Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:54

      Hubert-Narcisse  est le troisième des frères PARFONRY qui ont été pris par  le goût de l'aventure à la fin du 19ème siècle.
      Avec ses frères Emile, parti en compagnie de Stanley au Congo ou il est décédé, et Joseph qui s'est installé à Séville, il fait partie de cette génération de gens désireuse de participer à l'ouverture des frontières. Des éléments plus complets peuvent être trouvés en lisant l' article précédent sur les PARFONRY de Cleirheid/Erezée.

      Hubert-Narcisse, après s'être installé quelques années au Brésil comme directeur d'exploitation de la Compagnie des Caoutchoucs du Mato Grosso, est revenu en Belgique. Il y créa une société de tubes et robinetterie avec un associé Frédéric LIELENS à Bruxelles.

      Ci-dessous, vous trouverez le discours prononçé par son associé lors de son inhumation. Dans ce texte, on relate non seulement les différentes étapes de son parcours mais aussi quelques informations sur celui de ses frères. Ce document m'a été transmis par son petit-fils Jean. Pareil témoignage représente ce que la mémoire peut aider à conserver. 

      Discours proncé par M. Frédéric Lielens  devant la tombe de M. Hubert - Narcisse Parfonry

           Mon grand ami Parfonry vient de m'être ravi; un brave et honnête homme vient de disparaître.


           Depuis bientôt quarante ans que nous nous connaissions, toujours nous avons marché la main dans la main. Non seulement, nous avions à défendre un patrimoine commun, mais devaient être maintenues intactes aussi cette grande et confiance sympathie, cette amitié profonde qui, si fragile parfois dans l'âpre lutte quotidienne, nous liaient l'un à l'autre. Nous y sommes parvenus, et ce grâce à toi, mon cher Parfonry.

           Ta patience infinie, tes conseils mûrement réfléchis, ton expérience des hommes et des choses, ont toujours fait ton grand mérite et ton influence si utile dans notre collaboration.

            Né sur les rives de cette riante Ourthe, tu avais de cette Wallonie luxembourgeoise toute la ténacité de ses fils, toute l'âpreté de son sol, mais également tous les changeants aspects de ses paysages. Infatigable et têtu même au travail, savoir ce que l'on veut, d'un abord sévère, même un tantinet rude, d'autre part révélant à ses seuls intimes une supérieure beauté d'âme, voilà, mon cher Narcisse, comment je t'ai vu, comment je t'ai jugé, pendant ces quarante ans si vite écoulé.

           Orphelin à l'âge où l'enfant, en passe de devenir homme, a tant besoin de tout l'amour de sa maman, du soutien de chaque jour de son père, tu fus laissé à toi-même, en ayant quatre frères plus jeunes à diriger, à soutenir. Résolument, tu te mis à la tâche, en te jetant à corps perdu dans l'âpre mêlée du " struggle for live". Ici, tu t'engages en qualité d'aide ouvrier agricole; là, dans les usines de la région de Liège, tu loues tes bras en travaillant comme manoeuvre. Tu réussis à faire entrer ton frère puiné à l'Ecole des Pupilles, tandis que toi, désigné par le sort, tu te rends à Bruxelles, à ce Petit Château que tu devais revoir quotidiennement quelques décades plus tard, et où le fameux régiment des Carabiniers était caserné à l'époque. De tes deux autres frères, l'un, grâce à toi, entre à l'Administration, le cadet s'expatrie et se fixe définitivement en Espagne, le dernier se lance dans les affaires de brasserie. 

             Bientôt, tu fus remarqué au régiment par ton assiduité au travail, par ta correction, ton sens de l'honneur, et le Ministre de la Guerre te confie un poste de professeur au Cours Central, Ecole des Cadets de l'époque. Un capitaine d'affaires belge t'y remarque et te nomme à la direction d'une exploitation agricole au Brésil. Tu pus y donner toute ta mesure, pendant que ton frère, sorti de l'Ecole des Pupilles et devenu officier, suivant ton exemple, s'expatrie au Congo, pour suivre la mission Hodister  et subir le sort malheureux de ces vaillants pionniers belges.

            Dix longues années de séjour dans les pampas du Matto-Grosso, au Brésil, ont épuisé ton goût de l'aventure, et tu songes à rentrer dans ta patrie. Tu rencontres Mademoiselle Marie Malbrenne et tu fondes un foyer. Tes fatiques accumulées au Brésil s'estompent et disparaissent aux douceurs de cette nouvelle vie. Tu découvres les beautés farouches de ces terrils du Borinage, de ce beau bois de Colfontaine, mais cette inactivité te pèse. Une ardoisière, après un laminoir, sollicitèrent tes capitaux et tes connaissances, mais cela ne convient pas, et l'on te propose de t'occuper de tubes, et te voilà associé à Blampain.

           Entretemps tu as, heureux père, fêté la naissance de ta fille Marie-Louise et de ton fils Edmond après.

           La guerre 1914 - 1918, ne pas fléchir, sauver ce qui peut être sauvé, ne jamais transiger sur l'honneur, sont les mots d'ordre du patriote Parfonry. Enfin, la paix; les affaires progressent rue Locquenghien, la famille Parfonry quitte Eugies, vient s'installer à Bruxelles.

           En 1929, tu estimais que tes épaules commençaient à fléchir sous les coups des ans, la pérennité de l'affaire Parfonry § Lielens devait être assurée et la société anonyme fut fondée. Ton fils Edmond commence son éducation à cette école modelée à tes façons d'agir, de voir, et petit à petit, reprend de tes mains le flambeau du devoir. Edmond s'est marié, ta chère Marie-Louise à son tour fonde une famille, et te voilà heureux et confiant; ton oeuvre continuera. Enfin, de charmants petits-enfants, et c'est l'art d'être grand-père, qui t'accable de bonheur. Les jours heureux continuent, continuent; mais hélas tout à une fin, et les belles années passées sous l'Equateur, les dures années de travail et les félicités de la famille ont grignoté chaque jour de cette longue et belle vie. Ce jour, entouré de tes proches, de tes amis, de ce personnel que tu estimais, je te pleure pour toute cette belle amitié perdue.

          Notre seule consolation est que ta vie restera, pour ta chère femme, pour tes enfants aimés, pour les tiens, pour nous tous, ton personnel et ton ami sincère, un exemple de réconfort dans les moments difficiles.

          Au nom de tous ceux que tu as approchés dans ta longue vie, ceux qui t'affectionnent, et enfin en mon nom personnel, je crie adieu à tes restes mortels, mais non à ta belle âme, à ta mémoire.

          Tout cela restera vivace parmi nous.


                                                                                               Le 5 novembre 1946



Partager cet article

Repost 0

commentaires