Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 20:04
Acte de décès de Constance PARFONRY

Acte de décès de Constance PARFONRY

    Il semble désormais que l'on connaisse de mieux en mieux tous ces PARFONRY de la branche de Neerheylissem. Qu'ils se prénomment Jean-Pierre, Jean, François-Xavier, Paul, Ferdinand, Emile (2), Georges (2), Jacques,....., ils apparaissent régulièrement à la lecture des nombreux articles de ce blog. Les recherches entreprises, depuis plusieurs années, font croire que tout a été dit et écrit sur cette famille. Tout ou presque sans aucun doute, de ce qui est possible. Il faut espérer cependant qu'il restera des recoins non explorés qui s'ouvriront à notre connaissance soit pour satisfaire notre curiosité, soit pour témoigner sur l'évolution de la société, soit pour maintenir l'attractivité de ce blog. C'est de l'une de ces zones d'ombre qu'il sera question ici. Pour la première fois, une femme PARFONRY de naissance, avec Constance comme prénom, nous a laissé un témoignage. 

   Constance PARFONRY est la soeur cadette d' Emmanuel et de Jean, ceux qui sont à l'origine de la lignée belge pour le premier, de la lignée française pour le second. Apparue dans les actes de baptême à Neerheylissem, elle y est née un 17 décembre 1801.

    Des différents actes retrouvés1, on peut retracer quelque peu une partie de son parcours. Première surprise, elle s'est mariée le 23 septembre 1832 dans l'église anglicane Saint Mary the Virgin de Douvres, dans le Kent. Le mari est un certain Thomas Georgius BROWNE, né le 5 février 1802 à Spott en Ecosse (région d'East Lothian, située sur la côte Est)

    Peu de temps après, on les retrouvent en Belgique à Ostende, habitant 23 Kerkstraat. Dans les actes, on y lit la mention d'un fils portant le même prénom que le père, décédé le 23 mars 1833, à l'âge de 2 mois et 12 jours. Le père y exerçait le métier d'handelsbediende (trad. littérale : employé commercial). Déclaré six mois après le mariage des parents, on se retrouve dans une situation similaire à celle de Jean PARFONRY et Jeanne LALLEMAND qui s'étaient également mariés trois mois avant la naissance de François-Xavier. 

     Pratiquement une année plus tard, le 11 avril 1834, le couple déclare le décès, à l'âge de 8 jours, d'un deuxième enfant, prénommé Charlotte Julie. Et deuxième surprise, ils se trouvent cette fois à Anvers. Le père y exerçait le métier de commis négociant, signification quasi identique au métier déclaré à Ostende. Par cette découverte, on apprend donc que Constance se trouvait à Anvers au même moment que Jean, son frère aîné. Elle y a donc manifestement connu François-Xavier ainsi que les deux frères (Alexis, Paul Ferdinand) et la soeur (Maria Ludovica) de ce dernier. A ses deux enfants décédés en bas âge, on peut y ajouter, pour la même période, les trois enfants mort-nés de Jean, successivement en janvier 1833, février 1834 et février 1837. 

    Cet énoncé funeste nous apporte une vision très réelle de la situation socio-économique dans laquelle se trouvait la famille PARFONRY à cette période. A la base, on se rappellera le décès de leur père, le maître charron en 1803 à l'âge de 41 ans. Des cinq enfants de ce dernier, deux décèderont en bas-âge (Marie-Christine en 1793 et Gabriel en 1800). Seuls Emmanuel, Jean et Constance survivront, âgés respectivement de 8, 6 et 2 ans au moment du décès de leur père. Une situation loin d'être favorable pour démarrer dans la vie. Avec une différence marquante pour Jean et Constance par rapport à celle d'Emmanuel, resté quant à lui à Neerheylissem. Même si un des 5 enfants de ce dernier mourra aussi en bas-âge (Marie-Thérèse, âgée de 4 ans), les 4 autres (Henri, Joséphine, Florentine et Julie) se marieront et resteront dans le voisinage proche de Neerheylissem, signifiant par là que les conditions de vie étaient plus acceptables. 

     Une telle différence repose sur des faits historiques. Faisant suite à la croissance enregistrée pendant la période française (1795-1815) et la période hollandaise (1815-1830), avec en particulier l'extension et le libre accès du port d'Anvers, la jeune Belgique, au moment de son indépendance, dut faire face à une nouvelle fermeture de l'Escaut2 par les Hollandais, furieux d'en avoir été éjectés manu militari3. Et en particulier frustrés de ne pouvoir bénéficier des investissements réalisés dans le domaine fluvial4. Le trafic maritime à Anvers, devenu supérieur à celui de Rotterdam, avec 1028 navires enregistrés en 1829, était redescendu à 398 en 18315. Avec, comme résultat, l'existence d'une situation économique catastrophique en Flandre6, alors que, pendant ce temps, le sud du pays bénéficiait d'un début de croissance résultant de la présence d'une nouvelle industrie, installée le long du sillon Sambre et Meuse7. La crise dans le monde agricole, faisant suite à de mauvaises récoltes en Hesbaye, avec la conséquence d'une migration importante vers le Wisconsin, ne surviendra qu'un peu plus tard.

   Du parcours décrit de Constance, on peut en déduire qu'il est évident qu'elle ait envisagé de migrer. Son mariage à Douvres l'atteste. Mariée dans une église anglicane, elle s'était probablement convertie. Pour quelle raison est-elle revenue à Ostende en 1833, puis à Anvers en 1834, alors que la situation économique se détériorait ? L'origine écossaise et le secteur d'activités de son époux en sont probablement l'explication. Croyant encore bénéficier d'une situation favorable, ils sont revenus dans les Flandres. Et manifestement, ils y resteront sans qu'on en connaisse plus. Le mari, Thomas Georges BROWNE est décédé à Courtrai le 19 octobre 1851, à l'âge de 48 ans. Quant à Constance, elle est décédée à Tournai, rue Saint Jean, le 9 juillet 1869. Agée de 67 ans, sans profession, elle.devait habiter seule car son décès fut déclaré par deux voisins, tous deux lieutenants au 5ème Régiment de ligne8. Les villes de Courtrai et Tournai étant distantes l'une de l'autre de 35 km, on peut penser que les époux sont restés proches jusqu'au décès du mari, 18 années plus tôt.

     Il y a peu de chances de retrouver dans d'autres documents des informations sur la vie de Constance. A t-elle perpétué des contacts avec François-Xavier, son neveu parti à Paris, et avec la descendance d'Emmanuel restée à Neerheylissem ? Les souvenirs, s'il y en a eu, se sont évanouis à jamais. Seul élément pertinent, Constance a été la seule à unir deux fleuves, anticipant ce que Bernard PIVOT considérera comme une quasi normalité près de deux siècles plus tard.

 

1 Site familysearch.org ;

2 La particularité d'Anvers est d'être un port intérieur, en bordure de l'Escaut ; l'embouchure du fleuve sur la Mer du Nord est située en aval, en traversant sur son parcours le territoire des Pays-Bas ;

3 Le 27 octobre 1830, l'armée hollandaise, sous l'impulsion de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, bombarda Anvers comme dernière représaille ;

4 Avec la canalisation de plusieurs voies d'eau et le percement de nombreux canaux ;

5 Wikipedia : Anvers ;

6 Avec la réduction du commerce avec les colonies, la fermeture aux marchés hollandais et indonésiens et la quasi fermeture de l'industrie textile gantoise ;

7 La réouverture du port d'Anvers ne se fera qu'en 1863 ;

8 Cette présence de militaires s'expliquant par la proximité de la Caserne Saint Jean ;

    

Repost 0
26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 02:02

      Toutes les familles ont des secrets de famille comme on le dit communément. Toujours abordés, jamais dévoilés, ils finissent par se faire oublier. A moins que ce secret soit si ancré dans les gênes qu'il finit par s'insérer dans la mémoire, la tradition locale, voire dans le drame social. L'un de ses secrets familiaux avait été dévoilé précédemment. Les quelques mots hésitant prononcés de temps à autre par ma mère avaient finalement trouvé leur cohérence (voir article : Des gênes inavoués du côté maternel).

    Tous les secrets ne sont pas nécessairement reliés à une intervention peu scrupuleuse au niveau de l'hélice de nos chromosomes. D'autres vecteurs peuvent intervenir pour damner le pion aux lignes de transmission qui sont axées sur le lien familial. La question des héritages en est un. En voici un exemple.

    Une phrase énoncée de temps à autre par mon père, Georges, m'était restée en mémoire. Elle disait clairement : On aurait dû hériter d'une maison à Bruxelles. D'un tempérament habituel peu loquace, comme la plupart des personnes de sa génération, cette phrase ne devait pas être anodine. Elle a continué à persister dans un coin de cet hippocampe de mon cerveau qui, paraît-il, est incontournable dans le processus de la mémorisation à long terme. L'énoncé de cette phrase apparaissait être le résultat d'une émotion contenue. Sans autres explications, il est devenu manifeste, au fil du temps, qu'elle découlait d'une situation non souhaitée. Que voulait-elle dire précisément ? Que cachait-elle comme secret familial ? Une phrase qui, une fois explicitée, démontrera que derrière le cocasse et l'imprévu se mélangent un timing indéniable d'actes officiels. 

    Au fil des recherches, les indices se sont déroulés progressivement. La mention de la ville de Bruxelles, seule piste crédible, allait permettre de remonter la pente. La seule personne, au niveau des chromosomes familiaux, qui présentait un lien avec cette ville ne pouvait être que l'horloger Emile PARFONRY. Il avait laissé suffisamment de témoignages pour le voir citer comme personne concernée. Et dans la lettre du 22 janvier 1930, adressée à Narcisse PARFONRY, la seule qu'il nous ait laissée, était énoncée avec précision l'adresse de la maison qui avait du être si convoitée par mon père (voir article :  Une lettre de 1930).  Il y était question de deux habitations au Square Marguerite1.

     L'horloger Emile était l'oncle de l'instituteur Emile, mon grand-père. Il était marié mais n'avait pas d'enfant. De ce fait, la phrase de mon père, probablement dictée par son père, prenait tout son sens. Restait toutefois à éclaircir l'usage du conditionnel passé dans la forme verbale. Manifestement, une situation, mal négociée, avait du gripper le beau rouage de l'espérance, voire de la délivrance. 

    Certaines informations collectées de nos jours dans le hameau de Gobertange, lieu de sa retraite, devaient nous servir à éclaircir tout cela (voir article : Jules cherche à Gobertange). La robustesse de l'horloger semblait être un allié non négligeable. Selon la fille du couple de domestiques qui était à son service2, il avait même fait confectionner un costume, conservé dans le coffre d'une banque, destiné pour le jour de l'enterrement de son épouse. Simple détail prouvant manifestement que l'ambiance entre les deux époux ne devait pas ressembler à un climat de confiance. Il était d'autant rassuré notre horloger que par contrat de mariage de la communauté d'acquêts, reçu à Bruxelles le 7 septembre 1885, il y était stipulé une clause attribuant la totalité de la communauté au dernier survivant3

   Tout cela fut manifestement balayé, suite au décès, sans doute inopiné de l'horloger, en date du 19 septembre 1931. Le timing si bien orchestré se mit à se gripper le plus légalement. Par testament du 30 septembre 19313, soit 11 jours après le décès de son mari, Clémentine DEVOS, sans trop d'état d'âme apparemment, laisse Clément, Rosa et Céline DEVOS, trois de ses neveux et nièces, comme légataires universels. Anna, Henri et Emile PARFONRY, les trois neveux attitrés de l'horloger perdaient ainsi leurs droits. Un document atteste qu'elle leurs transmet, par un acte de licitation4 aux enchères publiques, la belle propriété de campagne, sise à Gobertange, pour une valeur de 60 000 francs5. Il en aura été de même vraisemblablement pour les propriétés du Square Marguerite à Bruxelles. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées. Georges, en tant que fils unique d'Emile l'instituteur, n'aura jamais droit à son espérance. L'expression du remords, du regret dans le choix du conditionnel passé de la phrase de Georges y trouvait sa juste signification.

    Preuve s'il en est que le décès inopiné de l'horloger aura occasionné une brisure intense qu'aucun élément matériel ou souvenir personnel ne viennent contredire. Aucune des montres à gousset de l'horloger, notamment sa célèbre "Boîte du Roi", ne furent retrouvées dans les effets personnels du grand-père. Clémentine DEVOS ne survivra finalement que dix mois à son époux, décédant le 20 juillet 1932. Suffisamment cependant pour que s'installe un secret familial qui n'engendra nullement de drame social, tout au plus permettant, par cet article, de retrouver sa cohérence après quelques 83 années.

 

 1 Le Square Marguerite, avec le Square Marie-Louise et le Square Ambiorix, tous trois installés en enfilade rectiligne, fait partie du quartier des Squares à Bruxelles. Ils s'inscrivent dans l'extension Est de la ville. Constitué au départ d'une vaste esplanade bordée d'arbres avec un kiosque central, le Square Marguerite était entouré de maisons dont seules douze des habitations originelles subsistent de nos jours, remplacées par des immeubles à appartements de 10 étages. Construit entre 1875 et 1880, il était constitué de bâtisses présentant des styles architecturaux très riches, mélanges de néo-renaissance flamande et d'Art nouveau. 

2 Laquelle habite toujours à proximité de la propriété à Gobertange  ;

3 Selon actes transmis par le propriétaire actuel de la maison de l'horloger à Gobertange ;

4 Licitation : Mise en vente aux enchères, à l'amiable ou en vertu d'un jugement, d'un bien en indivision successorale ;

5 Il est difficile d'apprécier de sa valeur de nos jours suite aux dévalutations importantes (surtout périodes 1925-1930 et 1970-1980) ; sur base des données recueillies, ce chiffre équivaudrait à 32 792 €, ce qui n'est pas révélateur de sa vraie valeur pour 1930 ;

 

Repost 0
4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 12:45

     Attesté par un acte de décès du 28 ventose an 8 de la République française (19 mars 1800), dans lequel Jean PARFONRY, le Maître-charron, est cité comme témoin, la rue des Charrons à Neerheylissem a été indéniablement le lieu d'habitation de notre lignée. Depuis plus de 200 ans, sept générations s'y sont succédées pour y être encore habitée de nos jours.

        Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas dans la maison actuelle que Jean PARFONRY (1762-1803)  a du vivre. N'étant pas encore représentée sur les cartes de l'Atlas FERRARIS, elle a donc été construite après 1775. Cette maison a appartenu au départ à la famille LALMAND. Sur le recensement de 1840, elle porte le numéro 11 et est occupée par cette famille. C'est l'une des 236 maisons recensées dans le village. C'est en fait Henri PARFONRY (1826-1885), le petit-fils du charron qui, en se mariant en 1851 avec Julienne LALMAND (1824-1855), s'y installera et en héritera au décès de son épouse en 1855.

    L'ancienneté de la rue des Charrons est attestée. Avec la rue du Pont de Crimont1 et la rue des Juifs, elles forment le quadrilatère principal du village2, comprenant l'église romane, le château de Flône. La rue de Crimont était l'une des plus importantes car située sur le tronçon reliant les villes de Hannut et de Tirlemont3. Quant à la rue des Juifs, longeant la rivière La Gette, son existence remonte assez loin dans le temps. Son nom est cité en 1456 sous la forme Joedestrate. Elle doit probablement être liée au fait que cette rivière constituait la première barrière naturelle entre la Principauté de Liège et le Duché de Brabant au XVème siècle. On peut supposer qu'il y ait un rapport avec les transactions en argent qui s'opéraient en passant d'un pays à l'autre.

     Quant à la rue des Charrons, avant de s'appeler de la sorte, elle porta d'autres noms. Elle est dénommée à une époque Raymakerstraat, en lien direct avec la famille Raymackers dont la ferme, située rue des Houilles, construite en tuffeau de Linsmeau4, est une des plus anciennes du village existant de nos jours. Elle apparaît à l'emplacement du vieux moulin mentionné dans les textes anciens (Hof van der Nedermolen en 1407). L'écriture flamande, comme encore certaines rues et lieux de Neerheylissem de nos jours5, est un témoignage de l'origine linguistique de ce village6. Le dialecte tirlemontois avec cet accent spécifique que parlait ma grand-mère, a du être le langage usuel avant le changement et la francisation de ses habitants.

      Le second nom attesté de cette rue est en soi déjà plus caractéristique d'une autre évolution. Il s'agit de la rue des Charliers. Apparue vers 1725, soit pendant la période autrichienne, cette dénomoination fait référence à l'un des 32 métiers qui furent reconnus en Principauté de Liège, dès le  XIVème siècle7. Les Charliers regroupaient les charrons mais aussi les ébénistes, les futailliers8 et quelques autres de moindre importance9. La reconnaissance de ces métiers est le résultat de la lutte menée contre le pouvoir féodal des nobles et du prince-évêque de Liège. Ces 32 métiers ont pu ainsi élire de manière démocratique les deux bourgmestres de la ville de Liège, même s'ils se verront progressivement investis en plus grand nombre par la noblesse par rapport aux artisans.  Pour ne citer qu'un exemple, en 1652, la fille de la famille de FONTIGNY, occupant le château de Neerheylissem, se maria avec Ferdinand de BEECKMAN, bourgmestre de Liège en 1654. Outre l'influence renaissante de la particule, la proximité entre Neerheylissem et la Principauté de Liège favorisait certains liens, particulièrement pendant la période autrichienne. 

      Mais cette réminescence de l'Ancien régime a du déplaire aux nouveaux occupants. Il est donc probable que c'est au moment de l'annexion française que la rue prit définitivement son nom actuel. Ayant déjà abrogé l'organisation et les structures de ces métiers, découlant de l'Ancien régime,  ils se devaient également de supprimer l'usage dans le quotidien. Ce qui a été manifestement le prétexte du changement de nom. D'autant que se développait de manière évidente le métier de charron, supplantant les autres formes d'artisanat que rassemblait initialement cette chambre des Charliers. 

     Si ce métier de charron était exercé par plusieurs personnes dans le village, le recensement de 1840, en mentionne la présence de plusieurs dans cette rue. Il est probable que la plus ancienne forge y ait été localisée. Située au croisement de la rue des Charrons et de la ruelle St-Martin, cette forge a appartenu à Nicolas LAMPROYE (1817-1894), nouvel arrivant vers 1835 en provenance du village de Moxhe10. D'autres charrons ont du par conséquent y exercer avant son installation. C'est apparemment la seule forge de la rue ayant pu servir à Jean PARFONRY lorsqu'il y apparait, comme Maître-charron, dans cet acte en 180011.

    N'omettons pas également de relever que ce Nicolas LAMPROYE12, tout comme Henri PARFONRY, le petit-fils de Jean, épouseront deux soeurs de la famille LALMAND13, un autre charron important du village, habitant non loin dans la rue Beekborne. Le métier des charrons devait être, en ces temps là, un milieu de la noblesse de l'outil, sans particule,  au sein duquel on s'efforçait de favoriser les rencontres.

 

1 Appelée désormais rue de Flône ;

2 La longueur et la sinuosité de la rue des Charrons expliquent qu'elle occupe deux côtés de ce quadrilétère ;

3 Comme d'autres éléments de cet article, cette information est extraite du document de Jean DELANDE(1999) : Neerheylissem en 1796 et 1840. Ses maisons , ses rues, ses habitants, 75 pages, ronéo ;

4 Tuffeau de Linsmeau : pierre tendre utilisée pour la construction de plusieurs édifices dans la localité (église, chapelle,....) ;

5  Tels que rue d'Ardevoor, rue Beekborne, chemin de la Pistraat, Elsenbosch, Meysenboom, Misbempd, .... ;

6 Lors de la réforme des communes en 1977, la forme francisée Hélécine a été choisie pour dénommer la nouvelle entité, regroupant Neerheylissem, Opheylissem, Linsmeau (Prov. du Brabant wallon) ;

7 Lien ci-dessous pour voir la liste des 32 métiers ;

8 Futaillier : synonyme de tonnelier ;

9 voir site :  http://www.chokier.com/FILES/INSTITUTIONS/BonsMetiers.html#anchor2 ;

10 Moxhe : village le long de la Méhaigne, affluent en rive gauche de la Meuse, incorporé à la ville de Hannut depuis 1977 ;

11 La forge et la maison ont été démolies vers 1950 ;

12 En premier mariage, il avait épousé en 1837 Julienne DUCHAINE, une fille d'un maréchal ferrand dont la famille résidait dans cette rue des Charrons (n° 26 du recensement de 1840) depuis 1732 ;

13 Jean DELANDE (1991) : Généalogie des LALMAND de 1687 à 1991, 131 pages, ronéo ;

Repost 0
5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 16:30

     Henri PAESMANS était le dernier du groupe des quatre qui avait évacué en mai 1940 pour fuir l'avancée de l'armée allemande et dont le périple a déjà été détaillé (voir article : Réfugié dans le Gard). Monsieur le Doyen  ou même le Doyen Henri, comme l'appelaient avec respect et gratitude ses paroissiens, est décédé ce 28 décembre 2014 au presbytère de son village de Nil-St-Vincent où il a achevé sa vie. 

      Le doyen PAESMANS, comme je l'ai déjà mentionné à plusieurs reprises, a été l'élément déclencheur dans ma quête d'entreprendre des recherches sur l'histoire de mon patronyme en général mais surtout sur la famille en particulier. Son parcours spécifique au milieu de cette ribambelle de personnages de cette saga mérite largement d'être présenté et commenté. Cinquante années de pastoralisme dans cette région du Brabant wallon de l'est, qui fut notre terroir, c'est indéniablement un tapis de culture, de connaissances, de rencontres qui nous sont offerts et que l'on ne peut omettre1.

   Henri, Alphonse PAESMANS est né le 1 juin 1923 à Beauvechain. Il est le troisième enfant vivant d'Anna PARFONRY (1884-1973) et de Basile PAESMANS (1885-1956). Il a eu comme parrain son grand -oncle Emile, l'horloger de Bruxelles. Elève doué, sachant déjà lire, il a sauté la première année de primaire. Il n'a de ce fait été au contact de mon grand-père qu'au cours de deux années avant de suivre le cycle supérieur donné par son père. En 1937, il est entré en sixième latine au collège Saint-Albert de Jodoigne pendant que mon père suivait la même section à l'Athénée. Le 12 mai 1940, obéissant aux ordres, il est parti avec son frère aîné Edgard et mon père, en vélo, vers la caserne de Quiévrain pour y être mobilisé (voir article : Réfugié dans le Gard). Au travers d'un petit récit, il a raconté cette escapade dans une lettre envoyée à la suite de la naissance de l'un de mes petits-fils. Voici comme il nous la relate :

A Piétrebais, nous avons récupéré Norbert Lacroix, un ami de collège de mon frère, et nous voilà en route pour l'inconnu. Pas très loin de là, Georges a crié tout à coup : regarde un avion dans le ciel. En même temps la pédale de son vélo a buté contre la bordure de la route et s'est cassée tout net. Mal remise par un marchand de vélo trop pressé, l'engrenage ne tournait plus rond. On a cependant continué avec ce handicap jusqu'à Quiévrain où l'on a trouvé refuge dans une maison abandonnée par ses propriétaires et le soir venu est arrivé le premier bombardement par un avion allemand. Prudemment, nous sommes descendus dans la cave, où Georges, pris de panique, s'est mis à tourner en rond en disant à voix haute son acte de contrition, ce qui ne devait pas lui être habituel, n'étant pas un pilier d'église. Sans demander nos restes, nous sommes partis vers la frontière française qui s'était malheureusement déjà fermée, et nous avons été obligés de dormir à la belle étoile en plein champ par une belle nuit de mai.

    Inscrit au séminaire St-Joseph à Bonheiden-Malines pendant 3 ans puis au Grand séminaire de la rue de Mérode à Malines, il est ordonné prêtre le 28 juillet 1946 à la cathédrale St-Rombaut à Malines. Voulant au départ être missionnaire, la guerre 1940-1945 en aura décidé autrement. On l'a envoyé en mission sur les terres fertiles du Brabant wallon de l'Est dont il était issu, successivement à Neerheylissem, à Noduwez et à Nil-St-Vincent. Il connaissait ce monde rural, constitué de gens de bon sens dont la culture, la sensibilité et le mode d'expression étaient très différents des autres régions parce que leur origine paysanne les faisait entrer dans le changement à un rythme beaucoup plus lentReprochant par ailleurs que les directives pastorales, découlant du concile Vatican II, tenaient peu compte des villages et des mentalités de l'est. 

      Henri PAESMANS a officié en premier lieu comme vicaire à Neerheylissem en date du 9 août, sous la houlette du curé Léon BATAILLE, à qui il devait soumettre son sermon avant de le lire. Paroisse à forte tradition religieuse l'ayant beaucoup marquée, un adage local disait d'ailleurs : Un coup de cloche, tout le monde à l'église, un coup de trompette, tout le monde à la fêteIl racontait volontiers cette histoire :

Des paroissiens mineurs dans les charbonnages liégeois, ayant accompli la pose de nuit, venaient directement de la gare à l'église pour la messe de 7 heures le dimanche. Mal lavés, fatigués, ils s'accroupissaient sous le porche, casquette sur les genoux, et, parfois, tombaient endormis. 

      Quelque mois plus tard, il célèbrera la messe de mariage de mes parents, à Incourt, le 24 mai 1947 (voir article : Le mariage de Georges et Solange). Il restera à Neerheylissem durant 7 années. Sa foi s'y est nourrie à la lecture du Code abrégé de la vie chrétienne du cardinal MERCIER. Le contact avec André De STAERCKE, curé de Piétrain, fut également une heureuse rencontre pour jeter les bases de développement d'une vie pastorale. Et c'est durant cette présence qu'il recensera, dans les archives paroissiales, les informations relatives à la généalogie de notre famille, installée à cet endroit depuis le milieu du XVIIIème siècle. Il récapitula tout cela dans un petit document de synthèse qui fut retrouvé dans les papiers de son cousin germain Georges, mon père.

    Après Neerheylissem, il sera désigné curé dans le village de Noduwez en 1953. Il s'y montrera particulièrement actif, prenant une série d'initiatives qui firent de cette paroisse un lieu d'évangélisation dynamique. Ses parents viendront le rejoindre. J'ai le souvenir de ce grand presbytère que je découvrais à chaque visite de mes grands-parents et parents. Son père Basile et mon grand-père s'étaient en effet partagés pendant de nombreuses années les six classes de l'école communale de Beauvechain. Et cette complicité s'était prolongée après leurs mises à la pension. Une pièce de ce bâtiment avait la particularité de disposer de plusieurs rangées de bandes dessinées, volontiers axées sur l'école de Marcinelle, jugée sans doute moins dérangeantes aux idées catholiques par rapport à l'école de Bruxelles, aux phylactères trop réalistes et trop contemporains. Les héros de JIJE2 y trouvaient manifestement une place préférentielle par rapport à ceux d'HERGE et d'Edgard P. JACOBS. De manière régulière, les familles PARFONRY et PAESMANS se retrouvaient dans ce presbytère. C'est ce qui me permit de découvrir et parcourir avec volupté tous ces témoignages du 9ème art qui restent encore à ce jour l'un des moments les plus créatifs de ma jeunesse. Et en particulier, Les Belles Histoires de l'Oncle Paul 3ces courts récits complets, axés le plus souvent sur des aspects historiques, et qui doivent être à l'origine de mon intérêt pour ce domaine de la science. L'intérêt de cette lecture ne pouvait être finalement qu'un moteur pour les découvertes et les livres. Ce qui ne m'empêchera pas in fine d'avoir une préférence pour l'esprit de plus grande ouverture au monde diffusé dans les aventures de Tintin en négligeant quelque peu les dialogues simples et plus fantaisistes de Spirou et Fantasio, les fers de lance des éditions DUPUIS de Marcinelle. Il est vrai que la présence de toutes ces bandes dessinées, dont l'origine ne m'a toujours pas été expliquée, offrait un contraste avec ce type d'habitation.

    En 1965, Henri rejoindra, avec sa mère, le presbytère de Nil-St-Vincent. Son dynamisme ne fera que croître à partir de ce moment. Il redynamisera pour les hommes la Ligue du Sacré-Coeur et, pour les femmes, la Ligue des Ménagères rurales. Il sera également en charge de deux pastorales, celle de la jeunesse et celle du mariage. Il emmenait les enfants en camp de vacances : deux fois en Autriche avec les filles. Quant aux garçons, ils partaient en vélo dans les Ardennes. Certains en parlent encore de nos jours. Peu après son arrivée à Nil-St-Vincent, je le contactai dans le cadre d'une action spécifique, explicitée ci-après. 

Récemment désigné chef de la patrouille des Antilopes dans l'Unité des scouts d'Auvelais, je me devais d'organiser, ce que l'on appelait à l'époque un " hike ", longue randonnée à pied, en étant capable de suivre un timing et un parcours initialement établi. Pour le coup, j'avais prévu de revenir sur nos terres du Brabant wallon de l'est. A ma demande, Henri me proposa de dormir la première nuit avec ma patrouille dans le local situé sur la Place de l'Eglise de Nil. Le local n'étant pas chauffé, il y eut, durant cette nuit, un froid de canard. Comme on devait se débrouiller avec la seule nourriture contenue dans nos sacs, pas question au petit matin d'aller manger des croissants chez le curé Henri. Dès l'aube, la patrouille se remettait en marche, poursuivant son périple à pied, à travers champs, et à la boussole, jusque Tourinnes-St-Lambert, lieu de notre deuxième nuit. A cet endroit, j'avais également dégoté un abri en demandant conseil auprès de la soeur de ma mère qui y habitait. Marchant, il est vrai, en terrain conquis, j'avais réduit en ce sens, l'hostilité du milieu4. Je ne me souviens plus si ce stratagème avait été perçu par mon chef d'Unité. Ayant mené ma patrouille à bon port et dans les délais, je fus, par la suite, confirmé comme chef de patrouille.

      Henri complètera son action pastorale par des travaux de rénovation de l'église. Un chauffage au mazout par air pulsé sera suivi, six ans plus tard, par le placement, par ses soins, et avec l'aide de jeunes bénévoles, de onze nouveaux vitraux entre 1972 et 1974. Ensuite, grâce à l'aide de généreux donateurs, l'église sera repeinte et de beaux tapis verts seront placés sur les marches du grand autel. Mais son curriculum devait encore évoluer. De 1971 à 2000, il devint Doyen de Walhain, et, même, de 1974 à 1996, Doyen principal pour toute la zone Est du Brabant wallon, résidant toujours à Nil-St-Vincent. En plus, en 1976, il est désigné adjoint d'Henry De RAEDT, vicaire général du Brabant wallon. De 1990 à 1996, il sera également membre de la direction du séminaire diocésain et chargé des stages pastoraux des séminaristes francophones en Brabant wallon. A partir de 1996, ayant la nostalgie du travail en paroisse, il demandera pour redevenir curé de Nil-St-Vincent et Nil-St-Martin. Et c'est à ce poste en 1999 qu'il prendra sa retraite, conservant son environnement et ses habitudes au presbytère de Nil-St-Vincent, où il s'est éteint. Il sera promu Chevalier de l'Ordre de la Couronne le 15 novembre 2000. En 2008, le Père Prosper KANYAMUHANDA, originaire de Mweso dans le Nord-Kivu, le remercie à l'occasion de la célébration de ces 25 ans de sacerdoce, pour l'avoir guidé et soutenu dès son arrivée.

Monsieur le Doyen s'en est allé

   La messe d'enterrement, célébrée ce 2 janvier 2015, réunit non seulement un nombre conséquent de fidèles, mais aussi un parterre de prêtres placés en demi-cercle derrière l'autel. Sous la direction de l'évêque du Brabant wallon Jean-Luc HUDSYN, et du doyen de Walhain, Marcel HAUBEN, une armada de prêtres africains, officiant dans toutes les communes environnantes, consolidaient la géométrie de cet espace. Sans trop savoir pourquoi, cette présence me fit penser au Mémorial Kongolo, érigé près d'ici en souvenir des 20 missionnaires belges exécutés lors des troubles du Congo le 1er janvier 1962 à Kongolo, au Nord du Katanga. La dignité de ces prêtres, pour la plupart congolais, était réelle. Et en leurs noms, le Père KANYAMUHANDA se lança dans un discours largement improvisé duquel ressortait l'appréciation profonde dont bénéficiait le Doyen Henri PAESMANS. Son allusion aux vacances le long de la vallée du Nil, afin de programmer les siennes, restera dans les mémoires. Le Nil étant dans ce cas le petit ruisseau qui traversait le village et qui est resté le seul lieu de villégiature du Doyen durant ses dernières décennies.

     Et parmi tous ces textes préparés et lus, il convient de relever l'éloge appuyé de l'abbé Henri WEBER, ancien aumônier national du Mouvement ouvrier chrétien. Compagnon de route d'Henri PAESMANS, il sera celui qui, en tant que responsable pour l'ouest du Brabant wallon, accompagnera PAESMANS et DE RAEDT pour former l'équipe des Trois Henri qui partait participer chaque vendredi, à Malines, aux réunions du Conseil épiscopal. C'est là qu'Henri PAESMANS montrera sa réelle fonction de dialogue afin de concilier les traditions religieuses de ces villages avec la modernité due à l'arrivée de nouveaux arrivants à partir de 1965, s'installant sur les terres agricoles devenues peu rentables. Allant même par critiquer la rapidité des décisions de Vatican II, qui venaient bousculer des gestes symboliques auxquels les gens des campagnes n'étaient pas préparés.

      De tous ces textes entendus lors de cette messe, ainsi que des commentaires enregistrés à la sortie de l'église, il en ressort indéniablement que le Doyen PAESMANS a marqué de sa présence sa région du Brabant wallon de l'Est. Homme exceptionnel de gentillesse et d'humanité, pour l'un, il avait de l'humour et savait nous faire rire pour un autre. Grand animateur de la communauté, il était toujours à l'écoute et prêt à rendre service. Très grand curé de paroisse, aimé et apprécié,  il avait toujours ce petit sourire qui écoute.  

      Au moment de sa retraite en 1999, il fut toute discrétion. Devenant durant ces quinze années une référence vivante, prête à aider, sans jamais s'imposer, apparaissant même comme un métronome quand il venait prendre son repas de midi dans la famille LANOYE. 

     Sur le plan généalogique, Henri PAESMANS est le fils d'Anna PARFONRY, soeur d'Emile PARFONRY, mon grand-père. Et donc le cousin germain de mon père. Il était le plus jeune des 3 enfants. Au côté d'Edgard, décédé en 2000, vit encore sa soeur Gilberte, âgée de 94 ans. Les familles PAESMANS et PARFONRY ont vécu à Beauvechain, très proches l'une de l'autre, du fait du travail commun d'instituteur à l'école communale. Même si mon grand-père et mon père n'ont jamais été très affectés par ce sentiment religieux, les souvenirs de jeunesse à Beauvechain, d'adolescence, d'exode en 1940, mais aussi les rencontres régulières à Noduwez, de même que les visites fréquentes de mes parents à partir de sa pension, ont créé des liens suffisants pour que les deux familles soient restées si proches. Un témoin de cette époque, Anne-Marie COLLIN, qui fut élevée chez les PAESMANS à Beauvechain, en est aujourd'hui la dernière mémoire. En 2006, c'est en lisant son document de synthèse sur les PARFONRY de Neerheylissem que ce prénom de François-Xavier, né le 3 décembre 1821, est apparu. Ce personnage, inconnu à l'époque, fut à l'origine de nombreuses découvertes et l'un des pions essentiels de développement de cette saga.

    Et pour terminer, je citerai les mots de ma mère lorsque je lui annonçai le décès. En train de jouer aux cartes avec Louis, l'un de ses arrière-petits-enfants, elle déposa son jeu, se leva. Je la senti troublée, se contentant de dire : Henri. Il avait 91 ans. C'était un gentil garçon.

 

1  Sa biographie est principalement une synthèse des documents suivants :

 Interview d'Henri PAESMANS par Renée VANDERHAEGEN pour la revue Pastoralia, 1998 ;

Lettre d'Henri PAESMANS du 20/12/2008 ;

Notice de synthèse rédigée par Henri PAESMANS ;

Homélie rédigée et lue par Henri WEBER à la messe d'enterrement le 2/01/2015 ;

Texte rédigé et lu par Micheline DOSSOGNE à la messe d'enterrement le 2 /01/ 2015 ;

Carnet de condoléances sur l'avis nécrologique inmemoriam.be ;

2 Joseph GILLIN, dit JIJE (1914-1980) : célèbre dessinateur belge de l'école de Marcinelle ; inventa le personnage de Fantasio; auteur des séries : Blondin et Cirage, Jean Valhardy, Jerry Spring, Tanguy et Laverdure ;

3 Comportant plus d'un millier d'histoires publiées entre 1951 et 1969 ;

4 Si je me souviens bien, ce n'était qu'en arrivant dans le village, qu'on devait en principe se mettre à chercher un lieu pour dormir ; C'était une autre époque, on pouvait compter sur les fenils des nombreuses petites fermes et la cigarette ne faisait pas encore partie des risques ;

Repost 0
11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 18:50

     Après avoir détaillé, au travers de quelques photos,  les maisons qui ont abrité des membres de cette saga, l'idée m'est venue d'activer la même démarche en ce qui concerne les écritures retrouvées. Faire découvrir quelque part le caractère, l'éducation, le style d'une personne au travers, cette fois, d'un geste personnel, d'une trace indélébile, d'une expression du langage.  Sans vouloir être un graphologue averti, la lecture d'une lettre, d'un récit laisse apparaître assez facilement une partie du vécu qui se retrouve derrière cette écriture. 

     L'écriture de nos ancêtres, ce geste personnel, grâce à sa fixation sur le papier qui a traversé le temps, est parfois ce qui nous reste de plus révélateur et de plus objectif, car non déformé par une transmission orale.                             (Pierre RAMAUT coordonnateur de Geneasens, citant la psychothérapeute Marie José SIBILLE)

    La plus ancienne est manifestement une lettre du 23 novembre 1839 de Jean Parfonry, écrite de Bruxelles à l'attention de Monsieur LEYSSENS, son avoué habitant à Anvers. Le sujet de celle-ci est en lien avec une procédure judiciaire ayant déjà été analysée et expliquée précédemment (voir article : Parfonry contre Laruelle en 1839).

      La lettre est lisible et compréhensible à la lecture même si on y trouve des imperfections dans la tournure de certaines phrases. L'écriture est par contre très régulière, homogène, droite sans ratures. Même si c'est parfois un peu confus, les idées se suivent de manière assez logique, ce qui permet d'avoir une vision assez globale de ce dossier judiciiaire. L'orthographe est assez correcte. A l'exception de certains accords de verbe, il n'y a pas trop de fautes (sauf le mot temps mal écrit à deux reprises). C'est surtout au niveau de la structure des phrases que cela manque de précision. De même, les idées se succèdent au travers de phrases accolées mais non séparées par une ponctuation adéquate. Les mots utilisés sont très variés, notamment au niveau de l'emploi des verbes, témoignant d'une bonne connaissance du langage. En définitive, par le contenu de cette lettre, on découvre que Jean disposait d'un certain niveau d'éducation probablement obtenu en ayant fait au moins ses premières années primaires. De par son emploi de domestique, il avait par ailleurs acquis une certaine facilité d'expression, au contact d'une certaine bourgeoisie. Les défauts dans les tournures de phrase résultent très certainement de l'absence courante de rédaction de lettres signifiant que Jean n'a pas exercé dans des emplois commerciaux.

      Cette relecture de la lettre m'a permis de trouver une information capitale qui ne m'était pas apparue lors du premier traitement de ce dossier judiciaire. Dans une phrase, Jean Parfonry fait mention distinctement de son fils (mon fils en remettant les clefs a pris précaution de prendre deux témoins) . Dans ce cas, ll ne peut s'agir que de François-Xavier, qui allait atteindre ses 19 ans. Il était donc bien toujours à Anvers au moment de cette affaire Laruelle. 

      Voici reproduit, aussi semblable que possible à l'originale dans son contenu, avec toutes les fautes et absences de ponctuation, le texte de cette lettre de Jean PARFONRY adressée à son avoué LEIJSSENS.  La lettre originale en provenance des Archives de la Province d'Anvers (Felix Archief) se trouve sous forme de fichier ci-dessous.

Monsieur Leijssens

J'espère que votre bravoure envers moi ne se ralentira pas vu que vous êtes l'homme par excellence qui m'avez tiré tant de fois de l'embarras, et qui vous m'en tirerez encore Cette fois j'en ai la confiction, car vous êtes l'homme qui s'intéresse au sort de Malheureux je suis parti d'Anvers sans avoir eut le plaisir d'aller vous témoignez toutes ma gratitude de ce que vous avez fait pour moi ainsi que mon brave avocat, Monsieur Dumerci que j'espère d'aller voir aussitôt, que je serai rétabli de ma maladie que j'ai gagné sur la Vapeur d'Anvers à Bruxelles.

Cette dame que je vous envoye Monsieur Leijsdens, est une très brave dame qui s'intéresse beaucoup à mon sort elle vous dira de quoi il est question, C'est toujours cette malheureuse affaire Laruelle, les fils est venu il y a quelque tems me demander les payements de six mois, mais vous savez Monsieur Leijsdens que j'avais payé jusqu'au 13 du mois d'août maintenant il réclame un trimestre celui du 15 aout dont vous vous rappelez fort bien les Clef ont été apportée chez l'avoué Brands, le 9 courant, a raison que sur une des citations qu'il m'avait fait, il se disait domicilié chez l'avoué Brants, meir steeg. Brands a jetté les clefs dans la rue disant qu'il n'avait aucune affaire avec Laruelle Maintenant  il trouve un prétexte de dire que les clefs ne lui ont pas été remises, mon fils en remettant les clefs a pris la précaution de prendre deux témoins, je ne suis pas parti comme il voudrais le faire croire, pour me soustraire au payement, car vous savez Mr Leijsdens que l'argent a été toujours prêté jusquà la fin, mais il n'a pas voulu insérer dans sa quittance la note que Monsieur Dumerci m'avait donné, j'espère que poudront faire valoir ses 108 florins que j'ai du payer au peintre, pour son compte vu qu'il avait dit en présence de témoins, en recevant mes neuf mois de loyers qu'il fera repeindre la maison de haut en bas. Vous jugerez s'il est à propos de lever les jugements intervenu entre partie enfin Monsieur Leijsdens je me repose tout à fait sur vous et sur mon avocat. ne prenez pas de mauvaise part que je n'ai pas été chez vous avant de partir, je recevait une lettre de mon propriétaire ici je n'ai eut les tems que de partir. Une fois ici j'ai été pendant huit jours malade à l'auberge sans pouvoir me rendre à mon nouveau domicile, dont je suis maintenant installé, mais malheureusement encore malade sans oser sortir sans les ordres de mon médecin, car mon arrivée ici a été marquée un bien triste commencement.

Et maintenant encore être poursuivi par un homme qui est la cause de ma ruine. J'ai fini ma longue lettre, Monsieur Leijsdens en vous saluant ainsi que mon avocat du fond du coeur et reste votre humble serviteur

                                                                              Signé : J Parfonry

à Monsieur Leijsdens, avoué

rue rempart des tailleurs de pierre

à Anvers

     Disposant d'un niveau d'éducation assez bon selon ce qui découle de cette lettre, cela peut nous aider à interpréter la raison de ce déplacement vers Bruxelles. Le dossier judiciaire une fois réglé, il faudra bien que Jean continue à travailler. Il n'avait à ce moment que 42 ans. L'année 1839 voyait justement le démarrage de la production de locomotives à vapeur à la Société du Renard (correspondant de nos jours à la Place du Jeu de Balle), dans ce quartier des Marolles où s'est installé Jean. De 1839 à 1844, les premières machines du continent européen, sortiront de cette usine, avant de voir la concurrence de Cockerill à Liège, plus proche des matières premières, mettre fin rapidement à cette production1. Ce qui pourrait être la raison de l'installation de Jean dans ce quartier. Le besoin de disposer d'une main d'oeuvre qualifiée peut expliquer le déplacement vers Bruxelles.

 

1 Informations trouvées dans le livre : Estaminets des Marolles, par Pol POSTAL, Cercle d'histoire et d'archéologie "Les Marolles", Bruxelles, 1986 (ndlr : ce livre est visible à la Taverne Le Faucon, 143, Bd. du Midi, Bruxelles ; en remerciant Yves KLEINERMANS de me l'avoir prêté) ;

Lettre de Jean PARFONRY à l'avoué LEYSSENS du 23 novembre 1839 (page 1)

Lettre de Jean PARFONRY à l'avoué LEYSSENS du 23 novembre 1839 (page 2)

Repost 0
9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:30

      Lors d'une discussion, à bâtons rompus, à Briou, Jean-Pierre avait attiré mon attention quant à l'importance à accorder à la question se rapportant aux migrations en lien avec la ville d'Anvers. J'avais conservé en mémoire cette réflexion qui s'est vue confortée progressivement. Tout en ayant déjà relaté le passage de Jean, le père de François-Xavier, à Anvers, au-travers de plusieurs articles de ce blog (voir articles : Parfonry contre Laruelle en 1839 ; L'acte de mariage de Jean et de Jeanne), les éléments d'informations qui accréditent de sa présence restaient malgré tout assez ténus. On peut affirmer néanmoins que le parcours de François-Xavier a débuté dans cette ville.

     Né en 1797, et ayant perdu son père, maître-charron, dès 1803, on peut aisément comprendre que l'adolescence de Jean ne s'est pas déroulée dans la sérénité. Par son mariage en 1821 à Neerheylissem, à l'âge de 24 ans, on apprend également qu'il était déjà domicilié de fait, tout comme sa future épouse, à Anvers, y exerçant comme domestique. Jeanne LALMAND, la mariée, y est déclarée, quant à elle, comme servante. Un certificat signé par le Gouverneur de la Province d'Anvers atteste qu'il a satisfait aux lois sur la milice à ce moment. Fin de l'année 1839, il quittera cette ville pour Bruxelles, y habitant dans la rue Haute. Des deux lettres écrites de sa main, remontant à cette époque, on y reconnait une certaine maitrise de l'orthographe et une écriture lisible.

      Ces quelques indications étaient les seules éléments connus sur celui qui est le point focal de la lignée française, tout comme son frère Emmanuel est celui de la branche restée en Belgique.

     Une étude assez récente, visant à étudier les circuits de migration vers le port d'Anvers durant la période 1760-1860, apporte une nouvelle pierre pour nous aider à mieux cerner ce personnage. Son nom y apparait très explicitement dans une petite phrase. 

WINTER Anne (2009)Migrants and Urban Change : Newcomers to Antwerp, 1760-1860 ; Pickering and Chatto Publishers, 318 pages

p. 277: .....All but one of the thirteen plafonneurs recorded in 1829, in turn, stayed either with Jean  Parfonry, innkeeper from Bas-Helecine or the widowed labourer Aldegonda Sergeant from Jurbise2.

     Comme toujours, dans ce genre de découverte, l'important est de faire parler ces quelques mots retrouvés et noyés dans les explications abondantes accumulées dans un document mélangeant dans son approche les aspects historiques, socio-économiques et sociologiquesDe ce court extrait, on en retient cinq éléments essentiels :

1. Les quelques informations collectées sur Jean Parfonry émanent très certainement de l'une des 20 000 fiches de cartes de résidence3 de tous les migrants, rassemblées dès le début de la période française (1795-1814). L'évolution croissante des flux migratoires pendant cette période est manifeste. Cette base de données, dont le recensement a été poursuivi pendant l'occupation hollandaise (1815-1830), est l'élément fondamental sur lequel sont basées les analyses effectuées par Anne Winter dans sa publication ;

2. L'année 1829 est conforme à ce qu'on l'on connaissait sur la présence de Jean à Anvers. Cette date est en soi une sorte d'assurance pour attester qu'Alexis, le frère cadet de François-Xavier, qui le suivra à Paris plus tard, est bien né à Anvers en 1828. Le bombardement d'Anvers en octobre 1830 par les troupes hollandaises a détruit beaucoup de documents, rendant très aléatoire d'en découvrir son acte de naissance4 ;

3. La référence à Bas-Hélécine et non à Neerheylissem5 ne donne aucune assurance sur le fait que Jean Parfonry soit arrivé pendant la période française, soit avant 1815. Ce terme était déjà repris sur son acte de naissance, étant né en l'an 6 de la République (1797) pendant cette période. Ayant du effectuer son service militaire à Anvers, il y a par contre de fortes probabilités qu'il soit arrivé assez tôt, prabablement vers cette date de 1815, à l'âge de 18 ans.

4. La relevance du métier d'aubergiste qui aurait été exercé par Jean Parfonry à Neerheylissem est un autre indice. Ce qui peut donner un début d'explication sur la présence à son mariage à Neerheylissem en 1821 de Jacques DEBRY, le cabaretier du village. Jean avait peut être été demandé à un ancien collègue, de même âge, de lui servir de témoin.

5. La mention du métier de plafonneur6 n'est peut être pas si anodine quand on sait que Ferdinand, le frère de Jeanne LALMAND, exerçait ce métier. On peut penser que Jean et Jeanne se sont rencontrés à Anvers, où cette dernière pouvait ne pas se trouver isolée sur le plan familial.  

     Pour permettre de mieux comprendre l'extrait ci-dessus, il est nécessaire de donner un résumé sur le contexte historique qui est décliné au travers de toute la publication. La migration vers Anvers est à la fois la combinaison de la marginalisation des petites propriétaires terriens, du déclin de l'industrie rurale, de la disparition assez subite de l'industrie du textile à bas salaire, d'une demande croissante en main d'oeuvre plus diversifiée faisant suite aux travaux d'infrastructure et de développement portuaire initiés par Napoléon et poursuivi pendant la période hollandaise. C'est dans cet environnement nouveau que Jean PARFONRY a décidé de migrer vers Anvers.

      Toute la question désormais est de trouver les références dont la fiche de la carte de résidence remplie lors de l'arrivée à Anvers de Jean PARFONRY. Cela devrait nous donner l'opportunité de rebondir pour encore mieux dévoiler le parcours de notre aïeul. A ce jour, il n'a pas encore été possible de compulser l'entiereté de la publication, ce qui devrait s'avérer être désormais un nouvel objectif. 

     Notre souhait serait d'entrer en contact avec Anne WINTER qui est manifestement la personne pouvant nous donner toutes les sources bibliographiques qui lui ont permis d'introduire cette phrase. 

      Mrs WINTER, if you take note of this article, endeavour to answer it by a comment. Sources bibliographical, which are at the origin of the text of the small sentence which is taken again of your publication, must enable us to look further into our knowledge on the course of our ancestor in Antwerp. I thank you. 

     N.B. : En réponse à cette requête, Mrs WINTER m'a répondu peu après. Elle signale que " la référence à Jean PARFONRY ne vient pas d'une référence directe sur lui-même, mais des cartes de séjour qui étaient accordées à des plafonneurs qui logeaient chez lui pendant l'année 1829. Jean PARFONRY est mentionné dans ces cartes de séjour comme résidant dans la 3ème section, N° 1592 dans la rue Léopold ".

Comme je le pensais, ces cartes de séjour sont absolument indispensables pour approfondir nos connaissances sur Jean PARFONRY, notamment pour découvrir la date de son arrivée à Anvers. A suivre !!!

 

1  Anne WINTER est diplômée en Histoire de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et du London School of Economics ; elle a effectué plusieurs publications  axées sur le problème des migrations  ;

2 Traduction : Tout sauf un des treize plafonneurs enregistrés en 1829, par contre, sont restés soit avec Jean Parfonry, aubergiste de Bas-Hélécine, soit avec Aldegonde Sergeant l'ouvrière veuve de Jurbise.

3 Toutes ces données ont été traitées et analysées à l'aide d'un logiciel de base de données (Access) et de statistiques (SPSS) ;

4  Ce qui doit être le cas également pour le peintre Ferdinand Parfonry pour laquelle l'hypothèse qu'il soit un frère de François-Xavier est assez fortement assurée  (voir articles : Et si Ferdinand était des nôtres ; On a sans doute retrouvé la mère de Ferdinand Parfonry) ;

5 En se basant sur les actes, Jean Parfonry est né à Bas-Hélécine en 197 et s'est marié à Neerheylissem en 1821 ;

6 Le mot "plafonneur" n'a pas été traduit en anglais ; il est vrai que le terme "plasterer of ceilings " manque de charme par rapport à ce néologisme belge ;

Repost 0
28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 11:17

     Après celles de Neerheylissem (voir article : Le magasin Delhaize de la rue des Charrons à Neerheylissem) et de Créteil (voir article : La villa flamande de Créteil), voici dans la lignée, une autre de ces maisons qui ont été les témoins du passage de notre famille. Faisant suite à la relation de mon retour récent à Beauvechain,  (voir article : Une visite à Beauvechain, y inclus les fonts baptismaux), il était normal de faire découvrir la maison de ce lieu.

     Celle dont nous allons parler est la plus récente des trois. Mes grands-parents y ont vécus, mes parents s'y sont installés après leur mariage en mai 1947 et elle a été mon lieu de vie durant toute mon enfance. Trois générations de PARFONRY y ont habité et s'y sont même côtoyées pendant quelques années. De ce fait, l'histoire de cette maison est plus aisément relatée, au travers des récits et des quelques documents administratifs qui en ont été retrouvés. En voici les quelques dates marquantes qui la font revivre.

     Elle a été construite par mon grand-père, Emile, l'instituteur. Arrivé à Beauvechain en 1914 pour y exercer son métier, il a bénéficié durant ses premières années de logements de fonction, annexés à son lieu de travail, que ce soit dans l'école libre adoptée de la rue de l'Eglise au début de sa carrière puis dans les nouveaux locaux de l'Hospice NELIS dans la rue de la Station, vers 1924/1925 (voir articles : Emile Parfonry, l'instituteur ; Les photos de classe d'Emile Parfonry, l'instituteur)  .

     En mars 1926, Emile a acheté pour 13 500 francs un terrain à un certain Louis VANCASTER, carreleur de son état, situé dans cette même rue de la Station. Sur ce terrain, d'une superficie de 30a 20ca, il a fait construire la maison, portant le numéro 2, que l'on aperçoit sur les photos jointes à cet article. De cet achat en 1926, il faut donc en déduire que le terrain de 22a 50ca, situé également à Beauvechain et hérité par son épouse en 1915 au décès de sa mère, avait déjà été vendu par cette dernière, avant leur mariage en 1919. Complétée par un verger de pommes, reines-claudes et mirabelles, un petit bois, une pelouse avec des parterres de fleurs, un jardin potager, une bergerie, un poulailler et l'incontournable pigeonnier avec ses volières de reproduction attenantes, cette belle propriété a, hélas, été vendue en novembre 1960.

     Pour faire revivre cette maison, voici deux photos prises à quelques 60 ans d'intervalle. La première datée de 1953, un peu floue malheureusement, montre la façade, telle qu'elle devait être à l'origine. En avant-plan, vous reconnaitrez avec un peu d'imagination, votre fieldmouse en tenue d'époque et chevelure pré-sixties. La seconde, prise en juin 2013, montre une façade complètement rénovée tout particulièrement au niveau de la porte d'entrée et des fenêtres. A remarquer également, la superposition des fenêtres qui apporte une élégance à l'ensemble de la façade. Le soubassement en pierres calcaires a heureusement été dégagé sur la largeur complète de l'édifice. Quelques similitudes peuvent être mentionnées. Autour des fenêtres, les pierres bleues restent identiques ainsi que les briques de couleurs claires évitant la monotonie de la façade comme une référence à l'Art Nouveau qui était apparu au début du siècle. A remarquer, la finition parfaite dans la régularité, l'alternance des rangées et la jointure des briques rouges de la façade, remise en valeur par les travaux récents. Et dernier petit détail, très intéressant et assez émouvant, on souligne la partie supérieure se terminant par un pignon triangulaire en style flamand avec quelques échelons si caractéristiques de ce style. Une similitude manifeste d'inspiration avec la villa de Créteil.

    Sans n'avoir jamais eu de contacts, Emile, l'instituteur belge, et François-Xavier, le marbrier devenu français, ont eu la même envie de donner à leur maison ce cachet semblable. Inspiration commune, transmission d'une tradition, ou tout simplement influence d'un goût architectural prédominant, on peut se poser la question aujourd'hui.

    La dernière photo, la plus ancienne, prise en 1949, n'est, à vrai dire, pas centrée sur la façade. Moins floue que celle de 1953, elle permet cependant d'avoir une meilleure idée sur ce qu'était la réalité de cette façade. Avec en filigrane, comme un petit hommage à ma maman qui va fêter en 2014 ses 90 ans.

La façade en 1953

La façade en 1953

La façade en juin 2013 avec le garage de construction plus récente (credit : Roland PARFONRY)

La façade en juin 2013 avec le garage de construction plus récente (credit : Roland PARFONRY)

Un souvenir du 12 juin 1949

Un souvenir du 12 juin 1949

Repost 0
7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:21

       La photo ci-dessous, fait partie des quelques dizaines reprises dans un numéro spécial  de 1978 de la revue Les Cahiers d'HELECINE, intitulé HELECINE images du passé, Commentaire de Robert VANORLE, Editions Goyens, Neerheylissem.

        On y voit deux maisons attenantes de la rue des Charrons à Neerheylissem, deux personnages en avant-plan, un homme et une femme, ainsi qu'une autre femme en arrière-plan. Avec au centre de l'image une enseigne d'épicerie, bien connue en Belgique. Efforçons nous d'analyser ce que nous dit cette photo, à partir des informations qu'elle contient.

      1. Le titre de la photo Lès mâjones mon Prau èt mon Tchitchi (Traduction : Les maisons de chez Lamproye et de chez Alexis)

      Cette photo explicite d'une certaine manière l'importance de la présence des charrons dans cette rue, à l'origine de son appelation définitive dans le courant de la seconde moitié du XVIIIème siècle. On y voit en enfilade, les deux maisons de la famille LAMPROYE (la plus éloignée) et de la famille PARFONRY (la plus proche). A l'origine, elles faisaient partie du patrimoine de la famille LALLEMAND, l'une des premières familles de charron. Amélie et Julienne, deux soeurs de cette famille, lointaines descendantes, ont épousé pour l'une Nicolas LAMPROYE en 1850, premier charron de cette autre dynastie. Quant à la seconde, elle a épousé Henri PARFONRY en 1851, petit-fils de Jean, notre maitre-charron et père d'Alexis. Voici ainsi expliquée l'origine des noms apparaissant au bas de la photo. De nos jours, la première a été rachetée par la famille PARFONRY et démolie afin de disposer d'espaces d'entreposage de matériel agricole.

      2. L'année de la prise de vue

      Le personnage est Emile PARFONRY, le futur instituteur de Beauvechain. Le fait qu'il soit impeccablement habillé, avec un chapeau de paille, dénote que cette photo ait été prise en été. Vu la maturité d'âge du modèle, une première idée serait de la dater en lien avec l'obtention de son diplôme à l'Ecole Normale de Malonne, début août 1914, à l'âge de 19 ans. Le cadre limitatif des personnages ne semble pas vraiment correspondre à cette éventualité. Le nom de la personne à côté d'Emile n'a pu être déterminé. Il n'y a non plus aucune manifestation de liesse. En revanche, cette période est assez cruciale. Nous sommes quelques jours avant le début de l'invasion de la Belgique par l'armée prussienne à partir du 4 août. Il est difficile également d'envisager qu'elle ait été prise durant ce mois d'août 1914 alors que l'armée belge, aux abords de Liège, située à quelques dizaines de km, s'efforçait de résister et de contenir l'armée allemande. L'instituteur prendra sa fonction à Beauvechain en septembre 1914. Dernier détail, le magasin AD. DELHAIZE serait resté en activité jusqu'au moment du mariage d'Anna, la soeur de l'instituteur, en mai 1917. On peut donc, sans certitude, penser que cette photo a été prise durant l'été 1915 ou 1916, à l'occasion d'un retour occasionnel d'Emile PARFONRY dans sa famille, conjuguée au passage d'un photographe. Pour rappel, Emile ne se mariera qu'en 1919.

Comme seule référence possible pour dater cette photo, on se limitera à utiliser l'annotation : vers 1915

     3. L'enseigne AD DELHAIZE § Cie

     La famille DELHAIZE, originaire de la banlieue de Charleroi, fut à l'origine de la création en Europe du premier réseau de magasins et d'épiceries, vins et spiritueux et denrées coloniales, approvisionné à partir d'un entrepôt central. Plusieurs frères (Jules, Edouard et Adolphe auquel se joint Jules Vieujant, un beau-frère) s'associèrent en 1871 pour développer ce concept  qui fait partie prenante de notre environnement de nos jours. Les Etablissements Delhaize Frères Le Lion n'ont fait que de s'étendre depuis lors aussi bien en Belgique qu'à l'étranger.

     L'un des membres de cette famille avait manifestement un caractère plus indépendant. Il s'agissait d'Adolphe Delhaize (1840-1899). S'étant déjà fait remarquer dès 1866 en lançant son propre commerce à Charleroi, sous l'appelation de Bon Marché, il quittera le giron familial dès 1874. Son but est d'attirer une clientèle plus aisée dans des magasins de village. Cette période correspond à une croissance économique en Belgique, et particulièrement en Wallonie,  suite au développement des charbonnages et de la sidérurgie. Son aventure individuelle se poursuivra jusqu'en 1950, date à laquelle l'enseigne AD DELHAIZE sera absorbée par la société créée par ses frères.

    Anna PARFONRY, bénéficiera du coup de pouce de son oncle, l'horloger Emile PARFONRY, installé à Bruxelles, pour démarrer cette nouvelle épicerie de village, installée dans une partie du logis de la ferme. Assez curieusement, elle n'apparait pas sur la photo, contrairement à son frère.

    4. L'habitation de la rue des Charrons

    Par un acte de décès, il est certifié que les PARFONRY de Neerheylissem habitent dans cette rue des Charrons depuis l'année 1800. Mais manifestement à un autre endroit que la maison de la photo. Comme expliqué ci-dessus, c'est par un mariage en 1851 avec une fille LALLEMAND que la maison s'est transmise à la lignée PARFONRY. Depuis lors, le nom s'y perpétue toujours.

       Une simple photo ancienne permet de reconstruire une partie de l'histoire de notre lignée. C'est toute la signification voulue de la description présentée. Pour attirer de l'importance à conserver ces anciennes photos et si possible de les annoter.

" Lès mâjones mon Prau èt mon Tchitchi " dans la rue des Charrons à Neerheylissem

" Lès mâjones mon Prau èt mon Tchitchi " dans la rue des Charrons à Neerheylissem

Repost 0
14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 15:48

      Après plusieurs années de recherches, de consultations de sources diverses, un document est en voie de finition. Du stade de provisoire, il est en passe de devenir définitif. Il comporte plus de 200 pages d'informations, plusieurs dizaines de photos, des tableaux et plus de 800 annotations de bas de page. Il s'intitulera La Véritable Saga des PARFONRY de NEERHEYLISSEM. Plus volontiers centré sur l'histoire de cette branche dont je fais partie, il sera cependant divisé en deux modules principaux.

      Un premier module s'attache à récapituler les données recensées sur le patronyme PARFONDRY depuis son apparition en tant que nom de famille au XIIIème siècle. Cette partie reprendra l'essentiel du contenu des différents articles de ce blog. Une synthèse s'est avérée nécessaire à ce niveau sous peine de gonfler excessivement le nombre de pages. Les principaux personnages qui égrènent cette histoire y trouveront leurs raisons d'être.

      Le second module aborde plus directement l'histoire de la branche familiale. Comme je me suis efforcé de le démontrer, le déroulé de cette saga ne doit pas être considéré comme un recueil de données généalogiques mais plutôt comme le parcours d'un nom, d'une lignée à travers l'histoire, faisant apparaître les aléas, les adaptations, les contraintes, les métiers d'une société.

      Cette histoire est le fruit d’une recherche certes personnelle, utilisant au mieux les performances des moteurs de recherche et les archives des bibliothèques publiques, mais qui n’a pu trouver sa finition et ses aspects descriptifs qu’avec l’appui de certaines personnes. Par leurs démarches antérieures, par le narratif qui m’est parvenu de leurs mémoires, par leurs apports personnels, par leurs soucis d’avoir veillé à la conservation des éléments matériels mais aussi par leurs marques de soutien et de convivialité, toutes ces personnes ont permis de reconstituer une histoire vraie, une histoire qui est présentée comme un témoignage de vie. Elle s’efforce de ressembler la plus grande quantité d’informations encore disponibles de nos jours. Le sauvetage de la mémoire a prévalu par rapport à l’aspect généalogique des énoncés austères de recensement de personnages et de dates.

      Parmi toutes ces personnes, je me dois de citer tout particulièrement Henri PAESMANS qui, par son travail préliminaire dans les archives paroissiales de Neerheylissem et par son mémo de synthèse, a joué comme un catalyseur fournissant les premiers fondements de toute cette démarche et en facilitant le démarrage. Les documents publiés par le Club de Recherches Historiques et Généalogiques de Neerheylissem, en particulier son initiateur Jean DELANDE, m’ont servi de références à de multiples reprises. Sans oublier Jacques PARFONRY qui a été celui qui, à la suite de nos nombreuses discussions sous la loggia de Gissac, a pu nous faire redécouvrir une partie de cette saga, nous faire revivre les émotions de sa vie tumultueuse et nous conforter dans notre démarche.

      Le travail de généalogiste mais surtout d’historien de la mémoire est parfois lié à la ténacité mais aussi aux rencontres fortuites effectuées autour de ce travail. Ceux et celles qui se sont montrés intéressés de collaborer pour parfaire ce document sont mentionnés dans les annotations de bas de page, chaque fois que le texte en fera le lien. Et je ne voudrais pas oublier tous ceux et celles, qui m’ont témoigné de leur soutien à de nombreuses reprises. Que ce soit parmi les PARFONRY, membres de la branche de Neerheylissem mais aussi de celle d’Erezée ainsi que les PARFONDRY des branches d’Aywaille et de Forchies-la-Marche, mais aussi les PARFOURU de France, la plupart ont compris que ce cadre de découvertes, axé parallèlement sur l’histoire, la géographie, l’étymologie et la toponymie, créait un contexte convivial, parfois ludique mais toujours instructif.

      Certains ont trouvé dans cette information les sources suffisantes pour prolonger tout ce travail à travers des publications locales. Les nombreuses marques de sympathie et d’encouragement dénotent que ma démarche a été jugée intéressante, voire originale. Pour m’en convaincre, j’ai repris les quelques extraits essentiels envoyés par ceux et celles des différentes banches se rapportant à ce patronyme et qui en ont été le témoin.

     Voici, comme une première préfiguration de ce document, les titres des chapitres qui le composent.

                La Véritable Saga des PARFONRY de Neerheylissem

Part 1 - Avant - propos

A. Prélude

B. Remerciements

C. Petits recueils des commentaires

                a. Ceux de Neerheylissem

                b. Ceux d'Erezée

                c. Ceux d'Aywaille

                d. Celui de Forchies-la Marche

                e. Celui des Parfouru

    f. Celle des Bordes-Parfondry

D. Préambule

E. Analyses. Genèse de la recherche

Part 2 - Tout ce qu'il y a à connaitre sur le patronyme

F. Récapitulatif sur la répartition actuelle du patronyme

G. Condensé sur l’étymologie du patronyme

H. Condensé sur les aspects géographiques du patronyme

I. Condensé sur les aspects historiques du patronyme

J. Quelques petites réflexions avant de poursuivre

K. Quelques uns des personnages

                a. De la mine à l'écriture pour la branche de Forchies-la-Marche

                b. L'histoire des frères voyageurs de la branche d'Erezée

                c. La migration du N au S de la branche d'Aywaille

                d. La relation franco-belge au travers de la branche de Trognée

                e. La branche d'Havelange a pu exister

                f. D'une origine non déterminée

                g Sans oublier les Parfouru de Normandie

                h. Ainsi que les militaires au glorieux nom

                i. En bref !!

Part 3 - La saga des PARFONRY de Neerheylissem

L. Origine des PARFONRY de Neerheylissem

M. Eléments généalogiques préliminaires

a. Quelques données connues

b. Ecriture du nom

c. Présence du prénom Alexis

d. Quid de la particule ? Mythe ou réalité !

N. Lignée des PARFONRY de Neerheylissem – part Belgique

a. Jean-Pierre, le rescapé d'une justice du Moyen-âge

b. Jean, le maître charron

c. Les enfants de Jean qui se dispersent

d. Henri, l’inconnu de la rue des Charrons

e. Les relations familiales en rapport avec le métier de charron

f. Emile, l’horloger du Roi

g. Alexis, l’homme à la chope

h. Anna et ses enfants

i. Et la ferme se développa avec Henri

j. Emile, le maître d’école du village

k. Georges, mon père, ce Président associatif

l. Les jeunes générations

O. Lignée des PARFONRY de Neerheylissem – part France

a. Quelques éléments de rappel

b. François-Xavier, le marbrier à la Légion d’honneur

c. Un autre Alexis, bien mal en point

d. Paul, le peintre mondain

e. Georges, décédé à l’adolescence

f. Un autre Georges découvre la vie de château

g. Le domaine du Lude à Jouy-le-Potier

h. Jean, un œil de maître

i. Jacques, le papy punch guadeloupéen

j. Un peu de généalogie

k. Pierre, l’amoureux de la vie

l. Les Parisiens

m. Les jeunes générations

P. Quelques idées pour terminer

Q. Le cas non résolu de Ferdinand PARFONRY

R. Descendance du couple PARFONDRIJ – LAMBRECHTS

S. Schéma des déplacements des PARFONRY de Neerheylissem

T. Liste des documents publiés sur base de cette recherche

     Reste à déterminer la façon de pérenniser cette recherche. Plusieurs supports et procédés existent de nos jours. Le plus ancien et le plus classique est bien entendu celui de l'édition sous forme d'un livre reproduit à un certain nombre d'exemplaires. Une autre est de faire pérenniser le texte dans une banque de données externes (Cloud), accessibles à chacun (type Blurb). D'autres solutions sont sans doute possibles. La question reste à débattre d'autant qu'il faut garder à l'esprit que ce document doit rester évolutif, notamment à travers les générations suivantes qui pourraient s'attacher à perpétuer la mémoire et les nouvelles découvertes.

    Avant de définir le moyen le plus approprié, les avis de ceux et celles, qui suivent la démarche et se sont montrés attentifs au contenu des articles, sont souhaités. Quelque soit le mode de diffusion, un coût minimum d'investissement est à prévoir. Selon le nombre et la méthode employée, ce coût par exemplaire conservé sera variable. Il est dès lors appréciable que l'on puisse avoir une bonne estimation de ce nombre.

     Il est par conséquent demandé à chacun et chacune d'apporter son appréciation sur son intérêt à pérenniser cette démarche. A ce stade de finition du document, mon profil d'historien de la mémoire me semble être insuffisant pour avoir une bonne vision de ce qui doit désormais être fait pour éditer ce document assez volumineux. Une décision finale ne pourra être prise qu'en fonction des réponses émises. Il est clair que je souhaiterais, à ce stade, être aidé par des personnes plus habiles dans le maniement de l'édition que dans la recherche de la mémoire des mots et des faits de société. Un fond de soutien pourrait même être envisagé, en souhaitant même que je n'y devienne plus qu'un associé.

    Vos avis sur la manière de pérenniser ce travail consistant, volumineux, spécifique sont désormais attendus.

Repost 0
12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 09:47

      Un nouveau document, extirpé des archives de la Province d'Anvers (dénommées Felix Archief), vient d'apparaitre à la surface. Sa découverte récente découle d'une recherche basée sur d'éventuelles erreurs de transcriptions du patronyme. Un premier à apparaître fut celui intitulé " Inventaris van het archief Dumercy ", numéroté LZ 73 et rassemblé en 1996 par Daniel COSIJNS. DUMERCY fut un avocat anversois ayant exercé de 1838 à 1853. Au sein de cet inventaire, se trouvait un petit dossier de quelques feuillets intitulé " Parfoury contre Laruelle (1839) ". L'erreur d'écriture était manifeste car la combinaison de la ville d'Anvers et la date de 1839 nous permettait d'avoir une quasi certitude que nous allions découvrir le nom de Jean PARFONRIJ comme partie prenante de ce dossier. Dans son acte de mariage de 1821 à Neerheylissem, il était mentionné que Jean habitait déjà de fait à Anvers à cette période (voir article : L'acte de mariage de Jean et de Jeanne).

    La lecture des différents feuillets du dossier fit comprendre que l'on traitait une affaire relative à un problème de non-payement de loyer. Les intervenants étaient au nombre de cinq. Il y avait :

      - Jean PARFONRIJ, locataire, l'accusé, né en 1797 à Neerheylissem ;

      - Jean-Matthias DUMERCY (1815-1853), son avocat , résidant Grand-Place à Anvers;

      - J.C. LEYSSENS, secrétaire - avoué, résidant Rempart des tailleurs de pierres à Anvers ;

      - LARUELLE, propriétaire, le plaignant, résidant probablement en Hollande ;

      - E.L.N. BRANTS, président des avoués, résidant rue dite meir-steeg.;

     Le dossier est constitué essentiellement de trois lettres écrites en 1839. La première, du 23 septembre, est relative à une lettre de Jean PARFONRIJ à l'avoué LEYSSENS. La seconde du 24 septembre est de LEYSSENS à l'avocat DUMERCY tandis que la troisième, datée du 3 octobre, est de JEAN PARFONRIJ, directement adressée à l'avocat DUMERCY. Tout cela complété par des notes prises à la sauvette qu'il s'avère assez difficile de lire et de comprendre. L'information n'étant pas suffisante et de plus pas toujours évidente à déchiffrer, on s'en tiendra à faire un simple résumé, essayant en priorité d'apporter ensuite certaines analyses et de retenir certaines conclusions à partir des quelques éléments contenus dans ces feuillets.

     Jean PARFONRIJ est en fait accusé d'avoir quitté son logement, loué à un certain LARUELLE, en août 1939 à Anvers, sans avoir payé tous ces loyers. Il est également accusé d'être parti sans avoir effectué les travaux de peinture. En surplus, s'y ajoute un problème de remise des clefs que l'avoué BRANTS aurait jetées dans la rue, ne reconnaissant pas avoir affaire avec LARUELLE, le propriétaire. PARFONRIJ, qui dit habiter désormais à Bruxelles, se défend en affirmant avoir des témoins pour la remise des clefs et pour le payement de 108 florins destinés à repeindre la maison de haut en bas. La décision finale n'est pas incluse dans le dossier. Le tribunal aurait déjà accordé deux remises de dates pour permettre à PARFONRIJ de rassembler les preuves.

     Laissons nos protagonistes traiter de cette affaire. Ce n'est qu'un fait divers qui encombre toujours de nos jours les tribunaux de justice de paix. L'essentiel est désormais d'extraire les quelques points révélateurs de ce qui s'est échangé entre les différents intervenants et d'essayer d'en donner une interprétation.

     La principale information à retenir consiste dans le fait que Jean PARFONRIJ vivait toujours à la fin de l'année 1839. Jusqu'à présent la dernière date de son existence remontait au 28 février 1837, date à laquelle il déclarait un enfant mort-né à Anvers.  Il indique qu'il a quitté Anvers vers Bruxelles sur un bateau vapeur. Une liaison régulière existait bel et bien à cette époque, deux fois par semaine, le mercredi et le samedi soir, partant de la maison des bateliers située au canal Saint-Jean1.

     Dans sa lettre à l'avoué LEYSSENS, notre Jean PARFONRIJ dit avoir attrapé froid sur le bateau (... je serai rétabli de ma maladie que j'ai gagné sur le vapeur d'Anvers à Bruxelles). Très malade en arrivant à Bruxelles, il a du  loger dans une auberge avant de s'installer dans son nouveau logement (Une fois ici j'ai été pendant huit jours malade à l'auberge sans pouvoir me rendre à mon nouveau domicile dont je suis maintenant installé, mais malheureusement encore malade sans pouvoir sortir sur les ordres de mon médecin)

    L'autre information essentielle réside dans la mention de son nouveau logement à Bruxelles, situé au 44 de la rue Haute2. Manifestement, ce n'était pas le quartier chic de Bruxelles. La rue Haute, située au coeur du quartier historique des Marolles, est une rue populaire, l'une des plus anciennes de Bruxelles. Elle était constituée à cette époque de nombreuses maisons ouvrières serrées, répondant par là à l'accroissement de population de la capitale. La salubrité des lieux n'est pas également ce qui  est relaté de mieux pour l'époque. Rien n'indique par contre qu'il se soit déplacé seul où non. L'information aurait pu s'avérer déterminante si un élément avait permis de reconnaitre la présence de Ferdinand, l'un des fils supposés de Jean et qui est selon toute logique né vers 1830. Ce déplacement en septembre 1839 vers Bruxelles coïncide plus ou moins par contre avec l'arrivée de son fils aîné Francois-Xavier en France, estimée vers 1840.

    Il est aussi attesté que ce n'est pas la première fois que Jean PARFONRIJ avait recours à l'avoué LEYSSENS (.....vous êtes l'homme par excellence qui m'avez tant de fois tiré de l'embarras.et qui m'en tirerez encore...). Ce qui n’atteste pas nécessairement qu’il ait un lourd passé judiciaire si on peut situer son arrivée à Anvers avant 1821. Pas vraiment un saint homme ou tout simplement quelqu'un sur qui tombaient de tant en tant des tuiles ?

    La mention d'un payement en florins (j'espère que pourront faire valoir ses 108 florins que j'ai du payer au peintre pour son compte vu qu'il avait dit en présence de témoins qu'il fera repeindre la maison de haut en bas ) indique que l'on fait encore référence à la monnaie hollandaise, l'ancien occupant. Indépendante depuis 1831, la Belgique avait pourtant choisi depuis la loi du 5 juin 1832 le franc comme unité. En 1839, date de cet épisode, on pouvait trouver des pièces de 1/4, 1/2, 1,2 et 5 francs en argent ainsi que des 1, 2, 5 et 10 centimes en cuivre. Une autre explication consisterait à envisager que Jean avait contracté un bail de location du temps de la période hollandaise, soit quelques 8 années antérieurement.

     La mention d'une attribution d'avoué, jouant d'intermédiaire entre le quidam et l'avocat est une fonction qui n'existe plus depuis le 1 octobre 1970 en Belgique et le 1 janvier 2012 en France. Il s'agissait d'un officier ministériel chargé de faire tous les actes relatifs à une procédure et de faire connaitre les prétentions de son client. Fonction qu'il convient de distinguer de celle d'avoué au Moyen-âge qui était attribuée à un Seigneur chargé d'être le protecteur, le défenseur des droits d'une église (ex. : Godefroid de Bouillon a été l'avoué du Saint-Sépulchre, après avoir pris Jérusalem). Dans le dossier qui nous concerne, Jean PARFONRIJ écrit ses observations à l'avoué LEYSSENS, lequel en restitue par la suite des éléments à l'avocat DUMERCY en demandant de lui fournir des instructions nécessaires pour sa défense.

     L'étude du dossier ne nous apprend rien sur l'existence de sa femme Jeanne LALMAND, épousée en 1821 (voir article : L'acte de mariage de Jean et de Jeanne). Curieusement, il est fait mention dans le courrier d'une personne qui ne serait pas son épouse (Cette Dame que je vous envoye Monsieur Leyssens, est une très brave dame qui s'intéresse beaucoup à mon sort ; Ayez la bonté de remettre à cette Dame les restant de mes pièces qui sont chez vous). On ne saura évidemment jamais qui était cette Dame.

    Il fine, il semble que cette affaire ait mis Jean PARFONDRIJ en situation critique (vous êtes l'homme qui s'intéresse au sort des malheureux...;  mon arrivée ici a été marquée par un bien triste commencement ; ....Et maintenant encore poursuivi par un homme qui est la cause de ma ruine ).

     Le fait que tous les documents et notes personnelles soient écrits en français n'a rien d'étrange même si l'on se situe à Anvers. Du moins, cette situation était normale pour l'époque ou la langue de la bourgeoisie était le français.

     En conclusion, ce dossier, récupéré aux archives d'Anvers, est quelque peu décevant. Il n'aura pas apporté de nombreuses informations supplémentaires sur ce Jean PARFONDRIJ, lequel est le père de François-Xavier, le marbrier français. La raison de son départ vers Bruxelles ne se trouve pas dans le dossier. Exerçait-il encore le métier de domestique, mentionné sur son acte de mariage de 1821 ? Aucune information également sur ses proches. Le fait qu'il écrivait assez correctement en français, qu'il louait une maison à Anvers et son déplacement vers Bruxelles dans la rue Haute, en septembre 1839 en sont les seules données à mémoriser.  La convergence de situation avec l'arrivée de son fils en France reste aussi un élément à considérer, sous réserve d'indices plus probant.

     En ce qui concerne son niveau d'instruction, on se souviendra qu'il n'avait que 6 ans au décès de son père le maître-charron à Neerheylissem. Ce qui n'a sans doute pas du faciliter son éducation. Néanmoins, on constate que son écriture et sa signature présentent une certaine sophistication qui mériterait d'être reprise dans le document de synthèse. Comme pour d'autres à cette époque, l'écriture du nom avec les deux points sur le y n'est en rien anormale.

   PS : Je remercie Pierre H et Patrick P qui se sont investis pour me permettre d'ouvrir les fichiers qui m'avaient été transmis des Archives d'Anvers.

1 Guide commercial ou Liste d'adresses de la ville d'Anvers et de ses environs pour l'année 1840, par Henri RATINCKS ;

2 Le 44 rue Haute se trouve de nos jours à proximité de la Place de la Chapelle ; rien n'est moins sur que ce soit la même numérotation qui soit utilisée ;

Repost 0