner en somme un peu d'informations afin d'accaparer l'attention. C'est ainsi que Carine, Sabine et les autres filles rencontrées, captivées et captivantes, me donnèrent en retour quelques éléments de réponse. Le temps avait bien sur effacé pas mal de données mais la volonté était là de regarder les anciennes photos et de rechercher le nom des élèves. De découvrir notamment le visage de gamin de Fernand Vansante, dénommé Nannan, son beau-père pour l'une, de voir son grand frère Willy pour une autre. De donner des nouvelles de Francis Lebrun,  mon meilleur ami de l'époque, pour une troisième. De chercher la date de naissance de Georges Huens, celui qui se retrouve sur un bout de papier retrouvé dans un livre du grenier pour une autre (voir article : Mot d'excuse pour l'instituteur).

      Deuxième étape, me diriger vers Tourinnes-la-Grosse, une autre section de cette commune, à la rencontre de Madame Gyre, l'épouse de l'instituteur Marcel Gyre, celui qui avait remplacé mon grand-père en 1949 et décédé quelques années plus tard. J'avais promis à son fils de lui apporter la photo ou son mari se trouvait en compagnie de ses élèves. Une personne de 90 ans me reçut, avec un très léger accent flamand, presqu'aussi alerte et tout aussi rayonnante que les filles que je venais de quitter. N'étant pas de Beauvechain, elle ne pu me donner aucune information sur les photos de classe que je lui présentais. Par contre, de manière très détaillée, elle m'expliqua, au travers de notre conversation, la route pour voir l'un des rares de ma photo de classe qui habitait encore Tourinnes. Mais au lieu de Pierrot Gilis, l'assureur, je ne vis qu'une jeune secrétaire qui me dit que son patron était à la mer. Juste le temps de me présenter et de laisser une carte de visite, je pris la direction du Centre culturel de la vallée de la Néthen (ici on dit CCVN), question de leur montrer ma trogne après avoir envoyé, sur recommandation d'André Gyre, toutes les photos de classe que je possédais. Hélas, la permanence était vide. Pas de chances de ce côté. Il était temps que je pense à me restaurer.

      Sur conseil d'une des filles de l'Administration communale, j'optai pour le café Renaissance, près de l'église de Beauvechain. Malgré mon jeune âge, à l'époque, ce café était resté un lieu important. Ce fut de cet endroit que je regardai pour la première fois une émission de télévision. C'était le jeudi après-midi, jour de congé scolaire à l'époque. Il y avait l'émission Les 1001 jeudis présentée par Lisette, Jean Poinpoin (ah ! cet excellent animateur que fut par la suite Jean-Claude Ménessier) et Jacques Careuil mais aussi, Pantaléon, le Commissaire Bredouille et l'Agent Cadrenbois, personnages burlesques venant en appui avec des séquences éducatives. Pareil à Bonne nuit les petits, cela ne s'oublie pas des mémoires. Le café n'appartenait plus à la famille Van Dijck, mais les nouveaux tenanciers n'attendaient, semble t-il,  que mon arrivée pour discuter de l'ancien temps. Sans compter les deux clients, sans doute des piliers de comptoir, l'un flamand, ancien militaire à la retraite, l'autre wallon et, comme je l'apprendrai très vite, ancien élève de mon grand-père. Car, la justification de ma présence une fois expliquée, André Devester se reconnut sur une photo de classe de la fin des années 1940. Y ajoutant au passage le nom de quelques autres condisciples. La tenancière s'efforça de m'aider en prenant son téléphone. La conversation se continua à bâtons rompus, pour déboucher évidemment sur une tournée générale. Me permettant de conclure que le prix de la bière dans un coin reculé de la campagne, malgré le coût de transport, restait très abordable par rapport à la ville.

    Vu le manque de résultats additifs, j'organisai la diversion. Avec l'appui du militaire flamand, le contact avec le curé s'en trouva facilité. Macaise Gitango, c'est son nom, originaire du Bandundu,  m'ouvrit les portes de l'église. Au passage, je lui mentionnai que j'avais été arpenté quelques fois la région de son enfance. De quoi dégoupiller l'amorce de la rencontre. Une envie certaine me tenaillait de faire découvrir aux lecteurs de ce blog les magnifiques fonds baptismaux de cet endroit. Avec des têtes ressemblant à des rois syriens, semblables à ceux de Neerheylissem mais surtout aussi bien stylisés que ceux de Saint-Séverin-en-Condroz. Datés de la seconde moitié du XIIème siècle, ils mériteraient manifestement une meilleure présentation. Contrairement à ces derniers, protégés par de superbes grilles de fer forgé, confortant leurs valeurs réelles, les fonts baptismaux de Beauvechain de trouvent malheureusement dans un local au fond de l'église, ressemblant plus à un débarras qu'à une réelle salle de sacrement mettant en valeur ces superbes têtes. Avec le mobilier annexe (chaire de vérité, autel, vitraux de l'abside,.... ), le sentiment de beauté esthétique, que j'avais conservé de cette église, s'est vu confirmé, cinquante-cinq années plus tard. Auquel, il faut y adjoindre les magnifiques orgues qui ne demanderaient qu'à être restaurées, selon notre militaire.

      Cette fois, il était temps de respecter les engagements pris avant de prendre la route de Beauvechain. Josèphine Poffé, la voisine de la rue de la Station, où ont habité mes grands-parents et mes parents de 1914 à 1960, m'attendait en compagnie de sa fille Josée. Comme pour me démontrer qu'il s'est avéré possible de rester dans ce village aux grandes rues très aérées, au milieu de la verdure. Un coin où il nous semble bon de vivre. Henri, le mari, le père venait de décéder, il y a à peine un mois. Il avait occupé le poste de Président de la société colombophile, succédant probablement à mon père. Mais, par téléphone précédemment, Josée m'avait déjà laissé peu d'espoir de retrouver des traces de son travail bénévole. La visite aux Poffé voulait se trouver sur le plan sincère des souvenirs, des retrouvailles. Malgré mon jeune âge, j'avais conservé quelques mémoires de ce voisinage.

     Avant d'arriver chez les Poffé, je m'arrêtai, presque religieusement, devant la maison des Parfonry. J'essayai, en comparant les quelques photos de mon enfance, de retrouver les éléments de la devanture qui avaient traversé le temps. Cet empressement se transmit sans aucun doute aux murs de l'habitation, si bien que l'une des fenêtres à l'étage s'ouvrit, faisant apparaître la propriétaire. Obligé de justifier la curiosité qui m'habitait, le contact s'en est trouvé facilité à l'énoncé de mon nom. Un nom qui fait encore office de sésame dans ce village. Je restais le petit-fils du Maisse di scole, celui qui était resté en poste pendant 37 années comme instituteur. Même si le renouveau avait oeuvré pour donner du flamboyant à cette maison, il en est resté le linteau en pierres plus claires au-dessus des fenêtres et l'agencement des briques pour attester de sa construction en 1926, comme je le rappelais en lisant un paragraphe de mon document provisoire. Josée était venue nous rejoindre entretemps. Il était temps, après avoir pris une photo, d'aller voir sa maman.

     Je ne suis pas sur d'être reconnaissable après autant de temps. Par contre, à son allure droite, son visage mince, exprimant un caractère bienveillant, je reconnus Josèphine. Originaire du village flamand proche d'Opvelp, je lui rappelai qu'elle parlait discrètement en flamand avec ma grand-mère, originaire de Tirlemont (on dit plus volontiers Tienen de nos jours). n'osant pas trop l'afficher ouvertement. Et avec Josée, on s'est rappelé nos jeux de part et d'autre du muret séparant les deux propriétés, sous la surveillance de l'instituteur, placé souvent en position de chef de char dans la tourelle de son pigeonnier. Interdiction de se toucher sous peine de remontrances !!! Le départ discret des Parfonry de Beauvechain fut évoqué également. Aucun mots d'adieu ne fut, semble t-il, adressé. L'étonnement aussi quand je mentionnai que j'avais quitté l'école du village pour rejoindre chaque jour en bus l'Athénée de Jodoigne. On parla également de mon parcours professionnel. L'Afrique m'a semblé bien loin des aspirations souhaitées. L'heure avançait. La sortie d'école se rappelait à Josée. Le rendez-vous suivant se réveillait à mon attention. Il était déjà temps de quitter les Poffé, non sans avoir embrassé Josée pour la première fois, vu l'interdiction qu'il nous avait été sermonné de jouer l'un chez l'autre. Le muret s'était muré en frontière de l'amitié.

    15h 30. L'heure avait été fixée la veille par téléphone. Avec un peu d'avance malgré tout, je gravis les marches de la maison de Jacques Riguelle, mon instituteur, avant que je ne quitte les murs de l'école communale. Tout comme pour les Poffé, je déposais un paquet de ces Gayettes du Pays Noir, apporté comme témoin du lien culturel entre les deux régions belges de mon parcours. Démontrant de son assiduité à la préparation des cours, Jacques avait rédigé quelques mémos de rappel, faisant suite à mon souhait de rapporter des anecdotes sur ce temps révolu. Il compléta également le nom des élèves sur la photo visionnée au café dans la matinée. AInsi que le nom d'Yvonne Frix, l'institutrice remplaçante sur une des photos où je suis. Ces divers renseignements viendront bien sur s'insérer dans le document en cours de finition. Le plus important cependant, c'est d'avoir eu la réponse à mon souhait de connaitre la raison de mon transfert scolaire vers l'Athénée de Jodoigne. Moins qu'une véritable querelle de clocher, l'explication était malgré tout saupoudrée légèrement d'un relent de guerre scolaire. Le départ, pour cause de maladie, de Marcel Gyre, l'excellent instituteur qui avait remplacé mon grand-père, mais surtout la question du choix de sa remplaçante, Anna VERVAEREN-QUETS, avait servi d'élément détonateur de ce verdict. Je connaissais enfin la réponse à un des points restés obscurs de mon périple. Jacques me confirma aussi qu'il avait succédé à mon père au poste de secrétaire du club de football. Hélas, question archives, il n'a pas connaissance sur leurs existences. Et confirmant ce qui m'avait été dit chez les Poffé, il n'y a aucun réel témoignage du passage du grand champion d'athlétisme que fut Gaston Roelants à l'école communale de Beauvechain. Seuls, le souvenir de son père venant enloger ses pigeons et de sa soeur Jeanine dans la classe de Madame Irène semblent réels.

    Voilà, ma journée à Beauvechain s'est achevée. J'aurais bien sur voulu rencontrer Jean-Pierre Briké, l'ami des parties de foot dans le verger familial. Mais Jean-Pierre est de ceux qui restent toujours très actifs, que ce soit sur le plan professionnel qu'au niveau du bénévolat au sein du club de football de Beauvechain. En espérant qu'il découvre des archives du temps où mon père était secrétaire du club de football. Il y a aussi le notaire Guy de Streel, celui qui connait tous les secrets des fonds de famille de Beauvechain. Son état de santé ne permet pas pour l'instant de le rencontrer. Et aussi Freddy Morsain, avec qui j'ai échangé quelques mots au téléphone afin d'espérer obtenir des informations sur l'époque du club de colombophile.

     Comment dois-je analyser cette journée à Beauvechain ? Un retour aux sources ! Un espoir d'y retrouver ses racines ! Le souci de combler les vides sur mon travail de mémoires ! Le regret d'avoir quitté ce si joli village ! Le fait d'y avoir acquis  des références à la vie ! Quelle est la bonne question ? Pour m'apercevoir avant tout que André, Pierrot, Josée, Jean-Pierre, Jacques et sans doute tant d'autres sont toujours là. Ils y ont conservés leurs racines, leurs gênes dans ce lieu, y trouvant très certainement, par la juxtaposition d'un travail et d'un cadre de vie agréable, les bonnes raisons d'y rester. Que dois-je répondre à cela ? Sinon, le fait d'un parcours varié qui m'a permis de réaliser de nombreuses rencontres, de voir de multiples paysages, d'enregistrer plusieurs expériences professionnelles, de visiter des sites inscrits dans la mémoire des peuples, de remplir de visas et de cachets plusieurs passeports, de voir la réalité de la vie africaine. Ma lignée, issue de Neerheylissem, avait déjà évité la recherche d'un emploi vers la France vers 1830, la migration des années 1850 sur les terres du Wisconsin, l'appel de la colonisation du Congo après la Conférence de Berlin de 1885, le conflit des deux guerres mondiales. Une trop grande stabilité locale s'était incrustée finalement dans les gênes. Le signal du licenciement de mon père en 1959 était un premier déclic. L'ouverture au monde s'était opérée en changeant simplement de région dans un même pays. Avec au final, le constat d'avoir pu profiter pleinement de ces dix années passées à Beauvechain. Et devant sans doute, en partie, la suite de ma carrière à la qualité de l'enseignement de Jacques Riguelle, mon instituteur.  Et mon intérêt pour l'histoire et la géographie aux émissions éducatives du jeudi après-midi dans un café devant la télévision. Le retour à Beauvechain était donc bien pour combler les vides d'un travail plus global sur la vie. Pour offrir, sans le dire vraiment, une sorte de merci à Josèphine et à Jacques de m'avoir transmis ce je ne sais quoi de message discret qui a du me suivre tout au long de ma vie.

      Avec le plaisir supplémentaire de revoir ces monumentaux fonts baptismaux qui ont bercé le petit garçon que j'étais. On ne devait pas s'y sentir à l'étroit. Et de m'efforcer, sans vouloir être ni catho ni facho,  d'en faire la promotion, la sensibilisation. En publiant à la suite deux photos de cet ensemble architectural dont une partie de l'histoire est retracée dans un livre de Joseph Schayes : Les sentiers de l'histoire à Beauvechain et environs, Vander éditeur, 1975 (livre dédicacé par l'auteur avec ces mots : à Georges Parfonry, en souvenir du pays natal). Une autre façon donc, au travers de ma démarche, de faire perdurer un lien sentimental. Retrouvé en 1875, probablement dans l'étang du presbytère1, la description qui en est faite dénote de son caractère remarquable. Quelqu'un, me semble t-il, a parlé de référence à des modèles syriens, via les croisades. Si cet article pouvait favoriser la réflexion, ma démarche n'aurait pas été vaine.

 Les fonts baptismaux sont du XIIe siècle, taillés en grès de la Meuse. Ils se composent d'une large cuve circulaire ornée de quatre têtes humaines à la barbe finement taillée, reliées par des arcatures romanes, le tout supporté par une colonne cylindrique finement torsadée reposant sur un socle carré. Ils sont parmi les plus beaux de cette époque.

       Et le Bulletin des Commissions Royales d'Art et d'Archéologie (43ème année, Imp. Van Langhendonck, Bruxelles, 1964), dans son article : Rapport sur les travaux du Comité de la Section artistique de la Commission Royale des échanges internationaux pendant l'année 1904 (reprenant les objets intéressants) d'ajouter :

L'Eglise de Beauvechain possède des fonts baptismaux d'un siècle plus ancien que ceux de l'église d'Archennes. Ils se composent, comme ces derniers, d'une cuve ronde montée sur un pédicule cylindrique avec base. La cuve est décorée de quatre têtes humaines dont deux sont couronnées; ces têtes présentent des différences très curieuses a constater dans la manière dont sont traités les cheveux et les barbes. Nous avons choisi les fonts baptismaux de Beauvechain sur la liste de ceux parmi lesquels nous choisirons pour le mouler, un spécimen de ce type et de cette époque.

N.B. Un moulage des anciens fonts baptismaux a été décidé, à la suite de la description 2 

 

1 Selon mon hypothèse, il y aurait été caché, lors de déferlante de la révolution française, par le curé de l'époque Philippe-Ghislain Labar, qui fut d'ailleurs expulsé pendant quelques années ; les archives de la cure, construites pendant le sacerdoce du précédent curé, furent détruites à ce moment ;

2 Ce qui tendrait à laisser croire que l'exemplaire dans l'église ne soit pas l'original; ce qui reste à confirmer ;

 

Fonts baptismaux (vue générale)

Fonts baptismaux (vue générale)

Fonts baptismaux : détail d'une tête couronnée

Fonts baptismaux : détail d'une tête couronnée

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 09:56

     Qui veut appréhender l'histoire de la Belgique et comprendre les facteurs relationnels qui subsistent après 180 années d'indépendance doit impérativement prendre en considération les trois clefs qui constituent son assise sociétale. Aux deux premières qui sont pour toute personne étrangère les plus perceptibles, à savoir la confrontation sur le plan politique entre la droite et la gauche d'une part et surtout le conflit linguistique wallons/flamands d'autre part, s'y ajoute un phénomène qui peut paraître similaire à ce qui a existé dans d'autres pays, en particulier en France. Mais qui s'est trouvé quelque peu exacerbé dans notre pays par suite de développement de courants politiques antagonistes sur le rôle et la présence de l'état au niveau local. C'est la question de la guerre scolaire entre les réseaux, résultant d'un conflit idéologique qui trouve ses racines une fois de plus au moment de l'indépendance de 1830. C'est cette dernière clef qui va être abordée dans la suite de cet article.

     Comme un hasard bien affuté, la carrière d'instituteur d'Emile PARFONRY s'est étalée entre les "deux guerres scolaires " qui ont émaillé l'histoire de la Belgique. Pour rappel, il a enseigné entre 1914 et 1949 dans la seule commune de Beauvechain, située dans le canton de Jodoigne, dans ce Brabant wallon de l'Est dont est originaire la lignée.

     Diplômé de l'Ecole Normale de Malonne le 1 août 1914, il sera nommé à l' école libre adoptée de Beauvechain pour y enseigner dès la rentrée de septembre. Un bien curieux nom qui est donné à une école primaire.  Un retour en arrière de quelques dizaines d'années s'avère nécessaire pour en comprendre le sens. Et surtout pour mettre en exergue ce fameux "compromis à la belge " qui reste la clef de voute de toute la dynamique jusqu'à ce jour.

     Tout débute lors de l'Indépendance de la Belgique en 1830. Par manque de budget, tout l'enseignement primaire et secondaire se développa sous la houlette des institutions religieuses catholiques. L'enseignement n'étant pas obligatoire à ce moment (loi NOTHOMB). Une première brèche à cette organisation fut instauré en 1846 quand fut décidé la création de 10 athénées et de 50 écoles moyennes avec cours de religion facultatif et droit de regard de l'Etat sur la désignation des religieux. Le coup de grâce arriva un peu plus tard, en 1879, par un gouvernement d'obédience libérale et laïque, qui créa un nouveau ministère de l'Instruction publique. Il fut instauré la loi appelée " loi de malheur " par les catholiques (loi Van HUMBEECK). Cette loi prévoyait que chaque commune devait posséder une école primaire laïque et neutre, sans cours de religion. La réaction des instances religieuses fut des plus véhémentes, allant jusqu'à refuser l'extrême-onction aux instituteurs et parents d'élèves qui choisissaient l'école officielle. L'ambassadeur auprès du Saint-Siège fut même rappelé. Et en réaction, il fut ordonné aux curés des paroisses d'ouvrir une école libre. Toute cette période de tension, entre 1879 et 1884, fut dénommée par la suite " Première guerre scolaire ".

    Vu les tensions, mais aussi suite à l'intervention du roi Léopold II et aux nouvelles élections qui avaient quelque peu modifiés l'équilibre entre les partis, cette loi de malheur fut abrogée en 1884 par une autre (loi JACOBS). Il y était stipulé que chaque commune devait avoir au moins une école, soit officielle, soit libre adoptée. Une demande d'un minimum de 20 parents était nécessaire pour en créer et y donner un cours de religion.

    Voici donc qu'apparaît cette notion d' école libre adoptée pour laquelle avait été recruté Emile, l'instituteur. Cette adjonction du terme adoptée permettait, à la demande du clergé, de recevoir des subventions communales si cela s'avérait nécessaire. Historiquement1, cette école avait été, bel et bien, créée en 1879, en réaction avec la loi de malheur. Le doyen de l'époque, Constant JACOBS, loue, le 21 mai 1879, l'ancienne ferme DECOSSEAUX-GAUTHIER, rue de l'Eglise, à son nouvel acquéreur, l'avocat JACOBS de Louvain. Elle sera connue plus tard sous le nom de Patronage. On y fait aménager la grange en classes pour une école libre pour garçons. C'est donc dans ces bâtiments qu' Emile fonctionnera dès 1914 (voir l'article : Les photos de classe d'Emile PARFONRY, l'instituteur).

    Cette situation perdura jusqu'en 1920, date à laquelle, il fut constaté un manque de salubrité dans les locaux scolaires, sur la base d'un rapport de l'architecte provincial dénonçant l'état des bâtiments qui " devraient être reconstruits dans un bref délai2 ".  Combiné à une "omission" de la part du curé MONSIEURS de demander l'octroi des subsides, il s'en suivit une réaction en chaîne.  Au Conseil communal du 07 février 1921, il y fut décidé que " Les locaux de l'ancienne école adoptée des garçons ne sont plus convenables du point de vue de l'hygiène3 ".  Cette école deviendra désormais communale. De nouveaux locaux furent affectés dans l'ancien Hospice NELIS, rue de la Station, vers 1925/1926, le temps de procéder à des aménagements pour deux classes et deux ménages d'instituteurs. Cette date est en quelque sorte le happy end de la Première guerre scolaire pour Emile PARFONRY.

     Emile, parti à la pension en 1949, ne connaitra pas non plus la seconde guerre scolaire qui se déroula de 1950 à 1959. Les discussions portèrent pendant tout ce temps sur le montant des subsides octroyés à l'enseignement libre. Selon la majorité, les subsides croissent (HARMEL, catholique) ou décroissent (VANACKER, libéral - COLLARD, socialiste). Après plusieurs manifestations à Bruxelles, et des yoyos politiques, un Pacte Scolaire fut finalement entériné le 29 mai 1959 entre les trois grands partis. Toujours ce fameux compromis à la belge !!!.  Il y était reconnu au final le choix libre des parents au niveau scolaire et la gratuité dans l'enseignement obligatoire, quelque soit le réseau. L'Etat prenant à charge tous les enseignants.

     Mais apparemment, cela n'a pas du satisfaire Emile, mon grand-père. Car, calfeutré jusqu'alors sur les bancs en bois de l'école communale de Beauvechain, devant y entamer ma cinquième année primaire, on m'inscrit sans coup férir, et moins encore en me demandant mon avis, à l'Athénée de Jodoigne4 pour cette rentrée scolaire de septembre 1959. Athénée qui n'était de fait que le résultat évolutif de l'une des 50 écoles moyennes décrétées en 1846 et confirmée par une loi organique de 18505. Je n'ai pas d'explications très précises sur cette décision de transfert mais plus que probablement qu' Emile était entré en conflit, en tant qu'ancien échevin libéral, avec la nouvelle institutrice, voire avec le nouveau bourgmestre qui était sorti des élections de 1958. Emile était aussi devenu un vrai défenseur du service public, en lui reconnaissant la réussite de donner à quiconque l'opportunité de suivre un enseignement gratuit de qualité. Il est vrai aussi que je n'ai pas été le premier élève à quitter ces locaux. André MACAU et Francis LEBRUN avaient franchi le cap l'année précédente et étudiaient déjà à l'Athénée de Jodoigne.

      Désormais, j'allais prendre le bus matin et soir pour me retrouver dans une classe mixte de ... 37 élèves (et dire qu'on trouve cela trop élevé de nos jours). Mais Madame STAELS, la maîtresse, avait manifestement cette autorité nécessaire pour diriger cette troupe. Auréolé de ma position de premier de classe (sur 5 à 6 élèves) dans la modeste école communale de Beauvechain, je me suis vu rétrograder en fin d'année à une quatrième place, avec la consolation d'avoir été devancé uniquement par .... trois filles6. Si Marie ALBERT7, Micheline LECLERCQ ou Viviane BENOIT lisent cet article, elles devraient se reconnaitre8. Francis LEBRUN, le deuxième garçon, était neuvième, et André MACAU en 6ème primaire était classé septième sur 26, témoignant par là du bon niveau d'enseignement de l'école communale de Beauvechain. Mais aussi la satisfaction d'obtenir vraisemblablement un meilleur résultat, si on avait été logé dans la même classe, qu'un certain Louis MICHEL, futur bourgmestre de Jodoigne, Ministre des Affaires étrangères et Commissaire européen9. Mais de cela, je ne m'en aperçus que très récemment lorsque je me suis mis à rassembler les documents me permettant de reconstituer l'histoire familiale. Je fis très brièvement la rentrée scolaire de 6ème primaire en septembre 1960, dans la classe de Monsieur MARTEAU, un instituteur sévère et exigeant qui me rappelait ce qu'avait du être mon grand-père. Mon père, ayant reçu son préavis, avait trouvé un travail dans une autre région. C'est ainsi que peu de temps après, je débarquai à l'Athénée de Tamines, où j'y poursuivrai tout mon cycle d'humanités.

     Manifestement, Emile l'instituteur m'avait aiguillonné dans la bonne direction. En me lançant dans un autre registre de compétences, il avait veillé à m'éviter la somnolence et la facilité qu'entretenait la petite école communale de Beauvechain. Après les bonnes bases solides des trois années primaires de l'instituteur Jacques RIGUELLE, celui qui était passé par les fourches caudines d'Emile dans les années 1930, il était temps de me donner une autre vision et un autre défi. Il était passé outre des deux guerres scolaires mais pas des deux guerres mondiales. Le monde évoluait. Emile, l'instituteur, qui lisait assidument son journal Le Soir, l'avait probablement compris.

      En 1959, il a pu y lire entr'autres que Castro a pris le pouvoir à Cuba, que la révolte au Tibet a été réprimée, que les premières émeutes à Léopoldville ont été sanglantes, que le Traité de l'Antarctique est signé, que le Marché Commun entre en vigueur, que le premier congrès arabe du pétrole se réunit au Caire, que .......

 

1 Ces données sont reprises du mémo de synthèse rédigé par Henry PAESMANS sur la famille PARFONRY de Neerheylissem ;

2 Registre des délibérations du Conseil communal, n°1413, 2 avril 1919 ;

3 Registre des délibérations du Conseil communal, n°1480, 7 février 1921 ;

4 L'Athénée de Jodoigne, succédant à l'école moyenne créée en 1850, avait été officialisé par l'Arrêté du Régent du 27 août 1947;

5 VERDICKT Marc (1993) : Athénée Royal : 150 ans à Jodoigne, Imprimerie Genicot, Jodoigne ;

6 Sans parler des quatre autres filles qui me suivaient ;

7 Il se peut que Marie ALBERT soit de la famille de Jules ALBERT, fils d'un vétérinaire de Longueville, qui fut le premier éléve sortant de Jodoigne à réussir une année universitaire en 1931, et d'Henri ALBERT (professeur - élève ??), décédé au cours de la seconde guerre mondiale (ndlr : informations recoupées du livre de Marc VERDICKT) ;

8 Athénée Royal Jodoigne. Palmarès Année scolaire 1959-1960 ;

9 Au palmarés de l'Athénée de Jodoigne, on retrouve aussi à un moment donné un certain Jacky ICKX ;

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