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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 21:23

    Grâce aux amies de Françoise P., membres de son association AUAN (Association Universitaire et Artistique de Neuilly-sur-Seine), qui parcourent les expos parisiennes, on a été alertés par une découverte suite à la visite de l'exposition organisée à l'occasion du 200ème anniversaire de la naissance de l'architecte Viollet-le-Duc ( du 20 novembre 2014 au 09 mars 2015). On y présentait l'oeuvre singulière de ce grand architecte, théoricien et restaurateur, fondateur du musée de la Sculpture comparée dont le musée des Monuments français est l'héritier.

      Cette amie, à l'oeil attentif et exercé, fut intriguée de voir un document à en-tête au nom de Parfonry dans l'exposition "Viollet-le-Duc, visions d'un architecte" à la Cité de l'architecture et du patrimoine organisée en partenariat avec la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

      Une nouvelle confirmation, s'il en fallait, de la qualité et de l'importance de la marbrerie d'art de François-Xavier, notre entrepreneur, déjà avérée par la thèse de Joëlle Petit (voir article : La thèse de doctorat a été soutenue) et par les nombreuses découvertes mentionnées dans ce blog.

      Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) est l'un des rares architectes du XIXè siècle dont la mort n'ait pas éteint la célébrité mais l'ait au contraire affirmée. Malgré des polémiques, ses travaux de restauration et son oeuvre font toujours référence pour les professionnels de l'architecture et son génie a marqué l'histoire de l'art et de l'architecture. Longtemps, les historiens se sont attachés à mettre en perspective sa science archéologique, sa doctrine en matière de restauration et son activité au service du patrimoine. A partir des années 1970, les idées qu'il avait exprimées, en matière de création architecturale, furent à leur tour objet d'études et de controverses.

      Aujourd'hui, trente ans après la dernière exposition monographique qui lui fut consacrée à Paris, ce sont les aspects les moins connus et les plus inattendus de cet artiste aux talents multiples qui ont été présentés au public, pour témoigner de la richesse et de la complexité de sa personnalité. On connait le caractère rationnel de sa démarche : il est question ici de souligner son côté visionnaire. 

    Que notre aïeul soit associé à cette figure majeure de l'architecture française au XIXè est tout simplement une consécration, une preuve qu'il a participé à certaines des plus belles constructions de son siècle.

     C'est dans la partie consacrée au chantier de restauration de Notre-Dame de Paris (1843-1868) que la facture de l'entreprise Parfonry est exposée. Ce chantier-phare du XIXè siècle est un éclatant manifeste des idées de Viollet-le-Duc en matière de restauration, de décoration et d'aménagement urbain. Viollet-le-Duc commence à mettre en pratique ses conceptions et théories de la restauration, celles qui lui font écrire que " restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné ".

     Cette facture fait partie d'un ensemble de documents issus des collections de la Médiathèque de l'architecture et du Patrimoine, installée à Charenton. Il n'est, dès lors, pas impossible que d'autres traces de François-Xavier n'y restent à découvrir.

      Cette facture est importante. Treize cheminées au total sont facturées pour le Presbytère de N.D., sur la seule feuille exposée. Elle est détaillée avec précision en termes techniques de marbrerie et d'architecture, les couleurs des marbres et les formes variées. Les cheminées sont destinées pour les trois niveaux du Presbytère. Parfonry, associé aux frères Huve, n'est en fait qu'un sous-traitant et son nom ne figurait pas dans l'index du catalogue. Il fallait observer les documents dans le détail pour relever son nom. Voici retranscrit, les premières descriptions lisibles pour chacune de ces 13 cheminées

      Rez-de-chaussée: 1 cheminée capucine Saint Anne ...

                              1 cheminée capucine coquillé ....

      1er étage :      1 cheminée consoles blanc galbé avec rouleaux, foyer à compartiment .....

                          1 cheminée Louis XIV n°42 rouge foncé, travers cintré à moulures saillantes ....

                          1 cheminée modillons Joinville à rouleaux ......

                          1 cheminée modillons rosé ouest ....

                          1 cheminée modillons bois Jourdan....

      2ème étage :    1 cheminée modillons noir demi fin ....

                          4 cheminées capucine Glageon ....

                          1 cheminée Capucine noir française ....

Quelques explications sur les termes

- la capucine est un modèle de cheminées, à jambage droit, le plus courant sous Napoléon III et à la fin du XIXè siècle; régulièrement placées aux angles des pièces ;

- un modillon est un élément d'architecture qui sert à soutenir une corniche, un avant-toit ou un balcon;

- marbre de Bois Jourdan : connu aussi sous le nom de Sarracolin de l'Ouest (gare St Lazare, Empire State Building) ;

- marbre noir de Belgique, connu également sous le nom de Noir de Mazy ou de Golzinne, de teinte noir profond, il se caractérise par la rareté des fossiles et des veines calcite qui donnent à son poli un noir parfait d'une uniformité et d'un velouté remarquable ;

- marbre noir Glageon, provenant d'une commune du Nord située dans le parc naturel régional de l'Avesnois ;

     Il nous reste à espérer que la porte de ce Presbytère s'ouvrira plus facilement que celle de la villa du Boulevard de Ceinture à Créteil (voir article : Le Carmel conserve tous ses mystères - Créteil 2pour nous autoriser à aller visionner le travail de ce marbrier.

 

PS : Cet article a été transcrit en reprenant les éléments contenus dans le document rédigé par Agnès Parfonry ;

Facture de l'entreprise PARFONRY et LEMAIRE adressée à Monsieur BERNARD du Presbytère de N-D de ParisFacture de l'entreprise PARFONRY et LEMAIRE adressée à Monsieur BERNARD du Presbytère de N-D de Paris

Facture de l'entreprise PARFONRY et LEMAIRE adressée à Monsieur BERNARD du Presbytère de N-D de Paris

L'arrière-arrière-arrière-petite-fille du marbrier se penche sur les documents de son aïeul

L'arrière-arrière-arrière-petite-fille du marbrier se penche sur les documents de son aïeul

L'arrière-arrière-petite-fille du marbrier remerciant Viollet-le-Duc d'avoir fait confiance à son aïeul

L'arrière-arrière-petite-fille du marbrier remerciant Viollet-le-Duc d'avoir fait confiance à son aïeul

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 08:12

     Les paons, ses superbes oiseaux au plumage métallique (du moins pour le mâle), sont l'objet central de notre histoire. Chacun a en mémoire l'image d'un paon qui tout en se promenant, étale ses plumes comme un éventail coloré sur lequel apparait des ocelles. Le paon fait la roue. Rien de plus beau à tel point que son image a inspiré certains dessins de l'Art Nouveau. Animal courant dans nos fermes jadis, il a disparu notamment en raison de son cri. Car le paon criaille, braille. C'est son gros défaut. On l'entend à la ronde, quand il est contrarié, ce cri caractéristique : Léon. Le dernier qui m'ait abordé réellement, et aussi curieusement, c'était à Niamey au Niger. Il se promenait librement dans la parcelle de la famille MARCHAL. Plusieurs autres, moins volubiles, se promènent de nos jours dans le parc animalier de Pairi-Daiza. A croire que c'est cet animal qui a inspiré la chanson de la publicité Léo !!

      Autre contrariété du paon, c'est DARWIN, l'auteur de la théorie de l'évolution qui a du l'assumer. Son cri ostensible, ses couleurs attirantes et sa lenteur dans son déplacement étaient en incohérence avec sa théorie, basée sur l'adaptation aux conditions de l'environnement. Un tel animal n'aurait pas du survivre, selon lui. Mais aller demander à un tricératops de s'en approcher avec de tels braillements qui lui perforent les tympans. C'était aussi, il est vrai, ne pas savoir que cette bestiole était un plat recherché des Palais et des Princes et donc protégée d'une certaine façon dans les élevages et les basses-cours des fermes d'antan.

     Mais pourquoi ce paon intègre t-il notre histoire liée à notre patronyme ? Tout simplement, par le fait, qu'on le retrouve à la base d'un combat juridique mené par notre célèbre marbrier François-Xavier. Encore lui me direz-vous. Homme de combat, riche, entrepreneur reconnu, il faisait partie, comme on dit de nos jours des People. Tous ses faits et gestes étaient observés, disséqués. La rançon du succès !

    Pour rappel, François-Xavier, fortune déjà bien établie, avait fait bâtir une villa à Créteil en 1860 dans l'ancien domaine du château des Buttes. Il y vivait paisiblement à côté de son voisin RENAUT. Jusqu'à un certain jour qui nous est relaté dans Le XIXème Siècle. Journal républicain du 24/01/1892. Fichtre, voilà que notre célèbre aïeul était aux prises avec ces oiseaux qui ne l'inspiraient pas vraiment

..... Renaut avait sur la lisière des deux propriétés une basse-cour dans laquelle il nourrissait des paons. Pour lui jouer un tour, Parfonry imagina de faire construire une petite maison sur la partie de son terrain confinant à la volière de son ennemi. Les maçons reçurent l'ordre de ne pas ménager la poussière du plâtre. Les malheureux volatiles, aveuglés, ahuris, faillirent périr. Renaut séchait de colère; Parfonry se frottait les mains......

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aux relations les plus cordiales, succéda une terrible inimitié, qui se marqua par d'incessantes tracasseries renouvelées tous les jours. Tous deux se firent une guerre de Mohicans......

Le noir complot tramé par Parfonry contre les paons de Renaut avait échoué. Les paons, remis de leur alerte, se portaient comme des charmes et criaient, c'est le cas de le dire, comme des paons. L'implacable Parfonry s'avisa d'un autre stratagème. Il paraît qu'il était grand ami du maire. Il fit prendre par ce digne magistrat municipal un arrêté en vertu duquel défense était faite aux habitants de Créteil de garder chez eux des paons, le cri de ces bêtes étant de nature à troubler le sommeil des gens paisibles. Les paons étaient donc, par cet ukase, proscrits de tout le territoire de la commune de Créteil .........

      François-Xavier, tout comme Renaut se défendirent bec et ongles,  comme il en est relaté dans un autre journal.  Cris de paons, dans la rubrique Tribunaux, tel est le titre d'un article retrouvé dans La Lanterne du 23/01/1892 (voir ci-dessous). Ils se retrouvèrent successivement devant le juge de paix de Charenton qui déclara illégal l'arrêté du maire, puis devant la troisième chambre, pour demander dix mille francs de dommages-intérêts. A chaque fois, François-Xavier fut débouté, le ministère public ayant conclu à la liberté pour chacun d'avoir des paons chez soi.

      Que s'est-il passé ensuite ? Parfonry a t-il procédé à sa propre justice ? A t-il fait Pan Pan sur les paons ? On espère que non !! Leeeeeo le eeo.  On vient au galot à l'appel de Léo !!, c'est vrai que cela faisait quand même beaucoup de bruit cette publicité. Soyons quand même un peu compatissant vis à vis de notre aïeul !! Un paon, avouez que c'est aussi fondant qu'une gaufrette de Léo sur les doigts !!  Mais plusieurs, cela devient aussi indigeste qu'une tablette de chocolat Côte d'Or. En conclusion, si vous y tenez réellement à ces bêtes, n'en prenez qu'une seule. Elle sera moins contrariée et braillera moins.

     Et qui est ce Monsieur RENAUT qui vivait à côté, avec ses paons ? Sans doute, une autre de ses personnalités qui s'étaient rabattues sur l'ancien domaine du Château des Buttes, loti dès 1859. Il ne fait pas partie de la liste des bienfaiteurs qui est affichée à la mairie de Créteil, contrairement à François-Xavier PARFONRY. On reviendra sur ce point dans un prochain article. 

     Les informations sur ce personnage, qui s'écrirait plutôt RENAULT, m'ont été transmises par Maurice DUPREZ, le gestionnaire du blog : Buttes-Halage Créteil. Ce RENAULT était carossier et propriétaire de ce château des Buttes. Il avait entrepris une importante rénovation de sa demeure en 1889, soit trois années avant ses déboires avec son voisin. A celle-ci était attenant un parc boisé de 40 000 m2 disposant d'un kiosque, d'une pièce d'eau, de grandes serres servant de protection hivernale aux camélias et plantes vertes diverses. L'intérieur de celle-ci présentait un ensemble de pièces disposant d'un luxe apparent avec des balustres et colonnes corinthiennes, un piano "bois de rose" signé Pleyel, de nombreux objets en bronze, etc....Au milieu de cet ensemble, se promenaient donc trois paons, à l'origine de cet article2.

      La relation de ce petit fait divers local démontre que le principe de la séparation des pouvoirs, base fondamentale de notre système démocratique, a parfaitement fonctionné. L'affinité avec le maire n'a pu jouer en sa faveur, ce dernier ayant pris manifestement un arrêté non réglementaire.

1 Maurice DUPREZ  n'a cependant pas retrouvé cet arrêté dans les archives de la ville de Créteil ;

Cet article peut être retrouvé sur le site : http://quartier-buttes-halage.blogspot.fr/2013/12/nuisances-cris-de-paons.html  ;

 

Journal La Lanterne du 23/01/1892. Rubrique Tribunaux : Cris de Paons

Journal La Lanterne du 23/01/1892. Rubrique Tribunaux : Cris de Paons

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 14:19

      L'idée d'une randonnée  dans les rues de Paris, en prenant comme thématique les lieux où l'on peut découvrir les marbres de François-Xavier, a déjà été évoquée dans ce blog. Pour en permettre son tracé, la première étape consiste à inventorier les endroits qui ont été successivement relatés et qui se rapporte à une présence avérée de ce marbrier.

      L'énumération est malheureusement loin d'être exhaustive. Sa brillante carrière en tant que chef d'entreprise entre 1850, année où il s'installe dans la rue Traversière Saint-Antoine, jusque 1895, année où il arrête ses livraisons à la Manufacture de Sèvres, est insuffisamment étoffée par le nombre des repères retrouvés. 

      Néanmoins,  cette ballade, au gré des édifices mentionnés, à de quoi faire visiter les beaux quartiers de Paris. Le Paris touristique, le Paris bourgeois, le Paris des ministères, le Paris de la finance, le Paris des hôtels particuliers, le Paris des musées sont ainsi tour à tour traversés. Essentiellement concentré sur la rive droite de la Seine, il se permet malgré tout une incursion dans le 7ème arrondissement, le seul situé en rive gauche mais oh combien important par le contenu de son inventaire et la présence de la Tour Eiffel.

     Cet itinéraire n'omet pas de passer dans les différents quartiers où François-Xavier s'est installé. De la rue Traversière Saint-Antoine à la rue Saint Sabin (11ème Arnd.), en passant par la rue Saint-Pierre Amelot, on y perçoit ainsi l'environnement de son travail et de son domaine privé.

     Et on termine par quelques endroits situés à l'extéreur de l'enceinte parisienne. Avec en particulier, cette proximité avec les lieux fréquentés à la même époque par les peintres impressionnistes, en bordure de Seine, parmi les canotiers, les guinguettes au bord de l'eau.

      En y combinant de fréquentes visites, ce circuit doit rester modulable, au gré des sujets d'intérets et de la disponibilité de chacun. Il offre aussi une petite  diversion vers le Nord de la capitale pour aller visiter une mairie classique du style néo renaissance, ornée de marbres qui ne peuvent qu'engendrer notre curiosité.

     Voici, classé par ordre numéral des arrondissements, les lieux qui émettent encore, plus d'un siècle après, un certain parfum de recueillement et de réalités matérielles sur ce qui reste de cet aïeul, né dans un petit village du Brabant wallon, et qui a admirablement  réussi à s'intégrer à cette société française de la seconde moitié du XIXème siècle, en pleine  recherche de nouvelle identité politique et économique.

     La grande inconnue est de déterminer si cette présence est encore bien réelle dans tous les endroits répertoriés. L'incendie des Grands magasins du Printemps en 1921 a probablement anéanti l'oeuvre en marbre. L'existence de la cheminée transmise comme donation à l'hôtel Carnavalet est restée sans réponse à nos demandes écrites. Il en sera sans doute de même pour certaines rues et certains bâtiments dont la conception s'est adaptée aux nouvelles sociétés.

2ème arrondissement

Galerie de l'Hôtel de Toulouse, au 35 rue Croix des Petits-Champs (actuellement Banque de France) : Cheminée ;

3ème arrondissement

Musée Carnavalet, 23 rue de Sévigné : cheminée de style Louis XIV (don) ;

6ème arrondissement

Partie des Bâtiments de l'Ecole coloniale, angle rue de l'Observatoire et rue Auguste Comte ;

7ème arrondissement

Square de la Place Santiago du Chili : Fontaine ;

Hôtel du Prince Paul Demidoff, rue Sainte Dominique : colonnade et plafond Renaissance du vestibule ;

Bureau de météorologie de l'Hôtel des écuries de l'Alma (actuellement Palais Branly) ;

8ème arrondissement

Place François 1er : Fontaine ;

Hôtel au 38, Avenue Marceau (détruit en 1910 ??);

Hôtel à loyers Avenue des Champs Elysées, coin rue Pierre Charron ;

Hôtel particulier d'Eugène RITT, angle rue Balzac et rue Lord Byron  ;

Gare Saint-Lazare : travaux de reconstruction (bel escalier double, côté Cour de Rome) ;

9ème arrondissement

Hôtel du Figaro, 26 rue Drouot ;

Nouvel Hôtel de la Société des Ingénieurs Civils, cité Rougemont ;

Grands Magasins du Printemps, angle Bd. Haussman et rue du Havre : Pont galerie et paliers d'arrivée des deux grands escaliers extrêmes (probablement endommagés lors de l'incendie de 1921) ;

11ème arrondissement

Maison d'habitation : rue Saint-Sabin ;

Atelier : Rue Traversière Saint-Antoine ;

Atelier : Rue Saint-Pierre Amelot ;

17ème arrondissement

Hôtel particulier : rue Jouffroy d'Abbens

Maison - Lafitte

Nouvelle mairie, avenue de Longueil (actuellement située sur l'Avenue Jean Monet) : travaux de rénovation ;

Le coin des impressionnistes, en bordure de Seine dans les Yvelines (anc. Seine-et-Oise)

Maison de campagne de M. Toché à Croissy

Villa Avenue de Brimont à Chatou

Versailles

Aile sud du Palais de Versailles : Chambre des députés ;

Créteil

Villa Les Buttes

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 17:57

      De toute sa carrière en tant que marbrier d'art, il est  manifeste qu'une grande partie de la production de François-Xavier PARFONRY a été exportée. Même si le marché intérieur bénéficiait de cet intense développement artistique et industriel de la seconde moitié du XIXème siècle, le pays disposait d'une reconnaissance internationale au niveau de ses artisans. Celle-ci leur fut acquise en particulier par la participation aux Expositions universelles qui se développèrent à partir des années 1850. François-Xavier PARFONRY commença à engranger sa première médaille à celle de Paris en 1867. Sa première médaille obtenue à l'étranger sera celle de Vienne en 1873.

     On pourrait croire que les débouchés au niveau international ne coïncident avec les titres de reconnaissance. Dans le cas de François-Xavier PARFONRY, on constate manifestement qu'il n'en fut pas de la sorte. Si peu de documents ne subsistent sur sa présence hors des frontières françaises, il est acquit avec certitude qu'il a exporté du marbre bien avant d'avoir reçu sa première médaille en 1867. Il saura bénéficier le plus longtemps de ce créneau des pièces d’art, concurrencé par d’autres pays pour le travail moins élaboré.

      Dès 1856 en Martinique, il avait fourni le socle en marbre de Carrare de la statue de Joséphine de Beauharnais (voir articles : Le socle de François-Xavier attend sa Joséphine ; Il est toujours question de la statue de Joséphine). Mais l'un des premiers grands ouvrages qu'il réalisa fut sans aucun la fourniture du grand escalier d'honneur et la belle rampe style Louis XIV sculptée à jour du palais du prince YOUSSOUPOFF à Saint-Pétersbourg.

      On avait connaissance de cette réalisation par sa mention dans un livre de 1867 rédigé par Jules MESNARD, un des plus importants écrivains d'art de cette époque. Décrivant la cheminée de salle à manger en marbre rouge antique, présentée lors de l'Exposition universelle de Paris, qui vaudra la première médaille d'Or à François-Xavier PARFONRY, l'auteur poursuit son paragraphe en mentionnant quelques livraisons antérieures se rapportant à ce marbrier :

MESNARD Jules : Les Merveilles de l'Exposition universelle de 1867, Arts-Industrie, Tome second ; Imprimerie Générale Ch. LAHURE, Paris, 1867

...Quoique exposant pour la première fois, cet établissement qui jouit à juste titre d'une haute réputation, est connu pour avoir exécuté pour la ville de Paris les fontaines de la place de la Madeleine (M. Davioud, architecte), la colonnade et le plafond Renaissance  du vestibule de l'hôtel du prince Paul Demidoff (M. Vautier, architecte) à Paris, le grand escalier d'honneur et la belle rampe style Louis XIV sculptée à jour, du palais du prince Youssoupoff  à Saint-Petersbourg (M. Monighetti, architecte), etc...; 

      Aucune autre indication ne permettait de connaitre avec plus de précision l'année de cette exécution pour le palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg. Si ce n'est le fait que François-Xavier PARFONRY travaillait volontiers avec des familles russes puisque le nom de DEMIDOFF, autre importante famille de propriétaires et d'industriels russes,  y est également mentionné.

      La persévérance, alliée à la patience, finit par solutionner le problème de la date. Finalement, dans un extrait d'un journal d'août 1859, il est clairement attesté de la fourniture d'une pièce imposante pour un Palais d'un prince russe à Saint-Pétersbourg, bien avant l'organisation de cette Exposition universelle de 1867. L'ensemble de cette pièce en marbre de Carrare se trouvait sur le quai Jemmapes à Paris, en partance pour la Russie.

Journal des débats politiques et littéraires, 10 août 1859. Rubrique : Faits divers

Une partie du quai Jemmapes était hier littéralement encombré de caisses contenant tout un escalier en marbre de Carrare, destiné, dit-on, à une maison princière de Russie. Le  peu qu’on a pu  en voir à paru d’une grande richesse de sculpture. Ce magnifique travail d’art sortait des ateliers de MM. J. Dupuis et Parfonry  

      Quelques explications complémentaires apparaissent nécessaires pour clarifier l'apparition des quelques noms propres apparaissant dans les textes. Une façon de retranscrire la petite histoire du parcours de cet escalier en marbre de Carrare dans la grande Histoire.

     En fonction de la date de livraison en 1859, il est vraisemblable que François-Xavier PARFONRY a négocié sa construction avec Nikolaïs Borissovitch YOUSSOUPOFF (1827-1891), reconnu comme grand mécène et grand collectionneur. Issu d'une grande famille princière russe, réputée plus riche que le tsar, les YOUSSOUPOFF possédaient à la veille de la Révolution russe de février 1917 plusieurs millions d'ha et des participation dans de multiples sociétés. Elle possédait depuis 1830 le Palais de la Moïka à Saint-Pétersbourg.

      L'oeuvre d'art réalisé dans les ateliers DUPUIS-PARFONRY a été dessinée par l'architecte russe d'origine italienne MONIGHETTI (1819-1879). Ce dernier n'était autre que l'architecte officiel du tsar de l'époque Alexandre II. La raison pour laquelle cette commande pour un palais princier, avec l'assentiment probable du tsar, allait être réalisée en France est un peu paradoxale dans le contexte historique. L'année 1856 avait en effet vu la défaite de la Russie, vaincu par la France et l'Angleterre, lors de la guerre de Crimée. Mais, l'importance des réformes libérales entamée par le tsar dans tous les domaines de la société (abolition du servage, indépendance de la justice, enseignement,...) combinée à la fortune des YOUSSOUPOFF, et au fait que ces familles russes possédaient des propriétés en France et avaient en usage la langue française, doivent probablement en être l'une des explications de cette commande.

      Une fois l'ensemble en marbre terminé dans les ateliers de la rue Saint-Pierre-Amelot dans le 11ème Arndt., les pièces, solidement agencées dans des caisses, furent amenées au quai Jemmapes, face au célèbre Hôtel du Nord, éloigné seulement de 2 km des ateliers. Situé le long du canal Saint-Martin dans le 10ème Arndt., ce quai, inauguré en 1825, était un des débouchés, entre le bassin de la Villette et le port de l'Arsenal, permettant  à toute la production fabriquée intra-muros, de rejoindre la Seine puis l'Océan Atlantique. Après un voyage de plusieurs semaines, l'ensemble arriva sur les rives de la Lena à Saint-Pétersbourg avant de remonter son affluent la Moïka, au bord duquel se trouvait le palais de la famille YOUSSOUPOFF.

      Il est probable que la mise en place du bel escalier de marbre et de la belle rampe style Louis XIV se fit en présence du marbrier lui-même et de son concepteur, l'architecte MONIGHETTI. Malheureusement, tous les documents personnels du marbrier n'ont pas été conservés.

     Sur le site   http://lespoupeesrusses.blogspot.be/2008/09/le-palais-youssoupoff.html, consacré au Palais YOUSSOUPOFF, on peut visionner parmi les photos des différentes pièces, ce bel escalier en marbre de Carrare

      Quelques dizaines d'années plus tard, cet escalier monumental a sans aucun doute soutenu les derniers pas, en cette date de 29 décembre 1916, du moine RASPOUTINE. Quelques instants plus tard, il était assassiné par le prince Félix YOUSSOUPOFF (1887-1967) et quelques complices qui lui reprochaient d'être trop influent sur les décisions du Tsar NICOLAS II et de son épouse.

       Peu de temps après, la Révolution russe de 1917 anéantit la pérennité de toutes les familles princières russes. Le Palais de la Moïka résista à la tempête un peu mieux que les autres. Le Prince Félix dut cependant s'exiler. Après s'être installé en Crimée puis à Malte, il arriva finalement avec son épouse à Paris en 1920. Il trouve refuge au début chez une certaine Elvire SAKAKINI qui l'aurait aidé quelque temps à s'insérer dans ce Paris mondain. Comme par hasard, cette dernière, fille adultérine supposée d'Hector DEFOËR, le bey d'Egypte qui avait du entretenir des relations professionnelles avec François-Xavier PARFONRY, habitait encore au 72 de la rue Jouffroy en 1906, soit à proximité de l'hôtel particulier acheté par ce dernier (voir article : L'échec de François-Xavier en Egypte). Un beau trio de relations dont on peut difficilement imaginer que la descendance n'en ait eu connaissance.

     Avec cette imposante réussite, François-Xavier pouvait espérer donner un autre développement à son entreprise. Son association avec DUPUIS s'arrêta ainsi peu après, probablement peu avant le décès de ce dernier. Il quitta les locaux, sans doute devenus trop exigus, de la rue Saint-Pierre-Amelot pour acquérir, toujours dans le 11ème Arndt., ceux de la rue Saint-Sabin. Il s'associera avec un certain LEMAIRE mais cette fois en apparaissant en premier dans la dénomination PARFONRY-LEMAIRE. La carrière distinguée de cet ancêtre marbrier pouvait démarrer.

    Quant à la famille YOUSSOUPOFF, elle continua à résider en France. La princesse Zénaïde YOUSSOUPOFF (1861-1939), héritière de cette famille, mère de Félix, mourut à Paris. Elle disposait d'un somptueux domaine, celui du château de Keriolet près de Concarneau en Bretagne. Pendant son exil à Paris, le Prince Félix s’est vu restituer le domaine qui leur avait été repris après la révolution russe.

      Le Tsar Alexandre II fut quant à lui assassiné en 1881, sorte de présage de ce qui sera le sort de son petit-fils Nicolas II et de toute sa famille en 1918.

      En conclusion, ce suivi du trajet d'une des pièces les plus imposantes produites par le marbrier François-Xavier PARFONRY, permet de traverser certains épisodes de l'Histoire contemporaine. Elle est en outre le point de départ de la formidable carrière de ce marbrier qui allait dès lors récolter des médailles lors d'Expositions universelles. Il ne reste plus qu'à envisager un périple aux bords de la Moïka pour visionner cet escalier avec sa rampe sculptée à jour et en rédiger un article.

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 11:05

        Les récentes élections françaises nous ont démontré que la Corrèze est un département stratégique en vue de l'accession au poste de Président de la République. Après Jacques CHIRAC, au cours de deux mandats successifs, voici qu'un certain François HOLLANDE vient de réussir le même parcours. Avoir trois mandats présidentiels pour une densité de population de 42 hab./km2 est assurément un exploit. Sans omettre Jacques DELORS, l'un des ténors de la politique européenne, qui est originaire de la localité de Le Lonzac. Simple département rural du Centre de la France, il existe manifestement une attirance dans ce coin du terroir pour découvrir les ors de la République. Un parcours qu'on fait bien avant eux tous les ardéchois pour aller peupler la capitale pour d'autres aspirations.

       Mais ce Département de Corrèze, assez peu peuplé, créé à la Révolution en 1790, en prélevant une partie de la Province du Limousin, se devait de se faire valoir. Ne disposant pas ou peu de structures administratives, les autorités se sont  attelées à lui octroyer des bâtiments en rapport avec sa nouvelle légitimité.

       Plusieurs rapports du Préfet  faisant état des délibérations du Conseil général de Corrèze, mentionnent ainsi des éléments en relation avec la construction du Nouvel hôtel de Préfecture (Source : Département de la Corrèze,. Conseil Général. Rapport du Préfet et PV des délibérations, Tulle, Imprimerie Crauffon; Sessions d'avril 1879, d'août 1879 et d'avril 1881).

       Selon toute vraisemblance, la décision de construction de ce bâtiment fut prise vers 1866. On fait référence à cette année, dans le cadre d'un problème de révision des prix, lors d'une session d'août 1879. La guerre franco-prussienne de 1870 en interrompit la construction.

      Pendant plusieurs années, suite à une action prise en séance du 24 avril 1878 du Conseil général de Corrèze, le Préfet intenta des actions en justice, associées à des expertises, contre les entrepreneurs généraux MM. DEMAY et MANDON du nouvel hôtel de préfecture, concernant notamment le  règlement des travaux effectués par les sous-traitants directs. Selon ce qu'il en découle, des paiements aux sous-traitants avaient été fait par l'intermédiaire de MM. DEMAY et MANDON, lesquels avaient ainsi reçus des sommes considérables de la trésorerie générale. Ceux-ci manifestement ne se montraient pas toujours très scrupuleux pour payer les sous-traitants, leurs facturant en surplus certaines dépenses (transports de matériaux, voyages d'ouvriers) effectuées en dehors des procédures prévues dans le marché.  Avec en plus, comme corolaire, que ces derniers se rétribuaient une commission de 10% pour chaque facture due. Et tout cela se compliquant par le fait que " certains travaux seraient défectueux, mal façonnés, inachevés même, détériorés enfin ".  Vu l'absence de toutes pièces justificatives régissant ces singuliers marchés dans la comptabilité des sous-traitants, le Conseil Général prit la décision de faire vérifier par des architectes-experts, les sommes effectivement payées afin d'éviter d'avoir à payer deux fois.

         Finalement, un arrêté du Conseil de Préfecture du 14 avril 1881 statue sur le litige en octroyant les reliquats des montants à verser aux sous--traitants.

      Et parmi la liste de ces sous-traitants, on relève le nom de l'entreprise PARFONRY-LEMAIRE, chargée du lot Marbrerie.  Sur un montant global du marché de 14 538,65 frs qui leur avait été attribué, le litige des reliquats (avec intérêts) non versés s'est élevé au final à 7 398,96 frs, somme qui est définie dans le PV de la session d'avril 1881.  Ce chiffre est d'un montant supérieur de 1 036,42 frs à celui qui avait été calculé lors de la session d'avril 1879 (5 746,76 frs). Une singulière inflation des chiffres de 18 % sur deux petites années, provoquée par les tergiversations des différents acteurs. Même si on peut regretter que notre cher François-Xavier, avec son comparse le sculpteur LEMAIRE, ait du ainsi attendre de nombreuses années avant de se voir rétribuer le solde de quasi 50% de son travail.

          Parmi les autres sous-traitants, il convient de souligner la Société du Val-d'Osne de Haute-Marne, créée en 1836,  qui était  la plus importante unité de production de fonte d'art en France. Pouvant être comparée avec l'entreprise PARFONRY-LEMAIRE, considérée à cette période comme la plus grande dans sa catégorie du marbre d'art, cela dénote de la prestance qui avait été souhaitée pour cet Hôtel de Préfecture de Corrèze.

       Pour la petite histoire, la session d'août 1883 du Conseil Général de Corrèze, entérine la liquidation des comptes des  entrepreneurs généraux DEMAY et MANDON, avalisant la fin du différend entre le Conseil Général et les entrepreneurs. Les travaux de l'hôtel de la Préfecture sont finalement reconnus comme terminés, quelque 17 années après les premières décisions, et après avoir renoncé à relier cet hôtel avec les bureaux par une galerie vitrée. Manifestement, les coûts d'expertise et les recours en Justice demandés par les différentes parties avaient du plomber les comptes de la Trésorerie.

 

      Il est assurément présomptueux de dire que cette collectivité territoriale de la Corrèze est, de nos jours, la plus endettée de France, à la suite  à cette construction de l'hôtel de la Préfecture au XIXème siècle. Mais on ne peut évacuer de notre esprit le chiffre de l'inflation appliquée aux retards de paiements pour en expliquer une certaine partie. Tandis que l'auvergnat se contentait d'offrir quatre bouts de bois à son prochain (selon G. BRASSENS), le corrézien se lançait à l'assaut de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Sans conteste, l'envoi à Paris quasiment successif de deux Présidents de la République a occasionné des dépenses nombreuses. Le Département de la Corrèze est  en sorte devenu " la Manufacture des Présidents " (Emission Elysée, Matignon, Solférino lors du J.T. de 13 heures de France 2 du 24 juin 2012). Sans omettre de dire que Tulle a obtenu le challenge de ville la plus sportive de France. Mais cela ne lui a pas encore permis d'envoyer l'un de ses sportifs aux Jeux Olympiques.

 

      Tout cela ne doit pas nous enlever le plaisir de prendre le chemin de Tulle pour aller admirer les marbres de François-Xavier. La reconnaissance de la beauté et de la valeur architecturale du bâtiment arrivera tardivement. L'hôtel de la préfecture de Corrèze, situé à Tulle, n'est inscrit dans la liste des monuments historiques que depuis 2000.

 

       Le site http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel_de_pr%C3%A9fecture_de_la_Corr%C3%A8ze , compulsant la liste des bâtiments classés et inscrits en Corrèze, permet de trouver une photo de cette impressionnante construction.

 

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 17:14

       Voici le texte du Décret impérial du 27 juillet 1867 qui donne l'autorisation à François-Xavier PARFONRY d'établir une domiciliation en France. Ayant entamé cette procédure au début de l'année 1864, cette décision arrive après plus de trois ans de tergiversation entre le Ministère de la Justice, le Préfet de la Seine, le Préfet de Police1, le Maire de Saint-Mandé et le Procureur Général Impérial.

       Le point litigieux concernait sa condamnation à 2 mois d'emprisonnement pour outrage envers des magistrats en décembre 1848, soit quelques 15 années auparavant. L'avis négatif du Préfet de la Seine, qui n'était autre que  le baron Georges HAUSSMANN, a longtemps servi de tremplin au niveau du Ministère de la Justice pour lui refuser son admission à domicile. Ce dernier Jules BAROCHE (1802-1870), Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des cultes, de 1863 à 1869  fut un de ces personnages qui réussirent à se maintenir dans les hautes sphères du pouvoir, louvoyant sans cesse au fil des évolutions politiques. Si bien que Victor HUGO, dès 1853, exilé à Jersey pour s'être opposé à Napoléon III, le mentionna dans son recueil de poèmes " Les Châtiments ", sans aucun ménagement, dans un vers très expressif : « Baroche, dont le nom n’est plus qu’un vomitif,.. ». Il fut qualifié ensuite par l'historien Jean MAURAIN2, de " personnage au conservatisme prudent, à la sagesse égoïste et bornée de la bourgeoisie française ". On comprend que ces termes peuvent, en quelque sorte, expliquer son manque d'ouverture d'esprit pour favoriser l'intégration de ce valeureux marbrier belge, déjà distingué à l'époque de plusieurs médailles.

       Finalement par sa bonne tenue dans les rangs de la Garde Nationale, son absence de prise de position politique, sa bonne  conduite par la suite, l'appui sans équivoque du maire de Saint-Mandé , les dernières réticences eurent raison de l'opprobre des instances politiques.  Son côté humaniste avait finalement supplanté  son comportement au Conseil de Prud'homme.

       François-Xavier avait à ce moment déjà 45 ans. Il partagera cet honneur avec un ottoman3, un italien, un prussien, un Duché de Nassau4, un polonais, un anglais et un russe.  Il était le plus âgé de tous, témoignage indéniable de la difficulté encourue pour l'obtenir.

Décret impérial n° 22.275 du 27 juillet 18675

 (contre-signé par le garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes)

Décret qui autorise à établir leur domicile en France, pour y jouir des droits civils tant qu’ils continuent à y résider :

          1.    Le sieur Abraham bey Eramian, rentier, né à Constantinople le 19 mai 1834, demeurant à Paris ;

       2.    Le sieur Fourman (André-Auguste), horloger, né le 10 avril 1836 à Sarrelouis (Prusse), demeurant à Dormans (Marne) ;

       3.    Le sieur Gavaggio (Auguste- Daniel), ferblantier, né à Varzo (Italie) le 9 janvier 1830, demeurant à Gex (Ain) ;

       4.    Le sieur Parfonry (François-Xavier), entrepreneur de marbrerie, né le 3 décembre 1821 à Neerheylissem (Belgique), demeurant à Paris ;

       5.    Le sieur Cathrein (François-Martin-Joseph), commissionnaire en marchandises, né le 1er septembre 1825 à Nasttaten (duché de Nassau), demeurant à Paris ;

      6.    Le sieur Wolk-Laniewski (Stanislas-Charles-Joseph), né le 25 novembre 1842 à Varsovie (Pologne), licencié en droit, demeurant à Paris ;

      7.    Le sieur Baswis (Benjamin), né le 17 novembre 1826 à Saint-Glavias (Angleterre), dentiste, demeurant à Paris ;

      8.    Le sieur Bardac (David), né le 28 septembre 1836 à Odessa (Russie), commis banquier, demeurant à Paris ;

 

Ce décret est visible sur le site :

http://books.google.fr/books?id=9f9GAAAAcAAJ&pg=PA961&dq=parfonry&lr=&hl=fr&cd=54#v=onepage&q=parfonry&f=false

 

       Par la suite, après avoir fait une énergique opposition pendant la période insurrectionnelle de la Commune de Paris (18 mars au 28 mai 1871), François-Xavier PARFONRY obtiendra en quelques mois sa naturalisation française définitive.

 

 1 : Il y eut successivement comme Préfet de Police : Edouard Charles BOITTELLE de 1858 à 1866 et Joseph Marie PIETRI de 1866 à 1870 ;

2 : MAURAIN J. (1936) : Un bourgeois français au 19ème siècle. BAROCHE, Ministre de Napoléon III ; Paris, Alcan , 523 p.;

3 : L'Empire ottoman subsista de 1299 à 1922 ; on ne pouvait donc pas encore parler de Turquie ;

4 : Le Duché de Nassau (ville principale : Wiesbaden) fut un état de la Confédération allemande de 1806 à 1866, avant de rejoindre le Royaume de Prusse. Une des lignées de la famille de Nassau  règne sur les Pays - Bas depuis le 16ème siècle (les Orange-Nassau) ;

5 : Bulletin des lois de l’Empire français, XIème série, 2ème semestre 1867, Partie suppl., T. XXX, Impr. Impériale, Paris, 1868, p. 961 ; Archives AD26 Code K ;

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 11:44

       Grand marbrier d'art, François-Xavier PARFONRY n' a reçu que des éloges tout au long de sa carrière. On croyait tout savoir, tout connaître sur lui. L'extrait ci-joint nous démontre le contraire. Il n'a pas été uniquement reconnu dans son pays d'adoption. Dans un livre écrit en anglais, on y découvre que la statue de Joséphine de Beauharnais, installée à Fort-de-France en Martinique, est  considérée comme le chef d'oeuvre de toutes les Caraïbes. Si la sculpture est de Vital DEBRAY, n'oublions pas que son magnifique socle, avec un bas-relief représentant le sacre de l'Empereur à Notre-Dame de Paris, est de François-Xavier PARFONRY.

       De quoi ingurgiter un peu de sa salive en voyant qu'aujourd'hui le film " The Artist " est nominé 10 fois. Comme s'il avait fallu tout ce temps pour redécouvrir un esprit créatif et artistique.

   W. VANDERCOOK John (1938): Caribbee Cruise. A book of the West Indies, Reynal § Hitchcock, New York, pp. 216-217;

      The Savane is the main grass park in the center of the town. At one side of it are the cafés, the beginnings of the streets of shops, and a few official building. At the other side, behind the deep shadows of old trees, is the grey mass of Fort Louis, long guardian in the oldest and most important possession of France in the New World. In the midst of the Savane, with tall royal Palms around it, is a marble statue of Josephine de la Pagerie, Empress of France.

       It is by sculptor Vital Debray and it is by all odds the most beautiful work of art in the Caribbean. It is tall, lonely, elegant, deeply moving. Josephine stands facing the place where she was born.

        Voici la photo de la statue sur son socle en marbre de Carrare, installée Place de la Savane à Fort-de-France, en Martinique, avant que sa tête ne soit  " tranchée ". On y voit le bas-relief qui est une reproduction d'une peinture de DAVID.

         josephine FdF001

 

 

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 15:13

        En vente, sur le site eBay, durant ce mois de mai 2011, une plaquette publicitaire de la société Joseph BAYANT N.Y. Mosaic § Marble Co , installée à New York, qui mentionne être le représentant exclusif de la maison PARFONRY - L. HUVE de Paris.

      Datée de 1905, cette carte (19 x 13cm) est postérieure à François-Xavier, décédé inopinément à Créteil en 1898. Elle est toutefois en relation avec la dernière association sur le plan commercial, ayant démarré peu après la fin de celle avec LEMAIRE. François-Xavier PARFONRY  formera  à ce moment l'association  PARFONRY - HUVE frères. En raison de la renommée acquise par celle-ci, la famille HUVE conservera ce lien pendant plusieurs années. Ainsi en 1903, on retrouve encore dans  l' " Annuaire du bâtiment et des travaux publics, des matériaux de construction et du matériel d'entreprise, Ed. SAGERET, Paris, 1903 " la mention " HUVE L. Successeur de PARFONRY et HUVE frères ".

      Cette famille HUVE est probablement en lien avec Jean-Jacques HUVE (1742-1808, Versailles), grand architecte français, très prolifique, ainé de 9 enfants. L'un de ses fils Jean-Jacques, Marie HUVE (1783-1852, Paris) fut également architecte. Et Félix, Jean HUVE (1816-1887), le fils de ce dernier, devint maire de la localité de Sablé-sur-Sarthe. Or, cette commune connut un important développement dans le courant du 19ème siècle suite à l'exploitation de nombreuses carrières de marbre. François-Xavier la mentionne par ailleurs lorsqu'il est auditionné en 1882 par la " Commission d'enquête sur la situation des ouvriers et des industries d'art ". En réponse à une question, il répond : A Sablé, il existe aussi une excellente maison qui fait de la petite marbrerie, ses ouvriers sont très bien tenus.

    Cette plaquette publicitaire atteste donc que les oeuvres d'art de François-Xavier PARFONRY se sont exportées vers les Etats-Unis. C'est probablement après l'Exposition Internationale de Philadelphie en 1876, organisée à l'occasion du centenaire de la naissance des Etats-Unis, et au cours de laquelle il avait obtenu un prix, que sa présence dans ce pays s'est intensifiée.

      Cette plaquette, en noir et blanc, reproduite ci-dessous, a été localisée à Whitewater dans le Wisconsin. Ce dernier Etat des Etats-Unis est celui qui accueilli la plupart des 10 000 migrants en provenance de la région de Neerheylissem entre 1852 et 1856. Simple hasard ou cohérence dans la localisation !!!!

 

                 Marble US Parfonry

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 16:11

            Depuis un certain temps, François-Xavier ne nous avait plus fourni des informations sur ses nombreuses réalisations. Difficile en effet de reconstituer tout le tracé laborieux d'un artiste industriel de cette époque. L'année 1881, celle marquée par sa Légion d'honneur et les festivités bacchanales de la rue Saint-Sabin qui s'en suivit, fut cependant le point d'ancrage d'un certain nombre de grands travaux. 

        Jusqu'à cette époque, en dehors de ses pièces individuelles présentant un aspect artistique évident, on avait relevé qu'il était aussi un industriel éminent ayant travaillé pour de nombreux chantiers publics (nouvelle préfecture de Corrèze à Tulle, nouvel Hôtel de la Société des Ingénieurs civils à Paris dans la cîté Rougemont, nouvelle mairie à Maison Laffitte)

         Et profitant de l'engouement architectural de cette deuxième moitié du 19ème siècle, il a également collaboré à l'édification de plusieurs édifices, dont la rénovation des Grands Magasins du Printemps qui avaient brûlé en 1881. C'est à l'occasion de ce chantier, qu'il fit probablement la connaissance du grand architecte français Paul SEDILLE (1836-1900), connu pour avoir réalisé la façade de ce magasin. Influencé par les faïences mauresques découvertes lors d'un séjour dans le Sud de l'Espagne (Cordoue, Séville, Grenade) en 1871, SEDILLE fut l'instigateur du développement de la polychromie dans l'architecture. Pour l'inauguration des nouveaux magasins du Printemps en mars 1883, François-Xavier PARFONRY, qui était âgé de 62 ans, avait  " fourni les marbres qui supportent le pont-galerie transversal et les paliers d'arrivée des deux grands escaliers extrêmes ".

      Cette collaboration a du se poursuivre au niveau de plusieurs chantiers. On vient de retrouver une trace d'un de ceux-ci dans un article décrivant la Basilique du Bois-Chenu, édifiée à l'endroit où Jeanne d'Arc aurait entendu ses voix, à Domrémy.  Dominant la vallée de la Meuse, sa construction a débuté en 1881 avec SEDILLE comme architecte. Après de nombreuses années de chantier, elle fut finalement consacrée en 1926. François-Xavier avait entendu, là encore, non pas la voix de Jeanne mais bien celle de SEDILLE.

       Parmi les marbres utilisés, la pierre calcaire blanche d'Euville (Département de la Meuse) se retrouve également pour le grand escalier du Palais Garnier à Paris. Se pourrait-il donc que François-Xavier ait collaboré à cette oeuvre monumentale commandée peu de temps auparavant par Napoléon III ?

 

La Basilique Sainte-Jeanne-d’Arc de Domremy - la - Pucelle : monument national de reconnaissance française à Jeanne - d’Arc, Bernard Mugnier, 2001, 483 pages ;

 

p. 355 : En ce qui concerne la décoration intérieure signée par Adam, Alar, Baudet, Donon, Facchina, Loebnitz, Moreau, Parfonry et Trivullier, elle s’inscrivait naturellement au milieu de cette ossature ; le fer enrichi, et les pièces de fonte, de bronze, de marbre, d’or, de mosaïque, de terre émaillée et de peinture décorative, réchauffaient et animaient par leur végétation printanière l’espace intérieur.

 

        Parmi les quelques personnages mentionnés dans l'article, on met en exergue ceux dont le nom est resté dans l'histoire de l'art.

André ALLAR (1845-1926) : sculpteur français; Grand Prix de Rome en 1869,  sa sculpture " Jeanne d'Arc écoutant les voix " située sur le parvis de la basilique de Domremy est une de ses oeuvres les plus connues ;

Giandomenico FACCHINA (1826-1904) : mosaïste italien, ayant travaillé beaucoup en France, notamment pour les magasins du Printemps ;

Jules LOEBNITZ (1836-1895) : artiste céramiste et industriel, propriétaire d'une manufacture de faïence produisant des poêles et des plaques de cheminées; il collabora énormément avec SEDILLE, tant sur le plan professionnel qu'intellectuel pour répondre aux souhaits de nouvelles décorations de ce dernier (pavillons d'exposition Universelle, immeubles, hôtels, monuments) ;

      Si tous ces artistes sont de nos jours oubliés par MM. Larousse, Robert et Littré, ils ressuscitent grâce à Google et au réseau Wikipedia. Décidément, notre François-Xavier mériterait aussi, au vu de son oeuvre et de son travail, qu'on lui consacre quelques lignes. ll faut s'y atteler pour combler cette lacune. Son arrière-petit-fils n'admettrait certainement pas qu'il devienne moins connu que " Paulo le barbouilleur ". Que ceux qui veulent défendre son honneur et son souvenir m'envoient des idées d'une  petite notice biographique que je m'efforcerai de faire retranscrire !!!

   Les qualificatifs de convivialité, ludique, progressif et instructif sont bien les mots fédérateurs de ce blog.

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 10:37

         Un article du journal " Le Figaro " du 26 juillet 1881 nous fait découvrir, sous un aspect particulier, la carrière du marbrier que fut François-Xavier PARFONRY.  Ayant cerné depuis plusieurs années, l'importance de ce grand artisan qu'il fût, ce dernier article nous le fait revivre d'une autre manière.

      Grand travailleur, excellent entrepreneur et grand industriel, François-Xavier s'est vu remettre depuis quelques jours sa médaille de Chevalier de la Légion d'honneur, accordée peu avant par décret du 3 juillet. Par  son origine populaire et son sens civique, François-Xavier n'a pas voulu en rester là. Lui, le petit immigré belge, ayant du se battre et travailler dur pour obtenir sa naturalisation française, a voulu partager la joie de sa médaille avec tous ses collaborateurs qui devaient être belges pour un certain nombre d'entre eux. Et manifestement, en écoutant et pas simplement en lisant le compte rendu dans le journal, on s'imagine que ce fut la fête dans la rue Saint-Sabin. Une étape importante de sa carrière qui fut florissante et qui avait démarré quarante ans plus tôt, en 1841, comme simple ouvrier dans les carrières du boulonnais.

          Le Figaro du 26 juillet 1881

      Les personnes qui passaient hier devant la maison, 62, rue Saint-Sabin, eussent cru assister à la prise de Sfax, en entendant le bruit de la poudre ; les ouvriers de M. Parfonry, le marbrier, célébraient la décoration de leur patron, autrefois simple ouvrier comme eux, et maintenant arrivé au premier rang dans la marbrerie, par le travail, l'économie et l'intelligence. Aussi grande était leur joie. Quel exemple, en effet pour le véritable travailleur !  

       L'allusion historique dans cet article à la prise de Sfax et au bruit de la poudre méritent manifestement une explication supplémentaire. Quel en est le lien avec les festivités, sans aucun doute fort bruyantes, chez le marbrier F.X. Parfonry ?

        Sfax est une ville de Tunisie, en bordure de la Méditerranée, et l'une des dernières étapes avant les zones désertiques et les Chotts salés du Sud. La Prise de Sfax est l'un des évènements les plus meurtriers de la colonisation en Tunisie. Mécontent de la reddition du Bey de Tunis, suite à la prise de cette ville par les troupes françaises, les tribus du Sud et du Centre tunisien se sont rebellées. Rassemblées dans la ville de Sfax, elles ont tenté pendant 3 jours de résister aux bombardements de la marine française. La prise de la ville se fera finalement le 16 juillet 1881, soit une dizaine de jours avant la soirée arrosée chez le marbrier. Plusieurs centaines de résistants tunisiens ainsi que 38 soldats français y trouvèrent la mort. De manière un peu trop légère, l'article associe allègrement le bruit de la canonnade à Sfax avec le son des bouchons des bouteilles qui venaient probablement atterrir sur la voie publique. C'est malgré tout une indication comme quoi les récents évènements de Tunisie devaient être abondamment relatés dans la presse parisienne.

      Historiquement, cet épisode de la prise de Sfax aurait été longtemps ausculté en Tunisie. En particulier durant la période Bourguiba. Les évènements de ces dernières semaines ne sont finalement la confirmation que les habitants de ce pays ont toujours été fier de leur pays et à la recherche de leur identité.

 

      Le Figaro poursuivra quelques semaines plus tard, dans un autre article à l'occasion de l'Exposition Internationale d'Electricité, organisée du 11 août au 20 novembre 1881, en présentant le marbrier François-Xavier Parfonry comme une personnalité exceptionnelle et reconnue de tous.  

 

              Le Figaro du 27 août 1881 – Exposition Internationale d’électricité

          C’est encore la lampe Swan qui éclaire la salle du Congrès et ses magnifiques tapisseries. Car, l’art trouve aussi son compte dans cette superbe exposition. Ainsi, dans l’appartement complet installé au premier étage, on  a beaucoup admiré la grande et belle cheminée en marbre de M. Parfonry. C’est comme la résurrection d’une cheminée ciselée par les grands artistes de la Renaissance. M. Parfonry compte d’ailleurs parmi nos célébrités industrielles. La part brillante qu’il a prise à l’Exposition d’Australie lui a valu récemment la croix de la Légion d’honneur, et dans le monde industriel, artistique, cette haute récompense n’a rencontré – une chose rare !- que des approbations.

 

       L'allusion dans cet article à la lampe de Swan mérite également quelques compléments d'information. Les ampoules à incandescence classique de Swan et d'Edison, récemment découvertes, constituaient l'une des principales attractions de l'Exposition. Joseph Swan a été en réalité l'inventeur de l'ampoule électrique en janvier 1879, soit 10 mois avant Thomas Edison. N'ayant pas protégé son invention, il gagnera cependant un procès contre ce dernier en matière d'antériorité de leurs inventions. La lampe de Swan était réalisée avec un fil de coton carbonisé, tandis que celle d'Edison était à base de bambou carbonisé. Invité à l'occasion de cette Exposition, Swan y reçut la Légion d'honneur. Les deux inventeurs se distinguent encore de nos jours. Le culot à baïonnette est l'oeuvre de Swan, tandis que celui à vis est utilisé par Edison.

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