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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 14:15

     C'était le 14 juin 2013. Le temps n'était pas trop moche. On avait connu pire en cette année où il était plus fréquent de sortir ses habits de protection que les protections solaires. Les BBQ étaient d'ailleurs toujours remisés dans leurs pénates d'hiver. Une préparation assez minutieuse devait me permettre de répartir les quelques rencontres qui allaient agrémenter cette journée. Un retour aux sources, comme on le dit en pareille occasion. Beauvechain, lieu d'installation de mon grand-père en 1914, est situé à 23 km de Neerheylissem.

     Ce devait être vers le mois d'octobre 1960. A l'âge de onze ans, je quittais définitivement le village de mon enfance, suivant par là mes parents. Mon père, licencié quelques mois plus tôt, des Ateliers Belges Réunis (ABR) de Leuven, avait déniché un nouveau job dans la région industrielle de la Basse-Sambre. Aux ateliers HMS d'Auvelais. Tout allait devenir différent, sinon enrichissant.

     Un premier retour avait bien été réalisé en 2008. Dans l'ancien site du patronage, j'avais rencontré, par hasard, Thierry Bertrand. Il s'en était suivi trois articles sur les instituteurs de Beauvechain, dans le Bulletin du Centre culturel de la vallée de la Néthen (Emile Parfonry, Basile Paesmans, Jacques Riguelle). Malheureusement, suite à son décès peu après, le contact fut rompu.

      Désireux de parfaire la période de vie de la présence des Parfonry à Beauvechain entre 1914 et 1960, j'ai réactivé récemment la démarche. Par des échanges de mails avec André Gyre, un répertoire d'adresses et de numéros de téléphone me fut transmis. Il ne restait plus qu'à organiser tout cela. Quelques coups de téléphone, quelques mails allaient jeter les bases de cette journée. Mais aussi pas mal d'imprévus et de rencontres enrichissantes qui permirent de récolter le maximum d'indices.

     Première étape à mon arrivée : la maison communale. Comme pour sentir le vent, l'ambiance dans ce village. Sur la place, le tilleul planté en 1860 n'existait plus. Les locaux de l'administration étaient ouverts. Je devais être le premier visiteur de la journée. Sans vouloir à tout prix découvrir et quémander des informations. Plutôt sensibiliser à ma démarche, présenter l'originalité de mes recherches, montrer les vieilles photos de classe. Donner en somme un peu d'informations afin d'accaparer l'attention. C'est ainsi que Carine, Sabine et les autres filles rencontrées, captivées et captivantes, me donnèrent en retour quelques éléments de réponse. Le temps avait bien sur effacé pas mal de données mais la volonté était là de regarder les anciennes photos et de rechercher le nom des élèves. De découvrir notamment le visage de gamin de Fernand Vansante, dénommé Nannan, son beau-père pour l'une, de voir son grand frère Willy pour une autre. De donner des nouvelles de Francis Lebrun,  mon meilleur ami de l'époque, pour une troisième. De chercher la date de naissance de Georges Huens, celui qui se retrouve sur un bout de papier retrouvé dans un livre du grenier pour une autre (voir article : Mot d'excuse pour l'instituteur).

      Deuxième étape, me diriger vers Tourinnes-la-Grosse, une autre section de cette commune, à la rencontre de Madame Gyre, l'épouse de l'instituteur Marcel Gyre, celui qui avait remplacé mon grand-père en 1949 et décédé quelques années plus tard. J'avais promis à son fils de lui apporter la photo ou son mari se trouvait en compagnie de ses élèves. Une personne de 90 ans me reçut, avec un très léger accent flamand, presqu'aussi alerte et tout aussi rayonnante que les filles que je venais de quitter. N'étant pas de Beauvechain, elle ne pu me donner aucune information sur les photos de classe que je lui présentais. Par contre, de manière très détaillée, elle m'expliqua, au travers de notre conversation, la route pour voir l'un des rares de ma photo de classe qui habitait encore Tourinnes. Mais au lieu de Pierrot Gilis, l'assureur, je ne vis qu'une jeune secrétaire qui me dit que son patron était à la mer. Juste le temps de me présenter et de laisser une carte de visite, je pris la direction du Centre culturel de la vallée de la Néthen (ici on dit CCVN), question de leur montrer ma trogne après avoir envoyé, sur recommandation d'André Gyre, toutes les photos de classe que je possédais. Hélas, la permanence était vide. Pas de chances de ce côté. Il était temps que je pense à me restaurer.

      Sur conseil d'une des filles de l'Administration communale, j'optai pour le café Renaissance, près de l'église de Beauvechain. Malgré mon jeune âge, à l'époque, ce café était resté un lieu important. Ce fut de cet endroit que je regardai pour la première fois une émission de télévision. C'était le jeudi après-midi, jour de congé scolaire à l'époque. Il y avait l'émission Les 1001 jeudis présentée par Lisette, Jean Poinpoin (ah ! cet excellent animateur que fut par la suite Jean-Claude Ménessier) et Jacques Careuil mais aussi, Pantaléon, le Commissaire Bredouille et l'Agent Cadrenbois, personnages burlesques venant en appui avec des séquences éducatives. Pareil à Bonne nuit les petits, cela ne s'oublie pas des mémoires. Le café n'appartenait plus à la famille Van Dijck, mais les nouveaux tenanciers n'attendaient, semble t-il,  que mon arrivée pour discuter de l'ancien temps. Sans compter les deux clients, sans doute des piliers de comptoir, l'un flamand, ancien militaire à la retraite, l'autre wallon et, comme je l'apprendrai très vite, ancien élève de mon grand-père. Car, la justification de ma présence une fois expliquée, André Devester se reconnut sur une photo de classe de la fin des années 1940. Y ajoutant au passage le nom de quelques autres condisciples. La tenancière s'efforça de m'aider en prenant son téléphone. La conversation se continua à bâtons rompus, pour déboucher évidemment sur une tournée générale. Me permettant de conclure que le prix de la bière dans un coin reculé de la campagne, malgré le coût de transport, restait très abordable par rapport à la ville.

    Vu le manque de résultats additifs, j'organisai la diversion. Avec l'appui du militaire flamand, le contact avec le curé s'en trouva facilité. Macaise Gitango, c'est son nom, originaire du Bandundu,  m'ouvrit les portes de l'église. Au passage, je lui mentionnai que j'avais été arpenté quelques fois la région de son enfance. De quoi dégoupiller l'amorce de la rencontre. Une envie certaine me tenaillait de faire découvrir aux lecteurs de ce blog les magnifiques fonds baptismaux de cet endroit. Avec des têtes ressemblant à des rois syriens, semblables à ceux de Neerheylissem mais surtout aussi bien stylisés que ceux de Saint-Séverin-en-Condroz. Datés de la seconde moitié du XIIème siècle, ils mériteraient manifestement une meilleure présentation. Contrairement à ces derniers, protégés par de superbes grilles de fer forgé, confortant leurs valeurs réelles, les fonts baptismaux de Beauvechain de trouvent malheureusement dans un local au fond de l'église, ressemblant plus à un débarras qu'à une réelle salle de sacrement mettant en valeur ces superbes têtes. Avec le mobilier annexe (chaire de vérité, autel, vitraux de l'abside,.... ), le sentiment de beauté esthétique, que j'avais conservé de cette église, s'est vu confirmé, cinquante-cinq années plus tard. Auquel, il faut y adjoindre les magnifiques orgues qui ne demanderaient qu'à être restaurées, selon notre militaire.

      Cette fois, il était temps de respecter les engagements pris avant de prendre la route de Beauvechain. Josèphine Poffé, la voisine de la rue de la Station, où ont habité mes grands-parents et mes parents de 1914 à 1960, m'attendait en compagnie de sa fille Josée. Comme pour me démontrer qu'il s'est avéré possible de rester dans ce village aux grandes rues très aérées, au milieu de la verdure. Un coin où il nous semble bon de vivre. Henri, le mari, le père venait de décéder, il y a à peine un mois. Il avait occupé le poste de Président de la société colombophile, succédant probablement à mon père. Mais, par téléphone précédemment, Josée m'avait déjà laissé peu d'espoir de retrouver des traces de son travail bénévole. La visite aux Poffé voulait se trouver sur le plan sincère des souvenirs, des retrouvailles. Malgré mon jeune âge, j'avais conservé quelques mémoires de ce voisinage.

     Avant d'arriver chez les Poffé, je m'arrêtai, presque religieusement, devant la maison des Parfonry. J'essayai, en comparant les quelques photos de mon enfance, de retrouver les éléments de la devanture qui avaient traversé le temps. Cet empressement se transmit sans aucun doute aux murs de l'habitation, si bien que l'une des fenêtres à l'étage s'ouvrit, faisant apparaître la propriétaire. Obligé de justifier la curiosité qui m'habitait, le contact s'en est trouvé facilité à l'énoncé de mon nom. Un nom qui fait encore office de sésame dans ce village. Je restais le petit-fils du Maisse di scole, celui qui était resté en poste pendant 37 années comme instituteur. Même si le renouveau avait oeuvré pour donner du flamboyant à cette maison, il en est resté le linteau en pierres plus claires au-dessus des fenêtres et l'agencement des briques pour attester de sa construction en 1926, comme je le rappelais en lisant un paragraphe de mon document provisoire. Josée était venue nous rejoindre entretemps. Il était temps, après avoir pris une photo, d'aller voir sa maman.

     Je ne suis pas sur d'être reconnaissable après autant de temps. Par contre, à son allure droite, son visage mince, exprimant un caractère bienveillant, je reconnus Josèphine. Originaire du village flamand proche d'Opvelp, je lui rappelai qu'elle parlait discrètement en flamand avec ma grand-mère, originaire de Tirlemont (on dit plus volontiers Tienen de nos jours). n'osant pas trop l'afficher ouvertement. Et avec Josée, on s'est rappelé nos jeux de part et d'autre du muret séparant les deux propriétés, sous la surveillance de l'instituteur, placé souvent en position de chef de char dans la tourelle de son pigeonnier. Interdiction de se toucher sous peine de remontrances !!! Le départ discret des Parfonry de Beauvechain fut évoqué également. Aucun mots d'adieu ne fut, semble t-il, adressé. L'étonnement aussi quand je mentionnai que j'avais quitté l'école du village pour rejoindre chaque jour en bus l'Athénée de Jodoigne. On parla également de mon parcours professionnel. L'Afrique m'a semblé bien loin des aspirations souhaitées. L'heure avançait. La sortie d'école se rappelait à Josée. Le rendez-vous suivant se réveillait à mon attention. Il était déjà temps de quitter les Poffé, non sans avoir embrassé Josée pour la première fois, vu l'interdiction qu'il nous avait été sermonné de jouer l'un chez l'autre. Le muret s'était muré en frontière de l'amitié.

    15h 30. L'heure avait été fixée la veille par téléphone. Avec un peu d'avance malgré tout, je gravis les marches de la maison de Jacques Riguelle, mon instituteur, avant que je ne quitte les murs de l'école communale. Tout comme pour les Poffé, je déposais un paquet de ces Gayettes du Pays Noir, apporté comme témoin du lien culturel entre les deux régions belges de mon parcours. Démontrant de son assiduité à la préparation des cours, Jacques avait rédigé quelques mémos de rappel, faisant suite à mon souhait de rapporter des anecdotes sur ce temps révolu. Il compléta également le nom des élèves sur la photo visionnée au café dans la matinée. AInsi que le nom d'Yvonne Frix, l'institutrice remplaçante sur une des photos où je suis. Ces divers renseignements viendront bien sur s'insérer dans le document en cours de finition. Le plus important cependant, c'est d'avoir eu la réponse à mon souhait de connaitre la raison de mon transfert scolaire vers l'Athénée de Jodoigne. Moins qu'une véritable querelle de clocher, l'explication était malgré tout saupoudrée légèrement d'un relent de guerre scolaire. Le départ, pour cause de maladie, de Marcel Gyre, l'excellent instituteur qui avait remplacé mon grand-père, mais surtout la question du choix de sa remplaçante, Anna VERVAEREN-QUETS, avait servi d'élément détonateur de ce verdict. Je connaissais enfin la réponse à un des points restés obscurs de mon périple. Jacques me confirma aussi qu'il avait succédé à mon père au poste de secrétaire du club de football. Hélas, question archives, il n'a pas connaissance sur leurs existences. Et confirmant ce qui m'avait été dit chez les Poffé, il n'y a aucun réel témoignage du passage du grand champion d'athlétisme que fut Gaston Roelants à l'école communale de Beauvechain. Seuls, le souvenir de son père venant enloger ses pigeons et de sa soeur Jeanine dans la classe de Madame Irène semblent réels.

    Voilà, ma journée à Beauvechain s'est achevée. J'aurais bien sur voulu rencontrer Jean-Pierre Briké, l'ami des parties de foot dans le verger familial. Mais Jean-Pierre est de ceux qui restent toujours très actifs, que ce soit sur le plan professionnel qu'au niveau du bénévolat au sein du club de football de Beauvechain. En espérant qu'il découvre des archives du temps où mon père était secrétaire du club de football. Il y a aussi le notaire Guy de Streel, celui qui connait tous les secrets des fonds de famille de Beauvechain. Son état de santé ne permet pas pour l'instant de le rencontrer. Et aussi Freddy Morsain, avec qui j'ai échangé quelques mots au téléphone afin d'espérer obtenir des informations sur l'époque du club de colombophile.

     Comment dois-je analyser cette journée à Beauvechain ? Un retour aux sources ! Un espoir d'y retrouver ses racines ! Le souci de combler les vides sur mon travail de mémoires ! Le regret d'avoir quitté ce si joli village ! Le fait d'y avoir acquis  des références à la vie ! Quelle est la bonne question ? Pour m'apercevoir avant tout que André, Pierrot, Josée, Jean-Pierre, Jacques et sans doute tant d'autres sont toujours là. Ils y ont conservés leurs racines, leurs gênes dans ce lieu, y trouvant très certainement, par la juxtaposition d'un travail et d'un cadre de vie agréable, les bonnes raisons d'y rester. Que dois-je répondre à cela ? Sinon, le fait d'un parcours varié qui m'a permis de réaliser de nombreuses rencontres, de voir de multiples paysages, d'enregistrer plusieurs expériences professionnelles, de visiter des sites inscrits dans la mémoire des peuples, de remplir de visas et de cachets plusieurs passeports, de voir la réalité de la vie africaine. Ma lignée, issue de Neerheylissem, avait déjà évité la recherche d'un emploi vers la France vers 1830, la migration des années 1850 sur les terres du Wisconsin, l'appel de la colonisation du Congo après la Conférence de Berlin de 1885, le conflit des deux guerres mondiales. Une trop grande stabilité locale s'était incrustée finalement dans les gênes. Le signal du licenciement de mon père en 1959 était un premier déclic. L'ouverture au monde s'était opérée en changeant simplement de région dans un même pays. Avec au final, le constat d'avoir pu profiter pleinement de ces dix années passées à Beauvechain. Et devant sans doute, en partie, la suite de ma carrière à la qualité de l'enseignement de Jacques Riguelle, mon instituteur.  Et mon intérêt pour l'histoire et la géographie aux émissions éducatives du jeudi après-midi dans un café devant la télévision. Le retour à Beauvechain était donc bien pour combler les vides d'un travail plus global sur la vie. Pour offrir, sans le dire vraiment, une sorte de merci à Josèphine et à Jacques de m'avoir transmis ce je ne sais quoi de message discret qui a du me suivre tout au long de ma vie.

      Avec le plaisir supplémentaire de revoir ces monumentaux fonts baptismaux qui ont bercé le petit garçon que j'étais. On ne devait pas s'y sentir à l'étroit. Et de m'efforcer, sans vouloir être ni catho ni facho,  d'en faire la promotion, la sensibilisation. En publiant à la suite deux photos de cet ensemble architectural dont une partie de l'histoire est retracée dans un livre de Joseph Schayes : Les sentiers de l'histoire à Beauvechain et environs, Vander éditeur, 1975 (livre dédicacé par l'auteur avec ces mots : à Georges Parfonry, en souvenir du pays natal). Une autre façon donc, au travers de ma démarche, de faire perdurer un lien sentimental. Retrouvé en 1875, probablement dans l'étang du presbytère1, la description qui en est faite dénote de son caractère remarquable. Quelqu'un, me semble t-il, a parlé de référence à des modèles syriens, via les croisades. Si cet article pouvait favoriser la réflexion, ma démarche n'aurait pas été vaine.

 Les fonts baptismaux sont du XIIe siècle, taillés en grès de la Meuse. Ils se composent d'une large cuve circulaire ornée de quatre têtes humaines à la barbe finement taillée, reliées par des arcatures romanes, le tout supporté par une colonne cylindrique finement torsadée reposant sur un socle carré. Ils sont parmi les plus beaux de cette époque.

       Et le Bulletin des Commissions Royales d'Art et d'Archéologie (43ème année, Imp. Van Langhendonck, Bruxelles, 1964), dans son article : Rapport sur les travaux du Comité de la Section artistique de la Commission Royale des échanges internationaux pendant l'année 1904 (reprenant les objets intéressants) d'ajouter :

L'Eglise de Beauvechain possède des fonts baptismaux d'un siècle plus ancien que ceux de l'église d'Archennes. Ils se composent, comme ces derniers, d'une cuve ronde montée sur un pédicule cylindrique avec base. La cuve est décorée de quatre têtes humaines dont deux sont couronnées; ces têtes présentent des différences très curieuses a constater dans la manière dont sont traités les cheveux et les barbes. Nous avons choisi les fonts baptismaux de Beauvechain sur la liste de ceux parmi lesquels nous choisirons pour le mouler, un spécimen de ce type et de cette époque.

N.B. Un moulage des anciens fonts baptismaux a été décidé, à la suite de la description 2 

 

1 Selon mon hypothèse, il y aurait été caché, lors de déferlante de la révolution française, par le curé de l'époque Philippe-Ghislain Labar, qui fut d'ailleurs expulsé pendant quelques années ; les archives de la cure, construites pendant le sacerdoce du précédent curé, furent détruites à ce moment ;

2 Ce qui tendrait à laisser croire que l'exemplaire dans l'église ne soit pas l'original; ce qui reste à confirmer ;

 

Fonts baptismaux (vue générale)

Fonts baptismaux (vue générale)

Fonts baptismaux : détail d'une tête couronnée

Fonts baptismaux : détail d'une tête couronnée

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