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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 11:46

     L'histoire de l'ophtalmologie ne peut ignorer la présence et le développement de cette spécialité sur le sol français. Il faut remonter à Henri PARINAUD (1844-1905), considéré comme le fondateur de l'ophtalmologie française et à Emile JAVAL (1839-1907), père de l'orthoptie et initiateur de travaux sur le strabisme, pour en repérer la cuvée millésimée d'origine.

     C'est dans ce bain de jouvence que devait naître Jean PARFONRY en 1895, très probablement à Paris. Avec un prénom porté déjà par quelques uns de ses ancêtres, il y développera ses compétences (voir article : Jean PARFONRY, un oeil de maître). Diplômé en 1924 des Internes en Médecine des Hôpitaux de Paris, il s'occupera d'ophtalmologie infantile à l'Hôpital Lariboisière avant de transiter comme chef de service ophtalmologie à l'hôpital Saint-Louis puis à l'hôpital Laennec (voir article : Jean PARFONRY à l'hôpital Lariboisière). Durant tout son parcours professionnel, il pourra ainsi bénéficier de la dynamique liée à ce domaine de la médecine. Parmi ses rencontres, on en relèvera quelques unes, celles qui l'influencèrent et lui apportèrent aussi une certaine renommée au niveau de l'ophtalmologie, plus particulièrement en matière de recherche sur le strabisme. De cette garde rapprochée, on en retiendra plus particulièrement trois.

      Jean aura eu l'opportunité d'être l'élève d'Albert POULARD (1874-1950), lequel à la singularité d'être le fils de la Mère POULARD, la célèbre .... casseuse d'oeufs du Mont-Saint-Michel. Cette brave dame, ou du moins sa descendance, a ainsi réussi à laisser croitre le prix d'un cm2 d'omelette sur les mêmes bases comparatives à celui du m2 de surface dans un appartement de nos jours1. D'où la nécessité d'avoir de bons yeux pour séparer le jaune du blanc, base indispensable de la réussite de la recette, s'est sans doute écrié son fils Albert, qui avait ainsi logiquement trouvé de visu sa voie !!.  Albert transmettra donc son savoir, sans la recette de la confection de l'omelette, à Jean. De cette rencontre avec POULARD, auteur par ailleurs de l'édition d'un traité d'ophtalmologie en deux tomes en 1923, il en résultera même une publication commune en 19272 mais surtout un document spécialement dédié à son professeur en 1951, peu de temps après le décès de ce dernier en 19503.

      Une autre personnalité marquante du parcours de Jean PARFONRY est sans aucun doute Edward HARTMANN (1893-1975). De la même génération que lui et élève également de POULARD, ce personnage offre un profil atypique pour l'époque. De mère américaine et de père alsacien, né à Maisons-Lafitte, il devint neuro-ophtalmologue, passant une grande partie de sa carrière à l'hôpital Lariboisière, succédant à un autre grand ophtalmologue en la personne de Victor MORAX (1866-1935), le découvreur du bacille Moraxella lacunata, à l'origine de la conjonctivite chronique. Revenant des Etats Unis, il va créer à l’hôpital Lariboisière le premier centre français de traitements orthoptiques et former plusieurs générations d'orthoptistes remarquables. Edward HARTMANN aura la chance de survivre plus de 20 ans au décès précoce de Jean PARFONRY, survenu à l'âge de 58 ans. Si Jean eut droit à une reconnaissance  de la part de ses collègues, que dire alors des marques de sympathie à l'égard de son grand ami HARTMANN4. Quelques extraits de son éloge funèbre5 nous font découvrir un profil tout en grandeur:

            On perd un ami, un chef ou un professeur mais l'ophtalmologie française perd l'un de ses plus brillants représentants......

         Sa distinction, sa stature, son élégance naturelle et probablement son origine anglo-saxonne, faisait de lui un gentleman dans tous les sens du terme. Pour nous français, il était d'ailleurs un grand Monsieur.

      Un autre personnage est également resté  au contact de Jean PARFONRY. Il s'agit de l'un de ses jeunes collègues, l'ophtalmologue Louis POLLIOT, diplômé en 1940. Outre son hommage retrouvé sur Jean PARFONRY,

            Le docteur POLLIOT rend hommage à son maître le docteur PARFONRY trop tôt disparu pour mener à bien l'achèvement de son rapport

POLLIOT fut celui qui finalisa la publication essentielle  de celui-ci6.

       Quelques années après le décès de ce dernier, dans un esprit de reconnaissance, Louis POLLIOT opèrera Jeannine, l'épouse de Pierre PARFONRY, le neveu de Jean. Atteinte depuis sa jeunesse d'une maladie de l'oeil gauche qui la rend aveugle, une première opération en 1935 l'avait plongée de longs mois dans le noir absolu, un bandeau sur l'oeil. Depuis lors, la pathologie de l'oeil continuait à évoluer sur le plan inesthétique. Bénéficiant de la renommée du docteur Jean POLLIOT, elle sera en 1962 l'une des premières patientes à subir une énucléation de l'oeil en bénéficiant de la suture des muscles oculomoteurs et de la pose d'une prothèse7.

      La lignée du savoir est ainsi complète. Successivement, avec le mentor (POULARD), puis le collègue de travail (HARTMANN) et au final le disciple (POLLIOT), on a une continuité parfaite permettant une transmission des connaissances. Avec une façon d'apporter cette touche finale à ce parcours, en forme de reconnaissance à la famille, au contact de plusieurs générations d'ophtalmologues réputés. Le cercle s'est en fait transformé en ligne pour la transmission. Le savoir, il est vrai, ne peut survivre en vivant en vase clos.

 

1  Avec un prix  de l'omelette qui grimpe rapidement dès que vous êtes assis ; la cohérence des chiffres ne semble pas être la transparence principale ;

2 POULARD A. et PARFONRY J (1927) : Revue analyique des travaux d'ophtalmologie infantile, Revue française de pédiatrie, Bd 3, Nr 2, p.219-244;

3 PARFONRY Jean (1951) : Albert POULARD (1874-1950), Archives d'ophtalmologie et revue générale d'ophtalmologie, 11(5) p. 479-482 ;

4 Sa personnalité était encore vivace dans l'appréciation qu'en laissait paraître Françoise, la fille de Jean PARFONRY, lors de notre première rencontre à Briou ;

5 British Journal of Ophthalmology, Dec. 1975, Vol.59, n°12, p. 745 ;

PARFONRY Jean et POLLIOT Louis (1953) : Le traitement chirurgical du strabisme concomitant, 86 pages, Société d'Ophtalmologie de Paris, éd. Charles-Lavauzelle, Paris ;

7 Cette information m'a été fournie par Agnès la fille de Jeannine et de Pierre PARFONRY ;

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commentaires

joelle Diehl-Lagae 23/09/2016 11:25

Je suis auteur et fais des recherches sur mon grand-père paternel, Edouard Hartmann! J'ai été très touchée de lire ceci à son sujet car c'est bien l'homme de mes souvenirs d'enfance, même si je ne le voyais que peu!
J'ai connu son cabinet, 2 avenue Ingres à Paris et ensuite son appartement chez les Morax à Morges, Suisse!

PARFONRY 07/10/2016 17:11

Merci pour ce commentaire que j'aurai le plaisir à transmettre à la fille de Jean PARFONRY, l'ami de votre grand-père