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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 00:49

   La généalogie c'est finalement l'histoire de la remontée du temps. Et pour remonter ce temps, la mémoire fait nécessairement défaut au-delà d'un certain nombre d'années. Pour contrer cela, il nous reste les archives, les écrits d'un autre temps. Pour quelqu'un comme votre fieldmouse qui n'est pas assoiffé de vieux papiers, de rangées pléthoriques de livres, de textes indéchiffrables, de classements à la numérotation impersonnelle, de dédales de couloirs à choix multiples, de silences de cathédrales, la numérisation accélérée de ces documents,  au cours de ces dernières années, a rendu un fier appui à tous ceux qui perdent patience à appliquer une marche à suivre chronométrée. Pour en arriver à attester que le taux des découvertes, assis sur la chaise de Léon1, atteint le chiffre de 90 %.  Les 10 % restant étant répartis entre les visites extérieures dans les villages (Neerheylissem, Gobertange, Erezée, Parfondruy, Parfouru), les villes (Paris, Créteil) et les archives (Palais royal, Bruxelles, Louvain-la-Neuve). Confortable et rentable à la fois d'avancer dans un tel environnement. Pas besoin d'abonnements à la SNCB et aux Archives du Royaume, tout devient quasiment à portée de main.

   Et le résultat le plus tangible de cette remontée du temps est d'avoir pu réaliser un inventaire des textes et surtout d'en avoir pu retrouver l'apparition la plus lointaine. Inventaire sans doute incomplet mais qui donne désormais la possibilité de réaliser une étude chronologique sur son parcours

     On abordera dans cet article les trois dates capitales permettant d'établir des repères assez précis, quant à la liaison entre le patronyme, le toponyme et notre lignée.

A. Le jour où tout a commencé pour notre patronyme : 7 décembre 1261

Le texte qui suit2 fait référence à une transmission de terre à Nandrin. Un certain Jean de Parfondrive y est mentionné parmi les témoins. Contrairement à ceux qui sont cités avant lui, il ne possède aucun titre. On peut malgré tout émettre la supposition que c'est le même personnage que Johan de Parfondry, lequel apparaîtra comme chevalier dans un autre texte de 1272 faisant également mention de l'abbaye du Val-St-Lambert et du seigneur de Ramet. Ce chevalier est issu d'une lignée portant les titres seigneuriaux de Locreau, de Lexhy et de Dammartin. Ce changement de nom tend à démontrer qu'il a pris possession d'une nouvelle terre, située en rive droite de la Meuse entre Hermalle-sous-Huy et Clermont-sous-Huy, soit à proximité de la localité de Nandrin, citée dans le document. Un dernier point concordant résulte dans son mariage avec une fille du seigneur de Ramet dont le nom est cité également parmi les témoins.

Walthère, doyen du Conseil d’Ouffet, fait savoir que Richard de la Neuville qui tenait en fief de l’évêque de Liège des terres situées à Nandrin, savoir : sept journaux et vingt-cinq verges à Gerarvoie, sept journaux et trente-cinq verges à Saint-Jean-Sart (dépendant d’Outrelouxhe) et neuf bonniers, moins septante verges et demies petites à Tortecosse, a remis ces biens-fonds aux mains de l’évêque, lequel les a rendus à Henri, fils du susdit Rigald et de feue Christine. Henri, après avoir fait relief des mêmes biens devant les hommes féodaux de l’évêque, ci-après désignés, les a remis aussi en mains à celui-ci qui les a transportés au susdit Rigald, lequel les a donnés en lansage au monastère du Val-Saint-Lambert. Ce lansage, que les présentes renouvellent, a eu lieu le 7 déc. 1261.

Hommes féodaux de l’évêque : Jacques de Clermont et Walthère del Wege, chevaliers, Adam dele Ramet, bourgeois et échevin de Liège, Jean (Hanekin) de Parfondrive et Conrad de Nandrin.

Différents termes sont utilisés dans ce texte.

Bonniers, journaux et verges sont des mesures de surface dont les grandeurs variaient en fonction des villes; 

Faire relief : accepter en héritage après en avoir payé les frais ;

Lansage : terme juridique spécifique au pays de Liège qui était une mécanique mise en oeuvre pour lutter contre la déperdition de terres et de revenus. Le nouveau propriétaire du bien rend au vendeur la jouissance du bien vendu contre le paiement annuel et perpétuel d'une redevance, en fait une sorte de bail à rente au tenancier, ancien propriétaire;

Monastère du Val-St-Lambert : il s'agit de l'abbaye cistercienne de Val-St-Lambert, construite en 1202, près de Seraing ; le développement de houillères dans la région liégeoise à partir du XIIème siècle n'est probablement pas étranger à ce transfert de terres vers l'abbaye en pleine extansion ;

Jacques de Clermont : famille des comtes de Clermont occupant le château surplombant la Meuse et à l'origine, par donation de terres, de la fondation de l'abbaye du Val-St-Lambert ;

B. Le jour où tout a commencé pour notre toponyme : 1 juillet 1348

La première mention retrouvée de cette terre à Parfondry est assez tardive même si on peut penser qu'elle appartenait à la lignée des chevaliers depuis la fin du XIIIème siècle. Le premier chevalier Johan ainsi que son fils Jacques de Parfondry ont été enterrés dans la chapelle3. Il est raisonnable de penser que cet autre Johan de Parfondry est un membre de cette lignée des chevaliers. Son témoin Johan de Chantremel en est d'ailleurs un lointain cousin4. Ce terroir de 21 ha deviendra par la suite un hameau de Clermont. En 1841, on y comptait encore 3 habitations. Il a disparu de nos jours, englobé dans l'un des lotissements de la zone.

Sentence débitale touchant la dime de Parfondry, sous Clermont 5

Jean de Coir, abbé de Flône, revendiquait la dime sur le manoir, courte, assize et appendiche, que Johan de Parfondry possédait à Parfondry (Parfonriwe). Les parties, ne parvenant pas à s'entendre, choisirent deux arbitres : Williame de Coir, de Liège, chevalier, et Johan dit de Chantremel, écuyer. Les arbitres décidèrent que Johan de Parfondry devait la demi-dîme, dans son domaine de Parfondry, de tous biens, fruits et autres choses dont on a usage et coutume de payer la dîme au pays de Liège : mais l'abbé de Flône, pour noirir amour entre eux, le dispensa de cette obligation, sa vie durant.

L'an delle Nativiteit nostre Sangnour Jhesus Christ milh ccc et xlviii, le indiction prime, le premier jour del mois de julet 

C. Le jour où tout a commencé pour notre lignée : vers 1755

Le texte suivant6 relate l'arrestation de celui qui a entraîné la modification du mode de fonctionnement de la Justice. Les autorités autrichiennes installées en Belgique, réagirent assez sévèrement en condamnant le Prévot, fonction relevant encore du Moyen-âge. L'année de son arrestation diffère selon les textes retrouvés, oscillant entre 1752 et 1758. Quant à la St-Jean, on a le choix entre le 24 juin (St Jean-Baptiste) et le 27 décembre (St Jean l'Apôtre). Avec une préférence pour la première date, mieux identifiée en milieu rural du fait de sa proximité avec les fêtes du solstice d'été. Ce qui semble également assuré c'est que cet ancêtre était arrivé à Neerheylissem, en provenance de la Principauté de Liège, dans la vague de migrations qui avait suivi le Traité d'Utrecht de 1713 et l'arrivée des autrichiens dans les Pays-Bas méridionaux (Belgique et Luxembourg actuel sauf Principautés de Liège, de Stavelot-Malmédy).

La veille de la St. Jean 175., il fit saisir, sur le cimetière de l'église de Bas-Heylissem, par son lieutenant, accompagné de plusieurs archers, Jean-Pierre Parfondry. Il le représentait comme vagabond, homme sans aveu et complice dans plusieurs vols qualifiés, attribués à un certain Boulois dit Birwar. Parfondry cependant était innocent et, sur la demande de son frère, la cour d'Heylissem avait attesté qu'il était habitant de ce village, et que sa conduite avait toujours été celle d'un homme de probité. Le prévôt général n'en persista pas moins dans son accusation et voulut l'envoyer au gibet aussi bien que Birwar, réellement convaincu de vol. Il allait peut-être subir ce supplice infamant, quand sur un rapport, le gouverneur général7 par décret du 5 janvier 1759, ordonna son élargissement et lui permit d'agir contre le prévôt général….

 

      Ce bref résumé historique, limité à trois dates fondamentales (1261 - 1348 - vers 1755), permet de donner un aperçu assez précis de l'évolution de notre patronyme. Manifestement issu d'un lieu-dit, son apparition remonte au XIIIème siècle dans un endroit situé entre les localités d'Hermalle/s/Huy et de Clermont/s/Huy, en rive droite de la Meuse (actuellement commune d'Engis). Même s'il est indéniable que d'autres lieux-dits ont du être à la base d'autres lignées (not. le long de l'Amblève à Aywaille; le long de l'Aisnes près d'Erezée), la relative proximité géographique entre Hermalle-sous-Huy et Neerheylissem, l'abondance de migrants du pays de Liège vers Neerheylissem au XVIIIème siècle, l'existence d'une présence nombreuse de ce patronyme à Trognée, en rive gauche de la Meuse, plaident pour favoriser cette liaison pour notre lignée. Une recherche par Via Michelin donne un trajet en ligne droite de 43 km entre Hermalle-sous-Huy et Neerheylissem, en passant par Trognée. Tout à fait plausible en quelques 500 années. Des traces et non des preuves, c'est ce qui est le plus utile pour rêver. Même si entretemps la particule s'est évaporée mais de cela j'en ai déjà fait débat dans plusieurs articles.

1 Il s'agit de Léon BERGER, mon oncle, chez qui j'ai repris, à son décès, sa chaise de bureau en bois acajou pourvue d'un accoudoir circulaire enserrant le bas du dos, en souvenir de mes années de travail estival dans son entreprise de négoce de grains et d' aliments pour bétail à Incourt ;

2 Inventaire analytique et chronologique des archives de l'abbaye de Val-St-Lambert, Archives de l'Etat à Liège, Ed. J. Desoer, 1875 ;

3 JALHEAU Charles-François (1791) : Le Miroir des Nobles de Hesbaye, Nouvelle édition augmentée, Impr. J.F. Bassompière, Liège, p. 22-23 ;

4 Jacques de HEMRICOURT : Le Miroir des Nobles de Hesbaye (écrit entre 1353 et  1398) ;

5 Chanoines BENSENS et BARBIER (1893) : Analectes pour servir à l'histoire écclésiastique de la Belgique, 2ème série, T. VIII, Ch. Peeters, Louvain, p. 433 ;

6 Anales de l'Académie d'archéologie de Belgique, XXXIII, 3è série, Tome III, Anvers, Typographie J. PLASKY, 1876, p. 154 ;

7 A savoir Charles de Lorraine ;

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 18:17

    Que serait-on de nos jours sans cette particule élémentaire, ce boson de Higgs, considéré comme l'une des clefs de voûte du modèle standard de la physique des particules. Un petit rien capable de développer une énergie physique foudroyante pour créer de la matière.  Pareil au même en somme à cette simple particule qui affectait le nom de tous ceux qui, par leurs naissances, a donné la vie en créant de nombreux patronymes. Un simple mot de deux lettres qui servirait à transmettre une énergie pour s'accaparer d'un pouvoir. Comparable à ce petit objet physique qui base aussi sa persistance sur l'énergie déployée pour vivre.

      Cette réflexion sur le lien entre la matière et l'humain, nous a conduit à rechercher l'histoire originelle de notre patronyme. Pour considérer que nous sommes au même niveau que cette découverte réalisée récemment au CERN, près de Genève. L'histoire de deux particules élémentaires qui peuvent constituer l'armature des forces de l'univers. Et qui fait suite à une autre réflexion menée sur le traumatisme provoqué par la suppression de cette particule (voir article : Quid de la particule ? Mythe où réalité ?)

     Sans vouloir attester de la véritable généalogie, vu l'absence totale d'enregistrement, voici la supposée filiation qui aurait amené à l'apparition du premier de notre patronyme avec sa particule, non plus élémentaire, mais plutôt seigneuriale. Basons-nous sur les dire du célèbre chroniqueur du Moyen-âge, Jacques de Hemricourt (1333-1403). Entre 1115 et 1398, il relate, au travers de son Miroir des Nobles de Hesbaye, la généalogie de quelques 204 patronymes, tous originaires du berceau de la chevalerie que fut la Hesbaye liégeoise, héritière de ce sacré Charlemagne, né près de là vers 745. A la sixième génération, y est décrit celui qui allait attiser notre flamme.

    1. Notre histoire débute, comme il est de coutume, par une belle histoire d'amour. Celle entre un brave chevalier, Raes de Dammartin, que certains voient fuir les foudres du roi de France, arrivé dans la région de Huy, et tombé amoureux de la riche héritière d'un des seigneurs les plus puissants de ces terres de la Hesbaye liégeoise. Alix de Warfusée, la jeune colombe, avait en effet hérité, en ces temps féodaux, d'un ensemble prestigieux de domaines. Les deux tourtereaux  se marièrent en 1115 et eurent de nombreux .... seulement deux enfants. Qui se partagèrent évidemment les terres et qui sont considérés comme les ancêtres de tous les chevaliers à naître de cette région.

    2. Si l'aîné s'installa sur les terres seigneuriales provenant de son grand-père maternel, c'est le cadet, Hugues de Lexhy, qui nous intéresse au plus haut point. Récoltant les nombreuses terres acquises par les parents, il devint seigneur de Waroux et aussi avoué d'Awans, soit le seigneur protecteur  d'une institution ecclésiastique. Il est ainsi, ce que l'on peut considérer, l'ancêtre de tous les chevaliers qui s'affronteront de 1297 à 1325 lors de la bataille entre les Awans et les Waroux. Il épouse Marie d'Agimont qui lui donne quatre fils.

     3. Le deuxième de ces fils, le plus connu, est le Chevalier Bretton le Vieux de Waroux. Né vers 1138 et décédé vers 1210, il épouse Maroie de Trazegnies, dite de Flémalle, fille du Seigneur de Trazegnies, Silly et Ath. Ils n'eurent pas moins de six fils et de deux filles, ce qui aida à intensifier évidemment le  partage des terres.

     4. A la quatrième génération, on trouve ainsi Humbert de Lexhy, décédé vers 1258. Fait important pour la suite, c'est lui qui conservera l'avouerie d'Awans. Il épousera Juliette de Rulant, comtesse de Hozémont, autre héritière bien achalandée qui lui apportera d'autres terres mais aussi, pour la première fois,  des armoiries : Burelé d'or et de sable de six pièces.  Les Hozémont descendraient de fait de la scission des terres de la famille des Pépin (Pépin de Landen, de Herstal, le Bref), ancêtres de Charlemagne. La lignée, quittait son statut de maison seigneuriale, pour côtoyer cette noblesse liégeoise. Ils eurent hélas cinq fils et trois filles, ce qui n'épargna pas une nouvelle fois la scission des terres.

    5. De cette descendance, on retient le Chevalier Jean de Locreau de Dammartin, le cinquième fils. D'une union sans doute assez éphémère avec une personne que l'histoire n'aura pas eu le temps de retenir, il aura juste le temps d'assurer une seule descendance. Avec un certain étonnement, on lit que cette fille unique, retrouve de nouveau les titres seigneuriaux de Locreau, de Lexhy, de Dammartin. Et qui se marie avec André de Luxembourg - Bierset, dit de  Velroux.

    6. Et enfin, parmi les quatre enfants de ce couple, apparaît quasi inopinément l'aîné Johan de Parfondrieu, déclaré Chevalier vers 1272. Voilà notre ancêtre tant attendu avec une devise quasi similaire à celle de son aïeul : Fascé d'or et de sable de six pièces. Celui à qui fut probablement octroyé ce terroir en bordure de la rive droite de la Meuse, entre Hermalle-sous-Huy et Saint-Séverin-en-Condroz. Une terre nouvelle qui portait ce nom qui s'est perpétué de nos jours. Un toponyme a donné probablement naissance à notre patronyme. Un arpent de terre comparé aux étendues rassemblées par ses prédécesseurs (voir article: Le site du lieu de Parfondry a bien existé). Mais l'avenir ne se trouvait plus au-niveau du sol mais bien dans les richesses du sous-sol. La ligne d'horizon ne s'apparentait plus à la limite du pouvoir. Il épousa Marguerite de Rameyfille du seigneur de Flémalle. Et chose bénéfique, ses descendants choisirent évidemment, au vu de la protection accordée antérieurement, le parti vainqueur des Awans lors de cette guerre fratricide avec les Waroux qui envenima la Principauté de Liège entre 1297 et 1325.

     Le temps avait fait son oeuvre au niveau du découpage des terres et de l'avenir de la Chevalerie. Non content de procréer, la période était propice aux conflits. Les terres liégeoises étaient mises à rude épreuve. Les Chevaliers durent se battre, non seulement entre eux, mais aussi contre tous leurs voisins, issus du démantèlement de ce duché de Basse-Lotharingie dans le courant du onzième siècle (avec l'apparition des comtés de Louvain, de Hainaut, de Namur, de Frise, de Gueldre, de Luxembourg, de Flandre et du duché de Brabant). La chevalerie épuisa progressivement la force vive de sa particule élémentaire. Leur nombre se décima tout comme la scission des terres, permettant l'apparition de la classe bourgeoise dans les villes. Et ce patronyme fut de ceux qui réussirent  à s'immiscer dans ce qui préfigurait déjà, en 1398,  la fin du Moyen-âge (voir les trois articles : La vigueur du nom Parfondry au Moyen-âge ; La reconversion économique des Chevaliers; Du nouveau sur la famille des Chevaliers de Parfondry ).

      A l'aube de sa vie1, l'arbre doit prendre racine, selon l'expression. Tout comme la bûche de bois doit prendre dans la chambre d'un âtre en pierre. Le même verbe prendre pour exprimer l'inquiétude aux deux extrêmes : la vie et la mort. Semblable à cette particule qui donnerait de l'énergie pour multiplier les branches d'un arbre généalogique. Mais alors, que se passe t-il lorsque celle-ci disparait ? Perdons-nous tous ces gênes, au point de brûler définitivement nos ultimes forces ? Non bien sur, l'humain comme le végétal a eu le temps de se perpétuer.  Il s'est empressé de couper ce lien caduc, ce concentré d'envie, de rancune qui l'empêchait de se greffer et continuer sa croissance, sa vie. L'important n'est plus dans la particule, mais bien dans le patronyme qui s'adapte le mieux à la société. La particule dispose d'une énergie qui s'épuise, qui l'empêche le plus souvent d'imaginer. Sa suppression est finalement synonyme de liberté, de choix multiples. La vraie noblesse serait celle des sentiments, de l'éducation et du travail. C'est paraît-il, un pape, Pie XII, qui a énoncé cette dernière phrase. Oufti !!!!

      Les deux particules du début, l'élémentaire et la seigneuriale, sont toujours bien là. Dans la solitude des êtres d'exception. Conscients qu'elles ont construit la matière physique et génomique ayant permit l'association de la vie et de l'intelligence. Elles ne sont plus responsables de l'avenir. Nous devons en prendre conscience. Elémentaire, mon cher ..... !!!!!

 

1 Ce paragraphe est une sorte de réflexion découlant de la lecture du livre "Le Journal intime d'un arbre" de Didier Van Cauwelaert ;

 

 

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 14:41

      L'existence de ce lieu PARFOURU dans le Calvados avait déjà été mentionnée précédemment (voir article : Les Ecuyers de PARFOURU en Normandie). La similitude quant à l'origine toponymique nous est apparue dès le début de cette recherche. Pour attester de cette cohérence, un transit par la commune de PARFOURU-sur-Odon (voir article : Un petit détour par Parfouru-sur-Odon) s'est même effectué sur le trajet des vacances. Il en était aussi résulté une diversion sur le plan historique, nous autorisant, dans la satisfaction de l'épopée et de l'imagination, un lien entre les deux patronymes de PARFOURU et PARFONDRY, basé sur le déplacement de cavaliers vikings au IXème siècle vers les vallées proches de la région liégeoise, à la recherche probable de ce fer tant convoité.

      Si le nom, en tant que lieu, est toujours attesté de nos jours au travers de deux endroits proches de Caen, il s'est également perpétué à travers les âges. Les lignées qui sont décrites, reprises pour la plupart des archives départementales de Saint-Lô, indiquent qu’ils portaient la particule et le titre d’écuyer et qu’ils ont été de tout temps au service du Roi. La première mention de cette famille des écuyers de Parfouru remonte en 1224 avec Charles de Parfouru (source : Généanet), Il y aura par la suite la naissance en 1310 de Richard de PARFOURU, Seigneur de Saint-Pierre de Semily à Couvains et en 1391 avec le mariage d’un Jehan de PARFOURU, écuyer, Seigneur de Parfouru-l’Eclin, du Mesnil - Segard et Couvains. L’un des derniers écuyers aurait été Jean-François René de PARFOURU, docteur et professeur royal en médecine de l’Université de Caen en 17641.

      Et descendant probablement de l'une de ces lignées d’écuyers ayant aussi perdu leur particule, on citera Paul PARFOURU (1846-1905). Elève de l’Ecole des Chartes, il consacrera toute sa vie à rassembler et classer les archives dans le département du Gers au début de sa carrière avant de revenir en 1890 dans celui de l’Ile - et - Vilaine, lieu d’origine de la lignée. Parmi ces actions  décisives, c’est lui qui sauvera de la ruine les archives du Parlement de Bretagne. Ayant une impressionnante énumération de publications, en particulier sur l'histoire de la Bretagne, il recevra en 1893 la rosette d’Officier de l’Instruction publique.

      On ne peut oublier de mentionner Désiré Paul PARFOURU, dit POREL (1843-1917), né précisément à Saint-Lô, où son père Paul Dominique PARFOURU était menuisier (source : Généanet). Tout comme le colonel BORDES-PARFONDRY (voir article : La dénomination BORDES-PARFONDRY est expliquée), il sera blessé durant la guerre franco-prussienne de 1870. Il fut comédien avant d’être directeur de plusieurs théâtres parisiens (Odéon, Gymnase, Vaudeville). Très connu dans le milieu, il ouvrira les portes à de nombreux auteurs parmi lesquels DAUDET, George SAND, DOSTOIEVSKI,… et fera entrer au répertoire des pièces comme L’Avare de MOLIERE, Esther de RACINE. Parmi ses actions innovantes, c'est lui aussi qui s'efforcera d'ouvrir les portes du théâtre à d'autres milieux de la société afin d'accroitre sa fréquentation. Sa nouvelle façon de gérer les théâtres parisiens, donnera l'occasion au critique d'art et écrivain pamphlétaire Octave MIRBEAU (1848-1917)  de le considérer comme " un représentant du théâtre mercantile qu'il exècre". Il épousera la comédienne Réjane, célèbre pour avoir créé le rôle de Madame Sans-Gêne, comédie de Victorien SARDOU (1831-1908) en 1893. Ils seront tout deux fait Chevalier de la Légion d’honneur.

      Ce couple, devenu légendaire, est à l’origine d’une dynastie d’artistes des plus connus2. On a ainsi successivement leur fils l'écrivain Jacques POREL (1893-1932) et leur petite-fille, la comédienne et célèbre doublure de voix d'actrices américaines3 Jacqueline POREL4 (1918-2012). Connue aussi pour ses nombreuses liaisons, cette dernière est la mère :

                  - du photographe Jean-Marie PERIER, né en 1940, dont le père biologique n'est autre qu' Henri SALVADOR ;

                 - de la journaliste Anne-Marie PERIER, née en 1949, de son mariage avec l'acteur François PERIER (1919-2002) ; en devenant la dernière épouse du chanteur Michel SARDOU, il serait erroné de penser qu'ils se sont réappropriés en quelque sorte l'histoire familiale ; même si ce nom est originaire de la région de Toulon - Marseille, aucun lien de parenté n'existe entre Michel et Victorien SARDOU ;

                - de l'acteur Marc POREL (1949-1983), né d'une troisième liaison, dont le seul souvenir dans la mémoire collective, restera d'avoir promené sa belle gueule dans le film " Le clan des Siciliens ", en jouant le rôle de Sergio, le fils cadet du patriarche Vittorio Manalese, joué par Jean GABIN ;

       Toute cette belle famille d'artistes est enterrée au cimetière de Passy (16ème Arndt.). Et que l'on peut découvrir sur le site très intéressant de Philippe LANDRU (déjà visionné précédemment sur ce blog pour montrer le monument sépulcral de Créteil de la famille PARFONRY) : .http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article1078

      Comme quoi, on s'aperçoit qu'il y a toujours quelque chose à découvrir à travers le parcours de ce patronyme. Que ce soit des faits de société, des actes inscrits dans la mémoire, des dates ou des noms célèbres, on peut parfois être quelque peu étonné de trouver toutes ces rencontres et de se refaire la petite histoire. C'est sans aucun doute l'une des finalités de ce retour dans le passé.

 

1  Ses deux fils (Claude-Charles, né en 1765 et Jean-Gervais, né en 1767) sont décédés à l’adolescence ;

2 Pour de plus amples renseignements sur ces personnes, il est préférable de rebondir dans Wikipedia ; je n'ai pas voulu alourdir cet article de détails que l'on peut trouver assez aisément   ;

3 Deborah Kerr, Lana Turner, Audrey Hepburn, .....

4 De son vrai nom : Jacqueline Renée PARFOURU-POREL ;                                           

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 09:40

      Sur le plan religieux, ce blog a déjà permis de nous faire transiter par plusieurs églises et autres bâtiments du patrimoine wallon. Ainsi, au travers de l'existence de Carolus de PARFONDRY, l'église Saint-Jacques-le-Mineur à Liège a été décrite (voir article : La dalle funéraire de Carolus de PARFONDRY). Il a été relaté aussi la curieuse relation avec les édifices consacrés à Saint Sulpice, telle que l'église Saint-Pierre-et-Paul à Saint-Séverin en Condroz (voir article : Saint-Sulpice nous rassemble).

     Rien de bien anormal quand on connait le rôle important de la lignée des chevaliers de PARFONDRY au sein de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dans nos contrées, plus particulièrement au niveau des Commanderies de Villers-le-Temple et de Chantraine (voir catégorie : Commanderie et Chevaliers). La descendance de cette lignée a une tendance à s'étoffer progressivement quand on aborde les différentes bases de données qui en font mention au niveau du site GENEANET (voir article : Les PARFONDRY ont bien eu une particule). Avec cette constatation, qui semble désormais s'affirmer, de l'existence d'une seule lignée de notre patronyme ayant porté une particule jusqu'au décès en 1824 du baron Jacques de PARFONDRY. Et comme cela en a été la coutume, voire la nécessité pour éviter l'éparpillement des biens, il n'est pas anormal que l'on voit apparaître, au détour de l'un où l'autre document, un religieux portant ce patronyme et immanquablement affublé de la particule. Sans avoir de précision sur le lien avec la lignée énoncée ci-dessus, il y a une certaine probabilité pour que ceux-ci y soient reliés. Notre attention restera, dès lors, dirigée sur les bases de données qui ne manqueront pas d'être étayées, espérant y découvrir prochainement ces fameux liens manquant. 

      Pour l'instant, on se contentera d'énumérer ceux que l'histoire n'a pas oublié d'inscrire, le plus souvent dans un quelconque recoin d'un chapitre d'un livre. Sans en connaitre leurs origines parentales, on leur découvre pour la plupart un lien avec la Principauté de Liège, ce qui est indéniablement une condition nécessaire, mais non suffisante, pour les inscrire sur une branche de cette lignée à particule, déjà identifiée. Par ailleurs, la présence de certains d'entre eux à Namur, soit à l'extérieur du territoire de la Principauté, ne semble pas devoir poser problème. L'influence territoriale des diocèses était différente à cette époque de l'organisation politique1. Par cette simple énumération, on continue de cette façon à visiter d'autres édifices religieux remarquables du patrimoine wallon.

 

       Par ordre d'ancienneté, on mentionne, en premier lieu, Jean de PARFONDRY, en tant que chanoine d'Amay. Celui-ci aurait bénéficié d'une collation du bénéfice2 érigé dans l'église paroissiale de Natoye pour l'invocation de Sainte Marie-Magdeleine, faite par Englebert de Rougrave en faveur de Jean de PARFONDRY, chanoine d'Amay 17043. Cet Englebert de Rougrave ne peut être que le Seigneur d'Hermalle, Englebert III de Rougrave de Salm, ayant vécu au XVIème siècle (décédé en 1591) et qui possédait de nombreux territoires. Cette famille disposait d'une position sociale des plus importantes en Principauté de Liège, à cette époque. Par contre, elle n'aurait pas eu de postérité, ayant du céder le château d'Hermalle a une autre famille. On peut dès lors être quelque peu désorienté par la mention de l'année 1704, au niveau du document, postérieure au décès du Seigneur d'Hermalle. De plus, le fait qu'un droit de collation du bénéfice ne pouvait être dispensé que par un évêque dans son diocèse et autres abbés du chapitre ne clarifie pas non plus l'explication du texte. La mention de l'église paroissiale de Natoye, édifice roman datant du XIVème siècle4, indique par contre une localisation externe par rapport au centre d'origine du patronyme, qui est, pour rappel, sur les communes de Saint-Séverin-en Condroz et de Hermalle-sous-Huy, le long de la Meuse. Situé sur un diverticulum entre Huy et Dinant ne longeant pas la Meuse et conduisant vers la France, Natoye se trouve non loin de Ciney, autre lieu de présence récente de notre patronyme, restée encore non expliquée quant à son origine.

     Le deuxième est en rapport avec la mention de l'humaniste et écrivain Baudouin de PARFONDRY (1651, Liège-1704, Liège). Entré au noviciat de la Compagnie de Jésus en 1670, il est l'auteur de deux oeuvres dramatiques, jouées à Namur en 1677 et en 16785.

      Ensuite, on relate de l'existence du curé Renier de PARFONDRY. Décédé en 1708, ses armoiries sont inscrites dans la pierre de l'église de Saint-Pierre à Villers-le-Temple6. Ce lieu est manifestement pertinent au niveau de l'histoire de notre patronyme. Sa particularité est  avant tout intéressante par la présence de la dalle funéraire de Gérard de VILLERS, l'un des derniers Templiers ayant évité l'arrestation de ceux-ci sur décision du roi de France Philippe le Bel en octobre 1307. C'est dans ce village de Villers-le-Temple que ce personnage fit construire cette Commanderie, à partir d'une donation de terres faite par l'abbaye de Flône en 1260. Selon certaines sources, c'est ce Gérard de VILLERS qui aurait fait sortir le trésor des Templiers, hors des murs de Paris. Et immanquablement parmi les hypothèses envisagées7 pour la cache de ce trésor, Villers-le-Temple  a été mentionné8 . Tous les biens des Templiers ayant été transmis à l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, c'est ainsi que l'on rapporte que, quelques années plus tard, l'un de ces chevaliers de PARFONDRY fut commandeur à Villers-le-Temple en 13709 avant de s'installer à celle de Chantraine (Huppaye), devenue la plaque tournante principale de cet Ordre en Hesbaye. Rien de plus normal donc que de retrouver, quelques siècles plus tard, un curé portant ce nom qui pourrait être un descendant de ce Commandeur. Autre particularité de ce gisant de Gérard de VILLERS, la pierre tombale est en fait la seule représentation précise d'un Templier en habit. Il a donc servi de modèle pour être reproduit à de multiples reprises dans de nombreux documents de vulgarisation.

      Il y a aussi Barthélemy (de?) PARFONRY qui fut Grand Chantre (le Primicier10) de 1729 à 1768 à la chapelle musicale ainsi que secrétaire du Chapitre de la Cathédrale Saint-Aubin à Namur. Il y est reconnu que cette fonction de prestige était occupée par de grandes et  nobles familles11 . Même si la chapelle musicale connut son âge d'or aux XVème et XVIème siècles, il est assez peu probable que le profil dans le choix de ce haut responsable du chant n'ait pas été perpétué. Ce personnage aura donc assisté à la reconstruction de la cathédrale Saint-Aubin qui s'est réalisée entre 1751 et 1767 à côté de l'ancienne collégiale. Elle a été, durant le Moyen-âge, un centre assez important de regroupement de l'art religieux.  Inscrite au Patrimoine majeur de Wallonie, ses trésors, en particulier d'orfèvrerie, sont désormais regroupés de nos jours au Musée diocésain de Namur.

      In fine, et cette fois sans particule, on rencontre un certain François PARFONRY en 1725, qualifié de clerc12 et qui, selon la littérature, donnait assez convenablement l'instruction aux enfants dans la commune de Piéton13. Au vu de la situation de cette commune, il doit s'agir très probablement d'un membre de la branche des PARFONDRY de Forchies-la-Marche, qui s'y était récemment installée en provenance de Huy. 

 

1 Depuis sa création en 1559, le diocèse de Namur ne couvrait pas, comme aujourd'hui, l'entiéreté du territoire de la Province de Namur, dont une partie dépendait toujours du diocèse de Liège ;  

2 Collation du bénéfice : se prend pour le droit de conférer un bénéfice vacant de fait ou de droit; différent du droit de nomination et d'institution; ce droit appartient à chaque évêque dans son diocèse ainsi qu'à quelques abbés du chapitre ; 

3 Ancien Fonds Famille de LANNOY-CLERVAUX, Inventaire Georges HANSOTTE, A.E. Liège - Y9-1549 ; 

4 L'église actuelle de Natoye, reconstruite sur l'ancienne, date de 1903 ;

5 SOMMERVOGEL : Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. V et VI ; dans : Biographie nationale publiée par l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, Tome XVI, Bruxelles, Bruylant, 1901 ;

6 Le Patrimoine monumental de la Belgique. Wallonie. Liège. Arrondissement de Huy, 1992, Mardaga Editeur, Liège ;

7 L'hypothèse la plus connue étant celle du château de Gisors en Normandie ;

8 Même si le convoi des 3 chariots contenant le trésor devait être chargé sur un navire dans le Nord de la France, à destination de l'Angleterre ;

9 Charte de  février 1370 de Pierre VIGONIS, chanoine de Liège et archidiacre du Condroz : E papyris pastoris Villari Templi  (dans : Del Vaux de Fouron Henri (1841) : Dictionnaire géographique de la Province de Liège, Tome 1, Liège) ;

10 Primicier : celui qui est le dignitaire le plus important au sein de l'église ; équivalent du chanoine dans une assemblée de religieux ;

11  RONVAUX MARC (ronéo): La Chapelle musicale de Saint-Aubin, des origines à la Révolution ;

12  Le Clerc est un membre du clergé, pas nécessairement prêtre mais surtout considéré comme lettré ;

13 MATTHIEU Ernest (1897) : Histoire de l'enseignement primaire en Hainaut, Imprimerie Dequesne-Masquillier et Fils, Mons, p. 327 ;

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 09:40

     Je m'efforce de croire que les coïncidences ne peuvent exister quand on aborde les questions en relation avec les histoires familiales. Même si une explication rationnelle ne surgit pas immédiatement où si la mémoire n'a pas conservé traces pour réfuter de la coïncidence.

     Dans l'article qui suit, force sera de constater probablement qu'il est difficile d'envisager autre chose que le hasard, ce pur concept qui laisse croire que l'on ne peut expliquer la convergence de plusieurs évènements. C'est le hasard ! Le hasard fait bien les choses ! Mais finalement, n'y aurait-il pas une autre façon d'entrevoir la relation basée sur de  simples agencements de noms de lieux !! C'est ce que l'on va découvrir au travers d'une série de déclics intellectuels.

   

     Le premier déclic de cette réflexion est centré au départ sur la vision de la belle église romane en tuffeau de Neerheylissem, avec sa tour carrée, son buffet d'orgue baroque, son maître hôtel Louis XIV, ses fonts baptismaux à quatre têtes, ses statues du XVème et XVIIème siècle. Toute cette description1 m'était restée dans l'esprit. J'y pensais régulièrement me disant que cette église avait été le lieu commun où tous les enfants de la lignée avaient été baptisés et pour certains reçus tous les autres sacrements. Une sorte de lieu de rencontres qui, au fil des générations, s'accumulent dans les gènes.  Sans y prendre attention, le mentionnant dans un coin de mes notes personnelles, j'inscrivais, sans y porter une grande importance, le nom de Saint Sulpice, le patron protecteur de cette église.

     Le deuxième déclic se rapporte directement à mon premier acte officiel effectué, celui qu'il s'avérait de faire inconsciemment, porté par le regard émerveillé de parents qui reproduisaient un acte de protection et de soumission perpétué depuis un certain Jean-Baptiste. Je veux faire référence ici à mon baptême dans la belle église de Beauvechain, exemple d'architecture néogothique en milieu rural. Erigée de 1852 à 1856, cette église fut reconstruite sur l'emplacement d'une ancienne église, consacrée en 1133. Avec le souvenir, au cours de ma tendre enfance passée dans ce village, d'une chaire de vérité impressionnante et de mobiliers, tout aussi monumentaux, oeuvres des frères GOYENS de Louvain et des frères GHEUDE de Nivelles2. Avec cette pièce encore plus ancienne qui a servi à recueillir l'eau de mon baptême. Je veux parler des fonts baptismaux, l'un des plus vieux de Wallonie avec ceux de de l'église Saint-Pierre-et-Paul de Saint-Séverin-en-Condroz3. Datant de la seconde moitié du XIIème siècle, ces fonts baptismaux ont été redécouverts par le curé de la paroisse en 1875. Ils avaient probablement été cachés, voir jetés lors de la révolution de 1789, lorsque les hordes de révolutionnaires intégristes français ont fondu sur la Belgique pour saccager son patrimoine religieux. Taillée dans un grès de la Meuse de couleur brun foncé, la cuve circulaire est décorée de quatre visages barbus dont deux représentent une tête couronnée. Et donc, une certaine similitude avec Saint-Séverin-en-Condroz et Neerheylissem. Similitude qui peut se compléter par le nom du patron protecteur de cette église. On y retrouve comme par coincidence Saint Sulpice

     Le troisième déclic viendra quand on relate, dans le village de Parfouru-l'Eclin, situé dans le Calvados à proximité de Bayeux, qu'il existe une chapelle de XIIème siècle, dédiée précisément à Saint-Sulpice, ainsi qu'une fontaine. Une étude avait démontré de la même origine toponymique de ce nom. Sur le plan géographique et historique, ce village fait partie de l'ancien comté du Bessin, compris entre l'Orne et la Vire, non loin de l'embouchure de la Seine, et qui fut l'une des premières possessions des envahisseurs vikings, avant de s'inscrire dans ce qui deviendra par la suite le duché de Normandie.

     Ainsi avec un total de quatre églises Saint-Sulpice recensées en Belgique4, deux d'entre elles sont en relation avec notre parcours de vie. De quoi attester, à ce stade, au niveau des paramètres des calculs statistiques, de la bonne représentativité de l'échantillonnage.  Sans parler de la configuration similaire des fonts baptismaux décorés de visages humains barbus. A partir de ce constat, la question de coïncidences troublantes dans les lieux pouvait être abordée. Pouvait-on extrapoler une relation avec l'histoire de notre patronyme ? Les trois déclics successifs pouvaient ne plus être un hasard de circonstances. Il en découlait forcément avant tout de découvrir qui était ce Saint Sulpice qui a tendance à nous suivre, sinon à nous précéder. Qui est ce Saint Sulpice qui est honoré par de nombreuses paroisses de France, de Suisse et de Belgique ?

    Les dictionnaires nous décrivent de l'existence de deux personnages portant ce nom. Le premier, Saint Sulpice le Pieux (576-647), né dans le Berry, fut évêque de Bourges. Outre l'affection normale pour un saint d'aider les pauvres, il se plaisait à faire restaurer les églises détruites pendant les guerres. Ses reliques furent transférées dans l'église Saint-Sulpice de Paris, laquelle, tout en se montrant peu loquace, n'est rien d'autre que la seconde plus grande église de Paris après Notre-Dame. Le second, Saint Sulpice Sévère, né en Aquitaine, est le disciple et biographe de Saint Martin de Tours, celui qui est l'origine de l'expression Eté de la Saint-Martin, version religieuse de l'appellation Eté indien, quant à elle version baby cool édulcorée du réchauffement climatique, voire de l'expression bretonne an hanv c'hraden (été des fougères). Il apparait plus pertinent de trouver dans le premier l'affectation du patron protecteur de nos églises,

    Tous les indices nous ramènent au XIIème siècle, avec l'édification des églises de Saint-Séverin-en Condroz, Neerheylissem, Beauvechain et la chapelle de Parfouru-l'Eclin. Trop beau pour ne pas y voir un signe. Saint-Séverin n'est-il pas le lieu d'installation d'un des premiers de la lignée des chevaliers de Parfondrieu (Parfondry), au début du XIVème siècle ? Certes, ce ne furent pas les seuls monuments édifiés à cette époque. Toute interprétation, voire extrapolation immédiate, est assez délicate sinon incongrue. Le lien ténu entre la commune de Parfouru-l'Eclin dans le Calvados et celle de Saint-Séverin dans le Condroz peut s'expliquer par le fait que les normands, ayant le souci de se convertir au christianisme, en échange de la reconnaissance d'un territoire, ont favorisé l'établissement d'églises bénédictines. Mais Saint-Séverin est quand même un peu loin de Parfouru-l'Eclin, même s'ils sont venus guerroyer dans la région liégeoise au cours du IXème siècle. Pour ma part, Saint Sulpice, originaire de Bourges, près de Cluny, a pu motiver certains paroissiens à le choisir plutôt que les apôtres Pierre et Paul, assurant le patronage de cette communauté religieuse des bénédictins. Un approfondissement de la question pourrait s'avérer utile via la création d'une commission spéciale chargée de définir les éventuels points de convergence. En bref, il faut abandonner cette piste. Ce n'est pas du pur hasard. Simplement l'une de ces combinaisons de circonstances de dates et de lieux semblable à celles qui permettent de gagner un gros lot au Lotto (ou Loto en Fr).

    Il s'en suit un quatrième déclic. De cette époque de ma petite enfance, il me reste néanmoins le souvenir de cette chaire de vérité impressionnante5 au pied de laquelle j'assistais à la messe du dimanche matin. Mon grand-père et mon père n'étant pas des piliers d'église, et étant plus occupés par les concours de pigeons, j'y allais sans surveillance avec comme seule ligne de démarcation de ne pas me laisser harponner comme enfant de choeur. Je vivais donc la messe un peu en retrait en regardant finalement cela comme un passe-temps rempli de symboles. C'est pourquoi, je retrouverai à l'écoute du sketche de Bob DESCHAMPS (1914-2002), célèbre humoriste et chanteur wallon6, intitulé Djôsèf a messe (Joseph à messe), toute la saveur des réflexions que je me faisais dans l'église Saint-Sulpice de Beauvechain. Tout y était retranscrit. Une vraie compilation d'observations quand la liberté d'expression nous offre cette richesse de penser. On y trouvait notamment la transcription de cette peur de devoir mettre un jour l'habit d'enfant de choeur. Bob DESCHAMPS l'avait parfaitement visionné. Aussi vrai de vérité que, ayant peur de jouer le rôle, j'évitais de l'apprendre, donc de trop suivre le déroulement de la messe. C'est ainsi que je ne sais toujours pas de nos jours quand je dois me lever et m'asseoir. Et  dire que Bob DESCHAMPS n'est pas inclus dans la liste des cents wallons du XXème siècle. Oubli volontaire !!

      Voici les quelques extraits du sketche se rapportant aux enfants de choeur. Ce à quoi finalement j'ai évité !! 

            L'chanteur comike est chû pas tous des gamins abiyîs a fiyes avou des roudjes cotes  .... Cand c'est nin yink ki bouche, c'est l'ote ki sone. Chake côps k'sonne, ti t'erlèves, ti t'rachids ......tu wès yink des gamins ki spite dins l’arière-cûjène. Dju m’ di : C’est ça, c’est l’ ci ki va cwé li spritchoûle avu l’ flitocse po fé crèver les mouches. Mês i n’a nin ruvnu avou one sacwè po fé crèver les mouches ...... ; Et su ç’ timp la, gn a l’ pus ptit des gamins, - pask’ i gn c' est èn arsouye hin ! laddins, ène subtilité d’ diâle -, il apice lu live k’ est a gåtche, i passe pa drî et l’ pwate a drète, lu livre k’est a drète, i rpasse pa drî et l’ pwate a gauche. Et l’ grand est embêté, hin, lu!, Il est tout pièrdu, i dchind, i rmonte, i va tous costés, i dovure one pètite armwêre. A ç’ moumint la, tu wès l’ôte ki rvint dl’ ariére-cuisine, k’ a stî rpwârté l’ machin ki fume, i passe su mwin padrî l’ bufèt, i ramwin.ne one botèye di vin. Hop !, l’ôte, li chef, il avance su brès et i tind l’ goblet pou-z awè a bwêre. Lu gamin rimplit l’ vêre, et sul timp k i l’rimplit, i tchante one pitit bokèt : « Laissez couler, laissez coulâ ! »

(traduction : Le chanteur comique (N.B.: le curé) est suivi par une bande de gamins habillés en filles avec des robes rouges...... Quand ce n'est pas un qui frappe, c'est l'autre qui sonne. Chaque fois qu'on sonne, on se lève, on se rassied......tu vois un des gamins qui se précipite dans l’arrière-cuisine. Je me dis : C’est cela ; c’est celui qui va chercher la souflète avec le flytox pour faire crever les mouches ... Pendant ce temps-là, le plus petit des gamins, il y a un arsouille, hin !, la dedans, une subtilité de diable, il s’empare du livre qui est à gauche, il passe derrière, il le porte à droite ; le livre qui est à droite, il repasse derrière et le reporte à gauche. Le grand est embêté, hein ! lui !, il est tout perdu, il descend, il remonte il va dans tous les sens, il ouvre une petite armoire. A ce moment-là, tu vois rentrer l’autre, qui revient de l’arrière-cuisine où il a reporté le machin qui fume ; il passe la main derrière le buffet et ramène une bouteille de vin. Hop, l’autre, le chef, étend le bras et tend le gobelet pour avoir à boire. Le gamin remplit le verre, et pendant qu’il se remplit, le grand chante un petit morceau : « Laissez couler, laissez coula ! »

     Et comme un ultime déclic, prenez acte que les églises de Saint-Séverin-en-Condroz, Neerheylissem et Beauvechain valent le détour. Et la campagne normande du Bessin aussi. C'est le résumé idéal de cet article. Saint Sulpice reste quand même, sans trop expliquer pourquoi, le lien de toute cette histoire. Ce fut finalement un bon moment de franche expression qui sent bon le terroir et les souvenirs. Il n'y eut aucun su(l)pp(l)ice à écrire cet article !!! Sauf de confondre au niveau de l'écriture Saint Sulpice et Saint-Sulpice.

 

1 Description trouvée sur le site "Association des habitants de Hélécine " ; 

2  Description tirée de la bibliographie suivante :

   - Schayes Joseph (1975) : Les sentiers de l'histoire à Beauvechain et environs, Ed. Vander, Bruxelles-Louvain-Beauvechain ;

   - Bertrand Thierry (1995) : La place communale de Beauvechain. Histoire et architecture, Ed. Nauwelaerts, Beauvechain ;

   - Bertrand Thierry (1999) : L'Eglise Saint-Sulpice de Beauvechain, un exemple d'architecture néogothique en milieu rural, Ed. Nauwelaerts, Beauvechain ;

3 Eglise Saint-Pierre-et-Paul de Saint-Séverin-en-Condroz : église de la première moitié du XIIème siècle, contruite par les bénédictins de Cluny, dotée de fonts baptismaux en pierre calcaire ;

4 Les deux autres églises sont celle de Jumet et de Moulbaix (Ath) ;

5 On peut la visionner sur le site de l'IRPA ;

6 Créateur par ailleurs de "L'accordéoneu", repris par Aimable et André Verschuerren ;

 

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 18:11

     Suite à l'indépendance de la Belgique déclarée le 4 octobre 1830 par un gouvernement provisoire, les discussions pour l'élaboration d'une Constitution furent menées au sein d'un Congrès National, choisi à partir d'une levée de 30 000 électeurs. Les nombreux débats relatifs à son élaboration y sont intégralement retranscrits. Ce qui nous donne déjà un petit aperçu de ce que seront par la suite les débats parlementaires au Parlement et au Sénat.

    Au milieu de ces centaines d'interventions de gens en grande majorité de la bourgeoisie, on distingue une seule, minuscule, apparemment sans lien réel avec le sujet débattu, à savoir les articles de loi relatifs aux collèges électoraux. Elle mentionne de l'existence d'un certain André de PARFONDRIEU. Cette personne, qui apparemment ne fait pas partie des membres du Congrès, aurait ainsi envoyé une communication qui y sera lue par le secrétaire de séance.

     Ci-dessous, on découvre ce qui est relaté de cette lettre. Un bref résumé, assez peu détaillé qu'il convient d'interpréter autant que possible.

Chevalier Emile Huyttens (1844) : Discussions du Congrès National de Belgique. Séance du 15 février 1831; Tome II Soc. Typographique belge, Bruxelles,

p. 520 : Mr André de Parfondrieu, qui se dit descendant de l'ancienne maison de Luxembourg, fait connaître au Congrès comment cette maison a été traitée en Hollande.

     En premier lieu, la mention d'un André de PARFONDRIEU constitue la justification indéniable de l'insertion de cet article dans le blog. Hormis l'adjonction de la particule, l'écriture sous la forme de "PARFONDRIEU" est une résurgence de celle ayant été trouvée dans certains écrits du Moyen âge et qu'on croyait être disparue. De là, la difficulté de faire un lien avec le Baron Jacques de PARFONDRY, décédé en 1824 et dernier de la lignée.  Aucune autre indication de ce nom n'a été trouvée sur les sites de généalogie.

     L'apparition de la terminologie " Ancienne Maison du Luxembourg " me laisse un peu dubitatif. Il est en effet attesté que ce nom de famille PARFONDRY avec tous ses dérivés, que ce soit avec ou sans particule, est resté colloqué au sein du territoire de la Principauté de Liège jusque la fin de l'Ancien Régime, à savoir en 1794, année de l'intégration dans la France de Napoléon. La Principauté de Liège, pour le rappeler, est restée indépendante jusqu'à cette date. Jusqu'à preuve du contraire, aucun lien du patronyme n' a été relaté avec le Luxembourg jusqu'à présent.

     Sur le plan chronologique, l'Histoire de la maison du Luxembourg se termine en réalité dès la première moitié du XVème siècle. Le Comté, devenu Duché de Luxembourg en 1354, par décision de l'empereur romain germanique Charles IV, est en effet tombé en faillite peu après. Il fut racheté par le Duc de Bourgogne. Comme toutes les anciennes autres possessions, ce duché de Luxembourg sera par la suite intégré successivement aux terres espagnoles, autrichiennes, françaises et hollandaises in fine.

     Après la défaite de Waterloo en 1815, tous les anciens territoires ayant appartenu à la Basse Lotharingie, issue du démantèlement de l'empire de Charlemagne, passeront sous la juridiction du roi de Hollande Guillaume 1er, descendant  de la lignée des Princes d'Orange, ancienne partie du Duché de Bourgogne, passée en 1544 à la maison de Nassau, et ayant donné l'appelation toujours actuelle d'Orange-Nassau. Le terme "Maison de Luxembourg" aurait été apparemment réhabilité à ce moment. Elle sera considérée comme possession personnelle du roi de Hollande de 1815 à 1890 et celui-ci portera désormais le titre de roi de Hollande et Grand-duc de Luxembourg. Aucune indication ne permet par contre d'attester d'une quelconque spoliation de titre au niveau d'une lignée noble répondant à notre patronyme.

      En 1890, au décès du roi Guillaume III des Pays-Bas, petit-fils de Guillaume 1er, le Grand-duché de Luxembourg retrouve son identité. La scission avec les Pays-Bas s'opère à ce moment, résultant de l'application d'une ancienne convention dynastique de 1783 passée entre les deux branches survivantes de la maison de Nassau. N'ayant pas de descendance mâle, la couronne des Pays-Bas passe à Wilhelmine, la fille de Guillaume III. En vertu de la convention qui se basait sur l'application de la loi salique1, Wilhelmine ne pouvait porter le titre de Grande-Duchesse de Luxembourg. La couronne fut ainsi offerte à Adolphe de Nassau-Weilburg, représentant l'autre branche des Nassau, et lointain parent de Wilhelmine. Ce dernier devint ainsi le Premier Grand-duc du Luxembourg, ancêtre de l'actuel Grand-duc2.

      Pour éviter le risque d'hégémonie des Nassau sur les trois pays, et empêcher un éventuel retour de cette famille, la Belgique établira un décret constitutionnel le 24 novembre 1830, excluant perpétuellement la famille d'Orange-Nassau de tout pouvoir en Belgique. Après avoir du décliner le choix du duc de Nemours, fils du roi de France Louis-Philippe, en évitant ainsi la crispation anglaise, le Congrès National se tourna vers Léopold de Saxe-Cobourg-Ghota3 . Ce dernier monta sur le trône de Belgique le 21 juillet 1831. En compensation, Léopold, qui était par ailleurs, par sa soeur, l'oncle de la reine Victoria de Grande-Bretagne, épousera en 1832 Louise d'Orléans, la fille de Louis-Philippe.

     Pour mémoire, cette loi salique fut appliquée à la lettre pour la désignation des rois de France. L'exemple le plus évocateur est la désignation d'Henri IV, roi de Navarre et au surplus protestant, pour succéder à Henri III, mort sans postérité. En Espagne, la suppression de la loi salique est à l'origine de la guerre des carlistes.

    En conclusion, aucune explication convaincante ne permet de donner de la consistance à l'extrait mentionné ci-devant. L'existence d'un lien entre cet André de Parfondrieu et le roi de Hollande, porteur du titre de Grand-duc du Luxembourg n' a pu être confirmée.  Seule indication, le prénom André se retrouve au niveau du grand-père du baron Jacques de PARFONRY4. Il nous aura simplement permis d'apporter un peu de connaissances sur l'histoire du BENELUX5, bien avant sa création légale.

 

1 La loi salique est une transcription des coutumes germaniques, transmises par Clovis; outre des pays comme la Belgique et le Luxembourg, elle fut d'application en France et en Espagne, mais pas en Angleterre  et aux Pays-Bas ;

2 La loi salique a été supprimée en 1967 au Luxembourg et en 1991 en Belgique ;

3 Léopold avait déjà refusé auparavant la couronne de la Grèce; à la charge de l'Angleterre qui lui allouait une rente non négligeable, pour des faits d'armes antérieurs dans l'armée russe, ce pays souhaitait se débarrasser de ce fardeau ;

4 André, Albert de PARFONDRY, né en 1688 à Liège et y est décédé en 1762 ;

5 BENELUX : Convention économique ratifiée en 1947 entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, qui fut le noyau de base de la construction européenne et de l'espace Schengen ;

 

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 11:00

      De toutes les découvertes effectuées sur notre patronyme, on en était arrivé presque à la conclusion qu'en dehors de son pays d'origine, il n'avait évolué que dans les pays situés au sud. La France en priorité mais aussi l'Espagne et plus récemment la Suisse avaient vu apparaître des migrants le portant. L'extension de nos recherches à des noms se rapprochant de l'écriture définitive nous avait déjà conduits à étendre nos investigations. C'est en suivant ce principe que l'on peut avoir parfois une autre perspective.

     Il semblerait qu'une tentative de déplacement vers le Nord se soit malgré tout opérée. Une étude des différents documents et sites de généalogie, en particulier celui de la famille KARSSEN, démontrerait d'une présence ancienne aux Pays-Bas.

    Tout cela a pu débuter avec un certain Joannes PARFORI, baptisé à Borgloon en 1671 dans le Limbourg belge. Cet enfant, déclaré comme le fils de PARFORI Engelbertus et de MOERS Maria, porte un nom de famille qui ressemble, à s'en méprendre, à notre patronyme.

     La mention de la ville de Borgloon est une indication majeure pouvant s'intégrer dans le cadre plus global de nos démarches. Au Moyen-âge, Borgloon n'était rien d'autre que le chef-lieu du comté de Looz, lequel était un fief de l'église de Liège depuis 1190. Annexé définitivement en 1362 par le Prince-évêque Englebert de la MARCK, son intégration à la Principauté de Liège permit d'accroître la superficie de celle-ci, tout particulièrement vers le Nord. Borgloon devenait de la sorte l'une des 23 "Bonnes Villes" de la Principauté, ayant le droit d'envoyer des représentants au Tiers Etat et pouvant s'entourer d'un mur d'enceinte. Manifestement, le lien du nom PARFORI avec la région liégeoise est établi, pouvant constituer un indicateur de confiance et de cohérence majeur avec notre patronyme.

     Sur le plan historique, la situation  de la ville de Borgloon permet de comprendre ce qui a pu s'en suivre. En intégrant le comté de Looz dans sa juridiction, le territoire de la Principauté s'étirait vers le Nord et permettait, tout en coupant les Pays-Bas espagnols en deux parties, de créer un vaste couloir continu reliant la France à la Hollande. La Principauté de Liège, héritière de ces terres convoitées de Basse-Lotharingie, et malgré son statut d'Etat indépendant, devenait le lieu de passage des armées étrangères et le centre de conflits majeurs. La ville de Borgloon fut ainsi pillée à de nombreuses reprises. Cette disposition allait ainsi être utilisée par Louis XIV lorsqu'il lui prit l'envie, comme à son habitude, de déclarer cette fois la guerre à la Hollandeen 1672. Les troupes françaises, pour le malheur de ses habitants, traversèrent la Principauté2 et y établirent à cette occasion un cantonnement à Borgloon lors de la bataille de Maastricht en juin 1673. Joannes PARFORI avait à ce moment deux ans.

     On peut imaginer, tout comme ce fut le cas probablement pour les parents de Mengold PARFONDRY, originaires de Huy (voir article : Découverte du lieu de naissance de Mengold PARFONDRY), qui se déplacèrent dans le Hainaut à Forchies-la-Marche, au début du XVIIIème siècle, qu'il en a été de même pour les parents de Joannes PARFORI. Ces derniers ont préféré fuir les pillages et les guerres et se diriger, non pas vers le Sud mais cette fois vers le Nord.

     Sans disposer d'un lien généalogique attesté, on retrouve par la suite la trace d'une lignée de trois générations de PARFORI, installée au milieu des Pays-Bas. On a successivement le couple Charles PARFORI, marié à Janna Josepha HENRIETTE, lesquels assistent en 1830 au mariage de leur fils Charles Joseph PARFORI, né vers 1808 à La Haye, avec Evertjen KARSSEN,  dans la commune d'Hardewijck. Ce dernier couple aura deux enfants, successivement Karel Joseph PARFORI, né le 10/08/1828 à Hardewijck, puis Alijda PARFORI. Née en 1833 à Soerabaya, il est indéniable que l'on a la preuve par cette information que cette famille a une nouvelle fois émigré. Soerabaya est située en Indonésie sur l'île de Java. A partir de 1743, elle devint un important centre portuaire et commercial pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Statut qu'elle continuera à bénéficier jusqu'au moment de son invasion par les japonais lors de la seconde guerre mondiale. Alijda se mariera en 1861 avec un certain Anthonin PAPEGAAIJ dans la commune de Middelburg, ce qui indique qu'elle était entretemps revenue au Pays-Bas. Il n'y aurait plus à ce jour de personnes portant ce nom dans ce pays.

     En conclusion, cette rapide évocation d'une présence potentielle de notre patronyme au nord de son centre d'origine accentue la théorie des déplacements de familles qui se sont opérés dans nos contrées depuis plusieurs siècles. C'est une constance observée qui s'est quelque peu atténuée après la seconde guerre mondiale pendant la période qui est désormais qualifiée des Trente glorieuses. Ce phénomène avait quelque peu été occulté et évacué de nos pensées. Comme simple chiffre explicite, on mentionnera que pendant la période de pouvoir de Napoléon III, on estime qu'entre 40 et 45 000 belges résidaient dans la ville de Paris.

   

1 Guerre de Hollande  qui se termina par le Traité de Nimègue entérinant entr'autre la reprise par la France de quelques places fortes (Cassel, Bailleul, Cambrai, Bavay, Valenciennes,...) et la restitution d'autres (Charleroi, Binche, Courtrai,...) à l'Espagne ;

2 Voir à ce sujet la carte reprise dans Wikipedia : Guerre de Hollande, qui permet de comprendre l'importance stratégique de la position de la Principauté de Liège ;

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 21:13

      L'église Saint-Jacques-le-Mineur, ancienne abbaye bénédictine, située Place Saint-Jacques à Liège, est considérée comme un joyau de l'architecture de style gothique flamboyant. Inscrite par ailleurs dans la liste du patrimoine exceptionnel de la région wallonne, elle possède en particulier un ensemble de vitrail représentant les armoiries des 32 métiers1 autorisés dans la Principauté de Liège (liste des 32 métiers : http://perso.infonie.be/liege06/14quatorze.htm ), une nef transformée en véritable dentelle de pierre et une voûte exceptionnelle constellée de 150 clefs de voûtes. Et pour marquer de son importance, on y conservait les Chartes et les privilèges octroyés à la cîté de Liège. Tout ces aspects peuvent être visionnés sur les sites thématiques, en particulier :

                                               http://www.chokier.com/FILES/STJACQUES/E-Bibliotheque-Balau.html  ou

                                               http://www.fabrice-muller.be/sj/sj1.html .

       Et parmi le foisonnement des pièces architecturales, on y découvre avec un peu d'étonnement une dalle funéraire au nom de CAROLUS DE PARFONDRY, décédé le 7 mars 1724.

Charles_de_Parfondry.jpg

      En la visionnant, on peut y lire le texte suivant :

DNVS CAROLUS DE PARFONDRY (Seigneur Charles de Parfondry)

HVIVS QVONDAM MONASTERY  (De cette abbaye jadis)

CANTOR et OECONOMUS  (Musicien et économe)

OBYT AO 1724   (Décédé année 1724)

MENSE MARTI   (Mois de mars)

DIE 7   (7ème jour)

R.I.P.  (Qu'il repose en paix)

et un autre texte qui laisse penser à une devise où à une épitaphe :

HANC SIBI CONSERAVIT MORITURO VIVUS ARENAM

      Cette présence d'un Charles de PARFONDRY est totalement inédite. Le prénom n'avait jamais été repéré, si ce n'est utilisé, au travers des nombreuses recherches effectuées à ce jour. Avant de pouvoir aborder la question de son origine, l'existence de cette dalle funéraire peut être considérée comme un vestige oublié du passé de cette ancienne abbaye.

       Un extrait d'un document sur l'histoire de ce bâtiment nous fait comprendre que cette dalle a survécu aux pillages organisés par les abbés eux-mêmes durant le XVIIIe siècle. Quelques années après le décès de Carolus de PARFONDRY, la dévotion liturgique du clergé semble s'être effacée devant des considérations plus mercantiles.

La bibliothèque de l'abbaye de Saint-Jacques à Liège (S. Balau, curé de Pépinster)

....... Un exemple non rare d'ailleurs de ce dédain pour un glorieux passé nous est donné par deux d'entre les derniers abbés, Nicolas Jacquet et Pierre Renotte. Le premier, en 1740, enlève les pierres tombales de son église et les remplace par un pavé de marbre noir. Le second vend ces dalles funéraires arrachées aux tombeaux de ses prédécesseurs, et le magistrat de Liège, qui en est acheteur, les emploie à la construction du pont d'Amercoeur2

     Selon l'inscription sur la dalle, ce Carolus de PARFONDRY aurait été à la fois Chantre et Econome (on dirait plutôt de nos jours Chanteur et Administrateur). Ce personnage apparait peu dans la littérature si ce n'est, sans sa particule, dans un texte allemand, publié en 1921, consacré aux livres de cette abbaye de Saint-Jacques de Liège.

Studien zum Liber ordinarius des Lütticher St. Jakobs-Klosters von P. Léopold Paulus Volk, Bonn, juni 1921

 ..... Näherhin kann man das Jahr 1284 als Beginn des neu erwachten monastischen Lebens in St. Jakob bezeichnen " An 1284 corrigitur disciplina in S. Jacobi " steht p.69 am Rande einer Abschrift der Historia ecclesiae Leodiensis von Fisen*, die der Klosterbibliothek von St. Jakob entstammt.

*(note de bas de page)  : Hs 484 der Darmstädter Hof - und Landesbibliothek enthält den zweiten Teil der Historia ecclesiae Leodiensis von 1252 bis 1612. Abgeschrieben wurde sie von Carolus Parfondry, Mönch von St. Jakob, in Jahre 1682.

      Il y est décrit cette fois comme moine en 1682, soit 42 ans plus tôt que la date reprise sur la dalle funéraire. Ce qui apparait normal puisque cette abbaye de Saint-Jacques a été un lieu important de recrutement de moines. Charles a du suivre une certaine formation avant de pouvoir obtenir deux postes importants au sein d'une enceinte religieuse. Et cette étude sur les livres de l'abbaye n'est en rien exceptionnelle, car cette ancienne abbaye possédait au début du XVIIIe siècle une bibliothèque considérable, témoignage de la grandeur théologique et artistique acquise par la cîté de Liège depuis qu'elle s'était accaparée, dès le Xe siècle, du statut de ville princière écclésiastique indépendante. Mort en 1724, Carolus de PARFONDRY n'aura pas à connaître non plus la vente, en date du 3 mars 1788, de plus de 700 manuscrits de la célèbre bibliothèque, dont certains dataient des VIIe et VIIIe siècles.

     La note de bas de page renseigne que notre bon moine Parfondry avait radié, de la liste de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Jacques de Liège, le livre "Historia ecclesiae Leodiensis "3, histoire qui s'étale de 1252 à 1612. Ce qui pourrait signifier qu'il occupait déjà une fonction à cette bibliothèque. Selon la compréhension du texte et de la note de bas de page, ce livre aurait transité par la bibliothèque de la Cour du Landgraviat de Darmstadt4, située dans la Hesse en Allemagne.

      Concernant sa position dans la généalogie, on ne peut avancer que des suppositions, ce qui sur le plan déontologique, reste toujours mal vu de n'importe quel fouineur de manuscrits et d'archives paroissiales. Mais on n'y peut rien si l'on doit suppléer aux vicissitudes des désagréments de notre histoire qui ont abouti à faire disparaître bon nombre de documents. La seule éventualité est de considérer ce moine chanteur et administrateur comme ayant un lien avec la lignée du baron Jacques de PARFONDRY, originaire de Liège  où il y est né en 1767. La période de vie de ce moine au prénom de Charles peut correspondre avec l'arrière-grand-père Jacques, Arnold de PARFONRY, né à Liège en 1655 et décédé en 1742, mais sans plus de garanties (voir article : Les Parfondry ont bien eu une particule). Il n'y a aucune certitude cependant à ce jour que la particule n'ait été l'apanage que d'une seule lignée.

      En conclusion, cet article permet de faire découvrir l'un des bâtiments religieux liégeois qui témoignent du passé glorieux de la Principauté écclésiastique de Liège. Ce personnage de Carolus de PARFONDRY a résisté heureusement à l'outrage des pillages et des démolitions. Il nous confirme que ce patronyme avait bien migré vers la ville de Liège, une fois l'aventure chevaleresque des commandeurs de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem terminée au début du XVe siècle. L'importance acquise par les métiers et le développement de la vie religieuse firent office d'attrait économique et cultural. Liège devint, pour notre patronyme, un nouveau centre d'expansion dès le XVe siècle. Il y est toujours présent de nos jours.

1  32 Métiers : Nombre de "Bons métiers ", reconnus dans la Principauté de Liège en 1384. L'organisation des métiers se caractérisait par le désir d'instaurer plus de démocratie ; ces métiers avaient le privilège d'élire les 2 bourgmestres et la totalité des conseillers. Le système, quelque peu remanié , subsista jusque la Révolution liégeoise qui s'étala de 1789 à 1795 et aboutit à son intégration dans la République française ;

2  Pont d'Armercoeur : Pont à Liège, sur la Meuse ; plusieurs fois détruit et reconstruit; l'épisode lié à l'abbaye de Saint-Jacques est en rapport avec la construction d'un nouveau pont en 1741; ce dernier fut démoli en 1859; la construction actuelle date de 1981 ;

3 Historia ecclesiae Leodiensis (trad. : Histoire de l'église de Liège) : Livre écrit en 1646 par Barthélémy FISEN (1591, Liège - 1649, Lille), prêtre jésuite, historien et écrivain religieux ;

4  Landgraviat de Darmstadt est une Principauté de l'empire romain germanique ; plusieurs princesses de Darmstadt devinrent des épouses du tsar de Russie, dont l'épouse de Nicolas II qui fut assassinée en 1918 avec toute la famille impériale ;

 

NB : Mon apprentissage du latin n'ayant pas été très fructueux, je serai intéressé de recevoir la traduction  précise des différents textes gravés en latin sur la dalle funéraire.

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 16:13

      Nos pérégrinations à travers les âges pour rechercher des écritures se rapprochant de notre patronyme nous a déjà conduit à trouver, parmi les allocataires modernes, des PARFONRY et des PARFONDRY, tous originaires de Belgique, de même que des PARFOURU, originaires du Calvados (commune de Parfouru-sur-Odon et hameau de Parfouru-l'Eclin).

     Et voici que vient d'apparaître, par le hasard d'une rencontre fortuite avec la dénommée Aliette PARFONRY, un nom à double clef (j'aime mieux cette expression que le terme  " à particules " ). Il existe de nos jours une famille qui se réfère à une ancienne appelation de " de BIGAULT de PARFONRUT ". Notre curiosité positive et constructive conduit impérativement à découvrir des informations sur ce nouveau patronyme à double clef.

    Un premier indice au niveau de l'écriture Parfonrut s'avère un élément à mettre en relation avec nos découvertes antérieures. L'ajout de la consomme "T " est une caractéristique que nous avions déjà relevé dans l'écriture de la commune de PARFONDRUPT (55400), située dans le Département de la Meuse, entre Verdun et Metz. A l'occasion d'un séjour récent dans les Vosges, il avait également été observé que plusieurs endroits étaient affublés du terme " RUPT ", en particulier non loin de Gerardmer (88400) en région lorraine (Xonrupt, Bas-Rupt, Xamontarupt, Jussarupt, Sarupt,...) découlant d'une particularité au niveau du langage local par rapport à nos terminaisons en " RU " ou " RY ".

    Une immersion dans les données généalogiques de ces régions de l'Est de la France apporta la confirmation  de l'origine de ce nom de famille. Il est, comme c'est souvent le cas, la fusion de deux noms de famille. Le premier concerne Louis BIGAULT d'AVOCOURT de TROISFONTAINES, né en 1704 dans la localité Les Islettes et décédé en 1765 à Vienne-le-Château. Le second, son épouse, est la dénommée Anne de CONDE de PARFONRUT, née quelque part en 1717 et décédée en 1771 également à Vienne-le-Château. 

       De cette union, naquit le dénommé Jean-Marie de BIGAULT de PARFONRUT de MALBERCK (1756, Vienne-le-Château - 1821, Lachalade) qui exerça la profession de Maître Verrier et devint propriétaire de l' Abbaye de La Chalade en 1791. Il se maria en 1776 avec Marie Madeleine du HOUX de MONTIGNY. 

      La génération suivante se poursuivit dans la même logique des croisements de noms. Le simple plaisir des noms des époux et des épouses me pousse à donner un aperçu non limitatif de la succession. L'innovation dans la terminologie des noms à rallonge n'a ainsi aucune limite.     

      Pour trois des enfants de ce  couple, on ne peut s'empêcher de savourer les unions suivantes :

         - Jacques, Charles de BIGAULT de PARFONRUT (1777, Vienne-le-Château - 1859, Les Islettes), Maire de la commune de Lachalade ; marié à Charlotte, Félicité de SIMONOT (1787 -1826 ;  ce couple eut 3 filles

         - Anne-Sophie de BIGAULT de PARFONRUT (1778, Vienne-le-Château - 1849, Lachalade) ; mariée à Charles-François de BIGAULT du GRANRUT (1767-1834)1 ; ce couple eut 3 garçons et 4 filles

         - Charles-François de BIGAULT de PARFONRUT (1787, Lachalade - ......) ; Juge de Paix du Canton de Varennes ; marié à Alexandrine- Henriette de BEFFROY ; ce couple eut 4 filles 

      La mention des lieux de vie des différents couples relève d'une cohérence géographique. Les trois communes dans lesquelles ont transité les différentes générations, à savoir Vienne-le-Château (51800), Lachalade (55120) et Les Islettes (55120) sont localisées dans la région naturelle de l'Argonne. Région de forêts et d'étangs, celle-ci a constitué depuis la nuit des temps, à savoir la partage de l'Empire de Charlemagne, une zone de conflit entre la France (Champagne) et le Saint-Empire romain germanique (Lorraine). Petit rappel pour signaler que la Lorraine constitue l'héritage de ce qui fut appelé Haute-Lotharingie (comprenant les diocèses de Metz, Toul, Verdun et Trèves) au moment de sa séparation en 959 avec la Basse - Lotharingie, laquelle se réduira par la suite au seul Duché de Brabant en Belgique. Et pour mémoire, c'est dans l'un des villages de cette région de l'Argonne (Varennes) que se termina la fuite de Louis XVI et de Marie-Antoinette, espérant déserter leur royaume de France pour aller rechercher la protection des Habsbourg.

     Une autre recherche nous fait découvrir une lignée remontant à un dénommé Chrétien de CONDE, Seigneur de Parfonrut  dont la descendance est composée de deux filles. L'une Louise de CONDE est née en 1661 à Vienne-le-Château et décédée en 1724 à La Harazée2. La seconde Marie de CONDE de PARFONRUT, née en 1675 et décédée en 1716 à Vienne-le-Château confirme bien de la présence dans la région de l'Argonne. Quant à Anne de CONDE de PARFONRUT, déjà mentionnée, elle est la fille d'un dénommé Charles de CONDE de PARFONRUT, Seigneur de Therme et de Malberck. Compte tenu de son année de naissance en 1717, son mariage a pu avoir lieu durant la période du règne de Stanislas LESZCZYNSKI, déchu de son titre de roi de Pologne, et ayant obtenu en viager le duché de Lorraine en 1737 avec l'assentiment de Louis XV3 et des puissances européennes. La Lorraine4 entrait ainsi dans le giron de la France ce qui fut définitif en 1766 au décès du duc. Parfonrupt faisait intrinséquement partie du duché de Lorraine tout comme Avocourt et Troisfontaines, les noms à double clefs de l'époux, de même que les trois localités de l'Argonne déjà citées. On suppose que les unions entre les familles aisées de Lorraine furent favorisées afin de rechercher des alliances de territoire qui permettaient d'accroitre la richesse industrielle de la Lorraine à cette époque.

      D'autres recherches ont permis à ce jour de déterminer d'un lien ancien entre les communes de Condé et de Parfonrupt (source : M. de Saint ALLAIS (1841) : Nobiliaire Universel de France, Paris, Tome 20). Cette famille de CONDE est en fait originaire de la commune de Condé, située dans le Hainaut sur l'Escaut, près de Valenciennes. Elle portait le titre de Baron de CONDE, Seigneurs de BELOEIL et de MORIAMES depuis 1200. En 1318, ils quittent apparemment leur ville de Condé pour se disperser à travers la France et l'Espagne. Et on retrouve l'un d'entre eux, Lancelot de CONDE, considéré comme  "tige d'une branche considérable, possédant en Lorraine les seigneuries de Serres, de Souhèmes, de Parfourut et de Busgnicourt ". Il se  marie en 1532 avec Claudine de CONDE.  

      Ce mariage entre "cousins " a du être assez fréquent car dans la génalogie de cette famille de CONDE, sur Généanet, on fait mention d'un recours à une dispense papale pour un autre mariage de ce type. Ce fut le cas pour le mariage de Marie de CONDE de PARFONRUT, déjà citée, avec Jacques de BIGAULT, dont la descendance s'appelera désormais DE BIGAULT de GRANRUT, omettant la référence au lieu Parfonrut. Il semble qu'aucune famille ne porte plus de nos jours la référence à la seigneurie de Parfonrut.

     En conclusion, si aucune confirmation d'un lien avéré avec la commune actuelle de Parfondrupt ne peut être affichée, le fait de l'existence d'un Seigneur de Parfonrut au XVIIème siècle et la concentration géographique des lieux incitent à authentifier de l'existence d'un autre centre d'origine de formation de notre patronyme dans cette région de Haute-Lotharingie, dont la création remonte au partage de l'empire de Charlemagne. Origine qui doit probablement exister en lien avec le ruisseau de Parfonrut qui se jette dans la Biesmes en ondulant dans cette forêt de l'Argonne5.

      Quant à trouver un certain rapprochement entre l'onomatopée RUT avec la période de reproduction des cervidés, il y a là une diversion que je n'ose pas introduire. La symbiose serait trop fluide pour permettre toute similitude avec un écoulement d'eau mais les linguistes distingués du Larousse nous rassurent en établissant le lien du mot rut avec le latin rugitus, venant en harmonie avec le rugissement du mâle. Oufti !! ceux de la lignée des GRANRUT peuvent être rassurés. Tout en m'efforçant de donner le maximum d'éléments instructifs, le côté ludique reste de temps en temps une touche qui s'inscrit quelque part sur la toile.

 

1 C'est cette famille du GRANRUT qui poursuivra la gestion de  la verrerie ;

2 La Harazée est de nos jours le lieu de la Nécropole Nationale rassemblant les soldats morts lors de la bataille de l'Argonne à la guerre 14-18 ; situé sur le territoire de Vienne-le-Château ;

3 Louis XV reçut pour épouse Marie LESZCZYNSKA, la fille du duc de Lorraine ;

4 La région lorraine de nos jours est composée des Départements de Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle et Vosges;

5  C'est le long des ce ruisseau de Parfonrut qu'ont vu le jour deux verreries de la famille de Bigault ;

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 14:45

      Ce n'est pas un généalogiste affamé de fiches numérisées qui a finalement trouvé le fil permettant de combler les deux siècles manquant dans l'ascendance du Baron Jacques de Parfondry avant 1600 (voir article : Les Parfondry ont bien eu une particule).  Toujours féru de découvrir le document adéquat sur internet, voici celui qui doit permettre d'attester d'une filiation entre le Baron Jacques de Parfondry, bourgmestre de Yernée, décédé en 1824, et la famille des Chevaliers de Parfondry présente tout au long du XIVème siècle et au début du XVème siècle.

      L'article suivant est d'une importance essentielle pour affirmer du lien, toujours supposé mais jamais démontré. En y recoupant les informations qui y sont contenues et celles déjà retrouvées, on a la réponse à l'une des questions qui se trouvaient toujours dans l'attente d'éléments précis de confirmation. 

Histoire de la Cense des Moges à Nandrin (dans : Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, Tome LXXXI, Maison Curtius, Liège.

p. 75 : .... Durant le 17ème siècle, la ferme est tenue par des membres de la famille de Parfondrieux qui tire son nom du hameau voisin de Parfondry - Ste Barbe ; nous rencontrons : Jacques de Parfondrieux, époux d'Anne Nicolay, Jacques de "Moge" apparaissant au mariage de sa fille Bernardine de Parfondrieux, paroissienne de Nandrin, avec Bertrand delle Rée, de la Neuville, le 5 février 1591, puis Jacques, son fils, époux d'Anne de Loncin qui firent leur testament, devant le curé de Nandrin, le 15 avril 16701.

       Des commentaires qui accompagnent cette histoire, on en retire les principaux aspects explicatifs. Cette Cense2 des Moges3 était l'une des plus importantes de la région de la Hesbaye liégeoise. Elle s'étendait sur les villages de Nandrin, de Clermont, de Neuville, d'Ehein et de la Rimière, soit à quelques encablures du hameau de Parfonry, situé en bordure de la Meuse, entre Hermalle-sous-Huy et Clermont. Sa superficie atteignait 161 bonniers, approximativement 225 ha (en considérant le bonnier équivalent à 1.40 ha à cette période). Elle relevait jusqu'en 1327 de l'abbaye du Val-Saint-Lambert qui l'avait reçue en donation d'un certain Allard de Moge en 1260.

       De nos jours, il ne reste dans le paysage pratiquement plus rien de cette ferme, si ce n'est le Bois des Haies des Moges, incluant un étang, probablement ancien vivier, situé dans l'angle de la route du Condroz (N 63), entre le hameau de La Tolle à Saint-Séverin et le village d'Ehein, ainsi que le Bois des Moges dans le hameau de Rotheux (carte IGN).

      Il n'y a aucune difficulté à considérer les deux écritures Parfondrieux et Parfondry comme similaires. Jacques de Hemricourt dans son recueil du Moyen âge utilise les deux écritures pour témoigner de la famille des Chevaliers, apparaissant en 1271 dans la contrée. Présente durant le XVIIème siècle, selon la mention de l'article, la famille de Parfondrieux aurait succédé à la famille de Halleux qui occupa le domaine au cours du siècle précédent (site de la famille Halleux de Nandrin).

      La première information pertinente est assurément le lien avec le hameau de Parfondry, dont il a déjà été question dans plusieurs articles de ce blog. Les habitants de cette ferme tout en étant originaires de ce hameau, portent le même nom, ce qui assurément offre une certaine garantie de lien sur le plan généalogique avec cette famille des chevaliers de Parfondry au XIVème siècle, qui sont à l'origine de la création de ce hameau.

      Et comme second élément, parmi les quelques noms rapportés dans l'extrait, on y trouve la dénommée Anne de Loncin et son mari Jacques, lesquels ne sont rien d'autres que les ancêtres connus, à la 5ème génération, du Baron Jacques de Parfondry (1767-1824), bourgmestre de la commune proche de Yernée, quelques deux siècles plus tard (voir article : Les Parfondry ont bien eu une particule).

      En outre, à cette période, tant les fermiers, que les locataires des grosses fermes et ceux des biens d'abbaye, étaient d'authentiques descendants des anciens propriétaires du sol, issus des classes aisées du Moyen-âge. 

      Et comme preuve ultime de la présence de cette famille à la Cense des Moges, on retrouve, dans un autre document, Bernardine de Parfondrieux, son père Jacques et la famille delle Rée. Cette dernière famille apparait déjà à la fin du XVIème siècle dans un autre document avec le mariage de Mélotte4 de Parfondrieu et Catherine delle Réé (ou del Reyd).

En 1644, Gaspar delle Rée, de la Neuville, est céarier5 de Clermont et Nandrin. Il est fils de Bertrand delle Rée, dit delle Porte et de Bernardine de Parfondrieux, fille de Jacques, bovier de Moges, et petit-fis de Jean delle Rée, maire de Nandrin. La céarie fut son premier pas dans une carrière administrative. Il mourut en 1680, secrétaire du Chapitre de Saint-Lambert et du Clergé secondaire, greffier des Etats et des Monts de Piété du Pays de Liège et Comté de Looz. Il agit également comme notaire apostolique.

 

         Cette découverte consolide l'idée que le site du fief de Parfondry a manifestement constitué un lieu important de dissémination de notre patronyme, que ce soit vers Liège, vers la rive gauche de la Meuse et vers Huy. Ce fut sans conteste l"un des centres d'origine primordiaux ayant abouti à la conservation de la présence du nom jusqu'au XXIème siècle.

       On en conclut que les habitants de cette Cense des Moges au XVIIème siècle peuvent constituer le chaînon manquant entre la famille des Chevaliers de Parfondry, mentionnés dans le recueil du Moyen âge "Le Miroir des Nobles de Hesbaye" de Jacques de Hemricourt, et la lignée, attestée dans GENEANET, s'étant poursuivie jusqu'au Baron Jacques de Parfondry, lequel fut le dernier à avoir porté la particule mais aussi le dernier de la lignée à porter ce patronyme.

 

1 Archives de la Cure de Nandrin, registre aux actes notariés ; 

2 Cense signifie Ferme dans le langage local ;

3 Le terme "Moge" pourrait être d'origine celtique, signifiant " vache " et ayant donné le latin mugire (mugir, meugler) ;

4 Ce prénom de Mélotte serait une déformation d'Amel, porté à de nombreuses reprises par les chevaliers de Parfondry ;

5 Le céarier est une personne gérant un territoire financier de la Principauté de Liège (une céarie) sur lequel les taxes épiscopales sont perçues ;

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