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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 18:03

     Continuant notre chemin de découverte des écritures, après celle de Jean, voici une lettre du marbrier François-Xavier1

      Datée du 6 mars 1889, elle marque le début d'un processus qui conduira à la pose d'une plaque, toujours actuelle de nos jours, dans l'ancienne mairie de Créteil, appelée désormais Maison du Combattant. Il y est question de la prise en charge d'un travail qui a été effectué par la société E. LESTAT § T. PARIZEAUX  (Enseignes et Gravure sur Marbres et Pierres), située au 44 de la rue Saint-Sabin, non loin donc du siège de l'entreprise du marbrier. Ce travail, d'un montant de 11 fr 30 et facturé le 8 juin 1888, a consisté a effectuer une gravure de 39 lettres teintées en rouge.

     Vérification faite, les 39 lettres correspondent précisément au nombre de lettres formant le titre de la plaque visible toujours de nos jours. Il y est inscrit 

                                    COMMUNE DE CRETEIL HOMMAGE A SES BIENFAITEURS

     Voici le texte retranscrit de cette lettre de FX dont l'original est repris au bas de l'article.

Paris, ce 6 mars 89

Monsieur le Maire,

                          Empêche de me rendre demain à la Commission de Bal Je vous prie de m'excuser.

                     Je vous remets ci-inclus la petite notte de gravure que J'ai soldé ; travail exécuté sur le tableau des Bienfaiteurs de la Commune dont Je fais cadeau au Bureau de Bienfaisance. 

              Recevez Monsieur le Maire mes expresses salutations.

                                                          Signé : Francois-Xavier PARFONRY

      De sa lecture, on en retire une première indication. François-Xavier devait être un homme concis, pressé. Certains mots restent ainsi inachevés (Mons.... pour Monsieur; Rec... pour Recevez). Dans la mention de la date, il ne prend pas le temps non plus d'écrire les 4 chiffres de l'année, se contentant de la dizaine et de l'unité, pas conscient que son écriture se perpétuera à travers les siècles. Bien qu'assez peu lisible, il qualifie, si je déchiffre bien, ses salutations avec l'adjectif expresses. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus courant comme appelation, sauf pour un homme pressé. Le terme Bal qui caractère le type de Commission ne semble pas approprié. Cela doit être sans doute un aute mot inachevé ou une abréviation. Le fait qu'il mette à chaque fois une majuscule quand il parle de lui-même (Je), et cela à trois reprises, est très révélateur de sa personnalité. François-Xavier n'avait pas de particule mais il se mettait en scène d'une autre façon. Le texte est écrit de manière horizontale malgré l'absence de lignes, témoignant d'une certaine maitrise de la main. L'orthographe est correcte même si le nombre de mots est faible pour apprécier son niveau. Avec cependant une grossière faute en écrivant note avec deux t ainsi qu'une faute d'accord de passé composé. Limité à quelques phrases courantes, on ne peut dès lors pas se prononcer sur sa facilité d'expression et en conséquence sur son niveau de scolarité. Quant à l'utilisation de ce modèle de lettre pour traiter ce point avec le maire, il est normal qu'il n'ait pas utilisé une à en-tête de sa société. Le papier est toutefois décoré d'une sorte d'écusson sans devise qui ne présente aucun lien avec l'objet de son entreprise. Quelle est la signification de ce dessin ? Il s'agit ni plus ni moins que de son papier à en-tête personnelle dans laquelle on retrouve son monogramme FXP2. La lettre X est visible au premier plan alors que le F et le P se découvrent par la suite en s'appuyant sur les barres du X. Quant à la signature, rien de particulier si ce n'est qu'on note l'absence du tréma sur le y, ce qui n'était pas encore le cas pour la signature de Jean, son père en 1839 (voir article : La lettre écrite par Jean en 1839) .

    Comme déjà mentionné, cette lettre s'inscrit dans une série d'actes précis. Quelques années plus tard, le 12 mars 1893, François-Xavier rédigera un testament olographe, déposé à l'étude du notaire LANQUEST, Bd Haussmann à Paris. Il y fait stipuler notamment qu'il charge son fils Paul d'exécuter certaines dispositions de ses dernières volontés. Force donc à Paul à se plier à cette injonction.

     François-Xavier avait entr'autre décidé de faire don de 1000 fr aux oeuvres de bienfaisance de Créteil. A son décès, le 16 juillet 1898,  cette donation n'avait pas encore été faite. Le Conseil Municipal autorisera le 27 décembre suivant le Bureau de Bienfaisance à recevoir ce leg. Ce qui a vrai dire ne sera pas réalisé dans la foulée, nécessitant un certain nombre d'échanges de courrier entre la Mairie et le notaire. Deux ont été retrouvées dans le dossier. Dans une première, datée du 7 août 1900, le notaire LANQUEST déclare ignorer le fait que l'autorisation préfectorale a été donnée et dans celle du 23 août 1900, il répond qu'il va demander des instructions à M. Paul PARFONRY en ce qui concerne ce don. Il est assez évident que Paul utilise le notaire comme paravent pour en retarder le paiement. Le notaire va même jusqu'à mentionner qu'il déduira du leg les "droits de mutations ", correspondant de nos jours aux droits d'enregistrement. Peu importe les pauvres bénéficiaires du Bureau de Bienfaisance de Créteil. Deux ans après le décés, Paul ne se pressait apparemment pas pour répondre à l'injonction du testament.

      Sans avoir la preuve directe du paiement de ce don, on peut malgré tout être assuré de ne pas y être débiteur de nos jours. Le simple fait que François-Xavier soit inséré parmi la liste des bienfaiteurs de la commune de Créteil doit nous rassurer. Après avoir payé les travaux de gravure et ordonné un leg, la reconnaissance n'en était qu'obligatoire. Et c'est ainsi qu'il se retrouve sur cette plaque, au milieu d'une série de personnages parmi lesquels plusieurs maires de Créteil (Louis GAIDELIN, Octave FLEURY du MESNIL), plusieurs industriels reconnus (Ernest MERCIER, premier patron de la Compagnie française des Pétroles, ancêtre de la Compagnie TOTAL; Adolphe BOULENGER, orfèvre rénommé ; Jean-Denis BORD, célèbre facteur de pianos) et autres (Jean MONFRAY, médecin à Créteil; ASPE-FLEURIMONT, négociant à Paris). La ville de Créteil attirait manifestement à cette période. Depuis 1948, semble t-il, les bienfaiteurs se sont fait très, très discrets. Et pourtant, il y a encore de la place sur la plaque !!

 

1  En remerciant Monsieur Maurice DUPREZ du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil pour avoir retrouvé la trace de cette lettre ainsi que des autres documents mentionnés dans l'article ;

2 Cette information m'a été confirmée par Patrick PARFONRY ;

                                                      

Lettre de François-Xavier Parfonry au Maire de Créteil du 6 mars 1889

Lettre de François-Xavier Parfonry au Maire de Créteil du 6 mars 1889

Plaque commémorative : Hommage de la Commune de Créteil à ses bienfaiteurs

Plaque commémorative : Hommage de la Commune de Créteil à ses bienfaiteurs

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 11:39

      Telle une peinture qui se voudrait conserver le témoignage d'un cadre de vie, celle qui fait l'objet de cet article est manifestement de ce genre. Sans disposer de données précises sur l'étendue de la propriété de la villa de Créteil (voir article : La villa flamande de Créteil), n'ayant à ce jour pas retrouvé de documents notariaux, on ne peut douter qu'elle disposait de terrains adjacents, comme l'avait été la maison de Beauvechain (voir article : La maison de mon enfance). La simple mention, dans le cadre d'un recensement de population, qu'un dénommé Charles GUERBOIS, jardinier de son état, y séjournait en famille, indique clairement de l'existence d'une propriété suffisamment étendue.

     Le tableau dont il est question fait toujours partie du patrimoine familial. Même si la mémoire sur ce lieu de Créteil  avait disparu à ce jour, l'arrière-petit-fils du marbrier en avait néanmoins attesté du lien. Le paysage qui y était représenté était bien l'expression de la propriété de Créteil. Jacques se souvenait qu'il s'y était promené dans sa première enfance, avant qu'il ne soit procédé à la vente par l'épouse de Paul, le fils du marbrier, probablement vers 1930. Ce qui sera confirmé par la suite par M. PISSELET, le fils du dernier garde-champêtre de Créteil, né en 1943. Ce dernier s'est souvenu parfaitement de cette petite construction dans laquelle il se cachait et planquait le martinet auquel il enlevait des lanières. Il y avait un grand et beau poulailler et un clapier 1

    Cette peinture n'a pas un caractère impressionniste marqué comme l'est la peinture intitulée Garçon au rocher, attribuée précisément à Paul (voir article : Enfin une peinture moderne de Paul Parfonry). Elle est plus descriptive, réaliste, coloriant avec assez bien de précision les nuances de ce jardin. La représentation d'une cabane, avec l'alternance de rouge et de jaune, concorde parfaitement avec les briques de la façade de la villa. Par ailleurs, le choix de la couleur et la forme des feuilles est en parfaite harmonie avec le ton vert du feuillage représenté sur l'autre peinture. Comme pour nous autoriser à conclure que ces deux tableaux sont des expressions de ce jardin de Créteil.

      La signature de ce tableau n'est pas suffisamment lisible pour en attribuer la paternité. La seule mention d'une dédicace à l'ami Paul Parfonry  empêche de le considérer également comme l'artisan de ce travail.

     Ce paysage, cette mare, cette cabane, avec semble t-il un toit de chaume, existent-ils encore de nos jours ? Participent t-ils toujours à la quiétude de ce Carmel Sainte-Thérèse qui en a pris possession ? On a manifestement très envie de le savoir. Cela fait partie de notre histoire, de notre mémoire perdue que l'on souhaite combler. Un cadre de vie qui a quand même été le témoin visuel de quatre générations de Parfonry2.

1 propos recueillis par M. Maurice DUPREZ du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil en décembre 2013 ;

2 Hélas, après vérification, il ne reste plus rien de tout cela de nos jours ;

Tableau représentant une vue sur le jardin de la villa de Créteil

Tableau représentant une vue sur le jardin de la villa de Créteil

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 22:08

      La matière est bien réelle. Le personnage est probablement le plus approfondi parmi tous les membres de cette saga. Les indices et matériaux sur son travail sont parmi les mieux conservés de nos jours. Les pages qui le décrivent sont assurément les plus nombreuses. En définitive, il méritait amplement d'avoir un quiz spécial qui le concerne. Un quiz non pas de 20 questions mais bien de 25 questions.

     En le faisant, vous découvrirez tout ce qu'il y a à connaitre sur François-Xavier PARFONRY.

1. En quelle année est né François-Xavier PARFONRY, le futur marbrier parisien ?

a. 1791           b. 1815          c. 1821         d. 1825

2. A quelle date, François-Xavier PARFONRY a t-il été condamné au Conseil de Prud'homme à Paris ?

a. février 1843

b. avril 1846

c. décembre 1848

3. Quel Préfet de la Seine s'est opposé à autoriser son admission à domicile en France en 1864 ?

a. Eugène POUBELLE

b. Georges HAUSSMANN

c. Jean BAIN-MARIE

4. Quel fut le premier associé de François-Xavier PARFONRY ?

a. DUPUIS

b. LEMAIRE

c. HUVE

5. Quel fut la première adresse de son entreprise de marbrerie à Paris ?

a. Rue Petite-Saint-Pierre Amelot

b. rue Saint-Sabin

c. rue Traversière-Saint-Antoine

6. Sous quelle régime politique développa t-il au départ son entreprise de marbrerie ?

a. Monarchie de Juillet

b. Premier Empire

c. Second Empire

7. De quelle statue  a t-il réalisé le socle en marbre de Carrare ?

a. Jeanne HACHETTE à Beauvais

b. Josèphine de BEAUHARNAIS à Fort-de-France

c. Jeanne d'ARC à Orléans

8. Ou sont situées les deux fontaines réalisées dans ses ateliers ?

a. Place Salvadore ALLENDE et Place de la MADELEINE

b. Place François 1er et Place du TROCADERO

c. Place Salvadore ALLENDE et Place François 1er

9.  Pour quel endroit étaient destinées les pièces en marbre de Carrare se trouvant le long du canal Saint-Martin à Paris en août 1859 ?

a. Palais du Prince Youssoupoff, Saint-Petersbourg en Russie

b. Palais du Khédive Ismaël PACHA, Ismaïlia en Egypte

c. Le Marble House de la famille VANDERBILT, Newport (Rhode Island) USA

10. A l'occasion de quelle Exposition Universelle obtiendra t-il sa première Médaille d'Or ?

a. Paris 1867       b. Vienne 1873       c. Paris 1878          d. Melbourne 1881

11. En quelle année sera t-il fait Chevalier de la Légion d'honneur ?

a. 1861         b. 1871         c. 1881        d. 1891

12. A quel sculpteur a t-il été comparé au travers de l'expression "Le marbre tremble devant moi " ?

a. GOUJON

b. PUGET

c. RODIN

13. Dans quelle salle du Musée Carnavalet trouve t-on la cheminée offerte en 1897 ?

a. salle LIESVILLE

b. salle VASARI

c. salle SEVIGNE

14. Quelle pièce fut achetée par le comte de Flandre, frère cadet  du futur roi Léopold II de Belgique lors de l'Exposition universelle de Paris de 1878 ?

a. une baignoire en marbre onyx

b. un vase en marbre Cipolin antique

c. une cheminée provenant de la galerie de l'hôtel de Toulouse

15. Pour répondre aux grèves des marbriers de 1869, quelle amélioration préconisa François-Xavier PARFONRY à ses ouvriers ?

a. la réduction des heures de travail

b. une plus grande flexibilité dans le travail

c. la notion de participation aux bénéfices

16. Dans quelles séries de pays exportait-il surtout des pièces d'art en marbre ?

a. Suède, Norvège et Turquie

b. Pérou, Russie et Italie

c. Grèce, Portugal et Hongrie

17. Contre quels animaux de basse-cour, intenta t-il des recours en justice ?

a. des pintades

b. des paons

c. des oies

18. A quelle date fut signée le décret l'autorisant à jouir des drois de citoyen français ?

a. 18 juillet 1869

b. 25 septembre 1871

c. 12 mars 1873

19. Quels sujets sculptés sont repris sur le monument sépucral familial au cimetière de Créteil ?

a. un lion et une figure de Vénus souriante

b. un cerf et une figure de Diane chasseresse

c. un aigle et une figure de femme drapée

20. Dans quel Hôtel de Préfecture a t-il effectué des travaux de marbrerie ?

a. Loir-et-Cher

b. Corrèze

c. Loire Atlantique

21. A partir de quelle année ne fait-il plus partie des fournisseurs de la Manufacture de Sèvres ?

a. 1894       b. 1895         c. 1896        d. 1897

22. Dans quelle carrière de marbre en Belgique s'est - il approvisionné ?

a. carrière de marbre rouge BRIQUOSER à Rance

b. carrière de tuffeau STEENWINCKEL à Neerheylissem (Linsmeau)

c. carrière de marbre noir DEJAIFFE à Mazy

23. En quelle année démissionne t-il et pour quelle raison de la Garde Nationale ?

a. en mars 1871 lors des premières émeutes de la Commune de Paris

b. en septembre 1870 après la défaite de Sedan et l'abdication de Napoléon III

c. en mai 1871  lors de la semaine sanglante mettant fin à la Commune de Paris

24. De quel style s'est -il inspiré pour construire sa villa à Créteil ?

a. style normand

b. style Art Déco

c. style flamand

25. Dans quelle gare de Paris a t-il réalisé un escalier double en marbre ?

a. gare Saint - Lazare

b. gare d'Austerlitz

c. gare du Nord

 

Réponses :

1 : c                  11 : c              21 : b

2 : c                  12 : b              22 : c

3 : b                  13 : a              23 : a

4 : a                  14 : b              24 : c

5 : c                  15 : c              25 : a

6 : c                  16 : b

7 : b                  17 : b

8 : c                  18 : b

9 : a                  19 : c

10 : a                20 : b

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 22:40

     Après avoir retrouvé une ancienne photo de la maison de nos ancêtres (voir article : La maison Delhaize dans la rue des Charrons à Neerheylissem), comme par mimétisme, voilà redécouvert une autre de ces maisons qui font partie de notre patrimoine familial. Grâce à la collaboration du gestionnaire du blog : Quartier Buttes-Halage Créteil, venant en réponse à une question précédente (voir article : Les paons à Créteil ont posé quelques problèmes), une photo récente de la villa du marbrier François-Xavier PARFONRY, construite à Créteil vers 1860, a été retrouvée. Et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est qu'elle existe toujours de nos jours.

     Tout cela a démarré avec un article inséré dans le blog sus-mentionné, reprenant en quelques lignes l'histoire de l'Avenue de Ceinture à Créteil. Voilà ce qu'il en était dit :

Avenue de Ceinture

Cette avenue, formant boucle, est tracée en 1859 lors du lotissement des terres dépendant du château des Buttes. Elle sépare la partie de parc voisine de la maison de celle qui, découpée en parcelles sur le pourtour, est destinée à être lotie. Propriété privée, l'avenue ne sera reconnue qu'en 1963.
A l'Est, au numéro 69, s'est installé, après la seconde Guerre Mondiale, le carmel Sainte-Thérèse qui occupe
l'ancienne propriété Parfonry. Dans ses dépendances se trouve l'entrée des anciennes carrières de pierres de liais et moellon.
A l'Ouest, face au grand portail du parc, s'est élevée, en 1970, la résidence des Tilleuls dont une partie a annexé les champs voisins appartenant à l'Assistance Publique.

     La référence à l'ancienne propriété PARFONRY permettait d'apporter quelques éléments sur l'histoire de cette maison. Construite dans la suite du lotissement du château des Buttes, la villa intègre de nos jours l'espace acquis par le Carmel Sainte-Thérèse. François-Xavier l'a fait construire au moment de son plein essor économique1. Tout comme le Château des Buttes qui lui est attenant, cette maison est reprise dans la liste de l'Inventaire général du Patrimoine culturel de la ville de Créteil2.

      Mais le plus intéressant probablement réside dans le caractère architectural extérieur de cette villa. Manifestement, et comme une preuve irrévocable de son origine, François-Xavier a tenu à maintenir un style flamand dans la construction. Le plus éloquent est sans conteste la façade triangulaire, en briques rouges et jaunes, élancée vers le haut, avec un léger rappel sur le côté droit d'un pignon en échelons (ou en gradins ou en pas-de-moineaux), cachant en partie le toit, si caractéristique de ce style. La présence d'une tourelle en façade complète l'ensemble pour en authentifier l'inspiration.

     Par ce type d'architecture, preuve est faite que François-Xavier a été influencé dans son jeune âge par le style des maisons flamandes. Attestant qu'il a résidé probablement à Anvers avec son père dans sa jeunesse. C'est peu avant d'atteindre sa vingtième année, qu'il décide de migrer vers la France, très certainement à la même période (fin 1839) où son père quitte la ville d'Anvers pour s'installer à Bruxelles (voir article : Parfonry contre Laruelle en 1839)A Neerheylissem, son lieu de naissance, il n'a pas du y garder des liens très intenses. Son oncle Emmanuel  n'ayant déjà pas été relevé comme témoin le jour du mariage de ses parents en 1821 (voir article : L'acte de mariage de Jean et de Jeanne ). Son prénom avait disparu de la mémoire locale à partir de ce moment. Ce qui explique que mon grand-père, l'instituteur, n'en ait jamais fait mention.

    Le style si particulier de cette villa dans une localité en bordure de Marne apporte une certaine consistance dans la connaissance du personnage du marbrier François-Xavier. On y voit l'explication d'un attachement à son installation en pays flamand, et une reconnaissance, au travers du style de cette villa, à la qualité de sa formation. Son cadre de vie en Flandre et probablement une conception assez esthétique dans le travail, découlant d'études artistiques approfondies, sont désormais relevant.

     Voici retrouvée une mémoire perdue et réinsérée dans la connaissance de ce patrimoine familial. Oubliée des regards et des souvenirs, elle nous réapparait grâce à l'existence de réseaux locaux à vocation d'amélioration, de promotion, de concertation, d'information quant à la qualité du cadre de vie des quartiers.

      Reste à envisager une intrusion dans le monde cloitré d'un Carmel pour visiter l'intérieur de cette villa qui doit probablement renfermer quelques belles réalisations architecturales3.

N.B. : Merci à Maurice DUPREZ du Comité de quartier Buttes-Halage Créteil pour l'envoi des photos de la villa de François-Xavier PARFONRY

1  L'acte d'achat du terrain en 1860 avec la signature de François-Xavier est disponible dans la revue Cahier du Petit Massueux, n°1, octobre 1983 "Les Buttes" ;

2 Au même titre que le monument sépucral de la famille PARFONRY au cimetière de Créteil ;

3 La villa a été vendue après le décès de son fils Paul, probablement vers 1930 ;

La villa de Créteil retrouvée (credit : Maurice DUPREZ)

La villa de Créteil retrouvée (credit : Maurice DUPREZ)

Vue de la villa avec le pignon en gradins caractéristique du style flamand

Vue de la villa avec le pignon en gradins caractéristique du style flamand

Arrière de la villa (credit : Maurice DUPREZ)

Arrière de la villa (credit : Maurice DUPREZ)

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 00:12

     Notre célèbre marbrier a certes un beau prénom mais on ne s'était pas encore demandé de qui il le tenait. L'époque n'était pas à l'imagination débordante que l'on trouve de nos jours. Ce choix se faisait toujours en relation avec une personne proche, le plus généralement un des grands-parents, le parrain ou la marraine.

     A y regarder de plus près, le choix de François-Xavier ne semble correspondre à aucun lien familial. Suivant ce principe, il aurait du s'appeler tout simplement Jean ou Jean-Pierre. En outre, quand on analyse l'inventaire des naissances à Neerheylissem durant cette période, ce prénom de François-Xavier est franchement anecdotique. Rares sont les gens qui se le sont vus attribués. Quelle autre explication pouvait-on donc donner quant à cette attribution comme prénom ?

     Cette question ne faisait pas beaucoup débat au niveau de mes recherches. La curiosité ne me poussait pas à investiguer puisque le problème ne me semblait pas posé. Probablement une erreur en tant que généalogiste. Mais comme je me défends d'en être un, je n'entrouvrais pas ce paragraphe. Jusqu'au jour où, sans doute à force d'éloigner la question, il m'est revenu subitement à la face comme un boomerang en apportant la solution. Indice après indice, ceux-ci s'étaient finalement accumulés. Il ne restait plus, comme Hercule POIROT, qu'à les assembler en bon ordre. Tout simple et évident dans le contexte de la naissance de François-Xavier.

     Jean PARFONRY et Jeanne LALLEMAND se sont mariés  à Neerheylissem le 7 septembre 1821 tout en étant déjà domiciliés à Anvers (voir article : L'acte de mariage de Jean et de Jeanne). Et la publication des bans à la maison communale s'est effectuée en juillet à Neerheylissem et en août à Anvers. François-Xavier est né à Neerheylissem le 3 décembre de la même année, soit moins de trois mois après le mariage et moins de 6 mois après la publication. Manifestement, il y a eu une certaine précipitation pour que cette naissance se soit effectuée dans des conditions quasi normales.   Déjà que le grand-père, futur maître-charron, avait été déclaré illégitime à sa naissance, il n'était pas adéquat de renouveler cette situation. Cela commençait à faire un peu désordre !! Et s'y on y ajoute qu'on doute d'un quelconque soutien d'un membre de la famille PARFONRY, vu qu'aucun d'entre eux n'est mentionné dans la liste des témoins, allant même rechercher le cabaretier du village, on se dit que cette naissance n'était pas des mieux accueillies.

     Il a bien fallu trouver, malgré tout, un prénom à ce garçon, futur Chevalier de la Légion d'Honneur. Quelqu'un a du souffler l'idée dans l'oreille des parents. Et si on prenait tout simplement le saint du calendrier du jour. L'idée fut sans doute acceptée de facto. Voilà tout simplement l'explication du prénom de François-Xavier.

     Notre futur marbrier d'art porte ainsi celui d'un missionnaire jésuite basque cofondateur avec Ignace de Loyola de la Compagnie de Jésus, et surnommé l' " Apôtre des Indes " en raison de sa propension à avoir évangélisé dans cette région. Dernier petit détail, tout aussi anecdotique, dans l'église Saint-Sulpice de Paris, l'une des chapelles est dédiée à Saint-François-Xavier. Déjà qu'on trouvait que ce Saint Sulpice nous avait déjà donné l'impression de nous poursuivre, voir de nous précéder dans nos lieux de vie (voir article : Saint Sulpice nous rassemble),  voilà qu'un autre saint semble s'y mettre aussi !!

     Connaissez-vous la raison du choix de votre propre prénom. Peut être qu'un jour, je vous expliquerais bien l'histoire du choix du mien. Pourquoi pas !!

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 06:19

     Pour terminer le reportage de ce périple de quatre jours à Paris, le reporter de l'expédition s'est efforcé de rassembler les derniers lieux et faits en rapport avec la présence de François-Xavier. Abondance manifeste de cette présence retrouvée au travers de nombreux documents (voir article : Dans les rues de Paris avec François-Xavier) Impossible de les découvrir tous. C'est donc un peu en fonction du parcours effectué pour rencontrer les objectifs essentiels assignés à la mission que l'on a abordé certains de ces témoignages encore présent de nos jours.

     Sur le retour de la visite aux Réserves des Arts et Métiers à Saint-Denis, un arrêt à la gare Saint-Lazare s'imposait. Le tracé du Métro s'y prêtait à descendre. Sans qu'elle soit parmi les plus connues, cette gare est un point stratégique du trafic entre l'Est et l'Ouest de la France. Non seulement la deuxième gare parisienne en terme de flux de voyageurs, elle est également la deuxième d'Europe après la gare du Nord. Rénovée et agrandie à plusieurs reprises, elle nous intéresse tout particulièrement par l'existence du bel escalier double côté Cour de Rome, l'une des extensions réalisées entre 1885 et 1888, en vue de l'Exposition universelle de 1889. François-Xavier y a apporté sa connaissance du marbre, la finition de son travail pour réaliser un imposant escalier, emprunté chaque jour par quelques milliers de voyageurs. Qui sont bien sur excusés de ne pas connaitre son constructeur. Ce qui ne sera plus le cas pour tout individu de notre confrérie qui gravira ou descendra ces marches. Du bel ouvrage qui mérite un arrêt sur pose pour prendre conscience de cet héritage, de ce travail méticuleux et aussi de la beauté de l'oeuvre.

    Le 8ème Arndt. a été assurément le quartier de prédilection de notre marbrier. Au coeur des travaux d'aménagement menés par le Baron HAUSSMANN, il était évidemment le plus recherché par les grandes fortunes. C'est ainsi que de part et d'autre des Champs-Elysées, on le retrouve immanquablement. Il a fourni les marbres, en 1885, de l'hôtel particulier d'Eugène RITT, le nouveau Directeur de l'Opéra de 1884 à 1891, situé dans l'angle des rues Balzac et Lord Byron. De nos jours, ce lieu est occupé par le prestigieux Hôtel 5* Balzac. Nous y sommes entrés, nous limitant au périmètre de la Réception. Manifestement, la personne recrutée pour gérer la clientèle, n'avait aucune notion sur le vécu historique de son lieu de travail. Il faudra donc revenir avec une autre opportunité.

    Retraversant les Champs-Elysées, dépassant l'Avenue Georges V, après quelques longueurs d'enjambées, on arrive à l'angle avec la rue Pierre Charron. Là s'y trouve l'immeuble à loyers édifié en 1888 par ROMAGUERA de ALISAL. Ce dernier, sujet argentin, décédé en 1915 à Madrid, possédait plusieurs habitations dans différents pays. Après la mort de son épouse en 1919, l'immeuble resta en litige pendant de nombreuses années, à la suite de contestations sur le testament, suite à l'apparition d'héritiers ab intestat, à savoir de personnes non mentionnées sur le testament mais se déclarant avoir un lien généalogique direct. Cette procédure s'est prolongée jusqu'en 1937 pour finalement être attribuée aux Soeurs de la Charité, comme le prévoyait le testament initialement. L'immeuble actuel, qui doit toujours resplendir, en son for intérieur, des marbres de François-Xavier, est occupé par une agence bancaire LCL. N'ayant pas de compte dans cette banque, je ne pouvais trouver l'excuse d'aller dans la salle des coffres, pour jeter un regard fouineur sur les alcôves. Il faudra envisager de demander à quelqu'un de la confrérie d'y rapatrier son argent planqué en Suisse !!!

      Et in fine, dernière rencontre, du moins pour la durée de cette mission exploratoire, la prospection des Grands Magasins du Printemps sur le Boulevard Haussmann. Nous savions, en y entrant, n'avoir que peu d'espoir de découvrir les marbres qui supportaient le pont-galerie et les paliers d'arrivée des deux grands escaliers extrêmes, installés après un premier incendie en 1881. Et probablement endommagés ou détruits à la suite du deuxième incendie important de 1921. Dans cet espace dédié à la consommation depuis des décennies, nous nous sommes laissés quelque peu mis à flâner, même si l'architecture des lieux avait perdu de sa grandeur. Des panneaux en contreplaqués uniformes font désormais rempart afin d'éviter que les yeux ne se perdent et conservent leurs regards sur les objets à haute valeur ajoutée. D'étage en étage, dans cette atmosphère luminescente qui endort votre agilité et vos réflexes, on arrive devant ce qui reste l'un des spectacles les plus aboutis de notre périple. Devant nous, tel un dôme de cathédrale, se dresse la fameuse coupole Art Déco bleue des Grands Magasins. Ouah !! Enfin quelque chose d'aussi beau que les marbres de François-Xavier, se dit-on !!  Ne deviendrait-on pas un peu parano, sur le coup ?

     Et évidemment pas d'escalier en marbre à ce niveau. Mais la beauté esthétique des nouvelles matières de ce XIXème siècle est restée présente en ce lieu. Cette verrière, c'est la quasi complémentarité de cette Tour Eiffel. Avec le ciel pour unique attraction, comme pour contrecarrer la force d'attraction de Newton. Des réalisations qui ne servent à rien si ce n'est d'avoir démontré du savoir-faire industriel, de la plasticité, de la maniabilité de ces nouveaux matériaux que sont le verre et le fer. Hélas, le marbre n'a pas ces qualités pour suivre le mouvement. Si l'escalier n'est plus là, on tombe malgré tout sur la photo grand format N/B de la partie supérieure de ces Grands Magasins, prise avant l'incendie. Affichée non comme un substitut mais tout comme la publicité Ripolin vue au marché de Saint-Denis (voir article : A Saint-Denis, dans les Réserves des Arts et Métiers. Paris 5). Grandes agitations au sein de l'équipe, considérant d'avoir atteint son objectif, vu la configuration inattendue de l'espace. Ce qui finalement attire l'attention du Chef de rang du restaurant installé sous cette coupole. Nous lui expliquons les raisons de notre fièvre photographique, avant de le suivre pour  prendre place à l'une des tables et profiter de l'architecture de l'endroit.

      La fin de la mission semble proche. L'incendie aurait tout fait disparaître. Contrariés, on descend en prenant une autre issue, celle qui nous fait sortir par une autre porte. Et Eureka !  nous tombons sur deux escaliers en marbre jaune, apparemment non utilisés, qui semblent avoir pour seule vocation de donner ce sentiment du grandiose, du chic, du sur mesure aux visiteurs qui y entrent. Probablement ce qui reste des deux escaliers extrêmes de François-Xavier.

      La mission exploratoire s'est achevée. Les résultats atteints sont indéniables. L'équipe a pu allier son esprit de découverte avec celui de découvertes plus classiques. Il reste bien évidemment de nombreuses portes à ouvrir pour rechercher, inventorier tout le travail réalisé à Paris par François-Xavier. Là n'est sans doute pas le plus important. L'essentiel est d'avoir assuré de l'existence toujours actuelle de son travail. Un nouveau pas pour une reconnaissance de son  oeuvre et de son rôle didactique dans cette société de la seconde moitié du XIXème siècle. Et surtout pour le faire mieux connaitre à tous ceux et celles qui l'introduiront dans leur circuit parisien.

      Et pour terminer le tout, comme dans toute aventure gauloise, la belle équipe se retrouva pour un bon repas à la brasserie le Franc-Tireur, face à l'église Saint-Ferdinand, dans le 17ème, recommandée par Françoise, la PARFONRY parisienne, notre  ainée, qui s'était jointe in extrémis, revenant juste d'un séjour de vacances. Bonne assiette et bonne ambiance pour clôturer ces quatre jours. Nous étions aux environs de 14 heures, ce jeudi 22 août 2013. Les quatre membres de la mission, Agnès, Michel, Martine et votre Fieldmouse, reprenaient la route pour rejoindre Briou du Lude.

Double escalier de la Cour de Rome à la Gare Saint-Lazare

Double escalier de la Cour de Rome à la Gare Saint-Lazare

Photo de l'étage supérieur des galeries du Printemps avant l'incendie de 1921

Photo de l'étage supérieur des galeries du Printemps avant l'incendie de 1921

Escalier à l'une des entrées des Grands magasins Le Printemps. On peut penser au marbre jaune de Chimtou !!

Escalier à l'une des entrées des Grands magasins Le Printemps. On peut penser au marbre jaune de Chimtou !!

Partie de la coupole Art Déco des Grands Magasins du Printemps

Partie de la coupole Art Déco des Grands Magasins du Printemps

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 07:00

      Au travers des quatre articles rédigés à ce jour, le circuit, emprunté par notre mission exploratoire, dénote un parcours se limitant à quelques arrondissements en bordure de la Seine. Il convenait de s'écarter des promenades trop classiques afin de retrouver d'autres témoignages du passé de marbrier de François-Xavier.

      Le moment semblait venu de partir à la rencontre des échantillons de marbre laissés comme témoignage de l'importance acquise par ce métier. L'existence de ceux-ci nous avait été révélée au travers de la communication effectuée par Joëlle PETIT, à l'occasion d'un colloque international, organisé à Paris du 14 au 16 juin 2010, et intitulé : Stratégies et valorisation des marbres et techniques du marbre dans les expositions universelles. Ce colloque était organisé entre autre par le Musée des Arts et Métiers (voir article : François-Xavier devient un moteur de recherche).

     Agnès, par des échanges de mails préalables, avait réussi à obtenir un rendez-vous avec le Musée des Arts et Métiers. Non pas le bâtiment principal dans le 3ème Arndt., mais bien celui des Réserves du Musée, situées à Saint-Denis, à l'extérieur du Paris intra-muros. Réserves qui sont d'ailleurs plus importantes que le Musée principal. Sur 80.000 objets répertoriés, l'exposition permanente dans la rue Réaumur n'en présente que 4.000. Pour y aller, nous prenons successivement le RER A puis le B à partir du Châtelet jusque La Plaine/Stade de France, une façon de nous familiariser avec les transports parisiens. Ensuite une petite marche à pied jusque l'Avenue du Président Wilson. Simple jusqu'alors, le trajet se corse. Car,  comme pour rester à l'abri de la convoitise, l'entrée de cette Réserve est très discrète. Le numéro 218 correspond en fait à un terrain vague et il faudra le regard averti de notre logisticien dans l'équipe pour découvrir l'astuce pour y entrer. Qu'on ne dévoilera pas bien sur.

       Imaginez-vous la surprise, en entrant dans les locaux de cette Réserve. On se croirait un peu, en fin de parcours chez IKEA, quand on se met à vouloir trouver le modèle de la chaise se trouvant dans la partie supérieure d'une de ces immenses étagères. Et bien, les Réserves à Saint-Denis y ressemblent. Selon le rôle demandé à ce Musée, on y trouve un amoncellement de machines, modèles et dessins, récapitulant ce qui a été utilisé au long des XIXème et XXème siècles. Malgré le nombre des objets, rien à voir avec la caverne d'Ali Baba ou les souterrains du château de Moulinsart. Tout est parfaitement rangé et répertorié. On a l'impression, en première vision, que l'on est dans le stock de pièces de rechange d'un magasin de pièces détachées.

      A l'entrée, on retrouve nos agents de sureté au tee-shirt rouge, déjà repérés au Musée Carnavalet, qui veille pour éviter tout prélèvement. Vérification des noms de chacun pris, il est fait appel à celui qui est chargé de nous guider dans ces lieux, ni plus ni moins que Tony BASSET, le responsable des Collections des Réserves des Arts et Métiers. Qui arrive aussitôt, respectant l'heure de rendez-vous établi préalablement. Comme pour la visite du Musée Carnavalet (voir article : La cheminée du Musée Carnavalet. Paris 2), nous voilà arpenter, non pas les salles successives, mais les couloirs entre les étagères sur lesquelles se trouvent les milliers d'objets de la Réserve. Nous sommes abasourdis, ébahis  par l'immensité des lieux et la multitude des rayonnages. A croire que toutes les inventions présentées au concours Lépine se retrouvent ici. Et Michel, qui en connait un bon bout sur le matériel roulant, s'efforce de faire fonctionner ses cinq sens pour en happer le maximum. Insuffisant toutefois pour le contenter, prenant bien note de l'existence de visites thématiques régulières en ce lieu.

       Pour aboutir in fine à ces fameux échantillons de marbre envoyés par François-Xavier. Manifestement pour laisser une mémoire des différents types utilisés par son atelier de la rue Saint-Sabin (voir article : Ce qui reste de l'atelier  du marbrier. Paris 3). Il y en a de toutes les couleurs. Des échantillons qui doivent ravir celui où celle qui veulent se plonger dans l'histoire du marbre. On découvre ainsi la collection de différentes espèces de marbre les plus répandus dans le bâtiment (Inv. 10237) ainsi que les panneaux d'échantillons de marbres d'Algérie et de Corse (Inv. 10864). Nous retrouverons ensuite Anne-Laure CARRE, la responsable des Collections Matériaux, qui nous sortira de son tiroir les lettres adressées par François-Xavier au Musée des Arts et Métiers. On visionnait directement l'écriture de cet aïeul, l'instant où il avait saisi de la nécessité de transmettre.

      A la lecture, on y découvre la mention des marbres numidiques d'Algérie, probablement des carrières de Filfila, situées à l'est du pays. Exploités avant l'occupation romaine, ces marbres furent très prisés dans les demeures patriciennes et pour les monuments à l'époque de l'apogée de Rome. Dans les échantillons, on relève cependant la couleur jaune pour deux d'entre eux, ce qui pourrait laisser croire qu'ils proviennent des carrières des collines de Chimtou, l'antique ville numide, située de l'autre côté de la frontière, en Tunisie. Celles de Filfila sont plus caractérisées par des marbres blancs, à grains fins. Petit détail géographique à vérifier par un expert car si Chimtou disposait bien d’un lieu d’extraction dénommé montagne jaune, l’exploitation aurait été arrêtée assez tôt. Les premières fouilles du site remontent en effet à 1882. Quant au site de Filfila, il est toujours exploité de nos jours. Il est probable que François-Xavier n'avait pas connaissance de cette diversification des sites d'extraction localisés tous les deux dans l'ancien royaume de Numidie.

      Sortant de ce lieu, une fois de plus satisfait de l'objectif atteint, l'idée est venue de s'imprégner de l'environnement de ce département en périphérie de Paris. On ne vient pas tous les jours à Saint-Denis. Avec comme priorité la Basilique Saint-Denis, l'endroit où sont exposés la plupart des gisants des rois et reines de France. Ce n'est pas peu dire. Il y en a en pagaille, dans tous les coins et recoins. Un vrai labyrinthe dans une église, au milieu de marbres encore plus anciens que ceux de notre aïeul, cela reste comme une façon très ludique de se remémorer l'Histoire des siècles.

     Et pour contrebalancer ce lieu hautement symbolique mais façonné dans le passé, rien de tel que d'aller se confondre dans la foule du Marché de Saint-Denis. Avec la réalité de ce Département, attesté comme le plus métissé de France. Contrastant avec la froideur et l'uniformité blanchâtre du marbre brut, nous déambulons au milieu d'une foule colorée, gloussant au cri des marchands de toutes sortes, joyeuse de trouver les étalages à des prix attrayant, pour ne pas dire normaux. Une sorte de mélange entre le marché Kermel de Dakar, le Souk el Had d'Agadir et le Marché aux épices de Pointe-à-Pitre. Un vrai régal de dynamisme, de réalités de la vie et d'ambiance conviviale. On y retrouvait un peu la même sensation de chaleur humaine, ressentie le jour précédent aux abords du canal Saint-Martin, les couleurs en moins. Et pour surveiller le tout, un énorme panneau publicitaire de la marque Ripolin est placé en surplomb dans ce Marché comme pour créer une sorte de cohésion et de pérennité. Créée en 1898, année du décès de François-Xavier, cette publicité nous rappelle que c'est aussi un témoignage vintage du temps qui s'écoule. Les couleurs des différents marbres vus ce matin ne dépareilleraient pas dans cet endroit.

L'intérieur des Réserves des Arts et Métiers à Saint-Denis

L'intérieur des Réserves des Arts et Métiers à Saint-Denis

Panneau des échantillons de marbres d'Algérie et de Corse (Inv. 10864), remis en 1886

Panneau des échantillons de marbres d'Algérie et de Corse (Inv. 10864), remis en 1886

Tiroir contenant les échantillons remis en 1889 (Inv. 10237 : Noir fin de Dinant, Rouge de Flandre, Pierre bleue de Belgique,....)

Tiroir contenant les échantillons remis en 1889 (Inv. 10237 : Noir fin de Dinant, Rouge de Flandre, Pierre bleue de Belgique,....)

Lettre à en-tête de la Marbrerie-Sculpture PARFONRY, adressée aux Arts et Métiers le 6 Août 1886

Lettre à en-tête de la Marbrerie-Sculpture PARFONRY, adressée aux Arts et Métiers le 6 Août 1886

Liste des échantillons de marbres d'Algérie et de Corse transmis au Musée des Arts et Métiers

Liste des échantillons de marbres d'Algérie et de Corse transmis au Musée des Arts et Métiers

Lettre avec l'en-tête et l'écriture du marbrier FX Parfonry de1889

Lettre avec l'en-tête et l'écriture du marbrier FX Parfonry de1889

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 22:06

        Après la cheminée du Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet. Paris 2), après l'atelier de la rue Saint-Sabin (voir article : Ce qui reste de l'atelier du marbrier. Paris 3), notre mission exploratoire à Paris avait, comme nouvel objectif, d'atteindre ces fontaines jumelles déjà repérées au travers de documents (voir article : Les belles fontaines de la Place de la Madeleine). Pour ce programme, l'équipe a été rejointe, du moins pour une partie du circuit, par Louise, l'une des filles d'Agnès. De la jeunesse à qui transmettre tout ce savoir, cette relation quasi charnelle avec le marbre d'un ancêtre, pour montrer que le côté inter générationnel n'est pas oublié dans cette aventure. Louise nous sera  d'un grand secours pour nous faire découvrir le modernisme et l'animation hors des sentiers du Paris touristique.

      La difficulté n'était pas de les retrouver. Il était attesté que les deux fontaines, initialement installées sur la Place de la Madeleine, avaient du déguerpir suite à l'intensité croissante de la circulation. Au risque de voir des voitures emboutir leur joli marbre, elles avaient trouvé, non pas la solitude d'un parc, d'une place publique dans un lieu éloigné de la capitale, mais deux endroits particulièrement charmant, dégageant une sensation apaisante et surtout de recherche d'harmonie dans les formes, favorisée par un environnement verdoyant et par une architecture néo-classique exubérante. On ne pouvait trouver de situation aussi idéale, au milieu de ces artères trépidantes, regorgeant du luxe de la capitale française. Deux points sur la carte qu'il conviendra désormais de parcourir, de sentir, de contourner, de photographier, voire d'enjamber mais surtout de mémoriser comme lieu de rencontre.

     La première s'est retrouvée dans le 7ème Arndt., dans le périmètre du square Santiago du Chili, non loin des Invalides, le long de la rue de Grenelle. A l'écart du buste d'Antoine de Saint-Exupéry qui prête en quelque sorte son amour du continent sud-américain pour justifier de sa présence,  on décèle un petit espace triangulaire, dénommé Place Salvador Allende, histoire de ne pas perturber non plus la leçon de géographie souhaitée de ce lieu. En son milieu, notre fontaine joue toute la journée avec les ombres des arbres. Elle se délecte, paraît-il, des rheu qui émanent des poussettes promenées par les nombreuses nounous du quartier.

    Quant à la seconde, elle s'est montrée moins timide. Elle ne s'est pas cachée sous la frondaison de quelques arbres où à l'abri des circuits de passage traditionnels. Elle a choisi le 8ème Arndt., le plus chic, le plus lumineux, le plus huppé.  Elle est visible, surtout le soir, au milieu de la Place François 1er où son éclairage fait reluire l'esthétique des formes de son marbre. De vraies dentelles qui se voient dès que vous quittez l'avenue Georges V pour descendre la rue François 1er.. Dommage pour les magasins de haute couture qui se rassemblent sur son parcours (Versace, Givenchy, Zadig et Voltaire,....). On ne retient plus que les courbures de ses croisillons, la finesse des têtes de lion, le dessin des visages de femmes, les festons de la colonne cylindrique. Soeur jumelle de la première, elle est resplendissante au milieu de ce rond-point, de cette Place François 1er décorée des plus beaux balcons de Paris. Située à un jet d'eau de Europe n°1 et de RTL, elle doit surement agrémenter les promenades des animateurs de ces deux stations de radio.

       Une ébauche de quiproquo, voire de doute est apparu en raison de la situation de cette Place François 1er. Se trouvant à l'intersection de la rue Jean GOUJON, célèbre sculpteur du XVIème siècle, elle peut laisser croire dans l’existence d’un lien avec l’auteur de la célèbre Fontaine des Innocents, installée aux Halles (1er Arndt.). Même si c'est la seule fontaine qui serait attribuée à ce dernier, la crainte d'y voir dans ce cas son empreinte a été perçue. Le recours à certaines dates de référence dément toutefois cette ambigüité.

       La Place de la Madeleine, lieu d’implantation initiale de ces deux fontaines, ne date que de 1815. De création plus récente, la rue François 1er n’a été tracée qu’à la suite d’une ordonnance du 4 mai 1861. Et le Square Santiago du Chili n'a été installé, quant à lui, qu'en 1865. De plus, c'est sous l'autorité de Gabriel DAVIOUD, architecte influent de la période haussmannienne que l’installation des fontaines s’est opérée. On s’en tiendra donc aux références trouvées qui ne font aucune mention d’une création superposée à une œuvre ancienne.

      Comme la cheminée du Musée Carnavalet, ses deux fontaines se sont faites belles à l'arrivée de la mission. Approchant mon oreille de leurs têtes de lion, j'ai perçu un mouvement ténu mais bien perceptible de l'eau dans la vasque. Le marbre de chacune s'était mis à frissonner. Je les ai entendus réagir à notre présence. Moins ronchonnes que la cheminée, recluse dans sa salle aux odeurs de parquet ciré, elles m'ont assuré qu'elles bénéficiaient toutes les deux d'un cadre idéal, admirées et reconnues comme parmi les fontaines les plus charmantes de Paris. C'est ce qu'elles m'avaient exprimées chacune peu avant que la photographe ne me prenne en flagrant délit (voir article :  En préalable à l'expédition à Paris . Paris 1).  Nous leur avons promis à toutes deux que tout lecteur de ce blog serait invité à les inclure dans leur promenade. Et que pour n'importe quel PARFONRY, elles seraient désormais leurs points de rendez-vous.

      La relation de cette journée pourrait s'arrêter ici si on s'en tient à nos objectifs de départ. Ce serait toutefois oublier l'importance apportée par Louise. Après avoir poliment suivi et observé, ce qui peut être considéré pour elle comme une occupation du troisième âge, Louise, à l'approche de la pénombre nocturne, s'est proposée de nous faire découvrir un quartier hors du Paris touristique.  Et elle a eu de l'imagination la petite !! Pour y aller, pourquoi ne pas prendre une de ces Autolib électrique que l'on observe désormais, parquée un peu partout dans Paris. Et hop, une immersion dans le modernisme écologique et on s'y engouffre tous les cinq, même si le règlement la limite à quatre. Peu importe. Louise, au volant, pour la première fois dans Paris, paraît-il, se débrouille comme un chef. Après quelques hésitations de parcours, l'obligation de trouver une autre station Autolib, un petit oubli de fermeture des phares, nous marchons dans le 10ème Arndt., traversant le canal Saint-Martin sur une passerelle séculaire.  Alors que l'on croyait retourner dans notre siècle actuel, voilà que François-Xavier refait surface. Il est fichtrement partout à Paris ce bonhomme. Nous sommes en bordure du canal, sur ce quai de Jemmapes, celui qui a vu partir en pièces détachées ce fameux escalier de marbre que l'on retrouve à Saint-Pétersbourg au Palais Youssoupoff (voir article : De Paris à Saint-Pétersbourg : le début d'une grande carrière). Ma remarque ne semble plus attirer l'attention de mes partenaires. Ils doivent avoir l'esprit un peu fatigué et l'estomac dans les talons, après cette journée intense. Et ce canal Saint-Martin, si grouillant d'activités en ce XIXème siècle, est, de nos jours, le rendez-vous de la jeunesse, celle qui est avide d'échanger, de discuter, de sourire, de rigoler, de prendre du temps. Mes comparses sont happés par l'ambiance du lieu. Nous rencontrons la France inquiète, ingénieuse, réformatrice, cette nouvelle génération du futur. Totalement anachronique de la foule rencontrée précédemment. Et puis mentionnons aussi ce restaurant Le Petit Cambodge1situé entre le canal et l'hôpital Saint-Louis, choisi par Louise, pour terminer la soirée. Un endroit branché, assez dépouillé, aux saveurs du terroir de là-bas. A découvrir tout comme ce quartier de Paris. On avait retrouvé toute la réalité de la vie. Merci Louise de nous y avoir amenés pour nous changer les idées ! Et bien entendu, on est reparti dans une Auto lib pour aller nous reposer de cette journée.

 

1 C'est ce restaurant Le Petit Cambodge qui , avec le bar Le Carillon, sera l'une des cibles des attentats terroristes du vendredi 13 novembre 2015 à Paris (15 morts);     

De superbes balcons pour regarder la fontaine de la Place François 1er

De superbes balcons pour regarder la fontaine de la Place François 1er

Eclairage nocturne de la fontaine de la Place François 1er

Eclairage nocturne de la fontaine de la Place François 1er

La fontaine jumelle de la Place Salvador Allende au Square Santiago du Chili

La fontaine jumelle de la Place Salvador Allende au Square Santiago du Chili

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 12:08

    Etant remis des émotions du Musée Carnavalet (voir article : La cheminée est toujours au Musée Carnavalet), les membres de la mission décident d'achever la journée en se rendant dans la rue Saint-Sabin, haut lieu stratégique de la carrière de François-Xavier.

     Sous la conduite d'Agnès qui avait pris résolument l'initiative de nous y conduire, le quatuor, toujours soudé par la bonne ambiance de l'équipe, ne mit que quelques instants pour y parvenir. Ne négligeant pas au passage les endroits incontournables, un arrêt sur la Place des Vosges s'avérait être indispensable. Si caractéristique avec sa dimension carrée, sa pelouse à la chevelure d'un vert lumineux et ses hôtels particuliers quasi similaires, on ne peut regretter que la présence des quatre fontaines ne soit malheureusement pas reliée à notre marbrier familial.  Ce n'est à vrai dire que partie remise pour la suite de notre expédition.

     Nous arrivons assez rapidement dans ce 11ème Arndt., l'un de ces lieux de Paris qui n'a pas été investi en son temps par les travaux gigantesques du baron HAUSSMANN. C'est ce même arrondissement, resté longtemps le plus industrialisé, et par conséquent le plus populaire de Paris qui fut le coeur des mouvements ouvriers et révolutionnaires durant le XIXème siècle. Située finalement à proximité de notre rendez-vous initial de la Place de la Bastille, cette rue Saint-Sabin, ouverte en 1846, est caractérisée par son parcours assez sinueux, présentant notamment sur son tracé un virage à angle droit et des impasses.

      C'est dans ces quartiers que François-Xavier a construit sa carrière. On le retrouve ainsi dès 1848 au sein de la Garde  Nationale, reconnue comme recrutant particulièrement dans cet arrondissement, lors la révolution mettant fin au règne de Louis-Philippe, puis au moment de la Commune de Paris  de mars 1871, où il décide de démissionner de cette même Garde Nationale. Il installe son premier atelier au 89, rue Traversière-Saint-Antoine ensuite au 28, rue Saint-Pierre-Amelot en 1850 avant d'acheter vers 1860 un ancien relais de poste au 62, rue Saint-Sabin. C'est à partir de ce moment qu'il acquiert progressivement la renommée qui lui est reconnue au travers des nombreuses médailles obtenues.

       De cette époque, il ne reste plus hélas, comme seul témoignage de l'activité marbrière, que les deux morceaux de marbre vert, apposés pour recevoir les poignées sur l'une des deux portes d'entrée. Sans certitude sur sa provenance, ce marbre ressemble assez à l'appellation "marbre antique" (serpentine verte incrustée de fibres de calcite blanche), qu'on retrouve dans la vallée  du Guil (Saint Véran, prés du col de l'Izoard) et ayant servi pour les escaliers du Palais Garnier et le socle du tombeau de Napoléon 1er. Par contre, la superbe verrière intérieure, qui donnait la lumière maximale au travail des sculpteurs, a du être enlevée par mesure de sécurité.  L'ancien espace industriel est désormais occupé par une crèche municipale. Avec son oeil aguerri de marin et de constructeur, Michel parviendra toutefois à retrouver dans la partie supérieure du mur, une courbure qui pourrait correspondre avec une forme arrondie de la verrière.

     Peu de choses matérielles ne subsistent donc. Seule la transmission de la mémoire visuelle d'Agnès parvient à restituer la majesté de cette verrière qu'elle a connue et qui n'a  pu être sauvée par une ultime reconnaissance dans le cadre du Patrimoine. Même la mémoire collective (voir article Wikipedia : Rue Saint-Sabin) ne fait référence qu'à l'ancien relais de poste et non à l'une des marbreries les plus célèbres de la seconde moitié du XIXème siècle. Si le matériel didactique fait défaut aujourd'hui, il reste la possibilité à l'historien de la mémoire de  donner à cette visite le cadre historique qui permet de faire le lien avec l'origine belge de François-Xavier.

      Cette rue Saint-Sabin correspond en partie au Chemin de Contrescape qui suivait anciennement le mur d'un fossé d'eau de 30 m de large et de 7 m de profondeur, autour du bastion de la porte Saint-Antoine, situé au pied de la Bastille. De ce fait, son parcours sinueux en est l'explication, suivant les fondations de l'ancienne enceinte érigée par Charles V et renforcée au XVIème siècle.

      En étudiant quelque peu l'histoire de la marbrerie parisienne, on s'aperçoit que cet endroit se situe dans le prolongement de la présence de certaines dynasties de marbriers wallons à l'époque de la construction du château de Versailles. Après une période d'accalmie, résultant d'un oubli pour l'emploi du marbre en France, la première moitié du XIXème siècle est marquée par la redynamisation au niveau de l'emploi du marbre. L'apparition d'une misère noire en Belgique, combinée aux  mesures de protectionnisme prises du côté français pour protéger l’industrie régionale, ouvre le passage du flot des ouvriers belges. Sans compter que les cantons frontaliers de Beaumont et Chimay, grands producteurs de marbre, avaient été rattachés à un département français sous Napoléon. Cet avantage sera supprimé après le Congrès de Vienne de 1815, qui reviendra sur les frontières des anciens Pays-Bas, issues du traité d'Utrecht. Ce qui provoquera le retour des marbriers belges dans le département du Nord, notamment à Cousolre dans l’Avesnois.

     Par la compulsion de différents travaux réalisés ces dernières années, on y découvre que ces marbriers wallons se sont installés à l'origine, dès le XVIIème siècle, à Paris dans un périmètre proche de la Place de la République. Le quartier initial se serait situé entre le Boulevard de la Poissonnière et la rue Bergère (9ème Arndt.). L’un des plus connus, Jérôme DERBAIS, natif de Nivelles vers 1644, naturalisé en 1669, devenu maître sculpteur en 1676, est localisé rue de la Poissonnière à la fin du XVIIème siècle. Il est associé à la construction de plusieurs pièces du château de Versailles. Plus tard, plusieurs d’entre eux (THOMAS, DEQUESNE, POLCHET, MAZZETTY), originaires de Beaumont, près de la frontière française, associés dans un cadre commercial depuis 1807, se sont installés en 1809 à Paris sur un terrain acheté dans la rue des Filles du Calvaire, dans ce même 11ème Arndt. Ils continueront à avoir deux sociétés, l'une à Beaumont, l'autre à Paris (cette situation double est identique pour la société BEAUGRAND et fils)1. En 1820, sous la politique protectionniste mise en place par la Restauration (droit de douane augmenté de 4 à 40 fr par 100 kg), les ateliers de Beaumont furent transportés à Cousolre, du côté français.

    Toutes ces rues se situent non loin des endroits occupés successivement par François-Xavier. Elles s’alignent sur un axe ESE – WNW, entre le 11ème et le 9ème arrondissement, dans le prolongement de ce qui était le quartier des sculpteurs autour de la rue Popincourt (N.B. : Popincourt est l'autre nom administratif donné au 11ème Arndt., bien que non employé). Ce qui confirme bien que notre aïeul doit être arrivé à Paris à la suite d'une filière commerciale en provenance de Belgique. La plupart travaillaient comme ouvriers et peu sont arrivés finalement au statut de chef d'entreprise. Son installation, aux environs de 1840, relativement tardive, atteste qu'il a été probablement le dernier chef d'entreprise, à bénéficier de cette filière. Les autres grands marbriers parisiens de cette période (LOICHEMOLLE, SEGUIN, DERVILLE, ROCLE, MAYBON, ...) n'ont probalement aucune origine belge. Ce qui peut par contre authentifier le maintien du lien de François-Xavier avec la Belgique, résulte dans le fait qu'il utilise de la main d'oeuvre en provenance de ce pays, en lui reconnaissant une formation supérieure dans le dessin (voir article : Déposition de François-Xavier). Comme exemple, un ouvrier contremaître portant le nom de MASQUELIER, ayant été récompensé d'un prix, est manifestement un exemple attestant d'une origine de la région du Hainaut (ndlr : il est attesté dans Généanet qu'un MASQUELIER, né à Courcelles,  a épousé une PARFONDRY de la branche de Forchies-la-Marche en 1854).

1 DUMONT Francis (2007, réimpression) : Aux Marbres de Flandre, Une entreprise industrielle et commerciale sous l'Empire (1807-1817), Ed. : Pierres et Marbres de Wallonie asbl, Naninne ;

 

Agnès devant l'entrée des anciens ateliers de marbrerie de la rue Saint-Sabin. On y remarque encore les deux entrées des chevaux du relais de Poste

Agnès devant l'entrée des anciens ateliers de marbrerie de la rue Saint-Sabin. On y remarque encore les deux entrées des chevaux du relais de Poste

Dernier vestige en marbre

Dernier vestige en marbre

Cour intérieure de la crèche créée à l'emplacement de l'ancienne verrière

Cour intérieure de la crèche créée à l'emplacement de l'ancienne verrière

Détail du marbre (Marbre de la vallée du Guil ou marbre vert de Maurin ???)

Détail du marbre (Marbre de la vallée du Guil ou marbre vert de Maurin ???)

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 10:33

      C'était une période ensoleillée comme les éphémérides du mois d'août le caractérisent. Tous les critères étaient au beau fixe. Envisagée depuis plusieurs mois, l'expédition formatée par une équipe aguerrie était prête. Le but avoué, en ce mois d'août, était de partir à la recherche de preuves méconnues sur la présence du marbrier François-Xavier PARFONRY à Paris.

      Pour cela, deux PARFONRY, pur sang,  se sont transformés en Rouletabille pour faire revivre les recoins de la mémoire. Associés dans la démarche, Agnès, de la lignée française et votre fieldmouse, de la dynastie belge, étaient convaincus que c'était le moment idéal. Leurs expériences respectives, en tant que fouineurs avérés, vont, pour la première fois, être associées. Pour ce faire, ils sont accompagnés de l'expertise de leur conjoint respectif. Avec Martine L., la photographe tout terrain, vedette de plusieurs sites photos sur le net, et Michel D., grand connaisseur de l'histoire de France et logisticien confirmé, ce quatuor au top est arrivé à Paris en ce lundi 19 août 2013. Le matériel pour mener à bien cette expédition est des plus limités. Outre le NIKON D3.100 double objectif, on se limite à une carte détaillée des rues de Paris, au plan des différents réseaux de transports parisiens, à l'impression des quelques cinquante pages rassemblées sur Francois-Xavier, à la liste des lieux attestés dans la bibliographie et aux tickets de métro achetés en série.

      Rendez-vous est pris sur la Place de l'Opéra Bastille, situé entre le vieux quartier du Marais et l'ancien quartier des artisans, dans le 11ème, là où François -Xavier avait installé ses ateliers de fabrication, dans la rue Traversière Saint-Antoine puis dans la rue Saint Sabin. Devant la Colonne de Juillet, haut lieu de mémoire de cette France révolutionnaire de 1830 qui peinait à sortir de son empreinte monarchique, le premier objectif de l'expédition se voyait décidé, au regard de la proximité des lieux sur la carte. La mission se devait d'atteindre le Musée Carnavalet.

     Le but était clair. Celui de découvrir cette cheminée offerte par François-Xavier sous forme de don à ce nouveau musée, spécialement orchestré autour de l'histoire de Paris. Sur base d'une lettre de remerciements de Georges CAIN, Conservateur de ce musée à l'époque, datée du 19 décembre 1897, son existence était attestée. Voici le texte de cette lettre, conservée par Jean-Pierre, le frère d'Agnès.

                Monsieur,

Vous avez eu la généreuse pensée d’offrir au Musée, une cheminée Louis XIV en marbre. Je suis heureux de vous annoncer que ce précieux don vient de prendre place dans une des salles du Musée Carnavalet.

Au nom de la Ville de Paris, j’ai l’honneur de vous adresser mes remerciements pour cette libéralité, et, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

                                                                             Signé : Georges CAIN

      Plusieurs lettres et mails, envoyés précédemment, étaient restés sans réponses. Une ignorance qui ne pouvait perdurer. Il fallait trouver cette cheminée. L'indice était crédible. Restait à dénicher la salle dont il est question dans la lettre. Avait-on conservé cette cheminée comme témoignage du passé marbrier des artisans parisiens ?

      Le temps, la persévérance, la connaissance de l'histoire de ce marbrier, la bibliographie répertoriée se sont avérés nécessaires pour arriver au but. Rien n'est simple dans ce genre de mission exploratoire. Il a fallu pas moins de huit stations, un petit chemin de croix, pour la retrouver. En voilà la relation.

1. Arrivée devant l'entrée du Musée Carnavalet, au numéro 19. Pour apprendre, par une gentille antillaise, que le Musée était fermé ce jour. Pardi, vouloir visiter un musée un lundi, vous n'y pensez pas ! Un peu vexé de ne pas avoir intégré les horaires d'ouverture dans notre programme, nous lui sortons de mémoire le comment et le pourquoi de notre présence. On ne pouvait abandonner de sitôt. En un minimum de temps, nous faisons comprendre à cette brave gardienne que nous sommes en mission de la plus haute importance. On ne sait si cela l'a convaincue ou si c'était pour nous débarrasser de notre quatuor encombrant, mais nous voilà réorientés vers un autre numéro dans la même rue.

2. Au numéro 23, nous sommes accueillis cette fois par un agent de sécurité en tee-shirt rouge très reconnaissable. Refus de nous faire entrer comme précédemment. Cette fois, le discours ayant été répété, nous l'encadrons en le sermonnant quasiment sur l'intérêt stratégique de notre démarche. Le convainquant de nous donner accès au bureau de réception, dans lequel nous trouvons notre troisième interlocutrice.

3. Rebelote. Cette fois, seuls Agnès et moi-même entrons dans le bureau, laissant nos deux comparses dialoguer sagement avec la sécurité. De nouveau le discours de circonstance, en insistant sur la lettre de 1897 du Conservateur. Première impression assez mitigée. On reformule notre démarche en accentuant cette fois sur l'importance de la carrière du marbrier. Des dates, des lieux, des titres, des photos s'accumulent devant les yeux de la réceptionniste. Voyant qu'elle ne pourra pas se débarrasser de nous, elle finit par téléphoner au Conservateur de garde en ce jour de fermeture.

4. Le Conservateur se fait attendre. L'inquiétude de ne pas le voir apparaître nous stresse quelque peu. Finalement, il traverse la cour intérieure. Il croit trouver dans nos deux experts attitrés les bonnes personnes. Il n'en faut pas plus pour Michel de lui glisser quelques mots explicatifs dans l'oreille pour qu'il soit au parfum lorsqu'il arrive près de nous deux. On ressort une nouvelle fois la grosse artillerie qu'on commence  à connaitre par coeur. Sa première réponse est négative. Il n'y a pas d'archives de cette période qui pourrait nous faire remonter à la cheminée. Cette fois, nous prenons conscience que la phase commando de notre mission doit être déclenchée. Des actes, des gestes, de l'action pour un résultat. On entoure au mieux le Conservateur. En alternance, on maintient la pression. Les explications fusent, les pages sur François-Xavier sont déroulées une à une, le nom PARFONRY est martelé en espérant faire réagir un ultime recoin de ses neurones, les lettres restées sans réponse lui sont rabattues comme ultime argument.

5. Finalement, il abdique. A t-il perçu la fougue, l'intérêt émotionnel, l'émerveillement, la passion dans nos explications ? Sans aucun doute. Un déclic a du se provoquer  à son niveau. Il nous quitte quelques instants, nous demandant d'attendre. L'inquiétude et l'optimisme se mélangent dans nos regards échangés avec Agnès. Que peut-il maintenant se passer ? On a abattu quasiment toutes nos cartouches. La réussite de la première partie de la mission dépend de cette prochaine ouverture de porte.

6. M. BRUSON Jean-Marie, c'est le nom du Conservateur, arrive. Il brandit une petite fiche cartonnée à la main, ternie par le temps. En spécialiste des archives, nous comprenons tout de suite que c'est un sésame important. Elle a été retrouvée dans les tiroirs répertoriant la liste des donateurs au Musée. Sur celle-ci, le nom PARFONRY est écrit avec les références suffisantes pour attester de la présence toujours effective de la cheminée. Sourires, joies font de nouveau surface. Comme pour une partie de belote, nous avions remporté le dernier pli, le dix de der. On avait réussi à retrouver la trace de la cheminée, après quelques cent quinze années d'oubli, d'indifférence. On veut la voir, la toucher.

7. Poussant la gentillesse jusqu'à neutraliser les alarmes des différentes pièces à notre passage, M. BRUSON nous entraine, tous les quatre, dans un dédale de couloirs, de salles, d'escaliers. Le mobilier du tout Paris défile devant nos yeux sans que l'on s'y attarde ni que l'on y apporte un quelconque regard. Le but est tout proche. Rien d'autre ne peut attirer notre attention.

8. On arrive finalement dans une pièce assez sombre, les volets étant fermés en ce jour de repos des visites. Elle est là, au fond de la salle. Avec son âtre baillant, elle semble nous dire : Enfin, vous êtes là !! Cela fait plus de cent ans que je vous attends. Vous n'avez - pas oublié ma médaille d'or, j'espère !!. Comme pour nous excuser, nous l'avons regardée, palpée, admirée, contemplée pendant de nombreuses minutes. La finition de la plaque au fond de l'âtre est superbe. Nous ne pouvions lui dire qu'il y avait peu d'espoir de retrouver sa médaille. De marbre, elle ne pouvait évidemment répondre à nos commentaires. Elle qui a été exposée et obtenu une médaille d'or à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris, se trouvait oubliée. Son âtre restait froid depuis trop longtemps pour qu'il puisse éclairer les quelques mètres carrés sur lesquels nous restions confinés. Elle se savait condamnée à rester indéfiniment dans la salle 41 - LIESVILLE de ce musée.  Prenant conscience cependant que la photographe de la mission se préparait, elle a un mouvement d'orgueil. Elle s'est sentie à nouveau contemplée, admirée comme au bon vieux temps de l'Exposition universelle. Ayant eu enfin la reconnaissance des siens, elle s'est faite dès lors toute belle pour poser pour l'éternité.

9. L'euphorie passée et les photos réalisées, nous quittons à rebour la salle 41, en la regardant jusqu'au dernier entrebaillement de la porte qui se referme. N'oubliant pas de sortir nos GSM pour avertir, tel un cri de Victoire, les autres membres de cette famille d'avoir retrouvé la cheminée de François-Xavier.

     Reste à espérer que ce premier succès de cette mission se prolongera avec la rédaction d'une fiche signalétique complète de cette cheminée. La référence au style Louis XIV, attestée dans la lettre, doit recevoir une confirmation de la part de Madame Marie-Laure DESCHAMPS, la responsable Mobilier de ce Musée Carnavalet. Ce sera la dixième station de notre chemin. Et pourquoi pas, comme une onzième station, prenant le recul nécessaire pour une visite complète de ce Musée, en choissisant de préférence les heures d'ouverture. N'oubliant pas malgré tout d'aller revoir, à la lueur du jour, cette cheminée patrimoniale dans la salle 41-LIESVILLE.

     La suite de cette mission d'exploration sur les traces de François-Xavier PARFONRY sera détaillée prochainement.

La cheminée de notre aîeul est retrouvée. Cela valait bien la peine de déguster une bonne bière .... belge pour nos deux têtes chercheuses chevronnées
La cheminée de notre aîeul est retrouvée. Cela valait bien la peine de déguster une bonne bière .... belge pour nos deux têtes chercheuses chevronnées

La cheminée de notre aîeul est retrouvée. Cela valait bien la peine de déguster une bonne bière .... belge pour nos deux têtes chercheuses chevronnées

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