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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 21:43

     Dans la base de données Léonore de la Légion d'Honneur, reprenant les différents documents utilisés par chaque légionnaire pour constituer son dossier, une lettre de Joseph Léonard Félix Bordes - Pilas, qui signait plus volontiers ses écrits littéraires  J.  Bordes de Parfondry, a attiré plus particulièrement notre attention. Cette lettre fait suite à son obtention de la Croix de Commandeur de la Légion d'honneur. Outre des informations sur la transmission de documents antérieurs, il s'efforce également de justifier le fait qu'il est issu d'une famille de militaires ayant donné leurs vies à de nombreuses reprises. On peut trouver curieux qu'il s'en réfère à des faits en rapport avec l'Espagne pour donner du crédit à sa demande. Une façon de rappeler sans aucun doute l'appui que sa famille à apporté à la France dans certaines occasions. Même si l'objectif est de sensibiliser à la transmission officielle du nom Parfondry, provenant de sa mère espagnole, qu'il juge plus glorieux que celui de Pilas, provenant de son père, présentant une certaine consonnance espagnole également.

     L'élément important de cette lettre, et que l'on souhaite plutôt aborder ici, n'est pas directement en rapport avec sa requête. Il nous est en fait dévoilé un indice essentiel pour nous permettre de reculer dans l'histoire de cette famille. Voici l'extrait de cette lettre qui va nous intéresser au plus haut point.

Lettre au Grand Chancelier de l'Ordre National de la Légion d'Honneur (datée du 10 janvier 1882)

...... Le mot Pilas est celui de la mère de mon père, de Parfondry est le nom de ma mère. Je tiens à léguer ce dernier à nos enfants parce qu'il leur rappellera de glorieux souvenirs ; mon grand-père maternel ayant été tué avec ses deux fils à la tête de deux bataillons à la bataille d'Uclis, et mon aïeul ayant été tué à la tête du régiment d'Ainbaris dans une sortie contre les arabes à Ceuta. C'est un bel exemple à laisser à mon fils en ce moment en service. ........

N.B. : Les noms Uclis et Ainbaris ne sont pas attestés du point de vue orthographique ; l'écriture laisse quelques doutes sur la transcription exacte de ces deux noms;

    La référence à la ville de Ceuta, enclave espagnole au Maroc, fait implicitement référence à une autre information (voir article : Maria Juana de Parfondri), mentionnant du décès le 19 janvier 1721 à l'hôpital de Ceuta de Juan Baldorinos de Parfondri, lequel est probablement l'un des cinq mille soldats espagnols tués en luttant contre les troupes du sultan du Maroc, assiégeant Ceuta. Et qui pourrait donc être l'aïeul dont parle Joseph-Léonard-Félix Bordes de Parfondry dans sa lettre au Grand Chancelier.

      Etant né à Madrid le 19 mai 1811, il est probable que le souvenir de cette campagne de Ceuta, remontant à 90 années, ait pu rester vivace dans la mémoire familiale. Les autres décès également mentionnés dans cette lettre,  seraient par conséquent le père de Prudentia Joséphe de Parfondri, la mère de J-L-F Bordes de Parfondry ainsi que deux de ses  frères. (voir article : La dénomination BORDES-PARFONDRY est expliquée)  Au vu du passé hautement militaire de ce nom, cela pourrait expliquer en quelque sorte l'attribution d'un blason1 à cette famille en Espagne, libellé comme suit :

        De plata, una encina de sinople con un oso alzado a su tronco2

         La traduction peut donner quelque chose comme : D'argent, un chêne de sinople avec un ours relevé dans son tronc.

       Le lien de cette famille française Bordes-Parfondry avec la présence en Espagne de plusieurs personnages portant le costume de militaire semble avéré. On peut y adjoindre probablement ce Don Diego Parfondri (voir article : Une recherche plus approfondie sur Don Diego Parfondri), dont l'existence d'enfants a été attestée, pour avoir des indices d'une implantation plus conséquente que prévue en Espagne sur plusieurs générations. L'histoire de cette famille est assez évocateur de ce qui s'est passé en Europe. Originaire très probablement de la région liégeoise, elle s'est déplacée vers l'Espagne avec la guerre de Succession d'Espagne sous Louis XIV, au début du 18ème siècle, avant de remonter vers la France suite aux guerres sous Napoléon, un siècle plus tard..

      Sur le plan généalogique, cette famille Pilas est originaire de la localité de Vinça, située dans les Pyrénées Orientales. Cette région, d'origine catalane, est française depuis le Traité des Pyrénées de 1659. Les Pilas y sont recensés depuis le XVIIème siècle. L'un d'entre eux, Paul Pilas, y était maire et notaire. Anne Pilas, la grand-mère de J L F Bordes-Pilas, a épousé en 1757 un certain Jean Dedieu Shadee Bordes (1718-avant 1783), chirurgien et Capitaine d'Infanterie. Quand aux Bordes (ancienne dénomination Bordas), ils proviennent du Cantal (Cordes Saint Flour) dès le XVIème siècle avant de s'installer à Vinça vers 1620 comme botiguer (signifiant commerçant en catalan) et occuper par la suite également la fonction de maire.

     Le choix préférentiel de J L F Bordes-Pilas de proposer d'adjoindre le nom de Parfondry à son nom semble lié à l'origine catalane des Pilas. La Catalogne, tout au long de son histoire s'est opposée au régime centralisateur de Madrid, en particulier lors de la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) ou elle a pris le parti des Habsbourgs contre les Bourbons. Ce qui me semble contraire aux engagements des Parfondry, volontiers soutien militaire à l'alliance franco-espagnole qui a abouti à l'installation de Philippe V, petit-fils de Louis XIV, sur le trône d'Espagne. Le lien franco-espagnol  penche dans cette direction pour J L F Bordes.

    Manifestement, l'arrière-arrière-petite-fille de ce Joseph-Léonard-Félix Bordes y Pilas, dit de Parfondry qui vient récemment de se manifester sur mon blog, peut espérer retrouver d'autres indices de sa lignée. Même si le nom glorieux de Parfondry n'ait point été perpétué jusqu'à ce jour, au sein de celle-ci, comme l'aurait souhaité son aïeul.

P.S. : des précisions sur l'écriture exacte des deux termes contenus dans l'extrait de la lettre reprise ci-dessus permettraient de faire avancer les recherches. Les commentaires sur cette question seront les bienvenus.

 

1 Site : RIAG.es/armorial 

2 Certifié par El Cronista y Decano Rey de Armas Don Vicente de Cadenas y Vicent “.

 

 

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