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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 00:31

       En confection depuis près de dix années, le document rassemblant toutes les recherches effectuées tout au long de ce périple, est enfin arrivé à bon port. Ce blog n'a servi que de support pour maintenir en haleine les lecteurs désireux d'apprendre progressivement. Par manque de hiérarchisation au niveau des publications des articles, il devenait difficile d'en percevoir une vision sereine et synthétique. Ce document devrait permettre de combler cet handicap. Il est amarré à quai depuis ce jour. Il pourra prochainement être consulté sur un cloud avant qu'une édition sur papier ne soit envisagée. 

       Vu la nature un peu extensible des recherches entamées, son titre a été élargi sur deux niveaux, de manière à en clarifier l'approche. 

                            La véritable saga des PARFONRY de Neerheylissem                                                    

                                     L'Histoire d'un toponyme devenu un patronyme

        Au final, une Histoire couvrant une partie de l'évolution de notre société occidentale, démarrant avec les Chevaliers de PARFONDRY au Moyen-Âge, pour se terminer aux décès de Jacques PARFONRY et de Henry PAESMANS, les deux moteurs ayant propulsé la fusée de lancement. L'approche généalogique a été volontairement minimisée afin de donner plus de pertinence à la réalité humaine. Ce qui donne parfois des rencontres avec des personnages ou des faits qui continuent de marquer notre histoire à tous. 

      Un livre de 333 pages est développé sur quatre grands chapitres. Les deux principaux sont encadrés par un Avant-Propos, englobant plus volontiers quelques réflexions sur la justification d'une telle démarche, et une Annexes reprenant les extraits trouvés dans la nombreuse bibliographie consultée ainsi que les commentaires reçus tout au long de ce travail. La partie centrale, quant à elle, comporte un premier chapitre retraçant le parcours de ce nom apparaissant dans les écritures en 1261, à travers son étymologie, sa géographie, son histoire pour aboutir à sa répartition actuelle, attestée de descriptions sur quelques uns des personnages. Un second chapitre, se concentre spécifiquement sur le parcours de la branche de Neerheylissem, la mienne, l'une des quatre branches du patronyme encore existantes de nos jours.   

         Le document est illustré par de nombreuses photos inédites pour lui donner un aspect plus ludique mais aussi instructif, en relation avec des éléments du texte. Des tableaux viennent compléter le tout afin d'éclairer la présentation des quelques données généalogiques qui y sont contenues. En résumé, on découvre une histoire vraie, bien réelle, offrant un mélange entre le caractère des gens et le contexte historique. Une façon de s'apercevoir que notre patronyme propre n'est pas lié à un morceau de territoire, ni à des monuments remarquables ayant traversé les siècles. 

          Habiter signifie se fondre charnellement dans la topographie d'un lieu,  l'anfractuosité de l'environnement. Ici rien de tout cela. Je ne fais que passer. ( Gaël FAYE : Petit pays, Ed. Grasset, 2016; Prix Goncourt des lycéens 2016)

      Pour attiser l'attention de tous ceux et celles qui ne manqueront pas de prendre connaissance du document, trois pages en donnent un avant goût pour sa lecture : la présentation du titre avec les reproductions de l'acte de baptême en latin du premier de notre lignée, l'emplacement du hameau à notre patronyme sur une carte du 18ème siècle ainsi que le blason de ces Chevaliers localisés dans ce lieu au 13ème siècle. Tout cela complété par les deux pages du sommaire. 

      Si vous êtes intéressés pour aller visionner le document, faites le moi savoir par un commentaire au bas de cet article ou en m'envoyant un mail à l'adresse suivante : roland.parfonry@gmail.com.           

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 20:04

     Certaines photos vous donnent l'impression que votre mémoire s'étend au-delà de vos souvenirs. Pour moi, le film de ma mémoire démarre quand j'ai trois ans1.

     La distinction, opérée par Marc LAVOINE, entre la mémoire et le souvenir, a engendré un besoin d'aller vérifier cette constatation. Cette simple phrase de son dernier livre avait réussi à m'interpeller. A une époque où les recherches sur le fonctionnement du cerveau avancent à grands pas, il y avait comme une réflexion fondamentale qui se dégageait de cette phrase. Y avait-il nécessairement besoin d'une photo pour faire revivre des souvenirs ? L'âge de trois ans est - il le point ultime de retour en arrière pour les faire revivre ? Le rappel de certains faits de ma tendre enfance va me permettre d'y apporter des réponses.

     Vivre dans la bourgade rurale de Beauvechain dans les années 50, comptant quelques cinq mille habitants sur 1263 ha, c'était sans doute vivre à la campagne, au calme, dans une ambiance feutrée. La majorité de mon cadre de vivre se limitait à un quadrilatère de rues et de sentiers ne faisant pas plus de trois km de périmètre. La gendarmerie, l'église Saint-Sulpice, le cimetière, l'école communale, la maison communale, le notaire VANGOIDSENHOVEN, le docteur LIESSE, le pharmacien BOSMANS, l'épicerie Chez Juliette, le café VAN DIJK, la librairie La Maison blanche, la coiffeuse Jeanne, la maison de mon ami Jean-Pierre BRIKE, le monument aux morts, le voisinage de la famille POFFE, les vestiges de l'hospice NELIS, les vaches des quelques fermes proches, tout était attenant à ce parcours. Un calme qui n'était dérangé que par les avions de la base aérienne présente sur ce bout de terre. 

    Construite et occupée par les allemands pendant la seconde guerre, la base aérienne de Beauvechain était devenue le siège du 1er Wing de chasse de l'armée de l'air belge, reconstitué à partir des pilotes ayant combattu au sein de la Royal Air Force pendant la guerre. La quiétude du village n'était, à vrai dire, pas vraiment perturbée par ces avions à réaction passant le mur du son. Mais bien plus par les morts de pilotes intervenant lors de séances d'entraînement, voire lors de certaines participations, tel le feuilleton  Les Chevaliers du ciel2. Beaucoup de ces pilotes, qui avaient survécus à la Bataille d'Angleterre, se faisaient ainsi rappeler en temps de paix. Sur fond de Guerre froide et de Guerre de Corée, la base de Beauvechain était devenue un pion important de l'apprentissage au maniement de ces avions. Force d'ailleurs de constater que tous ces pilotes ont du s'adapter à de fréquents changements d'appareils. Du Mosquito au Spitfire, puis au Météor F4 et F8, avant de recevoir successivement le Hawker Hunter, l'Avro CF, le Thunderstreak, le F-10 Starfighter avant de terminer par le F-16, ils devaient assurer en somme les derniers rodages en conditions extrêmes de ces nouveaux modèles. Tâches qui provoqueront un nombre important de dégâts et de pertes humaines. Celles-ci furent si nombreuses qu'il fut finalement attribué le nom d'un de ces pilotes à cette base aérienne. Le Lieutenant-Colonel Charles ROMAN, le chef d'escadrille, un ancien de la RAF3, se tua en vol de nuit sur Météor, ainsi que son navigateur, le 25 novembre 1954.

    Ces accidents d'avion faisaient parties de la vie du village. Cela revenait régulièrement dans les nouvelles. Tous ne tombaient pas nécessairement à proximité. Quant cela arrivait, j'accompagnais la famille. J'ai le souvenir de trois d'entre eux, tous mortels4.

Le premier, probablement le plus ancien souvenir enregistré dans les neurones, est celui du Lieutenant Roger DELELIENNE. Rentrant de mission avec le moteur droit coupé de son Météor F4, il s'écrase sur une maison du hameau de La Bruyère le 15 février 1951. Je n'avais pas encore deux ans (exactement 22 mois et 16 jours) et malgré ce jeune âge, j'ai encore la vision de cette maison totalement détruite de laquelle s'échappait encore de la fumée. Et surtout des quelques cochons rescapés que l'on sortait d'un hangar. Ayant échappé à l'accident d'avion; ils n'eurent probablement pas une seconde chance pour éviter l'abattoir.

Le second fut celui du Sous-Lieutenant Jean Mathi DUCKX. Parti en vrille, après un accrochage en plein ciel, son Météor F4  s'écrase dans un champ à Opvelp, au Nord de Beauvechain. Cela s'est passé le 2 février 1952, peu avant d'atteindre ma troisième année (exactement 34 mois et deux jours). J'ai encore la vision des débris de cet avion et du camion de pompier à proximité de la ferme située dans le hameau de La Misère.

     Ma présence à un si jeune âge sur les lieux de ces deux accidents est à l'envi assez étonnante. Et a chaque fois en plein mois de février. Il est vrai qu'avec toute l'huile de foie de morue que l'on me faisait avaler, j'étais paré pour résister au froid. On m'emmenait comme si on voulait me faire vivre des faits semblables à ceux rencontrés lors de la guerre qui venait à peine de se terminer. Mélangé probablement à de la curiosité, il y avait manifestement un besoin de me faire participer à une ambiance. A chaque fois, le monde se pressait pour aller voir. Il y a du monde sur les photos de mes souvenirs. Et pourquoi finalement n'était-ce pas l'expression d'une soupape qui venait de s'ouvrir, osant finalement aller découvrir librement sans la présence de l'occupant. L'émotion de ces gens du village, qui avaient vécu les derniers moments de la guerre à proximité d'une base pilonnée par les avions anglais, était probablement si forte que je devais partager leurs émois. Il m'en est resté des traces plus de soixante années plus tard. La photo était bien là mais ce n'était pas celle en noir et blanc sur du papier aux bords festonnés. Elle avait bien été imprimée mais dans un de ces neurones de mon subconscient. Et l'émotion ressentie à ce moment avait été si intense que ce n'était pas vers l'âge de 4 à 5 ans que tout cela s'était déroulé comme je l'ai toujours supposé mais bien plus tôt. Une recherche récente plus pointue des dates a ainsi confirmé que ces souvenirs remontent bien avant l'âge de trois ans. La photo n'était pas nécessaire pour venir récupérer de la mémoire. Un pas important sur la connaissance de ce cerveau vient d'être effectué. Une preuve indéniable qu'une émotion intense peut être enregistrée très tôt dans notre hippocampe. La science, j'ose le croire, vient de faire un grand pas !!! Même que, grâce à de fines électrodes envoyant un courant continu de quelques volts, on pourrait me stimuler des micro-secousses permettant d'activer les neurones de mon hippocampe. Et ainsi retrouver d'autres mémoires perdues plus anciennes5

Quant au troisième accident d'avion, il est celui qui m'a affecté le plus directement. Le 27 septembre 1960, le Lieutenant-Colonel Robert REMACLE, rentrant de mission avec les moteurs coupés par manque de carburant, ne survit pas à l'éjection accidentelle du siège éjectable lors de l'atterrissage. J'avais à ce moment onze ans (a cet âge, les mois n'ont plus aucune importance). Et cette fois, le déplacement ne se fera pas sur le lieu du crash mais bien pour assister à l'enterrement de ce pilote dans le village de Piétrain. Sa fille Christine était en effet dans ma classe à l'Athénée de Jodoigne. 

      Elève dans une classe mixte, Christine REMACLE est restée dans mon souvenir comme une fille assez réservée, qui recevait, je ne sais pour quelle raison, le soutien et le réconfort régulièrement de l'institutrice pour la motiver. Comme si un lien existait entre les deux familles. En définitive, une fille beaucoup plus sympathique et plus attirante que les trois filles qui me précédaient dans le classement (voir article :  Emile, l'instituteur, au travers des deux guerres scolaires). Probablement aussi un peu moins concurrente, m'évitant ainsi de rétrograder d'une place supplémentaire. Dans ce cas, indéniablement ce n'est pas le même type d' émotion qui a favorisé la mémorisation de cet instant. La conjonction de plusieurs éléments matériels y ont contribué. En lieu et place d'aller voir l'avion accidenté, je m'étais déplacé pour l'enterrement. La vision de la maison d'habitation, perchée au-dessus d'un talus, m'est également restée ancrée. Sans oublier sans aucun doute, le caractère légèrement énigmatique de Christine. Quelques jours plus tard, je quittai définitivement cette région rurale du Brabant wallon de l'est, emmené dans le déménagement de mes parents pour la région industrielle de la Basse-Sambre. Je ne reverrai plus jamais Christine REMACLE. Dans le mot émotion, ne retrouve t-on pas le mot émoi !!! Dans ce cas particulier, il est à craindre que je ne puisse aider la science.

 

1 Marc LAVOINE : L'homme qui ment, Ed Fayard,2015, 190 pages ;

2 Le 2 septembre 1968, le Capitaine F. JACOBS se tue lors du tournage d'un épisode de cette série française ;

3 Distinguished Flying Cross, Distinguished Service Order, Squadron leader à la RAF ;

4 Les données techniques, les dates et les noms sur ces accidents sont repris du site sur l'histoire du 1 Wing, alimenté par Serge BONFOND  (www.sergebonfond.be) ;

5 Cette idée est adaptée des explications données par Gabriel KEYNE, le docteur faux pianiste jazzy, à Alice SCHÄFER, la capitaine de police atteinte d'Alzheimer, dans le livre Central Park de Guillaume MUSSO ;

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 23:26

    Tel le titre de l'émission de Frédéric LOPEZ sur France 2, l'idée m'est venue de sortir quelque peu du cadre habituel de ce blog pour relater un voyage qui s'est déroulé dans un lieu peu aisément accessible et habité par une de ces peuplades méconnues vivant en harmonie avec son milieu.

    Cela se passe fin mai - début juin 2005 en République démocratique du Congo. La Belgique avait renoué depuis quelques temps des liens plus amicaux avec le nouvel ordre, représenté par le Président Joseph KABILA. De nouveaux financements avaient ainsi pu être programmés. Via la FAO1, un projet d'appui à l'horticulture urbaine et périurbaine s'était mis en place, concentré sur les 3 villes de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani. Fer de lance de notre coopération avec la FAO, ce cadre de l'horticulture s'était développé depuis les années 1980 dans plusieurs pays. Evoluant dans son concept, on en était arrivé à s'intéresser à la problématique des périphéries des villes, considérant que ces lieux jouaient un grand rôle dans l'approvisionnement des populations urbaines mais aussi dans la mise en place de ceintures vertes productrices pouvant ralentir l'extension anarchique de nouveaux lotissements. 

   Une mission de suivi, destinée à apprécier de l'évolution des efforts déployés, fut mise en place. Parmi les 3 villes ciblées, le déplacement à Kisangani fut celui présentant le plus d'intérêts. Situé au milieu de la forêt tropicale de l'Afrique centrale, terminus du bief navigable du fleuve Congo depuis Kinshasa, ancien bastion de la rébellion de Patrice LUMUMBA, siège de l'opposition menée par Jean-Pierre BEMBA, ce déplacement à Kisangani, ex-Stanleyville, un des lieux les plus isolés du pays, pouvait être considéré comme une reconnaissance de la stabilité et de la pacification retrouvée de la région.

    Seul moyen pour y arriver dans les délais raisonnables, l'avion s'avérait le plus adéquat. Un vol A-R de la Compagnie Wimbi Dira Airways fut donc réservé. Et ce serait mentir de dire que ce vol ne fut pas l'un des plus mémorables de ma carrière. En premier, ce Mc Donnell Douglas DC9, avion bimoteur mythique, avec escalier intégré et soute à bagages à hauteur d'hommes, permettant d'atterrir et de décoller sur des aéroports mal équipés. Ensuite l'environnement de la forêt tropicale, entouré de ses guirlandes d'éclairs crépitant dans le hublot, assis dans des sièges en cuir si usés mais si espacés qu'ils vous faisaient oublier la compacité d'un vol low cost, enserrant un whisky dans la main pour aider à décompresser, sans oublier la vision des deux pilotes manifestement un peu comprimé dans l'espace de leur cockpit. Que demander de plus pour exalter l'intrépidité, voire l'inconscience du mental à ce moment.

      Quelques années auparavant, en 1992, un vol de la compagnie Air Bissau2 entre Ziguinchor et Bissau, dans le vieux Fokker F27 utilisé précédemment par Yasser ARAFAT, alors chef de l'OLP en exil à Tunis3, m'avait donné le sentiment de vivre un moment d'histoire. Mais ce DC9 dépassait manifestement en intensité cet instant. Et petite cerise sur le gâteau, apprendre peu après que cette compagnie Wimbi Dira Airways était placée sur la liste noire des compagnies interdites de voler au-dessus du sol européen, il me restait comme une impression d'avoir pu profiter pleinement de l'instant. Pas sur que l'Ambassade de Belgique m'aurait permis de monter dans un tel coucou en ayant connaissance d'une telle excommunication.                             

Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R
Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R

Billet vol retour Kisangani-Kinshasa et Cartes d'embarquement A et R

   Le séjour à Kisangani s'est avéré intense à la fois pour voir les réalisations de terrain, rendre visite aux autorités, discuter avec le personnel du projet mais aussi prendre le temps de profiter de l'une des richesses touristiques du pays. Le Congo, ce grand miracle géologique, dispose également d'atouts touristiques indéniables. Pratiquement très peu exploités jusqu'alors, l'arrivée d'un nouveau régime politique laissait espérer d'un développement de ce secteur. Même, un Petit futé spécial RD du Congo4  fut édité en 20065. En y mentionnant comme l'une des priorités de découverte les Pêcheries Wagenia à Kisangani. Déjà aperçus par l'explorateur H.M. STANLEY, remontant en janvier 1877 le fleuve Congo, les Wagenias, ces pêcheurs intrépides, sont reconnus pour leur habilité à installer un échafaudage de perches, plantées entre les roches des rapides du fleuve, en amont de Kisangani. Ces perches sont reliées entre elles par des traverses nouées à l'aide de lianes. Cette géométrie sert de support à des nasses énormes suspendues par la pointe et placées dans les eaux des rapides pour la capture des poissons. Le clou final, en soirée, est le spectacle des pirogues venant ramasser ces nasses au milieu des rapides. 

    Si proche de ce lieu hautement recommandé, il était hors de question de ne pas faire une diversion de quelques instants en intégrant la visite de ce site dans le timing serré de la mission. Timing si restreint que le spectacle des pirogues en soirée ne pu être vu. Dommage, car cette occasion unique ne se représentera plus. A moins que les pêcheurs Wagenias soient choisis dans l'un des prochains épisodes de l'émission Rendez-vous en terre inconnue. Un endroit sans pareil qui démontre de l'importance de recourir à la pêche dans l'alimentation. Je garde également de cette visite le souvenir de la construction d'un débit de boisson reprenant la forme circulaire de la hutte traditionnelle, destiné à l'accueil de futurs touristes ou de futurs techniciens comme moi en mission pouvant apprécier le spectacle de ces nasses remontées sur les pirogues, tout en dégustant une bière Primus. Utopie pouvant détruire un patrimoine ou ouverture permettant de maintenir ce cadre d'activités en ce lieu !! Qui peut me renseigner sur la situation de ces pêcheurs Wagenia de nos jours ?

Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)
Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)

Séjour du Fieldmouse à Kisangani et aux Pêcheries Wagenia sur le fleuve Congo (credit : Bernard DESCHREVEL)

1 FAO : Food and Agriculture Organization of United Nations ; Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture ;

2 Guinée Bissau : petit pays situé en dessous du Sénégal, ancienne colonie portugaise, capitale : Bissau ;

3 Le soutien apporté par ARAFAT à Sadam HUSSEIN lors de l'invasion du Koweit en 1990, avait mis en faillite l'OLP suite au retrait des subventions de plusieurs pays arabes. Arafat avait du se séparer de ce Fokker ; des drapeaux palestiniens restaient cousus à différens endroits de l'avion pour attester de son origine ;

4 Préfacé par Louis MICHEL, Commissaire Européen en charge du Développement et de l'Aide Humanitaire ;

5 Le précédent guide touristique remonte, semble t-il, en 1958 avec la dernière édition  du " Guide du voyageur au Congo belge, Rwanda et Burundi " ;

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 16:54

    Cet article se veut emmener le lecteur dans une réflexion inhabituelle mêlant philosophie, géographie et politique. M'écartant des chemins habituellement abordés autour de la découverte d'une histoire basée sur la recherche de la mémoire d'un patronyme. Voulant d'une certaine façon chercher à démontrer que l'étude du passé doit nous servir pour le futur. Et avoir un jardinier pour cultiver les pensées n'est pas à négliger non plus.

     L'histoire atypique qui va être racontée débute de manière assez imprévisible. A la manière d'un petit film d'espionnage, je fus emmené à côtoyer, dans un restaurant de Bruxelles, un certain John GARANG, un jour de l'année 2001

       Petite restauration, organisée, un peu à l'emporte pièce, par la responsable à l'époque de la Direction Générale de la Coopération au Ministère des Affaires Etrangères, S.E. l'Ambassadeur Cristina FUNES-NOPPEN1. Femme de caractère et de conviction, à la longue carrière d'ambassadrice menée sur les traces de son père, elle avait sollicité un petit nombre de ses collaborateurs pour un déjeuner informel avec John GARANG, le leader, à l'époque, de l'Armée de Libération du Sud - Soudan (SPLA), s'opposant au régime islamiste mis en place à Khartoum. 

      Arrivé par mes propres moyens, sans invitation officielle, l'entrée du restaurant, je le compris quelques instants plus tard, était truffée de gardes du corps. A table, même topo. La personne, placée à mes côtés , ne répondant pas à mes questions, devait très certainement appartenir aussi à ce profil. L'ambiance était néanmoins décontractée. Le but du repas était en fait de faire une présentation des différentes lignes budgétaires, allouées par la Belgique aux PVD, mais aussi de montrer que son expertise était encore bien réelle, quarante années après l'indépendance de ses colonies.  Une façon d'appâter celui qui n'était alors qu'un simple chef de guerre, rassemblant des rebelles animistes et chrétiens.  

      Quelques années plus tard, suite aux accords de paix, John GARANG  fut investi vice-président du Soudan le 9 juillet 2005. Poste qu'il n'occupa pas longtemps, périssant dans un accident d'hélicoptère2 le 30 juillet 2005. Autant l'investissement de proximité mené du côté belge que les espoirs de bénéficier de soutiens financiers étaient anéantis. 

     Oubliant quelque peu cette anecdote de rencontre, mes missions en Afrique (Burkina-Faso, Niger, Maroc, Mali, Sénégal, Rép. Dém. du Congo) se poursuivirent encore quelques années. Jusqu'à celle effectuée au Mali en octobre 2006, pour aller visionner un projet financé, via la FAO, par l'une des lignes budgétaires dont j'avais justement fait la promotion devant John GARANG. Et pour m'apercevoir, in fine, que tous les déplacements de la mission étaient encadrés par l'armée malienne, à la demande expresse de la FAO. Il ne m'en fallu pas beaucoup plus pour comprendre que la région n'était plus sous contrôle des autorités. Je revenais en Belgique avec un sentiment d'inquiétude et de positionnement assez négatif sur le futur. Ce fut ma dernière mission officielle en Afrique, décidant par ailleurs d'arrêter ma carrière en décembre  2008.

     Les années suivantes me donnèrent raison, en commençant en septembre 2010, par l'enlèvement des sept otages français dans la cîté minière d'Arlit au Niger puis par le Printemps arabe (Tunisie, Egypte, Lybie) en 2011, par la nécessité par la France, de mettre en place l'Opération Serval au Mali en janvier 2013pour terminer par l'installation au Proche-Orient d'un Etat islamiste hors-la-Loi depuis juin 2014.

    Un bref résumé de dates qui n'est pas sans marquer d'une certaine cohérence, d'une certaine continuité entre elles. Un choc sociétal dont j'avais été un témoin privilégié à une période encore relativement calme. On venait de passer le millénaire et la pensée attribuée à MALRAUX  " Le XXIème siècle sera religieux où ne sera pas " commençait hélas à hanter les discours. Choc des civilisations, guerre des religions, les mots utilisés sonnent cependant faux, si ce n'est à transmettre la peur.

     La raison profonde, que l'on veuille y croire où pas, est bien celle du manque de terres arables, du manque d'eau pour assurer une production alimentaire suffisante. Le réchauffement climatique, combiné à l'accroissement de populations, n'est plus une bombe à retardement. Nous y sommes arrivés. La hausse du prix des céréales importées a fait sauter la soupape de sécurité, déjà fort tendue par un taux de chômage élevé, une corruption généralisée et un népotisme des dirigeants. Nous qui vivons dans l'excès, n'avons pas  encore conscience de l'existence de ces contraintes.  Et comme l'accès à la nourriture est inégale, la résultante, le salut, est dans la migration ou l'utilisation de méthodes violentes. Et la cessation récente des appuis du Programme alimentaire mondial (PAM) ne viendra que renforcer le couloir de la désillusion3.

    Selon certains économistes, l'ultime effet de cette évolution se retrouvera le jour où les mouvements écologiques croiseront leurs discours avec les mouvements sprituels de nature intégristes qui commencent à prospérer dans toutes les religions4. La protection de la nature s'alliant à la protection de l'âme !! Mais pour aboutir à quelles résolutions ?  La démocratie semble en bout de course tout autour de la Méditerranée et au Proche-Orient. Le manque d'accès à l'eau devient criant5. Le droit à l'alimentation est devenu un droit de l'homme assez difficilement réalisable. Comment arriver à solutionner ce tryptique de réalisations alors que l'on s'en remet de nos jours à de simples slogans. La peur est de toute façon mauvaise conseillère pour répondre à ce genre de situation. Le Maroc est jusqu'à présent le seul pays à avoir amorti la crise de régime. L'une des raisons certainement est d'avoir misé, il y a de cela près de 50 ans sur un plan de relance de l'agriculture6. Bien qu'imparfait, il porte ses fruits de stabilité de nos jours. Mais jusque à quand pourra t-il tenir, au vu de sa croissance démographique et des subventions consenties ? Que se passera t-il si ce charmant pays succombe sous les coups des extrêmes ?

     Le problème est certe complexe. Peu de chances que l'écologie devienne une thématique majeure au Moyen - Orient à court et moyen terme. Mon but n'est pas de trouver l'idée géniale qui apporterait la solution. L'objet de cet article est de montrer le processus de réflexion qui s'est développé suite à la rencontre avec John GARANG. De simple ingénieur agronome, le déjeuner-débat m'a conduit à réfléchir sur l'importance de la géopolitique. Le Sud-Soudan est traversé par le Nil blanc et de nombreux affluents venant de la Kagera au Rwanda7. Un pion essentiel de contrôle des eaux sur ce versant du rift africain se prolongeant entre Khartoum et Le Caire. Quant à l'Etat islamique, il se positionne, avec la Plaine de Ninive, entre les terres fertiles du Tigre et de l'Euphrate. Non loin, Israël accapare le Golan syrien pour sécuriser les eaux du Jourdain. Et les conflits latents pour l'eau en Asie centrale ne nous sommes pas encore parvenus. Et pourquoi ne pas voir, dans la détermination de Boko Haram au Nigéria, la stratégie sous-jacente de contrôler les eaux douces du Lac Tchad, jadis l'un des plus grands lacs d'eau douce8. Entre ces cohérences de situations, la réalité est implacable. Puisse qu'il n'y ait pas de continuité dans les dates !!

     En créant l'Etat du Congo, englobant l'entièreté d'un bassin versant d'un fleuve, la Belgique avait, en son temps, montré la voie. Toute l'attention de Cristina FUNES-NOPPEN pour une région, à priori inhospitalière, m'est ainsi apparue comme l'héritière de cette géopolitique.  Devenu indépendant le 9 juillet 2011, John GARANG n'aura pas eu le temps de devenir le premier Président de ce nouveau pays, bénéficiant de conditions favorables pour la production agricole. Aurait-il eu le feeling, avec ce potentiel, de développer un plan de développement de l'agriculture, ce que peu d'Etats ont entrepris en revanche ?

     Augmenter la superficie des surfaces irriguées est donc crucial lorsqu'il s'agit de nourrir l'humanité (in Bruno PARMENTIER : Nourrir l'humanité, préface d'Edgard PISANI, La Découverte, réédition 2009)

   Favoriser l'investissement au niveau des petits producteurs afin de renforcer les circuits courts (in Olivier de SCHUTTER, Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation, 2014)

     Mais rien ne vous oblige à penser comme moi ...(expression reprise de Pascal de SUTTER, Pensée incorrecte, Le Vif).

1 Cristina FUNES-NOPPEN : Des hommes, des femmes, et des bêtes, Préface de S.S. le Dalai-Lama, Tome 1 et 2, Ed. Persée ;

2 N'ayant pas été revendiqué, la thèse de l'attentat n'est pas celle qui a été avancée officiellement ;

3 Et à partir de ce constat, on arrive à inscrire l'influence marquante, dans la frange sunnite, de prophéties messianiques appelant à déplacer l'épicentre du monde musulman à Damas en vue de la réalisation de la prophétie du Minaret blanc (descente de Jésus ou Isa dans le pays de Cham), avant d'aller délivrer Jérusalem ;

4 A lire, l'article de Jacques ATTALI : Ecologie et spritualité : La rencontre explosive ; Le Vif - L'Express, n° 45 du 7 novembre 2014 ; Extrait : Lorsque ces forces se rejoindront dans ce que j'ai appelé "le double vert", leur idéologie sera d'une force considérable ;

5 La Guerre des six jours en 1967, entre Israël et les pays arabes, est considérée comme la première guerre de l'eau de l'histoire ;

6 Un million d'ha irrigués, 128 barrages construits à ce jour ;

7 Même s'il ne faut pas minimiser la richesse de son sous-sol,  expliquant la forte implication des Etats-Unis dans la résolution des conflits au niveau de cette région ;

8 Partagé entre quatre pays (Nigéria, Tchad, Niger et Cameroun), ce lac, alimenté par le Chari venant de Centre Afrique, est passé en quelques décennies de 26000 km2 à 1500 km2 ; un projet d'acheminer l'eau de la rivière Ubangui, affluent du Congo, est en discussion depuis de nombreuses années ;

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 11:27

    Même s'il remonte déjà à plus de quarante années, le document, repris ci-dessous, ne fait pas encore partie de l'histoire ancienne de la saga. Il ne peut être comparé à ceux déjà présentés sur ce blog comme le diplôme d'instituteur du grand - père, daté du 1 août 1914 (voir article : Le diplôme du grand-père), voire plus ancien avec la lettre écrite en 1839 (voir article : Une lettre écrite par Jean en 1839). 

    Sa particularité, sa spécificité, ce qui le rendra probablement intéressant dans le futur, s'analyse dans le contexte politique du moment. Cela s'est passé en 1973, l'année qui a vu la Belgique et d'autres pays passer de la période des trente glorieuses à celle d'un début de déficit permanant du budget public. Le monde bougeait de tous les côtés y compris du côté de l'ancienne colonie, le Congo. 

    Jeune diplômé de la Faculté des Sciences agronomiques de Gembloux, orientation régions tropicales et subtropicales, la voie était en principe toute tracée1. Comme mes prédécesseurs, le Congo, cette ancienne colonie allait m'offrir un travail dans un des domaines des cultures agro-industrielles où Gembloux excellait depuis des générations. Entre le café, le thé, le coton, le cacao, le palmier à huile, l'hévea, ces cultures exportatrices, le choix était large. Avec également l'assurance d'être contacté, sans devoir trop chercher, par l'une ou l'autre de ces sociétés installées depuis plusieurs décennies. Le timing allait une fois encore être respecté. Même mon travail de fin d'études2, réalisé en Belgique, à la chaire de Pédologie et non à celle de Phytotechnie tropicale, et donc pas du tout centré sur une des plantes énumérées ci-dessus, ne faisait obstacle à un recrutement pour le Congo. 

   Le 24 octobre 1973, le contrat était signé à Bruxelles avec la Société de Cultures au Zaïre 3 pour travailler dans leurs plantations d'hévéas, précisément à Binga, près de Lisala, dans la province de l'Equateur. Un coin, il  est vrai un peu isolé, au beau milieu de la forêt tropicale mais reconnu comme ayant les meilleures aptitudes tant du point de vue climatique que pédologique pour l'hévéaculture4. Sans aucune expérience de ce milieu, de cette culture, rien qu'avec le diplôme de Gembloux, véritable sésame, Georges GODDING, le grand patron, qui m'avait intervieuwé quelque semaines plus tôt, me lançait dans l'aventure.

      Et ce sont ces termes de Zaïre et Zaïrois, dactylographiés,  apparaissant à de nombreuses reprises sur le contrat, surimposé au mot Congo et Congolais du texte initial qui en sont biffés qui doivent attirer l'attention. Répondant ainsi à la volonté du nouveau Guide suprême qui, non content d'adhérer à la politique des non-alignés de TITO, se frotta aux modèles absolus de Ceaucescu en Roumanie et de Kim II-Song en Corée du Nord. Un changement de nom qui ne mettait pas en péril mon recrutement à ce moment. C'était sans compter sur le personnage principal, le général Joseph-Désiré MOBUTU, qui avait décidé depuis le 27/10/1971 de recourir à l'authenticité des toponymes et des patronymes de son pays. Le Congo devenait ainsi le Zaïre et expliquait ainsi les griffonnages sur le contrat. Le port de l'abacost, comme costume national fut ensuite instauré. Devenu Sese Seko MOBUTU, son implication ne s'arrêta, hélas, pas à ces transformations qui ne faisaient que supprimer la partie visible de la période coloniale. 

     Devenu mégalomane et spoliateur5 d'un des pays africains les plus riches, sa fuite en avant progressive le conduisit à entreprendre la nationalisation des entreprises à partir de 1973. Résolution prévisible et logique sur le plan politique, si ce n'est celle d'avoir favorisés ses proches qui oubliérent rapidement de gérer en bon père de famille. Malgré la situation, cette Société de Cultures au Zaïre n'a apparemment pas reculé avant de faire signer trois nouveaux contrats en ce mois d'octobre 1973. Le contexte international du marché de l'hévéa s'avérait prometteur. L'année 1970 avait été marquée par une production importante (35105 T) et un chiffre à l'exportation inégalé depuis lors (31440 T) pour le pays4. Un programme d'extension des plantations s'avérait approprié, justifiant les recrutements. Une autre raison de cette confiance devait résulter dans la localisation de ces plantations près du fief de Lisala, lieu de naissance de MOBUTU. Le chef suprême n'allait pas, croyait-on, couper l'une des branches de son assise. Ce lien géographique ne fut pas suffisant. Il fit malgré tout le pas en avant devant le précipice. Avec l'effet, quelques jours après la signature, alors que les malles étaient arrivées au port d'Anvers pour être embarquées, de ne plus m'autoriser à débarquer à Kinshasa. L'aventure tournait court avec la conséquence de me mettre à rechercher avec un peu plus de constance dans un nouvel emploi.

    L'aventure tournait rapidement court aussi pour toutes les industries, en particulier le secteur des plantations agro-industrielles6. De 36200 T en 1960, la production d'hévéa chuta à 25801 T en 1975, à 6450 T en 1995 et à 3541 T en 2003. La plantation de Binga7, mise à l'arrêt de 1997 à 2004, a été reprise par le Groupe BLATTNER de nos jours4. Située au coeur de la forêt tropicale, la région de Binga est désormais affectée par une déforestation en raison d'une exploitation intense par des sociétés.

    En 1997, le terme Zaïre fut supprimé au moment de la prise de pouvoir par Laurent-Désiré KABILA pour en revenir à l'intitulé République démocratique du Congo (RDC). La boucle était bouclée mais le mal était fait. Le Congo devint le mauvais élève en matière de bonne gouvernance.

    Même si l'histoire de ce contrat est encore assez récente, le document, par sa singularité sur le plan de l'écriture et par le contexte politique, est un témoignage de l'évolution chaotique de cette ancienne colonie. Il offre la perspective de servir de référence lorsque les années auront anéanti les mémoires et envoyé aux parcs à containeurs les fonds de grenier. En 2073, à son centenaire, ce document, s'il existe encore, remplira son rôle en rappelant qu'il fut un de ces moments importants de l'histoire familiale. Sans cette interférence politique, la suite de la saga aurait été totalement différente. 

 

1 Cette aventure a déjà été relatée en partie dans l'article : Plus de laissez-passer pour le Congo !

2 Etude du milieu physique et agricole de la région herbagère liégeoise. Contribution à une détermination des classes d'aptitude des sols pour la culture du maïs fourrage dans le secteur Spa - Verviers , TFE, Année académique 1972-1973 (ronéo) ;

3 Le contrat fut signé dans les locaux d'UNILEVER à Bruxelles ;

Etude des filières Huile de Palme et Caoutchouc - Rapport d'Etape 1 (Diagnostic - Analyse), Groupement AGRER - EARTH Gedif, 2005 ;

5 Cette analyse est unanimement reconnue de nos jours ;

6 Ce qui n'empêcha pas Robert MUGABE , Président du Zimbabwe, en 2000 d'imposer le même scénario avec les mêmes conséquences ;

7 La plantation de Binga aurait encore 2983 ha d'hévéas en rapport de nos jours ;

Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre  (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)
Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre  (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)
Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre  (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)

Contrat signé avec la Société de Cultures au Zaïre (ex Congo) le 24 octobre 1973 (4 pages)

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 17:15

     Il y a des circonstances dans la vie où on a l"impression de revivre une situation rencontrée plusieurs années auparavant. Phénomène qui le plus souvent peut finalement passer inaperçu car n'étant pas considéré comme relevant pour témoigner de l'avancement du temps et expliquer l'évolution des choses (ou même l'inverse). Deux photos ci-dessous vont servir à justifier cette réflexion1.

      Cette sensation de remonter les années, de revivre un instant, j'ai la nette certitude de l'avoir vécue à une occasion. Cet instant, renouvelé à trente années d'intervalle, n'est pas le résultat d'un phénomène fortuit, d'un moment non orchestré, bref du hasard. C'est le sentiment d'un indéniable chemin d'opportunités ressenties à la suite de la combinaison de différents facteurs déclencheurs. Pour souligner que le hasard n'est en rien le facteur aléatoire de ce genre de situations. 

       Le hasard n'existe pas. Celui qui croit le retrouver dans le numéro gagnant de son billet doit savoir qu'il n'est, pour le commun des mortels, que le fruit de coïncidences qui ont précédé sa réalisation, et pour le scientifique, que notre incapacité à comprendre un degré d'ordre supérieur2. Au lecteur, au scientifique à mettre simplement de l'ordre dans ses idées pour arriver au constat qu'il n'existe pas. Le hasard n'est que la mesure de notre ignorance,  martelait à tout bout de champs le mathématicien Henri POINCARE. C'est en se référant à cela que nous allons tenter de faire le lien entre les deux photos de cet article.

     La première remonte à l'année 1979. Jeune ingénieur agronome arrivé en juin 19763 à l'Office Régional de Mise en Valeur (ORMVA) du Loukkos (voir article : La conséquence d'un attentat au Maroc !), vaste périmètre irrigué établi dans le N-E du Maroc, on me charge de développer et superviser un programme d'expérimentations d'assez grande envergure puisque comprenant à la fois les céréales, les cultures fourrragères, le maraîchage, les cultures d'exportation sous serres, les cultures sucrières (betteraves et canne à sucre), bref de quoi devoir répondre au programme d'assolement défini pour obtenir le prêt auprès de la banque allemande de développement FkW (Kreditanstalt für Wiederaufbau - Institut de Crédit pour la Reconstruction). Rapidement, il devint évident que l'élément clef de la justification de ce financement résidait dans l'implantation de la culture de la canne à sucre sur la bande côtière sableuse du R'Mel, en bordure de l'Océan Atlantique. De Larache à Moulay-Bousselham, en passant par El Aouamra, Barga, Lala Mimouna, cette culture était prévue pour occuper 75 % de la surface agricole et venir compléter les surfaces déjà installées dans deux autres ORMVA (ceux du Gharb et de la Moulouya). Elle devait, par ailleurs approvisionner en aval une nouvelle industrie sucrière, la SUNABEL, installée à Ksar-el-Kebir et contribuer à la réduction des importations de sucre. Mis rapidement en exécution, le programme d'essais se développa en parallèle aux travaux d'infrastructure (barrage sur l'oued El Makhazine, déboisemant, nivellement, réseaux d'irrigation, constructions de multiples tours de mise en pression). Il fallait disposer de suffisamment de données chiffrées pour étayer l'ultime accord sur ce financement. Ce qui fut le cas au moment de démarrer les premières plantations en 1981. Les résultats obtenus au niveau de la Station expérimentale de Mise en Valeur Agricole (SEMVA) de Ghedira et de son annexe de Sakh-Sokh confirmaient les prévisions des fiches économiques initiales4. Mon rapport final5 comportera cependant un certain nombre de bémols sur la réussite de l'opération (concurrence des cultures maraîchères sous contrat, augmentation des rendements de l'arachide en irrigué, besoins en eaux d'irrigation conséquents, nécessité d'une main d'oeuvre abondante, risques de gelées), allant même jusqu'à énoncer "que l'on doive considérer les conditions d'établissement de la culture comme asssez marginales ".

      De récentes visites au cours de ces dernières années dans ce périmètre du Loukkos ont confirmé ce constat. Il n'y a plus de canne à sucre de nos jours dans cette plaine du R'Mel. Le maraîchage (haricot vert et surtout la fraise ) ainsi que l'arachide ont conquis l'espace. Des techniciens et développeurs audacieux, tels Gilbert BINTEIN et Philippe PENSIVY (société SOPRAM à LARACHE) pour la production de haricots de conserve, Omer ROUSSEL (groupement INSTRUPA-GOPA) pour l'intensification de l'arachide, mais tout particulièrement Virgilio AGUSTI, producteur de fraises (SOPRAG à El Aouamra), ont permis de façonner un nouveau profil de producteurs maraîchers de nos jours. Avec une valorisation économique à l'irrigation de 7,95 DH/m3 contre 0,95 DH/m3 pour la canne à sucre, et des marges brutes de 66 000 DH/ha contre 5 000 DH/ha pour la canne à sucre, on comprend aisément les raisons qui ont permis à la fraise de devenir la principale culture6

      Au final, l'essentiel pour le Maroc aura été d'obtenir le financement escompté à la fois pour la concrétisation du périmètre irrigué que de l'usine sucrière7. Il en est résulté une stabilisation de main d'oeuvre et de propriétaires terriens qui ont orienté au mieux les spéculations adéquates. Si vous y regardez bien, la fraise du Loukkos se retrouve sur les étalages de plusieurs grandes surfaces en Europe de nos jours. La région a désormais une renommée internationale grâce à sa production de fruits rouges exportés8. Au final, je n'ai été qu'un ingénieur permettant de donner l'aval sur un cadre prévisionnel d'orientations quelques peu biaisées au départ mais justifiées pour ceux qui envisageaient une prospection à plus long terme. En visionnant sur Google Earth les paysages actuels de cette région du Loukkos, entre Larache et Moulay Bousselham9, le lecteur comprendra que les investissements hydro-agricoles réalisés, il y a de cela plus de trente années, ont atteint les objectifs productifs, sociaux et économiques.

     Reste cette photo-souvenir réalisée par Jean CHAPELLE, mon collègue pédologue belge, chargé par le Directeur, Othman LAHLOU, de pérenniser les différentes étapes de l'avancement des actions menées pour la mise en valeur de ce périmètre irrigué du Loukkos. Une photo ou la satisfaction et la passion ne laissaient pas encore entrevoir le revers de la démarche. 

   La seconde photo est arrivée bien plus tard. Toujours avec en arrière-plan la canne à sucre, le contexte est totalement différent. Retraité récemment, mon travail d'historien de la mémoire familale m'avait amené à rencontrer nos très anciens cousins de France. Nous fûmes ainsi invités avec mon épouse, à parcourir la Guadeloupe (voir articles : Séjour chez Jacques en Guadeloupe, 5 parties), territoire ou la canne à sucre est liée étroitement à la période esclavagiste. La photo prise quelques trente années auparavant était restée dans le fond d'une boîte dans une armoire. Les années et surtout les activités diverses dans d'autres pays avaient effacé cet instant. Ce n'est qu'après plusieurs circuits touristiques sur l'aile droite du papillon que l'envie de faire une photo dans la canne est venue. A la vision de ces hautes tiges, le souvenir de mes jeunes années au Loukkos refaisait surface. Pour revivre, l'espace de quelques secondes, les sensations anciennes. Et reprendre presque instinctivement la même pose.

      Comment dès lors expliquer cette similitude dans la position pour les deux photos. Hasard, destin, fatalité, certainement pas. Tout au plus on peut parler d' instinct, de coïncidence. Je me réfèrerais plus volontiers à la mémoire des sens et des émotions qui s'étaient insérés quelque part dans un repli d'un lobe. Les facteurs déclencheurs ce sont eux dans ce cas. La vue de cet alignement, le toucher d'une feuille, l'odeur de poussière brûlante, le goût sucré d'un bâton de canne, le crissement des feuilles dans le vent ont réanimé les cellules adéquates. 

Quand il y a de l'ordre, il y a de l'information

Et quand il y a de l'information, il n'y a pas de hasard

    Voilà ce qu'écrivait Alan TURING (1912-1954), celui qui est considéré comme le père de l'informatique, et qui est parvenu à déchiffrer le code ENIGMA, utilisé par l'armée allemande pour protéger leurs transmissions pendant la guerre 40-45. Il y avait manifestement de l'ordre dans les cellules de mes neurones pour expliquer la réplique de la pose à trente années d'intervalle.

      Quant au poète Paul ELUARD (1895-1952), il reprend la phrase de TURING en employant une forme plus chaude, plus apaisante : Il n' y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous.           

 

1 Les idées reprises dans cet article font suite à la lecture du livre : La fin du Hasard, Igor et Grichka BOGDANOV, Ed. Grasset, 2013 ;

2  Jean GUITTON, Dieu et la science, Ed. Grasset, 1991 ;

3 En provenance de l'Office Régional de Mise en Valeur de la Moulouya à Berkane ou j'avais travaillé sur la vulgarisation des cultures betteravières d'avril 1975 à octobre 1976 ;

4 90 T/ha pour une canne vierge de deux ans et 65 T/ha pour une canne de repousse de 12 mois ;

5 PARFONRY Roland : Rapport final d'activités 1er juin 1976 - 31 mai 1983 ; ORMVAL - Service Productions Agricoles - Bureau des études, Bibliothèque ORMVAL, Ksar-el-Kebir (ronéo) ;

6 S. FEGROUCH, Hommes, Terre et Eaux n° 141, décembre 2008, Casablanca ;

7 L'usine est restée alimentée par la production betteravière développée sur les sols plus lourds de la plaine et des collines jusqu'en 2010 ;

8 Le premier au Maroc à avoir introduit et développé la fraise pour l'exportation dans le Loukkos (ferme de Sakh-Sokh à El Aouamra), dès 1976, fut mon ami espagnol Virgilio AGUSTI, disparu en janvier 2014 ; 

9  La dernière mise à jour est du 23 octobre 2014 ;

Devant une parcelle de canne à sucre en 1979 au Maroc (credit : Jean CHAPELLE)

Devant une parcelle de canne à sucre en 1979 au Maroc (credit : Jean CHAPELLE)

Devant une parcelle de canne à sucre en 2009 en Guadeloupe (credit : Martine LEMAIRE)

Devant une parcelle de canne à sucre en 2009 en Guadeloupe (credit : Martine LEMAIRE)

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 09:00

       On aurait pu donner à cet article un titre du genre : Le Wisconsin aurait pu être la destination finale. Mais, cela aurait atténué quelque peu le sens souhaité. Il sera malgré tout question de cet Etat américain quand sera abordé l'une des conséquences possibles de ce qui est le fait principal de l'article.

       Dans un dossier précédent (voir article : Les derniers prénoms PARFONDRY. Appel à témoins), il avait été fait allusion à une phrase de l'écrivain Hervé Bazin, exprimant la forte probabilité de devoir assumer de l'existence de croisements non déclarés dans n'importe quelle famille. Cette quasi évidence, non confortée évidemment par des calculs statistiques de tests ADN, se devait d'être attestée par un exemple quasi factuel. Si c'est aussi fréquent qu'on le dit, il serait normal que les secrets de famille en regorgent. Bien difficile cependant de les faire resurgir ces secrets qui, même après plusieurs générations, sont tus et finalement appelés à sortir de la mémoire. Par bonheur, Votre Poor lonesome cowboy, Your fieldmouse est parvenu à sauver l'un de ses secrets. Pour montrer au final, non pas une histoire familiale mais ce que fut l'existence dans les lambris feutrés des maisons patriciennes de nos campagnes.

      Il y a quelques années, j'avais demandé à ma mère, née Solange Berger, de mettre sur papier les quelques souvenirs qu'il lui restait de son jeune temps. De quoi, approvisionner une sorte de document de synthèse que j'avais souhaité rédiger sur son histoire familiale en me limitant toutefois à la période couvrant le XXème siècle1. Rien que des souvenirs de sa jeunesse heureuse remontaient à la surface. Quelques mots par contre sur cette origine incertaine qu'elle osait parfois énoncer avec beaucoup de discrétion. En parler par bribes de phrases passait encore mais l'écrire clairement était manifestement encore trop hasardeux. D'autant que, selon mon appréciation, elle n'en connaissait que quelques lignes imparfaites, étant l'une des plus jeunes des enfants Berger de sa génération.

       J'avais transmis cette information à un de ces lointains petits-cousins qui, pris du même virus que moi, s'était lancé dans l'aventure de faire revivre l'histoire des BERGER d'Orbais, en reculant plus loin dans le temps par rapport à l'objectif que je m'étais imparti. Alex Berger, un des derniers vrais BERGER de cette lignée, a ainsi donné plus de corps à cette simple indication que je lui avais transmise.

      Au sein de son arbre remontant à l'année 1758, apparaît le couple Adolphe Berger (Orbais, 1856-Orbais, 1935) et Rosine Lengelé (Bienne-lez-Happart, 1861 - Orbais, 1934), marié le 17 décembre 1880, lesquels sont les grands-parents du côté paternel de ma mère. L'installation de ce couple à Odenge, hameau du village d'Orbais, est intimement lié avec l'arrivée d'une autre famille très connue, en la personne du sénateur Hippolyte Trémouroux et son épouse Marie-Catherine Pieret dans leur propriété de Petite Odenge.

       Hippolyte Trémouroux (Perwez, 1803 - Orbais, 1888) n'est pas n'importe qui. Procureur du Roi et échevin à Nivelles, il a aussi été député puis sénateur libéral. C'était également un grand industriel, cofondateur de la S.A. des mines du Luxembourg et des forges de Sarrebrück ainsi que de la S.A. des Hauts fourneaux de La Providence à Marchienne-au-Pont. Sans oublier qu'il disposait de grandes propriétés à Orbais2 dans le Brabant wallon, autour de sa maison de maître, située au hameau d'Odenge. Il a eu deux enfants, Mathilde et Hippolyte, qui n'auront aucun des deux de descendance.

      Le décor de la famille Trémouroux étant planté, voilà ce que nous en rapporte Alex Berger dans son article4, publié récemment dans Le Souvenir Perwézien, revue d'histoire locale reprenant des données se rapportant à la commune de Perwez et environs (Bt wallon de l'est), dont Orbais constitue l'une des sections.

Le 17 décembre 1880, Adolphe Berger fils s’était uni à la jeune couturière Rosine Lengelé, dont l’histoire est intimement liée à celle de la famille Trémouroux. Il faut pour cela remonter à sa maman, Rosine Durieux.

Cette dernière est née le 19 octobre 1833 dans la commune hennuyère de Bienne-lez-Happart (près de Lobbes). Elle est le second des huit enfants des journaliers Adrien Durieux et Victoire Pourbaix ....

D’après les registres de population, Rosine Durieux est arrivée à Orbais en octobre 1863, accompagnant de Bruxelles ses maîtres de l’époque, Hyppolite Trémouroux fils (Nivelles 1829 – Neuilly 1914) et son épouse Aline Amand dans la demeure de la Petite Odenge. Elle y est alors renseignée comme gouvernante. Nous ne savons pas grand-chose de la période bruxelloise de Rosine Durieux si ce n’est l’accouchement d’une fille à Bienne-lez-Happart le 9 février 1861, inscrite à l’Etat civil sous le nom et le prénom de sa mère. La tradition familiale a attribué la paternité de cette enfant à Hippolyte Trémouroux fils.

Rosine Durieux ne restera que peu de temps à Orbais. Elle se marie à Charleroi le 4 juin 1864 avec l’Orbaisien Jacques Lengelé (né le 14 juin 1831, il est le fils du tailleur et journalier Charles Lengelé et de Marie Agnès Vase), union au cours de laquelle ce dernier adopta la petite fille sans père qui sera dès lors connue sous le nom de Rosine Lengelé. Ils résideront près de six ans à Charleroi, servant comme domestique et cocher auprès d’une famille bourgeoise, avant de revenir à Orbais en février 1870, après la naissance, le 10 décembre 1869, d’un petit Gustave Lengelé. Ils reprendront du service auprès de la maison Trémouroux en tant que cuisinière et domestique, postes qu’ils occuperont jusqu’au décès du sénateur le 16 mai 1888. Il semble néanmoins qu’ils aient attendus qu’Hippolyte Trémouroux fils quitte le domicile de ses parents en août 1879 pour y réélire domicile avec Gustave. Au cours de toute cette période, la jeune Rosine Lengelé vivait probablement à Bienne-Lez-Happart auprès de sa famille maternelle puisque nous ne retrouvons sa trace ni à Charleroi, ni à Orbais avant son mariage avec Adolphe Berger fils le 17 décembre 1880.

      C'est précisément de ce fils prénommé également Hippolyte (Nivelles, 1829-Paris, 1914) qu'il est question. Agé de 59 ans à la mort de son père, il semble s'être débarrassé très vite de son héritage en léguant la majeure partie de sa fortune à la commune d'Orbais, à savoir un total de 300 ha, afin d'y créer un hospice et un hôpital. Ce geste lui vaudra d'avoir son buste dans la cour du home Trémouroux de nos jours. La rue reliant justement le village d'Orbais au hameau d'Odenge porte désormais son nom. A partir de 1888, on le retrouve résidant à Paris. Il s'y maria à deux reprises, tout en conservant, paraît-il, un pied à terre à la rue du Musée à Bruxelles. Derrière cette face recto du personnage, il existe cependant une face verso. C'est ce côté obscur qui va nous intéresser.

      Ce que l'on peut retenir de cette histoire racontée par Alex Berger, c'est que le fils Trémouroux avait 32 ans à la naissance de Rosine en 1861. Et le nom de Bienne-lez-Happart faisait partie précisément des quelques mots prononcés par ma mère en rapport avec cette histoire. Il fallait bien qu'il ait quelque peu marqué les esprits pour que ce nom de village, situé à quelques 70 km d'Orbais, en dehors du cercle de villégiature pour l'époque, soit resté gravé dans sa mémoire. Quant à Trémouroux fils, n'ayant pas repris d'activités politiques, on ne connait point son occupation officielle à cette période. Reconnu comme grand voyageur, sa présence est seulement constatée entre 1876 et 1877 où on l'a retrouvé comme correspondant en Algérie. Par la suite, il aurait encouragé les efforts de Léopold II dans son entreprise de colonisation5. Ce qui signifierait concrètement qu'il aurait financé certaines actions du monarque belge.

      Manifestement, en cette année 1861, le fils n'aurait pas suivi les directives de son père, homme par ailleurs très cultivé6, à cheval sur les principes, pour lequel la bibliographie officielle retient l'énoncé suivant : Retiré de la vie privée, il a rapporté au foyer de la famille la conscience d'un bon citoyen, une vie pure et une réputation sans tâches. C'est le plus bel héritage qu'on puisse laisser à ses enfants7.

      La bâtardise n'a vraiment pas besoin de tant d'éloges pour se déjouer des conseils paternels. Elle n'a pas besoin de dix générations pour laisser ses gênes usurper la carte des chromosomes. Comment hésiter à ne pas croire à cet accident de parcours, alors que l'allusion est à peine voilée dans les propos de l'historien Joseph Tordoir, qui habite comme par hasard, la maison attenante de celle des Berger à Incourt. Lesquels, pour la bonne compréhension, constituent l'une des sous-branches descendant du couple Adolphe Berger - Rosine Lengelé installé à Orbais. Selon l'historien, il eut une vie galante assez intéressante et connu une vie tumultueuse à Paris. Il aurait par ailleurs eu une descendance naturelle non répertoriée3 .

      De plus, la notoriété du fils Trémouroux n'avait apparemment pas souffert de ses frasques, à son décès à Paris en 1914. Transportée au château familial d'Odenge, en Belgique, le deuil de la dépouille du fils Trémouroux était conduit par le Comte de Terves, MM. Tremouroux, Armand de Ceves, A. d'Ermeton, de Gourcy-Serainchamps, Mathieu de Malvoisin, de la Rocheblain, le comte Guyau, MM. de Burlet, etc ....8.

      Beaucoup d'aristocratie de dernière génération qui venait probablement se rappeler des instants passés dans les lambris feutrés des demeures patriciennes des parents. Et sur laquelle j'éviterai de m'appesantir de trop, n'ayant trouvé que quelques références notoires.

Le Comte Pierre Gabriel Léonce de Terves (1840-1916) est le mari de Mathilde, la soeur du défunt. Mariés en 1875, ils  habitaient l'imposant château de la Beuvrière, près d'Angers, propriété de la famille des comtes de Terves depuis 1765. Citée dans un article de la Société horticole d'Angers en 1908, Mathilde aurait développé les cultures florales du château. La même année cependant, le château dut être vendu suite à des spéculations désastreuses. 

Le Comte Adolphe de Gourcy-Serainchamps (1857-1915) est issu d'une famille nobiliaire belge, ayant occupé le magnifique château de Leignon, près de Ciney ;

Le Comte Guyau est probablement le fils du Comte Eugène Guyot (1803-1868), administrateur civil de la ville d'Alger de 1838 à 1847, grande figure de la colonisation en Algérie ;

Quant à M. de Burlet, c'est un membre d'une grande famille de la bourgeoisie belge, installée à Perwez, occupant une fonction notariale sans interruption depuis 18529.

      Au final, je laisse le soin, aux lecteurs de cet article, de visionner les  photos jointes pour se faire une idée du lien potentiel non reconnu. Par chance, les photos des Trémouroux père et fils existent, ce qui permet de comparer certains détails du visage de Rosine Lengelé. Un bandeau reprenant  les trois têtes s'avère très éloquent. On ne peut nier une ressemblance dans les traits. La vérité semble évidente. Rosine Lengele est le parfait témoignage de ce qui se passait autrefois dans les campagnes. De manière plus prosaïque, il y a (aurait !!) des gênes inavoués des Trémouroux d'Orbais au sein de toute la descendance des 6 enfants, des 20 petits-enfants,, des 23 arrière-petits-enfants10 et des 42 arrière-arrière-petits-enfants du couple Adolphe Berger - Rosine Lengelé.

       Qui auraient pu se retrouver sur les terres du Wisconsin11. Eventualité qui demande un petit retour dans l'histoire. Pour rappel, suite à de mauvaises récoltes successives de pomme de terre, créant une situation de famine dans les campagnes, plusieurs milliers de petits agriculteurs et d'artisans de la Hesbaye (incluant le Brabant wallon de l'Est avec les villages de Neerheylissem, Beauvechain, Orbais, Incourt,....) émigrèrent vers le Wisconsin, près de Green Bey, dans les années 1845/1855, y créant même des villages portant des noms de la région d'Orbais (Walhain, Rosière, Grand-Leez). En 1975, un journaliste de la télévision ira retrouver des descendants dont les plus anciens parlaient encore le dialecte wallon de nos campagnes. Et en 2012, un livre intitulé,  "Les Wallons du Wisconsin, nos cousins d'Amérique "  écrit par Françoise LEMPEREUR et Xavier ISTASSE a été édité en français et en anglais, témoignant de l'importance de ce fait d'actualité.

      Cette migration fut le cas pour une autre fille d'Orbais12, approchée d'un peu trop près également par le fils Trémouroux et qui, comme une sorte de dédommagement, lui paya le voyage13. C'était les moeurs de l'époque, paraissent dire certains. Rosine Durieux, ayant eu la chance de rencontrer le brave Jacques Lengele qui en adoptant sa fille, lui permit de ne pas suivre le même chemin. En 1861, date de sa naissance, le couloir de migration vers le Wisconsin s'était, il est vrai, déjà quelque peu raréfié.

       Rosine Lengelé reste dans le souvenir de ma mère comme une femme très gentille, très intelligente, très catholique, venant parfois sermonner son fils  Jean Berger14 de ne pas aller à la messe et de lire le journal La Dernière Heure, celui qui ne défendait pas ostentiblement ses convictions religieuses.

      Cette histoire n'est pas sans rappeler celle d'une autre Rosine, une Parfondry de la branche de Forchies-la-Marche, partie aussi pour les Etats-Unis avec son fils en 1902 (voir article : Une Rosine Parfondry aux Etats-Unis).

      Quant à la descendance des Trémouroux d'Orbais, existante de nos jours, elle doit probablement remonter aux frères du sénateur. De quoi éviter d'en poursuivre les clichés et les comparaisons hasardeuses.

1 PARFONRY Roland (2011) : Ainsi était ..... la maison BERGER d'Incourt, 30 pages, ronéo ;

2 Orbais : village situé au milieu des plus belles terres agricoles du Brabant wallon, disposant d'un important réseau hydrographique, et qui fut occupé, sous l'ancien régime, par de nombreuses familles aristocratiques, dont la famille d'Arenberg, ....

3 Les voyages d'Isidore-Hippolyte Trémouroux, Le Soir, 25 octobre 1994 ;

4 BERGER Alex (2013) : La famille BERGER à Orbais, Le Souvenir Perwézien , n°111 sept.2013, p. 5 à 15 ;

5 Le Soir (ibidem) ;

6 Hippolyte TREMOUROUX  père a passé une thése en latin en 1826 à l'Université de Louvain ;

7  BOCHART : Extrait de Biographie des membres des deux chambres législatives, Bruxelles, 1858 ;

8 Le Gaulois, 16 février 1914 ;

9 Les deux familles de BURLET et TREMOUROUX sont associées dans le nom de la maison de repos d'Orbais ;

10 Incluant donc votre fieldmouse ;

11 Trois frères BERGER (Barthélémy, Adrien et Ferdinand), cousins d'Adolphe, partirent ainsi pour le Wisconsin ;

12 dénommée VANDERMEUSEN ;

13 Information transmise par Joseph TORDOIR ;

14 Jean BERGER, un des six enfants de Rosine LENGELE, est le père de ma mère  et mon parrain ;

              Hippolyte Trémouroux père

Hippolyte Trémouroux père

                Hippolyte Trémouroux fils

Hippolyte Trémouroux fils

           Rosine Lengelé - Adolphe Berger

Rosine Lengelé - Adolphe Berger

Rosine LENGELE entre TREMOUROUX père et fils. Pour mieux comparer la filiation.

Rosine LENGELE entre TREMOUROUX père et fils. Pour mieux comparer la filiation.

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 23:21

     Après avoir abordé la vie de Marcel dans un article précédent où la densité, la diversité des rencontres et des sujets, méritent nécessairement une seconde lecture, voici un sujet plus serein, plus léger, moins problématique qui est une sorte de détente après la complexité.

      A travers cet article, il est proposé de faire mieux connaissance. En relatant une étape de mon parcours estudiantin à la Faculté des Sciences Agronomiques de Gembloux (1967-1973). Une façon de proposer une transition.  De sortir de ce monde des archives, qui, grâce à ce nouveau monde virtuel,  fut celui qui nous a permis de retrouver la mémoire du patronyme. D'être un peu plus dans le réel pour une fois.

       Durant cette période estudantine, je fis partie à deux reprises du Comité des Etudiants, comme éditeur responsable de la revue « Agro Gembloux » mais aussi comme membre du Comité d’organisation du baptême des lapins1. Pour rappel, la période des études n'est pas des plus anodines. Mai 1968 venait de déferler sur Paris, et ses effets secondaires, telles ces plantes invasives que l'on découvre de nos jours dans nos jardins, arrivaient sur les campus des pays environnant. C'est ce qui fut constaté, même pour la petite Faculté de Gembloux, rassemblant quelques 400 étudiants (pour 5 années d'études), potentiellement aptes à obtenir le diplôme. Mais le lien avec la campagne et les origines rurales avaient commencé à se délier. Nous étions trente ans après la fin de la dernière guerre et on voyait arriver une foule de Bobo en provenance de la ville qui avaient du mal à faire la différence entre un épi de blé et d'orge, voire à reconnaître au vol un hanneton, l'un des premiers insectes à avoir fait les frais de l'intensification de l'agriculture.

       Des débats serrés et contradictoires se sont déroulés lors des élections de 1970 et 1971 pour la composition du Comité des étudiants. La vieille garde, héritière de la sensibilité des campagnes, a su résister aux idées révolutionnaires qui sévissaient dans la grande majorité des amphithéâtres. Les résultats de ces élections ont été retrouvés. Pour les comprendre, il est utile de souligner que les étudiants contestataires préféraient recourir à l’abstention plutôt que de s’y présenter. Croyant que cette stratégie ne permettrait pas d'obtenir le quorum minimum des voix pour être élu2. Cela ne leur a pas réussi.

     Pour celles de 1970, on mentionne pour 167 votants3, les résultats suivants :

 Présidence : DENAYER Jean. ; 90 oui (élu)

Vice-Prés. Intérieur : ANDRE Michel ; 45 oui

                                        DEHON Jean Paul ; 108 oui  (élu)

Vice-Pré. Extérieur : HEUCHENNE Bernard ; 149 oui (élu)

Trésorier : BULTEAU Michel ; 152 oui (élu)

Secrétariat :  FOUREZ Roland ; 54 oui

                         PARFONRY Roland ; 57 oui

                        ROBERT Marguerite ; 53 oui

Office des cours : WATHELET Jean – Paul : 149 oui (élu)

       La seule inconnue, à la lecture des résultats, était donc l'attribution du poste, tant convoité, de secrétaire. Deux candidats de la ligne traditionnelle s'étaient présentés, même si j'avais eu la tendance de me démarquer de mon ami Roland Fourez, plus volontiers porté sur la traditionnelle transcription de faits en lien direct avec la gouaille étudiante. Vis à vis, une candidate de l'opposition avait, malgré tout décidé de s'inscrire. Un risque évident de diviser les voix et de donner une visibilité assez grande, vu l'importance de la fonction au niveau des rédactions de texte et de la communication. C'est ce qui se passa immanquablement. Les résultats, très serrés, ne pouvaient pas aboutir sur un deuxième tour, au risque de ne pas atteindre le quota minimal des voix (50% des votants). A l'analyse des chiffres, on se rend compte que c'est sur les deux postes de Président (élu avec seulement 53% des voix) et de Secrétaire que l'opposition se focalisait. Roland Fourez analysa rapidement la situation et déclara, très sportivement, qu'il reportait ses voix sur moi. Le piège avait été évité.

       J’ai eu la prétention de vouloir modifier quelque peu le contenu de la revue "Agro-Gembloux", en y insérant plus volontiers des articles d’informations devant apporter un nouvel équilibrage vis à vis de ceux se complaisant à rapporter les délires d'étudiants, ancrés dans le bien - être des trente glorieuses. Du genre : Quels sont leurs films préférés ? (on parle des profs évidemment)

       N'ayant pas conservé tous les exemplaires, je reprends, comme exemple de la nouvelle approche, deux titres évocateurs. Dans le numéro de mai 1971, je rédigeais un article sur l’Office de Coopération au Développement (O.C.D.), ancêtre de l’Administration Générale de Coopération au Développement (A.G.C.D.), organisme au sein duquel  j’effectuerai par la suite la plus grande partie de  ma carrière à l’étranger (de 1975 à 1991). Dans le numéro de février 1973, un article sur l’Europe verte et ce fameux Plan MANSHOLT était cette fois inclus. La consistance de ces articles reflétait assez bien la personnalité des membres du comité des étudiants.

      Et pour les élections suivantes de mars 1971, nous fument, avec Bernard Heuchenne, les seuls à nous représenter au même poste et cette fois sans concurrence. Avec toujours une opposition présente sur le campus mais toujours inexistante quant à sa volonté de se présenter démocratiquement. Cette fois, elle tenta bien de s'attribuer le poste de .... trésorier, sans succès. Après avoir voulu s'accaparer des idées, voilà que ce groupuscule était tenté par la gestion financière. L'abstention fut par ailleurs moins importante car il y eu cette fois 243 votants.

Présidence : THONART Philippe ; 145 oui (élu)

Vice-Prés. Int. : SCHIRVEL Bernard ; 196 oui (élu)

Vice-Prés. Ext : HEUCHENNE Bernard ; 191 oui (élu)

Trésorier : DEBRUGE Jean ; 150 oui (élu)

                     WASTERLAIN Philippe ; 85 oui

Secrétariat : PARFONRY Roland ; 156 oui (élu)

       Malgré ce souci de faire évoluer les textes dans la revue, il était évident que l'on ne pouvait faire table rase sur l'histoire des annales étudiantes remontant à des années lumières. Un équilibre devait être maintenu afin de conserver l'assiduité des lecteurs, toujours à la recherche de ce quelque chose qui ne rentrait pas dans la logique de la conversation autour de la table familiale. Il fallait bien accepter de temps en temps des textes qui mettraient à l'épreuve les zygomatiques des étudiants joyeux et débonnaires que nous étions encore.

      Ma faible aptitude à maîtriser mes cordes vocales me valut ainsi de nombreuses citations dans les fameux ragots anonymes, que je me faisais fort d'insérer,  et qui restaient malgré tout un must pour occuper nos temps libres. J’en ai retrouvé quelques unes des citations. Ce qui donne évidemment le sentiment d'avoir été, durant cette période, une sorte d'exutoire complaisant pour ceux qui avaient des problèmes d'insomnies.

En avril 1970 : R. Parfonry cherche engagement dans groupe vocal, même religieux, voix intéressante, tient particulièrement bien le Si ;

                         Parfonry a été élu bien qu’on ait toujours dit qu’il n’avait pas de voix (NB : suite aux résultats de l’élection du nouveau Comité des étudiants)

Et en mai 1971 : PARFON (notre barde) : Il fit un succès complet au Malouf à Tunis dans son tube : « Il pleut dans ma maison, ah, ah… » (N.B. : cela s’est passé pendant le voyage de fin d'études en Tunisie, à l’occasion d’une soirée entre étudiants ; certainement que ce type d'expression libre ne pourrait plus se réaliser de nos jours, No comments obviously !! ) ;

mais aussi : Parfon a ramené un tambour tunisien pour masquer ses fausses notes ;

Et dans la rubrique « Les films qu’ils préfèrent » : Parfon : L’homme orchestre ;

     De toutes ces personnes au sein des Comités étudiants, je n'ai plus eu de contacts si ce n'est quelques rencontres fortuites, dans les aéroports (Philippe Thonart), aux soirées Peyresq4 (Jean Denayer) ou chez mon beauf (Roland Fourez). Aucunes nouvelles par contre de Jean-Paul Dehon (Biloute), Bernard Heuchenne (l'archiviste), Bernard Schirvel (celui de la décalco Agro-Gembloux), Michel André (le français râleur) et Michel Bulteau. Jean Debruge nous a malheureusement déjà quittés.

      Voilà, c'est déjà terminé. Contrairement aux autres articles, il n'y a pas grand chose à en retenir. Je me suis permis un petit moment de convivialité en dévoilant une face peu connue de mon parcours. Il faut bien oeuvrer quelque peu à la reconstitution de sa propre mémoire pour les générations futures.

1  Lapin : Etudiant entrant en première année de candidature à la Faculté de Gembloux ;

2 Ne peuvent voter que les étudiants qui sont en règle de cotisation bien évidemment ;

3 La grande majorité des étudiants étrangers, peu sensibilisés à ce type de représentation et de folklore, ne venait pas assister aux élections ; ce qui explique le nombre relativement modeste des votants ;

4 Peyresq est un village  des Alpes de Haute-Provence, dont de nombreuses maisons ont été rachetées et remises en état par des Ecoles supérieures belges  (voir http://www.milin-colis.be/peyresq/peyresq.php?idmenu=152500) ; ces repas servent à financer la rénovation de Céres, la Maison de Gembloux à Peyresq ;

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 17:03

      L'épisode du départ raté pour le Congo - Zaïre en 1973 (voir article : Plus de laissez-passer pour le Congo !) a provoqué un certain émoi dans mon entourage. Qu'allait-il advenir de mes velléités africaines après cette rupture imprévisible de contrat ? Avec mon diplôme d'agronome tropical pour principal bagage intellectuel et économique, il me fallait rebondir. Faire en sorte que ce parchemin me permette de poursuivre le chemin de ces anciens qui m'avaient transmis tout leur savoir. C'est cette recherche d'un nouveau départ qui fait l'objet de cet article. Avec toujours comme toile de fond cette relation avec des faits politiques externes qui ne cessent finalement de provoquer le destin.

    Une fois les malles récupérées au port d'Anvers, suite à ce départ contrarié, les joies d'un congé prolongé sans solde apparaissaient comme une crainte certaine. De petits contrats en missions de courtes durées me permirent d'arriver en fin d'année 1974.  Avec à la clef un passage par la Raffinerie de Tirlemont et la Société européenne des semences (SES)1 pour me permettre de développer une formation dans ce secteur agricole en expansion. Jusqu'à ce jour où le Directeur des Services Agronomiques de la Raffinerie tirlemontoise, Monsieur Ernest LOUMAYE2, un ancien de Gembloux, me rencontrant dans un couloir, me pose subitement cette question : Serais - tu intéressé par un travail au Maroc ?

     Voilà comment cette aventure marocaine à commencé pour moi. Une simple question a suffi pour me permettre de vivre une aventure professionnelle et humaine durant onze années. Mais pour bien la comprendre, il est impératif de la remettre, une fois encore, dans le contexte politique du moment. Pour s'apercevoir que la vie peut être influencée par le résultat de faits annexes et de rencontres imprévues. Et ce qu'on appelle trop souvent de hasard, n'est en fait que l'expression de ces faits et rencontres qu'il reste à concrétiser sans trop connaitre le contexte qui en provoque le déclic et le passage de proximité.

      Tout débute le 10 juillet 1971 au Palais royal de Skhirat, près de Rabat. HASSAN II,  le roi du Maroc, y organise une réception à l'occasion de son 42ème anniversaire. Cette journée fut marquée par un attentat cherchant à tuer le roi. Dans la lignée des coups d'Etats pacifiques perpétrés par Nasser en 1952 et Kadhafi en 1969 au détriment du roi Farouk en Egypte et du roi Idriss en Lybie, une partie de l'armée marocaine s'était mise à comploter en voulant cette fois éliminer le Roi. Organisée par les officiers de l'école des cadets, l'intensité de l'attaque provoquera le décès d'une centaine de personnes. Par chance, Hassan II eut, comme toute la famille royale, la vie sauve. Mais parmi toutes ces victimes on épinglera celle de Marcel DUPRET, l'ambassadeur de Belgique. Présent non par hasard vu son statut diplomatique, il n'aura pas la chance d'en réchapper3.

     En dehors de la répression au sein de l'armée qui fut sévère4, le roi devait veiller à rester le leader en conservant ses bonnes relations diplomatiques. La mort d'un ambassadeur méritait quelques égards à l'encontre de son pays. C'est ce que gèrera le Baron Roland d'ANETHAN, le nouvel ambassadeur de Belgique, nommé à titre extraordinaire et plénipotentiaire. En réponse aux fusils, la Belgique envoyait du gros calibre.

      Il convenait de faire reconnaître l'incapacité d'un pays de ne pas avoir pu protéger un représentant officiel d'un autre pays, invité à une réception officielle. La diplomatie prenait le pas après quelques temps sur les condoléances. Certains dossiers furent activés. C'est ainsi qu'une convention pour éviter la double imposition fut signée à Rabat le 4 mai 1972. Et dans la foulée, une autre convention spécifique mettait à disposition du Maroc 30 ingénieurs agronomes belges au sein du Ministère de l'Agriculture et de la Réforme agraire (MARA)5.

      Cette dernière convention n'était cependant pas le fruit d'un accord improvisé. Elle s'intégrait dans le cadre du plan de relance de l'agriculture marocaine qui visait à atteindre le million d'ha en irrigué. Principalement soutenu par la création de neuf grands périmètres irrigués, les Offices de Mise en Valeur Agricole (ORMVA) du Loukkos, de la Moulouya, du Gharb, du Tadla, des Doukkala, du Haouz, du Souss-Massa, d'Ouarzazate, du Tafilalt et la construction de nombreux barrages, ce programme était destiné à stabiliser les populations dans les campagnes, à augmenter le revenu, à accroitre la sécurité alimentaire nationale et à augmenter les productions. L'effort était tout particulièrement orienté pour promouvoir les cultures sucrières (betteraves et canne à sucre), pour valoriser les plantations d'agrumes, héritées de la période du Protectorat6, et pour intensifier le maraîchage, en particulier en primeurs pour l'exportation. Un véritable programme de développement agricole qu'on ne rencontre pas, hélas, très souvent. Une aubaine, une réelle opportunité pour un agronome lui permettant d'appréhender tout le contexte de la problématique au niveau du paysan, de l'administration et de la chaîne industrielle en aval de la production.

      C'est pourquoi, à l'exception de quelques planqués dans les Ministères à Rabat, la plupart de ces trente agronomes se retrouveront dans différents ORMVA. J'avais bien évidemment répondu favorablement à la requête de LOUMAYE. Mais quel était en fait le lien entre cette convention belgo-marocaine et LOUMAYE, travaillant pour la Raffinerie tirlemontoise ? En fait, l'un de ses 30 postes était destiné à assurer la promotion et la vulgarisation des cultures sucrières au sein du périmètre irrigué de la Moulouya7, considéré avec sa plaine des Triffas8, comme disposant de l'une des zones les plus fertiles du Maroc. Et l'élément clef prévu dans le cadre des aménagements agricoles  de ce périmètre reposait sur le développement de deux cultures sucrières récemment introduites : la betterave sucrière et la canne à sucre. Avec comme corollaire, la construction d'une usine, par la Raffinerie tirlemontoise, la SUCRAFOR, destinée à traiter ces productions et qui s'était érigée près de la localité de Zaio, dans la plaine du Zebra, au beau milieu de ce périmètre irrigué. Le poste qui m'était échu consistait donc à répondre au souhait de développement de ces deux cultures auprès des agriculteurs afin d'assurer un rapide approvisionnement de la sucrerie.

       Arrivé au Maroc via Rabat pour y remplir quelques formalités, je débarquai fin mars 1975 à la gare d'Oujda, réceptionné par Clément MATHIEU, pédologue de formation, l'un de ces trente belges déjà opérationnels à Berkane, siège de l'ORMVA de la Moulouya. Peu de temps après, je faisais la connaissance des deux autres belges y travaillant dans le domaine du génie rural : Jan Van LOOIJ et Pierre MARCHAL. De fait, il était temps d'en profiter. Selon certains, j'aurais été l'un des derniers à bénéficier du cadre de cette convention spécifique. Les postes avaient déjà été pourvus pour la quasi totalité.

       Le plus cocasse fut probablement ma première rencontre avec Monsieur ALAMI, le Directeur. Ce dernier avait manifestement pris connaissance de mon CV, qui était à ce moment, il est vrai, peu fourni. Il me gratifia de manière humoristique du titre de " touriste", allusion à ma période de trois mois au Ministère du Tourisme en Algérie en 1974, y travaillant pour un bureau d'études belge9. Mais aussi, allusion non détournée, pour dire qu'il n'appréciait pas mon affectation, non en raison de ses doutes sur ma capacité à répondre à la description de l'emploi mais bien parce que mon arrivée ne répondait pas à une demande de sa part. Il estimait, avec son chef du Service agricole, que les ingénieurs et techniciens marocains avaient la capacité d'effectuer le travail10. Ma formation à Gembloux allait de ce côté m'aider à répondre à ce défi. Sans oublier la gentillesse de mon chef de Bureau, Monsieur TOULALI, ingénieur marocain hispanophone, lequel avait compris la relative difficulté d'intégration qui m'attendait.

      Pour la première fois, je disposais d'un contrat d'une durée suffisante pour me permettre un peu plus de stabilité. Les emplois offerts dans ce type de coopération entre deux pays couvraient des périodes de deux ans. Ce qui n'empêchera pas de demander une mutation après une période de quinze mois11, trouvant un meilleur cadre de travail au service d'Othman LAHLOU, le dynamique Directeur du nouveau ORMVA du Loukkos, situé sur la côte atlantique, où je retrouvai Jean CHAPELLE et Rodney WATTEEUW. Au final, je renouvèlerai cinq fois, en arpentant, après la Moulouya  les terres de deux autres ORMVA, successivement celles du Loukkos avant de terminer dans le Tadla avec Jan Van LOOIJ, Luc CORLIER, André DEFLANDRE et André SERVAIS. Avec le temps, la convention commençait à se tarir dans les actes. Un dégraissage progressif avait débuté. Après cette dernière prolongation, il était temps de penser à d'autres horizons. Le 21 juillet 1985 précisément, je quittai définitivement le Maroc sur le plan professionnel, après avoir partagé un dernier repas avec mon ami espagnol Virgilio, dans sa propriété de Sakh Sokh, au milieu du périmètre irrigué du  Loukkos, là ou j'avais passé la plus grande partie de ma période de travail au Maroc. J'y reviendrai par la suite à de nombreuses reprises. 

      En conclusion, l'attentat de Skhirat de juillet 1971 a eu, sans conteste, un impact majeur au niveau de ma carrière. Les connaissances acquises progressivement me permettront de réaliser un parcours continu dans le domaine du développement rural jusqu'au jour de ma retraite à la fin de l'année 2008. Avoir entrevu 34 années plus tôt, la chance qui passait, non comme une étoile filante mais bien comme une heureuse sensation d'en profiter, c'est ce que l'on ne peut qualifier de hasard. 

 

Question subsidiaire

Pouvait - on envisager de reconstituer la liste complète de ces trente ingénieurs agronomes belges ayant travaillé dans le cadre de cette convention belgo -marocaine ?

Avec l'aide de Jan Van LOOIJ, le travail de collecte a pu être fait en grande partie.

En premier, ceux travaillant au MARA (Ministère de l'Agriculture et de la Réforme Agraire) à Rabat : BURHIN Yves (qui était par ailleurs le coordonateur de ce groupe assurant le lien avec l'ambassade) ; BAAR Michel, SPOIDEN Guy (+), VERMEULEN Rik, ROSSEELS Réginald, HAGHEDOOREN Léo, SANNEN Marc;

et au Centre des Expérimentations d'Hydraulique Agricole : CORLIER Luc, DAGNELIES Eric

puis pour les différents ORMVA

ORMVA de la MOULOUYA (Berkane) : Van LOOIJ Jan, MARCHAL Pierre, MATTHIEU Clément, BOISSACQ Alain, SMIDT Pierre, PARFONRY Roland (partim);

ORMVA du TADLA (Fquih ben Salah): DARDENNE Jacques, GERARD Thierry (+), De JAEGER Marc ;

ORMVA du LOUKKOS (Ksar el Kebir) : CHAPELLE Jean, WATTEUW Rodney (+), PARFONRY Roland (partim);

ORMVA du SOUSS-MASSA (Agadir) : LAUTER Clément ;

ORMVA du HAOUZ ( Marrakech) : GAMBART ... ;

ORMVA du GHARB (Kenitra) : PUISSANT Philippe, BOURGE Jean-Jacques, MAES Raymond ;

Il y avait aussi quelques agronomes spécialisés en foresterie, mais je ne pense pas qu'il faisait partie de la même Convention de Coopération  : Van HONSEBROECK Edmond, TASSE Francis, QUESTIENNE Philippe, ...... ;

 

1 Société européenne des semences (SES) : à l'époque, une des principales sociétés de sélection et de multiplication de semences de betteraves  dont la célèbre variété TRIBEL ;

2 LOUMAYE Ernest (1925-2011) est un ancien de la Brigade Piron et a été l'un des membres fondateurs de la création du Parc Naturel des vallées de la Burdinale et de la Méhaigne ;

3 HASSAN II aura encore la barakka de sortir vivant d'une seconde tentative d'attentat le 16 août 1972 lorsque son Boeing, revenant d'une visite en France, sera mitraillé par des avions de chasse de l'armée marocaine ;

4 Dix militaires hauts gradés furent envoyés illico au peloton d'exécution ;

5 Convention qui ne sera signée à Rabat que le 19 octobre 1976 ;

6 Le Protectorat est le régime politique instauré par le traité franco-marocain signé par le sultan Moulay Hafid  à Fés et qui perdura de 1912 à 1956 ;

7 L'ORMVA de la Moulouya a été créé par décret en 1966 ; situé à l'Est du Maroc, à proximité de la frontière algérienne, sa superficie en grande et moyenne hydraulique atteint 76100 ha ;

8 La Plaine des Triffas est la composante principale de l'ORMVA de la Moulouya avec 36 000 ha ; elle a été aménagée par les colons français dès le début du Protectorat, afin de promouvoir en particulier les agrumes ;

9 Pour le bureau d'études STONDU NV qui avait obtenu un contrat pour les aménagements extérieurs du nouvel hôtel El Aurassi à Alger en cours de construction ;

10 Avec le recul, il apparait probable que ce serait la Raffinerie tirlemontoise, elle-même, qui aurait demandé l'ouverture de ce poste dans le cadre de la convention belgo-marocaine, suite à la rupture de contrat assignée à son propre agent de vulgarisation, Monsieur WYAUX ; ce qui expliquerait la question que m'avait  posée Ernest LOUMAYE et surtout la réaction du Directeur de l'Office de la Moulouya ;  on ne pouvait  mieux démarrer dans un tel poto - poto ;

11 C'est pendant cette période de 15 mois que j'aurai l'occasion de  suivre les évènements de la Marche Verte, lancée le 6/11/1975 par Hassan II , pour lui permettre de conquérir la région du Sahara occidental occupée par les espagnols ;

 

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 15:24

      Un généalogiste ne se permet pas de mentionner des dates relevant de moins de 100 années, non par simple respect déontologique mais aussi pour satisfaire au droit de propriété intellectuelle qui ne permet pas de répertorier les individus les plus récents. D'un autre côté, un historien de la mémoire familiale dispose d'une plus grande liberté quand il relate des faits de vie en les intégrant au contexte de l'histoire, de l'évolution de la société. D'autant plus quand il se met en scène pour témoigner d'une période de l'histoire de la fin du XXème siècle.

      La récente émission " Les Belges du bout du monde " de ce 30 septembre 2012, consacrée à une compatriote et néanmoins homonyme, m'a juste rappelé  ma propre carrière africaine. La simple mention du mot "Elaeis" dans son CV, nom de l'hôtel qu'elle dirige à Pointe- Noire,  me faisait me remémorer non seulement des souvenirs mais aussi m'amenait à une réflexion sur le pourquoi et le comment de ce parcours africain. Une réflexion qui me semble appropriée et justifiée dans le cadre de ces articles qui se veulent instructifs. Et une façon de relater, au hasard d'un écrit, un moment de vie en adéquation avec les modifications géopolitiques qui étaient en train de s'opérer.

      Chronologiquement, cette histoire débute au début de septembre de l'année 1973. Au palmarès de la Faculté des Sciences Agronomiques de l'Etat à Gembloux, il est mentionné que Roland PARFONRY y a obtenu son diplôme d'Ingénieur agronome, orientation des régions tropicales et subtropicales, avec distinction. Dans la foulée de ce qui se déroulait habituellement depuis de nombreuses années, la possession d'un tel diplôme ouvrait le sésame pour une carrière Outre-mer sans difficultés. Héritage de cette colonie au milieu de l'Afrique, à cheval sur l'Equateur, qui continuait semble t-il, 13 années après l'accès aux indépendances, à absorber le consortium des scientifiques ayant bénéficié des cours des anciens de l'INEAC1.

      Une convocation dans les bureaux de la Société de Cultures au Congo, filiale d'UNILEVER, à Bruxelles, un interview quasi factuel avec Georges GODDING2, l'un des administrateurs, ancien de Gembloux de surcroit, un rapide contrôle médical, la panoplie des vaccins, l'achat de matériel et de vêtements au magasin des Colonies près de la Gare Centrale à Bruxelles, la préparation des malles, l'envoi de celles-ci  au port d'Anvers, un mariage organisé dans la foulée, et tout cela aboutissait à signer un contrat en date du 31 octobre 19733. J'étais désormais attendu dans les plantations de Binga, près de Lisala, situées au N.O. du pays, dans la province de  l'Equateur. Contrat dont bénéficiaient également mes deux collègues belges de la même section (Sylvain MORAS et Jean NANGNIOT). Contrat dont ne bénéficiaient pas par contre mes deux collègues étrangers, l'un en provenance d’Haïti, l'autre du Rwanda. Comme un relent d'apartheid qui subsistait après plus d'un siècle de colonialisme et de gestion patriarcale.

      J'allais pouvoir extérioriser les connaissances acquises au contact de tous ces anciens de l'INEAC, revenus, au lendemain de l'indépendance du 30 juin 1960, enseigner dans la prestigieuse école de Gembloux, autour du Professeur Ernest STOFFELS (1899-1973). Et parmi ces derniers, il y avait un vieux briscard, l'un de ces personnages qui, sans le dire, nous faisait comprendre qu'il avait avalé la vie, une sorte de mélange entre Haroun TAZIEFF, Théodore MONOD et Indiana JONES. Quelqu'un qu'on ne peut oublier à travers sa prestance, ses connaissances, son bagout, sa prose assez crue. Il s'agissait de Monsieur VANDERWEYEN Roger, celui qui fut le premier, semble t-il, à percer le mystère de la sélection de l’Elaeis guineensis, le palmier à huile africain. Voilà donc ce fameux Elaeis qui a servi de déclic pour écrire cet article. Dans son cours ronéotypé sur cette plante, qu'il donnait à Gembloux, VANDERWEYEN mentionne (p. 37) qu'il fait part de cette découverte dans le Rapport annuel de 1939 de la Division du palmier à Huile de l'INEAC. La guerre qui en suivra perturbera la publication officielle de l'étude dont le document ronéotypé4 se trouve de nos jours à la Chaire d'enseignement de l'ancienne unité de Phytotechnie tropicale à Gembloux. L'attribution de cette découverte rejaillira sur un certain BEIRNAERT, qui aurait tout simplement repris un résumé des conclusions du rapport précédent. Rendons donc à César ce qui lui appartient, selon la célèbre formule. Parmi ces quelques faits de gloire, il nous avait raconté qu'il avait demandé au roi Léopold III, lors d'une de ses visites en Indonésie 5, de conserver dans sa poche les graines de palmier que lui auraient montrés les chercheurs hollandais. Le protocole empêchant bien évidemment de redemander les graines, considérées à l'époque, comme un vrai trésor de guerre6.

      Quant à mon parcours taillé sur mesure, renouvelé de manière précise comme la roue du moulin à eau actionnant l'engrenage du concassage des céréales, il allait dorénavant devoir subir l'insertion de la petite pierre imprévisible qui grippait une si belle mécanique. Le Congo était dirigé depuis 1965 par le Général Mobutu. Celui-ci avait entamé un recours à l'authenticité dès l'année 1971, qui présageait à une plus grande main mise sur le pays. C'est ce qui arriva justement en cette fin d'année 1973. Les mesures de privatisation aboutirent à nationaliser tous les secteurs dont celui des plantations, en particulier celles de la Province de l'Equateur, proche de son fief de Gbadolite. Le sillon, scrupuleusement entretenu depuis la signature du traité de Vivi le 13 juin 188o (voir article : Emile PARFONRY, au milieu du conflit STANLEY-De BRAZZA), par les premiers pionniers faisant signer des concessions commerciales aux chefs indigènes, via le Comité d'Etudes du Congo, se voyait englué par l'arrivée d'un autre rapport de force. La belle mécanique, devenue un peu rouillée, n'avait pu résister aux multiples incertitudes de pouvoir ni aux nouvelles initiatives de changement de régime dans différents pays.

      Après la Conférence des non alignés de Bandung en 1955, après la nationalisation du canal de Suez par Nasser en 1956, après le discours de Dakar du Général de Gaulle d'août 1958, après la vague des indépendances des années 1960, après le coup d'Etat de Kadhafi en 19697, Mobutu se voulait être dans la lignée du renouveau africain. Mais surtout, il profilait son personnage de chef absolu en s'implantant dans la période la plus tendue de la guerre froide. Il creusait un nouveau sillon pour s'accaparer les richesses de son pays. Exit les programmes de modernisation de l'agriculture. La focalisation allait se porter sur ces matières minérales qui constituent le soubassement sur lequel le Congo est outrageusement installé.

      Avec un contrat devenu caduque, sur lequel pourtant le mot Congo avait systématiquement fait place au mot Zaïre, l'aventure était stoppée net avec comme simple compensation deux mois d'indemnités. J'étais arrivé au moment ou le " Congo de papa " prenait eau. Le souvenir de la lecture dans ma jeunesse de " Tintin au Congo " prenait une autre dimension. Tintin, le blanc, n'était plus vénéré, comme dans la bande dessinée. Il ne me restait plus qu'à chercher à rebondir sur ce nouvel état des lieux.

       Au final, d'avril 1974, date de mon premier engagement réel, à fin 2008, date de ma prise de pension, toute ma carrière fut orientée vers le continent africain. De nouveau, le parcours fut semé de quelques embuches car manifestement le monde  avait commencé à changer. Mais cela est une toute autre histoire encore trop récente. 

 

1 L'Institut pour l'Etude agronomique du Congo belge (INEAC) fut créé en 1933. Il fut considéré dans les années 1950 comme le meilleur institut de recherche agronomique sous les tropiques. L'INEAC s'appuyait sur un réseau de stations dont les principales étaient Yangambi, Gandajika, Mulungu, Mvuazi.

2 Georges GODDING (1916-2004) a été diplômé de Gembloux en 1940; il est le fils de l'avocat anversois Robert GODDING (1883-1953), qui fut  Sénateur, Ministre des Colonies (1945-1947), Président de l'INEAC et déjà Administrateur de la S.A de Cultures au Congo belge ;

3 Il fallait que je sois marié officiellement pour que mon épouse puisse suivre ; J'ai évidemment conservé ce contrat ;

VANDERWEYEN R. : Etude comparative des types "tenera" et "dura", in Rapport annuel 1939 de la Division du Palmier à huile, IIè partie, pp. 6-27, ronéotypé, Yangambi, 1940 ;

5 Léopold III effectua deux visites dans ce qui était appelé Indes néerlandaises, à savoir en 1929 et en 1932 ;

6 La sélection massale réalisée en Indonésie par les hollandais depuis le XIXème siècle avait permis d'obtenir une variété de palmier plus homogéne, avec une coque régulière et moins stérile à la fécondation (dénommée dura ) ; ce n'est que quelques années plus tard que la compréhension de l'hérédité du caractère controlant l'épaisseur de la coque fut  découvert par VANDERWEYEN à Yangambi ;

7 Chacune de ces étapes historiques mériterait un paragraphe explicatif complémentaire; il est demandé au lecteur d'en rechercher les informations via les moteurs de recherche habituels ;

    

   

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