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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 11:23

     Dans l'énoncé des différents articles relatant la vie de certains personnages ayant porté notre patronyme, le prénom Emile est apparu à trois reprises. Leurs parcours détaillés ont attiré l'attention et leurs destinées se sont ainsi retrouvées dans des revues à diffusion locale.

     Il a été fait mention, à plusieurs reprises, de l'horloger, celui qui réalisa la désormais renommée Boîte du roi , cette montre à gousset avec la représentation du roi Léopold II sur le cadran. Cette particularité fut développée dans un article de la revue UURologisch Nieuws d'août 2012, intitulé  Parfonry, een Brussels uurwerkmaker ... 1, et rédigé par Eddy FRAITURE.

     Il fut question aussi de l'instituteur de Beauvechain, mon grand-père. Celui qui est resté attaché à son école pendant 37 années et qui nous a légué toute une série de photos de classe. Les articles reprenant son parcours dans ce blog ont créé un intérêt au niveau de la revue locale Le Bulletin du Centre culturel de la vallée de la Néthen. Il s'en est suivi trois articles successifs sur les instituteurs de ce village, rédigés par l'historien du village Thierry BERTRAND (+). Et le premier, publié en 2008 (numéro 155), est intitulé Emile Parfonry et l'école des garçons de Beauvechain 1914 - 1950.

     A ces deux Emile de la branche des PARFONRY de Neerheylissem est venue s'y ajouter récemment une troisième personne à cet inventaire. Laquelle n'avait néanmoins pas attendu nos recherches pour qu'il soit présent dans la littérature. Militaire au Congo au temps de l'explorateur H.M. STANLEY, le parcours de cet Emile se retrouvait déjà dans plusieurs ouvrages importants de cette période coloniale, si emblématique de notre pays. Même si Hotton, sa ville de naissance, lui a dédié son nom à la rue principale, son histoire était cependant tombée dans l'oubli depuis plusieurs décennies. La faisant redécouvrir dans ce blog, les détails qui en ressortaient ont attiré l'attention d'un de ces anciens qui s'efforcent de faire revivre le passé de notre colonie. Fernand HESSEL qui est aussi, pour la circonstance, un ancien collègue de travail, remontant à la période de la DGD au SPF Affaires Etrangères, a eu une carrière centrée sur le secteur de l'éducation, et consacrée principalement au Congo. Il contribue de nos jours, par de nombreux articles, à la publication de l'excellente revue Mémoires du Congo et du Ruanda-Urundi  (abréviation : MdC) qui s'efforce de redynamiser les connaissances sur ces pays. Dans le numéro 36 de décembre 20152, un article, intitulé Un pionnier de chez nous, a été consacré à ce militaire. Sur un plan d'appréciation personnelle, ce dernier numéro comporte également deux autres articles très instructifs, l'un intitulé Le pagne dans tous ses états et surtout Ishango, il y a 20 000 ans au Congo. Ce dernier article nous rappelle l'histoire de ces os, découverts en 1950, et présentant des traits symétriques incisés. Les scientifiques avancent l'idée qu'il s'agit du plus vieil objet d'aide au calcul. On y apprend aussi que ce bâton d'Ishango  fera partie de la prochaine mission en apesanteur ou, reprenant la symbolique de l'os se transformant en engin spatial dans le film l'Odyssée de l'espace, il abandonnera sa capsule et sera lancé dans l'infini. Superbe message sur le lien entre les connaissances anciennes et actuelles.

 

Revue Mémoires du Congo n°36 (page de couverture et article  Un pionnier de chez nous)
Revue Mémoires du Congo n°36 (page de couverture et article  Un pionnier de chez nous)

Revue Mémoires du Congo n°36 (page de couverture et article Un pionnier de chez nous)

      L'article de la revue MdC retrace la brève carrière du sous-lieutenant Emile PARFONRY, issu de la branche d'Erezée. De sa naissance en 1857 à son décès en mars 1883, on y relate brièvement son parcours. Marqué essentiellement par son séjour de huit mois au Congo, celui-ci est matérialisé au travers du nom donné à la rue principale de sa ville de naissance mais surtout par l'évocation élogieuse que lui a adressée l'explorateur H.M. STANLEY dans son livre3  et reprise au milieu de l'article. Non mentionné, par manque de place probablement, sa rencontre à Isangila, ou il officiait comme chef de station, avec le futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON, cet anglais qui deviendra plus tard l'un des concepteurs, avec Cecil RHODES, de la stratégie d'expansion coloniale avec les expressions  From the Cape to Cairo et Scramble for Africa (voir article : Une rencontre à Isangila le long du fleuve Congo). Reste à espérer qu'un jour on puisse retrouver sa tombe au cimetière de Manyanga4, là ou furent enterrés les premiers expatriés durant cette période5.

    Dans un autre article de ce numéro, intitulé La conquête de la DOA (Deutsch Ostafrika), est rassemblée l'historique de la guerre menée en 1916 par la Force Publique contre les possessions allemandes en Afrique Orientale. On y trouve à plusieurs reprises, la mention du colonel MOLITOR, celui qui reprendra le Rwanda et sera donc à la base du transfert de cette colonie dans le giron de la Belgique. Or, ce nom n'est pas inconnu dans notre propre histoire.

   Dans la lettre du 22 janvier 1930 écrite par l'horloger Emile PARFONRY et adressée à Narcisse PARFONRY, l'un des frères de ce militaire, il est fait mention de ce nom (J'ai causé plusieurs fois chez M. Molitor, cantine de la Cambre, avec feu votre frère Emile Parfonry alors sous-officier, je conserve sa photo). S'agit-il de la même personne ? Aucune certitude. Si on interprète les paroles, ces discussions ont eu lieu avant le départ du militaire Emile PARFONRY pour le Congo, en 1882, soit au moins 48 années plus tôt. L'horloger était âgé à ce moment de 30 ans et le militaire de 25 ans. Quant à Philippe MOLITOR, né en 18696, devenu par la suite général, il n'était âgé que de 13 ans. Les dates ne présentent pas une réelle concordance pouvant valider la rencontre entre les deux militaires. Même si l'origine luxembourgeoise (MOLITOR est natif de Villance, commune de Libin, près de Mirwart) et son début de carrière à l'Ecole militaire  (sous-lieutenant en 1889) apportent un début de similitude avec la biographie d'Emile, le militaire. Et tous deux bénéficient d'avoir une rue à leur nom dans leur commune de naissance7.

 

1 Traduction : Parfonry, un horloger bruxellois ... ;

2  memoiresducongo.be/wp-content/uploads/2016/03/MDC-36.pdf ;

3  STANLEY H-M (1885) : Cinq années au Congo, Bruxelles, ING ;

4 A ne pas confondre avec le cimetière des pionniers de Ngaliema, à Kinshasa ;

5 Il fut probablement l'un des derniers à être enterré à Manyenga car la première inhumation à Ngaliéna , celle du lieutenant Grang, eut lieu le 11 avril, soit quelques jours après le décès d'Emile Parfonry ;

6 Source : Acad. Roy. Sc d'Outre-Mer. Biographie Belge d'Outre-Mer, T VII-C, 1989, col. 301-306;

7 Une rue Général MOLITOR existe dans le village de Villance, lieu de naissance de Philippe MOLITOR ;

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 07:08

     Un article assez ancien de ce blog avait relaté du passage d'un certain JOHNSON rendant visite au Congo en 1883 à l'explorateur H.M. STANLEY (voir article : L'avis de décès d'Emile Parfonry, le militaire explorateur). Rien dans cet article ne mentionnait l'objet de cette rencontre avec celui qui travaillait directement pour le roi Léopold II en personne. En cette période de tension et de compétition entre les puissances européennes en Afrique, cette rencontre entre deux anglophones (N.B. : STANLEY, gallois de naissance, avait la nationalité américaine) ne pouvait, croyait-on, être placée que sous le signe d'une mission spéciale. La qualité de ce dénommé JOHNSTON n'avait pu être déterminée à ce moment, en raison d'une erreur de transcription de son nom (JOHNSON) dans l'extrait de journal qui faisait précisément l'objet de ce précédent article.

      La découverte récente d'une autre publication relatant spécifiquement des échanges entre H.M. STANLEY et H.H. JOHNSTON permet d'éclaircir les points restés obscurs. Pour s'apercevoir que la personne rendant compte de sa visite à STANLEY au Congo, en cette fin d'année 1882, n'est autre que le  futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON (1858-1927), celui qui, avec Cecil RHODES, fut de ceux qui établiront la ligne directrice de cette entreprise coloniale anglaise, à travers l'expression "From the Cape to Cairo ". Egalement, un des principaux acteurs des expressions "la course à l'Afrique - Scramble for Africa ", marquant cette période de conflits territoriaux intenses que la Conférence de Berlin de 1885 ne pourra pas totalement apaiser. 

      A l'époque de cette rencontre avec STANLEY, JOHNSTON n'en était encore qu'à son premier voyage en Afrique Centrale. A l'âge de 34 ans, il avait débuté par un séjour en Angola y accompagnant un certain Lord MAYO1 pour sa connaissance du portugais et sa passion des langues bantoues. A la suite de ce périple, il arrivera fin 1882 à Vivi au Congo, sur la côte atlantique. Y rencontrant STANLEY, il lui proposera, sur financement personnel, de remonter le fleuve Congo pour y écrire ses impressions d'Afrique, en envoyant régulièrement des lettres à des journaux britanniques, dont le Times2. Persuasif, il obtint l'autorisation de mener une expédition à pied en remontant le fleuve jusqu'au Pool Malebo, accompagné de trois Zanzibarites armés et de onze porteurs.

     Rapidement, JOHNSTON arrivera à Isangila, la station récemment ouverte sur le chemin remontant jusque Léopoldville. Emile PARFONRY y officiait, depuis le 15 novembre 1882, comme responsable chargé de faire signer des traités avec les chefs locaux (voir article : Emile Parfonry au milieu du conflit Stanley - De Brazza). De facto, les deux personnages se rencontreront. C'est cette rencontre qui est relatée au travers de l'extrait repris ci-dessous. Ecrit en français, ce livre contient beaucoup d'extraits de lettres de H.H. JOHNSTON et H.M. STANLEY, écrites en anglais et non traduites.

H.H. Johnston et H.M. Stanley sur le Congo, par Marcel LUWEL; Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer, Bruxelles, 1978

...........Le 11 janvier 1883, Johnston arriva à Isangila après quatre jours de marche et le 5ème de son départ de Vivi. Dans sa lettre au Chef de station de Vivi, il écrit "Je l'aurais facilement atteint en trois si je n'avais eu à lutter contre un mauvais temps qui parfois me jeta dans le désespoir".

........En entamant l'ascension de la colline sur laquelle se trouve Isangila, Johnston note la croix noire et le tertre de la tombe de Paul Nève, pionnier belge mort à la fleur de l'âge. ........ " A broad causeway" conduit à la station où le lieutenant Parfonry commande. Johnston trempé par la pluie et comme il le dit " feeling slightly embarrassed by my disreputable apperrance " se présente à Parfonry occupé dans le magasin du poste. L'officier belge le dirige  dans une chambre de la station, lui procure des vêtements propres et lui prépare un bain chaud. Johnston, à qui un serviteur demande ce qu'il voulait avoir, répond: " a glass of wine ". Parfonry n'en a plus et Johnston se voit obligé de boire " endless cups of hot coffee " lors du " comfortable little repast ". La réception chaleureuse et expéditive du chef de la station d'Isangila, "un homme fort pratique et sans me demander une question remit complètement le voyageur3". Entretemps, ses hommes rentrent l'un après l'autre, lui apprenant ce qu'ils ont perdu en route. ......... Johnston " bonne fourchette s'il en fût " n'oublia pas de signaler à Stanley les qualités du lieutenant Parfonry, chef de la station ; deux fois par jour des légumes frais et quelles salades ! Des radis nouveaux, au petit déjeuner, des pommes de terre frites au diner, des ananas, des papayes et des bananes au dessert " ... so that it is quite rejuvenating to stop here ". Cette lettre est déjà révélatrice d'un Johnston qui apprécie les  avantages dont il a profité..... Le "Royal " l'attendait pour le conduire à Manyanga.......

     JOHNSTON poursuivit sa route jusque Léopoldville qu'il atteignit le 1er avril. Il fera le chemin inverse en quittant Léopoldville le 25  avril pour arriver peu après à Manyanga où il y restera jusqu'au 3 mai. Il sera de retour à Vivi le 24 mai, après être passé à nouveau par Isangila. Il quittera le Congo le 29 mai pour Luanda en Angola avant de repartir vers l'Europe où il rencontrera le roi Léopold II en juillet 1883 (N.B. : Résumé des principales dates repères du parcours de JOHNSTON en 1883)

    Ces quelques dates sont importantes car cela permet de confirmer que H.H. JOHNSTON, en arrivant à Manyanga fin avril sera mis au courant de la mort du lieutenant PARFONRY, décédé le 24 mars, et en conséquence que c'est bien lui qui prendra la lettre avertissant de son décès lors de son retour en Europe.

      Après ce premier périple en Afrique, H.H. JOHNSTON poursuivra une brillante carrière. Disposant de plusieurs cordes à son arc, il était à la fois botaniste, ethnographe, écrivain, dessinateur, peintre, polyglotte et passionné de linguistique bantoue. Mais surtout, il deviendra l'un des administrateurs coloniaux britanniques les plus en vue. C'est lui entr'autre qui règlera le problème des sphères d'influence entre le Portugal et le Royaume-Unis, qui se fera l'avocat de la cause portugaise pour l'attribution de l'embouchure du fleuve Congo, qui critiquera l'aspect commercial de l'exploration du Congo par Léopold II, qui s'efforcera de transférer le Katanga belge sous influence anglaise. Il fait partie de ceux que les britanniques qualifient d' " Empire builders ". Etait-il venu simplement au Congo en simple passionné ou agissait-il déjà comme agent britannique, la question a été évidemment posée ? Il semble que ce premier périple en Afrique Centrale a éveillé sa conscience une fois qu'il comprendra l'intérêt que portera Londres aux récits de son voyage. En 1884, il entreprendra une nouvelle expédition au Kilimanjaro pour la Royal Geographic Society avant de débuter une carrière diplomatique en 1886 au Cameroun.

     La rencontre à Isangila avec le futur Sir Harry Hamilton JOHNSTON a été sans doute capitale pour notre lieutenant Emile PARFONRY. Doté très certainement d'une personnalité forte, mais montrant un indéniable sens de la convivialité et de la reconnaissance, JOHNSTON a du répercuter auprès de STANLEY les impressions qu'ils avaient ressenties à son égard lors de son court passage à Isangila. Ce qui explique en grande partie l'éloge que portera personnellement H.M. STANLEY sur Emile PARFONRY, en écrivant dans son livre Cinq années au Congo 1879-1884 : One of the most excellent men was the Lieut. Parfonry. He lived long enough to show that in him were contained all the elements that make men greatly esteemed for intrinsic worth, moral bravery, and the indefatigable spirit of capacity .....Autre aspect qui découle de cette rencontre, c'est qu'elle confirme les qualités de cuisinier d'Emile PARFONRY qui étaient déjà apparues dans le livre Sur le haut Congo de Camille COQUILHAT, où on y repère la phrase ".... les trois poules que nous avons achetées en route mijotent dans les marmites. Parfonry est proclamé chef des fourneaux "

 

1  Ce Lord Mayo ne peut être que le fils d'un Gouverneur général et Vice-Roi des Indes de 1869 à 1872, assassiné en poste en 1872 ;

2 JOHNSTON publiera, à partir de toutes ces lettres, un livre en 1884 intitulé "The River Congo " ;

3  Phrase reprise de H.H. JOHNSTON, écrite dans un français hésitant ;

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 11:52

       Voici la photo de celui, et grâce à qui, nous avons une rue portant ce nom dans le Monde. C'est la seule photo du lieutenant Emile PARFONRY, le militaire qui fut parmi les premiers à accompagner STANLEY dans sa remontée du fleuve Congo, à partir de son embouchure dans l'Océan Atlantique.

     La rue est située dans la commune d'Hotton-sur-Ourthe, son lieu de naissance. Enterré au Congo, d'autres articles sur ce blog délivrent une quantité d'informations sur ce personnage qui fut mis en valeur par STANLEY, dans son livre retraçant son épopée africaine (voir catégorie : Emile PARFONRY, le militaire au Congo).

      Une simple erreur d'écriture n'avait pas permis de retrouver jusqu'à ce jour cette photo, extraite du livre " STANLEY founding of Congo free state ".

 

Lieutenant_Parfoury.jpg

      Voici ce que H.N. Stanley écrivait à propos de ce militaire - explorateur :

p. 269 : One of the most excellent men was the Lieut. Parfonry. He lived long enough to show that in him were contained all the elements that make men greatly esteemed for intrinsic worth, moral bravery, and the indefatigable spirit of capacity; and yet, being a little indiscreet one day under a burning sun, he was gone from us, just as I was beginning to feel conforted at the number of worthy men flocking to the standard of the Association in Africa.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:01

      Emile PARFONRY, celui qui a sa rue dans la commune de Hotton, est décédé au Congo le 24 mars 1883. On pouvait se demander de quelle façon sa famille a été mise au courant de sa mort prématurée. Loin des siens, perdu dans un poste avancé de la mission exploratoire menée par Henri Morton STANLEY, il n'était pas évident de transférer à ses proches son avis de décès. Comment ont-ils pu en être averti ?

      Une nouvelle découverte, transmise via le réseau Généanet, donne une possibilité de réponse à cette question. Dans le " Journal des débats politiques et littéraires " du 19 juillet 1883, publié à Paris, on y trouve un article qui fait mention de son décès. Dans cet article, il est question d'une rencontre entre un certain JOHNSTON, de nationalité anglaise, et H.M. STANLEY. Extrait d'une dépêche anglaise, on y donne plusieurs informations sur la situation, publication française oblige, en particulier sur les exploits et la bonne santé de M. de BRAZZA, explorateur français. Et pour contraster avec la réussite de la mission d'exploration de ce dernier, on y relate, non sans arrière-pensée, les difficultés rencontrées par STANLEY. Et parmi celles-ci, on mentionne tout particulièrement les quelques décès dans l'équipe de ce dernier, dont Emile PARFONRY.

           Publié 4 mois après sa mort, il est possible également que ce fut par la lecture de cet article que l'information parvint à sa famille, d'autant que ce Journal était disponible dans les gares en Belgique.

Journal des débats politiques et littéraires - Extrait du 19 juillet 1883

Colonies françaises

Gabon et Congo - Les journaux anglais publient une dépêche de Lisbonne, datée du 16, dans laquelle on lit :

       Le steamer Portugal qui vient d'arriver ici, venant de la côte occidentale de l'Afrique, apporte des nouvelles du Congo, allant jusqu'au 18 juin. Parmi les passagers, se trouve M. Johnston, qui accompagna jadis lord Maye1 dans ses expéditions dans les pays des Mossamèdes2.

       Ce gentleman avait reçu une invitation de M. Stanley de venir le trouver sur le Haut-Congo. Il est resté auprès de cet explorateur jusqu'au 31 mai, époque à laquelle il est descendu vers la côte.

       M. Johnston est porteur de lettres de Mr Stanley pour la . Il y a également sur le Portugal plusieurs français qui ont été témoins des exploits de M. de Brazza sur la côte occidentale de l'Afrique. Ils confirment les nouvelles précédemment arrivées en Europe, relativement à cette question. M. Stanley se trouvait au-dessus du Stanley-Pool et s'apprêtait à partir pour le Stanley-Fall. Il espérait fonder une nouvelle station sur le Haut-Congo, à Dolola, à 250 miles de Stanley-Pool.

       M. Stanley lui-même est en bonne santé; mais sa troupe n'a pas la même chance. Mr Robinet, un ingénieur belge, est mort après cinquante heures de maladie, et M. Parfonry a succombé à une insolation. M. Luttecik s'est suicidé et deux autres membres de l'expédition sont morts. Le personnel de M. de Brazza était bien portant.

       A l'heure qu'il est, M. de Brazza a du remonter l'Ogoddé4. Après avoir laissé son monde à Loango5 et à Punta-Negra6, il est allé en personne sur l'Oriflammne prendre possession du territoire de Loango.

      Il faut savoir que le contexte politique de l'époque était assez tendu. D'autres pays avaient des revendications dans la région. Un conflit existait avec la Belgique. Le Portugal, en vertu d'un ancien traité avec l'ancien Empire du Kongo, réclame également le secteur, faisant valoir son "droit historique" sur l'embouchure en tant que premier pays à avoir pris possession de cette région. En rappelant que c'est un certain Diego CAM, navigateur portugais, qui déjà en 1484 avait découvert l'embouchure du fleuve Congo. En arrivant par bateau le 15 septembre 1882, Emile PARFONRY a certainement vu la croix érigée par ce dernier sur le promontoire de Padraö, près du lieu de l'embouchure. Le Portugal conclura avec la Grande Bretagne un traité en 1884 pour bloquer l'accès de l'Océan Atlantique à l'Association Internationale du Congo qui avait été mise en place par le roi Léopold II. La Conférence de Berlin en 1885 qui organisa le partage de l'Afrique, ne reconnut pas ce traité, et se contenta de restituer l'enclave de Cabinda au Portugal, laquelle est rattachée de nos jours à l'Angola.  

      H.M. STANLEY était chargé en secret d'établir un Etat du Congo. Ses actions, en particulier sa volonté de créer des stations et un chemin d'accès en remontant le fleuve par le passage des Monts de Cristal, contrariaient les visées des autres puissances coloniales. On peut se demander quel était l'objet de la visite de ce M. JOHNSTON. Probablement rien rien de protocolaire, ni de touristique.  Etait-il venu s'entretenir pour transmettre certains messages du gouvernement britannique ? La réponse sur ce point sera abordée dans un autre article (voir article : Une rencontre à Isangila, le long du fleuve Congo)

      On y apprend également que ce M. JOHNSTON, en revenant en Europe, était porteur de lettres pour la Société Internationale Africaine. Légère erreur de transcription car il s'agit bien de l'Association Internationale du Congo. Et il est fort probable, dès lors, que parmi ses lettres, se trouvait l'avis de décès d' Emile PARFONRY. Ayant quitté STANLEY le 31 mai, soit deux mois après le décès, ce fut sans doute par cette voie que l'information parvint en Europe.

 

1 Lord Maye : probablement le nom d'un diplomate ou d'un explorateur anglais qui a effectué également des missions en Inde ;

2 Mossamèdes : ville et région au sud de l'Angola, sur l'Océan Atlantique, près de la frontière avec la Namibie;  

3 Société internationale : manifestement, il s'agit d'une erreur de transcription; il est bien question ici de l'Association Internationale du Congo, édifiée par le roi Léopold II et pour lequel travaillait Stanley ;

4 Ogoddé : il s'agit certainement du fleuve Ogooué, découvert par de Brazza, prenant sa source en République du Congo et puis remontant au Gabon ;

Loango : ancienne capitale du royaume de Loango, située sur l'Océan Atlantique, à 15 km au Nord de Pointe-Noire ; un des pires ports négriers de toute la côte atlantique (jusqu'à 15 000 esclaves par an) ; le territoire de Loango, longtemps revendiqué par le Portugal, fut transféré définitivement à la France en 1885 lors de la Conférence de Berlin ;

Punta-Negra : Pointe-Noire, ville fondée en 1883, ancienne capitale du Congo avant 1959 ; une des principales villes économiques de l'Afrique de nos jours (port, pétrole, chemin de fer);

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