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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 14:07
La villa, Avene de Ceinture, à Créteil

La villa, Avene de Ceinture, à Créteil

    La villa de Créteil, construite vers 1860 par le marbrier François-Xavier PARFONRY, montre, comme il a déjà été dit, une influence flamande, par la présence d'un élément de pignons à redents (ou à pas-de-moineaux), au niveau de la façade (voir article : La villa flamande de Créteil)

     Néanmoins, son style architectural compliqué laissait présager d'une autre influence. La façade triangulaire en briques rouges et jaunes, élancée vers le haut, et la construction d'une tourelle, apparaissent comme des éléments d'un autre style. Peu féru de connaissances dans ce domaine, la question est restée longtemps non résolue.

     Un récent parcours touristique à Mers-les-Bains et ses environs, à la lisière entre la Picardie et la Normandie, a permis de reconstituer l'ensemble architectural de cette villa. En bordure de l'océan Atlantique, différents styles se succédèrent au niveau des résidences secondaires construites par l'aristocratie et la haute bourgeoisie de l'époque. Le premier essor important débuta en 1860 avec l'apparition d'un style anglo - flamand. Caractérisé par l'emploi massif de la brique, l'absence de balcons et l'adjonction d'une tourelle, venant compléter le pignon flamand typique, ce style essaima " de manière sobre et répétitive"

   Style qui commença à se développer avec l'année de construction de la villa du marbrier à Créteil. On en déduit que François-Xavier a été au contact de ce type de nouveauté architecturale, dés le début de son apparition sur la côte atlantique. Une nouvelle preuve indéniable de son caractère innovant qui n'a pas cessé de l'habiter tout au long de sa carrière de marbrier. Même si la structure octogonale de la tourelle n'entre pas dans le concept strict de ce style, mais plus implicitement en référence au style Tudor du roi d'Angleterre Henri VIII.

   Sur le plan historique, ce style anglo - flamand, entre 1860 et 1870, correspond à la période dite libérale, post autoritaire, de Napoléon III. Si rien dans ce style ne correspond au luxe, au goût du faste de ce style Second Empire, s'inspirant des architectures de l'Antiquité, on doit y déceler sans doute la grande admiration de Napoléon III pour la modernité britannique2 ainsi que son appui à l'essor de la bourgeoisie pendant cette période de règne. Arrivant quelque temps après les séjours fréquents du roi Louis-Philippe3 au château d'EU, situé à proximité, lequel avait décrété l'Entente cordiale avec la reine Victoria4, on ne peut qu'y voir une hypothèse alléchante de liens avec l'apparition de ce style. Dés 1856, il convient de le rappeler, François-Xavier avait établi une collaboration en fournissant le marbre en Carrare pour le socle de la statue de Joséphine de Beauharnais5, commandée par l'Empereur et installée Place de la Savane à Fort-de-France, sur l'île de la Martinique (voir articles : Le socle de François-Xavier attend sa Joséphine, Le chef-d'oeuvre des Caraïbes, Il est toujours question du socle de Joséphine). La défaite cinglante de Sedan en 1870, devant les Prussiens, changera rapidement la donne. Une nouvelle conception architecturale verra s'installer par la suite des villas avec balcons, bow-windows que viendront parachever les décors floraux et végétaux, les courbes et les céramiques de l'Art Nouveau.

    Plusieurs bâtiments de la région font référence à ce style anglo - flamand. Le plus caractéristique et l'un des plus beaux exemples est sans aucun doute la ferme de Beaumer, située précisément à Woignarue, entre Mers-les-Bains et la baie de Somme. Le très bel ensemble de l'hôtel - restaurant Les Tourelles, dominant les hauts de la ville du Crotoy, en baie de Somme, en est un autre exemple. Dans cette optique, on pourrait parler plus volontiers de style Tudor, rappelant les tours octogonales du château de Hampton Court, près de Londres.

    On ne peut qu'en conclure que François-Xavier avait pris, lui aussi, la direction de ce nouveau centre balnéaire qui se développera considérablement avec l'arrivée du chemin de fer en 1872 en gare du Tréport, face à Mers-les-Bains.

 

1 Selon le site Villes et paysages d'art et d'histoire ;

2 En 1860, Napoléon III signera un traité de commerce avec l'Angleterre, abolissant les droits de douane sur les matières premières ;

3 Louis-Philippe régna de 1830 à 1848 ;

4 La reine Victoria sera reçue à deux reprises au château d'EU ;

5 Seconde épouse de Napoléon Bonaparte, Napoléon III est son petit-fils ;

La Ferme de Beaumer à Woignarue

La Ferme de Beaumer à Woignarue

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 15:21

   Pour terminer la relation de cette seconde expédition1, effectuée sur les traces de François-Xavier PARFONRY à Créteil, ses membres ont rendez-vous avec deux des plus éminents historiens de la ville. Ils auront le plaisir de profiter de la disponibilité, des explications et de l'expérience de ces personnes pour visiter plusieurs endroits historiques de la localité. 

   Après un bon repas, offert par Françoise au Café de la Mairie, où la gourmandise de certains pour les desserts fut particulièrement remarquée, l'heure du rendez-vous se précise. Nos interlocuteurs cristoliens nous attendent, en face, à la Maison du Combattant, Place Henri DUNANT. Ancienne Mairie jusqu'en 1965, ce lieu est désormais le centre des associations actives dans la valorisation du patrimoine de la ville de Créteil. Jean-Marie LEMMEL et Claude LELAURIN, deux de ces animateurs bénévoles, et, comme nous le découvrirons progressivement, artisans touche à tout, nous y reçoivent avec le sourire de ceux qui veulent transmettre leurs connaissances. 

     Cette Maison du Combattant offre un lien important avec notre propre histoire. Paul PARFONRY, le fils du marbrier, du temps où le bâtiment faisait fonction de Mairie, y avait offert un mécanisme d'horlogerie. Un premier article, faisant suite à une visite d'Agnès et de Françoise en 2010, avait déjà mentionné la présence de cette horloge dont l'existence n'est plus avérée de nos jours (voir article : Une horloge à Créteil). Nos deux intrépides exploratrices, qui peuvent se prévaloir d'avoir suivi la formation donnant accès au label " Guide officiel P Y ",  s'étaient promises d'y revenir. 

   Ancien horloger lui-même, Jean-Claude LEMMEL ne se pria pas pour nous expliquer le mécanisme de fonctionnement de l'ancienne horloge de l'église de Créteil qui a retrouvé une nouvelle jeunesse dans le hall d'entrée de cette Maison du Combattant. Navré cependant de ne pas pouvoir nous expliquer ce qu'il est advenu de l'autre horloge, celle offerte en don par Paul. Sa disparition résulte de la suppression du fronton sur rue2 en 1965, dans lequel elle était incorporée, pour permettre la construction d'une avancée vitrée.

   Pour rappel, ce don avait été effectué en 1903. Le mécanisme avait été complété d'un cadran, aiguilles et minuterie fournis par la Maison Henry ROY, horloger mécanicien. Une lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY, adressée au Maire de Créteil, nous renseigne que les pièces du mécanisme ont été stockées au 62 rue Saint Sabin à Paris, à savoir dans les ateliers de la marbrerie qui avait été reprise par les frères HUVE après le décès du marbrier en 1898. L'année 1903 coïncidant avec la période de prospérité de l'horloger Emile PARFONRY, installé à Bruxelles, on peut y percevoir  peut être l'origine de l'horloge !!! Cette horloge fut remontée et entretenue par la Maison PORRET, horloger à Créteil3.

               Lettre de Paul PARFONRY au Maire de Créteil, datée du 6 mai 1903

Monsieur le Maire

Les pièces composant l'horloge que la mairie me fait le très grand plaisir d'accepter sont à votre disposition 62 rue St Sabin.

Le messager qui viendra en prendre livraison fera bien de se munir de caisse ou de papiers nécessaires à l'emballage des dites pièces.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes sentiments les meilleurs et bien dévoués.

                                                    (Signé) Paul Parfonry            

     Pour la première fois, on y découvre l'écriture et le style de Paul. Lisible, précise et assez classique, elle indique d'un bon niveau d'éducation scolaire, probablement meilleur que celui de son père. L'écriture du P est sans aucun doute la forme la plus originale. Une seule faute est observée avec l'usage du mot caisse que l'on verrait mieux au pluriel. Le plus intéressant se retrouve dans sa signature. Confirmant ce qui avait déjà été constaté au niveau de l'évolution de la signature de ses peintures, Paul utilise de nouveau les trémas dans l'écriture du y, revenant à l'usage ancien qui avait été observé chez son père François-Xavier et dans les premières années de son art.

1 Pour rappel, la première expédition s'était déroulée dans les rues de Paris en août 2013; son parcours est relaté au travers des 6 articles qui la font découvrir (voir Paris 1 à 6) ;

2 Les puristes utiliseront le terme "Chien assis" ;

3 A la réflexion, la seule piste pour découvrir ce qu'il est advenu de cette horloge doit être dans la recherche des descendants de cette entreprise d'horlogerie PORRET ;

Lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY au Maire de Créteil

Lettre du 6 mai 1903 de Paul PARFONRY au Maire de Créteil

A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY
A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY

A l'écoute des explications sur le fonctionnement de l'horloge installée dans l'avancée vitrée, à l'origine de la suppression de l'horloge offerte par Paul PARFONRY

   La visite se poursuivit par l'ancienne salle des mariages, décorée de quatre toiles d'Eugène SIMAS (1862-1939), représentant des paysages bucoliques de Créteil. Le second intérêt de cette pièce résulte dans la présence de la plaque reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville. Et parmi ceux-ci, on y retrouve le marbrier François-Xavier PARFONRY, le père de Paul. La présence de cette plaque a déjà été développée précédemment (voir article : Une petite lettre pour une grande plaque). Mais pour la première fois, tout comme la cheminée au Musée Carnavalet, la fontaine de la Place François 1er, le double escalier de la gare Saint Lazare, le marbre de la porte d'entrée de la rue St-Sabin, les échantillons de marbre dans les Réserves des Arts et Métiers, la face incurvée en marbre avec l'inscription P Y de l'Avenue de Ceinture, etc.... cette plaque apparaissait sous les yeux de PARFONRY encore une fois émerveillés par la séquence des traces accumulées. Parmi la liste des bienfaiteurs qui y sont énumérés, on retrouvent ceux de BORD, de BOULENGER et de GAIDELIN dont nous avions aperçu précédemment la chapelle funéraire       (voir article : En pierre de lave de Volvic - Créteil 3).

La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail
La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail

La plaque commémorative reprenant la liste des bienfaiteurs de la ville de Crétail

     Ne ménageant ni de leurs temps ni de leurs explications, nos deux guides du jour nous firent encore découvrir deux autres bâtisses historiques. En premier Le Colombier, dernier vestige de l'ancienne ferme seigneuriale qui ne dût sa survie qu'aux efforts déployés par les défenseurs du patrimoine de Créteil. Pour le sauver, l'ensemble du bâtiment fut déplacé de 45 m, d'une seule masse, en 1972 laissant la place à de nouveaux lotissements. Majestueux et harmonieux par ses dimensions, ce colombier pouvait contenir à l'origine 1500 couples de pigeons. Le parcours se termina par la visite des orgues de l'église Saint-Christophe, où les explications techniques alternèrent avec des airs improvisés, joués par Claude LELAURIN (voir site : http://www.orguesaintchristophecreteil.org/orgue.html ). 

   Dans le soir tombant, l'harmonie des notes sortant de ces embouts annonçait la fin de notre parcours dans les rues de Créteil. Toutes ses portes de l'histoire, de l'art qui nous furent si aimablement ouvertes, nous faisant en quelque sorte regretter la vision austère et peu académique du parloir du Carmel. Cette nouvelle expédition fut malgré tout une belle réussite, très largement ouverte à différents aspects du patrimoine, tant familial qu'historique. Tant de choses découvertes en une seule journée, racontées au  travers de quatre articles (voir articles : Créteil 1 à 4).

     On terminera par une requêtte formulée à la ville de Créteil et aux amis qui défendent son patrimoine. Si François-Xavier PARFONRY apparait dans la liste des bienfaiteurs, sur une plaque un peu oubliée, dans la pénombre de l'ancienne salle des mariages, et si Paul reste un simple donateur obscur, une plus grande reconnaissance est à espérer. Tous deux ne sont pas mentionnés dans la liste des personnalités recensées de Créteil (not : site Wikipedia Créteil). Oubli pour Paul, celui qui a exposé de nombreuses années au Salon des Artistes et qui a honoré le fronton de la Mairie d'une horloge. Et omission tout à fait injustifiée pour François-Xavier, Chevalier de la Légion d'honneur, l'un des marbriers les plus appréciés de sa génération et dont le parcours, retracé au travers de nombreux articles de ce blog, justifie amplement une place plus apparente. Leurs deux prénoms ne dépareraient pas à côté du guitariste des Chaussettes Noires ou de l'acteur de second rôle de la série Les cinq dernières minutes. Au même titre que les BORD, GAIDELIN, BOULENGER et autres, leurs inscriptions dans la liste des personnalités de Créteil doivent s'avérer être désormais une priorité

    Et on finalisera cette rétrospective de la visite à Créteil par la gentille lettre de remerciement envoyée par la Mère prieure du Carmel à Françoise, faisant suite à notre entrevue tronquée derrière le parloir de sa communauté (voir article : Le Carmel conserve tous ses mystères - Créteil 2)

Peut-on espérer une meilleure opportunité à l'avenir pour assouvir notre souhait de visiter ce lieu ? Au même titre que celle qui nous a été donnée récemment de visiter la belle maison occupée par l'horloger Emile PARFONRY, à sa retraite, dans le hameau de Gobertange en Belgique. Les voies du Seigneur sont impénétrables, dit-on. Il paraît que ce n'est pas du tout du fatalisme, tel qu'on l'interprète le plus souvent. Il doit bien voir alors que la patience des hommes n'est pas aussi large que la sagesse divine !!!

Lettre de remerciement de la Mère prieure du Carmel Sainte-Thérèse

Lettre de remerciement de la Mère prieure du Carmel Sainte-Thérèse

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